Bonjour mes petits pandas roux ! J'avoue, dans ce chapitre (enfin, cette partie là du chapitre), on est plus concentré sur le John-Sherlock que leur relation avec Rosie, mais bon, ça fait aussi partie de la parentalité de prendre soin de son couple, et je gage que vous serez satisfaits quand même...

RaR des anonymes :

Avril (chap 16) : Merci beaucoup, je suis vraiment enchantée par ton enthousiasme et ton amour de mes personnages ;)

Bonne lecture !

Nuit chez une copine

Partie 2

John espéra que le lendemain soir, Sherlock aurait fini et aurait pu se faire pardonner auprès de leur fille boudeuse, mais ce ne fut pas le cas. Il ne rentra d'ailleurs pas de la nuit, mais inonda John de textos. Il savait que son compagnon n'aimait pas quand il n'avait aucune nouvelle, et que Sherlock était en planque. Alors régulièrement, il envoyait « en vie » à John, pour que ce dernier ne s'inquiète pas. Au réveil, John en avait encore plusieurs, dont le plus récent, quelques minutes plus tôt, indiquait « Meurtrier arrêté. À Scotland Yard »

John soupira. À tous les coups, le détective n'allait pas tarder à rentrer, mais lui serait déjà parti pour la clinique, et Rosie pour l'école. Il ne le reverrait pas avant le soir.


En fin de journée, quand John revint à Baker Street, la maison était totalement silencieuse. Un instant, il se demanda si Sherlock était là, puis sourit de soulagement en voyant la silhouette familière dans le canapé, endormi. Il pouvait dire qu'il dormait vraiment à sa posture, sa respiration. Quand il sommeillait ou réfléchissait, sa position était légèrement différente, ses mains jointes. À voir la maison parfaitement rangée, le détective avait sans doute dormi toute la journée ou presque : la cuisine était trop bien rangée pour qu'il y soit passé en pleines possessions de ses moyens. Il semait toujours du bazar sur son chemin.

John avança sans bruit, se débarrassa de sa veste, son sac. Il vérifia le frigo, qu'il y avait de quoi manger pour le soir. Passa à la salle de bains se rafraîchir, puis se glissa dans la chambre ranger les affaires que Sherlock n'avait pas manqué d'y laisser traîner. Il était en pyjama sur le canapé, donc fatalement, il y avait quelque part un costume sur mesure abandonné en boule sur le sol sans aucune considération pour le panier de linge sale. Rosie était plus disciplinée que lui, sur ce point. Comme prévu, John trouva les vêtements de son amant, les mit au sale, rangea ce qui devait l'être.

Il n'y avait toujours aucun bruit, preuve que Sherlock dormait profondément et qu'il devait vraiment être épuisé. Une part de John avait envie de le laisser dormir. L'autre se rappelait qu'il avait rendez-vous avec Greg dans moins de deux heures, pour aller au pub, et qu'il voulait profiter de son amant durant ce temps-là. Il était rare qu'en début de soirée ainsi, ils soient seuls. À vrai dire, ce n'était même jamais arrivé.

Silencieusement, John alla verrouiller la porte d'entrée. Mrs Hudson montait de moins en moins souvent sans s'annoncer, sa hanche la faisait trop souffrir avec l'âge pour qu'elle se fatigue inutilement, mais il préférait ne pas prendre de risques.

Lentement, il en revint au canapé où Sherlock dormait toujours, en position fœtale, les traits détendus et la respiration profonde.

— Sherlock... Amour... réveille-toi... murmura-t-il.

À genoux à côté de lui, il posa une main sur son visage, l'autre sur sa hanche, et caressa doucement. Le pyjama lâche et la soie de la robe de chambre ne cachaient rien des formes de Sherlock, et si John en appréciait la texture sous ses paumes, rien ne lui plaisait autant que la douceur de la joue, les pommettes saillantes et la peau pâle.

— Sherlock... appela-t-il de nouveau, un peu plus fort.

Les paupières s'agitaient, preuve du réveil qui naissait sous la surface. John intensifia légèrement ses caresses, agrandit la zone sur laquelle sa main s'agitait.

Les yeux s'ouvrirent finalement, dans lesquels on lisait encore la fatigue, la surprise, le sommeil.

— Salut, murmura John en déposant un baiser léger sur le nez de son compagnon.

Sherlock n'avait pas encore dit un mot, mais le médecin le connaissait suffisamment pour voir son incroyable cerveau se réveiller et commencer à déduire et réfléchir. Et John n'en avait pas vraiment envie. Il voulait conserver son mari dans cet état de langueur, profiter de lui, et s'envoyer en l'air passionnément et lentement sur le canapé. Il n'avait pas ramené du lubrifiant dans la pièce pour rien. Avant, il y en avait partout dans la maison, au cas où. Depuis que Rosie savait se mettre debout et vider tous les tiroirs et cachettes qu'elle trouvait, ils avaient évité, histoire de ne pas avoir à lui donner d'explications sur ce que c'était. Ou qu'elle les surprenne dans une position compromettante.

— Arrête de penser, Génie, ordonna-t-il.

Et pour couper court à tous les mots qui s'apprêtaient à franchir la barrière de la bouche de Sherlock, il l'embrassa. Doucement, d'abord. Passionnément, rapidement, glissant sa langue immédiatement dans la bouche de son mari, cherchant sa jumelle, l'enlaçant dans un ballet vieux de plusieurs millénaires.

John ne sut pas avec certitude si Sherlock lui avait obéi et avait arrêté de réfléchir (probablement que non, puisque ça ne lui arrivait pour ainsi dire jamais, pas même quand il dormait), mais il semblait tout à fait disposer avec le programme que John avait envie de suivre, et ses bras crochetèrent le cou de son amant pour l'entraîner plus près de lui, et l'embrasser encore davantage.

John ferma les yeux, se laissa se perdre dans son baiser, son odeur, sa saveur. Il connaissait Sherlock par cœur. Cela faisait maintenant plus de dix ans qu'ils étaient ensemble, et pourtant il n'arrivait pas à se lasser de se corps qui s'offrait à lui, s'arquait vers le haut, cherchait davantage de contact avec la main qui s'accrochait à sa hanche. Il avait toujours ce même désir insatiable de faire gémir Sherlock Holmes. Et puis bien sûr, il y avait cet élan de narcissisme qui lui rappelait qu'il était la seule personne au monde que le génie n'avait jamais désiré. À part durant son adolescence et pour des raisons purement hormonales, Sherlock avait reconnu sans la moindre honte n'avoir jamais eu d'érection, ni recours à la masturbation pendant la grande majorité de sa vie. Jusqu'au jour où John l'avait embrassé, et réveillé en lui le désir physique.

John l'aimait suffisamment qu'il aurait accepté que son compagnon n'ait pas de désir sexuel. Mais il en avait, et uniquement pour John, et c'était un putain de miracle.

Il ne leur fallut que peu de temps pour que John, empressé, grimpe sur le canapé pour recouvrir le corps de son amant. Sherlock, parfaitement réveillé et les yeux voilés de désir, profita de la courte absence de la bouche de son amant sur la sienne pour glisser hors de sa robe de chambre, enlever son T-shirt.

— Impatient ? le taquina John en faisant peser ses hanches sur celles de Sherlock.

Dieu qu'il aimait la soie de ce pyjama, qui ne cachait rien. Dieu qu'il aimait sentir le sexe qui durcissait contre son bassin. Dieu qu'il aimait les tétons durcis, la peau qui se couvrait de chair de poule, les flancs qui frissonnaient. Dieu qu'il aimait les lèvres rougies, ouvertes, dans l'attente d'être embrassées encore. Dieu qu'il l'aimait tout entier, ce génie.

— Assume de m'avoir réveillé, répliqua Sherlock sur le même ton. Tu as le droit de te faire pardonner.

John rit doucement. Sherlock, malgré son arrogance et son air autoritaire, n'était pas égoïste au lit, au contraire de nombreux autres domaines. Il exigeait rarement quoi que ce soit, et avait tendance à considérer le plaisir de John comme plus important que le sien, comme une manière de le remercier de le supporter au quotidien, et de s'occuper de tout ce qui échappait totalement à Sherlock, comme faire tourner une machine et remplir le frigo de denrées saines pour Rosie.

Mais parfois, à sa manière, il demandait que John s'occupât de lui, et le médecin aimait ça aussi. Parfois lentement, pendant des heures. Parfois, comme maintenant, John n'avait pas le temps, et il entendait bien offrir à Sherlock un orgasme dément en peu de temps. Sur le canapé.

— À tes ordres, Amour, répondit John en plongeant sur sa gorge offerte.

Sherlock arrêta de parler pour se contenter de gémir et ressentir. La langue de John le connaissait par cœur, et le câlinait avec douceur, glissant sur sa jugulaire, remontant vers son oreille dont il mordilla le lobe tendrement, redescendit sur les clavicules, puis le torse. John avait une fascination incompréhensible pour les clavicules de Sherlock.

Quand la langue atteignit les mamelons dressés, John rajouta sa main dans l'équation, venant prendre l'érection dans sa paume à travers le tissu du pyjama, bloquant les hanches de Sherlock entre ses genoux.

Le bruit que Sherlock émit à ce moment-là était le meilleur son de la Terre.

— Que veux-tu de moi, Amour ? demanda John, soufflant ainsi le chaud et le froid sur le torse qu'il mordillait doucement. Je compte te prendre sur ce canapé dans les plus brefs délais, mais tu as le droit d'émettre d'autres désirs avant...

Il ne disait cela que pour voir Sherlock rougir. Bizarrement, le mot fellation n'était pas de ceux que Sherlock aimait prononcer, et il n'y arrivait pas sans devenir écarlate de gêne. Toutes les variantes possibles, de pipe à sucer, étaient encore moins prononçables.

Et John aimait tellement quand Sherlock rougissait. Il aimait la couleur que prenaient ses joues, son cou, ses oreilles. Nu, Sherlock était un tableau en noir et blanc, avec seulement le bleu de ses yeux. John aimait y rajouter les touches de rouge qui le rendaient tellement humain.

— S'il te plaît, John... murmura le détective.

John rit en estimant que c'était assez. Sherlock ne demandait jamais rien gentiment, ou poliment. Le fait qu'il supplie sur ce ton-là était suffisant pour lui. Il savait exactement ce que Sherlock désirait, et rapidement, il descendit le pantalon lâche. Sherlock ne portait pas de sous-vêtements, comme souvent sous son pyjama. Ce genre de détails que John était le seul à connaître.

La position n'était pas forcément idéale, mais c'était suffisant, et John se pencha aussitôt, bouche ouverte, pour prendre la virilité tendue de son compagnon entre ses lèvres offertes. Sherlock se cambra presque aussitôt, refermant les yeux, laissant échapper un gémissement sonore. La fellation en tant que donneur n'était pas forcément ce que John préférait, surtout quand il réfléchissait au concept en tant que tel. Mais pour entendre Sherlock gémir, haleter et psalmodier son prénom, John aurait fait n'importe quoi. Il finissait par apprécier le goût, le poids sur sa langue, les légers frémissements qui agitaient la verge tendue au niveau de la large veine qui la parcourait et l'irriguait.

Avec toutes les heures de pratiques qui avaient été les leurs, et ses connaissances professionnelles et personnelles, John était devenu bon à cet exercice, savait comment sucer, comment jouer, quand creuser les joues et laisser glisser légèrement ses dents, quand s'occuper uniquement du gland et le pomper fort, quand faire courir sa langue sur toute la longueur et taquiner les bourses.

Sherlock en était réduit à l'état de pantin désarticulé, gémissant sans retenue. Ses hanches tentaient vainement, à intervalles irréguliers, de se projeter vers l'avant, cherchant désespéramment plus de contact quand John reculait sa bouche. D'une main implacable, John le maintenait dans les coussins.

De l'autre, il jouait du bout des doigts avec son intimité, glissant doucement autour. Sherlock était le plus souvent le passif de leur relation, il avait davantage l'habitude que John de la pénétration, mais ça ne changeait rien au besoin de préparation.

Le médecin profita que son amant était trop occupé à planer au milieu de ses sensations pour attraper le lubrifiant, et l'ouvrir.

Sherlock rouvrit un œil, perplexe que les mouvements se soient arrêtés pendant quelques secondes.

— Prévoyant, hein ? marmonna-t-il. Tu es trop habillé, John...

Son amant lui renvoya une œillade amusée. Généralement, c'était Sherlock qui avait toujours du lubrifiant sur lui.

— À qui la faute, si tu ne m'as pas déshabillé ? s'amusa-t-il.

La réplique fit mouche aussitôt, et Sherlock se redressa aussitôt, jetant ses mains à l'assaut du corps de son compagnon, plus que consentant de voir les doigts pâles voler pour défaire les boutons de sa chemise, ouvrir celui de son pantalon, dézipper la braguette. Avec la force de l'habitude, en quelques instants, les vêtements de John n'étaient plus qu'un tas informe à leurs pieds. Il ne lui restait que son boxer, dont le tissu était tendu par son érection.

— Tu veux que je te retourne la faveur ? ronronna Sherlock en effleurant l'entrejambe par-dessus le tissu.

Ses yeux brillaient d'envie. Au contraire de John, qui aimait ça davantage pour le plaisir que cela lui procurait d'entendre Sherlock prendre son pied, Sherlock aimait réellement sucer son compagnon. Et ça comme le reste, il le faisait à la perfection.

En temps normal, John aurait adoré taquiner son compagnon sur le mot « faveur », mais pas là. Il était pressé et impatient. Il voulait tenir le corps de Sherlock contre le sien, être en lui, connecté, comme si rien ne pourrait jamais les séparer.

— Non. Je veux te prendre... souffla-t-il.

Le programme convenait tout autant à Sherlock, qui acheva de se débarrasser de son bas de pyjama, échoué à ses chevilles depuis longtemps, et se réinstalla sur le canapé, relevant les genoux, offert.

John l'embrassa profondément un instant, avant de commencer à le préparer, rapidement et efficacement. Pas de fioritures, ni de romantisme. Ils étaient rompus à l'exercice, et Sherlock en avait clairement autant envie que lui, rapidement.

Dès qu'il fut prêt, John retira sa main, ôta son boxer et Sherlock se positionna, à genoux sur le canapé, attendant que John se place derrière lui, debout.

— Non, refusa son amant.

Il voulait le voir, le sentir proche de lui. Repoussant Sherlock, il s'assit dans le canapé, jambes écartés, ancrés dans le sol. Du regard, il invita son mari à le rejoindre. D'une main lente, et pleine de lubrifiant, il commença à se masturber lentement, sensuellement, histoire de lui donner encore plus envie, si c'était possible.

Il n'eut pas vraiment besoin d'attendre longtemps. Sherlock, avec son corps parfaitement sculpté, et ses abdominaux qui valaient bien ceux de John à l'époque où il était à l'armée, s'installa au-dessus de lui, genoux de part et d'autre de son corps, et descendit lentement, s'empalant tranquillement sur le sexe dressé, aidé de la main de John pour le guider et ne pas le blesser.

Ils soupirèrent d'aise tous les deux quand Sherlock fut installé. Leurs regards brûlants de désir se croisèrent.

— Fais-moi jouir fort en toi, Amour... ordonna John.

Il s'amusa des joues rougies de gêne, mais savait qu'il lui obéirait. Sherlock avait les rênes de leur étreinte, ils aimaient ça tous les deux, et la position était intense, pour l'un comme pour l'autre. Sherlock commença à bouger sans le quitter du regard, et ils se mirent à gémir rapidement. Un instant plus tard, ils s'embrassaient et leurs mouvements se faisaient frénétiques. Ils n'allaient pas durer longtemps.


— Sherlock, faut que je me lève...

Ils étaient enlacés sur le canapé, se reposant sous un plaid, depuis trop peu de temps pour avoir eu le temps de profiter convenablement de ce câlin.

— Rmmmhum, répondit le détective.

Il ne dormait pas vraiment, mais il était clairement retombé dans la torpeur de son épuisement pré-coïtal. John était bien plus en forme que lui.

— Sherlock, je bouge, décréta John en repoussant la couverture et en s'extirpant des bras de son compagnon.

Celui-ci émit un grognement de protestation, mais ne fit pas spécialement mine de le retenir, tandis que John ramassait ses vêtements et quittait la pièce en direction de la douche.

Quand il revint, après un nettoyage rapide, frais et habillé, Sherlock était assis au bord du canapé. Il avait remis seulement sa robe de chambre en soie, et John sentit son cœur (et pas que) réagir à cette vision. Un jour, il faudrait qu'il pense à consulter pour savoir si les sentiments toujours aussi violents et l'envie dévorante qu'il éprouvait pour son compagnon était normaux, après tant d'années passées ensemble.

— T'as faim ? demanda John en passant dans la cuisine. Tu as des restes à réchauffer dans le frigo. Le tupperware étiqueté « pour Sherlock ». À faire réchauffer au micro-onde. Ne te lance dans aucune expérience incluant nos poêles et nos casseroles, s'il te plaît, j'en ai marre d'en racheter.

Ce faisant, il sortit du lave-vaisselle qui avait fini son cycle (oui, un jour, John avait ordonné à Sherlock de participer, et plutôt que plonger ses mains dans l'eau chaude, le détective avait eu une réaction disproportionnée, dont John ne se plaignait pas tant que ça au fond) assiette, couverts et verres. Il en laissa sorti un set pour le repas de son amant, et rangea le reste dans les armoires, surveillant sa montre et son téléphone. Greg ne lui avait pas donné de contrindications, donc il devait le retrouver dans leur pub habituel à l'heure habituelle.

— Tu sors ? demanda Sherlock, surpris, avançant dans la cuisine en se drapant dans le plaid, en plus de sa robe de chambre.

Ses cheveux étaient totalement en désordre autour de son visage à moitié endormi, et John le trouvait beaucoup trop beau pour son propre bien.

— Quel brillant esprit de déduction, Génie, waoh, je suis impressionné ! répliqua John avec amusement.

— Tu vas où ?

Ce n'était pas de la jalousie, simplement de la curiosité.

— Prendre un verre avec Greg, je rentrerai pas trop tard. Il doit être crevé de la semaine que tu lui as fait passer.

Le regard du détective tomba soudain sur la table, côté nourriture et pas expériences. La table sur laquelle John avait sorti, pour lui, une assiette. Un verre. Un couteau. Une fourchette.

— Attends quoi ? Rosie ne dîne pas ici ce soir ?

John leva les yeux au ciel.

— Parce que tu crois que je t'aurais fait l'amour sur le canapé alors qu'elle était sagement en train de jouer à l'étage dans sa chambre ? Rosie n'est pas là, elle ne dort pas ici ce soir.

— COMMENT ÇA ROSIE NE DORT PAS ICI CE SOIR ? s'insurgea Sherlock.

Dans un élan mélodramatique, il venait de laisser retomber la couverture de ses épaules, ce qui ne lui laissait que sa robe de chambre sur le dos. Il y avait quelque chose de risible dans ce spectacle, de l'homme nu en colère avec seulement un morceau de tissu sur le dos, et John se retint de rire en rangeant les dernières cuillères de service, fraîchement sorties du lave-vaisselle, à leur place.

— Je te l'ai dit il y a trois jours, Sherlock, répondit-il tranquillement, ce qui était rigoureusement exact.

— Je ne devais probablement pas t'écouter.

John soupira doucement.

— Tu ne m'écoutes jamais, constata-t-il.

— J'ai résolu TROIS meurtres pour Lestrade au cours des derniers jours, s'exclama théâtralement le détective, comme si John ne le savait pas, et qu'il ne l'avait pas accompagné initialement sur la scène de crime.

Pour autant qu'il en savait, c'était d'ailleurs sa réflexion sur le fait que les victimes étaient trop différentes pour que ça soit un hasard qui avait mis Sherlock sur une piste, même s'il n'avait pas encore eu le droit à l'explication détaillée, qu'il consignerait dans son blog.

— Ça ne compte pas, c'était une seule et même enquête, commenta-t-il.

— Et alors ? Ça fait quand même trois familles endeuillées qui retrouve la paix grâce à moi !

John leva les yeux au ciel. Les méthodes de manipulation de Sherlock étaient toujours aussi inefficaces sur lui, mais il essayait toujours, sans réaliser que sa crédibilité était sérieusement entamée par sa tenue débraillée. Il était heureux que Rosie ne soit pas là pour voir ça.

— Comme si tu te souciais de la paix des familles endeuillées. Mais bref. Ta fille dort chez son amie Susan ce soir.

Sherlock émit un reniflement méprisant, le visage fermé.

— Susan, critiqua-t-il, comme si le simple fait de prononcer le nom lui permettait de déduire la gamine à qui il appartenait.

— Une jeune fille sage et adorable, répondit posément John en éteignant le four. J'ai rencontré sa mère des tas de fois, à la sortie des classes. Je t'assure que Rosie est en sécurité. Elle rentre demain matin. On aura la nuit pour nous, et une partie de la matinée, aussi. On est samedi demain. Je bosse pas.

John vérifia sa montre. Il avait encore cinq minutes pour désamorcer la crise "Sherlock" avant de devoir partir. Son amant, cependant, ne sembla pas relever le sous-entendu.

— Mais comment elle va survivre, sans nous ? interrogea très sérieusement le détective.

— Comme tous les enfants du monde invités chez des copains : en se bourrant de sucreries et en discutant jusqu'à une heure indue avec sa copine.

Il doutait que Sherlock ait déjà passé une nuit chez un copain quand il était petit, mais pour autant, il ne comptait pas priver leur fille des expériences sociales que Sherlock n'avait jamais eues.

Pivotant sur ses talons dans un grand mouvement décidé, Sherlock quitta la pièce, direction le salon, à la recherche de son téléphone.

— J'appelle Mycroft, décréta-t-il.

John, appuyé contre le plan de travail de la cuisine, le regarda fouiller les coussins du canapé avec désespoir. Sherlock passait tout son temps à se bouffer le nez avec son frère, mais quand il s'agissait de sur-réagir à propos de Rosie, il était le premier à l'appeler.

— Il est déjà au courant, soupira John. Puisque je sors avec Greg ce soir comme tu as résolu son meurtre à temps, Mycroft garde Sephy, donc Greg a dû lui dire que j'étais dispo parce Rosie avait sa première pyjama party... Bref, j'ai reçu un SMS tout à l'heure. Il paraît que tout va bien.

L'ingérence de Mycroft Holmes désespérait John, mais il avait cessé de lutter. Ça ne servait à rien. Il comptait sur Sephy et Rosie pour se rebeller contre leur père et oncle, en temps voulu. En ce qui concernait Sephy, dixit Greg, ça commençait déjà. Leur fille avait un sacré caractère.

— QUOI ? IL A OSÉ SURVEILLER NOTRE FILLE SANS AUTORISATION ? s'insurgea Sherlock.

John leva un sourcil perplexe.

— Tu étais prêt à le lui demander il y a trois secondes à peine, nota-t-il pour mettre son mari face à ses contradictions.

Sherlock ne se laissa pas démonter pour autant.

— Mais c'est complètement différent que je le lui demande et qu'il le fasse plutôt qu'il prenne la décision par lui-même et sans m'en informer !

— Pfff, commenta John. En attendant, Rosie est parfaitement en sécurité. N'est-ce pas le plus important, et ce que tu voulais savoir ?

— Mrggrmm. Certes.

Si les techniques de manipulation de Sherlock étaient inefficaces sur son époux, celles de John, en revanche, dès qu'elles touchaient de près ou de loin leur fille, fonctionnaient parfaitement bien.

— Mais qu'est-ce qu'on va devenir, nous, si elle n'est pas là ? interrogea Sherlock.

Dix ans après l'arrivée de Rosie dans leur famille, le détective était toujours perclus d'angoisse à son sujet. John regarda une dernière fois sa montre, il fallait vraiment qu'il parte, désormais.

— Comme je le disais, nous aurons toute la nuit et la matinée de demain pour nous. Je ne rentrerai pas tard. Et quant à ce que j'ai prévu comme programme, je te propose d'ouvrir le frigo et de le déduire par toi-même, Génie.

Il plaqua un baiser sur les lèvres de Sherlock, revenu dans la cuisine, et fila sans demander son reste, un grand sourire aux lèvres.

Sherlock, perplexe, ouvrit le frigo : Il y avait du champagne dans la porte, des fraises dans un bol alors que ce n'était pas la saison. Côte à côte, une bombe de crème chantilly et un tube qui contenait du chocolat liquide, acheté de toute évidence dans une boutique spécifique et non en grande surface.

Un bip tira Sherlock de sa concentration. Le portable qu'il avait finalement trouvé tout à l'heure et qu'il tenait dans sa main indiquait l'arrivée d'un nouveau message.

« Si jamais tu as envie de débarrasser totalement la table des trucs inutiles, ça peut servir aussi... ;) »

Sherlock rougit, imaginant le regard de son amant en rédigeant le texto. Et décida immédiatement de ranger tout son matériel de chimie pour laisser toute la place qu'il leur faudrait. Puis ensuite, il enverrait des sextos à John. Dire les choses, Sherlock n'était pas doué. Les écrire, beaucoup plus. Et si John était avec Greg (et pas ses collègues ou à une réunion de toubibs), il savait qu'il avait le droit. Il comptait bien faire revenir son amant dans les plus brefs délais.


Prochain chapitre le Me 29/09

Reviews, si le cœur vous en dit ? :)