Bonjour mes petits pandas roux ! On finit mon chapitre favori aujourd'hui ! :)

RaR des anonymes :

Avril (chap 18): Le concept même de cette fic va de la naissance à la majorité de Rosie, donc la prolonger est hors de propos, et vraiment pas prévu et possible ! Mais j'ai plein d'autres trucs de prévus ou en cours d'écriture qui vont venir ;) Merci pour la review et les compliments ! :)

Bonne lecture !


Baby-sitting

Partie 2

Quand il revint à Baker Street, Sherlock était sorti. Machinalement, John vérifia son téléphone, mais il n'avait aucun nouveau message. Pour les enquêtes urgentes, passionnantes, celles qui consumaient Sherlock tout entier, il avait toujours un message passionné à grands renforts de points d'exclamation enthousiastes.

Il vérifia la boîte mail des enquêtes, mais il n'y avait pas de nouveau message digne d'intérêt. Sherlock ignorait que son amant ne bossait pas aujourd'hui, et il pouvait être sorti pour un millier de raisons. John ne s'en inquiéta pas, et commença à préparer leurs bagages.

Les siens furent faciles : pantalons, T-shirt, léger pull en cas de vent, maillot de bain (parce que oui, s'il fuyait les trombes d'eau qui s'abattaient sur Londres, c'était bien pour s'étendre sur une plage et voir s'il pouvait se baigner), serviettes pour la plage, pyjama. Les trucs classiques de tout touriste qui veut passer trois jours à bronzer sur du sable.

Le sac de Sherlock fut plus complexe à appréhender. Dans son armoire, il y avait en gros trois éléments : ses pyjamas en soie. Ses costumes sur mesure, plus chers que toute la garde-robe de John. Et ses vêtements de squat, comme John les appelait, des joggings et pulls informes que Sherlock avait porté et portait encore quand il traînait dans les endroits les moins fréquentables de Londres. John n'aimait pas ces derniers. Il n'aimait pas voir Sherlock les porter. Il avait beau savoir que c'était un rôle qu'il jouait, une façade pour simplifier des transactions, se fondre dans la masse, fréquenter des sans-abris plus facilement, John en avait toujours peur. Il avait l'impression, irrationnelle et stupide, certes, mais quand même bien présente, qu'il y avait toujours plus de chance que Sherlock s'enfonce une aiguille dans le bras quand il portait ces vêtements-là.

Avec un soupir, il entreprit de plier dans une valise deux costumes, parce qu'il savait que Sherlock en avait besoin, il les aimait trop, et ils iraient probablement se balader en ville, trois pyjamas parce qu'il comptait passer beaucoup de temps au lit avec son amant, et ce qu'il trouva de plus neutre dans la troisième pile, ce qui sonnait le moins « squat insalubre & drogues » de la collection.

Il poursuivit les bagages par les affaires de toilette, empocha leurs ordinateurs, chargeurs de téléphone : il ne fallait pas priver Sherlock de sa chère technologie. John s'ajouta trois livres, pour le vol et le temps libre. Si Sherlock avait été là, il aurait probablement voulu emporter du matériel de chimie, mais John comptait bien passer ses vacances dans la petite maison qu'il avait réservée et pas bloqué à la douane.

Il mit dix minutes complètes à mettre la main sur l'étui du violon de son mari, qui ne l'utilisait jamais, et encore cinq pour trouver ledit violon, caché sous une pile de papiers (un rapport d'enquête volé à Lestrade, semblait-il). Il rangea l'un dans l'autre, et l'ajouta à leurs bagages. Sherlock en aurait besoin.

Il passa ensuite en cuisine, prépara rapidement quelques plats à faire réchauffer pour Sephy et Rosie, au moins pour ce soir et demain. Ensuite, le frigo était plein, elles se débrouilleraient.

Satisfait de lui, John s'assit ensuite dans son fauteuil avec une bonne tasse de thé. Tout était prêt. Il ne manquait plus que Sherlock.


Le taxi arrivait dans une heure pour les emmener à la gare et Sherlock n'était toujours pas rentré.

Sephy arriva, à l'heure comme prévu, avec ses affaires. John lui indiqua ce qu'il y avait à manger, et lui donna ses instructions. À sa grande surprise, elle les écouta attentivement, presque avec professionnalisme. Il s'était bêtement attendu à de la joie puérile, comme celle de Rosie, mais Sephy était plus grande. Avec nostalgie, John repensa à un temps qui lui semblait à la fois hier et il y avait une éternité. Quand Sephy était le seul enfant dans leur entourage, quand ils la gardaient pour quelques jours pour soulager ses pères surchargés de travail. Quand elle bondissait sur leur lit pour les réveiller le matin, et qu'elle entonnait à pleins poumons la Reine des neiges. Quand elle riait et jouait avec cette joie innocente qui était l'apanage des enfants et que même Rosie avait de moins en moins, désormais.

Depuis que Sephy était grande, et que Rosie leur prenait tout leur temps, il y avait nettement moins d'occasions pour John de garder sa nièce, et donc de la voir grandir. À chaque fois qu'il la voyait, et c'était peu souvent, le temps ensemble était bref, et elle lui semblait différente systématiquement.

Il se fit la réflexion que désormais, il fallait avoir avec elle des relations d'adultes à adultes. Ça lui fit bizarrement plaisir et le rendit triste tout à la fois.

— John ? Tout va bien ?

Il s'était un peu trop perdu dans ses pensées. Même cette phrase lui arracha un sourire triste. Depuis quand n'était-il plus « Onc' John », pour devenir simplement John ?

— Ça va, Sephy. Un peu de nostalgie de quand tu étais enfant. Tu te souviens de vacances que tu passais ici ?

Elle lui sourit avec douceur. Elle aussi s'en souvenait avec émotion. Mais s'ils se lançaient là-dedans, ils allaient sans doute se mettre à pleurnicher le cœur serré, et ce n'était pas le moment.

— Il faudrait qu'on aille dîner un de ces soirs. Sans tes parents. En tant qu'adultes.

Elle hocha la tête avec ferveur. C'était tout ce à quoi elle aspirait. Être traitée comme une adulte. John se dit que peut-être, le week-end se passerait bien. Puis il se rappela le fou rire de Greg à l'idée que leurs deux filles passent trois jours seules, et il douta un peu.

— Il est bientôt l'heure d'aller chercher Rosie, vas-y, indiqua-t-il. Nous serons partis quand tu reviendras.

Elle acquiesça, puis fronça les sourcils.

— Sherlock te rejoint directement à l'aéroport ?

John déglutit. Le taxi arrivait dans cinq minutes, et son amant était toujours introuvable. Il lui avait envoyé plusieurs textos estampillés URGENT lui indiquant de rentrer impérativement à la maison avant l'heure fatale, et les petits accusés de lecture s'étaient affichés. Mais Sherlock n'avait pas répondu. John espérait de tout cœur qu'il n'avait pas trouvé un mystère passionnant dans lequel il s'était perdu, sinon, ils étaient foutus.


John venait de mettre leurs valises dans le coffre du taxi. Sherlock n'était toujours pas là. La mort dans l'âme, il s'apprêtait à dégainer son téléphone pour lui dire de ne pas rentrer, d'aller directement à Heathrow, tant pis pour la surprise. Il aurait dû demander à Greg de le faire arrêter et l'envoyer à l'aéroport. Il commençait à taper son message quand une silhouette familière se détacha, et entra à la volée dans le 221 B, sans prêter attention à John, quelques mètres plus loin.

— J'arrive immédiatement, patientez ! ordonna John au chauffeur en s'élançant sur les pas de son amant.

Le chauffeur haussa les épaules en lançant le compteur. Tant qu'il était payé, lui s'en fichait. Ce n'était pas lui qui avait un avion à prendre.

Les grandes jambes de Sherlock lui donnaient un avantage certain. Il était déjà au milieu de la cuisine quand John arriva dans leur appartement, son manteau jeté négligemment sur une chaise, avec un air extatique sur visage.

— Sherlock ! Viens avec moi !

Son amant, qui s'apprêtait à se pencher sur son microscope, se redressa.

— John ! Regarde, John, j'ai ramené plein de nouveaux échantillons de terre de Londres ! Et des cendres ! Il y a un nouveau terrain au nord, avec un sol argileux très spécifique, je me devais de le lister et...

Il poursuivit sa réplique, mais John n'écoutait plus. Il n'y avait que Sherlock pour n'avoir rien à faire de sa journée, et décider de parcourir Londres avec des boîtes de pétri plein les poches pour ramasser de la terre et des cendres aléatoirement pour les examiner sur une lamelle. Il avait l'air tellement fier de lui, extatique, exhibant ses petites boîtes en plastique que John en tomba aussitôt amoureux, encore une fois. C'était la raison pour laquelle Sherlock valait tout l'or du monde. La raison pour laquelle il l'avait épousé : cette formidable capacité qu'il avait de faire tomber John amoureux de lui un million de fois, pour un million de raisons différentes, et toujours avec la même intensité qui submergeait tout comme un tsunami.

Sans réfléchir, et surtout sans répondre — Sherlock pérorait toujours avec emphase — John se précipita vers lui, et l'attrapa par la taille. Sherlock lâcha deux boîtes, sous l'effet de la surprise, et bégaya un peu. Mais il ne cessa réellement de parler quand John attrapa sa nuque, le plaqua contre le plan de travail, et introduisit sa langue dans sa bouche rapidement pour l'embrasser passionnément.

Sherlock fut surpris un instant, mais réagit instinctivement, embrassant férocement son amant en retour. John gémit, un bruit sourd qui les surprit tous les deux. Ce fut à ce moment-là que John réalisa combien ils avaient besoin de ces vacances. Il y avait trop longtemps qu'ils n'avaient pas gémi aussi fort, embrassé aussi passionnément, avec cette facilité et ce désir, leur amour brûlant entre eux.

— Pose tes boîtes là où elles ne gêneront personne, ordonna John. Ensuite, ne pose pas de questions, suis-moi, et déduis-moi.

Sherlock fronça les sourcils en relâchant John. Le médecin pouvait voir que son formidable cerveau, a fortiori saturé d'endorphines, se mettait en route et commençait à tout analyser. Chaque mot que John venait de prononcer, chaque micro-expression sur son visage, chaque détail de sa tenue. John ne traînait pas chez eux en manteau et chaussures, normalement.

Il sembla comprendre, a minima, que son expérience attendrait, et il organisa les boîtes de pétri rapidement sur le plan de travail — celles tombées à terre s'étaient ouvertes, c'était foutu, mais présentement, il s'en moquait et n'avait aucune envie de balayer — et éteignit le microscope, avant de récupérer la main tendue de John.

Il le suivit dans l'escalier, ne fit aucun commentaire quand il verrouilla leur porte, se dirigea vers le taxi qui attendait toujours posément. Le montant affiché par le compteur était déjà aberrant, mais John haussa les épaules et mit ça dans la catégorie « folies des vacances ». Sherlock le suivit complaisamment, monta à côté de lui, et laissa le taxi démarrer sans un mot. Le chauffeur savait déjà leur destination, et John n'avait rien besoin de lui dire.

Sherlock se perdit aussitôt dans le paysage, et John dans la contemplation de son amant. Il savait qu'il ne regardait pas le décor, pas vraiment. Il déployait dans son esprit l'immense carte mentale de Londres, et à chaque feu rouge, à chaque virage, il tentait de déterminer où ils pouvaient bien aller. Il avait l'air à la fois absent et concentré, et le médecin ne l'aimait jamais autant que dans ces moments-là, quand il était Sherlock Holmes dans toute sa splendeur.

Le trajet était prévu pour une bonne trentaine de minutes, bouchons compris, potentiellement quarante. John avait prévu une heure de trajet, et ils avaient perdu une dizaine de minutes le temps de monter rattraper Sherlock et se perdre dans ses baisers. Ils étaient dans les temps, et John soupira de joie. Il avait hâte.

Au bout de vingt minutes, ils avaient quitté le cœur de Londres et rejoint la nationale, en direction de l'ouest.

Sherlock s'arracha à la vitre pour se retourner vers John. Sa main, inconsciemment, attrapa sa jumelle posée à côté de lui sur le siège.

— Heathrow ? demanda-t-il, incertain.

— Terminal 5, précisa John avec un sourire.

— Vols internationaux, alors.[1]

— Oui.

— Je ne suis pas certain de moi, admit Sherlock.

Il continuait de scanner John de haut en bas. Il était aussi angoissé, comme toujours quand il ne savait pas ce qui se passait.

— On va prendre l'avion, indiqua John avec un sourire. Tes bagages sont dans le coffre. Oui, j'ai pris ton violon, oui j'ai pris ta brosse à dents préférée, oui, j'ai pris ta chemise violette.

Sherlock avait quelques objets doudous dont il avait besoin en voyage.

— On ne part pas longtemps, annonça Sherlock le résultat de ses déductions. Juste toi et moi. Pas une enquête ou un problème. On ne part pas loin, parce que sinon, on partirait plus longtemps. Pas de décalage horaire. Un pays dont je parle la langue, sinon tu m'aurais prévenu en amont, pour que je l'apprenne, parce que tu sais que je peux faire ça en quelques jours, au pire, et que tu as horreur de ne pas te faire comprendre dans les pays étrangers.

John lui souriait, heureux, comme un professeur distribuant les bonnes réponses.

— La France ? tenta Sherlock. Ou l'Italie. Tu as besoin de soleil. Mon français est meilleur que mon italien, mais tu pourrais préférer l'Italie...

— Sud de la France, annonça John. Oui pour le soleil. L'Italie attendra la prochaine fois. Mais tu rates l'élément essentiel.

Le détective fronça les sourcils.

— Je ne vois pas.

— Le pourquoi. La motivation. La raison. Le but.

Sherlock leva les yeux au ciel.

— Merci, John, je ne suis pas stupide. Je viens de te dire que je ne vois pas. C'est la raison de ce voyage que je ne vois pas, pas le fait que l'élément manquant à mes déductions est la raison.

Jetant un œil au chauffeur, concentré sur sa route et totalement blasé — il en avait bien assez vu dans sa vie comme ça, des illuminés — John se rapprocha de son compagnon et l'attira dans un baiser.

— Je t'aime, Sherlock. T'es un abruti arrogant, totalement dénué de toute notion romantique, mais je t'aime.

C'était totalement faux, bien sûr. Sherlock était capable de romantisme, du moins selon ses critères. Le reste était par contre malheureusement vrai.

John se contorsionna, et lâcha la main gauche de Sherlock, qu'il tenait fatalement de sa main droite, assis à côté de lui, pour la prendre de sa main gauche, dans un indice évident.

Leurs alliances se touchèrent. Sherlock regarda leurs mains jointes, puis fit le lien avec la précédente déclaration sur son romantisme.

— On part en vacances genre... en amoureux ?

Les mots paraissaient bizarres dans la bouche de Sherlock, et John pouffa doucement.

— Pour notre mariage ? Parce que ça fait dix ans ?

Il n'était pas certain de lui, non parce qu'il ignorait la date, mais parce que le concept lui était nébuleux. Et que ce n'était absolument pas leur véritable anniversaire de mariage, pas la date exacte. L'année était bonne, même pas le mois.

— Bonne réponse, Amour... souffla John.

Et il lui vola un autre baiser sous le regard indifférent du chauffeur, pour l'empêcher de protester.


Sherlock n'avait pas fait de difficultés particulières, jusqu'à l'embarquement. Il paraissait même plutôt heureux, bien caché sous son air d'indifférence. Le fait que John soit vaguement collé à lui, sa main parcourant régulièrement son corps, et lui en promettant plus pour les trois jours qu'ils allaient passer ensemble, y était sans doute pour beaucoup. John avait réussi à le tenir occupé pour passer les contrôles de sécurité, alors qu'il pouvait se montrer infect, et le médecin n'avait aucune envie de subir un interrogatoire, ou il leur faudrait appeler Mycroft pour être relâché à temps pour attraper leur vol.

Ce fut quand leur vol fut appelé, et qu'ils se préparaient à embarquer, que le détective posa la question :

— Qui garde Rosie ?

— Sephy, répondit-il négligemment.

Le silence qui suivit n'augurait rien de bon. John n'ajouta rien.

— Pardonne-moi, John, mais peux-tu répéter ? Je crains de n'avoir mal compris ce que tu venais de dire. J'ai cru que tu avais sous-entendu que notre nièce à peine majeure allait garder notre fille, un bébé, pendant tout un week-end.

John leva les yeux au ciel.

— Sephy est majeure et vaccinée, et notre fille a onze ans et demi. Dans son plan initial, elle voulait se garder seule, hein.

— Non, décréta Sherlock.

Il avait déjà dégainé son téléphone, ce qui était une très mauvaise idée, puisqu'ils s'apprêtaient à monter dans l'avion, et qu'il faudrait le couper au décollage. Il allait appeler Sephy pour tout annuler, John pouvait en mettre sa main à couper, et il intercepta le mobile, le fauchant des mains du détective inattentif.

— Hé !

— Sephy a dix-huit ans, répliqua-t-il John, songeant que si Sephy décrochait pour s'entendre dire qu'elle était incompétente, elle allait utiliser beaucoup plus de gros mots qu'elle n'était censée en connaître et qu'elle en utilisait en présence de son Père. Elle a été élevée par ton frère. On part seulement trois jours. Je pense qu'elle peut gérer notre fille de onze ans qui a hérité de ton autonomie et de ton intelligence pendant ce laps de temps. Pendant que nous irons célébrer notre anniversaire de mariage !

Son ton était peut-être plus ferme et plus énervé qu'il ne l'avait cru. Mais il connaissait son mari par cœur. S'il le laissait faire, il allait partir dans des explications, recommandations et excuses interminables, et risquer de leur faire rater l'avion, alors même qu'ils en étaient à deux mètres Et rater les trois jours de sexe non-stop et de farniente que John prévoyait. Il était hors de question de laisser Sherlock sortir de la chambre de leur gîte, à part pour aller s'allonger sur une plage. Il serait capable de trouver une enquête dans le bled de sept mille habitants[2] en bord de mer dans lequel ils allaient passer leurs vacances.

Sherlock grogna, mais ne répondit rien. Ils franchirent la passerelle qui menait à l'avion, s'installèrent en première classe. John savait que son amant était trop grand pour l'étroitesse de la classe économique.

— Je peux récupérer mon téléphone, maintenant ?

— Pour quoi faire ?

Tant qu'ils n'avaient pas décollé, John ne prendrait pas de risques. Sherlock était capable d'être assez infect pour se faire débarquer par le commandant.

— Écrire à Rosie. Pour lui donner des consignes. Être sage, aller à l'école demain, se coucher tôt, ce genre de choses. Et ranger mes boîtes de pétri, certaines nécessitent un traitement particulier. Mais ne pas en déranger d'autres.

John acquiesça en souriant. Rosie obéirait à Sherlock, ses recommandations auraient plus de poids que toutes celles de John. Elle obéissait toujours à Sherlock. Pour son médecin de père, c'était une autre paire de manches. Elle pouvait être si têtue. Si Sherlock.

Les doigts du détective volèrent sur le clavier, tapant rapidement les messages. Celui pour Rosie. Un général et pas trop menaçant pour Sephy. Un autre pour Mycroft, évidemment.

Sherlock concluait d'ailleurs ses SMS aux deux filles par « Je saurai si vous avez désobéi ». John ne vit l'intérêt de lui dire maintenant que Mycroft était absent, et que toute manière il avait déjà dû promettre à sa fille (et aussi à John) que non, il ne ferait PAS surveiller le 221 B Baker Street ces quelques jours, du moins pas de manière trop rapprochée. Le pauvre Sherlock allait tomber de haut quand il apprendrait que le pouvoir de son frère avait une limite en la personne de sa propre fille. Mais John entendait bien avoir mis Sherlock de suffisamment bonne humeur d'ici là pour lui faire passer la pilule, et surtout que l'avion ait décollé et qu'il soit trop tard pour faire demi-tour.


Ils rentrèrent le lundi matin, paradoxalement plus reposés que jamais et fatigués en même temps. John, en trois jours non-stop passés au soleil, avait repris à une vitesse ahurissante son teint de peau bronzé qu'il avait durant longtemps arboré suite à l'Afghanistan. Sherlock semblait aussi pâle qu'en partant, ce qui n'était pas surprenant. Avec une assiduité à faire pâlir d'envie un vampire, il n'avait pas mis un orteil au soleil de son plein gré. Ça ne les avait pas empêchés de se prélasser sur la plage des heures durant, John étendu de tout son long au soleil, Sherlock retranché à l'abri d'un grand parasol, prenant grand soin qu'aucune des parcelles de son corps ne sorte de la zone d'ombre délimitée.

Sherlock avait, bien évidemment, refusé de se baigner dans la mer, John avait testé et décrété qu'elle était quand même encore bien froide. En France, ce n'était pas la pleine saison, et il n'y avait aucun touriste. Quant aux locaux, de toute évidence, ils savaient que le temps pouvait être encore plus beau et chaud plus tard dans l'année, et ne voyait pas l'intérêt de prendre froid maintenant. La plage avait été déserte la plupart du temps.

La maison, isolée et sans le moindre vis-à-vis, présentait le désavantage d'être à proximité d'une ligne de train, assez bruyante. Pour les deux amants, c'était juste une excuse pour être encore plus bruyants lors de leurs ébats, couverts par les grincements des rails quand un train y passait à toute vitesse.

Ils avaient littéralement passés trois jours à faire l'amour partout, y compris dehors sur la plage quand la nuit commençait à tomber et que Sherlock daignait sortir de l'ombre de son parasol, n'avaient vu presque personne, et s'étaient reposés comme jamais.

Même le temps gris (mais heureusement, sec) londonien à l'arrivée de l'avion n'avait pas entamé leur bonne humeur.

L'état de Baker Street, en revanche, les surprit. John était habitué au bazar, Sherlock en laissait traîner partout derrière lui. C'était un bazar d'un genre différent, cette fois, très représentatif des deux filles, à la fois du maquillage, du vernis et des vêtements, que des cartes du ciel, les justaucorps de danse classique de Sephy, élève à la Royal Ballet School, de la chimie que Rosie appréciait, sa flûte traversière, un nombre exponentiel de bouquins de science-fiction et fantasy, à croire qu'elles avaient préparé une thèse sur la question.

Rosie était à l'école, bien sûr, et Sephy était absente également quand ils rentrèrent. Mrs Hudson, qu'ils avaient croisée en rentrant, avait dit qu'elles avaient été « si sages et si tranquilles ! ». À voir le bazar, John et Sherlock en doutait, mais Mrs Hudson se comportait avec les deux filles comme une grand-mère, et elle semblait faire preuve de la même cécité que Violet Holmes quand il s'agissait de voir réellement comment pouvaient être Sephy et Rosie.

Sherlock grommela quelque chose, tandis que John allait déposer leurs bagages dans leur chambre.

— Qu'est-ce que tu as dit ? s'ahurit John en revenant au salon, pour voir le détective se laisser tomber dans son fauteuil.

Il n'était pas sûr d'avoir bien compris. Ou bien il avait peur d'avoir bien compris.

— J'ai dit que ça ne devrait pas être permis, de mettre un bazar pareil en si peu de temps. Elles n'ont aucune notion du rangement, ou quoi ?

John explosa de rire.

— C'est bien ce que j'avais cru comprendre ! Et c'est toi qui dis ça ! C'est l'hôpital qui se fout de la charité ! Tu te souviens qu'avant que je ne vienne m'installer ici, tu rachetais un set de petites cuillères tous les mois environ ? À force de les poser quelque part et les ensevelir sous le bordel que tu déplaçais et créais ! Sais-tu, encore aujourd'hui, combien de fois par JOUR je sauve des assiettes, des tasses ou des cuillères de ta mauvaise manie de les poser sur la première surface plane venue, au lieu de les ramener à la cuisine ? T'es mal placé pour critiquer, Sherlock !

Le détective eut la décence de ne rien répondre. John riait plus qu'il n'était fâché — dix ans qu'il avait officiellement choisi de devenir le sauveur des petites cuillères de Sherlock Holmes, si ça l'avait vraiment dérangé, il y avait longtemps qu'il l'aurait dit — mais Sherlock reconnaissait qu'il avait sans doute raison. Il était capable de se souvenir d'une plaque d'immatriculation aperçue six mois plus tôt, ou de lister tous les passagers de leur vol dont il avait entrevu les étiquettes de leur bagage, mais l'endroit où il posait les tasses de thé après consommation disparaissait aussitôt de son Palais Mental.

— Franchement, moi je trouve pas que ça soit SI en bazar que ça, hein. Juste un bazar différent de d'habitude, sourit-il.

Il était planté devant le fauteuil de Sherlock, et promenait son regard sur la pièce. Il allait de soi, cependant, qu'il n'en rangerait pas le premier vêtement. Les deux filles s'en débrouilleraient. Un regard à sa montre indiqua à Sherlock qu'ils avaient encore plus d'une heure avant que Rosie ne rentre du collège. Il attrapa d'une main la taille de son amant, tira vers lui. Surpris, John tomba sur ses genoux. Sherlock ne le laissa pas poser de questions inutiles avant de l'embrasser de nouveau. Ils avaient encore un peu de temps pour en profiter.


[1] J'avoue, autant la localisation est exacte, ainsi que le temps de trajet, et Heathrow a réellement 5 terminaux, mais j'ignore celui des vols internationaux !

[2] En réalité, l'endroit de vacances de John et Sherlock est très précis dans mon esprit, et reste vague dans cette fic de manière totalement volontaire, genre blague cachée entre moi et ma bêta. On s'amuse comme on peut en écrivant xD


Prochain chapitre le Me 13/10

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