Bonjour mes petits pandas roux ! Dernier interlude, avant de retrouver John, Sherlock et Rosie pour les deux derniers chapitres ! Le temps passe si vite ! Oo j'espère que cela vous plaira !
RaR des anonymes :
Avril (chap 19): Ahaha, la réaction de Sherlock quand Rosie partira, on la trouvera dans les derniers chapitres, encore un peu de patience ! :) Merci pour la review et les compliments ! :)
Bonne lecture !
Interlude 4 – Sephy leur présente un garçon
— On doit vraiment faire ça ? grogna Mycroft.
Greg leva les yeux au ciel. Ce n'était que la millième fois depuis le début de la soirée. Sephy allait arriver d'une minute à l'autre, et Mycroft ne s'était toujours pas fait à l'idée de ce qui allait se produire ce soir.
Ou alors, au vu de son costume hors de prix, absolument parfait tant dans le tissu, la forme, que dans la manière dont il le portait, il s'était un peu trop fait à l'idée.
— Tu n'aurais pas dû mettre ça ce soir, grommela Greg sans répondre.
— Pourquoi ? C'est trop ?
Le ton ironique de Mycroft ne laissait planer aucun doute sur le fait qu'en faire trop était précisément ce qu'il avait recherché.
— Non. Enfin oui, c'est trop, mais c'est surtout qu'il va être très difficile de résister à la tentation de te retourner sur le bar pour te prendre. Lentement. Profondément. Intensément.
Il susurrait à l'oreille de son amant, se délectant de la vision des oreilles et des pommettes qui étaient lentement gagné par une rougeur adorable. Qu'importait le nombre d'années qu'ils avaient passées ensemble, Greg ne se lassait pas de la vision de Mycroft qui perdait les pédales, rougissait sous ses mots crus et n'était pas capable de le regarder en face sans attraper une érection parfaitement incontrôlable.
— Pas maintenant, marmonna-t-il en repoussant au prix d'un immense effort, le corps de Greg qui s'était subrepticement rapproché de lui, l'acculant contre le bar américain.
— Quand, alors ? souffla le DI au pavillon de son oreille.
Mycroft se mordit la lèvre inférieure. Résister devenait de plus en plus dur. Dans tous les sens du terme. Seul le souvenir que sa fille arrivait bientôt lui permit de reprendre sa respiration, faire refluer le sang de ses joues (bon, pour plus bas, ça allait prendre un peu plus de temps.) et répondre à son amant sans que sa voir ne le trahisse.
— Dès qu'ils seront partis. Promis.
Ce fut un échec complet, puisqu'il entendit lui-même dans le ton de sa voix le gémissement retenu, contenu et lancinant de désir. Mais cela sembla satisfaire Greg, qui se redressa, le relâcha et s'éloigna de lui.
— Parfait. Maintenons, dépêchons-nous de finir de préparer le repas et la table ! décréta-t-il d'un ton enjoué, attrapant une pile d'assiette.
Mycroft grommela.
— C'est même pas nous qui cuisinons de toute manière...
Le pauvre Charles, Carlos de son vrai nom, et traiteur de son état, était le meilleur atout de la vie de famille Holmes-Lestrade. Depuis maintenant des années, il nourrissait presque cinq soirs sur sept la petite famille, connaissait tous les goûts et dégoûts alimentaires, avait suivi et analysé toutes leurs préférences, alternait les repas légers et les desserts goûteux pour plaire à tous. Et ce soir, il avait été encore plus mis à contribution. Parce que non content de devoir les nourrir, il avait dû prévoir quelque chose de suffisamment simple en terme de goût et de présentation pour faire croire que Greg et Mycroft l'avaient cuisiné eux-mêmes, tout en restant sophistiqué parce qu'on parlait de Mycroft Holmes. Sephy avait levé les yeux au ciel lorsqu'ils lui avaient annoncé vouloir faire illusion, mais elle avait cédé.
Charles-Carlos s'était surpassé. Et les plats réchauffaient désormais tranquillement dans la cuisine, respectant à la virgule près les instructions du traiteur. Même juste pour faire réchauffer quelque chose, Greg et Mycroft étaient capables de faire des choses surprenantes. Dans le mauvais sens du terme. Le très mauvais sens du terme.
Ils venaient de finir de dresser la table, une vraie, une belle, nappe blanche et couverts en argent, dans la salle à manger, pas sur le comptoir où ils se restauraient habituellement, lorsque la porte sonna.
— Je vais ouvrir ! s'écria Greg.
Mycroft essuya précipitamment ses mains subitement devenues moites sur le premier torchon venu, les battements de son cœur s'accélérant brusquement. Il n'avait aucun problème pour dominer des dirigeants et autres chefs d'État, se sentait parfaitement à l'aise dans un nid de requins politiques, endurait sans sourciller réunions interminables où il était accablé de reproches. Pourtant, l'idée de rencontrer – enfin – le petit ami de sa fille le paniquait.
Ce n'était pas le premier de Sephy. Mais c'était le premier qu'elle leur présentait. Le plus sérieux. Celui qui durait depuis quelques temps, allait peut-être encore durer longtemps, voire toute une vie.
Sephy en avait arraché la promesse à son Père : Mycroft avait juré de bien se comporter, et de ne pas se montrer trop intimidant. Mais l'homme de pouvoir entendait néanmoins que les choses soient claires autant pour lui que pour ce garçon : s'il faisait souffrir ou pleurer sa fille, il le retrouverait. Où qu'il soit. Le monde ne serait pas assez vaste pour empêcher Mycroft de le retrouver.
Il était banal, avait songé Mycroft. Avant de se morigéner intérieurement, se demandant quand est-ce qu'il était devenu comme son frère. Sherlock déteignait un peu trop sur lui. Se plaindre des gens ordinaires était l'apanage de Sherlock. Mycroft préférait traiter tout le monde de poisson rouge ce qui était, au demeurant, la définition la plus exacte du reste du monde.
Gale ne faisait pas exception. Il était un poisson rouge, et ne tenait pas la comparaison avec l'intellect brillant de sa fille, et l'avenir lumineux qui se dressait devant elle.
Pourtant, plus il l'observait, plus Mycroft devait reconnaître que tout limité qu'il était, le jeune homme aimait Sephy. Cela se voyait dans sa manière de parler, ses mimiques, ses hochements de tête, ses regards. Une dévotion, un amour sans borne.
Le jeune homme, pourtant, avait été très timide à son arrivée dans la maison. Pas habitué à l'opulence, les caméras de surveillance, et sans doute encore moins à la dépendance à quelques dizaines de mètres de là, petite maison en marge du jardin, et dans laquelle vivait Toby et sa famille. Oui, Mycroft avait besoin de son garde du corps-chauffeur-nourrice à tout instant, et oui, il devait vivre à cinq minutes de sa maison.
Gale, manifestement, venait d'une famille bien plus modeste. Il avait été très gêné, rougissant, balbutiant, osant à peine respirer de peur de mal faire.
Le « bienvenue dans la famille ! » enjoué de Greg avait presque semblé lui faire plus peur que le regard froid et scrutateur de Mycroft.
— Gale, mon papa, Greg. Et mon père, Mycroft, les avait présentés Sephy en les désignant l'un après l'autre. Papa, Père... C'est Gale.
Et sa voix ne laissait pas de doute sur la menace sous-jacente.
L'ambiance polaire avait fini par se dégeler à table, quand Greg avait évoqué le rugby. Ce qui avait enthousiasmé le jeune homme.
— J'adore le rugby ! Ma préférence ira toujours à la danse, bien sûr, mais j'aime aussi le Tournoi de Six Nations !
— Danseur, donc ? avait interrogé Mycroft.
La carrure fine, le positionnement des muscles indiquait en effet un sportif.
— Euh...
Il coula un regard effrayé vers Sephy. Pour l'instant, il n'avait pas encore osé avoir un échange direct avec Mycroft.
— ... oui. Sephy ne vous l'avait pas dit ? Je fais partie de la compagnie du Royal Ballet.
La compagnie de ballet rattachée à la Royal Ballet School qu'avait fréquenté Sephy des années durant, donc.
— Premier danseur ? demanda Mycroft à brûle-pourpoint.
Sephy avait un futur magnifique qui s'étalait sous ses pas. Une fois remise de sa stupide passion pour l'astronomie (Mycroft n'y avait jamais adhéré, mais sa fille et son compagnon continuaient d'aller régulièrement dormir à la belle étoile dans le jardin l'été en commentant les astres), la jeune fille s'était concentrée sur la danse. Elle n'avait jamais obtenu le niveau nécessaire pour devenir danseuse étoile, mais sa capacité à voir dans l'espace avec une acuité effrayante l'avait rapidement réorienté vers la chorégraphie. Elle finissait désormais les études nécessaires pour en obtenir les diplômes, mais elle avait déjà eu l'occasion, sous les encouragements de son professeur, de créer et mettre en scène un court tableau avec des danseurs confirmés et... elle avait été intransigeante. Elle percevait sans la moindre difficulté le moindre millimètre de décalage entre la perfection théorique de ce qu'elle avait établi et la réalité que produisait les danseurs.
Elle sera impitoyable, avait dit ses professeurs. Et probablement plus brillante que n'importe qui avant elle. Parce qu'elle voyait, elle voyait vraiment les choses se mouvoir dans l'espace.
Avec le temps, elle avait appris à évaluer les distances, les volumes et les surfaces avec une précision à faire pâlir d'envie un agent immobilier.
En résumé, sa petite Reine était brillante. Et Mycroft refusait qu'elle le gâche avec quelqu'un sans ambition. Si ce Gale n'était pas premier danseur, il ne valait rien.
— Non, monsieur, répondit-il pourtant posément.
Il était parfaitement calme et serein, tandis que Mycroft sentit ses yeux se rétrécir de colère. La main de Greg se posa sur la sienne en signe d'apaisement avant qu'il n'ait eu le temps de faire un geste.
— Je ne suis pas et je ne serai jamais danseur étoile. J'ai toujours eu conscience de mes limites. Je les ai repoussées cent fois pour réaliser mon rêve. J'ai intégré la Royal Ballet School. Puis la compagnie du Royal Ballet. Mais je n'irai pas plus loin. Je continue la saison du Royal Ballet, j'y suis engagé. Je continuerai toujours à danser.
— Il est mon premier cobaye, précisa Sephy.
— Pauvre de toi, se moqua doucement Greg, et Sephy lui tira la langue.
Mais Mycroft regardait toujours Gale droit dans les yeux.
— Mais j'ai entrepris de me reconvertir depuis plusieurs mois. Les longues études ne sont pas faites pour moi. Je suis un manuel, ne vous en déplaise, monsieur Holmes. Je sais que vous attachez beaucoup d'importance à l'éducation, la culture. J'espère ne pas en manquer, du moins en avoir suffisamment pour ne pas vous faire honte, mais ce n'est pas fait pour moi.
— Dans quel domaine ? demanda Mycroft.
— PÈRE ! s'insurgea Sephy.
— Joaillerie, orfèvrerie et horlogerie. Je travaille actuellement en partenariat avec Cartier et Van Cleef and Arpels. La gemmologie m'intéresse également.
Mycroft resta silencieux, et si Gale rougit, gêné du blanc qui s'installa, persuadé qu'il avait commis une grossière erreur (quand, par contre, il l'ignorait) et qu'il allait se faire virer manu militari de la maison avec l'interdiction de revoir Sephy pour le restant de ses jours.
Sephy et Greg, qui, eux, connaissaient mieux Mycroft savaient qu'en réalité l'homme d'État était simplement impressionné.
— Pour qui aimerais-tu travailler ? interrogea gentiment Greg.
— Tiffany ! fusa la réponse. Ou Montblanc. Même s'ils ne sont plus, ni l'un ni l'autre, les premiers de leur domaine, ils gardent ma préférence émue depuis ma plus tendre enfance.
— Et pour qui vas-tu travailler ? demanda Mycroft.
Le jeune homme se redressa bombant la poitrine, carrant la mâchoire.
— Je ne saurais me contenter d'autre chose que de Cartier, ou de Winston. Et ceci, pour l'unique raison que Bvlgari compte ses meilleurs orfèvres à Rome et que pour l'instant, je ne compte pas partir d'ici.
Mycroft le regarda, et il ne détourna pas le regard. Puis lentement, le Père de Sephy hocha la tête et se remit à manger, et Gale comprit qu'il avait passé le test.
— Merci Papa. Merci Père.
Les joues de Sephy étaient roses, son regard brillait, et elle contemplait ses deux pères sur le pas de la porte avec un amour évident. Elle ne restait pas dormir ici cette nuit, bien évidemment. C'était loin d'être la première nuit qu'elle passait hors de la maison, et encore moins la première qu'elle allait partager avec Gale, mais il y avait une forte symbolique dans le fait de quitter la maison avec son petit ami après le dîner officiel de présentation pour aller dormir chez lui. Dans ce qui serait, peut-être, sans doute, bientôt, chez eux.
En attendant Gale appelait un taxi plus loin dans le jardin (elle avait refusé que Toby les raccompagne, bizarrement) et Sephy était à deux doigts de fondre en larmes dans les bras de ses parents.
— Je... Je suis... Merci. C'est... C'était important pour moi.
— Toujours, ma petite Reine, souffla Mycroft. Toujours.
Elle fondit en larmes. Se jeta dans les bras de son Père. Greg se rajouta à l'étreinte en se tamponnant les yeux. Et tant pis pour le costume hors de prix de Mycroft.
Mycroft attendit que le taxi ait disparu au coin de la rue pour finir sa phrase :
— Toujours, tant qu'il ne te fait pas pleurer. Ce jour-là je serai là.
Greg ne savait toujours pas s'il devait en rire ou en pleurer.
Prochain chapitre le Me 20/10
Reviews, si le cœur vous en dit ? :)
