Bonjour mes petits pangolins ! J'avoue, le chapitre d'aujourd'hui aussi je l'aime bien, et le suivant aussi... c'est quand même bientôt la fin ! J'en profite pour vous indiquer que ma vie pro-perso commence à être un peu tendue en ce moment, donc si par hasard je n'ai pas le temps de répondre à vos reviews de temps en temps dans les prochaines semaines, ne m'en veuillez pas, je me rattraperai dès que possible ! Merci de votre compréhension !

RaR des anonymes :

Avril (chap 20): Contente de savoir que tu aimes les interludes ! Par contre, au risque de te decévoir, on s'arrêtera aux 18 ans de Rosie et son départ pour la fac, donc on ne saura pas ce qu'elle va faire de sa vie ^^ En revanche, dans mon esprit, j'ai mon propre canon sur la question, mais ici on n'en parlera pas, désolée ^^ Oui Gale est très méritant ce garçon, le jeu en vaut la chandelle ! Bon, Sephy avait quand même bien restreint Mycroft, mais quand même ! Merci pour la review, j'espère que la suite te plaira :)

Sortie de couple

Partie 1

Sherlock tournait comme un lion en cage dans l'appartement, sous les yeux perplexes de John. Il essayait bien de ne pas lui prêter attention, mais sa nervosité et ses grands gestes frénétiques étaient difficiles à rater. De plus, il jetait fréquemment des regards en direction de l'escalier qui menait à la chambre du haut, celle de leur fille.

Au bout d'un moment, John en eut marre. Il n'avait parfois plus tout à fait sa patience d'autrefois.

— Bon, Sherlock, c'est quoi le problème ?

— Rien, fusa aussitôt la réponse du détective.

John haussa délicatement un sourcil sarcastique. Avec un regard innocent, Sherlock se laissa tomber dans son fauteuil, l'air angélique.

— Dis-moi ce qu'il y a ou j'accepte une enquête de niveau deux, juste pour que tu sortes de la maison et arrête de me stresser !

— Tu n'oserais pas mépriser mon intellect et l'utiliser pour un truc si inutile, s'outra Sherlock.

Cet homme était toujours une vraie diva, même à cinquante ans passés. Si son corps, lentement mais sûrement, commençait à le rattraper et n'avait plus sa vigueur d'autrefois, si ses articulations se remettaient moins bien des chocs, si ses cheveux se striaient de blanc, son intelligence n'avait pas été mise à mal par l'âge, voire tout l'inverse. Plus il avançait dans le temps, plus il avait à disposition des éléments accumulés au cours du temps. Il n'oubliait jamais rien, et pouvait ressortir au mot près des phrases prononcés par John huit ans plus tôt sans aucune difficulté.

— Ne me tente pas, répliqua John avec l'ombre d'un sourire.

Ils savaient l'un et l'autre que, en réalité, John n'oserait pas. Sherlock pouvait être encore plus infect que maintenant, où il était juste agaçant, et son amant le préférait ainsi.

Depuis que Greg avait pris sa retraite du terrain, ils avaient connu quelques difficultés. Leur ami DI n'avait plus les capacités physiques des missions de terrain. Il pouvait toujours encadrer une équipe, interroger des suspects et témoins, mais plus rester en planque durant des heures, ou se jeter sur les talons d'un meurtrier en fuite. Il avait pris du grade, et un poste au bureau. Mycroft jurait qu'il n'y était pour rien dans cette promotion tombée à point nommé, mais le doute subsistait encore un peu dans tous leurs esprits.

Sans Greg pour l'appeler pour aider Scotland Yard, Sherlock s'était trouvé assez démuni. Les affaires de meurtre violent étaient rares, dans le privé. Il avait beau les traiter d'abrutis et d'idiots toutes les trois secondes, il avait besoin de la police.

Sauf que bien sûr, il s'était mis à dos depuis bon nombre d'années les trois quarts des inspecteurs du département de Londres, et aucun ne voulait bosser avec lui. Greg avait dû déployer des trésors de diplomatie pour en convaincre un seul. Sherlock avait accepté de ravaler certaines de ses critiques assassines, le jeune DI, nommé Michael, avait accepté de ne pas s'offusquer trop vite. Ils avaient fini par trouver le rythme, et désormais travaillaient relativement efficacement ensemble. Le fait que Michael soit extrêmement jeune avait joué en sa faveur : arrivé très tôt à cette position, il était brillant, plus que d'autres DI et voyait et comprenait des choses utiles, tout en ayant l'intelligence de se savoir moins brillant que Sherlock et l'accepter.

— Allez, dis-moi, insista John. On dirait qu'il y a un problème avec Rosie, j'ai le droit de savoir, non ?

Sherlock baissa aussitôt le regard, tordant les mains, ce que John détecta comme un signe alarmant. Ce n'était pas vraiment le style de Sherlock de faire des manières.

— Eh, Sherlock, si c'est grave, tu dois me le dire ! Je suis son père aussi.

La complicité entre le détective et sa fille n'avait jamais faiblie. Durant des années, elle lui avait absolument tout raconté de sa vie. Elle avait bu ses préceptes, s'était intéressée à la chimie, à la déduction, à la musique, à beaucoup de choses qui faisaient de Sherlock, Sherlock.

Adolescente, elle avait même essayé de créer un Palais Mental, mais avait échoué. Bien que très intelligente et douée, et comprenant le principe de la technique, elle n'était pas hypermnésique, et ne pouvait pas maintenir un tel exercice. Le fait d'avoir essayé durant des années avait cependant entraîné sa mémoire.

John, le seul qu'elle appelait papa, avait toujours été la partie plus câlin, tactile et ressentis de leurs rôles de parents, mais comme toutes les ados, en grandissant, elle s'était détachée de ces moments plus enfantins, alors qu'elle continuait de partager beaucoup plus de choses avec Sherlock.

— Rosie nous cache quelque chose, asséna finalement Sherlock en se laissant tomber dans son fauteuil.

John, loin de s'émouvoir de ce qu'il venait de dire comme s'il déclarait la sentence finale à un condamné à mort (il n'avait rien perdu de son sens du mélodrame), observa d'un œil critique le fauteuil. Le sien n'avait pas survécu à tant d'années de bons et loyaux services, et il en avait racheté un il y avait quelques temps, tout confort. Mais Sherlock était toujours attaché à son Le Corbusier initial, et le martyrisait encore et toujours. C'était un miracle qu'il soit encore sur ses quatre pieds et pas tombé en miettes. Il avait tellement pris la forme du corps de Sherlock que personne ne pouvait s'assoir dedans sans trouver cela extrêmement inconfortable.

— John, tu m'écoutes ?

— Pas vraiment, reconnut-il.

— C'est toi qui as voulu savoir ce qui n'allait pas !

John leva les yeux au ciel.

— Et je t'aurais écouté si tu avais dit quelque chose d'intelligent. Là, tout ce que tu as, c'est des soupçons, et tu attends de moi une autorisation ou une confirmation pour aller fouiller sa chambre.

Il avait bien remarqué les coups d'œil fréquents que le détective laissait en direction de l'étage depuis tout à l'heure, alors même que Rosie était absente.

— Et ça, c'est hors de question. Tu ne fouilleras pas dans la chambre de Rosie.

Sherlock croisa les bras, vaguement boudeur. Pas étonnant qu'il paraisse encore si jeune, par rapport à John. Quand il se comportait ainsi, il donnait l'impression d'avoir cinq ans et demi, maximum.

— Un jour, tu as dit que j'en aurais le droit en cas d'urgence vitale.

Il citait une conversation qui datait de presque cinq ans plus tôt, mais John s'en souvenait aussi. Pas comme lui, qui pouvait réciter chaque mot prononcé, mais il en avait l'idée globale. Rosie, jeune ado, avait piqué une crise en constatant que son père était entré dans sa chambre. John lui avait répliqué qu'il était simplement venu déposer son linge propre sur son lit, et qu'elle avait le choix entre faire sa lessive et son repassage toute seule, ou tolérer que John entre de temps en temps, pose le linge et s'en aille. Il avait promis de ne pas fouiller, de ne pas regarder. Elle avait des placards, des tiroirs et le dessous de son lit pour cacher tout ce que les ados veulent cacher à leurs parents.

Rosie n'était pas, à l'époque, une enfant difficile, et John n'avait aucune envie de fouiner dans ses affaires. Il avait déjà bien assez à faire pour s'occuper de faire tourner cette maison, nourrir leur famille de denrées consommables et pas des morceaux de chair humaine, accompagner Sherlock sur des enquêtes, conserver son poste de médecin à la clinique, sans devoir en plus se mettre à faire l'Inquisition espagnole dans la chambre de sa fille.

Rosamund, un bref instant, fut vaguement tentée de choisir la même option que son détective de père pour ses vêtements, à savoir le pressing. John ne touchait absolument jamais à ses costumes hors de prix, qui étaient traités par un spécialiste. Il ne lavait que les vêtements sans conséquence, c'est-à-dire globalement ses sous-vêtements et pyjamas. L'idée de devoir payer de sa poche pour avoir des vêtements propres, alors qu'elle pouvait simplement les mettre dans un panier et les retrouver propres quelques jours plus tard comme une enfant gâtée l'avait découragé, et elle avait accepté que John, pour ce genre de motifs, entre dans son espace privé.

Mais pas Sherlock. Parce qu'autant son premier père ne ferait réellement rien d'autre que entrer, traverser la pièce, poser une pile de linge et repartir, autant son deuxième père pouvait faire la même chose en déduisant absolument tout ce sur quoi se poserait ses yeux, et ça c'était hors de question. Sherlock, frustré, avait été banni de la chambre de sa fille en son absence.

Et John lui avait promis, au cours de cette conversation, que s'il y avait un jour une urgence réelle concernant Rosie, il aurait le droit d'y entrer pour tout déduire.

— Et c'est une vraie urgence vitale ? demanda John à son compagnon, tout en sachant pertinemment la vraie réponse, et celle qu'allait donner Sherlock.

— Oui !

— Absolument pas. Le dernier SMS de Rosie remonte à moins de cinq minutes, elle est partie prendre un café avec sa copine Susan à la sortie des cours, elles iront ensemble réviser à la bibliothèque, rien n'indique qu'elle est en danger, donc pas d'urgence vitale.

Sherlock se renfrogna un peu plus.

— Parce que tu la crois quand elle te dit ça ?

John eut un rictus amusé.

— Bien sûr que non. Je sais pertinemment que c'est faux. Au demeurant, je ne pense pas qu'elle croit réellement nous tromper, mais elle est contente que tout le monde fasse semblant.

Sherlock bondit de son fauteuil comme un diable hors de sa boîte, semblant n'avoir pas du tout écouté la deuxième partie de la phrase de John.

— Donc tu sais qu'elle nous cache quelque chose ! s'exclama-t-il. Il y a donc une urgence.

Cette fois, John souriait franchement. Il commençait à comprendre ce que Sherlock avait déduit. Bien qu'il trouvait ça surprenant que ça ne soit pas intervenu plus tôt, le désespoir naïf de son compagnon avait quelque chose de rafraîchissant.

— Ce n'est pas une urgence. Oui, elle nous « cache quelque chose », pour reprendre tes termes, mais il n'y a rien de grave. Comme je le disais avant que tu ne cesses de m'écouter, je pense qu'elle a parfaitement conscience de ne pas nous abuser, mais elle est contente qu'on fasse semblant. C'est un peu notre rôle de parents. Elle sait qu'on sait, mais comme elle ne veut pas nous en parler officiellement, on attend et on la respecte.

Sherlock, planté debout au milieu du salon, semblait à l'agonie, totalement déchiré entre ce que lui disait son cerveau rationnel et son cœur bien trop sentimental. John se souvenait, des années plus tôt, d'une dispute entre Mycroft et Sherlock, à propos de l'épineux et délicat sujet qu'était leur sœur. Mrs Hudson, présente à ce moment-là, avait résolument vexé Mycroft en explosant de rire quand l'aîné Holmes avait sorti un truc du genre « je connais mon frère, et sa rationalité de son cerveau ». Mrs Hudson n'avait pu se retenir de le traiter d'imbécile, et de dire que Sherlock était l'antithèse de la rationalité, et était entièrement gouverné par sa sensibilité et ses émotions. Elle avait eu raison, bien sûr. Sherlock éprouvait des sentiments comme John ne les comprendrait jamais. Chaque émotion était plus forte pour lui que pour bien des gens, mais son formidable cerveau analysait, décortiquait et le faisait agir en conséquence de chaque émotion avec la parfaite froideur nécessaire pour ne paraître affecté par rien.

Sauf quand on en arrivait à Rosie (et également John, dans une moindre mesure, mais son époux était adulte et capable de s'occuper de lui tout seul), dans ces moments-là, Sherlock était un condensé d'inquiétude parentale poussée à son paroxysme.

— Mais ! protesta-t-il vivement, sans être capable de développer sa pensée.

— Viens là, ordonna John, de sa voix de médecin-et-militaire-obéis-y'a-que-ça-à-faire.

Sherlock ne dérogea pas à l'ordre, et attrapa la main tendue de son amant, qui l'attira sur lui sur le fauteuil. Comme Sherlock était le plus grand des deux, ils avaient l'air un peu ridicules, John avec ce grand dadais sur les genoux, mais au moins ils pouvaient décemment s'enlacer, et Sherlock se calmer au son des battements de cœurs apaisants de son compagnon.

— Allons-y, Sherlock, réfléchissons posément. Je ne sais pas ce que tu as déduit vraiment, mais est-ce que le « problème potentiel que nous cache Rosie » est lié à... de la drogue ?

— NON ! se récria Sherlock, outré.

Très hypocritement, l'idée que sa fille touche à la moindre drogue le révulsait. Il comprenait un peu mieux ce que Mycroft avait vécu, des années durant à le récupérer dans des squats immondes après chaque overdose pour lire sa liste. Il ne s'était jamais excusé pour autant. Pas son genre.

— Schhh, le calma John. De l'alcool ?

— Non.

— De la prostitution ?

— Non, répliqua Sherlock qui trouvait que les hypothèses de John étaient franchement absurdes.

— Un meurtre, ou un crime d'une quelconque nature ?

— Non.

— Des activités touchant de près ou de loin des activités de terrorisme ?

— Non.

— Un risque d'endoctrinement, religieux ou non, pouvait conduire à des extrémités regrettables ?

— Non.

— Une mise en relation avec quelqu'un pouvant avoir une mauvaise influence sur elle ?

— ... Oui, marmonna le détective.

John, sans se laisser démonter, sourit contre sa peau. Ils ne se regardaient pas, ainsi enlacés. Sherlock avait son visage posé sur la tête de John, inspirant l'odeur de son shampoing. Celui de John était contre sa poitrine, et le détective sentait à chaque question le souffle sur sa peau, et il aimait ça. Tout comme il aimait le baiser léger que son compagnon déposa soudain au creux de sa gorge.

— Non, Sherlock. Tout le reste serait des urgences vitales. Liste non exhaustive, au demeurant, c'était les premiers trucs qui me venaient à l'esprit. On pourrait au moins rajouter en urgence le fait qu'elle subisse un chantage ou qu'elle soit dans une situation avec des individus peu recommandables susceptibles de la frapper, ou pire. Mais ça rejoint pas mal des situations précédentes, aussi. Le fait est que ta fille est dans une relation avec quelqu'un, mais il n'y aucune preuve d'une mauvaise influence avérée. Tu es de mauvaise foi.

Sherlock ne répondit rien, mais John le sentit plus crispé qu'un instant auparavant.

— Sherlock, ta fille a un copain. Un petit copain. Ce n'est pas la fin du monde et ça ne justifie de pas fouiller sa chambre.

— Mais ! répliqua Sherlock, avec la maturité d'un enfant de trois ans.

— Ce n'est même pas son premier, en plus ! Pourquoi ça te chagrine autant ?

— QUOI ?

John retint difficilement une grimace de douleur. Sherlock s'était violemment redressé et se dressait devant lui, et au passage, il lui avait décoché un coup de coude dans les côtes et avait heurté son tibia. Mais le pire, c'était de voir le visage totalement ahuri de son époux, comme si John venait de lui révéler que la Terre était ronde alors qu'il avait cru toute sa vie qu'elle était plate.

— Mais enfin, tu ne vas pas me dire que tu n'avais pas remarqué ! Tu ne cesseras jamais de me surprendre ! De nous deux, c'est toi, l'observateur, pourtant ! Tu as toujours été capable de prévoir qu'elle allait attraper un rhume ou si elle allait se disputer avec ses copines pour mieux se réconcilier trois jours après ! Comment tu as pu passer à côté de ça...

Sherlock avait les yeux écarquillés et semblait démuni comme John l'avait rarement vu.

— Mais depuis quand ?

John réfléchit.

— Je ne sais plus. Le premier quand elle avait quinze ou seize ans, peut-être ?

— Ah bon ? Mais... comment... Elle te l'a dit ?

Le médecin ne put s'empêcher de sourire. Après quinze ans de mariage et encore plus passés ensemble, son amant était toujours aussi innocent qu'un enfant. Lire toutes les liaisons, relations passées, présentes et futures de n'importe quel inconnu ne lui posait aucun problème en moins de trois secondes. Par contre, comprendre celui de Rosie ou même John, il y avait de cela si longtemps, ça lui restait totalement obscur.

— Pourquoi souris-tu comme ça ? demanda Sherlock.

— Parce que je me rappelais qu'il avait fallu que je te plaque contre un mur au retour d'une enquête pour t'embrasser pour que tu comprennes que je t'aimais à en crever.

Sherlock s'apaisa sensiblement, tandis que dans son Palais Mental se rejouait cette scène, l'une de ses préférées avec John. Il lui était difficile de trier ses bons souvenirs avec John. Même après tant d'années, le détective trouvait surprenant que son amant veuille toujours de lui et son mauvais caractère. Que lui veuille de John n'était pas surprenant : sa nature et son mode de pensée aimaient la constance, et il se tenait toujours à ce qu'il décidait, en l'occurrence aimer John. Mais que son médecin personnel ne se soit pas lassé l'émerveillait toujours. Avec la même intensité, physiquement et mentalement. Il se souvenait d'absolument tous les moments passés en compagnie de son époux, et il était incapable de les hiérarchiser, de faire un top dix de leurs meilleurs moments. Mais leur premier baiser avait réellement été spécial. Sherlock ignorait sincèrement que John l'aimait, à ce moment-là. Et il ignorait l'aimer en retour. Il avait tout découvert en même temps, et ça avait explosé dans sa poitrine et son esprit. Il lui avait fallu du temps pour s'en remettre.

— Parfois, tu es si aveugle, reprit John avec tendresse. J'imagine que c'est la même chose pour Rosie. Il faudrait qu'elle embrasse son copain dans le salon pour que tu t'en rendes compte !

Sherlock émit un soupir de dédain, sans répondre. L'idée que sa fille embrasse un garçon dans leur salon entrait directement dans la liste des choses qui ne devaient jamais au grand jamais se produire. La liste comportait également « laisser partir John/que John me quitte » et « laisser Lestrade quitter Mycroft » (sinon, il aurait de nouveau le temps d'ingérer dans la vie de Sherlock).

De fatigue émotionnelle, Sherlock se laissa tomber dans le canapé, et s'y allongea. Depuis le temps, le vieux meuble avait pris l'exacte forme de son corps. John se leva, le rejoignit, et le poussa pour s'installer à son tour, faisant reposer la tête de Sherlock sur ses genoux. Automatiquement, les mains du médecin se mirent à jouer dans les boucles légèrement striées de blanc, mais toujours souples et douces. Sherlock soupira, de bien-être cette fois. John le comparait parfois à un chat, et il ne voyait vraiment pas pourquoi. C'était absurde.

— Tu n'as pas répondu à ma question, indiqua-t-il. Comment tu le sais ? Elle te l'a dit ?

— Bien sûr que non. Mais il y avait des indices évidents ! J'ai été ado, moi aussi.

Sherlock poussa contre sa main, réclamant plus de caresses. Et qu'il continue de parler. John se pencha, faisant fi de son dos douloureux avec l'âge pour l'embrasser. Sherlock n'avait jamais été ado, n'avait jamais flirté, caché ses relations à ses parents. Son expérience de l'intimité était limitée à celle qu'il partageait avec John. Tout le reste, il l'avait connu drogué et ça ne comptait pas.

— Je ne sais pas quoi exactement... Mais toutes ces fois où elle allait au cinéma avec ses copines, mais où elle était plus maquillée et parfumée et coiffée et bien habillée ? Ou ces copines avec des prénoms facilement transformables en prénoms masculins ou carrément mixtes mais qu'on a jamais vues ? Autant Sybil, Susan, Jenny, on les a vues, à la maison... Mais on a jamais rencontrées Cameron, Charlie, ou Leslie... Comme ça, si son téléphone sonnait et qu'on voyait un message ou un appel de Leslie, on ne supposait pas immédiatement que ça pouvait être un garçon.

— Et si ça avait été vraiment des filles et qu'elle sortait avec des filles ? répliqua la rhétorique de Sherlock. Du genre une... petite-copine, et pas une copine ?

Le mot lui arracha les lèvres, uniquement par dégoût de l'idée que sa fille soit impliquée dans une relation amoureuse. Que ça soit d'une fille ou d'un garçon lui était totalement indifférent. N'importe qui pouvant briser le cœur de sa fille était une menace potentielle de toute manière.

John haussa les épaules.

— Je crois qu'elle aurait fait moins de difficultés pour nous le cacher, si ça avait été une fille, bizarrement. Quand elle était toute petite, en primaire, elle disait plus facilement qu'elle était amoureuse de garçons, tu te souviens ?

Sherlock s'en souvenait bien. Quand, dans toute son innocence, sa fillette de six ans lui avait annoncé avec fierté qu'elle était amoureuse de Nicolas et que même, elle lui avait fait un bisou sur la bouche à la récré !, il avait frisé la crise cardiaque. John avait dédramatisé ses amours enfantines. Trois jours après, elle passait à autre chose.

— Bien sûr, ça ne veut rien dire. On peut aussi bien être toute sa vie fermement persuadés d'être hétérosexuels et se réveiller un matin totalement amoureux et Sherlock Holmessexuel, s'amusa John.

— Ça ne veut absolument rien dire, signifia Sherlock d'un ton blasé.

John soupira.

— Faut-il que je t'aime pour supporter ça, commenta-t-il. Toujours est-il que dans le cas de Rosie, elle a dix-sept ans et sort avec des garçons. C'est normal. Il n'y a rien de grave, aucune urgence, et aucune raison d'aller fouiller sa chambre.

— Nous cache qu'elle sort avec des... garçons, répliqua Sherlock.

John appuya un peu davantage ses caresses sur le crâne de Sherlock pour l'apaiser.

— Elle ne nous ment pas non plus ouvertement pour aller faire des trucs illégaux, Sherlock. Au pire, elle nous dit qu'elle sort avec sa bande de potes, alors qu'en fait, elle va en rejoindre seulement un. Tous les ados du monde qui expérimentent font ça. Ce n'est pas une volonté de nous le cacher, plutôt de préserver sa vie privée. À cet âge, les copains peuvent aller et venir rapidement. Si elle te disait un matin sortir avec Michael, puis trois jours après, l'avoir largué et être avec David, tu trouverais ça outrageant. Elle n'a pas envie de se justifier de pourquoi elle est avec untel, ou pourquoi un autre a rompu avec elle, ou elle avec lui...

Sherlock l'écoutait religieusement, assez abasourdi. Le monde que lui dépeignait John lui était totalement étranger.

— Elle en a eu beaucoup ? Des copains ? demanda-t-il, peu sûr de vouloir savoir la réponse.

— Honnêtement, aucune idée. Je ne suis pas toi, monsieur le génie de l'observation. J'ai repéré qu'il y avait des indices en faveur de petits-copains, mais je ne suis pas capable de deviner quand ça commence et ça se termine.

— Pourquoi tu ne m'en as jamais parlé avant ?

Le médecin haussa les épaules.

— Honnêtement, ni moi ni Rosie ne nous croyons capables de te cacher quoi que ce soit. Il suffit que tu me regardes le soir en rentrant et tu peux me dire à quelle heure de la journée j'ai traité un patient avec des hémorroïdes, et à quelle heure j'ai pratiqué une opération délicate en urgence suite à un accident de voiture. Je ne pensais pas que tu passerais totalement à côté de ça. Elle non plus, d'ailleurs. Mais je pensais que tu respectais la vie privée de ta fille, que tu n'en parlais pas tant qu'elle ne le ferait pas d'elle-même.

Sherlock secoua la tête de dénégation, avant de réaliser que cela empêchait John de caresser ses boucles, et il immobilisa la tête pour réclamer de nouveaux des gratouilles. Pire qu'un chat, songea John. Quand elle était petite, Rosie avait réclamé un animal. John se souvenait avoir répondu « mais on a déjà un Sherlock », ce qui l'avait fait rire et avait plongé sa fillette de sept ans dans la plus grande perplexité.

— J'aurais pu t'en parler juste à toi, argua Sherlock. Si j'avais déduit ça...

— Pfff ! s'amusa John. Tu parles ! Le côté parental où on discute à l'abri des oreilles indiscrètes de l'avenir de notre enfant, tu n'as jamais su le maîtriser ! Tu as toujours tout dit à voix haute, en sa présence si elle était là ! Ce n'est carrément pas ton genre que de faire des confidences discrètes !

Le visage de Sherlock se ferma, boudeur, mais ayant conscience que John avait raison. Tendrement, la main de John migra vers son front et entama de lui masser le visage pour le calmer.

— La seule chose dont je suis certain, par contre, c'est que Rosie ne nous a jamais menti sur les nuits qu'elle passait en dehors de la maison. Même quand elle affirme voir Sephy, sa cousine ne lui sert pas d'alibi, elle est vraiment avec elle. Ça, j'en suis certain. C'est le plus important.

Il essayait de faire comprendre à Sherlock que sa fille ne leur mentait pas pour aller passer des nuits entières chez un garçon, avec ce que cela impliquait. Le détective assimila l'information, et hocha la tête. John préféra ne pas s'appesantir sur le fait des ados n'avaient aucun besoin d'une chambre durant toute une nuit pour découvrir la joie des activités sexuelles. Rosie avait eu un cours sur les rapports sexuels et les protections. John lui avait aussi indiqué un jour que si elle voulait voir un médecin, gynéco, sage-femme ou ce genre de chose, le genre de rôle médical qu'il ne pouvait pas remplir, elle en avait le droit tant qu'elle les avertissait. Tant qu'elle était mineure, du moins. Elle ne l'avait jamais fait. Ça ne voulait pas dire qu'elle n'était pas sexuellement active pour autant, mais il préférait ne pas réellement y penser trop. Sa fille était leur fille, pour le meilleur et pour le pire : un père médecin, un autre trop rationnel, elle avait pris des deux côtés. Elle était responsable. Du moins, il voulait le croire, mais il avait admis depuis longtemps qu'il ne pouvait pas savoir exactement ce qui se passait dans la tête de son ado.

— Bref, tu ne visiteras pas la chambre de Rosie, décréta-t-il pour mettre fin à la discussion. Maintenant, tu es sur mes genoux depuis un certain temps, et nous avons la soirée pour nous, parce que ta fille est sortie et ne rentrera peut-être pas de sitôt. Une idée de ce qu'on pourrait faire ce soir ? Hmm ?

— Par pitié, John, pas de ces émissions stupides que tu aimes regarder, supplia le détective.

Le médecin sentit ses yeux rouler dans ses orbites de manière exagérée et presque inconsciente. Sherlock lui faisait cette effet-là. Un réflexe presque pavlovien, depuis le temps.

— Je parlais de sexe, Amour, précisa-t-il.

Il y avait des fois où Sherlock comprenait le sous-entendu tellement vite que John était nu avant même d'avoir fini sa phrase. Mais quand le cerveau du génie restait bloqué sur le problème précédent (du genre, Rosie), il ne comprenait vraiment rien.

— Ah ! comprit Sherlock.

Il réalisa du même coup ce qu'il sentait frotter contre l'arrière de son crâne depuis tout à l'heure, et pourquoi John appuyait de plus en plus fortement dans ses massages pour justement faire peser la tête de Sherlock sur ses jambes. Sur son entre-jambe. Le cerveau de Sherlock passa en mode luxure, et il oublia tout le reste tandis que s'allumait dans ses yeux cette lueur affamée.

— Je préfère ça, murmura John en le voyant se tendre pour réclamer un baiser.

Et il se pencha pour l'embrasser.


Prochain chapitre le Me 27/10

Reviews, si le cœur vous en dit ? :)