Bonjour mes petites loutres ! Dernière partie du dernier chapitre aujourd'hui, après c'est fini ! Profitez de votre lecture, on se retrouve en bas ;)

RaR des anonymes :

Liseron : merci beaucoup, ravie que leur relation te plaise ! Merci pour la review ;)

Bonne lecture !


Départ

Partie 2

— Où est Sherlock ?

John releva le nez de sa tablette pour regarder sa fille dans l'encadrement de la porte. Elle partait demain. Tous les cartons étaient achevés et correctement empilés, rangés, numérotés. Elle était prête à partir, et ils devaient aller manger tous les trois chez Angelo ce soir.

— Enquête, répondit John. Je ne pense pas qu'il rentrera à temps. Désolé.

Rosie ne répondit rien, avant de laisser échapper un sourire triste.

— Il l'a fait exprès ?

— ... Probablement, reconnut John après un instant.

Il avait essayé de faire comprendre au détective que ce dernier repas de famille était important pour eux, pour Rosie, mais Sherlock avait argué qu'on ne tournait pas le dos à un huit. Il avait cependant refusé que le médecin, pourtant en congé pour accompagner sa fille dans son installation à Oxford, vienne avec lui. John avait réussi à voir l'enquête dont il s'agissait, via les mails, et même lui n'aurait pas noté ça plus de cinq. C'était totalement une fuite de la part du détective, mais il ne savait pas vraiment comment le gérer.

— C'était important, reconnut Rosie, la voix blessée.

— Je sais.

C'était un dîner informel, à la base, qui avait pris des proportions un peu trop grandes. Sephy avait indiqué qu'elle était disponible, et qu'elle aimerait voir sa cousine avant son départ. Mrs Hudson, qui ne se déplaçait pourtant plus vraiment de chez elle du fait de son âge, avait signifié que rien ne l'empêcherait d'être là pour le départ de celle qu'elle considérait comme sa petite fille. Violet et Sieger, avertis de la nouvelle par Mrs Hudson, s'étaient insurgés qu'ils refusaient l'organisation d'un dîner de famille sans qu'ils soient là, et qu'importait leur état de santé et la progression de la maladie de Parkinson chez Sieger : ils seraient là. Mycroft hébergeait ses parents durant leur séjour londonien. Il n'avait pas eu le choix que de se greffer à la réunion familiale. Greg, avec laquelle la situation était toujours tendue, avait des horaires plus souples en tant que superintendant, et avait précisé qu'il serait là aussi. Dans de telles conditions, Rosie avait averti sa marraine, et Molly avait promis d'être là. Conclusion, quand John avait appelé Angelo pour lui dire que leur dîner en petit comité s'était étendu à dix personnes, le restaurateur n'avait pas sourcillé et privatisé l'ensemble du restaurant pour eux. La capacité de cet homme à aimer leur famille était sans limites. Rosie avait précisé à Oliver qu'il était prié de ne pas venir : c'était la famille, et la famille seulement, pour ce soir. Elle aurait bien le temps de profiter de son copain quand ils vivraient sur le même campus, à la rentrée.

John était prêt à partir, il attendait que Rosie le soit aussi et descende de sa chambre. L'absence de Sherlock leur faisait mal à tous les deux, mais au moins la jeune femme serait bien entourée par tous ses proches et les gens qu'elle aimait.

— Pourquoi il me fait ça ? demanda Rosie, en reniflant.

John reposa sa tablette, et se leva en lissant ses vêtements. Ils s'étaient tous mis sur leur 31 pour fêter dignement le départ de Rosie, et la robe bleue de sa fille faisant ressortir ses yeux clairs, presque baignés de larmes. Lentement, il rejoignit sa petite fille qui était désormais plus grande que lui, et l'enlaça.

— Parce qu'il t'aime, lui répondit-il très honnêtement. Il t'aime, et il ne sait ni le montrer, ni le dire, ni comment le gérer quand le trop plein d'amour qu'il ressent le submerge.

— Mais il a su le faire pendant toutes ces années ! s'enflamma Rosie, en colère.

John grimaça. S'il devait faire le compte, il pouvait trouver un nombre exponentiel de situations où Sherlock n'avait rien géré du tout, durant les dix-huit ans de Rosie. Mais ils avaient toujours réussi, cahin-caha, à avancer dans la vie.

— Je pense qu'il sera là demain. Il a promis de nous accompagner.

John avait loué une voiture, dans laquelle ils devaient entasser tous les cartons de Rosie et ses deux valises de vêtements, avant de l'emmener à Oxford. Sherlock, qui n'avait jamais mis les pieds dans la prestigieuse université anglaise, avait promis de les accompagner. Il était à peu près certain qu'il voulait juste arpenter le campus de long en large pendant que John s'occuperait d'installer leur fille. À la fin de la journée, il connaîtrait ainsi par cœur chaque salle, chaque couloir, chaque allée, chaque pièce. C'était sa manière de vivre par procuration avec Rosie, de pouvoir se représenter à la perfection où elle était, et l'aider à retrouver son chemin si elle se perdait, au début. Il serait assurément plus efficace que n'importe quel plan des locaux.

— Pour ce soir aussi, il avait promis, répliqua Rosie.

— Techniquement, il a promis d'essayer d'être là. Tu connais Sherlock et sa capacité à jouer sur les mots... Allez viens. Ne soyons pas en retard.


L'absence de Sherlock avait été remarquée par tous, comme les yeux tristes de Rosie. Alors chacun avait décidé de ne pas souligner cet état de fait, et faire comme si tout était normal. Et au final, ils s'étaient tous amusés. Angelo s'était surpassé, et le vin italien avait coulé à flots, à leur grande joie. Même Rosie, techniquement toujours mineur pour encore quelques semaines, avait eu le droit d'en boire.

Ils s'amusaient comme des idiots, levant leur verre à Rosie, dansant au milieu du restaurant sur la musique qu'Angelo diffusait pour l'ambiance, dévorant des tiramisus à n'en plus finir. Joyeux, heureux, extatiques. Molly dansait avec sa filleule et Sephy en même temps, sur des rythmes totalement désynchronisés mais bizarrement harmonieux. John s'occupait de faire danser Violet, puisque Sieger n'y parvenait plus du fait de la progression de sa maladie. Elle essayait de lui apprendre des pas de danse de salon sur de la musique pop, et John était encore moins doué que toutes les leçons que Sherlock avait essayé de lui donner. Angelo débattait âprement avec Mrs Hudson de la cuisson de Dieu-seul-savait-quoi, mais ils riaient plus qu'autre chose. Du coin de l'œil, les adultes attentifs avaient pu voir Greg et Mycroft discuter, puis se disputer, puis danser ensemble, puis s'embrasser à pleines bouches avant de disparaître de la salle principale, probablement à la recherche d'un coin discret, comme deux lycéens. John croisait les doigts pour ça arrange les choses entre eux.

Rosie, la gorge sèche, se détacha de la piste des danseurs et s'éloigna pour trouver un verre (d'eau). Un instant, elle contempla sa famille qui s'amusait comme des enfants, et elle sentit son cœur se gonfler de reconnaissance et d'amour pour ces gens si divers, et qui l'aimaient et qui s'aimaient.

Ses cheveux, si bien coiffés en début de soirée, étaient dans un état lamentable, et elle repoussa vivement derrière son oreille une mèche rebelle qui lui tombait devant les yeux.

Personne ne faisait attention à elle durant trois minutes, et elle recula en direction de la vitrine du restaurant, s'éloignant légèrement du tumulte, savourant son verre d'eau et le spectacle de sa famille rassemblée.

Elle se sentit soudain observée, et se retourna. Dehors, la nuit était tombée depuis longtemps, et les réverbères déployaient leur lumière blafarde en cercles. Rosie scruta l'obscurité un instant, inquiète, avant de laisser son visage exprimer la joie la plus pure. Adossé au mur d'en face, la silhouette longiligne de Sherlock était parfaitement reconnaissable.

Rosie lui sourit à travers la vitre, sans mot dire, de nouveau les larmes aux yeux, mais de joie cette fois. Il ne fit pas mine de bouger pour autant. Elle savait qu'il ne viendrait pas se mêler à eux. Il en était incapable, mais il était là. À sa manière, il était venu, et il la regardait en souriant aussi, bravement, alors que la jeune femme savait combien il souffrait.

Elle sortit son téléphone de sa poche. Elle ne voulait pas qu'il vienne, mais elle voulait lui exprimer ce qu'elle ressentait.

« Merci, Sherlock. Je t'aime, et je t'aimerai toujours. La maison, ce sera toujours pour moi l'endroit où tu es et où je pourrai me réfugier. Merci, Papa »

Elle envoya le message avant de se relire et hésiter devant le ton mièvre, que Sherlock allait détester. Elle le regarda cependant, recevoir le message, prendre son téléphone, se pencher pour le lire. Entre la nuit, la distance, la lumière de l'écran qui l'éclairait bizarrement, elle ne pouvait pas voir convenablement le visage du détective, mais elle vit quand même son trouble au dernier mot. Elle ne l'avait jamais appelé Papa sans aucune ambiguïté ainsi.

Son portable vibra dans sa main, et elle sursauta « Je t'aime aussi, Rosamund. »

C'était bref, mais c'était sans doute la plus belle déclaration qu'elle pouvait obtenir de son deuxième père.

Elle releva le regard, et l'aperçut, faisant un signe pour lui dire de retourner à la fête. Lui ne bougerait pas. Elle lui sourit, envoya un baiser du bout des doigts. Puis, rangeant son téléphone, elle avança vers le centre de la pièce et des festivités. Elle se sentait enfin complète.


John était couché depuis moins d'une minute quand il entendit du bruit dans le salon, suivi de jurons étouffés. Il n'en fut pas vraiment surpris. Il avait bien remarqué une silhouette à travers la vitrine d'Angelo, peu de temps avant qu'ils se séparent pour rentrer chacun chez soi. Silhouette qui les avait suivis sur le chemin du retour. John n'était pas dupe, et il attendit patiemment que Sherlock atteigne la pièce, ce qui se produisit une seconde plus tard.

— Je n'en peux plus des cartons ! râla-t-il.

John leva un sourcil. Son amant jouait à la perfection le détective frustré par une enquête qui aurait dû être un sept et s'avérait être un trois, alors qu'il avait parfaitement conscience qu'il n'en était rien. Sherlock n'était pas toujours aussi bon acteur qu'il le croyait. Et puis, il était absurde. Autant quatre jours plus tôt, il traînait encore des cartons partout aléatoirement dans la maison, autant aujourd'hui ils étaient tous rangés et Sherlock connaissait leur emplacement par cœur. Il aurait pu slalomer à travers la maison sans jamais rien heurter les yeux fermés dans le noir total. S'il s'était réellement cogné dans quelque chose, c'était qu'il était plus bouleversé qu'il ne le dirait jamais.

— Bonsoir, Amour, commenta-t-il dans un murmure.

— Je ne veux plus voir un seul de ces fichus cartons ! poursuivit Sherlock en abandonnant son manteau et ses chaussures au milieu de la chambre.

À la lumière faible de leur lampe de chevet, John vit le bazar que mettait Sherlock et soupira. Il l'obligerait à ranger demain. Il n'en avait pas la force ce soir.

— Tu es sûr de ça ? demanda-t-il ironiquement, tandis que Sherlock attaquait le déboutonnage de sa chemise qui allait probablement suivre le même chemin que le reste, sa veste de costume ayant déjà atterri au sol également.

— Ça encombre mon espace et pollue mon esprit ! grinça le détective, bien déterminé à jouer son rôle de grincheux.

— Vraiment certain ? insista John.

Il se demandait jusque où Sherlock était capable d'aller dans la mauvaise foi.

— C'est visuellement désagréable et physiquement douloureux ! vitupéra Sherlock, qui n'avait plus de chemise et défaisait son pantalon.

John prit un instant pour admirer le corps presque nu de son amant. Le détective ne semblait pas avoir conscience qu'il se déshabillait sous son regard appréciateur, et John aimait le voir ainsi. Il profita du spectacle des muscles fermes, du ventre plat, de la peau pâle, avant d'asséner le coup de grâce.

– Même si leur départ veut également dire le départ de Rosie de la maison ?

Sherlock s'interrompit brusquement dans son mouvement. Il cessa aussitôt de maintenir son masque, son rôle, et son visage exprima son chagrin. Tout son corps sembla ressentir une forte douleur, tandis qu'il se rétractait sur lui-même, se prenant dans ses propres bras. John ouvrit aussitôt les draps et ses bras, dans lesquels la grande carcasse de Sherlock se recroquevilla et se lova. Le médecin referma les couvertures sur eux, enveloppant Sherlock dans sa chaleur et son amour. Il le préférait nettement au naturel. Pour l'apaiser, comme souvent, il se mit à jouer avec ses boucles.

— Ce n'est pas ce que je voulais dire, murmura-t-il tristement.

Il était inutile de faire culpabiliser Sherlock sur son absence de ce soir, ou d'avoir de nouveau les conversations stériles de ces derniers jours. Sherlock souffrait et devait apprendre à faire avec. John n'avait pas de recette magique pour l'aider, pour la bonne et simple raison qu'il n'en existait pas.

— On va encore profiter un peu d'elle demain, on part avec elle. Et elle ne va pas si loin. Oxford est à une bonne heure de voiture, mais c'est tout.

— Elle est si jeune, gémit Sherlock.

— Elle a presque dix-huit ans, répliqua objectivement John.

Sherlock soupira. Il savait que son mari avait raison, et détestait quand il répondait avec l'objectivité dont il était normalement le fervent partisan.

— J'ai peur que ça se passe mal pour elle, avoua-t-il. Sans nous.

— Tu l'as élevée, Sherlock. Elle a subi ton influence depuis la naissance, et elle a pris beaucoup plus de toi qu'elle n'aurait dû. Je te rappelle qu'elle a obtenu une bourse de mérite. Et qu'elle a fait la moue en l'apprenant du genre « mouais, j'aurais pu faire mieux, c'est quand même décevant ». Je suis sûre que c'est un truc que t'aurais pu faire à son âge, si les études t'avaient intéressé.

John sentit Sherlock sourire dans son giron, tandis que les bras du détective se resserraient contre lui. Le médecin évalua ses chances de faire l'amour ce soir, quand il aurait calmé Sherlock. Il espérait que Rosie dormait déjà, parce qu'elles étaient de l'ordre de 80%.

— Pas faux, s'enorgueillit-il. C'est totalement la réaction qu'a eu Mycroft en intégrant Cambridge cela dit. Cette moue méprisante pour tous ses camarades d'Eton qui avait galéré pour réussir leur inscription, alors que lui n'en avait jamais douté.

John laissa échapper un éclat de rire en songeant au jeune Mycroft, qu'il n'arrivait pas vraiment à se représenter.

— Seigneur, ma fille est une Holmes, et elle ressemble à Mycroft. Dieu, délivre-moi du mal et délivre-la de ce fléau !

De toute évidence, Sherlock ne goûta qu'à moitié la plaisanterie. Il ne l'avouait jamais, mais il aimait que sa fille lui ressemble. Mais il n'aimait pas qu'elle ressemble à Mycroft. Le fait que sous bien des aspects, il ressemblât à Mycroft, n'entrait absolument pas en ligne du compte.

— Je sais que c'est stupide, reprit Sherlock dans un soupir, mais j'ai l'impression qu'elle part au bout du monde.

— Ça aurait pu être Yale ou Harvard, lui rappela charitablement John.

Sherlock le pinça en réponse. John fit monter ses pronostics de sexe à 85%. Le détective avait l'air d'aller mieux, une fois sa carapace fendillée. Il avait juste besoin de parler.

— Mais elle ne pourra pas rentrer à la maison si elle a besoin de nous, répliqua Sherlock dans toute sa rhétorique.

Son ton n'était plus aussi pitoyable et faible que précédemment, il reprenait du poil de la bête.

— C'est à une moins d'une heure de train ! se moqua John. Certains font ça tous les matins ! Ta petite princesse pourra toujours rentrer pleurer dans ton giron si elle a eu un A- dans une matière un soir ! Et revenir les week-ends pour crâner et t'expliquer comment elle a mis tout le campus à sa botte !

John voulait simplement être gentiment moqueur, mais il réalisa qu'il avait fait une erreur quand Sherlock s'arracha de ses bras pour se redresser et le regarder.

— Comment ça, certains font ça tous les matins ? Tu veux dire qu'elle pourrait rester à la maison et prendre le train pour aller en cours ?

Pronostic : 70%. Ça restait élevé, mais insuffisant. Le médecin leva les yeux au ciel.

— On en a déjà discuté, et le tu le sais. Ce n'est pas de ma faute si tu n'écoutais pas ou si tu n'as rien retenu de toutes les fois où on a eu cette conversation. On ne va pas lui imposer une heure de trajet chaque matin et chaque soir, heure qu'elle pourrait mettre à profit pour réviser efficacement ! Tu veux qu'elle réussisse, non ? Elle sera bien mieux logée sur le campus, elle va découvrir la vie étudiante : Ça lui fera du bien !

Il ravala le « à nous aussi, ça nous fera du bien de nous retrouver », parce qu'il savait que Sherlock ne serait pas sensible à l'argument en cet instant précis, et il ne voulait vraiment pas que ses chances ne diminuent lentement vers le 65%.

— Mais elle n'a même pas tout à fait dix-huit ans !

Rosie était d'octobre, et elle avait officiellement toujours dix-sept ans. John se demanda ce qui se serait produit s'ils avaient accepté qu'elle saute des classes, progresse plus vite. Elle aurait pu entrer à quinze ou seize ans à la fac. Sherlock ne s'en serait pas remis. Il ne jugea pas bon de lui rappeler que Mycroft avait eu deux ans d'avance, et qu'il venait de fêter son seizième anniversaire quand il avait intégré Cambridge.

— À son âge, j'entrais dans l'armée ! argua John. Et toi, tu vivotais dans les rues de Londres, non ? Pourtant regarde, on s'en est plutôt bien tirés !

— Faux, le corrigea Sherlock. J'étudiais vaguement sérieusement à UCL le jour et essayait de ne pas rentrer chez Mycroft chez qui je vivais la nuit. Et je ne m'en suis pas si bien tiré que ça. Avant de te rencontrer...

Il grimaça. Le rapport de Sherlock à la drogue restait très compliqué. Il avait honte de ce qu'il avait pu être, ce qu'il avait pu faire sous l'effet de tout ce qu'il s'injectait. Il avait honte d'avoir été faible, d'avoir fait des overdoses, que Mycroft ait dû plus d'une fois le récupérer, tenter de le désintoxiquer de force. Mais pour autant, il ne regrettait pas l'état d'esprit qu'il parvenait à atteindre dans ces moments-là, qui sublimait son cerveau et son génie. John avait conscience qu'il aurait été capable, encore aujourd'hui, de reprendre de la cocaïne si ça pouvait l'aider à résoudre certaines enquêtes, et qu'il ne le faisait pas par égard pour lui et leur famille.

Paradoxalement, le détective avait quand même conscience que s'il avait continué sur le même chemin que sa jeunesse, il serait mort avant d'atteindre trente-cinq ans. Il était clean depuis quelques années quand il avait rencontré John, du fait de Lestrade qui avait posé sa désintox comme condition sine qua non pour aider sur les enquêtes de Scotland Yard. Mais sans l'arrivée de John dans son existence, il n'était pas certain que cette carotte aurait éternellement suffi pour le tenir éloigné des seringues.

John, comprenant mieux que personne ses tourments, l'attira contre lui pour le réinstaller contre son torse nu. Sherlock s'y blottit, laissant paresseusement courir ses lèvres sur la poitrine de son amant. John fit remonter ses pronostics à 90%.

— Mais je ne suis pas un exemple, et toi non plus, au fond. Nos parcours de vie sont plutôt... chaotiques.

Il caressa de la main la cicatrice de l'épaule de John, qui frissonna.

— Elle est tellement plus raisonnable que nous ! Mais si elle rencontrait... rencontrait quelqu'un de... mauvais ? L'inverse de ce que tu as été pour moi ?

John, intérieurement, s'agaça des montagnes russes que lui faisait vivre Sherlock, redescendant de nouveau ses prévisions avec sa voix angoissée.

— Si par mauvais, tu veux dire quelqu'un qui lui brise le cœur, eh bien c'est la vie, reconnut-il.

Le détective n'avait peut-être jamais connu de chagrin d'amour, mais John avait eu son lot de désillusions, et savait que Rosie ne serait pas épargnée.

— Elle pleurera, mangera des gâteaux, agonira son ex et elle s'en remettra, philosopha-t-il. Comme tous les cœurs brisés du monde. Et tu ne peux pas la protéger de ça Sherlock. Tout le monde se fait briser le cœur un jour ou l'autre. Ça fait partie de l'apprentissage de la vie.

— Pas moi, souffla doucement Sherlock, si bas que John doutât un instant de l'avoir entendu.

— Et je ne te ferai jamais ça, lui répondit-il en caressant les boucles sombres, lui rappelant les serments qu'il avait prononcé et prononcerait toute sa vie durant.

Sherlock embrassa sa poitrine, se pressant un peu plus contre lui. John songea 95%, et son corps se réveilla, très intéressé par la suite du programme, tandis que les mains du détective glissaient le long de ses flancs.

— Ce n'était pas ce que j'entendais par mauvais, reprit soudain Sherlock comme s'ils n'avaient rien dit, douchant les espérances de John et refroidissant métaphoriquement son érection en devenir.

Le médecin prit sur lui de ne pas grogner de frustration, mais le détective sembla s'en apercevoir rien qu'au mouvement de sa poitrine, qui grondait silencieusement. John s'obligea cependant à répondre. Il savait qu'il y avait des choses du passé de Sherlock, quand il était camé presque en permanence et que d'autres profitaient de lui sans qu'il le réalise, qui avaient traumatisé le détective bien plus qu'il ne s'en rendait compte.

— On ne peut pas la protéger de ça. On ne peut jamais protéger ses enfants de ça, du mal qui couve dans l'humanité. Mais heureusement, le mal n'est pas majoritaire. Et puis je pense que l'ingérence de Mycroft dans sa vie pourra éviter bien des ennuis. Et je ne te parle même pas des cours de self-défense que tu t'es entêté à lui donner !

John n'avait rien perdu de ses habitudes de militaire, et Sherlock avait toujours été doué pour le corps-à-corps (dans tous les sens du terme), alors il avait trouvé logique d'initier leur fillette depuis toute petite à des mouvements de défense et d'attaque qui la rendaient presque dangereuse, parfois.

Le détective sourit. Rosie et lui ne l'avaient jamais avoué à John, mais il lui était arrivé d'amener sa fille dans certains squats ou repères de sans-abris pas forcément recommandables. Lui ne craignait rien, et il connaissait la plupart de ces gens, qui constituaient une partie de son réseau, mais la jeune fille frêle avait attisé l'intérêt des plus pervers d'entre eux, qui voyaient en elle une gamine à détrousser facilement, ou pire. Avec une efficacité à faire des bleus, des entorses et casser des rotules que John n'aurait pas désavoué, elle avait obtenu le respect des squatteurs. Sherlock avait été très fier d'elle. Sur ce point, il reconnaissait ne pas avoir à s'en faire.

— J'ai peur, reconnut-il néanmoins. Pour elle, un peu, à l'idée qu'il lui arrive quelque chose et qu'on ne puisse rien faire. Mais surtout, j'ai peur qu'elle ne revienne jamais à la maison... qu'elle nous oublie.

Il se serra davantage contre John, de manière tout sauf innocente. John comprit le message : Pour faire taire ses craintes, lui voulait oublier ses angoisses dans le sexe. Ses pronostics atteignirent 99%, et il attrapa son amant pour le positionner sur ses hanches, face à lui, prêt à l'embrasser, prêt à lui montrer combien il l'aimait et le désirait. Mais avant, il lui répondit.

— Elle ne reviendra sans doute jamais vraiment, mais ce sera toujours sa maison ici, avec nous. Elle part bientôt, un petit peu. Et puis, sac par sac, livre par livre, vêtement par vêtement, elle partira définitivement. Mais elle ne nous oubliera jamais, Sherlock, lui promit-il en le regardant droit dans les yeux, mortellement sérieux.

Puis, avec un sourire moqueur, il rajouta :

— Comment le pourrait-elle, considérant que tu lui envoies un SMS par heure dès qu'elle disparait de ton champ de vision ?

Sherlock explosa de rire, bêtement, soudain soulagé de sa tension, et John l'accompagna dans son hilarité, avant de le faire taire de ses lèvres empressées. Ils s'embrassèrent, encore et encore, soulageant la tension de leur corps, brûlants de désir. Ils n'allaient pas dormir de la nuit, être épuisés demain pour conduire Rosie jusqu'à Oxford, mais ils s'en foutaient totalement. Ils s'aimaient.

FIN


Voilà, on referme cette tranche de vie ! John et Sherlock ont bien vieilli, Rosie a désormais 18 ans et il est temps pour elle de découvrir le monde ! Pour information, Greg et Mycroft parviendront à faire survivre leur couple. Ils ont eu des passages à vide, en connaîtront encore (d'abord quand Greg arrêtera de bosser pour profiter d'une retraite bien méritée, ensuite quand Mycroft sera obligé de raccrocher, alors que l'oisiveté ne lui convient pas), mais ils survivront parce que je suis l'auteure et que je décide ce que je veux xD

Merci à tous de m'avoir suivi sur cette calme et petite histoire ! On est un peu éloignés de mon style habituel, j'espère que ça vous aura plu quand même :)

Pour la suite ? Petite pause pour que j'ai le temps de gérer mon mois de novembre SI chargé pro/perso, et ensuite je vous donne rendez-vous le dimanche 28 novembre pour ma prochaine publication ;) et les plus avertis ou habitués d'entre vous peuvent probablement savoir de quoi il s'agit... ;p

Encore merci du fond du cœur à tous mes lecteurs/trices et !revieweurs/euses ! Portez-vous bien, soyez bienveillants avec les autres !

Mercifiniement, Gargouilles.