Raiponce ne s'attendait pas à une partie de plaisir, loin de là. Elle savait que cette mission serait compliquée. Seulement, après deux heures à crapahuter dans la jungle, elle était certaine de deux choses.
Premièrement, sans les boules luminescentes (Mérida les avait appelées "feu-follets") ils se seraient perdus dès les dix premières minutes. L'obscurité ne posait pas problème, la Lune étant particulièrement brillante ce soir (comment était-elle visible depuis l'intérieur d'un terrier, c'était une autre histoire). Comme si le paysage changeait constamment, il leur suffisait de se retourner pour voir un chemin complètement différent de celui qu'ils avaient emprunté. Quand à la façon dont Kristoff comptait les ramener chez eux en remontant leur piste, c'était une question qu'ils avaient tacitement décidé de ne pas aborder.
Deuxièmement, elle aurait dû mettre autre chose que des converses. Ses pieds étaient en lambeaux et elle sentait déjà les courbatures arriver, mais elle ne se plaint pas une seule fois. De leurs côtés, les garçons semblaient mieux s'en sortir. Malgré ses larges épaules, Le blond se mouvait avec aisance entre les arbres. Il était dans son élément. Harold quand à lui se déplaçait en silence, sur le qui-vive, car ils n'étaient pas à l'abri d'une attaque. Flynn, le beau parleur, s'était tu sitôt que la situation était devenue sérieuse. Fermant la marche, un couteau à la main, il affichait un visage bien différent de celui qu'il arborait d'ordinaire.
-Attendez, souffla brusquement le beurkiens en levant la main en l'air.
Tous s'immobilisèrent d'un coup, prêt à se battre.
-Euh... Harold ?
-Il y a... Quelque chose... Là, dit-il en pointant son bras vers la gauche. Comme si quelqu'un m'appelait.
-J'entends rien moi, murmura Flynn.
-Les feu-follets se dirigent vers la gauche, remarqua Kristoff. Et à ta place je ne m'éloignerais pas d'eux.
Le brun hésita quelques instants, puis se ravisa.
-Ouais laissez tomber. C'était sans doute mon imag...
Il ne finit pas sa phrase. Des grognements, dangereusement proches, se firent soudain entendre tout autour d'eux. Une douzaine de paire d'yeux se mirent à luire dans l'obscurité.
-Et merde...
-Fermez les yeux !
Levant les mains vers le ciel, la blonde envoya une quantité de magie suffisante dans ses paumes pour éblouir les prédateurs.
-Courez !
Sans poser de question, la bande s'exécuta, courant derrière les feu-follets. Un millier de question traversait l'esprit de la blonde, mais l'heure n'était pas aux tergiversions. En cas de confrontation directe, ils n'auraient aucune chance. Seule la mort les attendait. Alors ils couraient, sans s'arrêter. Leurs poursuivants, derrière, les poursuivaient en rugissant. Des rugissement qui semblaient se rapprocher de plus en plus.
Sans transition, ils débouchèrent soudain sur un paysage complètement différent, comme si la forêt s'était arrêtée. De même, les hurlement s'étaient tus, remplacé par des grognements faiblards. Devant eux s'étendait une immense plaine, semblable à une prairie, dénuée de tout relief si ce n'était un immense rocher à une centaine de mètre d'eux. En pleine course, il s'arrêtèrent net. Harold trébucha, mais Flynn le rattrapa de justesse. Devant eux, baigné par la lumière pâle de la Lune et bien campé sur ses pattes, se tenait un lion. Et lorsqu'elle comprit à quel point il était immense, Raiponce ne put s'empêcher de pousser un petit couinement apeuré. Mérida n'avait absolument pas exagéré. Ils étaient pris au piège.
-Les gars, murmura le blond en dégainant une machette de son sac à dos, je crois que cette fois on est cuits.
Il en lâcha presque son arme lorsque l'animal s'exprima d'une voix profonde.
-Range-moi ça, veux tu bien ? La violence est proscrite sur ces terres. A présent suivez-moi, enfants. Nous avons beaucoup de chose à nous dire.
-Qui êtes-vous, exactement ?
Harold avait parfaitement résumé leur état d'esprit. Les évènements s'enchaînaient bien trop vite pour que leurs cerveaux puissent suivre, et ils avaient déjà eu leur dose de surnaturel pour la soirée. Guidés par leur hôte, ils s'étaient assis au pied de l'immense rocher, où se trouvait un étang. Le lion s'abreuva quelques instants avant de se leur répondre.
-Parles-tu au nom de tous, fils de Beurk ?
-Euh... Oui. Mais comment...?
-Je possède de nombreux noms, mais un seul peut s'exprimer dans une langue humaine. Simba est le nom que les Doyens m'ont donné.
-Les Doyens ? Vous voulez parler du directeur ? Le professeur Merlin ?
-Les professeurs enseignent, les gardiens protègent, et les anciens transmettent. Mais les Doyens sont ceux qui sont à l'origine de tout.
-Je ne comprend pas.
-Tu n'en as pas besoin.
Le brun cligna des yeux, dérouté.
-Euh... Où sommes-nous exactement ?
-Au coeur de la plaine. Un lieu de paix où les combats sont proscrits.
-Excusez-moi, intervint Flynn, je peux poser une question moi aussi ? Nan parce que je sais pas si...
-Parle, toi dont l'esprit est aussi acéré que ta lame.
Le brun plissa des yeux sans se démonter pour autant.
-Vous êtes quoi au juste ?
-Un lion.
-Je vois bien que vous êtes un lion, mais vous faites la taille d'une caravane et vous parlez notre langue.
-Je suis celui qui règne sur les plaines. Ma tribu et moi veillons sur chaque être vivant qui vit en ces lieux, et nous veillons d'ordinaires à ce qu'ils ne soient jamais profanés. Je sais néanmoins pourquoi vous êtes ici, c'est pourquoi l'entrée vous a été accordée.
-Alors ces bêtes qui nous poursuivaient, c'étaient votre tribu ?
Simba eut une grimace de dégoût, ou du moins quelque chose qui y ressemblait compte tenu son absence de visage.
-Bien sûr que non. C'est une faction réticente qui voue une haine sans fin envers les humains, et en particulier les mages comme vous. Pénétrer sur leur territoire n'a fait qu'attiser leur désir de vengeance.
-Leur désir de quoi ?
-Monsieur Simba, réagit également Raiponce, si nous sommes ici c'est parce que...
-Je le sais, enfant-Soleil. Une brèche a été faite dans votre barrière, et l'un de mes sujets y est entré. Malheureusement, c'était un membre de la faction réticente. Zira est le nom que les Doyens lui ont donné.
-Mais pourquoi ?
-Parce qu'ils comptent en finir avec les mages. Les détruire de l'intérieur. Voyez, vous avez vous-même croisé l'avant garde qui attaquera à l'aube.
Les adolescents le regardèrent horrifié.
-Et vous ne comptez pas réagir ?
-Cet endroit n'est pas sous ma juridiction. De plus, c'est un humain qui a volontairement ouvert la brèche, au nez et à la barbe des gardiens.
-Mérida, murmura la blonde, terrifiée.
-Elle doit être châtiée.
-Non ! Elle ne l'avait pas fait exprès.
-On ne va pas à l'encontre de sa destinée. Elle devrait le savoir mieux que quiconque.
-Vous semblez tout savoir, fit Kristoff, pensif.
-Je ne sais pas, mon ami. Je vois, j'entend, je sens. Quelque chose en ces lieux, cependant, semble échapper à mes sens. Et cela m'inquiète.
Le quatuor resta silencieux, inquiet.
-Vous devez à présent partir, dit le lion. Un rude combat vous attend, et chacun d'entre vous aura un rôle à jouer. Et toi, fils de Beurk, sache que ce que tu cherches se trouve sur mes terres. Seulement, il n'est pas encore temps pour vos destins respectifs de s'unir.
-Attendez, dit Raiponce, il y a quelque chose que je ne comprend pas. Pour quelle raison cette euh... Réticente ? Pourquoi n'a-t-elle pas attaqué Jack et Mérida ? C'était le meilleur moyen de semer la pagaille.
-Pas le meilleur, je le crains. Vois-tu, le frère de mon père est emprisonné dans les recoins les plus reculés de cet endroit. Et elle est venue le libérer. A lui seul, il est assez puissant pour tenir tête aux gardiens. Scar est le nom que les Doyens lui ont donné.
