-Le Soleil va bientôt se lever, ils devraient déjà être rentrés.
Elsa tentait vainement de calmer son stress. Anna quand à elle avait abandonné dès les dix premières minutes. Elle faisant les cent pas dans la chambre de sa soeur, au grand dam de Mérida qui, désormais bien remise de sa frayeur, demeurait épuisée par l'invocation de ses pouvoirs plus tôt dans la soirée.
-Pitié Anna, grommela la rousse pour la énième fois, tu veux bien prendre une chaise ? Tu m'empêche de me reposer là.
-J'aurais dû les accompagner.
-Pour quoi faire ? En cas de confrontation je suis sûre que t'aurais assuré mais crois moi, t'es pas taillée pour les longues randonnée en forêt.
Bien forcée de reconnaître que son amie avait raison, Anna bouda quelques instants, avant de s'agiter à nouveau.
Jack, de son côté, avait décidé une fois de plus de contourner le règlement en passant la nuit dans la chambre des filles. Profitant de la présence d'Elsa, il s'entraînait à maîtriser un peu plus ses pouvoirs. La blonde savait bien qu'il se fichait pas mal de ses notes en réalité, mais qu'il tentait juste de lui occuper l'esprit, et elle lui en était reconnaissante.
-T'inquiète pas va, lui murmura-t-il tout en créant une mini-tempête de neiges entre ses mains, Harold est avec eux et il ne permettra pas que l'un d'entre eux ne revienne pas indemne.
-J'espère que tu as raison, soupira la blonde sur le même ton. J'essaie de faire bonne figure devant Anna mais...
A sa grande surprise, Jack s'empara de ses mains. Comme ça, sans prévenir.
-Euh... Jack ?
-C'est pour voir à quel point tu es stressée. Tu m'avais dit une fois que tes mains refroidissaient quand tu paniques.
-Ah euh...
-Oh pardon, s'excusa le jeune homme en réalisant ce qu'il venait de faire. Désolé, je suis parfois assez impulsif...
Il retira doucement ses mains, et Elsa se surprit à le regretter. La blonde remercia les cieux (et la situation) qu'Anna soit trop occupée pour pouvoir remarquer son trouble. Sa jumelle la connaissait un peu trop par coeur à son goût, et la connaissant elle l'aurait aussitôt charriée sans ménagement. Elle devait en effet admettre qu'elle n'était pas insensible au sourire ravageur de Jack. Ni à sa gentillesse, et l'attention qu'il lui portait. Ce détail sur la température de ses mains, elle le lui avait dit un jour de façon désinvolte, et pourtant il l'avait retenu...
-Tu mémorises les moindres détails hein ?
-Et comment ! J'ai une mémoire d'éléphant.
-Et tu...
La blonde fut interrompue par Mérida, qui se leva brusquement, un air paniqué affiché sur le visage.
-Méri' ? Qu'est-ce que...
-Des feu follets. Ils viennent me chercher.
Elsa jeta un coup d'oeil aux alentours. Ne voyant rien de particulier, elle se rappela que seule Mérida pouvait les percevoir grâce à son pouvoir.
-Je crois que mon destin et celui de cette... Créature sont liés.
-Attends, intervint Anna, j'espère que tu ne comptes pas t'aventurer seule dans les couloirs où un bête assoiffée de sang fait une petite balade, juste parce que des feu-follets t'y invitent gentiment ?
-Les morts ne mentent jamais Anna, dit gravement son amie. Il fait presque jour, les profs vont bientôt se lever. Peut-être que mon destin est de protéger la bête avant qu'ils ne l'éliminent ?
-Hors de question qu'on te laisse y aller seule.
Les filles se tournèrent vers Jack, légèrement surprise. Le brun semblait troublé. Il avait beau s'amuser à taquiner Mérida à longueur de journée, il tenait à elle à sa façon. Et il pouvait se montrer protecteur lorsque ça comptait, songea Elsa. Et elle trouvait ce comportement plutôt attendrissant.
En le voyant ainsi, Mérida se radoucit légèrement.
-Ecoute Jack, c'est mon destin. Le vôtre se trouve sûrement ailleurs. C'est une tâche que je dois accomplir seule.
Le jeune homme leva un sourcil, reprenant son air espiègle.
-Destin ? Mon oeil ouais. Soit on t'accompagne, soit je barricade la porte avec ma glace.
-Et la mienne.
-Traîtresse...
La rousse soupira, avant de capituler à contrecœur.
-Bon, je suppose qu'on a pas le choix... Mais je préfère vous prévenir, forcer la main du destin n'est jamais sans conséquences.
-C'est une prophétie que les morts t'ont révélée ?
-La ferme Jack. Et non. C'est une maxime que la maison des Dunbroch se transmet de générations en générations.
-Par là, souffla la brune en indiquant une voie qu'aucun d'entre eux n'avait encore explorée jusqu'ici.
Afin de ne faire paniquer personne et de rester le plus discret possible, ils se retenaient à grand peine de courir. S'ils se faisaient prendre dans une zone où ils n'étaient pas censé se trouver, ils auraient juste à prétexter qu'ils s'étaient perdus (chose qui arrivait fréquemment chez les premières années). L'académie se réveillait doucement. Quelques élèves déambulaient déjà d'un air somnolent vers les douches communes, d'autres vers la cafétéria. Ils croisèrent le professeur Maui au passage, qui enseignait la métamorphose. Il les salua d'un signe de tête et continua son chemin sans poser de questions.
-Y a pas à dire, murmura Jack une fois que le professeur fut hors de portée, la sécurité intérieure est complètement à la rue ici.
-Tu penses ?
-Crois-moi blondinette, j'ai connu bien pire.
Avant qu'Elsa ne puisse questionner le jeune homme sur son passé intriguant, ils s'arrêtèrent soudain face à un couloir particulièrement... Sombre. Il ne s'y trouvait aucun cristal lumineux, et il semblait s'enfoncer plus profondément dans le sol. Impossible d'en distinguer le bout.
-Me dis pas que tes feu-follets comptent s'aventurer là dedans, couina Elsa, peu rassurée...
-Ok je le dis pas. Mais vous pouvez toujours m'attendre ici.
-Dans tes rêves, affirma Jack tout en se rapprochant d'Elsa (sa présence la rassurait un tout petit peu). C'est une raison de plus pour ne pas te laisser y aller seule.
La rousse sourit, reconnaissante, avant de s'enfoncer dans les ténèbres, ses trois amis sur ses talons. Guidée par les flammes bleutées qu'elle seule percevait, ils descendirent plus profondément encore, jusqu'au point où il devenait difficile de respirer pour Elsa. Elle avait en effet horreur des espaces renfermés, mais faisait bonne figure pour ne pas inquiéter les autres. Anna, qui devinait assez aisément son trouble, lui prit discrètement la main dans la pénombre.
-On est arrivés, annonça soudain Mérida.
-J'aimerais bien te croire, souffla Jack, mais on y voit rien ici nous.
Comme pour répondre à sa demande, quelques cristaux écarlates s'illuminèrent soudain faiblement tout autour d'eux.
-Monsieur est servi.
-Ha ha, trop drôle. C'est surtout flippant non ?
Mérida haussa les épaules, avant de fixer leur point d'arrivée. Le tunnel s'était élargi au fur et à mesure de leur descente, et plafonnait à présent les cinq mètres de hauteur. Face à eux, une immense porte circulaire gravée de motifs étranges.
-C'est quoi à votre avis, murmura Anna. Où est la bête ?
Elsa resta silencieuse quelques instants. Quelque chose clochait. Ils étaient partis à la recherche de l'animal, et voilà qu'ils se retrouvaient dans un cul-de-sac. Elle observa la porte quelques instants, intriguée. Instinctivement, elle voulut avancer sa main pour la toucher, lâchant celle d'Anna au passage, mais Jack vint intercepter son poignet avec une vitesse qu'elle ne lui soupçonnait pas.
-Attention Elsa. On sait pas ce qui se trouve là derrière. On devrait...
Un rugissement résonna dans le couloir, le coupant au milieux de sa phrase. La bête arrivait.
-Et merde, grogna Mérida en s'accroupissant.
Elle sortit aussitôt de sa botte un couteau à cran d'arrêt.
-On sait jamais, dit-elle en haussant les épaules face aux regards déconcertés de ses amis. J'en garde toujours une paire sur moi.
-Attends, t'en as deux ?
-Les gars, murmura Anna, c'est pas le moment...
Seule Elsa gardait la tête froide. Elle laissait déjà son pouvoir s'écouler entre ses doigts, provoquant des fourmillement à présent familiers. Elle ne se précipita pas, resta concentrée jusqu'au bout. Et c'est pour cette raison que lorsque le félin, aussi gigantesque que dans la description de Mérida, surgit de la pénombre sans crier gare, elle fut la première à réagir. Elle érigea un mur de glace afin de freiner la première attaque de l'animal, mais il fut brisé tout aussitôt. Jack, réagissant au quart de tour, conjugua ses pouvoirs aux siens et ensemble, ils réussirent à l'immobiliser dans un immense bloc de glace.
-Wow, siffla Mérida admirative.
-C'est pas fini, grogna la blonde. La glace ne tiendra pas longtemps. Je sais pas ce que c'est, mais cette bête doit être magique. Et plus puissante que nous deux réunis, dit-elle à son ami d'un air contrit.
Comme pour faire écho à ses paroles, la glace commença à se fissurer.
-Pas le choix alors, soupira Anna. Soit on essaie de fuir et elle nous rattrape, soit on ouvre la porte.
-Et comment tu comptes faire ça ?
Se plaçant face à la porte, elle posa ses mains dessus sans rien dire.
-Je vais lui donner vie, dit-elle d'un air déterminé. Ensuite je lui demanderai de nous laisser passer.
-Attends quoi ? Tu peux donner vie aux objets ?
-Oui, dit-elle en souriant fièrement. C'est mon pouvoir. Malheureusement ça fonctionne mieux avec des objets qui ont une forme un peu plus... Vivante qu'une porte. Ca risque de prendre un peu plus de temps que d'habitude.
Tandis qu'elle parlait, les fissures autour de la bête s'élargirent encore plus.
-Prend ton temps, on te protègera. Jack, Elsa, couvrez-moi.
Avant que quiconque ne puisse réagir, Mérida avait dégainé son second couteau, et se jeta sur son adversaire à l'instant même où la glace finissait de se briser, prête à prendre sa revanche. Affronter des fauves magiques faisant plus de dix fois son poids ne lui faisait pas peur, elle s'y était exercée toute son enfance. Et en situation d'urgence extrême, elle devenait incapable de gérer son hyperactivité. Et quelque part, c'est ce qui lui permettait de rester en vie en cas de confrontation.
Profitant de sa petite taille, elle évita aisément le premier coup de griffe de la bête désorientée et l'érafla au passage. Elle fixa ensuite son adversaire avant de pousser un hurlement de défi ont Fergus Dunbroch aurait été fier. Elle se lança ensuite dans une danse endiablée, rendant les coups qu'elle évitait. Lorsqu'elle se retrouvait un peu trop acculée, Jack se chargeait de lui créer de l'espace en envoyant un rayon glacé. Elsa quand à elle ne cessait de geler le corps de la bête, la forçant à utiliser son propre pouvoir magique pour se libérer.
Néanmoins, elle ne put tenir qu'une minute. L'endurance de la bête était de loin supérieure à celle des trois adolescents réunis. Jack manqua un tir, et Mérida se prit un coup qui l'envoya valser tout près d'Anna.
-Méri' !
-Tout va bien blondinette, grogna la rousse. C'est rien ça, ma mère en envoie des plus violentes que ça.
-Quoi ?
-Les filles, cria Jack, horrifié, vous discuterez de ça plus tard !
L'animal banda ses muscles et bondit vers eux. Au même instant, Anna hurla de joie (et de panique) tandis que la porte s'ouvrait. Ni une ni deux, elle y projeta Mérida encore groggy tandis que les deux autres conjuguaient à nouveaux leurs efforts pour créer un mur repoussant la bête.
-On va pas... Pouvoir... Tenir...
Elsa jeta un coup d'oeil à Jack. Elle avait assez de pouvoir en elle pour repousser l'animal de quelques mètres seule. Cela donnerait le temps à Jack de s'enfuir par la porte, et à Anna de la refermer. Mais sa soeur refuserait de le faire...
Face au manque de solution, elle s'apprêta à exécuter son plan lorsqu'une silhouette, trop rapide pour pouvoir être distinguée, s'abattit soudain sur le félin, le projetant de quelque pas sur le côté. Avant que tous puissent se remettre de leur surprise, leur sauveur inespéré plongea sur les deux élémentalistes, les faisant traverser la porte.
-Referme, hurla-t-elle à Anna !
Cette dernière, encore sous le choc, s'exécuta néanmoins, avec une microseconde de retard. Le temps pour leur assaillant de se remettre de sa surprise, et de bondir à nouveau vers eux. Et la porte ne se refermait pas assez vite. Avec une dextérité presque inhumaine, leur sauveur (ou plutôt leur sauveuse) projeta avec force son arme à travers l'entrée, touchant sa cible au niveau de l'épaule et freinant ainsi son élan. Avant que la bête blessée ne puisse se relever, la porte se referma.
Le silence se fit dans la pièce tandis que le rythme cardiaque de chacun reprenait une cadence normale. Recoiffant sa chevelure blonde désormais en désordre, leur sauveuse se releva, un air profondément agacé sur le visage. Elsa la reconnut assez rapidement la jeune fille, qu'elle avait déjà aperçu plusieurs fois à la cafétéria ou à la bibliothèque.
-C'était une de mes haches préférées, soupira Astrid Hofferson avec un agacement à peine retenu. Alors vous avez intérêt à me donner quelques explications.
