Mérida en resta sans voix. Astrid. Hofferson. Elle venait d'être sauvée par la fille la plus badass de leur promotion.
-Qu'est-ce que tu fais là ?
Les filles se tournèrent vers Jack, surprise par le ton froid qu'il employait, loin de ses sourires et taquineries habituels.
-Un "merci" aurait suffi. T'es le compagnon de chambre d'Harold c'est ça ?
-Ouais. Il m'a un peu parlé de toi à vrai dire.
Astrid fit mine de répondre mais se ravisa, détournant légèrement le regard.
-Euh, les gars, intervint Anna. C'est quoi ça ?
Ils jetèrent un oeil autour d'eux, intrigués. Ils se trouvaient dans une simple pièce circulaire. Et face à eux, une porte unique portant des inscriptions similaires à celle qu'ils venaient d'ouvrir.
-Tu vois d'autres feu-follets Méri' ?
La rousse tenta de se relever, mais les étoiles qui dansèrent devant ses yeux la convainquirent que le sol n'était pas un si mauvais siège.
-Je vois rien, grogna-t-elle. Mes pouvoirs s'affaiblissent en même temps que mon énergie vitale.
Astrid hocha la tête, compréhensive.
-Joli jeu de jambes au passage, complimenta-t-elle la rousse.
-Euh, merci. T'es plutôt douée toi aussi.
-Alors quoi, lança Jack agacé, on ouvre cette porte-là aussi ? On peut pas ressortir de toute façon.
Elsa fixait Jack sans comprendre. Il montrait un visage qu'elle ne lui connaissait pas. La présence d'Astrid avait l'air de l'énerver au plus haut point.
-Relax Frost.
-Tu me demandes de me relaxer ? Je te rappelle qu'on est ici parce que tes feu-follets nous y ont emmenés, qu'on a failli y laisser la peau et que maintenant on est coincé ici avec une bête sanguinaire de l'autre côté.
-Eh, je vous ai pas forcé à venir moi !
-Mérida soit pas débile, sans nous actuellement tu serais morte !
Cela jeta un froid dans la pièce. L'adrénaline retombait, et ils réalisaient peu à peu la gravité de la situation dans laquelle ils s'étaient retrouvés.
Forcée de reconnaître que le brun avait raison, Mérida se leva brusquement (au diable ses vertiges) et alla se recroqueviller dans un coin de la pièce, évitant le regard de ses amis. Elle culpabilisait de les avoir poussé à venir ici.
Anna lança un regard lourd de reproche à Jack. Elsa voyait bien qu'en d'autres circonstances et impulsive comme elle l'était, elle lui aurait collé une baffe mémorable. Elle-même se retenait à grand peine de le sermonner. Elle poussa un soupir las et se dirigea vers Mérida pour la soutenir.
-Plus sérieusement Astrid, lança Anna pour combler le blanc qui se profilait à l'horizon, qu'est-ce qui t'amènes ici ?
-Et bien en faite...
La blonde sembla hésiter quelques instants, jetant un coup d'oeil furtif à Jack avant de répondre.
-J'ai vu Harold partir quitter la zone sécurisée hier soir.
-Quoi ?
Elle rassura aussitôt le groupe d'amis en les voyant paniquer.
-Ne vous inquiétez pas, je ne pense pas que quelqu'un d'autre les aie vus. En faite j'ai surtout eu de la chance. J'étais partie nourrir ma dragonne et je les ai croisés de loin en rentrant. J'ai vraiment pensé à les suivre mais je me suis dit que... Que c'était quelque chose qu'il devait accomplir seul.
-Je ne comprend pas.
-C'est... Compliqué à expliquer. Enfin bref, je suis allée devant sa chambre tôt ce matin pour lui demander comment ça s'était passé mais personne ne m'a ouvert. Sauf que je n'avais pas vu son coloc' l'accompagner dehors la veille, alors je me suis dit qu'il avait sûrement passé la nuit ailleurs.
Elsa fit une grimace. Rapide, agile, courageuse et dotée d'un excellent esprit de déduction. Si jamais cette fille devait devenir un jour leur ennemie, elle ne donnait pas cher de leur peau.
-Et je suppose que tu as reconnu Jack dans les couloirs ce matin en revenant vers ta chambre ?
-Ouais voilà. C'était trop louche toute cette histoire, alors j'ai attendu un peu puis j'ai remonté votre piste.
Ce fut au tour de Mérida de se redresser, légèrement requinquée par l'ambiance moins lourde et la main d'Elsa dans ses cheveux.
-T'as "remonté" notre piste ?
-Bien sûr, sourit la blonde d'un air énigmatique. Ne sous estimez jamais les pouvoirs d'un beurkien.
-J'ai une dernière question.
Tous se tournèrent vers Jack, intrigués. Il semblait s'être calmé vis à vis de la combattante.
-Qu'est-ce que tu es venu demander à Harold ce matin ?
Elle ne fuit pas son regard cette fois-ci, et le fixa droit dans les yeux.
-Si tu me poses cette question, c'est que tu connais déjà la réponse.
-Je veux l'entendre de ta bouche.
-Vraiment, demanda-t-elle en se renfrognant, ici ?
Le brun hésita brièvement avant de capituler.
-Ouais, nan t'as raison. C'est avec Harold que tu dois discuter de ça.
-Est-ce qu'on pourrait savoir de quoi vous...
Un hurlement terrifiant secoua la pièce où ils se trouvaient, coupant court la phrase de Mérida. Horrifiés, les adolescents se tournèrent vers la seconde porte. Car c'est de là que venait le hurlement.
-Avoue-le Kristoff. On est perdus c'est ça ?
Voilà maintenant trois bonnes heures que le petit groupe avait quitté le havre de Simba. D'un accord tacite, ils avaient décidé de ne pas en parler tant qu'ils ne seraient pas de retour auprès de leurs amis. Ils s'efforçaient également de ne pas y penser, mais Harold trouvait ça particulièrement difficile.
-On est pas vraiment perdu, grogna le blond pour la treizième fois. Notre piste est claire c'est juste qu'elle nous fait tourner en rond.
-Sans vouloir te vexer, ça n'a aucun sens.
-Rien n'a de sens ici Flynn.
L'intéressé se contenta de hausser les épaules et de suivre le reste du groupe, fermant la marche. L'heure n'était pas à ses plaisanteries habituelles.
Harold quand à lui ne pouvait s'empêcher de cogiter. De nature, il faisait très attention aux moindres détails, et son cerveau, qui carburait à une vitesse parfois assez alarmante, ne cessait de réfléchir à toutes les informations qu'il recevait jusqu'au point où le jeune homme souffrait de migraines fréquentes. Ainsi, les mots de Simba tournaient et se retournaient dans sa tête. Une pensée en engendrant facilement une autre, il se perdit de nombreuses fois dans les méandres de son esprit, se déconnectant presque de la réalité. Presque en état de transe, il ressentit soudainement un immense mal de crâne, bien plus violent que ceux auxquels il avait fini par s'habituer.
-Argh...
Il s'écroula sous les regards horrifiés de ses amis. Un cri, immense, terrifiant, résonna dans ses tympans quelques secondes. Incapable de le supporter, il posa un genou au sol, pantelant.
-Harold ?
-Vous... Vous avez entendu ?
-Entendu quoi ?
Plutôt que de parler, Raiponce réagit au quart de tour. Elle défit quelques mèches de sa longue natte et les déposa soigneusement sur l'épaule du jeune homme, avant d'entamer son incantation.
-Fleur aux pétales d'or...
-Ce rugissement. Je suis le seul à l'avoir entendu ?
-...Répand ta magie...
-Je rêve ou ses cheveux brillent ?
-...Inverse le temps...
-La ferme Flynn, y a plus urgent là.
-...Rends-moi ce qu'il m'a pris...
-Il faut qu'on se dirige là-bas. Je suis sûr que c'est euh... L'ennemi dont Simba nous a parlé. Scar.
-...Guéris les blessures...
-Attends attends... Tu veux qu'on fonce droit sur ça ?
-...Eloigne la pluie...
-Nos amis sont sans doute en danger à l'heure qu'il est. Regarde, le Soleil a presque fini de se lever.
-...Ce destin impur...
-Du coup, on s'éloigne de la piste pour suivre un hurlement que t'es le seul a avoir entendu ? Pourquoi pas hein écoute.
-...Rends-moi ce qu'il m'a pris...
-Plus tard les sarcasmes Flynn. On te suit Harold, de toute façon on a pas vraiment le choix.
-...Ce qu'il m'a pris.
-Allons-y. Merci Raiponce.
-Y a pas de quoi !
-Tu chantes super bien blondinette.
Raiponce sentit ses joues rosir, mais ne se démonta pas.
-Allons-y. J'ai un mauvais pressentiment.
Les beurkiens étaient un peuple particulier. Non contents d'apprendre à dresser les dragons, ils avaient également développé une magie similaire à la magie de dressage en parallèle. Voir à travers les yeux de leur partenaire, communiquer avec eux par télépathie, pouvoir exploiter une partie de leurs sens tels que leur odorat surpuissant ou leur vue nyctalope. Ceux dont la magie était particulièrement puissante et affûtée, comme Stoïk la Brute, étaient même capable d'obtenir la force physique et l'agilité d'un dragon en combat rapproché. Mais, de même que les Maîtres Dresseurs d'animaux communs à l'instar de Cruella Denfer se faisaient rares, il n'y avait que deux Maîtres Dragons vivants connus à ce jour. Ces dragonniers dont la magie était si puissante qu'ils étaient capable de se lier à des centaines de dragons à la fois. Leurs pouvoirs étaient nombreux et variés, mais secrets et rarement étudiés. Ils étaient considéré par l'ONU comme étant "des armes de dissuasion similaires à l'arme nucléaire".
Si l'un des Maîtres Dragons avait déserté une vingtaine d'années plus tôt, l'autre se trouvait toujours sur Beurk, aidant Gueulfor à la formation des nouveaux dragonniers. La guerrière s'apprêtait à leur montrer une figure de voltige particulièrement complexe lorsqu'une légère migraine la fit grimacer. Un bourdonnement vint siffler dans ses oreilles quelques secondes, avant de se calmer. Intriguée, la femme se posa au sol. L'instructeur s'approcha d'elle, inquiet.
-Tout va bien ?
-Ca va Gueulfor, sourit Valka. J'ai juste intercepté un signal de détresse télépathique par mégarde.
-Ah oui ? D'où ça ?
-Je crois que c'était Astrid. Mais...
-Mais ?
Elle ne s'en faisait pas pour la guerrière blonde. Elle connaissait bien DisWork pour y avoir étudié, et de puissants gardiens s'y trouvaient pour protéger les élèves. Néanmoins, elle avait senti que quelqu'un d'autre qu'elle avait observé cet appel mental. Et seul un Maître Dragon pouvait saisir les conversations qui s'effectuaient entre un autre dragonnier et son dragon.
Sauf erreur de sa part, Drago Poing-Sanglant, le déserteur de Beurk, était de retour.
