Raiponce ne sut jamais par quel miracle Harold avait su les guider hors de la forêt, toujours est-il qu'ils étaient arrivés trop tard. Lorsqu'ils arrivèrent face aux dortoirs, ce dernier était pris d'assaut par toute une meute de félins géants identiques à la tribu de Simba.
-Le Soleil se lève, dit Kristoff à haute voix. Simba avait vu juste, l'école est attaquée.
Harold, pour sa part, s'écroula tout simplement. Son cerveau le laissait tomber.
-Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire...
-Attendez, murmura Flynn, on dirait qu'ils n'attaquent pas vraiment. Comme s'ils attendaient quelque chose.
La blonde songea à ses sœurs, cernées par l'ennemi. Elle ne pouvait pas rester ici à observer de loin.
-Approchons-nous, trancha Raiponce. C'est pas en restant ici qu'on se rendra plus utile.
-C'est de la folie blondinette. Tu risque ta peau là.
Cette dernière le foudroya du regard, surprenant Harold au passage qui ne l'avait jamais vue dans cet état.
-Ma famille est en danger, alors avec ou sans vous, je vais aller les aider. Et pour finir, monsieur, mon prénom c'est Raiponce.
Et elle le planta là, s'élançant vers l'ennemi. Elle arrivait par derrière et bénéficiait donc de l'effet de surprise, et comptait bien en profiter.
Appliquant directement ce qu'elle avait appris en cours, elle concentra son pouvoir magique en une sphère d'énergie au creux de sa paume. Elle s'apprêta à envoyer voltiger le premier félin géant, lorsqu'une voix monotone mais ferme vint l'interrompre in extremis.
-L'idée n'est pas mauvaise gamine. Sauf si tu comptes mourir prématurément.
Elle se retourna, surprise. À ses côtés, sorti de nulle part, se tenait un tigre (ou plutôt une tigresse, compte-tenu du timbre féminin de sa voix). De taille humaine, elle se déplaçait sur ses deux pattes arrières telle une humaine, a l'instar du chef-cuisinier-panda-géant du réfectoire.
-Euh... Vous...
-Choisis les combats que tu mène petite, dit-elle dans un soupir. Et celui-là, c'est pas le tien.
Raiponce ne sut alors ce qui se passa par la suite. Elle ne se rappela que de la douleur aiguë à l'arrière de son crâne, puis le noir total tandis qu'elle sombrait dans l'inconscience.
Lorsque la blonde ouvrit les yeux, son premier réflexe fut de se demander où est-ce qu'elle était. Allongée dans un lit visiblement. A sa droite se trouvait un mur tapissé de lichen, et à sa droite une table basse suivie par un rideau mauve.
-Raiponce ?
Harold était assis à son chevet. A ses côtés, Kristoff la fixait d'un air inquiet.
-De...
-Oui ?
-De l'eau, souffla-t-elle d'une voix rocailleuse.
Réagissant au quart de tour, le blond s'empressa de servir un verre à la jeune fille, qui se redressa difficilement.
-Où est-ce qu'on est, demanda-t-elle une fois qu'elle eut étanché sa soif.
-L'infirmerie, dit simplement Harold. Tu es restée inconsciente pendant deux bonnes heures.
-Et mes...
-Tes sœurs vont bien, intervint une voix féminine. Mais crois-moi, c'est le dernier de tes soucis.
La nouvelle arrivante avait l'air plus mal en point que Raiponce elle-même. Elle s'appuyait contre le mur, avait un bras en écharpe et un oeil au beurre noir. Ses yeux bleus restaient cependant alertes et combatifs. Elle salua Harold d'un hochement de tête, auquel ce dernier ne répondit pas, se contentant de baisser les yeux d'un air timide.
-Où sont-elles ?
-Juste à côté. On est tombé sur plus fort que nous mais bon, faut croire qu'on a eu du bol.
Elle fixa Harold avec intensité en disant ces mots, bien que le brun n'y fasse pas vraiment attention.
-Leur groupe est tombé sur, euh, le tu-sais-quoi. Ils ont essayé de l'affronter mais s'en sont sortis de justesse. Jack s'en est sorti avec juste une épaule déboîtée et Anna a pris un coup à la tête, mais Elsa a épuisé toute sa magie.
-Mérida a pris aussi cher que moi, enchaîna la nouvelle venue. Mes pouvoirs de beurkienne m'ont permis d'encaisser et de récupérer assez rapidement, mais elle...
Raiponce grogna de frustration. Utiliser ses pouvoirs dans son état relevait du suicide. Néanmoins, elle pouvait soigner Mérida en quelques secondes.
-N'y pense même pas, la gronda gentiment Kristoff. Anna veille sur elle, elle sera réveillé d'ici peu.
-Anna est déjà réveillée ?
-Wep. Et Jack aussi.
La blonde se détendit légèrement. Tout allait visiblement pour le mieux.
-Merci, dit-elle en se tournant vers la guerrière blessée. Tout le monde est rentré en un seul morceau, et j'ai le sentiment que c'est en grande partie grâce à toi.
-Ne me remercie pas. On a surtout eu de la chance que ma dragonne nous retrouve pile au bon moment. Et puis, comme je te le disais, les ennuis viennent à peine de commencer. Les profs sont furax contre vous.
Raiponce grimaça légèrement. Elle n'avait pas tort, ils avaient sûrement enfreint la moitié du règlement intérieur en une soirée.
-Et où est... Où est Flynn ?
Harold se figea imperceptiblement. Kristoff détourna le regard, résigné.
-Quand tu es tombée, il a foncé dans le tas pour tenter de te protéger. Il a pris un coup qui aurait pu lui être fatal, mais sa vie n'est plus en danger grâce à l'infirmière.
Ainsi donc, un garçon qu'elle venait à peine de rencontrer avait payé le prix de ses actes irréfléchis. A cette pensée, elle sentit ses yeux lui picoter légèrement. Pourquoi les gens souffraient-ils toujours par sa faute ? Elsa, Anna, et maintenant Flynn. Tout ça parce qu'elle était faible. Et dire qu'elle avait eu l'audace de se sentir soulagée, sans même remarquer qu'il manquait quelqu'un à l'appel.
-Ne sois pas trop dure avec toi-même, dit doucement la guerrière beurkienne. Je suis sûre que si c'était à refaire, il le ferait sans hésiter.
Raiponce tenta un sourire contrit, et échoua lamentablement.
-Y a pas à dire, cette opération est un sacré fiasco.
-Je ne vous le fait pas dire jeune fille, intervint cette fois-ci une voix bien connue de tous.
Les adolescents blêmirent. Oh que oui, ils connaissaient cette voix. Elle signifiait qu'ils allaient avoir de gros ennuis.
-Bien bien. Résumons la situation.
Mme Parr, l'infirmière, avait arrangé les lits d'infirmerie et retiré les rideaux pour que tous les élèves impliqués dans les évènements récents puissent participer à la réunion, qui tenait plus de la remontrance qu'autre chose.
Devant eux se tenait une femme de toute petite taille aux cheveux noirs et dont les yeux grossis par des lunettes rondes les toisait avec sévérité. Sa voix, claquante, dominait le groupe avec une force de caractère qui faisait même plier la rebelle Mérida et la fière Astrid.
Edna Mode, directrice adjointe de l'Académie, s'était déplacée en personne pour leur remonter les bretelles, sans même attendre qu'ils soient tous remis de leurs blessure (tous avaient néanmoins repris conscience hormis Flynn). D'après leurs aînés de 2e et 3e année, la directrice adjointe n'apparaissait en public uniquement lorsque la situation était grave.
A ses côtés, adossée nonchalamment contre le mur, se tenait Tigresse. Raiponce avait appris qu'il s'agissait d'un des Gardiens, de puissants combattants chargés de protéger le domaine.
-Vous avez laissé entrer une bête dangereuse dans l'établissement, et au lieu d'avertir le corps enseignant vous avez préféré vous aventurer dans hors des limites autorisées. La moitié d'entre vous avez passé la nuit dans la forêt, tandis que l'autre moitié est partie à la recherche de la bête, qui au passage a libéré un prisonnier hautement surveillé et terriblement dangereux. Sans compter le fait que vous n'avez respecté ni le couvre-feu, ni la non-mixité des dortoirs, et ce à plusieurs reprises. Pire encore, le prisonnier s'est échappé et menace à présent de nous attaquer. Qu'avez-vous à dire pour votre défense ?
-Euh... Techniquement le dernier point, c'est pas vraiment de notre faute, si ?
Raiponce tourna lentement la tête vers Jack, horrifiée. Son ami était insolent, elle le savait. Mais là, il frôlait l'insubordination. La directrice ne réagit cependant pas, se contentant de hausser un sourcil curieux.
-Mr Frost. Vous n'avez pas tort. A l'heure actuelle même les Doyens ignorent où il se trouve, mais les Gardiens l'ont pris en chasse. Néanmoins, pour toutes vos actions précédentes, vous méritez l'exclusion. Tous autant que vous êtes, trancha-t-elle avant que les protestations ne s'élèvent.
-Excusez-moi madame la directrice adjointe, intervint Tigresse.
-Oui darling ?
-Je pense que se séparer d'éléments aussi... Prometteurs que ceux-là serait inapproprié compte-tenu de la situation.
Les deux femmes (ou bien la femme et l'animal) se livrèrent à un étrange échange de regard, entre la conversation silencieuse et un affrontement de volonté.
-Vous n'y pensez pas... Ils ne sont qu'en première année.
-Raison de plus. Leur équipe a été formée sur le tas, mais ils ont accompli tout cela au nez et à la barbe des Gardiens, du corps enseignant et même des Anciens.
-Quand bien même ! Je ne nie pas leurs capacités, mais je refuse de les exposer à tout cela. Ils ne sont pas encore prêts.
Elles se regardèrent encore un moment, tandis que les adolescents, conscients que leur avenir se jouait ici, retenaient leur souffle.
-Quand bien même j'accepterais votre... Proposition, je doute fort que le directeur acceptera une telle folie.
-Dans ce cas, préférez-vous que nous passions directement par les Doyens ?
La femme cilla, à la surprise de tous.
-Vous n'avez quand même pas...
-Si. Sur ordre du Gardien en chef.
-Sab ?
-A vrai dire, cette idée vient de lui. Un tel esprit d'équipe est un potentiel qu'il ne faut gâcher sous aucun prétexte. Les deux Doyens sont unanimes.
Après un dernier regard, la directrice adjointe capitula.
-Et vous avez dérangé Mr Mouse pour si peu ? Oh darling, qu'avez-vous fait, soupira-t-elle. Et bien, si telle est la décision des Doyens, nous n'y pouvons rien.
Elle se tourna vers les adolescents, toujours silencieux. Sans se départir de son regard de braise, elle annonça la sanction d'une voix forte.
-A partir de ce jour, vous rejoindrez le programme d'élite réservé aux deuxième année. Tous, et sans exception.
-En même temps que nos cours ?
-Bien sûr que oui Mr Frost. Considérez cela comme des... Heures de colle je présume.
Ils se regardèrent entre eux, interloqués. C'était tout ? Pas de sanction plus sévère ?
-Je me charge de transmettre la nouvelle au directeur, signala Mme Mode à la Gardienne.
-Je vous en remercie madame la directrice adjointe.
Les deux femmes quittèrent l'infirmerie, et la tension chuta d'un coup.
-Oh bon sang, dit Jack en s'affalant sur le lit d'Elsa, à sa droite, j'ai cru qu'on était cuit.
De retour dans son bureau, Edna Mode ne put s'empêcher de ressentir un brin de pitié pour les adolescents. La sanction était bien plus sévère qu'il n'y paraissait, le programme d'élite étant ce qu'il était. Elle jeta un coup d'oeil à la liste des membres de la future nouvelle équipe. Des profils divers, que ce soit en soutien ou sur le front. Ils manquaient néanmoins de force de frappe au corps à corps, aussi la femme décida-t-elle de leur accorder une fleur. Une seule. Elle leur assignerait un tuteur, et pas n'importe lequel. La major de promotion de l'année précédente, actuellement en deuxième année et toujours numéro 1 incontestée de sa génération.
Quelque chose la chiffonnait toujours cependant. Elle avait lu le rapport fait par Sab (maudit soit-il, lui et sa fourberie derrière son visage d'ange), et il y était mentionné que la petite Hofferson avait réussi à contacter son dragon depuis la prison, chose normalement impossible compte-tenu des barrières magiques sculptées dans la roche de la geôle.
Pour cela, il aurait fallu qu'un Maître Dragon fasse le relai entre les deux, car la puissance magique d'un Maître Dragon faisait fi des obstacles. Or, Valka se trouvait actuellement sur Beurk, trop loin pour intervenir. Et dans ce cas-là, il n'y avait que deux explications possibles à un tel phénomène.
Et Edna Mode ne savait pas laquelle des deux était la plus effrayante.
