-Il doit y avoir un piège quelque part, murmura Mérida et gribouillant sauvagement sur sa feuille de brouillon.

Voilà une semaine que la petite réunion à l'infirmerie avait eu lieu, et toujours aucune nouvelle de la direction.

-Je suis d'accord avec toi.

La rousse se tourna vers Elsa en hochant la tête d'un air satisfait. En tant que colocataires et en tant qu'amies, elles s'entendaient à la perfection. La blonde était moins téméraire qu'elle mais son calme, sa gentillesse et sa patience à toute épreuve lui permettaient de cadrer Mérida et son hyperactivité lorsqu'elle en avait besoin. Il n'y avait pas à dire, même si Anna lui correspondait plus au niveau du caractère, c'était Elsa sa préférée parmi les trois sœurs.

-Je pense qu'on l'avait tous remarqué, souligna Harold. Vous n'avez pas vu le regard de Mme Mode ? On aurait dit qu'elle venait de nous envoyer au bûcher...

Ils se trouvaient tous les trois dans la bibliothèque. Au point où ils en étaient, Mérida n'était même pas surprise que l'Académie abrite une bibliothèque aussi immense. En faite, elle ne traînait pas dans ce genre d'endroit d'habitude. Mais étant donné qu'Harold avait un devoir de Dressage à finir et qu'Elsa squattait régulièrement l'endroit (ses yeux s'étaient illuminés lorsqu'elle avait découvert les vastes rayons remplis de livres), la rousse avait décidé de leur tenir compagnie, n'ayant rien d'autre de particulier à faire. Elle aimait traîner avec Harold et Elsa, ils ne se prenaient jamais la tête eux au moins.

-J'ai l'impression que tu sais quelque chose à propos de ce programme spécial...

-J'en ai vaguement entendu parler. Ce qui m'inquiète, c'est que c'est classé secret défense.

Même sur Beurk, songea le jeune homme.

-Et alors, fit Mérida en haussant les épaules. Nos pouvoirs sont aussi classés secret défense.

-Non, c'est différent. C'est...

Le brun se figea aussitôt, fixant un point derrière Mérida. La rousse se retourna, curieuse. Une demi-douzaine d'adolescents s'approchaient d'eux, et la jeune fille ne put s'empêcher de déglutir. Ils avançaient en chahutant, lançant des regards noirs à droite et à gauche. Lorsque le chef de la bande, un colosse balafré aux biceps saillants, aperçut Harold, un sourire s'étira sur son visage tandis qu'il accéléra le pas.

Mérida poussa un juron. Pour avoir assisté à ce genre de scène plusieurs fois, elle savait ce qui allait arriver. Un bizutage en règles. Elle toisa rapidement les alentours. Personne parmi ces rats de bibliothèque ne viendrait les aider. C'était du deux contre un, à condition qu'Elsa accepte de se battre et qu'Harold se défende un minimum.

Le groupe s'arrêta à leur niveau, tandis que le brun semblait vouloir disparaître dans ses basket.

-Salut, le raté.

Les autres ricanèrent. Sympa.

-Dagur. T'as besoin de quelque chose ?

-Eh bien, dit ce dernier en s'approchant dangereusement d'Harold, j'ai entendu dire que t'avais osé t'aventurer dans la forêt aux alentours. Tu deviens téméraire, dis-moi ?

-Ça ne te regarde pas. Et puis de toute façon, que je disparaisse ou pas vous vous en...

D'un mouvement vif, le dénommé Dagur saisit violemment le brun au niveau du col.

-Prends pas la confiance gamin. Parle moi encore sur ce ton et je te jure que je t'envoie à l'infirmerie.

Tous restèrent silencieux. Mérida se tendit aussitôt. S'il avait été seul, elle se serait jetée sur lui. C'était peut-être un beurkien (et elle était même sûre qu'il était en troisième année) mais elle était tout aussi entraînée que lui. Voire plus.

La plupart de ses suivants ne semblaient pas particulièrement forts. Les jumeaux n'étaient pas un problème, pas plus que cet abruti qui semblait plus vantard que dangereux. Quand au blond potelé, il semblait plus effrayé par le fait de se faire surprendre par un professeur.

Non, celles qui posaient problème, c'était tout d'abord cette fille silencieuse, aux cheveux noirs comme la nuit. Elle assistait a la scène de façon indifférente, mais l'instinct de Mérida, poli au cours des années à s'entraîner dans les bois, lui hurlait de fuir la queue entre les jambes. Cette fille-là était puissante, et dangereuse.

L'autre problème était blonde, avait des yeux bleus et surtout, Mérida l'avait déjà vue au combat.

-Lâche-le Dagur, soupira Astrid.

-Tu plaisantes ou quoi ? Il a sali la réputation de Beurk. Crois-moi, il va payer.

-Tu prends la défense de l'Inutile maintenant ?

-La ferme Rustik, grogna la blonde. Je dis juste qu'on perds notre temps avec lui. C'est juste un bouffon qui se sent pousser des ailes parce que ses nouveaux potes comblent ses lacunes.

Dagur la fixa un moment, semblant peser le pour et le contre, avant de sourire a nouveau de toutes ses dents.

-Maintenant que j'y pense, t'as subi la même punition que lui non ?

-Me met pas dans la même case que ce boulet.

-Dire qu'il a fait tomber la meilleure dragonnière de sa promotion avec lui... Et bien mon petit Harold, tu vas morfler.

À ce moment là, Mérida commençait sérieusement à s'énerver. Au diable le combat à main nues ! Elle sentait déjà son pouvoir envahir tout son être.

Libère-nous !

Elle avait horreur du harcèlement, et Harold était bien incapable de se défendre.

Libère-nous !

Elle était reconnaissante envers Astrid pour les avoir sauvé. Elle l'admirait même, pour ses prouesses au combat. Mais elle détestait tous ceux qui s'en prenaient à ses amis.

Libère-nous !

Elle ouvrit la bouche, prête à déchaîner la colère de l'outre-monde sur ces imbéciles lorsqu'elle vit de la buée sortir de ses lèvres. La température chuta d'un cran, alors que Dagur lâchait Harold en hurlant de douleur. Sa main étaient bleutée, recouverte d'une fine pellicule de glace. En faite, la bibliothèque entière était recouverte d'une couche de glace qui se propageait a toute vitesses avec en son épicentre une Elsa encore plus furieuse que Mérida elle-même.

La rousse ne l'avait jamais vue dans cet état, elle qui d'ordinaire calmait les conflits plutôt que de les provoquer. Elle fixait Dagur avec une fureur telle que Mérida fut heureuse de l'avoir de son côté. Elle débordait de puissance magique, prête à éliminer n'importe lequel de ses ennemis.

-Toi, grogna le beurkiens tandis que ses yeux s'illuminaient dangereusement. Je vais te...

-Assez !

Une onde de choc traversa la pièce. Aussi vite qu'elle était apparue, la glace fondit presque instantanément. Tous tournèrent la tête vers la nouvelle arrivante, que Mérida reconnut avec soulagement. Elle était dans le cours d'auto-défense, et était même l'une des meilleures élèves. Anna lui avait dit qu'elle s'appelait Violette, qu'elle était très timide mais aussi très sympathique.

-À quoi vous jouez ? Encore un peu et c'est Mr Génie qui venait vous réprimander.

-Mêle-toi de tes affaires toi !

-Du calme Dagur, intervint la fille aux cheveux noirs restée silencieuse jusqu'ici. C'est la fille des Parr.

Le jeune homme leva un sourcil surpris.

-Bon. Disons que t'as de la chance aujourd'hui, l'Inutile ! Se faire sauver par des filles en plus, t'as vraiment aucun honneur. Allez les gars, on se casse.

Mérida les regarda s'éloigner avec une pointe de soulagement. Elle remercia Violette d'avoir évité un bain de sang, laquelle lui répondit d'un simple sourire avant de s'en aller à son tour.

-Et bah, souffla Mérida. Ils sont pas commodes tes potes Harold.

-Ce sont pas... Bref. Je préfère qu'on ne m'associe pas à eux.

-C'est étrange tout de même. Vous avez grandi ensemble et ils te traitent comme un paria, remarqua Elsa.

Elle s'était immédiatement calmée, reprenant sa lecture comme si de rien n'était. Admirable.

-Oui, disons que je suis... En retard par rapport à eux, sourit le brun d'un air contrit.

-En retard ?

-Bon, je suppose que je peux vous en parler vu que vous avez déjà vu le compagnon d'Astrid. Et puis on est à DisWork quoi ! Enfin bref.

-Ouais, abrège.

Le jeune homme se rapprocha de ses amies, murmurant le plus possible.

-Beurk n'est pas une île comme les autres. Tous les habitants là-bas sont des magiciens de Dressage. Et on y dresse des dragons.

Les deux filles restèrent sans voix. C'était un peu déroutant certes, mais plus rien ne pouvait les surprendre.

-Tous les jeunes commencent une formation dès l'âge de 7 ans. On apprend les bases du corps à corps, la stratégie militaire et la magie de Dressage.

-Et ensuite ? Vous choisissez un dragon et vous devenez un binôme inséparable jusqu'à la fin de votre vie ?

Harold fit un sourire qui tenait plus du rictus qu'autre chose.

-Pas vraiment. C'est le dragon qui nous choisit, et pas l'inverse. En général le lien se forme vers l'âge de 12 ans, 14 ans au plus tard.

-C'est pour ça qu'ils te parlent de cette manière ? Demanda doucement Elsa.

-Ouais. Mes parents sont des dragonniers puissants. Pourtant, aucun dragon, d'aucune race, n'a voulu former de lien avec moi.

En voyant le brun aussi dépité, Mérida ne put s'empêcher de ressentir un brin de pitié envers lui. Elle comprenait désormais la rancune de Jack envers Astrid, car il était sans doute au courant de cette histoire depuis un moment. En son for intérieur, elle se jura de ne jamais laisser tomber Harold comme ses compatriotes avaient pu le faire. Et qui sait ? Peut-être pourrait-elle même l'aider à régler son "problème". Mais pour cela, il lui faudra avant tout s'entraîner et développer ses pouvoirs.