Ils reprirent les cours dès le lendemain, sans même avoir eu le temps de se reposer. Kristoff s'était endormi sans ménagement en plein cours de Dressage, provoquant le courroux de leur Mme Denfer. Harold quand à lui se sentait un peu plus en forme, n'ayant pas pris part au combat. Il culpabilisait pour cette raison. Si seulement il avait lui aussi possédé un lien draconique, il aurait pu aller sur le front avec ses amis. Au lieu de cela, il était resté en retrait, les laissant se faire massacrer alors qu'il s'en sortait indemne. Il jeta un coup d'œil vers la gauche, où se trouvait le groupe de beurkiens. Evidemment, Astrid avait l'air de se porter comme un charme. Cela n'avait rien d'étonnant, après tout elle s'était entraînée toute sa vie à ce genre de missions.

Le brun avait profité de ces quelques semaines à s'entraîner en équipe pour essayer de se rapprocher d'elle, sans succès. Ils ne faisaient de toute façon pas partie de la même unité et, les rares fois où ils devaient coopérer, elle se contentait du strict minimum et l'évitait la plupart du temps. A la place, il avait récolté les regards noirs de Rustik et des autres chaque fois qu'il était vu en compagnie d'Astrid. Cela le désespérait.

-T'en fais une tête Harold, lui souffla Mérida pendant le cours de Mathématiques. Tu pense encore à la façon dont on s'est plantés en beauté ?

-Euh... Oui. Pas toi ?

La rousse haussa les épaules tout en notant une formule compliquée. Malgré son caractère bien trempé et sa mauvaise manie de ne pas travailler sérieusement, elle était extrêmement douée en algèbre, encore plus qu'Harold.

-Tu sais, les défaites ça arrive. Ca fait partie de la vie. Ce qui fera la différence, c'est la façon dont tu réagis. Soit tu te relèves et tu avances, soit tu te résignes et tu cesses de te battre.

-C'est beau.

-Ouep. C'est la devise du clan Dunbroch.

-Vraiment ?

-Nan. Juste mon père qui radote.

Harold étouffa un rire, s'attirant un regard noir de la part du professeur Thatch.

-Mlle Dunbroch et Mr Haddock. Je dois saluer votre niveau pour cette discipline qui, je l'admets, est excellent. Cela n'excuse cependant pas votre bavardage durant mon cours, suis-je bien clair ?

-Oui Monsieur, répondirent-ils à l'unisson.

Harold observa sa voisine du coin de l'œil alors que le cours reprenait. Il n'y avait pas à dire, c'était une fille forte, tant physiquement que mentalement. Il se demanda quel genre d'entraînement elle avait reçu, pour avoir des réflexes et un sens du combat rivalisant avec ceux des beurkiens.

-Il est comment ? Chuchota le brun. Ton père je veux dire.

-Hein ? Répondit-elle sur le même ton. Pourquoi tu me demandes ça ?

-Bah je sais pas. Tu parles jamais de toi ou de ta famille.

La rousse fit une petite grimace, avant sourire d'un air espiègle.

-Faisons un échange alors. Je te raconte ma vie, tu me racontes la tienne.

-Mais j'ai déjà...

-Ouais ouais, tu nous as déjà parlé de tes histoires de dragon où je ne sais quoi. mais je sens qu'il y a autre chose mon petit Harold. Tu nous caches un truc, et ça concerne la blondasse tueuse surentraînée.

-Astrid ?

-C'est ce que j'ai dit. Ne crois pas que je ne te vois pas lui jeter des regards en douce dès que t'en as l'occasion.

Il piqua un fard, baissant les yeux d'un air honteux.

-C'est d'accord. Je te dirai tout. Mais s'il te plaît...

-T'inquiète pas va, je dirai rien, rit-elle en lui tapotant l'épaule. Et puis, il se pourrait que tu gagnes quelque chose si tu me racontait tout sincèrement.

-Quoi ? Le droit d'entendre ton histoire ?

Elle lui donna un coup à l'épaule, récoltant un nouveau regard sévère de la part du professeur.

-Mais non idiot. Quelque chose de beaucoup plus intéressant.


-Je suis... Fiancé.

-Quoi ?

La mâchoire de la rousse se décrocha. Harold poussa un soupir et lui sourit d'un air contrit. Ils s'étaient installés à l'air libre après les cours, assis dans l'herbe à l'écart des autres. Harold savait qu'il allait devoir vider son sac, un jour ou l'autre, ici à DisWork, car c'était le lieu où il s'était fait ses premiers vrais amis. Il avait pensé à Elsa tout d'abord, mais son instinct lui disait que Mérida serait également de bon conseil. Alors il décida de lui raconter son histoire.

-Sur Beurk, on peut évaluer ton talent en tant que Dresseur grâce à la race de ton dragon. Et mes parents... Et bien leurs dragons sont puissant. Très puissants.

-Puissant à quel point ? Parce qu'après ce qu'on a vu hier...

-Pour mon père je ne sais pas exactement. Il a atteint un niveau tel que sa force et ses sens sont ceux d'un dragon, ce qui est déjà un exploit en soi. Mais je peux t'assurer que ma mère aurait pu vaincre cet adversaire en quelques minutes, sans aucune difficulté. Ses pouvoirs sont si développés qu'elle est devenue un Maître Dresseur.

-Ce qui signifie ?

-Qu'elle est liée à plusieurs dragons à la fois, et pas qu'un seul. Une bonne centaine en réalité.

La rousse hocha la tête, réfléchissant quelque secondes en silence.

-Et c'est quoi le rapport avec cette histoire de fiançailles ?

Le brun se tortilla un peu, brusquement gêné face au regard inhabituellement sérieux de son amie.

-Et bien... La capacité à dresser des dragons est d'ordre génétique, à ce qu'on dit.

-Comme la plupart des types de magie oui.

-Et je suis... Et bien... L'héritier du trône de Beurk. Et mes parents m'ont donné un patrimoine génétique très puissant.

-Mais encore ?

-Et, euh... Pour que ma... Progéniture... Hérite d'un patrimoine génétique tout aussi puissant...

-Ah.

Elle venait visiblement de réaliser quelque chose, car ses joues avaient pris une teinte rosée.

-Notre union a été approuvée dès notre naissance, précisa Harold. La famille Hofferson est extrêmement puissante et a produit des dragonniers talentueux, et Astrid ne fait pas exception.

-Et toi... Tu consens à cette union ?

Harold haussa les épaules. Cette question, il se l'était posée maintes fois. Cette union le dérangeait, mais pas à cause d'Astrid. Principalement parce que son père, dès sa naissance, avait cherché à contrôler chaque aspect de sa vie.

-J'y crois pas, murmura Mérida. T'es en kiff sur Astrid ? Pour de vrai ?

-Qu... Quoi ?

-Je le savais !

-Non, bien sûr que non. C'est une amie d'enfance, c'est tout... On s'entendait même super bien quand on était petits, mais...

Le regard de Mérida devint sombre. Une lueur assassine brilla dans ses yeux mais disparut si vite qu'Harold crût l'avoir imaginée.

-Elle t'a lâché quand elle a formé son lien avec son dragon.

Le brun resta silencieux.

-Il y a plein de trucs que je meurs d'envie de vous cracher à la figure, toi ou elle, mais je ne pense pas que tu souhaites que j'intervienne dans tes histoires de coeur, je me trompe ?

-En effet. Mais merci de m'avoir écouté, ça m'a fait plaisir de me confier à quelqu'un.

-C'est normal, sourit la rousse, on est amis.

Amis... Pour lui qui avait vécu seul durant ces dernières années, c'était une première. Il était passé de l'enfant prodige, celui qui avait lu toute l'encyclopédie des dragons à l'âge de quatre ans, à un paria incapable de former un lien, sans pouvoirs. Il avait alors vu tous ses "amis" se retourner contre lui, maintenant qu'il n'avait plus rien à offrir. Même son statut d'héritier risquait d'être offert à Rustik: le chef de Beurk ne pouvait, en aucun cas, être dénué de pouvoirs.

-Et toi ?

-Quoi, moi ?

-Tu m'avais dit que tu me parlerais de ta famille.

-Ah. C'est vrai.

Il commençait à se faire tard. Il faisait presque noir, mais cela ne les dérangeait pas. Mérida s'allongea plus confortablement, admirant le ciel factice de cette dimension étrange.

-En Europe, la plupart des vieilles familles nobles sont des mages. Comme sur Beurk, ils ont conservé leurs capacités en mariant leurs enfants entre eux. J'ai hérité des pouvoirs de mon père, et mes frères de ceux de ma mère.

-C'est quoi son pouvoir à ta mère ?

La rousse dévoila ses dents.

-C'est une métamorphe, une guerrière. Elle se transforme en ours géant quand elle se met en colère. Et elle est forte, je n'ai jamais su la battre sous cette forme là.

-Attends, tu t'es entraînée en affrontant un métamorphe ?

-Presque tous les jours, dit-elle avec fierté.

-Wow. Impressionnant.

-Honnêtement, mon don à moi est presque inutile au combat. Alors je me suis entraînée sans relâche, pour pouvoir me défendre seule, être indépendante tu comprends ?

Il comprenait parfaitement. Lui-même, pour ne pas se laisser distancer, avait du redoubler d'efforts pour ne pas se faire massacrer chaque fois qu'il croisait Rustik, mais peine perdue. Son cousin était bien plus massif que lui, était meilleur combattant et surtout, s'était lié à un Cauchemar Monstrueux. Il avait vite fini par abandonner.

-Ma mère est très protectrice. Elle a plusieurs fois essayé de m'arranger un mariage avec des jeunes nobles puissants, pour que je sois à l'abri. Mais c'est pas vraiment mon truc.

-Je t'imagine mal te plier à sa volonté.

-Tu m'étonnes, rigola-t-elle. Tu sais, j'aurais aimé hériter de ses pouvoirs à elle. Je suis une combattante moi aussi !

-Moi je trouve tes pouvoirs plutôt cool.

-Vraiment ?

-Attends tu plaisantes ? Tu peux invoquer les morts et leur parler ! C'est un super don. Et puis je t'ai vue te battre, t'as pas besoin de pouvoirs pour mettre la misère à n'importe qui.

-Hormis ma mère.

-Oui. Et peut-être la mienne aussi.

Ils se regardèrent, avant d'éclater de rire. Il faisait à présent bel et bien nuit, et il était temps de rentrer.

-Bon, dit Harold en se levant, ce fut un plaisir.

-De même. Tu m'as sans doute dit les choses les plus gentilles que j'ai jamais entendues.

-T'inquiète, sourit-il, on remet ça quand tu veux.

Il fit mine de tourner les talons, mais Mérida l'attrapa par l'épaule pour le retenir.

-Méri ?

-Je t'ai promis quelque chose non ? En échange de ton histoire.

-Ah euh... Oui ? Qu'est-ce que c'est ? Je te préviens, si c'est un baiser...

La rousse roula les yeux et lui frappa l'épaule une nouvelle fois.

-Aïe !

-C'est pas ça idiot. Mais il se pourrait que je puisse régler tout tes soucis. Ou du moins, ceux en rapport avec Beurk, tes histoires avec Astrid tu te démerde tout seul.

Harold la fixa d'un air sceptique.

-Et comment tu comptes faire ça ?

-Assieds-toi et admire, sourit Mérida.