Trouvé.
Mérida se concentra un tout petit peu plus. Elle restait ainsi assise depuis dix minutes, les yeux fermé, au milieux d'un pentacle qu'elle venait de former avec des cailloux trouvés aux alentours. C'était bien moins efficace qu'avec du sang, mais elle avait horreur d'avoir recours à ce genre de pratique. Heureusement, ses efforts finirent par payer.
-Ca y est, dit-elle en rouvrant les yeux.
-Déjà ?
-J'en étais sûre, il y a une part de ta destinée qui mène vers la forêt. Je l'avais déjà détecté l'autre jour, mais le moment n'étais pas encore arrivé.
-Et maintenant ?
Elle le fixa d'un air grave. Son histoire l'avait profondément bouleversée, et elle était résolue à l'aider. Après tout, c'était son ami.
-Maintenant l'heure est arrivée.
-Donc on va dans la forêt.
-Ouaip.
-En pleine nuit.
-C'est ça. Quoi, t'as peur ?
-Non, mais la dernière fois qu'on a fait ça, on a échappé de peu à l'exclusion.
La rousse se releva. Les feu-follets indiquaient le chemin d'une façon particulièrement agitée, ce qui signifiait qu'elle avait vu juste: le moment était arrivé.
-Il suffit de pas se faire prendre cette fois-ci. Allez viens, chochotte.
Elle s'avança sans se retourner, consciente que son ami le suivait. Si jamais elle se déconcentrait, elle risquait de se perdre et c'était la dernière chose qu'elle souhaitait. Elle n'avait jamais pénétré dans la forêt, mais Flynn lui en avait longuement parlé. Mérida était une guerrière, mais aussi une chasseuse. Survivre dans une forêt, même magique et dangereuse, restait dans ses cordes tant qu'elle restait concentrée. Elle regretta néanmoins d'avoir laissé son arc en Ecosse.
Ils marchèrent en silence, écoutant attentivement chaque bruit suspect, guettant l'apparition inopinée d'un prédateur. Pourtant, la nuit était calme. Pour un peu, on aurait pu croire qu'il s'agissait d'une simple balade nocturne dans les bois.
-On y est, chuchota la rousse après une heure de marche.
-T'es sérieuse ? On est au milieux de nulle part.
-Derrière ce buisson abruti. Avance.
-Quoi ? Pourquoi moi ?
Mérida sourit, incapable de s'empêcher de le taquiner malgré le sérieux de la situation.
-Trouillard va. Tu enverrais une fille sans défense droit dans vers l'inconnu ?
-Premièrement, tu n'es pas sans défense. Deuxièmement, c'est toi qui nous a mené ici, et moi qui avance vers l'inconnu.
-C'est que des détails...
Harold ronchonna, mais prit quand même la tête du groupe. Il ne le savait pas, mais Mérida savait que c'était à lui de s'avancer en premier. C'était son destin après tout, elle n'était que son guide.
-Ah.
Cette monosyllabe résumait bien l'état d'esprit de la jeune fille, alors qu'elle dépassait le buisson à la suite du brun. Devant eux s'étendait une petite vallée, au milieux de laquelle un lac reflétait la lueur de la lune. Mérida sentait que l'endroit était rempli de magie, tout semblait irréel. Et en contrebas, un dragon noir comme la nuit s'abreuvait. A ses côtés, Harold s'était figé.
-Et bah ? Qu'est-ce que t'attends.
-Je stresse. Et s'il ne voulait pas d'un bon à rien comme moi ? S'il était déjà lié à quelqu'un d'autre ? Si...
-Harold, dit-elle en lui prenant les mains. Ce dragon fait partie de ta destinée, je l'ai vu. De la même manière que tu n'as pas su trouver de dragon, lui t'as attendu tout ce temps. Tu es intelligent, extrêmement rusé, et tu as surtout un grand coeur. Tu n'as pas à te dénigrer comme ça, d'accord ?
Le brun hocha la tête, inspira un coup, et lâcha sa main. Mérida aurait voulu l'accompagner. A vrai dire, elle n'était pas rassurée. C'était la première fois qu'elle voyait un dragon de sa vie, et la bête semblait particulièrement dangereuse. Tous ses sens lui hurlaient de prendre ses jambes à son cou, et la partie rationnelle voulait rester auprès d'Harold pour le protéger en cas de pépin.
-Tu as pris la bonne décision jeune fille.
La rousse se retourna avec la vivacité d'un fauve, prête à en découdre. Peu importe à qui appartenait la voix, il avait réussi l'exploit de se faufiler jusque derrière elle sans qu'elle s'en aperçoive. Cependant, toute trace d'agressivité disparut alors qu'elle aperçut son interlocuteur, une tortue qui faisait presque sa taille, et qui s'appuyait sur son bâton pour marcher. Une tortue qui avait l'air très, très vieille.
-Euh... Bonsoir.
-T'ai-je surprise ?
-Un peu.
La tortue sourit, et s'assit contre un rocher en silence. Il observa la vallée, où Harold et le dragon se faisaient désormais face. Le reptile montrait les crocs, mais le beurkiens ne le détachait pas du regard. Doucement, il s'avança, tendant sa paume vers lui.
-Vous pensez que...
-Ne t'en fais pas pour lui jeune fille. Comme tu l'as dit, cet garçon a le coeur pur. Il ne lui fera pas de mal.
-En faite, je m'inquiétais plus pour Harold.
La tortue eut un petit rire.
-Vraiment ? Je te pensais plus perspicace que cela.
-Comment ça ?
-Tu ne regarde qu'avec tes yeux. Pourquoi ton ami serait-il moins dangereux que ce dragon ?
-Je ne comprends pas.
-Je suppose qu'il est encore trop tôt. Tu n'arrives pas encore à le percevoir.
Mérida le regarda avec effarement. Cette conversation n'avait aucun sens, mais elle retint son insolence. Sans qu'elle ne sache exactement pourquoi, elle éprouvait un profond respect pour ce vieillard.
-Qui êtes-vous ? Et qu'êtes-vous venu faire ici ?
-Les Doyens m'ont envoyé pour s'assurer que la ligne du destin serait respectée ce soir. Même si je savais que tu te montrerais à la hauteur.
-Les Doyens ?
-Ceux qui veillent sur ce domaine. Nous les appelons aussi les Fondateurs.
Elle voulut poser d'autres questions, mais un son étrange en contrebas attira son attention. La main d'Harold était désormais posée sur le museau du dragon, et ce dernier avait l'air de ronronner. C'était un bruit qui aurait pu être attendrissant, s'il ne résonnait pas autant.
-Ils ont réussi. Je suppose que c'est une bonne chose.
-En quoi est-ce que cela aurait pu être mauvais ?
-Patience jeune fille, tu le découvriras bien assez tôt. Je dois m'en aller à présent.
-Euh... Et bien, à une prochaine fois ?
-L'avenir s'annonce troublé, dit-il comme pour lui-même. Lorsque tu ne parviendras plus à observer, viens à moi. Je t'apprendrai à percevoir.
-Je ne sais même pas comment vous vous appelez...
-Demande à voir l'Ancien, Maître Oogway. Voilà le nom que les Doyens m'ont donné.
-Attend...
-Mérida !
La jeune fille se tourna à nouveau vers Harold. Il lui faisait signe de venir, un air paniqué sur le visage. Elle se tourna vers la tortue, mais elle avait déjà disparu. Rien d'étonnant, ils étaient à DisWork.
-Alors ?
-Mérida, je te présente Krokmou. Krokmou, Mérida !
-Tu l'as appelé... Croque-mou ?
Le dragon ouvrit alors la bouche, dévoilant une rangée de dents acérées. La rousse se retint de toutes ses forces pour ne pas dégainer ses poignards mais, à sa grande surprise, les dents disparurent.
-Ce sont des dents rétractables ! S'extasia le brun.
-D'où le nom... Malin ça.
Harold lui sourit. Il semblait euphorique, heureux. Pris d'une impulsion, il serra son amie dans ses bras, qui se laissa faire de mauvaise grâce. Elle avait horreur des trop grosses effusions émotives, n'en déplaise à son père.
-Je suppose que tu as apprécié mon cadeau ?
-Et comment ! Merci Méri, merci infiniment.
-Contente que ça t'ai plu, dit-elle en le repoussant au bout de quelques secondes. Du coup comment ça se passe ? Il va rester ici et tu vas lui rendre visite de temps à autre ?
-Et bien... Pour l'instant oui. Je ne pense pas que je vais pouvoir le ramener à l'Académie, ou même sur Beurk. Ou du moins pas tout de suite. Je dois d'abord renforcer mon lien avec lui.
Mérida lui jeta un regard surpris. Elle qui pensait qu'il aurait aussitôt annoncé la nouvelle à ses compatriotes, ne serait-ce que pour faire en sorte que les brimades cessent...
-Pourquoi ?
-Eh bien... Ce dragon n'est pas censé exister. Il s'agit d'une race très ancienne, très puissante et très dangereuse. Ils étaient censé avoir disparu il y a 800 ans, pendant que nos peuples respectifs se battaient encore entre eux. Mes ancêtres ont exterminé les siens, ce qui a poussé les dragons à proposer l'armistice. Ce dragon est littéralement une légende vivante, et beaucoup voudront se l'approprier si jamais il venait à rendre sa présence publique.
-Et bah. De toute façon plus rien ne me surprends. Et de quelle race il s'agit exactement ?
-On l'appelle l'enfant maléfique de la Mort et de la Foudre. Le Furie Nocturne.
