L'âge de la raison
Demander, demander, demander
Auteur : Rain
Disclaimer : Shaman King…. Ne m'appartient pas ! Je sais, je sais, quel choc, quelle surprise. Pardon d'avoir ainsi dissimulé la vérité. Je ne suis qu'une humble fanartiste.
Notes :
Merci à Solemntempo, à Corporal Queen, Allie, Julia, LugiaP2K et Realgya pour leur soutien éternel. Et merci à tous les autres ! Je vous aime.
Au prochain chapitre, une des premières scènes que j'ai imaginées pour cette fic, et le début du dernier petit arc. Woohoo! Je vais finir cette fic! Impressionnant.
...
La dernière fois dans L'âge de raison :
Jeanne reçoit un appel décevant de Rackist, qui refuse de l'aider. Tamao est montée jusqu'au repère de Hao pour lui parler; surprise par le vieux prêtre elle est menée, à sa demande, au chevet d'Achille. Elle y écrit une lettre que Hao reçoit, et l'onmyoji est obligé de prendre une décision.
Ils la regardent partir, leur icône d'innocence et de grâce. Son pas est un peu tremblant, et Porf aimerait la rejoindre, la soutenir, mais quelque chose le retient. C'est peut-être l'émotion à peine contenue de John. Sa formation de médecin lui a appris l'importance des priorités, et la tempête qui gronde dans son âme sœur en est clairement une.
Dès que l'Iron Maiden disparaît dans l'escalier, John se retourne et part au pas de charge. Larky soupire, et Porf se dépêche de le suivre.
« John ! John. »
Il l'attrape par l'avant-bras, et essaie de partager son inquiétude par leur lien. « Hé. Si on parlait ? Et si on, si on – et si Larky nous servait à boire dans le salon ? »
La grimace têtue sur le visage de John s'adoucit un peu. Il jette un œil à Larky, qui se gratte le menton. « D'accord. »
Ils vont donc s'assoir au bar, et Larky fait semblant de comprendre l'organisation de l'arrière du bar. Il ne faut qu'un instant pour que John le chasse. « Dégage avant de casser quelque chose.
- Compris, chef. »
Larky pose ses fesses sur le siège que Porf avait prévu pour John alors qu'il commence à sortir les bouteilles. Le médecin du navire les examine tour à tour en silence. L'acidité de John la placidité de Larky – l'un comme l'autre le mettent mal à l'aise.
Larky, qui triture la capsule de sa bière – juste une bière, rien de compliqué pour lui – jette un œil à Porf avant de se lancer : « Qu'est-ce qui se passe dans ta tête, Dingbat ? »
John ne dit pas à Larky de la fermer. C'est parlant. John garde le silence en passant un mojito à Porf. Ça aussi, c'est parlant. Le médecin se contente cependant d'attraper son verre et de le siroter.
« Je veux que Hao meure.
- Normal.
- Non, je veux dire je veux le faire maintenant. Je veux le tuer moi-même. »
Porf finit sa gorgée, fixant patiemment le visage de John. Comme il s'y attendait, son cadet continue, les yeux sur son verre vide.
« On n'a plus de capitaine. Hao a tué trois de nos camarades et il en a ri. Je ne crois pas non plus à cette chasse aux âmes sœurs. Il faut qu'il meure, maintenant. »
La tempête en John s'enfonce dans les côtes de Porf. Il ne sait pas ce qui sortirait s'il ouvrait la bouche maintenant, alors, à la place, il regarde Larky.
Il a toujours été leur roc. Solide, impassible, il agite son verre, le visage fermé.
« Quel est le plan ? »
John range les bouteilles une à une.
« Nous savons où il vit. Il est rapide, ok, il est fort, mais même lui ne pourrait échapper à un missile droit dans sa face. On peut mettre un terme à tout ça, venger les autres. En finir.
- Tu es encore en train de parler de cette idiotie de SOL, » dit Porf avant de pouvoir s'en empêcher.
John n'a pas l'air fâché, pourtant. Juste pensif.
« Tu n'auras qu'une seule chance, » dit Larky, calmement. « Tu ne pourras pas bouger le satellite sans être remarqué. Je ne parle même pas de tirer avec. Ce n'est pas un fantôme, là. L'armée japonaise va être sur notre dos dans la minute.
- Ce n'est pas grave. Je n'aurai pas besoin d'un deuxième essai.
- Et nous ?
- Vous n'avez pas besoin de venir. En fait, ce serait mieux si vous restiez ici. Il faut que quelqu'un soit là pour protéger le navire, » dit John. Il ment. Il est plutôt doué, mais Porf le connaît comme son propre rythme cardiaque. Il le fixe.
Plutôt que de croiser son regard, John vide son verre.
Porf grimace. « Tu vas nous donner mal au crâne.
- Ce qui compte, c'est la quantité, pas la rapidité de la descente, » répond John avec un sourire bizarre. « Tu as accepté de te prendre une cuite quand tu es entré dans cette pièce, Porfy.
- Comment tu comptes diriger le SOL ? » Larky fixe John. Il n'a pas touché à sa bière.
« Ce n'est pas vraiment une arme de précision.
- Tu ne peux pas te permettre de te rater. Qu'est-ce que tu feras si Hao n'est pas sur site ? »
John hausse les épaules et se ressert. La couleur ambrée reflète la lumière du bar, et Porf comprend. La nervosité de John déborde en lui, et il comprend, et ses doigts se raidissent.
« Tu ne vas pas te contenter de suppositions. Tu vas te rendre sur place. C'est comme ça que tu comptes viser, tu vas t'utiliser comme cible. C'est pour ça que tu es convaincu que ça va marcher. »
John grimace, puis soupire. « Tu as toujours été trop malin pour ton propre bien, Porfy.
- Tu es complètement stupide ou quoi ? » Sa voix casse. « Tu vas en mission suicide et tu veux qu'on reste ici ?
- Tu sais ce qui arrivera si tu meurs, » dit Larky calmement. « Nous ne pourrons pas protéger cet endroit. Si ça ne nous tue pas, ça fera de nous des bûches de bois, tout juste bonnes à partager le lit de Marco dans l'infirmerie. C'est ça que tu veux ?
- Non. Bien sûr que non. » Les pensées de John lui viennent plus clairement maintenant qu'il n'essaie pas si désespérément de les cacher. Porf peut l'entendre dire c'est bon, je sais ce que je fais. Ça l'énerve. « Je veux juste – il n'y a pas d'autre moyen. Il faut qu'on le fasse, et qu'on le fasse maintenant.
- Pourquoi ? »
Porf parle si fort que c'est presque un cri. Lui qui déteste les altercations ne laisserait jamais sa voix s'élever ainsi habituellement, mais la peur dans son ventre n'écoute pas ses réserves, pas plus que les mots rassurants de Larky et les pensées ténues de John, ça va, je te dis que j'ai tout prévu, ça va aller.
Porf refuse de les écouter. « Pourquoi maintenant ?
- Parce que ! »
Porf frappe le comptoir du poing. Les deux autres le fixent, et Porf rougit, mais refuse de s'excuser. Les mots inscrits sur sa paume le piquent. « Pourquoi maintenant ? » Cette fois-ci il ne crie pas; sa voix se casse. C'est comme si quelque chose écrasait sa trachée.
John le fixe un moment, puis murmure quelque chose d'inaudible.
« T'as dit quoi, Denbat, » demande Larky doucement.
« Je ne peux plus le supporter, » répète leur âme sœur, plus fort. « La voir dans l'infirmerie. La façon dont elle… je ne laisserai pas Hao toucher un cheveu sur son crâne. Je ne veux pas la voir en danger.
- Elle – tu veux dire, » commence Porf, mais il ne finit pas. Il peut entendre son nom dans sa tête, aussi aisément que s'il l'avait pensé lui-même. Il voit le visage de l'Iron Maiden, celui qu'elle a pris quand elle leur a demandé leur avis sur la résurrection de Tao Ren.
Dans la pensée de John, elle a l'air toute petite.
« Il faut qu'on se mette d'accord sur quelque chose, là, tout de suite, » leur dit Larky, la voix très calme. « Si l'un d'entre vous y va, nous y allons tous. On ne se sépare pas.
- Jamais, » dit Porf en écho. « Ce serait trop cruel.
- Alors qu'est-ce qu'on fait ? » John n'a plus l'air en colère. On dirait qu'il se noie. C'est le plus jeune d'entre eux tous, maintenant que Meene n'est plus là, et ça se voit. Porf aimerait que le comptoir ne soit pas entre eux.
« C'est peut-être notre seul espoir. Le seul espoir du monde entier.
- Ce n'est pas pour ça que tu le fais, » dit Porf, gentiment. « Tu ne sais pas comment te comporter envers elle. Tu ne sais pas comment être son capitaine. Tu veux une solution facile à un problème compliqué. »
John se sent profondément misérable.
« Sors de derrière ce bar.
- Pardon ?
- Viens là, » répète Larky, et quand John ne bouge pas il vient le tirer par le col. Leur cadet résiste vaguement, mais il n'a jamais été le plus fort des deux, et Larky le jette sur le canapé. « Viens là, Griffith. »
Obéissant, le médecin vient s'assoir de l'autre côté de Larky. Leurs cuisses se frôlent, et Porf imagine qu'il peut sentir la marque de son âme sœur à travers leurs vêtements. Quand ils le veulent, ils peuvent toutes les toucher en même temps : la cuisse et le cœur de Larky, la nuque et l'avant-bras de John, les mains de Porf.
Les sociétés passées ont parfois estimé que les marques avaient un sens au-delà des liens entre les âmes sœurs. Qu'elles indiquaient quel rôle une personne devait avoir dans la société, quel métier elle devait exercer. Porf veut voir les siennes comme une invitation à tendre la main aux autres. Soigner ce qui peut l'être. Ses mots sont cisaillés par les lignes de ses paumes, mais ça ne le dérange pas. Il aime presser ses paumes contre le cou de John, le cœur de Larky.
En cet instant, cependant, il les tient lâches sur ses genoux. La peur de John est enfin ouvertement déclarée entre eux, et il se sent paralysé.
« Qu'est-ce qu'on fait, » leur chef d'équipe finit par demander. Si vous ne me laissez pas exécuter mon plan ?
« Je ne sais pas, » dit Larky, toujours très calme. Patient. « Depuis combien de temps est-ce que tu ressasses tout ça ? »
John ne répond pas à voix haute, mais le visage de Meene leur traverse l'esprit à tous. Le match. Le moment où les flammes ont tout emporté.
Porf serre la cuisse de Larky contre la sienne. « Et si, » dit-il doucement, « on faisait juste ce qu'elle veut ? Elle veut que Yoh Asakura devienne notre allié. Elle veut essayer quelque chose de différent. Pourquoi ne pas se contenter de ça ?
- Devenir l'ami d'un gosse ne va pas nous aider à sauver le monde ou empêcher Hao de le détruire.
- C'est vrai, » admet-il. « Tout ce que je sais, c'est qu'elle, » il ne veut pas dire 'notre seigneur', ou 'le seigneur Maiden' parce que John n'utilise pas, ou plus, ces mots-là. Il ne sait pas trop ce qu'ils diront, maintenant, alors il s'en tient à 'elle'. « Tout ce que je sais, c'est qu'elle ne va pas bien depuis le match. Je ne veux vraiment pas la trahir.
- Je n'oserais jamais –
- Je sais. Alors faisons ce qu'elle veut. Soyons là pour elle. Donnons-lui notre avis quand elle le demande. Soyons son équipe. Nous sommes tout ce qu'il reste. »
Ça les frappe alors, la brutalité du constat. Ils sont tout ce qu'il reste.
Ce n'est pourtant pas si loin, cette époque où ils se rassemblaient dans cette même pièce. Chris à la vaisselle, Kevin au jukebox, Marco et Meene discutant juste derrière la fenêtre. Leur Jeanne, peut-être, exceptionnellement venue se poser sur un fauteuil avec un livre qui resterait fermé.
Tout d'un coup, le pager de Larky sonne, et ils se figent.
« Je l'ai connecté à l'infirmerie, » dit-il. Il essaie de rester calme, mais pour une fois, même lui a l'air nerveux.
« C'est le capitaine. »
ꙮ
Assise sur le patio de la maison, Tamao retire ses chaussures. Tout semble calme; ils doivent tous être endormis.
Sur le chemin du retour, Ponchi et Conchi ont fait beaucoup de bruit, tous soulagés qu'ils étaient d'avoir réussi. De ne pas avoir perdu leur shamane. Depuis leur arrivée au village, cependant, ils ont retrouvé leur calme.
Avec mille précautions, Tamao attrape ses chaussures par l'arrière et s'introduit dans la maison à pas de loup. Elle fait quelques pas dans la salle à manger avant que les lumières ne s'allument. Tamao est un instant aveuglée, et elle manque de crier avant de pouvoir se reprendre.
« Tamao, » dit la voix d'Anna. « Nous avons à parler. »
Il faut quelques moments pour que le cœur de Tamao accepte de se calmer. La maîtresse de maison est assise sur le sol devant une théière fumante et un plat de biscuits bien entamés. Depuis combien de temps l'attend-t-elle comme ça ?
Ça ne peut pas être depuis leur retour ici. Ce serait – ce serait…
Tamao acquiesce, parce qu'Anna la regarde toujours impérieusement. Elle n'a pas besoin de formuler sa question; elle est évidente.
Alors Tamao y répond : « Je suis allée voir Hao. »
Un coup pareil secoue même Anna. Elle sourcille. « Pourquoi ?
- Je voulais intercéder en faveur des X-Laws. » La vérité sort plus facilement qu'elle ne l'aurait cru. Comme du miel, glissant sur la langue.
Anna est encore plus perdue. « Pourquoi ?
- Parce que je suis l'âme sœur de Hao, et l'Iron Maiden nous a aidés sans rien demander en retour. »
L'itako cille.
« Conchi, » décide-t-elle après une seconde, « va chercher Yoh. Nous avons besoin de lui ici. »
L'esprit obéit. Yoh apparaît bientôt en haut de l'escalier. Il est encore habillé pour l'extérieur. Combien de personnes sont restées debout pour l'attendre ? Tamao se sent toute petite.
« Tamao, » sourit-il avec chaleur. « Je suis content que tu ailles bien. Je m'inquiétais.
- V-vous n'auriez pas dû, » dit-elle, parce qu'elle n'aime pas lui causer des problèmes. Pourtant, étrangement, ce n'est pas…
Ce n'est pas aussi mortifiant qu'elle ne l'aurait imaginé. Que ça ne l'aurait été, il n'y a pas si longtemps.
Yoh leur sert à tous les trois du thé, et Anna pousse sa tasse vers Tamao. « Explique-toi. »
Alors c'est ce qu'elle fait. Elle leur explique la voix dans sa tête lors du match des X-I, la fascination qu'elle a pour l'Iron Maiden sans pouvoir l'expliquer. Elle leur explique la tristesse qu'elle a perçue en elle sur le quai, après la résurrection de Ren. À quel point ce sentiment s'est insinué, comme la pluie dans un manteau, jusqu'au cœur de Tamao. Elle leur explique l'urgent besoin de faire quelque chose pour elle.
« Je voulais l'aider, » répète Tamao, « alors je l'ai fait. »
Elle peut voir la main d'Anna trembler, mais la gifle ne part pas.
Yoh explose de rire. Ce n'est pas une réaction nerveuse, comme elle aurait pu s'y attendre; c'est un rire franc, sincère, chaleureux.
« Arrête ça, imbécile, » siffle Anna, et cette fois-ci la gifle atteint la joue de Yoh.
Quand Yoh se relève, il essuie ses larmes et donne à Tamao un sourire qui lui fait penser aux tournesols. Immense et rayonnant. « Évidemment que tu l'as aidé. C'est tout toi, Tamao. »
Elle rougit. « Quoi ?
- Anna s'inquiétait vraiment, tu sais ? Un jour tu ramènes un ami de Hao à la maison, le suivant tu découches sans prévenir. Mais à chaque fois, tu étais juste en train d'aider quelqu'un.
- Je ne me suis pas inquiétée, » le coupe Anna sèchement.
Tamao ouvre la bouche, la referme. « Vous n'êtes pas fâchés ? » Ou déçus ?
Yoh hausse les épaules. « Pourquoi ? Ce n'est pas comme si on choisissait nos marques. Tu t'es posé tellement de questions, c'est plutôt cool de voir que tu as trouvé une réponse. Je suis juste impressionné parce que tu as fait.
- Par la stupidité de ce que tu as fait, » le reprend encore Anna.
« Ça s'est bien fini, donc ça va, non ?
- Donc ça va », répète Tamao avec hésitation.
La pièce se fait silencieuse. Tamao se demande si elle devrait prendre la mesure de ce qui vient de se passer. Des risques qu'elle a pris.
Elle n'en a pas envie.
« Qu'est-ce qu'on fait ? »
Yoh croise son regard, puis tourne la tête vers Anna.
« Je suppose qu'on invite un paquet d'adultes bizarres à dîner, » soupire cette dernière.
ꙮ
Hao s'appuie sur Spirit of Fire. Il est seul ce soir; il a chassé toutes les bonnes volontés et fini son dîner depuis un moment.
La lettre qu'il a si facilement brûlée entre ses doigts refuse de lui quitter l'esprit. Et Achille, et Daitaro, et.
« Odieusement sentimental, » dit-il à voix haute, avec si peu d'effet qu'il se demande qui il essaie de convaincre. Clairement, la petite Asakura sait faire une impression.
Non, ce n'est pas la conclusion qu'il faut en tirer. Cette pensée est encore trop mordante, encore trop déterminée à refuser son autonomie à la jeune femme qui l'a pourtant si bien proclamée.
Et son nom est Tamamura, pas Asakura. Contrairement à eux, elle n'a rien d'une idiote.
Spirit of Fire craque et grogne à côté de lui, et Hao pose une main apaisante sur son énorme cuisse. « Je sais, je sais, » dit-il au feu. « Ce n'est jamais confortable, mon ami. »
Pour toute réaction, l'esprit gargouille, déglutit, et se projette en avant, comme pour vomir un énorme trichobézoard. Ce qui, en quelque sorte, est le cas.
Dans la nuit noire, Spirit of Fire lâche un énorme rôt et vomit un mélange de magma, de suie, et d'âme carbonisée.
La chose qui a été Meene Montgomery roule et reste au sol. Sa consistance est quasiment liquide, sa teinte orangée.
« Allons, » dit-il à voix haute, plein d'ennui. « Tu es un fantôme. La gravité ne te concerne pas. »
La gravité certes non, mais le fait d'avoir été dévorée par un esprit élémentaire sous les cris de ses âmes sœurs ? Peut-être. La chose tremble, les yeux plein de lave, alors qu'elle se reforme debout. Au lieu d'avoir une forme distincte, elle se finit en mare hideuse à ses pieds. Se souvient-elle de lui ? De qui elle est ? Il n'entend aucune pensée de sa part, pas encore, juste des plaintes.
Rien qui ne le concerne vraiment.
« Vas-t-en, » lui ordonne-t-il, et elle doit encore avoir quelques instincts de préservation, parce qu'elle obéit.
…
Une fois qu'il est sûr que le fantôme de Meene est bien parti, Hao se relève et époussette son pantalon avant d'être soulevé au-dessus de la cime des arbres.
Bien en-dessous de lui se dessine le navire des X-Laws. S'il se concentrait, il pourrait sûrement repérer le petit fantôme qui s'éloigne dans cette direction, mais il n'en éprouve pas l'envie. Tout ce qu'il voit, c'est la lumière aveuglante de leurs projecteurs, même à cette distance. Il se demande ce qui peut se tramer à l'intérieur. Dorment-ils tous ? Ils semblent être du genre à éteindre les lumières dès huit heures du soir. Est-ce qu'elle est dans son lit, alors ? Vont-ils la réveiller pour lui apprendre la bonne nouvelle ? Peut-elle encore dormir ?
Le leader des X-Laws, dans toute sa gloire. Une enfant en pyjama, drapée dans la noblesse toute relative d'un anglais vieilli et vieillot.
Hao soupire. « Eh bien maintenant, il va falloir que je trouve une autre façon de m'occuper de toi. »
Il ne peut pas laisser une telle arme tomber entre de mauvaises mains. Elle pourrait blesser Yoh, ou Tamao, étant donné sa fascination avec la poupée des X-Laws. Mais est-ce là un nom qu'elle mérite ?
Elle a aidé Yoh sans demander de contrepartie.
C'est peut-être pour ça qu'il ressent ce besoin urgent de la faire tomber du nid : l'Iron Maiden est devenue imprévisible, et il ne peut plus se permettre de l'ignorer.
