O..13..O
Narcissa s'assit et lissa sa robe noire sur ses genoux en un geste plus mécanique que nerveux. Harry essayait toujours d'identifier la couleur de sa robe. Violet ? Bleu sombre ? Elle paraissait changer de couleur à volonté.
Un elfe de maison finit de verser leur thé et regarda impatiemment Harry avec sa main posée au-dessus de la coupelle de sucre. Harry fit un signe de tête et leva un doigt.
« Quelle affaire vous amène-t-il ici, M. Potter ? Certainement Poudlard ne vous enverrait pas à ma porte. »
Elle prit sa tasse de thé et la soucoupe, et apporta la tasse à ses lèvres. Son regard était perçant et ressemblait tellement à celui de Draco qu'Harry détourna le regard.
Il accepta la délicate porcelaine que lui tendait l'elfe de maison et espéra qu'il ne l'agripperait pas trop fort et n'écraserait pas le motif incrusté. Il prit une gorgée par politesse et reposa rapidement l'objet fragile sur la table.
« Ce n'est pas une affaire pour Poudlard », admit-il. « Actuellement, cela concerne Draco. »
Elle se figea un instant avec sa tasse élevée dans l'air, et elle la reposa à côté de celle d'Harry.
« A propos de Draco ? Vous empêche-t-il de travailler ? »
La voix d'Harry l'abandonna un moment alors qu'il se remémorait le temps où Malfoy faisait exactement cela. Il pouvait à peine se souvenir comment ce dernier s'était comporté quand il venait d'arriver pour enseigner les DCFM. Il y a deux mois seulement, mais il pensait que cela faisait plus longtemps en considérant tout ce qui avait changé entre eux.
« Plus maintenant, non. Il m'aide assez de temps en temps et il est brillant pour imaginer de nouveaux défis afin de garder les élèves sur le qui-vive. La semaine dernière, il a eu l'idée de les emmener au lac et de leur apprendre des sortilèges de défense basés sur l'eau. Évidemment, il a passé un bon moment à insinuer que je n'y connaissais rien, le… »
Harry referma sa mâchoire avant de sortir le mot « branleur ». De toute manière, il rougit face à l'expression de choc sur le visage de Narcissa. Pendant un instant Harry pensa qu'il l'avait prononcé et il bégaya une excuse, au cas où.
« Êtes-vous en train de dire que Draco vous aide ? »
Harry fit un large sourire.
« Incroyable, n'est-ce pas ? Avant que l'école ne commence, j'aurais cru que c'était l'idée la plus folle, mais nous sommes parvenus à un accord, en quelque sorte. Et maintenant nous sommes actuellement, euh… » Des amants ? Des partenaires de pornographie ? Des idiots tout aussi fous ? « Des amis », finit-il fermement.
« Vous êtes amis. »
Harry passa outre son intonation qui contenait de l'étonnement et de l'amusement.
« Oui, et nous avons besoin de votre aide pour une expérience. »
« Vous et Draco. »
Harry plissa du front. Si ça avait été Malfoy, il se serait renfrogné et aurait parlé plus brutalement, mais il ne pensait pas que Narcissa accepterait un tel comportement.
« Oui, Mère », dit une voix familière de l'entrée.
Narcissa sursauta et se leva. Une main se mit sur ses lèvres comme pour retenir des mots qui menaçaient de se déverser. Un seul mot émergea.
« Draco. »
Malfoy marcha vers eux et Harry sourit presque face à son refus de glisser, même si cela renforçait l'inhabilité de sa mère à accepter sa mort. Cependant, il n'était pas complètement parti et ce qu'ils prévoyaient de faire pourrait actuellement rendre son deuil plus difficile. A nouveau, Harry sentit sa détermination faiblir.
Malfoy dut le remarquer car il lui jeta un regard d'avertissement.
« Potter a lu les livres de magie noire que tu lui as envoyés, Mère. »
« Que veux-tu dire ? »
Ella abaissa sa main pour serrer ses poings dans les plis profonds de sa robe violette-bleue-noire.
« J'ai trouvé un moyen de rendre Draco corporel », lâcha Harry.
Elle tourna vers lui des yeux bleus stupéfaits et il opina de la tête. Malfoy fit la moue, il avait certainement concocté un moyen alambiqué pour lui en parler, mais Harry voulait juste en finir.
« Définitivement ? » murmura-t-elle, ce mot débordait d'espoir.
Harry se crispa et secoua sa tête.
« Non, seulement pour quatorze heures. »
Elle fronça des sourcils.
« Quatorze heures ? Pourquoi feriez-vous cela ? »
Harry détourna son regard pour le fixer sur Malfoy, s'évertuant à feindre l'innocence et parfaitement prêt à laisser ce dernier répondre à cette question. Il se demandait pourquoi ils n'avaient pas convenu à une histoire avant de rendre visite à sa mère.
Malfoy le rendit anxieux assez longtemps pour que l'esprit d'Harry ne commençât à chercher à tâtons une raison non ridicule, ou au moins une autre raison que « Je désirais le toucher », et il répondit :
« Quand Potter a été incapable de m'envoyer dans l'au-delà pour rencontrer de fabuleux membres de la famille morts qui m'attendaient sans aucun doute avec les bras ouverts, il a ensuite décidé de faire la meilleure action, soit de me ramener à la vie. En quelque sorte. »
Le froncement de Narcissa s'approfondit.
Harry ôta la besace qu'il portait.
« J'ai apporté un livre », expliqua-t-il.
Elle s'installa à nouveau, toujours aussi perplexe et jetait des coups d'œil vers son fils. Harry survola les pages jusqu'à son marque-page.
« La potion Phasmatactus », déclara-t-il.
Narcissa vacilla, puis lui fit un faible sourire.
« M. Potter. J'apprécie ce que vous essayez de faire. C'est vraiment très adorable et je suis terriblement désolée pour le déversement absurde de mon deuil que je vous ai imposé, mais il y a peu d'espoir qu'une telle potion fonctionne. Ceux qui s'essaient à la magie noire ont fréquemment peu de moral et s'abaissent à donner de faux espoir en la forme d'une potion invraisemblable. »
« Nous l'avons déjà essayé », dit doucement Harry. « Cela fonctionne, jusqu'à un certain point. »
Les yeux de Narcissa s'agrandirent et une de ses mains convulsa en écrasant le tissu de sa robe.
Malfoy ajouta :
« Ce n'est pas totalement efficace, mais assez pour que je puisse avoir un impact sur le monde qui m'entoure. Je peux tourner des pages et prendre des objets et… »
Embrasser, suppléa l'esprit d'Harry avec obligeance. Comme s'il avait perçu ce mot, Malfoy lui lança un regard et ils partagèrent un petit sourire.
« … toucher des choses », finit Malfoy.
« Oh, non. »
Narcissa se releva à nouveau et les regarda l'un après l'autre.
« Draco. » Harry était un peu alarmé quand la couleur qui teintait sa peau disparut. « Draco, puis-je te parler en privé ? M. Potter – Harry – cela vous ennuie-t-il ? »
Harry se leva et sentit que quelque chose n'était pas normal, mais n'était pas certain à quel moment les choses étaient allées de travers.
« Non, bien sûr. Je serai… euh… dans le couloir ? »
« Jolli vous y emmènera. »
Une elfe de maison apparut à l'entente de son nom.
« Jolli, emmène M. Potter à la bibliothèque et apporte-lui du thé ou des gâteaux ou qu'importe ce dont il a besoin. Nous ne tarderons pas. »
« Oui, maîtresse Narcissa. Suivez Jolli s'il vous plaît, M. Harry Potter, monsieur », dit-elle en sautillant sur place.
Harry marchait derrière l'elfe agitée de bon gré, quoiqu'il jetât un regard inquiet à Malfoy, mais ce dernier l'ignorait en gardant ses yeux fixés sur sa mère. Quand ils traversèrent la porte, Harry essaya de comprendre quelle sorte de vêtement l'elfe de maison portait. Cela ressemblait à une sorte de sacoche avec des lanières et des boucles.
« Jolli espère que M. Harry Potter passe un très bon jour », dit-elle en sautillant lentement en cercle sans perdre le rythme. Son sourire était contagieux et Harry trouva incongru qu'une elfe de maison si joyeuse travaillât au manoir Malfoy, le quartier général de l'Austérité.
« C'était agréable », répondit Harry.
La bibliothèque était gigantesque, une sombre pièce dont tous les murs étaient recouverts d'étagères emplies de livres. Plusieurs sièges confortables étaient regroupés de manière attrayante.
« M. Harry Potter, monsieur, voudrait-il du thé ou des gâteaux maintenant ? » demanda Jolly en tirant son oreille et en fredonnant.
« Non merci. » Harry observa tous les livres et demanda : « Il y a-t-il des livres sur les fantômes ? »
« Jolli le pense, M. Harry Potter, monsieur. Jolli doit-il en chercher pour vous ? »
Harry eut à peine le temps d'acquiescer et d'ouvrir la bouche qu'elle disparut et réapparut avec les bras chargés d'énormes livres. Elle chancela en avant et les déposa sur la table la plus proche.
« Il y a vingt-six autres, M. Harry Potter, monsieur. »
« C'est suffisant ! », s'écria Harry en portant son regard sur la porte et se demanda comment il expliquera cette pile de livres.
« M. Harry Potter cherche-t-il un livre en particulier ? »
Harry sourit ironiquement.
« Juste un qui explique comment ramener un fantôme à la vie. »
L'attitude enjouée de Jolli disparut.
« Il n'y a pas un tel livre ici, M. Harry Potter, monsieur. »
« Ce n'est pas grave, Jolli, je lirai ceux-là pour un moment. Merci. »
Jolly pinça et tira fortement ses oreilles.
« Ne te blesse pas, Jolli », lui ordonna Harry en un ton sans appel. Il n'était pas certain à quel point les elfes de maison des Malfoy écoutaient les ordres d'un invité, mais il tenta le coup.
« Oui, M. Harry Potter, monsieur », dit Jolli et recula dans un coin de la pièce où elle s'assit par terre et l'observa, tirant toujours ses oreilles, mais apparemment pas assez fort pour se faire mal.
Harry secoua sa tête. Même rester près de Kreattur pendant une longue période ne lui avait pas permis de comprendre les elfes de maison. Il s'installa et attira un livre à lui avant de l'ouvrir et de commencer à lire.
Il n'avait feuilleté seulement une douzaine de pages quand Malfoy apparut à ses côtés. Harry mordilla sa lèvre et posa la question :
« Alors ? »
Malfoy soupira.
« J'avais oublié que cette femme sait tout. »
« Que veux-tu dire ? »
« Elle sait pour nous, Potter. »
Harry se leva, alarmé.
« Nous ? »
Malfoy se renfrogna.
« Oui, nous. Elle sait pour ton terrible béguin pour moi. Elle veut te voir. »
« Va-t-elle me jeter des sorts ? »
« Je ne sais pas. Jolli, emmène M. Potter au salon. »
« Oui, maître Draco, monsieur. Suivez-moi M. Harry Potter, monsieur, s'il vous plaît. »
Harry la suivit et fit en sorte que sa baguette soit à portée de main, au cas où. Narcissa était de nouveau assise, tenant sa tasse de thé et non sa baguette. Harry fut heureux de le remarquer, même s'il n'était pas moins nerveux. Il s'assit en face d'elle. Sa propre tasse de thé n'était plus là.
« M. Potter, j'ai toujours su les… préférences de Draco. Je suis quelque peu surprise par les vôtres. »
Harry sentait ses joues rougir, mais il garda le silence. Il se demanda si elle prévoyait de se rendre à la Gazette du sorcier avec cette information.
« Cela ressemble sûrement à un amusement inoffensif pour le moment, mais avez-vous envisagé les conséquences ? » demanda-t-elle.
Il nota sa prise ferme sur la porcelaine et réalisa que son expression tranquille masquait une agitation intérieure. Ou de la colère.
Harry observa ses mains qui étaient placées sur ses genoux pour essayer de ne pas dévoiler ses secrets, bien qu'il fût apparemment trop tard pour cela.
« Je ne le fais pas pour m'amuser », déclara-t-il. « Je l'ai fait car je ne peux plus supporter de le voir chaque jour et de ne pas pouvoir le toucher. Je l'ai fait car à trois heures du matin cela me semblait vraisemblable. Peut-être que j'ai été attrapé par l'excitation causée par cette idée. »
Ses mains serrèrent ses genoux douloureusement. Puis il leva ses yeux aux siens et rencontra son regard froid.
« Mais je suis heureux de l'avoir fait, même si vous ne nous permettez pas de le faire à nouveau. Cela en valait la peine qu'il ressente des sensations à nouveau, même pour quelques heures. Vous auriez dû le voir attraper des objets dans la pièce. » Harry sourit tristement au souvenir. « Je crois qu'il a touché à tout. Les rideaux, les parchemins et les plumes, les bougies… »
« Vous. »
Harry baissa à nouveau le regard sur ses cuisses et acquiesça en déglutissant difficilement. Puis il la regarda dans les yeux, lui lança un regard de défi.
« Je ne m'en excuserai pas. »
Elle sirota son thé et l'observa. Ils s'assirent en silence jusqu'à ce qu'elle baissât sa tasse et la reposât sur la table.
« Je ne veux pas qu'il soit blessé, Harry. »
Il tressaillit presque en entendant son prénom et la voix douce.
« Je sais. Je ne veux pas qu'il soit blessé aussi. Je veux juste… Je ne sais pas. Je voudrais lui donner quelque chose. Je tiens à lui. »
Il se mordit la lèvre en l'admettant et jeta un coup d'œil vers la porte, espérant que Malfoy ne rôdait pas pour écouter. Il ne laisserait jamais Harry tranquille s'il l'apprenait.
« Très bien alors. Je vous donnerai les ingrédients. »
Harry la regarda avec stupéfaction. Il s'attendait à un refus et à une interdiction d'expérimenter un peu plus.
Elle leva une main pâle et ses yeux s'étrécirent.
« Cependant, je vous fais confiance pour savoir quand vous arrêter. Vous serez celui qui en souffrira le plus si vos sentiments deviennent plus forts. Draco restera comme il est maintenant malgré des sortilèges temporaires pour donner l'impression du contraire. Si vous tenez vraiment à lui… »
Elle ferma les yeux et prit une grande inspiration. Il réalisa que les prochains mots n'étaient pas seulement pour lui, prononcés si doucement qu'ils étaient à peine audibles.
« Si vous avez à cœur votre bien-être, vous devriez le laisser s'en aller. »
« Je comprends. »
Quand il rejoignit Malfoy dans le couloir quelques minutes plus tard, Harry lui fit un petit sourire. Ils quittèrent la maison en passant par la porte d'entrée et les chaussures d'Harry écrasèrent le gravier en marchant vers le portail en fer pour transplaner.
« Alors ? », demanda finalement Malfoy.
« Elle nous aidera. » Harry lança un regard sur le côté et remarqua qu'il était quasiment invisible dans la lumière brillante et froide. « Mais elle m'a déconseillé de tomber amoureux de toi. »
Malfoy grogna de dédain et lui jeta un regard sarcastique. Harry éclata de rire comme si cette pensée était absurde.
Il ne mentionna pas qu'il pensait que c'était peut-être déjà trop tard.
O….O
Ron prit un virage à toute allure et jura quand son pied glissa sur le pavé mouillé. Il s'étala presque sur le sol et sentit quelque chose tirer violemment près de son entrejambe. Bel endroit pour avoir une entorse, pensa-t-il amèrement. Il lança un sort à l'homme qui s'enfuyait et jura à nouveau quand le jet de lumière rata sa cible qui avait encore changé de direction.
Un autre virage et Ron sentit son cœur s'affaisser quand il vit les escaliers branlants qui menaient à la colline. Il y en avait une centaine de marches et le criminel y était déjà à mi-chemin, à peine visible sous la pluie torrentielle.
« Bâtard ! » tempêta Ron et il monta. Ils s'enfuyaient toujours.
Le muscle sur lequel il forçait commençait à se contracter douloureusement après la dix-septième marche et son souffle était déjà erratique. Il sonnait comme un vieil homme même à ses propres oreilles. Putain, il se sentait comme un vieil homme.
Non pour la première fois, il pensa qu'Harry avait eu raison d'abandonner le métier pour devenir un professeur, en vivant une douce vie à Poudlard. Pendant un moment d'amertume, il se demanda s'il envierait toujours Harry, mais une forme noire zébra du ciel et un éclair de lumière frappa son fuyard qui tomba sur les marches, immobile.
« Oui putain ! »
Ron respira et ressentit une pointe de satisfaction. Il oublia sa jalousie – il aimait son travail. Son pas ralentit, mais il continua à avancer jusqu'à voir le visage souriant de son costaud partenaire qui planait sur un balai au-dessus de la personne immobile.
« Tout va bien, Weasley ? » appela Iverson.
« Aussi bien que la pluie », répliqua Ron en chassant l'expression d'inquiétude de son partenaire. Il était peut-être épuisé, mais il n'était pas mort. « Prends-le et ramenons ce merdeux au quartier général. »
Ron sortit sa baguette et lança plusieurs sorts pour attacher l'homme au sol. Un autre travail d'accompli. Il jeta un sourire satisfait à son partenaire.
Mais merde, qu'est-ce qu'il était fatigué.
O….O
La deuxième potion reposait dans l'armoire d'Harry, créée grâce au premier lot d'ingrédients qu'ils avaient reçu de Narcissa Malfoy. Une seconde visite nocturne pour collecter du sang de sombral épuisa Harry, mais pas assez pour lui faire oublier son excitation à l'idée d'être capable de bientôt toucher Draco à nouveau. Draco qui avait arrêté d'être « Malfoy » à un moment et qui était simplement devenu « Draco ».
Ils reposaient dans leur position usuelle pour lire, et Harry lançait des regards à la dérobé vers Draco de temps en temps en se demandant comment rompre sa fascination pour son livre et possiblement l'amadouer vers une activité plus sensuelle.
« Dis-moi tout, Potter. Tu n'as pas tourné une seule page depuis vingt minutes. As-tu quelque chose sur l'esprit ou es-tu juste excité ? »
Harry rougit.
« Le dernier. »
Draco se tourna vers lui avec une expression amusée.
« Tu es insatiable, n'est-ce pas ? »
Harry sentit que ses lèvres faisaient la moue.
« Je ne pense pas… »
« Oh. »
Les joues d'Harry s'échauffèrent encore plus, surtout quand Draco roula sur le dos et effleura les boutons de sa robe avec ses longs doigts. Qu'importe le nombre de fois qu'Harry l'avait vu se déshabiller, les mouvements le fascinaient toujours.
Harry tendit les doigts vers ses propres boutons et le regard appréciatif de Draco le réchauffa. Apparemment Harry n'était pas le seul à apprécier ce que l'autre avait à offrir.
Mais ensuite un craquement particulier de la cheminée dans la pièce d'à côté l'alerta de l'arrivée d'une personne par cheminette. Il s'assit alarmé alors que la voix d'Hermione résonna.
« Harry ! »
Ce simple mot lui révéla qu'elle était perturbée et Harry lança un regard inquiet vers Draco alors qu'il attrapait à la volée un peignoir sur une chaise et s'y vêtit. Il se rendit rapidement dans son petit salon pour ensuite avoir une Hermione bouleversée dans les bras.
À sa surprise, elle pleura à chaudes larmes, si fort qu'elle ne pouvait exprimer des mots cohérents. Il se figea de peur, mais attendit qu'elle se calme assez pour parler. Il la guida vers le fauteuil et elle s'installa lourdement en s'agrippant toujours à lui.
« C'est Ron », chuchota-t-elle. Le cœur d'Harry rata un battement même s'il s'y attendait après avoir vu son état. Il savait que quelque chose n'allait pas. Malgré les paroles rassurantes et les essais de Ron pour paraitre courageux, cela était évident. Harry n'avait simplement pas voulu l'accepter.
« Que lui arrive-t-il ? », interrogea Harry en forçant les mots à sortir malgré son soudain désir désespéré de ne pas savoir. Si elle ne le lui disait pas, alors cela n'était pas réel.
« Ron est… Ron est malade. » Hermione se redressa et prit une profonde inspiration, le souffle erratique, et elle ne le regarda pas. « C'est fatal. Incurable. »
Fatal. Incurable. Les deux mots se chassaient l'un et l'autre dans son esprit. Ils n'avaient aucun sens quand l'esprit d'Harry refusait de les lier à sa réalité. Fatal. Incurable.
« Qu'est-ce que c'est ? »
Des larmes coulèrent sur le visage d'Hermione et ses lèvres tremblèrent, mais elle fit un effort pour se calmer. Harry pouvait presque voir le changement mental et sa focalisation sur les informations au lieu des émotions, cela a toujours été le moyen d'Hermione pour surmonter les problèmes. D'habitude charger tête baissée dans le danger était sa méthode préférée pour s'attaquer à un problème, mais là…
« Ils l'appellent le syndrome de Sheffington-Barry ou la maladie magique de dégénérescence neuronale. » Ses mots étaient sans intonation et n'avaient aucun sens pour Harry. « Ils ne savent pas quelles sont les causes, principalement parce que c'est vraiment rare. La maladie de Ron est… » Sa voix se brisa et elle ferma les yeux avant de secouer sa tête dans un geste qu'Harry reconnut pour de l'auto-censure et elle continua. « Ron est le quatrième cas reporté, ce qui signifie aussi qu'ils n'ont pas de moyen pour combattre la maladie. Tout ce dont ils ont essayé par le passé a raté. »
« Où est-il ? »
« A la maison. Il est tombé de son balai après une mission. Par chance, ils ne volaient pas rapidement, aussi Iverson, son partenaire, a jeté rapidement un sort de coussin. Mais, il était très sonné et quand Ron a expliqué qu'il s'était évanoui… Eh bien, c'était son quatrième passage à Ste Mangouste en deux mois. Son guérisseur a finalement pris son cas au sérieux et a fait plus de recherches. Ron a refusé de rester à l'hôpital une fois qu'il a eu la nouvelle. »
« Et s'ils ont tort ? » murmura Harry en pensant qu'ils devaient avoir tort. Ron ne pouvait pas avoir une maladie fatale et incurable. Ron avait toujours été solide. Il avait assommé un troll avec lui à onze ans, et combattu des mangemorts à ses côtés, et l'avait sauvé d'un lac gelé quand le mal l'avait attiré vers le fond.
Hermione secoua sa tête et tenta de parler, mais elle cacha son visage sur son épaule à nouveau et le serra fortement. Les bras d'Harry entourèrent solidement ses épaules et sa tête se reposa sur ses cheveux. Sa tête lui tournait. Il leva les yeux vers la porte et vit Draco planer là-bas. Ses bras étaient croisés sur sa poitrine comme s'il n'était pas sûr de ce qu'il devait faire de ses mains et son visage magnifique était empli de sympathie.
C'est ma faute, pensa Harry stupidement pendant un instant. C'est ma faute car j'ai joué avec de la magie noire. Une punition cosmique.
La folle idée rendit la situation réelle et la douleur s'écrasa sur lui.
« Je veux le voir », dit Harry.
Il devait être certain que ce n'était pas une blague horrible et épouvantable, même s'il savait qu'Hermione ne ferait jamais cela, ne participerait pas à une telle action.
Elle recula avec un sanglot étouffé.
« Attends, je… je ne peux pas le laisser me voir comme ça. J'ai été forte jusqu'à maintenant, je me suis concentrée pour trouver tout ce que je pouvais, je… Est-ce que je peux utiliser ta salle de bain ? »
« C'est derrière cette porte, juste là. »
Quand Harry regarda à nouveau, Draco avait disparu. Hermione se leva et tituba jusqu'à la salle de bain et un moment plus tard Harry entendit des éclaboussements d'eau. Harry se mit sur pied et partit dans sa chambre pour enlever son peignoir et pour mettre son jean. Il essaya de ne pas penser à tout ça.
L'eau s'était arrêtée de couler quand il chaussa ses baskets et il se figea. Il se demandait où était parti Draco, mais il pensa que c'était mieux s'il ne voyait pas le fantôme pour le moment. Il rejoignit Hermione et partit voir Ron.
O….O
Il était tard quand Harry retourna, il se sentait vide et émotionnellement bouleversé. Ron avait refusé d'en parler, avait insisté qu'il allait « bien ! » avec une jovialité macabre et avait parlé sombrement de rien d'autre que de son travail et des dernières victoires de Quidditch pendant qu'Hermione s'agitait derrière eux et retournait à chaque fois à la cuisine pour pleurer en essayant de le cacher.
Harry causa de tout et de rien volontiers, il n'était pas vraiment prêt à se confronter au spectre qui se cachait derrière chaque mot de Ron et il essayait de n'observer ni les ombres sous ses yeux ni son corps anciennement robuste qui était maintenant trop mince et à la limite de la fragilité.
Finalement Ron craqua simplement :
« Ils ne savent rien. Hermione et moi, eh bien, nous n'abandonnerons pas si facilement, tu sais ? Elle ne nous a jamais lâché, n'est-ce pas ? »
La confiance de Ron amena un sourire sur le visage d'Harry et il acquiesça.
Hermione tendit une main et la plaça sur le genou de Ron.
« Bien sûr que non. Et je ne commencerai pas maintenant. » déclara-telle avec une confidence qui n'atteignit pas ses yeux. Harry savait qu'elle avait déjà dévoré toute information concernant la maladie.
« Oui, je le sais. » dit Harry avec confiance. « Nous nous en sortirons. »
Cependant une fois de retour dans son appartement sombre, la fausse gaieté s'évanouit et il enleva ses vêtement sans y penser et mit son pyjama avant de monter dans son lit. Draco était là, l'attendait, mais ne dit rien.
Harry ne se faisait pas confiance pour parler, alors il s'enroula simplement en boule et laissa la douleur l'engloutir. Il sentit un toucher froid sur son dos, qui se retira ensuite, mais que Draco fût présent était suffisant.
Harry tomba dans un sommeil agité.
O….O
La semaine suivante fut vague pour Harry. Les vacances arrivaient rapidement, les élèves avaient la concentration de lutins de Cornouailles alors que leur attention se focalisait sur les cadeaux, les décorations et les voyages au lieu de leurs leçons. La propre concentration d'Harry était emplie d'inquiétude pour Ron et il diminua ses plans de cours pour compenser.
Ron continuait de travailler, refusait à n'importe qui de rapporter sa maladie à ses supérieurs, malgré les pleurs d'Hermione et les arguments rationnels d'Harry. Son déni était ferme et absolu, et sa confiance en le fait qu'Hermione trouverait un remède miracle la fit étudier tout au long de la nuit et voyager sur de longues distances pour essayer de dénicher plus d'informations.
Harry ne savait pas comment y faire face. Il écoutait Hermione parler et la regardait faire des chartes et des graphiques, il jouait aux échecs avec Ron, l'écoutait se plaindre de son travail et ne mentionnait jamais qu'au fil du temps Ron était plus maigre et plus épuisé.
A la nuit tombée, il retournait dans son appartement à Poudlard – parfois après minuit – pour trouver Draco qui l'attendait. Draco lui souriait tristement et Harry tendait sa main pour lui toucher le visage, désespérant le toucher, et priait silencieusement pour que quelque chose fasse tout disparaître. Il avait pensé prendre une potion de sommeil sans rêves, mais la fois où il l'avait mentionné, le regard désapprobateur de Draco lui fit abandonner cette idée.
Finalement, la seconde potion fut prête et Harry observa anxieusement Draco l'avaler. Il espérait que les effets de la première potion n'avaient pas été un incroyable hasard ou une anomalie. Il s'était presque persuadé que cela avait été une rêve.
Puis la main de Draco caressa son visage.
Harry se jeta pratiquement sur lui, le tenant désespérément. Pas tout le corps de Draco était solide, mais assez pour qu'Harry pût le sentir – un morceau de son dos, ses bras froids autour de ses épaules et une joue ferme contre la sienne – mais cela était suffisant. Pour la première fois depuis des jours, il eut l'impression de pouvoir tomber et quelqu'un serait là pour le rattraper.
« Je te tiens », dit Draco. « Tout va bien. »
Harry ferma ses yeux, déterminé à ne pas fondre en larmes. Il avait tenu bon pendant les fréquentes périodes de pleurs d'Hermione et pendant ses moments de panique surréalistes. Cela ne devrait pas être si facile de s'abandonner dans le confort froid de Draco.
Draco le guida vers le lit et l'aida à enlever ses vêtements. Ils montèrent sur le matelas mou et Harry s'accrocha à lui, il n'avait besoin que de ses doigts légers jouant dans ses cheveux et la sensation de la gorge de Draco contre son visage. Des larmes emplirent ses yeux quand il réalisa qu'il n'avait seulement quatorze heures avant que Draco ne redevînt un fantôme typique et qu'ils devraient encore fabriquer une autre potion. Quatorze heures et Harry le gaspillait en le tenant et en essayant de ne pas pleurer.
Cela semblait ne pas avoir d'importance pour Draco.
« Je te tiens », chuchota-t-il à nouveau.
Harry s'assoupit et se réveilla plus tard, partiellement refroidit en tenant si fortement Draco. Il n'arrivait pas à s'éloigner et tendit la main sous son oreiller pour prendre sa baguette et de jeter distraitement un sortilège pour se réchauffer.
« Veux-tu que je te réchauffe ? » demanda Draco sans le presser. Des doigts effleurèrent le bas de sa nuque, s'enroulant autour des boucles et touchant les os de sa nuque. Harry désirait les sentir le caresser partout.
« S'il te plaît », souffla-t-il.
Draco tint sa parole, et malgré le fait que ses mains et sa bouche étaient froides, ils allumèrent tout de même un brasier au point qu'Harry repoussât ses couvertures dans les minutes qui suivirent, et il rougit de chaleur peu après.
Quand Draco pénétra deux doigts en lui, Harry explosa sous la force de sa jouissance, remplissant la bouche solide de Draco. Au lieu de l'avaler, Draco remonta et l'embrassa, déposant le liquide dans la bouche d'Harry. Cela lui donna la nausée, mais il l'avala rapidement en grimaçant au goût froid et amer.
« Tu es un idiot complet ! » cria Harry en toussant.
Draco rigola. « Je pense que tu as un bon goût, Potter. Je t'avalerais en entier si je le pouvais. »
« Tu ne peux rien goûter », se plaignit Harry.
« C'est un point discutable. »
L'agacement d'Harry fondit et il mêla ses mains dans les cheveux de Draco pour le tirer dans un autre baiser, il l'embrassa jusqu'à ce qu'il ne subsiste que le goût de Draco. Les mains d'Harry s'insinuèrent dans le sous-vêtement de Draco, le caressa et le masturba jusqu'à ce que Draco haletât contre sa bouche et bougeât dans sa main, jusqu'à ce qu'un liquide jaillît sur son poignet et ses doigts.
« J'adore te toucher », dit doucement Harry.
Draco attrapa sa main et embrassa chaque articulation, la nettoyant de sa langue même si le résidu argenté commençait à disparaître. Les yeux de Draco étaient des puits sombres sous la lumière de la lampe qu'Harry avait oublié d'éteindre. Chaque doux baiser pressé sur ses articulations était une promesse et Harry était soudainement heureux que Draco ne vieillirait jamais et ne disparaitrait jamais.
« Restes-tu à mes côtés ? », demanda Harry.
Draco se figea à mi-baiser et continua, il semblait comprendre la signification profonde derrière la question simple d'Harry.
« Jusqu'à ce que tu me dises de partir. » répondit-il.
Harry se força à sourire, même si cet instant était trop lourd et empli d'émotions pour que cela soit de l'humour. Il répondit :
« Pour toujours alors. »
Draco fit un son dédaigneux et l'attira à lui.
« Espèce de crétin sentimental. Endors-toi. »
« Nuit, Draco. »
« Bonne nuit, Harry. »
