O..14..O
Harry combattit le sentiment d'impuissance qui grandissait en lui en se dédiant à ses cours, en enseignant des sorts de plus en plus difficiles à ses élèves jusqu'à ce qu'ils se plaignissent dangereusement. Finalement, Minerva eut une petite discussion avec lui.
Il se jeta sur le fauteuil dans son salon avec une bouteille de whisky Pur Feu ouverte à côté de lui. Un verre reposait à côté de la bouteille, mais il ne l'avait pas rempli, même si se bourrer la gueule lui semblait une bonne idée quand il l'avait ouverte.
« Ce ne sont pas des Aurors, Harry », imita Harry.
Il reposa sa tête plus confortablement sur un coussin et souhaita avoir Draco sur ses genoux. Draco était assis avec les jambes croisées sur la table derrière la bouteille, il le regardait avec un sourire amusé. Ils avaient maintenant six fioles de potion prête à être bue, mais ils préféraient l'utiliser le dimanche quand Harry avait le plus de temps libre pour câliner son amant fantomatique.
« Et ils n'ont pas de seigneur des Ténèbres à combattre non plus », ajouta Draco d'une voix triste.
Harry lui jeta un regard noir.
« Cela ne signifie pas qu'ils ne doivent pas être préparés. Et certains d'entre eux veulent devenir des Aurors. Je fais seulement mon travail. »
« Ce sont toujours des enfants. Et tu étais assez fou dernièrement. »
« Je n'étais pas fou ! », la voix de Harry claqua.
Draco leva un sourcil et Harry se redressa car la dispute l'échauffait. Draco savait toujours quand il cherchait la bagarre et il lui faisait ce plaisir à chaque fois. La semaine précédente Harry avait passé presque une heure à lui crier dessus sur la façon de faire correctement la manœuvre Klein – qui était une variante de la feinte de Wronski – au point où sa rage l'avait mené sur le terrain de Quidditch pour démontrer son propos. Après un vol libérateur et vigoureux, Draco avait simplement rigolé – la dispute entière avait été un moyen pour faire sortir Harry pour qu'il se décharge d'un trop plein d'émotions.
« Ce ne sont pas tous des enfants. Les septièmes années sont des adultes et devraient parfaitement être capables de… »
Harry s'interrompit quand la cheminée s'éclaira et le visage d'Hermione apparut dans les flammes.
« Puis-je venir, Harry ? » demanda-t-elle.
Il lança un regard à Draco et leva une main pour lui signifier de rester tout en répondant :
« Bien sûr ! »
Hermione en sortit et son regard passa de lui à Draco avec surprise, mais elle lissa ses traits.
« Bonjour Malfoy. »
« Granger », dit Draco sans intonation.
Hermione semblait presque aussi mal que Ron. Elle avait perdu du poids et ses vêtements tombaient lâchement sur elle. Ses cheveux étaient tirés en arrière en un chignon serré et elle portait un cardigan trop large qui appartenait à Ron.
« Quelque chose est arrivée ? », demanda Harry en ressentant un frisson d'alarme maintenant familier quand il la voyait. Il haïssait l'idée que la voir était devenu synonyme de mauvaises nouvelles.
Elle fit un signe négatif de la tête et il se détendit légèrement.
« Non, je… j'ai juste besoin de m'éloigner. Ron est enragé en ce moment et je déteste me battre avec lui, même s'il semble en avoir besoin. Et je le comprends, bien sûr, mais… »
Elle détourna le regard et haussa des épaules.
« Est-ce du whisky Pur Feu ? »
« Sers t'en. Le verre est propre. »
Elle s'installa à côté de lui et leva la bouteille pour se verser une bonne quantité. Elle dévisageait Draco. Harry attendit l'inévitable question, mais son attention fut capturée par la pile de livres qui reposait sur la table à côté d'eux. Elle inclina sa tête pour lire un des titres.
« Harry, est-ce… ? »
Elle reposa le verre sans l'avoir bu et attrapa le livre.
« Juste quelques recherches pour mes cours », déclara rapidement Harry, bien qu'il envoyât un coup d'œil de culpabilité vers Draco.
« Des recherches ? Cela me semble dangereux. Et illégal même. »
Elle ouvrit le livre à la marque page mise idiotement par Harry.
« 'Un sortilège de Subtilité pour se séparer de la matière.' Qu'est-ce que cela signifie ? »
« Cela signifie rendre quelqu'un transparent », répondit Draco, « Perméable. Comme un fantôme. »
Hermione fit un mouvement de recul et dévisagea Harry.
« Tu ne penses pas essayer cela, n'est-ce pas ? »
Harry fronça les sourcils.
« Pourquoi ferais-je cela ? »
C'était à moitié vrai, bien sûr, puisqu'il l'avait envisagé une fois ou deux, mais seulement avant que la potion ne soit devenue une solution valide.
« Pourquoi Malfoy est-il ici ? », répliqua-t-elle avec suspicion.
« Parce que j'apprécie sa présence », dit Harry en sachant qu'une autre excuse ferait partir Draco en un éclair, il serait probablement en colère et irait possiblement bouder auprès des sombrals ou quelque part où Harry ne pourrait pas le trouver jusqu'à ce qu'il voulût être trouvé. Aussi, c'était la vérité.
Les yeux de Draco s'illuminèrent d'un brasier intérieur qu'Harry pensait être le seul à pouvoir voir, et cela le rassura de savoir qu'il avait dit la bonne chose, même si ce n'était pas le cas du point de vue d'Hermione.
« Vous deux avez résolu vos différents alors ? »
Son intonation était sceptique et son froncement s'intensifia.
« Tu devrais être contente de savoir que des livres nous ont rapprochés. Et Drac… Malfoy a été d'une grande aide. »
Ses yeux restaient sur Hermione, mais il ne rata pas le haussement des sourcils sur le visage de Draco et le petit mouvement de tête qui disait clairement : « Très utile ». Harry se mordit l'intérieur de la joue pour s'empêcher de sourire.
« Ces livres ? » demanda-t-elle. « Au fait, où les as-tu trouvés ? »
« Ici et là », répondit Harry, son amusement s'envolait. « Vas-tu réellement me faire la morale, moi le professeur de Défense Contre les Forces du Mal, pour avoir des livres de magie noire ? »
Elle rougit et rapprocha vivement le livre avant de le remettre sur la table.
« Désolée. Tu as raison, Harry. Tu sais comment je suis. »
Elle prit de nouveau son verre et avala une grande gorgée de whisky Pur Feu. Un instant plus tard, elle reposa le verre et toussa, et Harry donna gentiment quelques coups sur son dos et essaya de se souvenir d'un sort contre les étouffements. Minerva lui avait donné une leçon pour lui rappeler les gestes de premier secours avant le début des cours, mais il avait commencé à les oublier. Elle fit un signe de main quand il brandit sa baguette.
« Je vais bien », dit-elle pendant une inspiration et une quinte de toux. « Merlin ! Comment peux-tu boire ça ? »
« Eh bien, je ne l'avais pas encore bu », admit Harry.
Elle frissonna et mit son verre de côté.
« Je ne te le recommande pas. Apparemment, je ne serais pas une buveuse. »
« J'imagine qu'il faut s'y habituer. »
Elle soupira.
« Je devrais rentrer chez moi. J'ai laissé Ron seul dans l'appartement et l'ai menacé de ne plus jamais le revoir. Je m'excuserai demain. »
« Peut-être que tu ne devrais pas », suggéra Draco.
Deux paires d'yeux reposèrent sur lui et il haussa des épaules.
« Il est possible qu'une partie de sa colère est due au fait que vous le traitez comme s'il était fait de verre. »
Hermione avait ouvert la bouche pour contester, mais Draco éleva sa main :
« Oui, oui, il est mourant. Si tu étais à sa place, voudrais-tu que tout le monde autour de toi agisse comme si tu allais mourir à tout moment et te couve comme un enfant ? »
Le visage d'Hermione se contracta et ses yeux brillèrent de colère. Harry pensa qu'elle s'en prendrait violemment à Draco pour enlever un peu de sa colère, mais cela disparut.
« Non », fit-elle d'une petite voix. « Non, je détesterais cela. »
Draco fit un signe de tête approbateur. Harry mordilla sa lèvre. Il savait que c'était plus facile à dire qu'à faire, surtout pour Hermione dont l'impulsion de prendre soin de tout le monde avait toujours été puissant.
« J'irai le voir demain et je m'excuserai. Je sais que je le surprotège et je suis peut-être un peu envahissante. Seulement je… »
Elle se détourna et Harry pouvait la voir fixer du regard le mur à l'opposé dans un effort pour ne pas pleurer. Quand elle se contrôla, elle se mit sur pied.
« Je te remercie, Draco. Harry, puis-je te parler un instant ? »
Elle avança vers la cheminée et prit une poignée de poudre de cheminette. Harry se leva et la joignit. Elle jeta un coup d'œil à Draco et se rapprocha de lui. Ses yeux marrons étaient larges et intenses quand elle prononça à voix basse :
« S'il te plaît, fais attention. »
« Que veux-tu dire ? » demanda Harry.
« Tu avais admis une fois que tu trouvais Malfoy attirant, Harry. Ne te cache pas derrière quelque chose qui semble réel. »
« Je ne sais pas de quoi tu parles », dit Harry, mais il replaça un bougeoir sur le manteau de la cheminée, incapable de rencontrer ses yeux.
Elle soupira.
« Y penses-y d'accord ? Le monde est rempli d'être vivant, de personnes qui respirent. Ne t'enferme pas dans ce vieux château et ne t'empêtre pas à ce qui aurait pu être. »
Il rougit à ses mots et une réplique monta dans sa gorge, alimentée par la colère et par la culpabilité. Le besoin de lui dire qu'elle ne savait pas tout était fort, mais il l'enfonça, il ne voulait pas se disputer avec elle quand elle se sentait toujours mal après sa dispute avec Ron. Et une partie en lui savait qu'elle avait raison.
« Oui, ok », dit-il calmement, forçant un faux sourire qui contracta sa mâchoire d'une façon non plaisante.
Ses lèvres s'affinèrent, mais elle jeta simplement la poudre d'un mouvement de poignet.
« Bonne nuit Harry », fit-elle et elle entra dans les flammes.
« Bonne nuit Hermione. »
O….O
Harry sortit de la cheminée du Manoir des Malfoy. La pièce était bizarrement vide. Harry s'attendait à ce qu'elle soit totalement décorée pour les vacances, mais il n'y avait pas une seule branche de sempervirent ou de houx. Draco l'attendait déjà : ses doigts jouaient avec le revers de sa robe, un geste qu'Harry avait l'habitude d'observer.
« Nerveux ? » interrogea Harry.
Draco renifla de dédain.
« Bien sûr que non. C'est ma mère. »
Il carra ses épaules et leva un sourcil avec expectative.
Harry fouilla dans sa poche et y sortit une fiole de potion. Il la déboucha et s'approcha pour la vider dans la bouche ouverte de Draco. Après un instant, une main se tendit vers lui pour toucher sa joue.
« Je te verrai ce soir », fit Harry.
Son cœur se serra à l'idée des prochaines heures de solitude qui l'attendaient. Il se retourna pour entrer à nouveau dans la cheminée, mais Draco le retint et embrassa ses lèvres fermement. Harry répondit à son baiser, malgré sa quasi-terreur de voir Narcissa Malfoy entrer dans la pièce et de les prendre sur le fait à tout moment.
« Merci », lui dit Draco.
Harry haussa des épaules.
« C'est ta mère. Et sans elle, nous ne pourrions pas faire cette potion, alors vas-y. Passe du temps avec elle. »
Draco opina de la tête et s'éloigna de lui. Harry retourna par cheminette à Poudlard.
O….O
À peu près quatorze heures plus tard, Draco revint. Harry était installé dans son lit, et lisait quand Draco traversa la porte fermée de sa chambre.
« Comment cela s'est-il passé ? » demanda Harry.
Draco flotta sur le lit et s'assit en tailleur.
« À la fois plus facile et plus dur que je m'y attendais », répondit-il. « Elle a pleuré, évidemment. Et elle avait tenu mon visage comme elle le faisait quand j'avais cinq ans. C'était étrange. Mais c'est devenu plus facile au bout d'un moment et nous avons marché dans le jardin. C'était agréable de toucher les fleurs à nouveau – je l'ai aidée à tailler les roses et à décorer un arbre de Noël. Même s'il n'y avait pas de lait de poule, c'était presque comme dans mes souvenirs. Puis je suis allé dans ma chambre et j'ai empaqueté d'autres choses à envoyer ici. Ils doivent arriver par hibou demain. »
« D'autres livres ? », s'enquit Harry avec un sourire.
« Quelques-uns », affirma Draco, ensuite il fixa son regard dans celui d'Harry. « Tu m'as manqué. »
Le sourire d'Harry s'évanouit. Il ne s'était jamais attendu à recevoir une affirmation aussi sincère de Draco Malfoy.
« Tu m'as aussi manqué. »
Il se pencha vers Draco qui fit le même geste au point où leurs lèvres se rencontrèrent… en quelque sorte.
« Je déteste ça », déclara Draco. « Combien de potions nous reste-t-il ? »
« Trois fioles », répondit Harry. Il lécha ses lèvres pour les réchauffer après le froid qu'avait déposé le non-baiser de Draco. « Et demain est un dimanche. »
« As-tu d'autres plans pour aujourd'hui ? »
« Mon plan est de rester ici au lit avec toi », assura Harry.
« Bon plan. »
Harry se dépêtra du lit pour prendre une autre potion.
O….O
Ron prit une gorgée de son thé tiède, grimaça, puis tourna et balança sa tasse de thé contre le mur en face de lui. Elle fut pulvérisée en un smash satisfaisant et le reste du thé se déversa sur le mur avant de ruisseler d'une façon pseudo-artistique comme un coulis sur un gâteau.
Son sentiment de satisfaction vindicative fut de courte durée.
« Putain », murmura-t-il et il se demanda s'il devait faire disparaitre les morceaux de céramique et le reste de thé. Il décida que cela lui importait peu et se traina dans le salon pour se jeter dans son fauteuil inconfortable. Il détestait aussi ce satané fauteuil. Il l'avait récupéré de Bill et même les nombreux sortilèges de coussinage ne parvenaient pas à le rendre confortable. Le tissu était aussi d'un orange bizarre et laissait une grille de motifs désagréable sur la peau. Ron pensait qu'il pourrait y jeter un Confringo un jour. Il pourrait aussi y être assis à ce moment-là. Maintenant, la pensée d'exploser en une colonne de fumée était morbidement satisfaisante. Son sourire serré disparut quand il se souvint du Feudeymon. Crabbe n'avait pas eu une mort plaisante.
Il jeta un regard noir au plafond, ses pensées larmoyantes le fatiguaient, mais il était incapable d'arrêter. Cela avait été une horrible journée. Une journée complètement horrible. Il avait pensée à se rendre chez Hermione, mais il n'était pas d'humeur à recevoir de la compassion et des câlins. Il voulait briser plus d'objets.
Avec ça en tête, il se mit sur pied et se rendit chez Harry.
O….O
Harry reposait sur le fauteuil avec Draco sur lui. Ils étaient restés dans cette position pendant une heure – la tête de Draco reposait sur la poitrine d'Harry et les mains de ce dernier jouaient dans ses cheveux. Les fantômes ne dormaient pas, disait Draco, mais il en faisait une belle imitation, malgré les touchers occasionnels de ses doigts sur l'épaule d'Harry où se trouvait sa main. Harry était sur le point de s'endormir, il se sentait parfaitement léthargique après une nuit passée quasiment sans dormir. Cependant, il ne voulait pas s'endormir. Pas avant que la potion ne perde ses effets, soit dans moins d'une heure.
« As-tu faim ? », marmonna Draco.
Ses doigts le caressèrent et il émit un bruit de satisfaction quand la main d'Harry passa sur le bas de sa nuque, puis glissa dans sa chevelure à nouveau.
« Non », dit Harry.
Il n'avait pas mangé, mais il pouvait aussi attendre. Son temps avec Draco était précieux. Il ne leur restait plus que deux potions et il leur manquait deux ingrédients pour la concoction.
« Soif ? »
Harry fit un large sourire et inclina sa tête pour presser un baiser sur les cheveux de Draco.
« Non ».
Il laissa sa tête retomber sur les oreillers et contempla la toile d'araignée sur le plafond. Les araignées à Poudlard étaient rapides. Les elfes de maison enlèveraient celui-là demain. Cela l'étonnerait que les araignées aient eu le temps d'attraper des insectes. Harry ferma les yeux avant de les ouvrir à nouveau. Il ne devait pas s'endormir. Pas maintenant.
La cheminée s'embrasa et Harry releva brusquement sa tête pour voir Ron Weasley sortir des flames. Ron se figea pendant un instant, puis sortit violemment sa baguette.
« Que lui fais-tu, Malfoy ? », questionna Ron. « Éloigne-toi de lui ! »
Harry s'assit et dégagea le corps froid de Draco, puis éleva une main pour le rassurer.
« Calme-toi, Ron ! Il ne me fait rien ! »
« Plus maintenant », grommela Draco avec un regard mauvais.
Il s'éloigna et se mit sur pied. Harry tendit une main pour attraper son bras, mais il était solide seulement un moment avant que ses doigts ne traversent Draco. Le fantôme passa près de Ron et dit : « Weasley » d'un ton sarcastique avant d'entrer dans la chambre. Harry s'attendait à ce que la porte ne se ferme en claquant, mais Draco la laissa ouverte, probablement pour les écouter.
« Salut Ron », dit Harry d'un ton calme.
Il s'assit correctement et ordonna les oreillers sur le fauteuil pour plus de confort en regardant Ron boiter jusqu'au fauteuil pour s'y installer. Ils s'observèrent pendant un moment, chacun d'eux ne sachant que dire. Harry n'avait aucune intention de discuter de sa relation avec Draco, donc ce n'était pas un sujet de discussion possible. Il n'était pas sur s'il devait parler de l'apparence de Ron – son ami ressemblait à un vieil homme, il bougeait doucement et ressentait de la douleur avec évidence : il s'assit en grimaçant.
Finalement Ron détourna le regard. « J'ai été suspendu. »
Harry déglutit difficilement et ses doigts se crispèrent. C'était autant une claque que d'apprendre l'existence de la maladie de Ron : son travail était tout pour lui et il n'avait été un vrai Auror que depuis quelques semaines.
« Je m'y attendais. Je veux dire, regarde-moi ! »
Ron leva un bras et Harry se força à ne pas tressaillir quand Ron releva une manche pour montrer son avant-bras anciennement musclé qui était maintenant osseux et maigre. Même la couleur était maladive : pale avec des teintes jaunes.
« Mais ils m'ont envoyé un hibou… Peux-tu le croire ? Un hibou. »
Ron descendit sa manche et reposa son bras sur le fauteuil comme si ce geste l'avait épuisé.
« 'Cher Auror Weasley, au vu de votre récent incident dans l'affaire Netting, et après avoir consulté différentes personnes compétentes, nous avons décidé de suspendre votre activité en attendant une investigation complète. Je vous prie de ne pas vous rendre au Ministère demain. Nous vous contacterons pour des informations complémentaires.' » Il grogna. « Ouais, je l'ai mémorisé. Consulté différentes personnes compétentes – ils veulent dire les maudits guérisseurs de Ste Mangouste. La confidentialité due au patient n'existe plus, hein ? »
« Quel incident ? », demanda prudemment Harry.
Ron était susceptible en ce moment et même une question innocente pouvait provoquer sa rage.
Ron soupira et fit tomber sa tête contre le dossier du fauteuil, il inspecta le plafond et remarqua peut-être la même toile d'araignée qu'Harry avait analysée.
« Je me suis évanoui ce vendredi pendant une enquête. Putain de sort de vertige qui survient n'importe où. Évidemment je montais des escaliers à ce moment-là. Je suis tombé et j'ai presque emporté Chambers dans ma chute. Il m'a transplané à Ste Mangouste. J'ai cassé mon putain de bras. À cause de la chute et non à cause de Chambers. C'était une fracture propre et ils l'ont réparé rapidement. »
Ron éleva son bras droit et la bougea d'un côté à l'autre pour montrer sa solidité.
« Je déteste les foutus sorts de vertige et d'être fatigué tout le temps. Parfois je pense que je devrais rester au lit et attendre la mort. »
Une vague de panique submergea Harry. Comment pouvait-il répondre à une phrase pareille ? Ne fais pas ça lui semblait stupide, un conseil évident. Je t'en prie ne fais pas ça était couru d'avance. Et quelquefois nous ressentons tous ça était insensible et dénigrant. Le mot commença par un « m » planait au-dessus d'eux comme un nuage noir : Ron l'utilisait plus fréquemment en ce moment, peut-être essayait-il de le rendre réel, mais Harry n'était pas prêt à l'accepter. Hermione y surmonterait, comme d'habitude.
Le regard d'Harry tomba sur un des livres qui reposait sur la table près du pied de Ron. Harry avait rangé ailleurs les livres les plus dangereux, il ne voulait pas être confronté à plus de questions à la Hermione avec les visites non prévues. Le livre qui était là était un tome de théorie magique inoffensive. Maintenant il se demandait s'il y avait des sortilèges de magie noire qui pourrait aider Ron à prolonger sa vie, si l'on ne pouvait pas le guérir complètement. Il poserait la question à Draco quand Ron partirait, et peut-être il demanderait de l'aide à Narcissa. Harry se sentit soudainement égoïste d'utiliser les livres pour renforcer sa relation avec Draco et il n'avait pas une seule fois pensé à Ron.
« Alors, que se passe-t-il entre toi et Malfoy ? », s'enquit Ron quand le silence s'étira entre eux. La question semblait assez désinvolte, même si Harry savait qu'elle ne l'était pas.
Harry lança un coup d'œil vers sa chambre où il savait que Draco tendait ses oreilles fantomatiques pour entendre chaque mot. Harry haussa des épaules.
« Écoutes-tu, Malfoy ? » hurla soudainement Ron.
« Lâche-moi, Weasley. »
La voix de Draco lui rappela tellement sa façon de parler quand il était un adolescent irritable qu'Harry éclata presque de rire.
Le regard de Ron revint sur lui et il étouffa son amusement.
« Tu sais qu'il est un fantôme, n'est-ce pas ? »
Harry roula des yeux.
« Oui, Ron, je suis au courant, merci beaucoup. »
« Je vérifie. Comment fais-tu pour le toucher alors ? Ou ai-je imaginé vos mains l'un sur l'autre ? Je t'en supplie, dis-moi que j'ai imaginé ça. J'apprécierais beaucoup. »
« Tu l'as imaginé ? » proposa-t-il avec peu de sincérité.
« Oh, bordel de merde, oublie ça. Je ne veux pas savoir. Ce que je ne sais pas, Hermione ne peut pas me contraindre à le révéler. »
« Tout se passe bien pour vous ? » demanda Harry en sautant sur tout sujet pour détourner la discussion.
« Ouais. J'étais un crétin insupportable et elle marche sur des œufs autour de moi et elle s'inquiète encore plus que maman… Bon d'accord, oui, personne ne s'inquiète plus que maman, elle a pratiquement emménagé dans mon appartement. Je lui ai finalement dit que je n'arrivais pas à dormir quand elle bougeait aussi chez moi et les médicomages m'ont dit de me reposer. Maintenant, elle ne vient que pour l'heure du repas. »
Il sortit sa baguette et jeta un Tempus avant de la ranger avec un soupir.
« Eh bien, j'ai encore un peu de temps avant qu'elle ne vienne m'apporter le repas. Veux-tu aller chez Hagrid avec moi ? »
Harry regarda à nouveau vers la chambre et sentit du ressentiment gonfler en lui pendant un instant, jusqu'à ce qu'il écrasât la culpabilité. Donc il raterait les dernières minutes de la potion avec Draco. Bientôt il ne pourrait plus voir Ron, sauf s'il trouvait un remède miracle. Il se leva.
« Bien sûr, laisse-moi prendre ma cape. Il ne fait pas chaud à l'extérieur. »
Il se hâta d'entrer dans la chambre et il fut attiré dans un câlin. Draco dévora ses lèvres avec passion et fit courir ses mains sur toutes les parties qu'il pouvait atteindre.
« Tu ne pars pas sans un dernier baiser », murmura Draco contre ses lèvres et il l'embrassa à nouveau.
Harry resta aussi longtemps que possible, puis recula avec réluctance.
« Je l'ai trouvé ! », s'exclama-t-il pour Ron et il attrapa sa cape d'hiver et rejoignit Ron. Si son ami remarqua quelque chose, heureusement il ne prononça rien.
