O..15..O

Ces vacances étaient les plus sinistres dont Harry pouvait se souvenir depuis qu'il avait quitté les Dursley. Il passa le réveillon de Noël au Terrier où tout le monde se forçait à porter un masque de joie et buvait beaucoup trop d'alcool. Molly courait fréquemment à la cuisine pour vérifier qu'il y avait toujours des assortiments de biscuits et de pâtisseries. Hermione appelait cela « le stress de la cuisinière » et évoqua que Molly avait déjà fondu en larmes au moins quatre fois. Ils savaient tous que cela pouvait être le dernier Noël de Ron. De son côté, celui-là avait tellement bu de whisky Pur Feu qu'il semblait d'excellente humeur jusqu'à ce qu'il s'évanouît sur le fauteuil peu après vingt-deux heures avec sa tête sur les genoux d'Hermione.

Ginny ne pouvait pas venir avant le 31 décembre, à cause d'un match d'exhibition de Quidditch joué par son équipe d'Argentine pendant les vacances, ce qui ajoutait à la mélancholie de Molly.

Le matin de Noël fut pire. La gueule de bois d'Harry était amplifiée par le silence qui s'était abattu sur le groupe réuni autour du sapin de Noël, malgré tous les efforts fournis pour que cela ressemblât aux vacances habituelles et joyeuses.

Les blagues de George ne parvenaient qu'à tirer de faibles sourires à ses frères et son cadeau à Bill – des bonbons qui ressemblaient à des fientes d'oies – ne tira qu'un soupir et un froncement de sourcils à Molly, plutôt que sa tirade colérique coutumière.

Quand Ron ouvrit son cadeau et leva dans les airs un pull bordeaux avec un grand R cousu dessus, les lèvres de Molly tremblèrent et sa voix se brisa quand elle dit :

« Tu devais en avoir un nouveau. »

« Oh, maman », fit Ron doucement.

Molly éclata de pleurs. Elle se jeta dans ses bras et pleura chaudement.

« Oh mon garçon », murmura-t-elle. « Mon pauvre garçon. »

Ron la tint dans ses bras et enfouit sa tête dans le creux de son cou. Hermione hoqueta et Harry lui jeta un coup d'œil pour voir des larmes tomber sur ses joues. Il détourna le regard, ses yeux lui piquaient, et il agrippa le paquet très coloré sur ses genoux si fortement que l'emballage se déchira.

Bill se leva de sa place sur le sol et enveloppa Molly et Ron dans une étreinte puissante, Arthur les rejoignit juste après.

Fleur éclata en sanglots.

« Oh c'est, c'est vraiment trop triste ! » s'écria-t-elle avant de quitter la pièce.

Harry voulut la suivre. Il voulait fuir cette famille en deuil et courir, s'envoler très loin pour rejoindre un endroit où tout allait bien à nouveau. Un endroit où Ron était en forme et en bonne santé, et où Draco était en vie.


O….O

Harry trébucha hors de la cheminée et jeta ses nombreux cadeaux de Noël en un tas sur le fauteuil. Il entra dans sa chambre et ouvrit son armoire pour sortir la dernière fiole protégée dans sa boite en bois.

Il se tourna pour voir Draco étalé sur le lit qui l'observait.

« Je pensais que nous étions d'accord pour conserver celle-là. »

Harry ne savait pas quoi dire. C'était leur dernière potion et ils devaient vraiment la garder pour une occasion planifiée à l'avance. Harry le savait, mais à cet instant cela n'avait plus d'importance. Il était épuisé, il souffrait et le monde semblait s'effondrer sous ses pieds.

« J'ai besoin de toi », déclara-t-il en plongeant sur le lit.

Ses épaules s'affaissèrent et ses doigts se crispèrent autour de la fiole en un geste de nervosité. Une vague de froid se pressa contre lui et il s'y blottit.

« Je t'en supplie », chuchota-t-il.

« D'accord », fit Draco.

Harry se tourna et déboucha la fiole avant de l'incliner dans la bouche de Draco. Une sensation de malaise tordit son estomac quand il regarda le liquide disparaître. C'était leur dernière potion. Le marchand d'ailes de grillon de Narcissa n'en possédait plus. Il avait promis d'en trouver plus, mais une semaine s'était déjà transformé en une deuxième. Le fait que cela pouvait être leur dernier moment ensemble à l'avenir accéléra la respiration d'Harry sous l'effet de la panique, mais il était trop tard pour revenir sur sa décision.

« Une mauvaise journée ? » demanda Draco et ses lèvres touchèrent celles d'Harry.

Harry l'embrassa comme un noyé à la recherche d'oxygène. Ils firent doucement l'amour, mais avec un désespoir qui avait grandi en Harry pendant des semaines. Il caressa et embrassa chaque parcelle de peau accessible, jusqu'à ce que Draco haletât et se cambrât sous l'effet des caresses. Harry lubrifia ses doigts grâce à un sort sans baguette et pénétra deux doigts à l'intérieur. Ils n'étaient jamais allés aussi loin, tous les deux disaient en blaguant que cela tuerait l'un d'entre eux. Harry souhaita que la potion pût apporter plus que de la solidité – il était habitué aux baisers froids de Draco, mais une pénétration sans chaleur deviendrait rapidement inconfortable.

Cependant, ses doigts le supportèrent, alors il les enfonça et les tordit, glissa ses doigts en dedans et en dehors de l'entrée lubrifiée de Draco. Il ajouta un troisième doigt et glissa sa langue le long de la verge tendue. Ce dernier jouit en criant son nom et en crispant ses mains dans ses cheveux : cela faisait mal, mais il n'échangerait cette sensation contre rien au monde.

« Je pense que je suis mort. À nouveau. »

Harry rigola.

« Très drôle. »

« À mon tour », dit Draco.

Il poussa Harry sur son dos pour lui faire subir les mêmes délices. Les lèvres fraiches de Draco étaient comme un baume où elles touchaient sa peau échauffée, et rapidement il se tortilla de désir et maudit la revanche silencieuse du Serpentard. Draco caressa tout son corps sauf sa verge d'où s'échappait quelques gouttes.

« Allumeur », grogna Harry.

Il tendit une main pour s'occuper de lui-même, mais Draco frappa sa main avec un regard d'avertissement.

« Connard. »

« Ne parle pas, sauf si tu ressens le besoin de dire 'Draco' et 'plus'. »

Harry hoqueta et haleta, puis murmura :

« Draco, plus. »

Quand les doigts de Draco le pénétrèrent, c'était déjà trop pour ses sens électrifiés. Il jouit d'une manière explosive, son pénis était encore non touché, il frissonna et pleura presque sous la force de son éjaculation.

« Eh bien, ce fut intéressant », déclara Draco d'un ton amusé.

Puis il pressa un baiser sur le bout du pénis d'Harry, ce qui fit sortir un dernier jet de liquide pâle.

« Tu es si diabolique », dit Harry.

« J'ai la marque des ténèbres pour le prouver. »

Harry renifla et le releva en tirant sur ses cheveux pour l'embrasser.

« Je te laisserai te faire pardonner plus tard. »

« Dans combien de temps ? »

« Donne-moi dix minutes. »


O….O

Harry était heureux que c'étaient les vacances alors qu'il dormait le 26 décembre, tenant dans ses bras un Draco quasiment nu. Il contrait le froid en empilant les couvertures sur eux et Draco équilibrait la température.

Il posa un baiser sur la nuque de Draco, juste en dessous des douces boucles. Il savait sans vérifier qu'il leur restait peu de temps. Sa poigne se raffermit autour du torse de Draco, il le tint plus près de lui.

« C'est bientôt fini », fit Draco avec un soupir.

« Je sais. »

Harry déglutit difficilement et ferma les yeux, de toutes les fibres de son corps il souhaita qu'il pût arrêter le temps. Il maudit le Ministère pour avoir détruit tous les retourneurs du temps, car il s'infiltrerait dans le département des Mystères sans hésiter pour en voler un. Il irait dans le passé et sauverait Draco avant sa mort, il le délivrerait des mains de Goyle qui l'étranglaient et le garderait en sécurité pour toujours.

Il sentit tout de suite quand Draco commença à disparaitre entre ses bras, retournant silencieusement dans une intangibilité fantomatique. Harry voulut pleurer.

« Putain », dit-il brutalement.

Sa gorge se serra à nouveau, il lui était difficile de parler.

« Putain, Draco, je ne peux plus le supporter. Ce n'est pas assez. Ce ne sera jamais assez. »

Ce n'était que quatorze fichues heures quand Harry voulait une éternité.

La froideur de Draco s'éloigna de lui. Harry ouvrit les yeux pour le voir quitter le lit.

« Pas assez ? » répéta Draco.

« Non. C'est juste que… J'ai besoin de plus. J'ai besoin… »

Harry s'assit, secoua sa tête et essaya de trouver les mots pour dire à Draco tout ce qu'il ressentait.

« Tu as besoin de quelque chose de réel », termina Draco.

« Ce n'est pas ce que je voulais dire ! »

« Pourtant c'est ce dont tu as besoin. Alors me faire l'amour tendrement et tous ces mots doux étaient un au revoir ? Es-tu enfin prêt à passer à autre chose ? »

Harry balança ses couvertures, mais ses pieds y restèrent prisonniers. Il s'y tenta de se dépêtrer désespérément alors que Draco s'avançait vers la porte.

« Non ! Non, ce n'est pas du tout ça. Draco, attends ! »

Mais Draco ne l'attendit pas, et quand Harry libéra ses pieds, il était trop tard. Draco était parti. Harry retourna en vitesse dans sa chambre et sortit sa carte des Maraudeurs, mais même au bout d'une heure de recherche désespérée il ne trouva pas le nom de Draco.

Il était parti.


O….O

Pendant trois jours, Harry déambula dans les couloirs de Poudlard et rechercha sans fatigue toute trace de Draco sur la carte des Maraudeurs. Il rôda près des sombrals, le chercha dans la chambre des Secrets et dans des endroits oubliés depuis belles luettes – des endroits qui n'apparaissaient pas sur la carte. Il fut quasiment enseveli à cause d'un éboulis après s'être aventuré dans une partie abandonnée des cachots, qui avait été endommagée pendant la guerre et qui n'avait jamais été restaurée. Seulement sa poigne ferme autour de sa baguette – malgré la chute douloureuse d'une roche sur le dos de son poignet – lui permit d'élever lentement les pierres autour de lui et d'éviter une mort infâme. Il se demanda s'il deviendrait un fantôme à sa mort, et s'il resterait avec Draco, ou si le désir de revoir ceux qu'ils aimaient serait plus puissant. Il décida qu'il éviterait les situations où la question se posait.

Après son presque ensevelissement, il partit à la recherche de Nick-quasi-sans-tête pour lui demander s'il savait où se trouvait Draco.

« Je suis content que tu m'en parles, Harry », dit Nick avec une expression sombre sur le visage. « Je voulais t'en parler, au nom des autres, qui ont choisi de s'en remettre à mes siècles de sagesse et à mon expérience vaste concernant les excentricités et les complexités de, comment dire, de l'amour. »

Harry le dévisagea, il n'avait aucune idée de ce qu'il lui parlait. Il attendit que le fantôme fût arrivé au point principal.

« Franchement, Harry, ta relation avec M. Malfoy a été un sujet d'inquiétude parmi les fantômes résidents à Poudlard. Et, je dirais même, de commérages. »

Harry rougit. Il pensait que Malfoy et lui avaient été précautionneux, ils ne se témoignaient de l'affection que dans sa chambre. Ils étaient souvent ensemble dans les autres zones du château : ils regardaient ensemble tous les matchs de Quidditch, Malfoy l'accompagnait quand il rendait visite à Hagrid ou qu'il allait dans les serres, et ils se baladaient fréquemment près du lac…

Finalement Harry admit intérieurement que Malfoy et lui étaient inséparables et c'était probablement un sujet de discussion pour d'autres personnes que les fantômes. Il était surpris que Minerva ne lui eût fait aucune mention, mais comme elle était celle qui lui avait suggérait de s'entendre avec Malfoy, elle s'était peut-être sentie hypocrite d'en parler. Aussi, personne ne croirait qu'il était tombé amoureux du crétin.

« Ma relation avec Draco ne concerne personne d'autres que nous deux », répliqua froidement Harry.

Nick soupira.

« Harry, tu dois savoir qu'il y a certaines règles à observer, comme dans le monde physique. Il est interdit pour un mort de tomber amoureux d'un vivant. Cela ne mène qu'à un chagrin d'amour. »

Harry lui jeta un regard noir. Il savait que Nick disait la vérité, mais ce n'était pas plus facile à entendre.

« Interdit par qui ? Il n'existe pas de lois inscrites dans la pierre concernant l'amour et nous ne choisissons pas toujours la personne que nous aimons. Cela arrive sans qu'on s'y attende. »

« Je le sais bien, Harry, vraiment, mais la logique voudrait que… »

« Est-ce la même logique qui ne te permet pas d'entrer dans le club des Chasseurs sans tête ? » demanda Harry.

C'était un coup bas, mais il n'aimait pas recevoir de leçons d'un fantôme mort depuis des siècles et il ne savait toujours pas où se trouvait Draco.

Nick plana plus haut en inspirant brutalement sous l'affront.

« Je vois que tu n'es pas en état d'être rationnel pour l'instant. J'espère que tu repenseras à mes mots avant que les autres ne décident d'agir. »

Sur ces mots, Nick s'éloigna dans le couloir en planant, puis traversa un mur et disparut.

Harry se renfrogna, il était irrité.

« Avant que les autres ne décident d'agir », marmonna-t-il. « Que vont-ils faire ? Me huer jusqu'à ce j'abandonne Draco ? »

Cependant il ne le dit pas haut et fort, il se souvenait bien que Draco n'avait pas eu de soucis pour l'ennuyer jusqu'à le rendre presque fou après être arrivé à Poudlard. La soudaine vision d'une douzaine de fantômes qui s'élevaient près de son lit en récitant des ingrédients de potion – ou pire – lui donna des frissons.

Aussi il ne savait toujours pas où trouver Draco.

Au quatrième jour, il conclut que Draco n'était plus à Poudlard, alors il se rendit à l'endroit le plus évident où il pouvait être allé. Harry alla au Manoir Malfoy.

Il patienta dans une pièce au couleur sombre avec des meubles aux allures austères, il s'installa sur un fauteuil inconfortable et observa le tableau d'un homme barbu et aux cheveux argentés qui retournait son regard, il avait un air menaçant et désapprobateur. Harry avait peur de s'approcher et de lire la petite plaque en or attachée au portrait, il n'était pas assez curieux de savoir quel était cet ancêtre des Malfoy, au risque d'encourager l'homme de parler.

« Je suis désolée de vous avoir fait attendre M. Potter » dit Narcissa quand elle pénétra dans la pièce.

Elle portait une robe d'un rouge profond avec des bordures argentées. C'était assez festif et il réalisa avec surprise que les vacances n'étaient pas terminées. Le peu de joie que la période lui avait apporté s'était envolé avec la disparition de Draco.

Harry se releva instantanément.

« Draco est-il ici ? » lâcha-t-il.

Elle cligna des yeux sous le coup de la surprise et Harry réalisa qu'il avait transgressé toutes sortes de salutation traditionnelle et polie entre autres choses, mais elle le dépassa pour se diriger vers la fenêtre et arrangea le rideau qui semblait être parfait selon Harry.

« Non, il n'est pas ici. »

Harry fronça des sourcils. Il ne la connaissait pas assez pour savoir si elle mentait. Il savait qu'elle pouvait mentir. Elle avait menti à Voldemort, et avec aplomb.

« Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois ? »

Elle se tourna brusquement vers lui et elle plissa du front.

« Que voulez-vous dire ? Êtes-vous en train de dire que vous avez perdu Draco ? »

Harry détourna le regard et tira sur ses cheveux. Cela lui semblait ridicule. Comment quelqu'un perdait-il un fantôme ?

« Oui », admit-il. « Je ne l'ai pas vu depuis jeudi. Je l'ai cherché partout. À Poudlard, dans la forêt interdite, à Pré-au-Lard… »

Il l'avait même cherché dans la cabane hurlante, il pensait que c'était improbable de le trouver là, mais il y était quand même allé avant de quitter la zone déserte avec un sentiment de soulagement alors que beaucoup trop de souvenirs terribles l'avaient assailli.

« S'est-il passé quelque chose ? » demanda-t-elle avec précaution.

Harry soupira et plongea à nouveau dans le fauteuil, se sentant maintenant las.

« Oui. J'ai dit quelque chose de stupide, mais Draco a compris autre chose et il ne m'a pas laissé une chance de m'expliquer. » Harry se renfrogna. « Qu'il aille en enfer pour ne pas m'avoir écouté ! Je sais à quoi il pense et il a tort. »

La voix d'Harry s'était élevée et il ne s'en soucia pas, au cas où Draco se cachait dans le manoir et était assez près pour l'entendre.

« Que pense-t-il ? » interrogea-t-elle.

Elle s'approcha et s'installa gracieusement sur un siège en face d'Harry.

« Il croit que j'en ai assez de lui. Il pense que je veux quelqu'un d'autre… que je veux quelque chose de vrai, une personne vivante. »

Narcissa hocha de la tête.

« Une réflexion fondée. Et pensez-vous cela ? »

Harry le dénia d'un mouvement de tête.

« Non, bien sûr que non. Je le veux. »

L'admettre à voix haute était cathartique, mais bien plus difficile qu'il ne s'y attendait. Sa gorge se serra et à sa grande horreur, il eut des larmes aux yeux.

« Je le veux », répéta-t-il. « Je sais que ce n'est pas normal et que la potion rend la situation plus difficile, car cela renforce tous mes sentiments et me fait croire à des choses idiotes, à des choses impossibles. J'ai dit à Draco que ce n'était pas assez. Ce que je voulais dire, c'était que ces quatorze ridicules heures à prétendre la normalité n'étaient pas assez ! »

Harry se releva en un éclair, il était incapable de rester assis sous la force des émotions qui le traversaient. La pièce vacilla sous l'effet de sa vision brumeuse. Il hoqueta et lutta pour parler normalement.

« Je veux plus, Mme Malfoy. Narcissa. Je veux que Draco soit à nouveau en vie. »

Harry grimaça presque en voyant l'expression choquée sur son visage pâle. Il était allé trop loin. Il voulait trop de chose. Certainement, il était devenu complètement fou ? Elle enverrait un hibou à Ste Mangouste et ils emmèneraient Harry dans une pièce calme, agréable et sans fantôme. Harry rit sans humour et s'éloigna pour se placer près de la fenêtre. Il n'osa pas toucher aux rideaux, puisque Narcissa pouvait apparemment voir les plus minuscules imperfections, donc il observa l'extérieur à travers l'espace entre les rideaux pour voir s'ils pleuvaient encore. Des gouttes d'eau cascadaient le long de la vitre.

« Je lisais des livres de sortilèges » poursuivit Harry et secoua sa tête avec un reniflement de dédain. « De la magie noire. C'est ridicule, je le sais. La plupart révèlent comment créer un Inferi, quelques-uns comment transférer des âmes dans des objets. »

Il s'éloigna de ce souvenir en se souvenant avec horreur des horcruxes.

« Il existe même un sort qui peut lier une âme à un corps mort, comme le monstre de Frankenstein. »

« Je dois vous avouer que je ne comprends cette référence », fit-elle. « Avez-vous dit lier une âme ? »

Harry se tourna pour la regarder. Il était content que le sujet eût changé, car penser à Draco lui donnait envie de frapper la vitre de son poing. Où pouvait-il être ? Harry avait tort : quatorze heures pour le toucher était mieux que rien du tout. En fait, chaque moment qu'il passait avec Draco était mieux que ne pas le voir du tout, même si Draco ne faisait rien d'autres que de critiquer ses méthodes d'enseignement et de se plaindre de tout et de rien. Le son de sa voix lui manquait et la façon dont son nez se troussait un peu quand il essayait de convaincre. Il ferma les yeux et essaya de ne pas penser à Draco. Ce manque commençait à devenir douloureux physiquement. A la place, il se concentra sur les mots de Narcissa.

« Oui, c'est assez dégoûtant. Dans une fiction moldue, un corps mort est parcouru par un éclair et cela ranime ce corps, mais évidemment ce n'est plus un humain normal quand il se réveille. Ni un Inferi, ni une personne normale. Pourquoi je vous parle de cela ? »

« Vous avez trouvé un sort », lui rappela Narcissa.

Sa voix lui semblait proche et il réalisa qu'elle se trouvait derrière lui.

« Vous avez trouvé un sort qui lie une âme à un corps mort. Mais un fantôme n'est pas vraiment une âme, ou l'est-il ? Les fantômes sont-ils les âmes des vivants ? Ou sont-ils la représentation de leur mémoire, comme des portraits ? »

Harry se tourna pour l'observer, il fronça des sourcils face à ses questions.

« Je ne sais pas. J'ai fait quelques recherches, mais la plupart des sorts que j'ai trouvés ont été jetés avec d'autres. Il y a-t-il un expert sur les fantômes dans tout le monde magique ? »

« Je ne sais pas. »

Ses mots firent échos aux siens.

« Je vous ai donné les seuls livres que je possédais. Pensez-vous qu'il existe quelqu'un qui le saurait ? »

« Quelqu'un qui saurait quoi ? »

Narcissa fit un geste d'impatience qui lui rappela tellement Draco que son cœur rata un battement.

« Quelqu'un qui saurait s'il est possible de lier un fantôme à un corps mort. Ou de permettre à un fantôme de posséder un corps. De le réanimer. »

Harry recula en imaginant Draco entrer et réanimer un corps mort. Il essaya de ne pas sembler horrifié quand il répondit avec précaution :

« J'imagine qu'une telle personne doit exister. »

Elle éleva ses mains et commença à tourner un bracelet sur son poignet. Il était serti de diamants et d'émeraudes. Harry n'était pas certain qu'elle était consciente de faire ce geste alors qu'elle le tournait encore et encore sur son poignet en le tirant doucement.

« Où est Lucius ? » s'enquit soudainement Harry.

Son regard, qui fixait le vide, rencontra vivement le sien et elle sembla retenir sa respiration pendant un instant.

« Draco ne vous a rien dit ? »

Harry n'avait jamais posé la question et maintenant il ressentait une pointe de culpabilité. Il secoua sa tête.

« Lucius est en Orient pour des affaires », dit-elle.

Sa voix avait une tonalité étrange et Harry savait que cette conversation était terminée.

« Depuis combien de temps ? » demanda-t-il quand même.

Elle lui sourit tristement.

« Cela n'a pas d'importance. Voulez-vous à boire ? Du thé ? Du jus ? Quelque chose de plus fort ? »

Depuis longtemps, réalisa Harry. Lucius était parti depuis des mois déjà. Même plus longtemps. C'était Noël et il n'était pas revenu chez lui. C'était presque trop à supporter, savoir que la mère de Draco était seule dans cette énorme et horrible maison pendant les vacances avec seulement la compagnie des elfes des maisons.

« Je voudrais bien quelque chose de plus fort », répondit-il.


O….O

À la fin, un verre se transforma en plusieurs verres. Un petit verre de brandy laissa place à trois verres de vin rouge, en un dîner composé de rôti de bœuf et de petites pommes de terre violettes qui épongea un peu l'alcool, en plusieurs autres verres de vin rouge, en un verre de digestif, et de trois verres de whisky Pur Feu.

« … alors Draco dit : 'J'ai six ans !' avec une expression si hautaine que je n'ai pas pu me retenir d'éclater de rire. »

Narcissa gloussa au souvenir et avala son verre.

Harry fit un grand sourire.

« Oui, il perfectionna la condescendance en un grand art pendant notre scolarité. J'ai de l'empathie pour ce pauvre homme, puisque je recevais souvent ce regard. »

Il se sentait pompette et au chaud, de la pièce étrange et froide ils s'étaient déplacés dans un boudoir agréable, qui ne contenait pas de tableau avec un homme en colère, avec des meubles beaucoup plus confortables.

« Pauvre de vous, Harry. Draco vous aimait bien quand vous étiez enfants. Il ne parlait que de vous au cours de ses premières semaines à Poudlard. »

Harry avala sa boisson, il ne voulait pas se souvenir de ses années scolaires. S'ils avaient été moins fiers et agressifs, ils auraient pu apprendre à se connaître avant que Draco… Eh bien, avant qu'il ne fût trop tard.

« Il n'est vraiment pas là alors ? » interrogea Harry pour la quatrième fois au cours de la soirée.

Narcissa pinça ses lèvres en une ligne d'irritation.

« Voulez-vous que je l'écrive et que je signe mon nom avec mon sang ? »

Harry fit un signe de dénégation de la main en craignant qu'elle ne fût sérieuse.

« Non, je vous crois ! C'est juste que… qu'il me manque. Je voudrais savoir où il est parti. Je voudrais lui dire que je suis désolé et que je ferais plus de potions pour pouvoir le toucher et… »

« Arrêtez ! » cria Narcissa en levant une main. « Arrêtez ! Arrêtez ! »

Harry fronça du front.

« Vous savez certainement que je suis amoureux de votre fils ? Nous avons fait plein de choses intéressantes quand… »

« Harry », le prévint-elle en levant un long doigt. « Ne me forcez pas à vous jeter des sorts jusqu'à l'inconscience. Je ne veux pas avoir de détails sur votre sordide affaire avec mon fils. Pas un mot de plus. »

« Il a le plus… »

Harry s'arrêta de parler et rigola quand elle sortit sa baguette de sa manche.

« C'était plus qu'un mot », signala-t-il.

« Vous n'avez pas besoin de me dire à quel point Draco est incroyable. Clairement je l'aime plus que de manière raisonnable selon tout le monde que je connais. »

Elle but une gorgée de son verre, une mixture limpide qui ressemblait à de l'eau mais qui devait être plus fort si l'on observait les tâches de rose éclatantes sur ses joues et son articulation des mots qui n'était plus aussi parfait. Elle posa son verre presque vide sur la table et se leva avec une expression déterminée.

« Venez avec moi, Harry. Je voudrais vous montrer quelque chose. »

Harry finit son verre, le posa à côté du sien, et la suivit. Harry évalua mal la largeur de la porte et se cogna l'épaule dans le montant de la porte. Penaud, il s'excusa à Narcissa et s'empressa de la suivre en massant la zone douloureuse. Il était possible qu'il fût un peu plus soûl qu'il ne le fallait quand on suivait une sorcière puissante et anciennement mangemort dans sa maison potentiellement diabolique au milieu de la nuit. Ils parcoururent un long couloir, tourna plusieurs coins, descendirent plusieurs escaliers courts, et finirent par se tenir devant une porte en chêne décorée avec des gonds en fer forgé et d'une poignée raffinée.

Narcissa s'arrêta la main posée sur la porte. Elle regarda Harry et sembla soudainement indécise. Elle mordilla sa lèvre inférieure et dit :

« Vous avez déjà vu la chambre de Draco, n'est-ce pas ? Pensez-vous que c'est une mauvaise idée de l'avoir conservé exactement comme elle était quand il… ? »

Harry secoua la tête.

« Bien sûr que non. Ce n'est pas comme si vous avez besoin d'espace. Et vous ne vous y rendez pas tous les jours pour pleurer sur ces affaires… non ? »

Ses yeux se plissèrent et elle fit un signe de dénégation de la tête.

« Alors, au début si, mais ensuite Draco s'est plaint que la moisissure détruirait ses souvenirs. »

Harry rigola.

« C'est vrai. Ce n'est pas comme s'il était complètement parti. Ne piquerait-il pas une crise si vous aviez commencé à emballer ses affaires ? »

Elle redevint sérieuse et hocha de la tête.

« Probablement. Et je détesterais qu'il pense que j'avais décidé… de le laisser partir, comme ils m'ont tous… comme Lucius… m'a dit de le faire. Je ne le lâcherai pas, Harry. Pas avant d'avoir épuisé toutes les solutions possibles. Il est tout pour moi. »

Harry déglutit et opina de la tête, il pensa au sacrifice de sa propre mère.

« Je suis certain que je ferais de même si j'avais un enfant. »

Elle sourit tristement et ouvrit la porte.

Harry entra dans la chambre, incertain de savoir ce qu'il y trouverait. Rien n'aurait pu le préparer à ce qu'il vit. La chambre était petite et un peu octogonale, de couleur sombre et avec du lambris richement décoré. Seule une énorme table en pierre se trouvait au centre de la pièce. Draco Malfoy reposait sur la table.

Harry s'avança rapidement, il avait tellement de questions qui s'entrechoquaient dans son esprit qu'il n'en prononça aucune. Il s'arrêta au bord de la table, il posa un regard admiratif sur le magnifique visage de Draco, qui semblait vivant et en bonne santé. Sa peau était pâle, mais il y avait une teinte rosée qui donnait l'impression qu'il était vivant et en forme. Ses cheveux étaient plus longs que ceux de son fantôme et Harry ne put résister à passer la main dans ses cheveux pour les éloigner de son front. Il s'attendait presque à ce que Draco ne s'éveillât en sentant ce mouvement.

« Comment ? » interrogea Harry en se forçant à retirer sa main.

Draco flottait réellement sur cette table et ne la touchait pas vraiment. Il était habillé d'une manière différente qu'à sa mort. Un pantalon noir couvrait ses jambes et un pull bleu en cachemire révélait le col d'une chemise en soie blanche en dessous. La forme en V exposait le creux entre ses clavicules et Harry désira se pencher et l'embrasser, comme il l'avait fait de nombreuses avant, mais il suspecta que la peau serait chaude et douce, au contraire de la peau illusoire et froide du fantôme.

« C'est à cause de moi », expliqua Narcissa doucement, en s'avançant pour être à ses côtés. « J'étais à Poudlard quand Draco a été assassiné. C'était une coïncidence, vraiment. Je voulais faire du shopping avec lui dès qu'il avait fini son travail. »

Son nez se retroussa.

« Les choses qu'ils lui demandaient de faire étaient horribles. Mon fils qui faisait des travaux manuels. »

Elle soupira lourdement.

« Je sais que c'était mieux qu'Azkaban, mais c'était une disgrâce. Ses magnifiques mains… »

Elle tendit la sienne pour en attraper une, de ses doigts elle caressa la pulpe des doigts de Draco qui n'eut aucun réaction.

« Je devais les soigner pendant des jours avant qu'il ne commence à avoir ses callosités. »

Elle remit la main avec précaution sur l'abdomen de Draco, l'une au-dessus de l'autre.

« En tout cas, j'étais là et je l'ai senti mourir. »

Elle rigola sans humour à la surprise d'Harry et elle secoua de la tête.

« Enfin pas vraiment. Pendant la guerre, quand je ne savais pas s'il était vivant ou mort… Cette terreur écrasante était la pire des émotions. C'était pire que d'être aux côtés du Seigneur des Ténèbres. Je pouvais tout supporter tant que je savais que Draco était en sécurité. Alors après la guerre, j'ai jeté un sort sur Draco qui m'alerterait s'il était en danger mortel. Il était au courant bien sûr, et il m'avait dit que j'étais folle et que je ne m'inquiétais pour rien, puisque que la guerre était finie. Dans quel danger pouvait-il se mettre ? »

Elle passa sa main sur le pantalon de Draco et attrapa une petite poussière près de sa cheville.

« Je n'aurais pas dû faire confiance à Gregory Goyle. Je savais que quelque chose n'allait pas chez ce garçon, bien avant que la guerre ne se termina. Il était plutôt une brute tranquille avant qu'il ne soit témoin des horreurs perpétrées par les autres. Greyback était le pire, il les attirait et les menait de plus en plus dans la dépravation. J'ai essayé de protéger Draco du pire, mais Gregory et Vincent… »

Elle secoua sa tête.

« La mère de Gregory est mort quand il était jeune et la mère de Vincent n'était rien de plus qu'une chose effrayée, qui se cachait dans l'ombre de la brutalité de son mari. J'ai essayé de les materner de mieux que je pouvais, mais je dois admettre que je ne les appréciais pas particulièrement. »

Harry ne dit rien, mais la pensée que Fenrir Greyback avait influencé Crabbe et Goyle était horrifique. Harry se souvint comment de typiques harceleurs d'école ils s'étaient transformés en de fervents apprenties mangemorts : ils étaient fiers d'avoir trouvé une habilité pour blesser les autres. Il déglutit difficilement au souvenir de Crabbe qui avait hurlé le sortilège de la mort dans la salle sur demande, il était prêt à tuer sans pitié et sans hésitation. Et Goyle avait tué Draco. Narcissa se tenait-elle responsable pour ça ? Harry pensait que c'était le cas.

« Regarder en arrière et se demander ce qu'il aurait été mieux de faire ne fait évidemment aucun bien », poursuivit Narcissa. « Mais il est difficile de ne pas se blâmer pour ne pas avoir vu les signes, pour ne pas avoir fait plus et pour ne pas avoir protégé son propre enfant… »

Elle s'interrompit, mais elle secoua sa tête et continua :

« Qu'importe, j'ai su quand Draco était en danger et j'ai couru au château, d'une manière ou d'une autre j'ai su que j'arriverais trop tard. J'ai jeté un sort à Gregory sans ménagement au moment où je suis arrivée. Je ne l'ai pas blessé, je pensais juste que c'était une dispute entre garçons qui était allée trop loin. Je pensais que Draco se réveillerait et n'aurait rien de grave, puisque peu de temps s'était écoulé. Cela ne faisait que quelques minutes, quelques courtes minutes seulement ! »

Sa main agrippa le menton de Draco et sa voix fut prise de sanglots. Elle inspira profondément et lourdement. Les mains d'Harry se renfermèrent en des poings – il n'était pas certain si placer une main sur son épaule pour la réconforter l'aiderait ou la distrairait.

« J'ai essayé de le faire revenir. J'ai jeté sort sur sort, tout ce que je pouvais penser, tout ce qui aurait pu l'aider. Minerva est arrivée et a essayé de m'arrêter. »

Elle remua sa tête et une larme coula le long de sa joue.

« Rien n'a fonctionné. Oh, j'ai réussi à faire battre son cœur à nouveau, et il respirait, mais mon Draco était parti. Ça… »

Elle fit un geste vers la forme de Draco.

« C'est juste une coquille. J'ai jeté un sortilège de stase sur lui et je l'ai ramené ici. Lucius était mortifié. Nous nous sommes souvent disputés. De plus en plus fréquemment quand j'ai appris que Draco était un fantôme. J'ai passé des heures, un nombre infini d'heures à faire des recherches et à jeter des sorts expérimentaux. J'ai pratiquement oublié l'existence de Lucius. »

Elle enleva sans y penser la larme, l'attrapa avec son index.

« Sans succès, comme vous le savez. Le corps de Draco vit comme vous le voyez. Il est dans un état proche de l'hibernation, il respire rarement. Ses battements de cœur sont si lents qu'ils sont presque indiscernables. »

Elle mordit sa lèvre.

« Son cerveau ne réagit plus. Il est juste… comme une poupée magnifique. »

Elle déplaça sa main du menton et toucha un pied recouvert d'une chaussette noire. Cela le rendait d'une certaine manière plus vulnérable.

« Lucius et moi avons eu une dernière dispute il y a quelque temps. »

Elle fronça des sourcils.

« Deux ans ? Aussi longtemps ? »

Elle haussa des épaules.

« Je lui ai demandé ce qu'il voulait que je fasse, tuer le corps de Draco ? Arrêter de trouver un moyen pour le sauver ? Arrêter de chercher un moyen pour forcer un fantôme à regagner forme humaine ? Il n'a pas su me répondre et je n'avais aucune force pour me défendre. Il est parti pour des affaires et n'est plus jamais revenu. Nous nous envoyons toujours des lettres, mais il n'y a plus de passion. Nous nous parlons comme des étrangers, nous discutons de ses affaires et de mon jardin, ou des dernières nouvelles dans la Gazette des Sorciers. Rien d'important. »

« Pensez-vous qu'il reviendra ? » demanda Harry.

Elle lui jeta un coup d'œil et secoua sa tête.

« Pas tant que Draco est là, comme ça. Mon temple comme l'appelle Lucius. »

« Quel est l'avis de Draco ? »

« Il ne vient plus ici maintenant. Je pense qu'il est trop dur pour lui de l'accepter. Nous avons essayé pendant des mois de le mettre dans son corps, de forcer son corps d'accepter sa forme fantomatique. Rien n'a fonctionné. Je crois que le sortilège que vous avez mentionné – celui pour lier une âme à un corps ? »

Elle secoua la tête et plissa du front.

« Il y a quelque chose à propos de ce sort, n'est-ce pas ? Quelque chose qui le rend infaisable ? »

Harry déglutit.

« Un sacrifice. »

Elle soupira et opina de la tête.

« C'est cela. »

Il y eut un silence pendant un long moment et Narcissa dit :

« Lucius et moi étions des parents terribles. »

Harry la fixa des yeux, estomaqué qu'elle l'eut admis.

Elle vacilla et tapota le pied de Draco.

« Oh oui, nous l'étions. Draco ne voulait rien quand il était enfant. Lucius et moi nous l'avions dorloté et au moment où nous l'avions réalisé, il était déjà horriblement gâté. Draco était exigeant, critique et sur réagissait. Par Salazar, les lettres qu'il m'envoyait ! Il se plaignait de tout : de la nourriture à la façon dont dormaient ses camarades. »

Elle agita sa tête.

« Je pensais que cela n'avait pas d'importance, que Draco devait avoir tout ce dont il voulait. Il aurait la richesse, les privilèges et une bonne place dans la société, il regarderait de haut ceux qu'il pensait être plus bas que lui… »

Elle se rapprocha de la table et lâcha Draco pour poser sa main sur la surface plane. Elle prit une grande inspiration.

« Puis il est revenu. »

Elle frissonna.

« Tout a changé. Nos vies n'étaient plus les nôtres. Toutes nos pensées n'étaient plus à nous. Nous n'avions plus d'intimité, plus de liberté, plus aucune chance de s'échapper. Les complots auraient été extraits de nos cerveaux avant même d'avoir une chance de les mettre en action. Lucius devint moins qu'une marionnette, terrifié de faire le moindre faux de peur que Draco et moi en souffrions. Je voulais prendre Draco et fuir, mais nous n'avions pas d'opportunité. Voldemort ne nous a jamais permis d'être seuls tous les trois sans qu'il n'y ait quelqu'un d'autre, que ce soit ma sœur ou un de ses fidèles chiens. Draco a grandi rapidement pendant cette période terrible. J'imagine que nous devons remercier Voldermort d'avoir expurgé toute trace d'enfant gâté en lui pour le transformer en l'homme qu'il est… ou qu'il était. »

Elle soupira longuement et envoya un sourire crispé et vraisemblablement forcé à Harry.

« Regardez-moi devenir sentimentale. Vous ne devriez pas voyager dans cet état. Vous pouvez dormir dans la chambre de Draco si vous le voulez. Ne savez-vous vraiment pas où il se trouve ? »

Harry fit un geste de dénégation.

« J'espérais qu'il serait ici. »

« Il peut l'être. C'est une très grande maison et je ne connais pas tous ses anciens endroits favoris. Les elfes de maison pourraient le savoir. Je peux leur demander. »

« Non. S'il ne veut pas être trouvé, je ne veux pas le forcer. »

La voix d'Harry était amère, mais il ne put résister de tendre la main pour toucher la chevelure de Draco encore une fois. Le voir si solide, comme s'il pouvait ouvrir les yeux et se réveiller à tout moment, lui crevait le cœur.

« Je vous remercie de m'avoir montré ça. »

« Je ne l'aurais probablement pas fait sans ce dernier verre », admit-elle. « Je me sens un peu pompette, donc je vais me retirer. Si vous me permettez ? »

Harry acquiesça, il se sentait lui-même vacillant. Il la suivit à la porte et sortit. À nouveau à l'étage, elle le dirigea vers la chambre de Draco et s'éloigna rapidement. Harry trouva son chemin vers la chambre de Draco avec seulement deux mauvais virages et s'allongea sur le lit moelleux sans se déshabiller. La chambre tournait autour de lui et il essaya de se souvenir de l'incantation du sortilège de désenivrement jusqu'à ce que le sommeil lui fît oublier la pièce qui tournait et l'emportât dans l'inconscience.


O….O

Il se réveilla toujours étalé sur le lit de Draco, bien qu'il eût apparemment tiré un coin de la couverture sur lui pendant la nuit. Il était courbaturé et chiffonné avec un mal de tête qui pulsait atrocement.

Après s'être forcé à se lever, il trouva sa baguette et chaussa ses chaussures (il avait étonnement réussi à les enlever la veille), il descendit avec précaution pour utiliser la cheminée. Un elfe de maison apparut avant qu'il ne s'en alla, probablement pour s'assurer qu'Harry ne planifiait pas de s'en aller en emportant un bijou de famille des Malfoy, donc Harry croassa :

« S'il vous plaît, dites à Mme Malfoy que je la remercie pour son hospitalité. »

L'elfe de maison hocha de la tête et Harry jeta une poignée de poudre et tituba dans sa chambre à Poudlard. Il tomba à genoux et resta comme ça jusqu'à ce que l'envie d'expulser tout ce que contenait son estomac se calmât. Il pria tous les dieux qu'il avait une potion contre la gueule de bois quelque part dans son stock de potion. Eurgh, il ne boirait plus jamais.

« Tu as passé du bon temps dehors à ce que je vois. »

La voix sèche fit relever brusquement la tête d'Harry avec stupéfaction. Draco se tenait près de lui, les bras croisés, et un regard désapprobateur était fiché sur son visage.

Le cœur d'Harry battait à ses tempes. Son premier instinct – accourir et envelopper Draco dans ses bras avec soulagement – fut coupé court car c'était inutile, puisqu'il ne pouvait pas le toucher – et ce besoin disparut sous la montée de sa colère.

Ne se faisant pas confiance pour parler, Harry le foudroya silencieusement du regard et entra dans la salle de bain. Il ouvrit l'armoire murale et déplaça ses différentes potions. Une potion contre le mal de tête – ça pourrait fonctionner s'il ne trouvait pas ce qu'il cherchait. Il fronça des sourcils en déplaçant les fioles. Où est-ce qu'elle était putain ? Il devait bien y avoir une potion contre la gueule de bois quelque part…

La voix de Draco s'éleva derrière lui.

« Je dois avouer que j'espérais qu'il te faudrait plus de quatre jours pour me remplacer. »

Harry ferma les yens en entendant la voix calme et blessée. Il prit une grande inspiration et se tint fermement à la porte de l'armoire.

« Je t'ai cherché pendant tout ce temps. Je t'ai cherché dans le château, je t'ai cherché dans la forêt, j'ai failli mourir sous un éboulis, et un représentant élu par le consortium des fantômes a été chargé de me parler de mon comportement déplacé. De désespoir, je me suis finalement rendu chez ta mère, qui m'a permis de boire bien trop de whisky Pur Feu pendant que je pleurais sur son épaule. »

Harry finit sa diatribe et se tourna pour jeter un regard mauvais à Draco.

« Elle m'a permis de passer la nuit dans ton lit plutôt que de me désartibuler, ou de me tromper de cheminée pour atterrir Merlin-seul-le-sait, donc j'apprécierais que tu n'utilises pas ce ton lamentable avec moi et que tu n'oses pas suggérer que je ne tiens plus à toi. Et merde où étais-tu ? »

Draco eut la grâce de paraître stupéfait.

« Tu n'as pas vraiment pleuré sur l'épaule de ma mère, n'est-ce pas ? »

Harry roula des yeux, mais ce geste envoya une décharge de douleur dans sa tête, alors il se tourna à nouveau vers le placard avec une détermination nouvelle.

« C'est sur le côté gauche. La deuxième étagère derrière cette mousse de rasage que tu détestes. »

« Je ne la déteste pas », marmonna Harry pour le contrarier.

Il poussa le pot sur le côté et eut un soupir de soulagement quand ses doigts se refermèrent autour de la potion contre la gueule de bois. Il la décapsula et versa la potion dans sa gorge, avala rapidement et récita mentalement tous les symboles runiques qu'il pouvait se souvenir pour se distraire du goût, et aussi pour oublier les ingrédients. Son estomac s'agita douloureusement et sembla hésiter sur le fait de renvoyer la potion par où elle était entrée, mais la chaleur explosive familière se propagea en lui. Il pensait toujours que la potion brulait toutes les traces d'alcool dans le sang.

Il ferma la porte de l'armoire et reposa sa tête contre lui pendant un moment. Il se sentit mieux immédiatement, mais il était aussi très fatigué.

« J'étais à Londres », dit Draco.

Harry inclina sa tête sur le côté pour l'observer.

« Londres. Eh bien, je n'ai pas pensé te chercher là-bas, hein ? »

Les doigts de Draco agrippèrent un bouton de sa robe, c'était un geste de nervosité qu'Harry reconnaissait.

« Un éboulis ? Pensais-tu réellement que je me cacherais dans un tunnel sale sous le château ? »

Harry recula de l'armoire et passa sa chemise par-dessus sa tête.

« Apparemment je ne pensais pas clairement. C'est une de mes habitudes. »

Il sortit sa baguette et la posa près du lavabo, ainsi que les divers éléments qui étaient dans ses poches – une liste de choses à faire, quelques gallions et noises, un emballage de bonbon qu'il n'avait pas fait disparaître car il avait été en retard, et un petit colis qu'il ne reconnaissait pas. Il l'ouvrit avec précaution pour trouver des ailes de grillon emballées. Narcissa. Il les éleva sous le regard attentif de Draco et sourit avec ironie.

« Je ne veux pas savoir comment elle les a mises dans ma poche. »

Draco retroussa son nez.

« Les elfes de maison évidemment. Par pitié ne me fais pas imaginer les mains de ma mère près des poches de ton pantalon. »

Harry renifla de dédain et enleva son jean, puis ouvrit le robinet de la douche.

« Quel consortium de fantômes ? » questionna Draco, apparemment il remontait le fil de l'éclat d'Harry.

« Tous apparemment. Savais-tu qu'il était contre certaines règles de fantôme qu'un fantôme et un humain de… » Harry s'interrompit avant de dire tomber amoureux, et le changea pour : « se fréquenter ? »

« Je le savais. »

Harry regarda par-dessus son épaule pour voir Draco hausser des épaules.

« Je le savais, je m'en fichais. Prends-tu ta douche ? »

Harry retint une remarque sarcastique, il savait que les questions continuelles de Draco étaient pour combler le silence quand il ne savait pas que dire. Harry aurait pu être plus agréable, mais quatre jours à rechercher le crétin l'avait rendu moins charitable. A la place, il fit glisser son sous-vêtement et en sortit, ensuite il tira le rideau et se plaça sous le jet d'eau chaude.

Il savait que Draco le regardait, mais il n'était pas particulièrement excité. A la place, il revint sur sa visite chez Narcissa et sur la vision du corps magnifique et (presque) sans vie de Draco étendu comme une tentation, attendant le baiser magique d'un prince pour le ramener à la vie. Harry retint un ricanement. Si c'était seulement aussi simple.

Harry shampooina ses cheveux et frotta son corps, se rinça entièrement avant de fermer l'eau et d'attraper une serviette. Pendant qu'il s'en entourait, Draco demanda :

« Es-tu en colère avec moi ? »

Harry se rapprocha de lui avec des yeux étincelants.

« Je suis très en colère. Je me considèrerais chanceux d'être intangible si j'étais toi. »

Draco baissa les yeux et semblait prêt à fondre dans le mur et de partir à nouveau. Harry ajouta :

« Mais je suis aussi très heureux que tu sois de retour. S'il te plaît ne disparaît plus. »

Il tendit une main pour toucher le visage de Draco, même si le fantôme ne pouvait pas le sentir.

« Mais tu as dit… »

« Tu ne m'as pas laissé finir. Et aussi, j'exprimais mes envies à voix hautes, d'accord ? Pas une envie pour quelqu'un d'autre, je souhaitais juste stupidement que tu pouvais être corporel plus longtemps que quatorze heures et sans le besoin d'une fichue potion avec des satanés ingrédients difficiles à trouver. Je me plaignais de l'injustice de la situation, d'accord ? Si tu comptes disparaître pendant des jours à chaque fois que je dis quelque chose que tu ne veux pas entendre… eh bien, franchement je suis surpris que tu sois toujours là. »

Draco rencontra son regard et sourit faiblement.

« Tu sais que c'est ridicule et que je ne suis pas du tout bon pour toi. Le Sauveur du Monde est supposé se marier avec la femme parfaite, faire des enfants et être le champion de la justice et du bien. »

Harry plissa du nez.

« J'ai rempli mon rôle, et je préfère choisir par moi-même ce qui est bon pour moi et ce qui ne l'est pas, merci bien. Pour le moment, je suis heureux d'enseigner à Poudlard et de sortir avec mon ancienne némésis qui est maintenant mon petit-ami fantomatique. As-tu un problème avec ça ? »

« J'étais ta némésis ? »

Draco semblait immensément ravi à cette idée.

Harry secoua sa tête, mais il ne put pas contenir son sourire.

« Je dis que tu es mon petit-ami et tu retiens que tu étais ma némésis. Honnêtement, je devrais t'échanger avec quelqu'un de plus gentil. Comme le Baron Sanglant. »

« Comment oses-tu ? Le Baron Sanglant ? Cela ne se fait pas ! Et je suis horrifié car tu sembles avoir développé une sorte d'étrange fétichisme pour les fantômes. La directrice le sait-elle ? »

Harry rit.

« Je ne l'espère pas ou je n'aurais plus de travail bientôt. Viens, allons préparer cette satanée potion pour que je puisse te montrer à quel point que je suis content que tu sois revenu. Aussi, tu n'es plus autorisé de disparaitre pendant des jours à nouveau, est-ce clair ? »

Les yeux de Draco s'étrécirent.

« Sais-tu que tu es assez sexy quand tu es autoritaire ? »

Le corps d'Harry réagit à cette déclaration d'une façon prévisible et il laissa la serviette tomber au sol délibérément. Le regard de Draco se baissa et de la chaleur explosa entre eux. Les doigts de Draco ouvrirent sa robe fantomatique avec empressement et ils ne prirent pas la peine de quitter la salle de bain, à la place ils s'observèrent l'un et l'autre se masturber avec des yeux plein de promesse.

Plus tard, avec son sperme refroidissant sur son abdomen, Harry se pencha jusqu'à ce que sa bouche caressât la froideur qui marquait les lèvres de Draco.

« Je préfère passer quatorze heures avec toi plutôt que des mois de suite avec quelqu'un d'autre. »

Draco l'enveloppa dans ses bras en un semblant de câlin, ce qui lui donna l'impression d'avoir froid et chaud en même temps.

« Idiot », marmonna-t-il.

« Ouai. »


O….O

Bien plus tard, quand la dernière fournée de potion Corporelle reposait en sécurité dans l'armoire, Harry attrapa le livre avec le sort inquiétant. C'était un des livres que Narcissa lui avait envoyé quand il essayait de se libérer de Draco, dans une autre vie lui semblait-il.

Draco secoua la tête.

« Pourquoi continues-tu de les lire ? »

« Ta mère m'a montré ton corps. »

Harry observa Draco quand il déclara cela. Il n'eut aucune réaction, mais Harry savait qu'il était surpris.

« Pourquoi ? »

Harry haussa des épaules.

« Je pense qu'elle voulait le révéler à quelqu'un. »

« Que t'a-t-elle dit d'autres ? »

« Que ton père est parti parce qu'elle a refusé de t'abandonner. »

« Ce n'est pas la seule raison. »

Harry hocha de la tête.

« Elle connaissait ce sort. »

« Elle voulait le lancer. »

Les mains d'Harry s'agrippèrent au livre. Le sort était limpide. Une vie pour une vie.

« Laquelle ? » interrogea-t-il.

« La sienne. »

Harry ferma les yeux. Un sacrifice. L'amour. Évidemment Narcissa était prête à donner sa vie pour celle de Draco. Elle avait menti à Voldemort pour le sauver. Ses yeux s'ouvrirent brusquement.

« Tu l'as arrêté. »

« Pas seulement moi, Père aussi. La victime sacrificielle ne peut pas jeter le sort. Ma mère était prête à donner sa vie pour moi, mais Père a refusé de le lancer. J'avoue que j'étais content qu'il ait refusé. Il l'aime même si sa longue absence peut donner l'impression du contraire. Elle peut être très têtue quand elle a une idée dans la tête. »

« Alors, maintenant je sais d'où te vient cette qualité », murmura Harry.

Draco lui lança un regard de supplique.

« Par pitié, dis-moi qu'elle ne t'a pas demandé de le faire. »

« Faire quoi ? »

« La tuer, espèce d'idiot ! T'a-t-elle demandé de lancer le sort ? »

Harry inspira brutalement.

« Non ! Bien sûr que non ! Je ne ferais jamais… »

Il se mordit la lèvre. De toute évidence il ne lancerait jamais un tel sort. Ce serait un meurtre, qu'importe le résultat.

« Finis la », dit Draco d'un ton monotone.

« Je ne tuerais jamais ta mère, même pour te ramener à la vie », dit doucement Harry.

« Jure-le. »

« Draco… »

« Jure-le ! Promets-moi ou putain je te quitterais et tu ne me verras plus jamais ! »

Harry se renfrogna. «

Oui ! D'accord ! Je promets que je ne tuerais jamais ta mère ! Merlin ! »

À sa stupéfaction, Draco s'affaissa.

« Je te remercie. Je savais que Père ne le ferait jamais, mais parfois j'ai peur qu'elle trouve quelqu'un de moins scrupuleux. »

Harry se mordit la langue pour éviter de rétorquer face à l'implication qu'il pouvait être moins scrupuleux que Lucius Malfoy. A la place, il sourit tristement.

« Je sais ce que l'on ressent quand une mère meurt pour que l'on puisse vivre. Je ne le souhaite à personne. »

Ses mots calmèrent Draco qui arrêta d'être tendu et lui fit un petit sourire.

« Désolé, j'ai oublié à qui je parlais pendant un instant. »

« Oui, le Sauveur du monde et tout ça. »

« L'Incarnation de la Sainteté. »

Harry s'étouffa de rire.

« Je n'avais jamais entendu celui-là. »

« C'est parce que je suis un innovateur. »

« Je crois que le mot que tu cherches est 'fou' », corrigea-t-il.

« Tais-toi. Maintenant éloigne ce maudit livre et continue de lire le mien. J'ai hâte de savoir si Estelle se marie avec Thomas ou le quitte à l'autel. »

« Ton goût en littérature m'épate. »

« Dis l'homme qui n'a jamais lu les contes de Beedle le Barde. »

Draco agita sa main.

« Le livre, Potter. »

Harry grommela, mais il abandonna son livre de magie noire sur le sol et prit le dernier livre à l'eau de rose de Draco. Il essaya de se concentrer sur les mots, mais ses pensées retournaient de temps en temps au livre par terre et sur la magie insidieuse à l'intérieur.