O..16..O
La soirée du 31 décembre se passait un peu mieux que celle de Noël, cela était en partie dû à la présence de Ginny. Harry était allé chez les Weasley après que Draco lui avait promis qu'il serait là à minuit, même s'il devait le rencontrer dans les toilettes. Il n'avait aucune intention d'embrasser quelqu'un d'autre, non pas que Ginny lui aurait proposé. Elle racontait plein d'anecdotes sur son nouveau petit-ami, ainsi que des histoires sur les merveilles de l'Argentine. Elle était magnifique, mince et bronzée, avec une nouvelle coupe de cheveux qui avait fait gémir de regret Molly, mais Harry avait la sensation que cette dernière ressentait un pincement au cœur en voyant son enfant être une adulte.
Ils faisaient tous un effort pour ne pas reproduire la soirée dépressive et larmoyante de Noël, et cette fois-ci la famille se concentrait sur les bons souvenirs et racontaient des histoires emplies de rire. Cela aidait que la maison fut pleine à craquer : différentes personnes de département d'Arthur étaient présentes, ainsi que quelques amis de Bill et de Fleur, un couple d'amis de George, et plein d'autres comme Kingsley Shacklebolt et Luna Lovegood.
Du champagne coulait à flot et Harry bavardait avec d'anciens camardes de Poudlard, en buvant du soda à la place du champagne à cause de la nausée qu'il ressentait encore après l'abus du whisky Pur Feu. Tandis que minuit approchait, Harry se glissa à l'extérieur et se rendit dans un coin caché du jardin. Draco sortit des ténèbres avec un sourire en coin. Venant de l'intérieur de la maison, le décompte hurlé par toutes les voix s'entendait clairement. Harry se sentait étonnement heureux.
« C'est ridicule », déclara Draco.
Harry rigola.
« Veux-tu que je reparte à l'intérieur et que j'embrasse quelqu'un d'autre ? »
« Qui ? » demanda Draco avec véhémence.
Harry rigola à nouveau et s'approcha de lui.
« Personne, idiot. Pourquoi penses-tu que je voulais que tu sois là ? Je n'embrasserai personne d'autre que toi ce soir. »
« Et je ne suis pas vraiment moi », fit Draco.
« C'est suffisant », répliqua Harry.
Puis il eut un silence venant de la maison et il s'inclina en avant avec habitude : ses lèvres tendues et ses yeux se fermèrent en papillonnant. Il se souvint de tous les baisers qu'ils avaient échangés et quand il ouvrit les yeux à nouveau, Draco avait un doux sourire qui étiraient ses lèvres.
« Bonne année, Draco. »
« Bonne année, Harry. »
Du monde commençait à se répandre dans le jardin au moment où la collection de pétards appartenant à George explosèrent. Draco leva ses mains et Harry les caressa avec les siens, et Draco fondit dans les haies et disparut.
Plus tard, Ron joignit Harry.
« Pourquoi ne peux-tu plus le toucher ? »
Harry le regarda avec surprise et Ron haussa des épaules.
« Je vous ai vus à travers la vitre après qu'Hermione m'avait coincé pour m'embrasser. »
Il lui sourit.
« C'est sympa de savoir qu'elle se soucie encore de moi. »
« Que veux-tu dire ? Bien sûr qu'elle tient à toi ! »
« Oui, elle s'est beaucoup éloignée. Elle dit que c'est à cause de ses recherches, mais… »
« Alors c'est à cause de ça. Tu sais bien que ce sont à cause des recherches ! Elle essaie… »
Harry laissa sa phrase en suspens. Ils savaient tous les deux ce que faisait Hermione – rechercher toutes les sources viables pour avoir une solution contre la mort prochaine de Ron.
« Où est-elle ? »
Ron soupira.
« Elle pleure à nouveau. Elle a dit qu'elle allait chercher plus de champagne, mais elle s'est enfuie aux toilettes. Je suis certain qu'elle pleure en pensant que c'est ma dernière fête du nouvel an. »
Le ton de Ron était remarquablement blasé. Harry plissa du front, mais Ron poursuivit :
« Alors que se passe-t-il avec Malfoy ? Il ne ressemblait pas tellement à un fantôme la dernière fois que je l'avais vu. »
« Grâce à un potion », expliqua Harry. « Cela le rend plus solide. Un des ingrédients est vraiment rare, donc nous n'en avons pas souvent en stock. Il reste neuf jours avant que le prochain lot ne soit prêt. »
Harry sourit tristement.
« Bizarrement, tu ne flippes pas. »
Ron renifla.
« Se trouver face à la mort change drôlement notre perception du monde. Si tomber amoureux d'un fantôme te rend heureux, alors qu'il en soit ainsi, même si je ne ferai pas semblant de comprendre pourquoi tu as choisi Malfoy entre tous. »
Ron secoua sa tête.
« Je ne l'ai pas exactement choisi. En fait, d'abord je voulais le détruite. Mon dieu, il peut tellement être un crétin irritant, encore maintenant. »
Harry secoua sa tête, mais ses mots contenaient de la tendresse même à ses propres oreilles. Putain, il l'avait dans la peau.
« C'est juste… arrivé. »
Un phœnix de feu fondit au-dessus de leur tête et Ron beugla :
« George ! Si tu mets le feu à mes cheveux encore une fois, je te jetterais tellement de sorts que tu ne seras plus capable de marcher pendant une semaine ! »
George rit.
« Tu sais petit frère, je pense que tu serais plus beau chauve ! » cria-t-il en retour.
Le phœnix plongea à nouveau, forçant Ron et Harry à l'esquiver, alors Ron sortit sa baguette et lança des sortilèges à George sous les rires des autres.
À ce moment-là, tout semblait être normal à nouveau, et 2003 naissait telle une aube lumineuse de promesse, malgré les nuages sombres qui se profilaient à l'horizon.
O….O
La mi-janvier apporta un froid mordant, ainsi que des enfants irrités par l'obligation de revenir à l'école, et des visites de plus en plus fréquentes de Ron dont l'état s'empirait. Son système immunitaire affaibli l'avait rendu vulnérable au froid à tel point que les guérisseurs le surveillaient pour être certain que cela ne se transformât pas en pneumonie.
Étrangement, Ron commençait à bien s'entendre avec Draco et lui gardait compagnie quand Harry faisait cours. Ils passaient des heures à jouer aux échecs, même quand Harry était dans la même pièce. Il les laissait à leur jeu, se concentrait sur la préparation de ses leçons et à en imaginer de nouvelles, il essayait d'équilibrer la balance entre les sorts rudimentaires et compliqués pour l'arrivée des ASPIC.
« Échec ! » prononça Draco avec suffisance et il claqua sa langue. « C'était une erreur idiote, Weasley. »
Ron renifla de dédain.
« Pas aussi idiote que tu pourrais le penser, Malfoy. »
Il bougea une pièce.
« Échec et mat. »
Harry évita de sourire face à l'expression incrédule de Draco et à la dispute qui suivrait sur qui était le plus grand crétin et les demandes d'un contre-match, puis Ron tousserait horriblement avant d'avaler une potion rosée.
« Ne meurs pas avant que je ne te batte à plate couture avec notre contre match », fit Draco.
« Va te faire foutre, Malfoy. »
« Ça c'est le boulot d'Harry. »
Harry s'étouffa presque de rire, Ron glapit et posa rapidement les pièces sur le plateau.
« Ferme-la et joue, espèce de branleur ! »
Harry prit le risque de regarder rapidement Draco qui souriait avec suffisance. Ce dernier lui fit un clin d'œil et retourna étudier le plateau. Harry se retourna vers sa pile de dissertation sans les voir. Malgré les mots de Draco, ils n'avaient pas encore fait… ça. Ils n'en avaient pas discuté, mais quelque chose retenait Harry à chaque fois qu'ils y étaient proches. Selon lui, c'était la peur qu'une fois avoir fait un tel saut, il n'y aurait aucun retour en arrière.
Il regarda furtivement Draco encore une fois. Le fantôme observait l'échiquier, il imaginait son prochain mouvement avec une concentration intense en mordillant sa lèvre inférieure d'un geste inconscient. Harry ne put empêcher l'éruption d'une chaleur qui lui fit détourner son regard avant d'être pris sur le fait. Il devait avouer que c'était probablement trop tard. Il ne pouvait imaginer donner son corps à quelque d'autre que Draco. Bientôt.
Il déplaça un paquet de copies pour découvrir le livre contenant le sortilège qu'il avait étudié une douzaine de fois. À chaque fois qu'il pensait que c'était possible, il s'en dissuadait, ça ou la vision d'un Draco aux yeux plissés, inflexible et avec une expression colérique sur le visage. Rationnellement, il savait que le sort n'était pas plausible, réalisable, ou même possible, mais émotionnellement c'était un chant de sirène.
Sur la table près du lit reposait la Théorie Magique Avancée qu'il lisait dernièrement, et essayait de comprendre certains concepts qu'il avait à peine retenus enfant. Mais c'étaient seulement des mots dans un livre à transformer pour ses dissertations afin de passer les ASPIC. Maintenant, ils faisaient sens et il passait des heures à suivre des chemins de logique pour être confronté à un autre concept qui le forçait à lire un autre chapitre et d'essayer de lier les idées ensemble. Habituellement, cela lui donnait un mal de tête et il eut un nouveau respect envers Hermione dont cette aventure mentale ne la dérangeait pas, mais actuellement l'amusait.
Évidemment, elle n'était pas présente pour l'aider maintenant. Harry résistait à l'envie de regarder Ron, qui toussait doucement et ricanait face au dernier mouvement de Draco. Elle faisait des recherches pour essayer de le sauver. Harry déplaça les papiers pour les reposer sur le grimoire avec un mouvement de culpabilité. Il devrait l'aider au lieu de lire des théories sur les fantômes et sur les transferts magiques. Draco ne disparaîtrait pas, mais il y avait encore de l'espoir pour Ron.
Il jura de passer plus de temps à aider son ami et moins de temps à essayer de rendre son petit-ami plus corporel.
O….O
Hermione lui rendit visite une semaine plus tard, elle le surprit à l'extérieur d'une salle de DFCM quand il venait de terminer un cours avec des troisièmes années.
Il l'enlaça avec affection, malgré le viscéral coup d'anxiété que sa présence causait. Ses pensées allèrent immédiatement vers Ron qui ne lui avait pas rendu visite depuis deux jours, même pour jouer aux échecs avec Draco. Harry espéra que son état ne s'était pas aggravé.
Son inquiétude devait être évidente sur son visage. Hermione sourit faiblement.
« Tout va bien, rien de terrible n'est survenu. »
Harry tenta de sourire et d'en rigoler, mais sa grimace lui apprit qu'elle n'était pas dupe.
« Cela fait du bien de te voir », fit-il sincèrement.
« Oui, pareil. Peut-on discuter à l'intérieur ? »
Son regard se posa sur un groupe d'étudiants qui rôdaient près d'eux, discutant d'une façon adolescente, mais ils leur jetaient des regards curieux. La visite d'adultes tendait à toujours attirer leur attention et à les faire spéculer.
« Bien sûr. Viens, avant qu'ils ne commencent à imaginer que l'on sorte ensemble, ou pire. »
« Ils ne sont certainement pas si terribles ? » demanda-t-elle avec un sourire sardonique.
« Pire. Quelques-uns sont convaincus que Ron et moi sommes ensemble. »
Il recula et l'invita à entrer dans la salle de classe, puis la mena dans son bureau.
« Alors, c'est déjà plus plausible que toi et moi », dit-elle en gloussant.
Harry plissa du nez.
« Non. Juste… non. »
Hermione rigola à nouveau et il la regarda curieusement.
« Désolée, je t'imaginais pendant une minute. C'est quelque peu sexy. »
« Hermione ! »
Elle essaya d'avoir l'air contrite et échoua misérablement. Harry retint son propre sourire pour ne pas l'encourager. C'était sympathique de la voir de bonne humeur il ne pouvait pas se rappeler la dernière fois qu'il l'avait vue sourire. Il détestait gâcher ce moment en lui demandant ce qui l'avait emmené à Poudlard.
« Désolée. Je ne suis pas ici pour spéculer sur ta vie amoureuse, mais il y a-t-il quelque chose que tu voudrais me dire… ? »
Elle haussa un sourcil en le regardant.
Pendant un moment, il se sentit parcourir par la panique, il pensait qu'elle avait compris qu'il entretenait une relation avec Draco, ou que Ron avait lâché une information.
« Aucune relation illégale avec un étudiant ? » poursuivit-elle.
Harry se dégonfla presque de soulagement, et reprit contenance en ordonnant sa pile de papiers sur son bureau.
« Non, bien sûr que non. Je pensais que tu n'étais pas là pour spéculer sur ma vie amoureuse. »
Il lui lança un regard entendu.
Elle ricana et se calma.
« Actuellement, je suis ici pour t'emprunter quelques livres. »
« Mes livres ? »
Elle regarda aux alentours comme si elle s'attendait à ce quelqu'un les entende, puis baissa sa voix.
« Tes livres de magie noire. »
Harry cligna des yeux pendant un moment, il n'était pas certain qu'elle fût sérieuse.
« Ne me regarde pas comme ça. J'ai parcouru toutes les autres sources et Ron… »
Harry hocha de la tête.
« Je sais. J'ai actuellement souligné quelques sortilèges que je voulais discuter avec toi. Peut-être que cela aura plus de sens pour toi. »
Ils discutèrent de leur métier en se rendant à son appartement et il la laissa entrer sans peur de rencontrer Draco : il aidait Hagrid à l'extérieur car un nouveau sombral était né ce matin. Harry avait à peine supprimé son sourire quand Draco avait décrit à quel point le petit animal était adorable, jusqu'à ce qu'il reprît contenance et jetât un regard hautain vers Harry.
« Je veux dire, il est mignon pour une créature dégoûtante. »
Harry pointa du doigt la pile de livres qui couvraient quasiment tout son bureau et même le sol. Harry en choisit un et il dit :
« J'ai souligné ceux que je trouvais intéressant. »
Il jeta un coup d'œil furtif vers son lit. Le Grimoire d'Armadel était sur sa table de chevet. D'un mouvement de baguette, il l'envoya sur son lit et sous un oreiller, hors de vue. Rien dans ce livre n'aiderait Ron : Harry l'avait lu consciencieusement plus d'une fois.
Hermione ne le remarqua pas, aussi captivée qu'elle était par les livres sur le bureau.
« As-tu abandonné tes recherches sur les fantômes ? Tu ne m'as plus demandé de dormir sur mon fauteuil depuis un moment. Est-ce que Malfoy a arrêté de t'embêter ? »
Elle le regarda et son regard était perçant. Il réalisa qu'elle n'était pas dupe.
« Oh. Oui, il est… on s'entend mieux maintenant. »
Harry rougit et avança avec empressement pour trier les livres sur le sol.
« J'ai besoin de quelques-uns de ces livres pour mes cours, et celui-là n'a aucune information utile. L'auteur a des liens avec Gilderoy Lockhart, au moins concernant l'égo… »
Hermione sourit et leva une besace dans laquelle elle commença à y fourrer des livres. Quand elle y entrer le septième livre, Harry se fit une note mentale d'apprendre le sortilège d'Extension indétectable à ses septièmes années. Même si ce n'était pas techniquement un sort de défense contre les forces du mal, cela avait été utile pendant la guerre.
« Tu ne veux pas parler de Malfoy avec moi, n'est-ce pas ? » demanda-t-elle.
« Non. Pas maintenant. Pas avec… tout ça. »
« D'accord. »
Harry était surpris par sa volonté de laisser tomber le sujet, mais il nota les lignes de fatigue marquées autour de ses yeux. Il se demandait quand elle avait une nuit de sommeil complète.
Elle termina de mettre les livres dans son sac et le balança sur son épaule.
« Ron vient ici souvent, non ? Comment… comment va-t-il ? »
« Tu ne le sais pas ? » interrogea-t-il, surpris.
Elle détourna le regard.
« Nous ne nous voyons pas aussi souvent qu'avant. Sa mère prend beaucoup de son temps et quand je ne travaille pas, je fais des recherches. Il me dit toujours d'abandonner et de passer… »
Sa voix dérailla un peu, mais elle prit une grande inspira et continua :
« Et de passer du temps avec lui tant que nous le pouvons encore. »
Elle se tourna à nouveau vers lui et elle releva le menton obstinément.
« Une partie en moi pense qu'il a raison, mais l'autre partie, la partie têtue, j'imagine, refuse d'abandonner. Je ne peux pas l'abandonner, même s'il le veut. »
Il sourit faiblement et acquiesça.
« Je sais. Ron comprend, mais peut-être que tu devrais essayer de prendre un peu plus de temps pour lui ? Peut-être avoir un rendez-vous en soirée ou quelque chose comme ça ? »
« Ne devrais-je pas être celle qui te donne des conseils en amour ? »
« Tu te rappelles que je n'ai pas de sexy étudiants pour le moment ? »
Elle gloussa.
« Continue comme cela. »
« Oui, j'aime mon travail. »
« J'en suis heureuse. Tu sembles plus heureux que pendant l'entrainement des Aurors. Je te remercie pour ses livres. Je te les rapporterai quand j'aurais fini. »
« Quelques-uns appartiennent à… » Il s'arrêta juste à temps avant de lâcher le nom de Narcissa Malfoy. « D'autres personnes. »
« Dis-moi quand ils en auront besoin. »
Harry acquiesça et la suivit jusqu'à la cheminée dans l'autre pièce. Elle l'embrassa à lui briser les os et s'en alla. Il se sentit un peu coupable de ne pas admettre sa relation avec Draco, mais elle avait assez sur les épaules sans s'inquiéter pour Harry qui tombait amoureux d'un fantôme. Ils auront le temps d'en discuter plus tard.
O...O
Ron sortit de la cheminée dans l'appartement d'Harry pour voir que Malfoy était penché au-dessus de lui sur le fauteuil, il lui chuchotait apparemment quelque chose à l'oreille.
Ron grimaça de dégoût.
« Es-tu en chair ? »
« Corporel, idiot de Weasley », corrigea Malfoy. « Et non. »
Heureusement, il s'éloigna d'Harry.
Ron ignora l'insulte et soupira de soulagement.
« Oh, bien. Je m'ennuie et je ne veux pas vous voir vous embrasser. »
Il clopina à travers la pièce, il savait qu'il ressemblait plus à un homme de quatre-vingts ans qu'à un de vingt-deux ans. Il avait l'impression d'avoir quatre-vingts ans. Même ses os lui faisaient mal. Il s'étala sur la chaise rouge confortable qui était devenue « sa chaise » sans un accord écrit.
« En parlant de ça, Harry, as-tu dit quelque chose à Hermione ? »
Harry releva un sourcil.
« Je ne crois pas. Pourquoi ? »
« Eh bien, elle a suggéré d'avoir un vrai rendez-vous ce vendredi. Honnêtement, je commençais à croire qu'elle m'avait remplacé.
Malfoy renifla de dédain.
« Où trouverait-elle autant de taches de rousseur ? »
Ron lui fit un geste extrêmement grossier, mais Malfoy ne fit qu'un sourire arrogant.
« Qu'importe », poursuivit Ron, « Je dois l'emmener quelque part de sympathique. Des suggestions ? »
Il avait posé sa question en regardant Harry, mais c'était dirigé vers Malfoy. Le petit-ami fantomatique d'Harry était un crétin, mais il avait été un crétin raffiné de son vivant.
« Bellisimo », dit Malfoy instantanément et son visage eut une expression rêveuse. « Oh, leur tiramisu… Fais en sorte de commander le linguini con aragosta : c'est divin. La sauce nage dans l'ail. Je peux presque encore le goûter. Et les cannelloni de veau. Oh et les crêpes ! Mince alors, que la nourriture me manque. »
« Bellissimo ? » Ron se crispa mentalement. « Tout coûte vraiment cher à cet endroit, non ? »
« As-tu l'intention d'emporter tes gallions avec toi ? » s'enquit Malfoy.
« Draco ! » hoqueta Harry, évidemment horrifié.
« Arrête de marcher sur des œufs, Potter. Nous le savons tous. De plus, si je savais que j'allais mourir à dix-neuf ans, putain je n'aurais pas fait toutes ses erreurs. J'aurais acheté ce nouveau Nimbus qui me faisait de l'œil. Et j'aurais mangé tous les jours à Bellisimo. »
Ron apprécia la franchise de Malfoy. Il ressentait aussi cela ces derniers temps, il voulait vivre passionnément, mais ses tendances économes avaient la vie dure.
« Il a raison, je n'ai pas beaucoup à Gringotts, mais je n'ai aucune raison d'économiser maintenant, n'est-ce pas ? »
De sa paume de main, il tapa sur le bras de la chaise.
« C'est bon alors ! Je réserverai demain. Ne sera-t-elle pas surprise ? »
Harry en douta, mais il ne dit rien.
« Eh, Malfoy, si je te bats à notre prochain jeu d'échec, m'apprendras-tu comment commander une de ces bouteilles de vin luxueuses ? »
Malfoy marcha rapidement vers l'échiquier et prit sa place habituelle, s'asseyant normalement et ne flottant pas comme les autres fantômes.
« Bonne chance avec ça, Weasley. C4. »
Le pion blanc de Malfoy s'avança de deux cases avec obéissance et s'arrêta. Il leva sa lance d'une façon menaçante vers la rangée de pièces noires. Ron se leva de sa chaise et bougea pour s'asseoir face à Malfoy. Harry soupira et attrapa un livre, il savait clairement que les deux seraient concentrés sur leur jeu pendant une heure.
Cela ne faisait que vingt minutes de jeu quand un elfe de maison apparut.
« Maîtresse Narcissa Malfoy sollicite l'accès. »
La tête de Malfoy se releva brusquement.
« Mère ? »
Son ton révélait son inquiétude.
« Je lui permets de venir », déclara Harry.
L'elfe de maison disparut à travers la porte et était parti depuis dix minutes avant de revenir avec Narcissa Malfoy. Elle portait un manteau vif taillé dans une fourrure noire qui était une protection suffisante contre le froid. Le manteau coûtait sûrement plus qu'un mois du salaire de Ron.
Il se mit sur pieds maladroitement, il se sentait vraiment inconfortable. Il ne l'avait vu que d'une certaine distance pendant la guerre et ils ne s'étaient jamais parlé.
« Bonjour, Mme Malfoy. »
« M. Weasley. Ronald, n'est-ce pas ? »
Ron acquiesça, surpris qu'elle se souvint de son nom.
« Il est agréable de vous voir à nouveau. Je vous en prie, continuez votre jeu. » Elle agita sa main vers le plateau. « Draco a toujours adoré jouer, mais Lucius en avait rarement la patience. » Elle sourit faiblement. « Et il perdait fréquemment contre Draco. »
Elle fit un sourire à son fils, qui retroussa son nez. Ron pouvait bien imaginer à quel point Lucius Malfoy adorait perdre.
« Du thé ? » demanda Harry.
Comme s'il avait lancé un sort, un service de thé complet apparut sur la table basse. Ron pensa qu'il devait être agréable de vivre à Poudlard.
Narcissa acquiesça et s'assit sur le fauteuil. Ses yeux restaient sur Draco pendant qu'Harry remplissait une tasse de thé et la lui tendit. Elle la prit et sourit à Harry.
« Je vois que vous vous êtes remis du whisky Pur Feu, Harry. »
Harry lui fit un grand sourire alors que Ron se demandait de quoi elle parlait.
« Oui, je ne pense pas que j'en boirais dans les temps à venir. »
« J'ai apporté quelque chose », fit-elle en déposant sa tasse dans le but de prendre son petit sac à main vert. Elle en tira quelque chose de petit et de rectangulaire. Elle brillait avec un quadrillage de lignes dorées. « C'est une copie du livre dont nous discutions, mais c'est l'original écrit en français. »
Elle la plaça sur la table et sortit sa baguette pour tapoter les lignes brillantes avec le bout de sa baguette. Elle parla doucement et les lignes disparurent. Alors le livre reprit sa taille normale. Ron observa avec des yeux grands ouverts et il réalisa que Narcissa avait lancé un sort de rétrécissement sur un livre de magie noire, puis lui avait redonné sa taille originelle. Elle était plus puissante qu'il ne l'avait réalisé, bien qu'il supposât qu'elle avait de la pratique avec les forces des ténèbres.
« Je vous remercie », fit Harry, « mais je ne sais pas lire le français. »
« Draco si. »
« Harry n'a pas besoin d'autres livres, Mère. »
L'intonation de Malfoy était sans inflexion et sérieuse. Le regard de Ron se posa sur l'un des Malfoy puis l'autre, il sentait la tension sous-jacente voilée par les mots respectueux.
« On ne peut jamais avoir assez de livres, Draco. »
« On peut avoir trop de ces sortes de livres », rétorqua Ron. « À quoi sert-il ? Et ne me sort pas le non-sens sur les leçons pour la Défense Contre les Forces du Mal cette fois-ci, Harry. Je sais quand tu prépares quelque chose. »
« Merci, Weasley. Harry et ma mère complotent pour me transformer en un Inferius. »
« Quoi ? »
« Nous ne complotons pas pour te transformer en un Inferius », dit Harry en roulant des yeux.
Narcissa soupira.
« Draco, tu sais combien de recherches j'ai fait sur ce problème. »
« Alors tu dois arrêter, car ce problème ne se réglera pas comme tu le souhaites ! »
« Cela se pourrait ! »
« Et si cela tombe à l'eau, tu ne seras pas présente pour le savoir, n'est-ce pas ?
Le regard de Malfoy était glacial et Narcissa détourna son regard. Elle prit sa tasse et but, mais ses mains tremblèrent légèrement quand elle la replaça sur la soucoupe.
« De quoi parle-t-il ? » interrogea Ron, complètement confus et ses yeux passèrent d'Harry à Narcissa.
« De rien », dit Malfoy sans intonation. « Cela n'a pas d'importance car je ne serais jamais d'accord, qu'importe combien de changements ridicules tu pourrais penser à utiliser. Le fou prend le cavalier au B6. »
Ron fut bouche bée en observant l'échiquier quand le fou blanc combattit le cavalier noir de Ron, lance contre épée. Le cheval se cabra.
« Espèce de bâtard ! Désolé, Mme Malfoy. Tu ne seras jamais d'accord avec quoi ? »
« Oublie, Weasley. N'en parlons plus. N'hésite pas à reprendre ton livre avec toi, Mère. »
Le visage de Narcissa était impassible.
« Je sais ce que tu penses à ce propos, Draco. Cela ne te fait aucun mal de satisfaire une de mes envies, n'est-ce pas ? »
« C'est plus qu'une envie, Mère, c'est une obsession et cela doit cesser. »
Ron se mordit la lèvre, son attention passait de l'échiquier aux autres occupants dans la pièce et de l'un à l'autre à nouveau. Il voulait poser des questions, mais la tension entre les deux Malfoy était difficile à briser.
Narcissa se releva.
« Je vois que tu es d'humeur irraisonnable aujourd'hui, Draco. »
« Je ne suis pas celui qui est irraisonnable ! Tu as déjà fait fuir père avec cette folie. Arrête. »
Malfoy se releva et tendit une main vers elle pour l'implorer.
« Oui, je te remercie de me l'avoir rappelé, Draco. Harry, merci pour le thé. M. Weasley, j'espère que vous irez mieux bientôt. Au revoir. »
Elle se leva et marcha vivement vers la porte, ce qui força Harry à se lever et à pratiquement courir pour la rattraper. Il lança un regard d'excuse vers Malfoy alors qu'il partait la voir à l'extérieur.
« Ne t'en fais pas, Weasley », fit Malfoy platement alors qu'il retournait dans sa position semi-assise. « C'est ton tour. »
Ron étudia les pièces pensivement, mais son esprit n'était plus tourné vers le jeu.
O…O
Dans le couloir, Narcissa se tourna vers Harry avec des yeux bleus illuminés.
« Pensez-vous que je suis folle ? »
Harry ferma la porte et soupira quand ils commencèrent à marcher le long du couloir. Il lui fit un petit sourire.
« Je suis la mauvaise personne à qui poser la question. Je veux lui rendre son corps aussi fortement que vous. Mais ce sort… Vous savez que beaucoup trop de choses peuvent mal se passer. Et pour que ça fonctionne quelqu'un doit mourir. »
« Je suis complètement prête à mourir pour mon fils, Harry. »
« Draco ne veut pas vous voir mourir, Narcissa. Et moi non plus. »
Elle grimaça, puis soupira fortement.
« Peut-être quand je serais une très vieille femme, il changera d'avis. »
« J'en doute. »
« Je me sens déjà vieille, Harry. Après avoir perdu Draco si jeune et maintenant Lucius… Quelquefois, il est dur de trouver des raisons de continuer. »
Elle chancela et Harry tendit une main pour la stabiliser. Pendant un moment, il entrevit sa profonde solitude, mais elle s'écarta et se redressa, elle semblait s'entourer d'une cape de dignité. L'aura des Malfoy, pensa Harry distraitement.
« Et me voilà à nouveau sentimentale face à vous. Il se trouve quelque chose de réconfortant en vous, Harry Potter. Il est facile de voir pourquoi Draco vous a choisi, mais il y a toujours eu quelque chose entre vous, n'est-ce pas ? Je l'avais remarqué quand vous étiez enfants et à nouveau au Manoir pendant la guerre. »
« Oui, même si avant je pense que c'était plus proche de la haine. »
« Draco ne vous a jamais détesté. Il vous enviait, certainement, ce qui peut parfois prendre le masque de la haine. »
« Eh bien, nous ressentions chacun cela envers l'autre », admit Harry. « Je l'enviais pour avoir des parents et une enfance normale. »
Elle lui sourit.
« Vous le rendez très heureux, Harry. Cela me réjouit de le voir, même si je souhaite que la situation soit différente. En moi-même, je sais que je devrais vous encourager à passer à autre chose et de ne pas vous lier à un souvenir, comme je l'ai fait. Mais en mon cœur, je ne peux pas m'empêcher d'être contente qu'il ait trouvé de la joie, malgré tout ça. »
Elle s'arrêta et éleva un sourcil.
« Je suis surprise qu'il s'entende bien avec un Weasley. »
Harry rigola.
« Étonnant, n'est-ce pas ? Je ne les appellerais pas des amis, mais ils aiment rivaliser l'un avec l'autre. »
« Draco a toujours été très compétitif », fit-elle avec un sourire.
« Je m'en souviens. »
Harry fit un grand sourire, il se rappelait les matchs de Quidditch et du visage enfantin de Draco qui se tordait de rage. Il sentit un élancement de nostalgie. Ce qu'il donnerait pour voler avec lui maintenant…
Au bout d'un moment, ils atteignirent la Grande Salle, elle inspira et hocha fermement de la tête vers lui.
« Je vous remercie de prendre soin de mon fils, Harry. »
« Ce n'est pas une corvée. Et ne vous inquiétez pas. »
Étrangement, entendre ses propres doutes être prononcés avait renforcé sa détermination.
« Le mieux que nous pouvons faire est de vivre au jour le jour. »
« En effet. Et nous le ferons. Au revoir, Harry. »
Un elfe de maison apparut en tenant une lourde cape en laine. Narcissa la prit et s'y entoura avant de recouvrir sa chevelure argentée de la capuche. Ensuite, elle sortit dans le froid de l'après-midi, laissant Harry retourner seul dans ses appartements.
Harry jeta un regard à l'échiquier quand il arriva et ses yeux se plissèrent avec suspicion.
« Avez-vous fini la partie ? »
« J'ai gagné », fit Ron avec satisfaction. « Donc nous en avons commencé une autre. »
« Au meilleur des trois manches », ajouta Draco.
Harry secoua sa tête.
« Vous êtes tous les deux fous. Je vais prendre une douche. J'ai des classes à enseigner demain. »
« Je suis certain que tes élèves apprécieront ton penchant pour la propreté », lança malicieusement Draco.
Ron ricana. Harry roula des yeux et se rendit dans la salle de bain. Il ouvrit l'eau et enleva sa chemise et se souvint qu'il avait acheté un luxueux savon à la menthe que Draco lui avait recommandé la dernière fois qu'il avait été au Chemin de Traverse. Où l'avait-il mis ?
Il alla dans la chambre et scruta la pièce avant de se rappeler que ce jour-là il avait porté son manteau marron le plus chaud. Il avait placé le savon dans une poche.
Une fois qu'il eut retrouvé le savon, il s'avança vers la salle de bain, mais s'arrêta près de la porte entrouverte quand il surprit Ron dire :
« … Je vais mourir de toute manière. »
Harry plissa du front et s'approcha de la porte. Le splash assourdi de l'eau venant de la douche sonnait fortement et l'empêcha presque d'entendre la conversation. Il souhaita soudainement avoir des Oreilles à rallonge.
« Ne sois pas stupide », dit clairement Draco.
Harry se pressa contre le mur et se pencha vers la porte ouverte, tendant l'oreille.
« Tu sais que j'ai raison. Regarde-moi ! »
La voix de Ron était stridente. Harry tressaillit.
« Weasley, autant que ça ne me ferait pas souffrir que tu donnes ta vie pour moi, comment penses-tu qu'Harry se sentirait ? Non, laisse-moi finir ! Tu sais foutrement bien qu'il s'étoufferait de culpabilité pour le restant de ses jours. Il pourrait l'accepter au bout d'un moment, mais ce serait toujours là à chaque fois qu'il me regarderait. Est-ce réellement ce que tu veux pour lui ? »
Harry ferma les yeux et reposa sa tête contre le mur.
« Il m'en voudrait pour ça. Tu le sais aussi bien que moi. Oublie cette idée. »
Il eut un long silence, pendant lequel Harry tendit l'oreille, il espérait qu'ils ne parlaient pas doucement au point qu'il ne les entendit pas, mais alors Ron dit :
« Tu sais, tu me rends la tâche tellement difficile pour te haïr. »
« Poursuis tes efforts, je suis sûr que tu y parviendras d'une manière ou d'une autre. »
La voix de Draco était amusée et Harry sourit tristement avant de s'éloigner du mur et de retourner à la douche. Alors que l'eau coulait sur ses cheveux et le long de son corps, il pensa qu'il n'aurait jamais vu le jour où Draco Malfoy et Ron Weasley auraient une telle discussion. Le fait que Draco ait refusé catégoriquement l'offre de Ron serra sa gorge et de nouveau il inclina sa tête sous le jet.
Putain de vie. C'était foutrement injuste qu'il ait trouvé Draco aussi tardivement. Il se renfrogna et massa ses cheveux avec du shampooing, il tenta de ne pas se perdre dans les si.
