NOTE : Je suis à la recherche d'un(e) beta pour relire les chapitres et corriger les éventuelles erreurs (d'accord, d'orthographe, de traduction, etc.). Fais-moi signe par MP si tu es intéressé.


O..18..O

« Es-tu resté pour manger les sept plats ? » demanda Draco quand il entra dans la chambre. La pile en désordre était plus énorme et couvrait presque tout le tapis.

« Non, j'ai rencontré ta mère. »

« Oh non. »

« Oui. Nous avons eu une discussion intéressante. »

Harry se déplaça vers le lit et s'y assit, il releva ses jambes et les entoura de ses bras pour poser son menton sur ses genoux. Draco avait atteint le fond de son armoire. Il disparut presque complètement et revint avec un petit coffre en bois.

« A quel propos ? » interrogea Draco, mais il était concentré sur la boite dans ses mains. Il se rendit vers le lit, s'installa près d'Harry et la plaça entre eux. Ses cheveux étaient en désordre et il avait un air sérieux sur le visage.

« Que fais-tu ? » répliqua Harry calmement.

Regarder Draco après sa discussion avec Narcissa lui était douloureux. Draco jeta un coup d'œil à son armoire et Harry pouvait presque lire ses pensées. Le temps filait et bientôt il ne pourrait plus finir ce qu'il avait commencé. Il était un peu après vingt heures et la potion ne perdrait ses effets que vers deux heures du matin, mais la chambre était en désordre et il ne savait pas ce que voulait encore trier Draco.

« Quelque chose que je voulais faire avant de… avant de mourir. Je l'avais repoussée en pensant que j'avais tout mon temps. »

Ses yeux rencontrèrent ceux d'Harry et il sourit faiblement :

« Comme tu le vois, je n'avais pas tout mon temps. Et maintenant, cette action me prend énormément de temps, car… »

Il soupira.

Harry opina de la tête avec un serrement de cœur. Car il n'avait plus de magie. Il fut un temps, Draco aurait été capable de donner un coup de baguette et de sortir tout le contenu de l'armoire, puis de le trier en un rien de temps.

« Puis-je t'aider ? » demanda-t-il avec précaution, il ne savait pas si Draco serait irrité par cette intrusion.

« Comment les moldus peuvent le supporter ? De ne pas avoir de magie ? »

Harry haussa des épaules.

« Ils n'ont pas connu autre chose, n'est-ce pas ? La vision ne manque pas aux personnes nées aveugles. »

« Ceux qui ont perdu la vue si. Ils détestent ça. »

Harry toucha sa main qui reposait sur le coffre en bois.

Draco observa le coffre, puis sa main dessus et entremêla leurs doigts avec un soupir.

« Je ne peux même pas l'ouvrir. J'ai conservé mes trésors d'enfance à l'intérieur et les avais enfermés avec un simple sortilège de verrouillage. »

Des yeux implorants se tournèrent vers Harry.

« D'accord, un instant. »

Harry sortit sa baguette et tapota le coffre avec un Alohomora informulé. Il s'ouvrit rapidement en un petit 'clic'.

Draco commença à parcourir le coffre et y sortit une verte pierre polie. Il la fit rouler entre ses doigts et sourit à Harry.

« De la malachite. Je l'ai trouvée dans le jardin quand j'avais six ans. »

Il la donna à Harry qui prit la pierre froide et la serra dans sa paume. La toucher éveilla soudainement un souvenir presque oublié. Tout à coup, il avait à nouveau sept ans, il était de retour chez les Dursley, dans le placard sous les escaliers. Il regardait une longue rangée de pierres colorées trouvées dans le jardin, dans la cours de récréation ou dans le quartier. Harry avait imaginé qu'elles étaient des pierres précieuses, selon les mots qu'il avait recherchés dans un livre à la bibliothèque. Calcédoine, rubis et grenat. Obsidienne, jaspe et malachite. Elles étaient des objets de valeur pour lui, sorties des ténèbres d'une route ou de mauvaises herbes, puis collectées et placées sur son étagère branlante. Il se demanda si elles étaient encore là-bas, dans son ancien placard.

Inconscient de l'escapade mentale d'Harry, Draco éleva un autre objet : une photographie. Draco sourit quand il l'observa.

« Mère, Père et moi étions en vacances en Italie. Peu de temps avant d'aller à Poudlard. Nous étions encore heureux à cette époque. »

Il donna la photo à Harry. Un Draco jeune et blondinet salua Harry de la main, puis se libéra des bras de Narcissa en se tortillant, posa une main sur sa hanche et leva haut sa baguette. Narcissa rigola et fit un signe de la main vers la caméra. Cette dernière chancela et Lucius arriva près d'eux pour s'asseoir près d'elle. Ses traits étaient semblables à ceux de Draco, apaisés et presque souriant. Le jeune Draco fit une autre pose et Lucius rigola franchement, se pencha vers Narcissa et fit un large sourire comme un papa poule. Le jeune Draco se redressa et fit le beau.

« J'étais un insupportable frimeur », commenta Draco.

« J'étais sur le point de le dire. » rigola Harry.

Draco reprit la photo en soufflant d'indignation.

« Juste à cause de cette remarque, je ne te montrerai pas d'autres trésors de mon enfance. »

Harry attrapa vivement son poignet.

« Non, attends ! Vraiment… j'aimerais les voir. »

Draco, qui était momentanément sur les nerfs et crispé, se relaxa.

« Pourquoi ? »

« Parce qu'ils sont tes possessions », répondit simplement Harry, même si la vraie réponse n'était pas si simple. Il voulait les regarder car c'étaient des parties de Draco, de petits bouts de son passé et des pièces de sa vie qui avaient créé l'homme sensible, amusant et quelque fois irritant dont Harry était tombé amoureux. L'homme. Le fantôme. Putain.

Harry n'arrivait plus à respirer. Il se pencha en avant et pressa un doux baiser sur les lèvres de Draco, ferma fermement ses yeux pour cacher le regret qu'il avait de plus en plus de mal à masquer. Si seulement il avait découvert la boite de Draco quand il était enfant et trouvé les petits bouts qui assemblés créaient une si intéressante personne. Si seulement Harry avait essayé de le sauver après la guerre avec la même détermination qu'il avait démontrée pour secourir les autres.

Si seulement il était possible de le sauver maintenant.


O….O

Ron s'était installé sur le sol dans la salle de classe d'Harry, assis en tailleur sur un coussin et il envoyait une petite balle bleue sur le mur opposé. Il bondissait sur la pierre et rebondissait dans sa paume avant qu'il ne l'envoyât à nouveau. Le rythme bump bump bump smack ne distrayait pas Harry dans sa correction de copies. Il avait donné un QCM pour lui faciliter la notation, donc les réponses étaient correctes ou fausses.

Il dessina un cercle rouge autour de la question non répondue avec un soupir. Jeremiah était un moulin à paroles et pouvait à peine s'empêcher de discuter pour compléter le QCM. Ses résultats étaient épouvantables et Harry espérait qu'il trouverait un travail dans lequel il pourrait parler autant qu'il le voulait une fois qu'il aurait quitté Poudlard, car il n'aurait pas les qualifications pour autre chose. Il déposa le parchemin au-dessus de la pile de copies notées et attrapa le suivant.

Bump bump bump smack.

Ron avait l'air épuisé, comme si l'effort d'envoyer la petite balle à travers la pièce le vidait du peu d'énergie qu'il possédait. C'était probablement le cas.

« Donc. Toi et Malfoy êtes assez euh… sérieux, non ? » demanda Ron sans crier gare.

Ils discutaient vaguement de Quidditch et des avantages de plus longues versus de plus courtes brindilles de balai.

Harry lui jeta un coup d'œil, puis retourna son attention sur le devoir dans sa main. Toutes les réponses étaient correctes, en plus il y avait des détails (qu'ils n'avaient pas demandés) écrits dans la marge. Définitivement un Serdaigle.

« Ouai. »

Bump bump bump smack.

« As-tu déjà imaginé comment cela serait s'il revenait ? »

La question de Ron était désinvolte, mais le regard d'Harry se fixa sur lui avec suspicion.

« Bien sûr. J'y pense tout le temps. Pourquoi ? »

Ron ne le regarda pas dans les yeux, à la place il se concentra sur la trajection de la balle.

« J'y pense aussi. »

Harry reporta son attention sur le papier devant lui, mais il ne parvenait plus à s'y concentrer.

« Pourquoi ? »

« J'ai emporté le livre chez moi. »

« Quel livre ? » demanda Harry, mais il sut la réponse dès qu'il posa la question. « Tu ne sais pas lire le français. »

Ron sourit en essayant de paraître désolé. Il regarda Harry.

« Mec, l'entrainement des Aurors. Je connais plein d'enchantements pour traduire. Ils ne sont pas parfaits, mais je vérifiais la traduction des mots qui ne faisaient pas sens. »

Il envoya la balle.

« C'est un sortilège intéressant. »

« Un sortilège intéressant qui ne fonctionnera pas », corrigea Harry.

« Pourquoi donc ? »

Harry montra des dents, mais ensuite soupira et commença à expliquer son raisonnement, comme il l'avait fait avec Narcissa.

« Donc, si quelqu'un est prêt à mourir pour Malfoy, par exemple sa mère, et quelqu'un d'autre est volontaire pour jeter le sort, par exemple son père, et si Malfoy a envie d'essayer, alors la seule ombre au tableau est le fichu meurtre à commettre, c'est ça ? »

Le résumé de Ron lui semblait trop simpliste et plusieurs parties dérangèrent Harry, mais pour mettre un terme à la conversation, Harry concéda en acquiesçant de la tête.

« Mais… »

« Oui, je sais, Malfoy n'accepterait pas et Lucius a quitté le pays. Pas de bol, hein ? »

L'intonation de Ron était légère et les yeux d'Harry s'étrécirent. Ron était lamentable quand il essayait d'être évasif.

« Pourquoi es-tu concerné par cette histoire ? » interrogea Harry de but en blanc.

Ron lança la balle plus fortement qu'avant. Il rebondit sur le mur et claqua dans sa main sur le retour. Ron frémit.

« Rien de mieux à faire. J'ai tout mon temps maintenant, ne le savais-tu pas ? »

La culpabilité assaillit Harry pour ne pas l'avoir cru.

« D'accord, désolé. Hermione est-elle toujours en Romanie ? »

Aussitôt qu'il posa la question, il pensa à battre sa tête contre le bureau comme punition face à sa propre stupidité.

Ron se figea et puis lança la balle avec une délicatesse illusoire.

« Ouai. Quelques fois, elle m'a appelé par cheminée. Des recherches l'appelle-t-elle. »

« Tu ne peux toujours pas penser qu'elle est avec Charlie ? »

Ron haussa des épaules.

« Cela n'a plus d'importance. Je ne serais plus très longtemps ici, donc elle peut très bien trouver quelqu'un d'autre, même si c'est mon frère. J'imagine que rien de mal ne peut lui arriver avec Charlie. Au moins, ce n'est pas George. »

Ron plissa du nez.

Harry était perturbé par l'attitude défaitiste de Ron, car il acceptait son destin, au lieu de pester contre lui et de se battre comme il le faisait il y a un mois. Harry ne savait pas si c'était une amélioration ou non.

« Où est Malfoy ? » demanda Ron, possiblement pour changer de sujet de discussion.

« À l'extérieur, il caresse les sombrals », répondit Harry en essayant de se concentrer sur son travail.

Il fronça des sourcils, momentanément incapable de se souvenir de la réponse à sa propre question concernant les mouvements d'un sortilège. Cette fois se fut le silence dans la salle qui perturba ses pensées, il leva les yeux pour voir que Ron l'observait avec interrogation. Il opina de la tête :

« Draco peut les toucher même sous sa forme céleste, donc il passe beaucoup de temps là-bas. Et il est en adoration devant un petit qui vient de naître. »

« Je dois voir ça », déclara Ron. « Je dois voir Draco foutu Malfoy s'extasier devant un petit sombral avant de mourir. »

Harry n'était pas certain que ce fût une si bonne idée, et Ron trichait en usant de sa culpabilité comme une arme, mais Harry ne pouvait pas dénier qu'il adorait voir Draco interagir avec les créatures.

« D'accord. Pourras-tu marcher autant ? »

Ron donnait l'impression d'avoir vieilli de vingt ans en une semaine. Il était frêle et marchait de manière courbée comme un vieil homme, tressaillant à chaque fois de douleur. Cependant, il renifla de dédain.

« Bien sûr que je peux. Je ne suis pas encore mort. »

Pour le prouver, il se leva et marcha d'un bon pas jusqu'à la porte. Harry savait qu'il devait souffrir, mais il ne dit rien.

« Bien. Mais si tu ressens le besoin de te reposer sur le chemin, ne fais pas l'idiot. »

Ron le foudroya du regard tandis qu'il laissa sa paperasse et précéda Ron à travers la porte et en dehors.


O….O

Ron n'était pas mort, mais Harry pensa qu'il en était foutrement proche quand ils arrivèrent à l'enclos des sombrals. À cause de l'effort physique, il respirait fortement et ses membres tremblaient, bien qu'il s'efforçât de les cacher. Harry essaya de ne pas le dévisager, se mordant l'intérieur de ses joues jusqu'à saigner pour s'empêcher de cracher des mots qu'il regretterait ensuite.

Il était difficile de croire que seulement quelques mois plus tôt Ron était en pleine santé et robuste, qu'il avait réussi l'entraînement des Aurors et qu'il s'attendait à avoir un futur resplendissant. Maintenant il était l'image même de ce qu'il était : la victime d'une effroyable maladie. Une quinte de toux le secoua et Harry pensa avoir vu du sang quand Ron recula sa main de son visage.

« Je vais bien ! » rugit Ron quand Harry s'approcha. « Ce n'est rien. Où est Malfoy ? »

Harry tira son attention loin de Ron et regarda dans la forêt. Il n'y avait aucun sombral dans les alentours. L'idée d'emmener Ron plus loin le révulsait.

« Laisse-moi voir si je peux les trouver. Attends-moi ici. »

Avant qu'il ne bougeât, un bruit attira son regard vers le ciel où plusieurs bêtes ailées volaient au-dessus des arbres, faisant des cercles deux fois avant de plonger sur la terre en battant des ailes squelettiques. Harry remarqua immédiatement la chevelure argentée de Draco : il chevauchait une des bêtes. Draco ne vit pas Harry et Ron qui se trouvaient à l'ombre. C'était évident quand il se pencha et balança ses bras autour du sombral avec abandon. Harry n'avait jamais observé un tel étalage d'affection envers les créatures, alors il eut un hoquet de surprise.

Le petit sombral surgit derrière sa mère et bondit vers Draco. L'animal ouvrit sa gueule et ses dents entourèrent la cheville de Draco. Ce dernier se redressa avec un cri de douleur.

« Non, Scintille ! Vilain poulain ! Ne mange pas les gens ! »

Il leva sa main et Harry s'attendit un peu à une claque vive, mais à la place Draco abaissa sa main et caressa la tête du bébé sombral, en le cajolant autour de ses oreilles.

Il relâcha la jambe de Draco et geignit.

« Arrête. Tu sais bien que je te donnerais une belette appétissante si je pouvais attraper ces foutus animaux.

Ron eut un mouvement de surprise et émit un son de dégoût.

« Je ne pense pas qu'il parle de toi, Ron », dit doucement Harry qui n'était pas encore prêt à attirer l'attention de Draco.

Il semblait tellement libre et spontané en cet instant, caressant la tête du petit sombral et complétement perdu dans son monde à lui. Il scintillait comme une vision argentée sous l'éclairage feutré, ressemblant moins à un fantôme et plus à un être de pure magie selon Harry.

« Putain, tu l'as dans la peau », marmonna Ron.

« Quoi ? » demanda Harry distraitement.

Le petit sombral mordillait la robe fantomatique de Draco qui repoussait son visage et tirait le bout de sa robe. Le petit sombral ne lâcha pas et il y eut une lutte acharnée rapide qui menaçait d'expulser Draco du dos du sombral qu'il chevauchait. Draco jura et Harry sourit.

« Le pire que j'ai vu chez quiconque, peut-être », ajouta Ron.

« Tu es vraiment un vilain sombral ! »

Draco le réprimanda et utilisa son pied pour repousser le poulain alors qu'il tirait fortement sur sa robe. Le sombral relâcha, envoyant presque Draco de l'autre côté face à la soudaine libération de son vêtement.

Harry rigola, sous le charme.

« N'est-il pas tellement… ? »

Il s'arrêta avant de sortir une parole romantique et il racla sa gorge. Ce son attira l'attention d'un des sombrals qui trotta vers Harry.

« Bonjour, Crumpet », dit Harry, reconnaissant l'animal grâce à la tache en forme de cercle gris sur son front.

La tête de Draco se releva rapidement et ses yeux rencontrèrent ceux d'Harry pendant un moment. La tension se métamorphosa en chaleur, ce qui transforma les intestins d'Harry en porridge. Il sourit et Draco le lui retourna, jusqu'à ce que son regard tournât vers Ron. Le masque des Malfoy fit surface, Draco leva une jambe et la passa au-dessus du cou du sombral avant d'atterrir sur le sol, ou de flotter comme la gravité n'avait plus d'influence sur les fantômes et il leur requerrait quelques efforts pour en donner l'impression.

Draco s'approcha d'eux, suivi par le petit sombral qui mordit la manche de Draco et se laissa tirer. Il était difficile de penser que ces créatures quelque peu terrifiantes étaient mignonnes, mais Scintille était assurément drôle.

« Satané bête », grommela Draco et il caressa la gueule du poulain. « Qu'est-ce qui vous amène ici ? Le temps n'est pas vraiment propice pour une balade. »

« Je n'en pouvais plus d'entendre les soupirs énamourés d'Harry », déclara Ron.

« Oh ! »

Ron rigola et cela se transforma en une autre quinte de toux.

« Tu as l'air terrible, Weasley », fit Draco. « Enfin, pire que d'habitude. Tu as toujours l'air plutôt terrible. Et roux. »

« Va te faire, Malfoy. »

« Nous devrions rentrer avant que Weasley expire », annonça Draco.

Il regarda Harry d'un air interrogateur. Harry se tira les cheveux. Soudainement, c'était une idée idiote d'avoir quitté le château.

« Oui, ok », dit Harry. « J'ai juste pensé qu'il serait bon de respirer un peu d'air frais. »

« Pourriez-vous ne pas parler de moi comme si je n'étais pas présent ? » demanda Ron avec un regard noir.

« Quelqu'un a-t-il parlé ? » interrogea Draco en penchant la tête et en regardant quelque part derrière Ron.

« Tu sais, je ne vois vraiment pas ce que tu vois en lui, Harry, à par le fait qu'il câline des sombrals. Et en vrai, c'est assez perturbant. »

« Je ne les câlinais pas », protesta Draco et il arrêta de caresser Scintille, qui lui donna un coup de sa tête osseuse, libérant sa robe au mouvement.

« Je m'en vais. Ce fut instructif. »

Ron ricana et se tourna vers le château, marchant vivement pour impressionner Draco, Harry le savait.

« Je n'aurais pas dû l'emmener ici », déclara-t-il à voix basse à Draco. « Il essaie de garder la face, mais je sais qu'il souffre. »

« Allons-y. Peut-être que tu pourras le convaincre d'arrêter et de sentir les roses, ou qu'importe ce que font les Gryffondors quand ils ne marchent pas tête la première vers leur propre mort. »

Harry grimaça. Normalement, Draco disait de telles paroles pour plaisanter, mais cette fois-ci il avait raison.

« Je suis désolé. Je parle sans réfléchir. »

Harry sentit un toucher froid sur son bras.

Harry lui lança un regard de gratitude et vit que Draco l'observait avec une expression sincèrement contrite.

« Merci. Je sais ce que tu voulais dire. J'essaierai de le contenir. Viens-tu ? »

Draco secoua sa tête.

« Il sera moins tenté d'exhiber stupidement un tel masochisme si je ne suis pas là. »

« C'est vrai. On se voit plus tard alors. »

« N'oublie pas de finir de noter tes examens », prévint Draco alors qu'Harry marchait derrière Ron.

« Nah, nah, nah », grommela Harry, mais il ressentait une chaleur palpiter en lui avec ce rappel.

Il rattrapa Ron qui s'était arrêté et était penché avec ses deux mains sur ses genoux. Sa tête pendait en avant et sa pose suggérait qu'il était sur le point d'être malade ou qu'il attendait qu'un vertige passe.

Harry s'arrêta près de lui et posa une main sur son épaule.

« Ça va ? » s'enquit-il.

Ron tomba tête première et s'étala sur l'herbe. Harry tomba à genoux et retourna Ron sur le dos. Ses yeux étaient clos et sa bouche grande ouverte. L'air entrait et sortait dans ses poumons en émettant un râle, comme s'il n'obtenait pas une quantité satisfaisante d'oxygène.

« Draco ! » hurla désespérément Harry.

Draco fut à ses côtés en une seconde. Harry agrippa Ron et essaya de trouver un sortilège – n'importe quel sort – qui pourrait l'aider.

« Je vais chercher Hagrid », déclara Draco et il disparut.

Harry tint fermement la robe de Ron.

« Allez ! Tu n'as pas intérêt de mourir », prononça-t-il à travers ses dents serrés. « Ne l'ose pas ! Nous avons vécu trop de choses ensemble, Ron, ne… »

Il ne trouva plus les mots et sa vision se troubla. Il maudit les barrières de Poudlard et se demanda s'il devait quand même essayer de transplaner.

« Tu ne peux pas partir », chuchota-t-il, « pas comme ça. »

De lourds pas annoncèrent l'arrivée d'Hagrid qui s'agenouilla de l'autre côté de Ron avec un expression inquiète sur le visage. Draco se pencha près de ses épaules. Hagrid entoura Ron de ses larges bras.

« Il respire encore. Pompom va le soigner. »

Il se releva et courut vers le château en portant Ron comme s'il ne pesait rien. Harry courait derrière eux et envoya un Patronus pour prévenir madame Pomfresh de leur venu.

« Merci », dit-il distraitement à Draco qui flottait derrière lui en n'essayant plus de paraître humain et de courir.

Draco hocha simplement de la tête et garda le silence.


O….O

Installé sur une chaise, Harry restait aux côtés de Ron jusqu'à ce que Pompom claquât de la langue et lui ordonnât de se mettre sur le lit vide à côté de Ron. Harry avait été à l'infirmerie tout l'après-midi jusqu'au soir, il n'était même parti pour manger. Il s'allongea avec réluctance car il ne voulait pas dormir pour voir Ron s'éveiller.

« Êtes-vous certaine qu'il aille bien ? » questionna anxieusement Harry alors qu'il enlevait ses chaussures et s'étendit avant qu'elle ne perdît toute sympathie et ne l'envoyât dans ses appartements.

« Harry, pour la sixième fois, il souffre vraisemblablement d'épuisement. Je lui ai donné plusieurs potions pour remplir son énergie. Laisse du temps à ce pauvre garçon pour se reposer. Toi-même, tu parais prêt à t'évanouir. Ne me force pas à te donner une potion de Sommeil. »

Elle posa sur lui un regard sévère et se rendit dans son bureau, et il espérait qu'elle ne prenait pas une autre potion.

En suivant son conseil, Harry reposa sa tête sur l'oreiller. Il se mordit la lèvre pour retenir une autre question et du sang coula presque tandis que la culpabilité l'assaillait. De l'épuisement. C'était sa faute

« Arrête ça, Potter », dit Draco.

Harry le regarda.

« Arrête de te vautrer dans la culpabilité. Si ça avait été le moment de mourir pour Weasley, ne penses-tu pas qu'il préférerait mourir dehors, comme un homme debout au lieu de… »

Draco désigna le corps endormi de Ron.

« Ce n'est pas une raison ! » claqua la voix d'Harry.

Le point de vue de Draco sur la vie et la mort ne l'aidait pas particulièrement en cet instant. Il ne voulait pas entendre des propos logiques ou qu'on justifie sa stupidité. Il voulait simplement… Il voulait que Ron aille mieux.

Draco soupira longuement.

« Harry… »

Ce dernier ne voulait plus discuter. Il ne voulait même pas penser. Il ferma les yeux et interrompit Draco :

« Je vais essayer de m'endormir. Réveille-moi s'il y a un changement. Promets-le-moi. »

Il y eut un long silence, assez long pour qu'Harry ouvrît presque les yeux et posât un regard froid sur Draco, mais il entendit un chuchotement :

« Je te le promets. »

Harry tenta de ne penser à rien et s'efforça de dormir, mais un long temps passa avant qu'il ne s'endormît.


O….O

Un sensation froide sur son visage le réveilla et il se redressa avec un hoquet qui s'intensifia quand il fut enveloppé par la présence glaciale de Draco. Celui-ci recula, mais étonnement il ne fit aucune remarque. Harry savait qu'il détestait quand les gens agissaient comme s'il n'était pas là, même si c'était plutôt le cas.

« Désolé », marmonna Harry.

« Je crois que Weasley se réveille. »

Harry sortit à toute vitesse du lit et s'empressa de se poster à côté du lit de Ron. Il attrapa la main de son ami avec anxiété. Les paupières de Ron s'élevèrent en papillonnant et il grogna.

« Pas encore mort alors », fit-il.

Harry sourit.

« Pas encore. »

« C'est bien », chuchota Ron. « Maintenant peut-être que tu le réaliseras. Je n'en ai plus pour longtemps, tu le sais ? »

Harry se déroba face à l'implication. Avec évidence, les potions embrouillaient son esprit. Il sortit sa baguette et jeta un Tempus.

« Il est quatre heures du matin. Rendors-toi ou madame Pomfresh te donnera à boire quelque chose d'horrible. Je serais là si tu as besoin de quelque chose. »

« Ouai. »

Ron ferma les yeux.

« Malfoy, tu es là aussi ? »

« Naturellement. »

« Connard. »

« Branleur. »

Les lèvres de Ron s'étirèrent avec un sourire et sa respiration devint lentement plus profonde. En quelques instants, il dormait profondément. Harry soupira de soulagement.

Il retourna dans son lit et s'allongea, il ne voulait pas penser aux mots de Ron. Il n'en avait plus pour longtemps.