O..19..O

La semaine suivante, Harry commença à penser que le monde était devenu fou. Ron avait décidé qu'il était assez en forme pour retourner chez lui le lendemain de son évanouissement, Molly lui envoya une beuglante pour lui reprocher de ne pas l'avoir appelée par cheminette immédiatement, et Hermione fit un rapide saut pour lui demander de raconter l'histoire en entier avant de disparaître sans dire un mot sur l'endroit où elle restait.

Pire encore, la Saint-Valentin était dans l'air et ses élèves avaient du mal à se concentrer sur autre chose que comment faire chanter des papiers en forme de cœur, transformer des cailloux en pierres précieuses, et produire de l'eau de Cologne pour séduire la personne dans leur cœur. Il savait que les deux prochaines semaines seraient progressivement pires.

Peu après qu'il eut cette pensée, sa funeste prédiction devint réalité quand Narcissa Malfoy leur rendit visite. Elle arriva peu avant son premier cours de l'après-midi et décida de se balader aux alentours avec Draco pendant sa leçon. Son arrivée était inattendue et il se demanda qu'elle fût sa raison pendant les deux heures de cours, qui semblaient faire le double.

Quand son cours se termina, cela lui prit trente minutes pour les localiser : ce fut plus facile quand il arrêta de les rechercher dans leurs lieux habituels pour prendre sa carte du Maraudeur dans sa chambre.

« La serre numéro 3. Évidemment. » grommela-t-il d'un ton sec en sortant du château.

La pluie tombait de façon intermittente sur lui tandis qu'il marchait péniblement vers le serre n°3 et il souhaita avoir mis une cape plutôt que sa fine veste qu'il avait attrapée en sortant. La température était plus fraîche que prévue.

La Serre était emplie d'orchidée de toutes les couleurs, les tailles et les formes. Quelques-unes étaient utilisées comme ingrédient de potion, mais la majorité servait de décoration et elles étaient fréquemment placées dans différentes parties du château. Harry en avait vues plusieurs dans le bureau de Minerva.

Quand Harry s'approcha d'eux, Narcissa admirait une fleur d'un violet profond avec un centre aussi blanc qu'un os. Draco se tenait à quelques mètres d'elle, agacé, bien que son expression se transformât quand il aperçut Harry.

« Bonjour Harry. Votre cours s'est-il bien passé ? » demanda poliment Narcissa.

« Très bien, je vous remercie. Qu'est-ce qui vous amène ici en cette journée maussade ? »

Il savait qu'elle préférait les pièges des badinages superficiels à son approche directe, mais il en était à un stade proche de la panique quand il avait compris que sa visite n'était pas poussée par un désir de discuter avec Draco.

Elle soupira.

« J'ai peur d'avoir de mauvaises nouvelles à vous annoncer. J'ai épuisé mes sources pour les ailes de grillon. J'ai même utilisé certaines sources de Lucius, comment le dire… ? Certaines sources moins appréciables, mais cela peut être dangereux de traiter avec elles. Si elles sentent qu'une personne fait quelque chose peu légale, elles ont tendances à utiliser cette information à leur avantage. »

Harry l'avait à peine entendue. Une impression de plonger sous terre avait pris place dans son estomac. Plus d'ailes de grillon signifiait plus de potions, et plus toucher Draco, sauf d'une manière fugace. Il ne leur restait plus que deux potions.

Ses yeux rencontrèrent ceux de Draco et ils partagèrent un regard tourmenté pendant un moment avant que Draco ne sourît et ne haussât des épaules.

« Bien sûr, il reste l'autre option », continua-t-elle jovialement.

« Ne commence pas, Mère. »

« J'ai trouvé quelqu'un qui serait prêt à jeter le sort. Ou prêt à être le catalyseur, comme vous préférez. »

Harry hoqueta. Quelqu'un d'autre que Lucius ? Oui c'était bien ça ou elle aurait annoncé qu'il était revenu. Merde, quelqu'un au Ministère aurait mentionné le retour de Lucius. Il se renseignait toujours scrupuleusement sur le plus vieux Malfoy, même s'il n'était plus dans le pays depuis des années.

« Qui ? »

La voix de Draco était dure comme le fer.

Elle leva une main et entoura un délicat bourgeon rose. D'un mouvement de poignée, il serait arraché de la plante, coupé instantanément de tout ce qui le maintenait en vie. Comme les humains, pensa morbidement Harry. La mort faisait rarement sens.

« Ce n'est pas à moi de donner cette information », fit-elle. « Il vous le dira quand il le choisira. Je voulais simplement que vous considériez ce fait. »

« Oh dieu. C'est Ron », réalisa Harry.

Son regard se dirigea vers le visage de Draco.

« Pourquoi Ron Weasley irait te voir ? » interrogea Draco.

Ses lèvres se pincèrent comme si elle était irritée qu'ils aient découvert son secret.

« Il avait plusieurs questions. J'avais des réponses. »

« Putain », grommela Draco.

« Draco », réprimanda-t-elle, « Surveille ton langage. »

Il la foudroya du regard.

« C'est complétement fou. Je ne vais pas laisser Ron mourir », déclara Harry.

« Pas même pour Draco ? » demanda Narcissa.

Harry pâlit, réalisant l'implication derrière sa parole. Il ne voulait pas insinuer qu'il choisissait entre eux deux.

« Draco, je… »

« Oublie, Potter. Je ne le permettrai pas même si tu avais choisi le contraire. »

Harry rechercha toute blessure derrière ses mots, mais si elle existait, Draco la masquait bien. Malgré l'absence de blâme, ou peut-être à cause de ça, le cœur d'Harry se contracta. Ce n'était pas juste de lui demander de choisir. Ron était encore en vie et respirait, même s'il semblait accepter entièrement sa mort prochaine, alors que le sortilège pour ramener Draco avait peu de chances de réussir, c'était une chimère. S'il ne fonctionnait pas, Harry les perdrait tous les deux. Au moins maintenant… Il déglutit difficilement et se rapprocha de Draco. Au moins maintenant il avait une petite partie de Draco ici. Il refusait de risquer de perdre le peu qu'il avait.

La voix de Narcissa était douce, mais le reproche était limpide.

« M. Weasley souhaite que sa mort ait une signification. Lui refuseriez-vous ça ? »

« Je ne peux plus penser à ça maintenant », fit Harry.

Il se tourna et s'avança vers la porte, marchant si rapidement qu'il courrait presque. La serre était devenue écœurante et trop chaude, il devait s'en échapper.

Aucun des Malfoy n'essaya de le retenir. Quand il pénétra dans l'air frais, il commença à courir, fonçant vers le château. Il courut jusqu'à ce que ses poumons aient brûlé à cause de l'air frais et que ses muscles dans ses jambes aient protesté à cause de ce surmenage inhabituel. Quand il atteignit l'entrée, sa poitrine s'élevait sous la force de ses pleurs et il s'appuya contre le mur en pierre, en essayant de retrouver son sang-froid.

Les portes s'ouvrirent et Harry jeta un sort de Désillusion sur lui, en essayant de ne pas respirer quand un groupe de Serdaigles passa près de lui et se dirigea vers les serres. Aucun d'entre eux ne parut remarquer les portes restées ouvertes plus longtemps que la normale, assez pour qu'Harry se faufilât à l'intérieur du château. Il pensa retourner dans son appartement pour prendre sa cape d'invisibilité, mais il ne voulait pas se retrouver entouré des murs trop familiers, encerclé par les souvenirs de Draco. Il ferma les yeux et sa balada dans les couloirs, atteignant les escaliers menant à la tour d'Astronomie sans être perçu par quelqu'un.

Il monta les escaliers, s'arrêtant de temps en temps pour reposer ses muscles douloureux et pour reprendre son souffle. Il ne rencontra personne sur le chemin – c'était un endroit plus occupé de nuit. Le haut de la tour était désert et Harry se reposa contre les remparts et observa la vue. Le soleil crépusculaire commençait à pointer à travers les nuages et à toucher l'horizon, envoyant quelques rayons illuminer les ondulations sur la surface du lac. Il avait arrêté de pleuvoir, mais une forte brise ébouriffa ses cheveux et pénétra à travers sa fine veste.

Harry posa sa joue contre la pierre froide et ferma les yeux. Narcissa n'abandonnerait jamais, pas quand son obsession était devenue le but de sa vie. Il tressaillit quand il y pensa, et se demanda quand elle se souviendrait de la dette de vie qu'il lui devait. Le remettrait-elle sur le tapis et lui demanderait-elle de répondre à ses souhaits ? Bien que cela n'avait pas d'importance tant que Draco refusait, mais sera-t-il toujours le cas ? Ne désirait-il plus avoir une autre chance de vivre ? Voulait-il… ?

« Un balai t'emporterait plus près du ciel et avec moins d'effort. »

La voix de Draco était calme et, plutôt que de surprendre Harry, elle était comme une couverture fraîche en une chaude journée. Il voulait s'enfoncer dans ses bras et la force de se désir était presque trop à supporter.

« Je n'ai pas envie de voler », admit Harry.

Même s'il prononça cela, il pensa que ça aurait été mieux s'il l'avait fait. Voler le relaxait plus et clarifiait son esprit.

« Veux-tu broyer du noir ? »

Harry ouvrit les yeux, mais ne prit pas la peine de se retourner.

« Je ne broie pas du noir. »

« Bouder ? Faire la tête ? Le Gryffondor en toi se désespère sur ses malheurs, comme maintenant ? »

Harry regarda en arrière pour trouver Draco qui flottait près de lui.

« Que veux-tu dire par 'comme maintenant' ? »

Draco renifla.

« Les Gryffondors ne sont pas forts pour supporter l'angoisse. Généralement, ils froncent des sourcils et plissent du front – ce qui ne fait pas honneur à ta célèbre cicatrice – et ils abandonnent toute analyse émotionnelle pour charger dans la bataille. »

Harry sentit un sourire essayer d'étirer ses lèvres.

« Est-ce ce que tu penses que c'est ce que je vais faire ? Charger dans la bataille ? »

« C'est un peu trop tard », fit Draco.

Harry se tourna avec surprise vers lui.

« Je ne sais pas combattre ça. Au moins Voldemort était tangible. Les horcruxes étaient réels et je savais ce que je devais chercher, où frapper, mais ça… »

Harry toucha ses cheveux de frustration, mais parvint à ne pas tirer dessus.

« Je ne sais pas comment empêcher une maladie dévastatrice d'emporter Ron. Je ne sais pas comment te ramener à la vie ! Je me sens tellement… foutument inutile. »

Il inspira de manière tremblotante.

« La seule solution n'en est pas une. Je ne sais pas ce que je dois faire. »

Draco se rapprocha et Harry avança d'un pas pour se presser contre la froideur de Draco, souhaitant plus que tout qu'il pouvait simplement le tenir et se reposer sur sa force, même pendant un instant. Il ferma les yeux alors que de chaudes larmes s'amoncelèrent sous ses paupières. Pourquoi était-il tombé amoureux d'un fantôme ? Il leva quand même les bras et les entoura autour de l'air froid, mais il savait que Draco était là, le soutenant.

« Merde, Harry, tu as besoin de quelqu'un d'autre que moi. »

« Ferme-là. Nous en avons déjà discuté. Je ne veux personne d'autre que toi. Même Ron le sait… »

Sa voix se brisa et il déglutit difficilement.

« Même Ron sait ce que je ressens. »

« Je dois admettre que Weasley veuille bien mourir pour moi est un choc. »

La voix de Draco était douce dans ses oreilles.

« Je pense qu'il t'apprécie bien après toutes ces défaites aux échecs », admit Harry.

« Qui l'eut cru que Weasley avait des tendances masochistes ? »

Harry éclata de rire et c'était comme un baume sur son âme blessé. Il souhaita pouvoir dire à Draco ce qu'il ressentait, mais il se doutait que le fantôme le savait déjà.

Draco s'éloigna.

« Viens, tu tomberas malade si tu continues à te blottir contre moi ici. Idiot de Gryffondor. »

Il se tourna et s'avança vers les escaliers sans regarder en arrière, Harry sourit et le suivit dans la chaleur du château.


O….O

Draco se fit discret le jour de la Saint-Valentin, ce pourquoi Harry lui était reconnaissant. C'était assez difficile de supporter les élèves fous amoureux avec des biscuits en forme de cœur, des cartes chantantes, des ballons magiques, et les sonnets atroces de Peeves, sans ajouter l'irritant sourire carnassier de Draco qui rendrait tout pire.

Harry pensait qu'il était possible que Draco fût jaloux de la montagne de cadeaux qu'il avait reçus, même s'ils consistaient en de mots ridicules de fans, soit des personnes qu'Harry n'avait jamais rencontrées, qui étaient attirées par sa célébrité. Cela était dû à un stupide article de la Sorcière-Hebdo qui sortait chaque février, en citant qu'Harry aimait les chocogrenouilles, les baisers humides et le Quidditch, et n'aimait pas les potions d'amour, les tatouages et les dragons, bien que ces informations eussent été tirées de sources non autorisées peu après la guerre.

En dehors des heures de cours, Harry s'était enfermé dans sa chambre, étudiant la recette d'une potion et réfléchissant. Depuis sa confrontation avec Narcissa dans la serre, il s'attendait à une autre attaque d'elle ou de Ron, mais les deux furent étrangement silencieux. Ron lui avait rendu visite deux fois, une fois pour bavarder des chances des Canons de gagner la Coupe du monde et une autre fois pour jouer aux échecs avec Draco. Harry avait patienté avec suspicion qu'il parle de son entrevue avec Narcissa Malfoy, mais c'était un sujet tendu et un non-dit.

Pour éviter les folles vacances, Draco avait rendu visite à sa mère en soulignant qu'il n'y aurait aucun sort de sacrifice à jeter. Il n'était toujours pas revenu quand Harry avait ordonné à un elfe de maison d'apporter un plateau de nourriture dans sa chambre pour le dîner. Il mangeait et se demandait s'il devait mettre son pyjama quand la cheminée s'illumina et la tête de Ron apparut.

« Harry ? Es-tu habillé ? »

« Pour l'instant ? »

Sa tête disparut et il sortit de la cheminée une minute plus tard.

« Où est le crétin ? »

« Au manoir Malfoy. Pourquoi es-tu ici et non de sortie avec Hermione ? »

Ron roula des yeux et s'assit avec précaution sur le fauteuil. Harry se mordit la lèvre et se força de ne pas aider son ami.

« Je l'étais. Nous sommes partis dans un restaurant luxueux, enfin, elle a mangé rapidement son dessert et puis, elle est partie. Elle a clamé qu'elle avait quelque chose à terminer pour le travail. Je me considère chanceux d'avoir pu l'embrasser rapidement. »

« Au moins elle est revenue de Roumanie », dit Harry en essayant de lui remonter le moral.

« Oui, et Charlie aussi. »

Harry cligna des yeux de surprise. Personne ne le lui avait dit.

« Charlie est ici ? Pourquoi ? »

Ron haussa des épaules.

« Il dit qu'il prend des vacances et que maman et papa lui manquaient. Je n'y crois pas. Il se passe quelque chose, mais j'imagine que cela n'a pas d'importance. »

Harry opina de la tête, mais il se fit une note mentale d'en discuter avec Hermione. Il se passait définitivement quelque chose, mais Harry avait évité Hermione pour qu'elle ne comprît pas la situation entre lui et Draco. Par conséquent, il n'avait aucune idée de ce qu'il se passait avec elle. Il était temps qu'il lui racontât tout.

« Alors, Malfoy n'est pas ici ? »

Harry lui jeta un regard oblique et secoua sa tête.

« Bien. Car je voulais te parler de quelque chose sans voir son expression de désapprobation. Tu sais qu'il tient ça de sa mère ? C'est vraiment troublant. Parfois je l'observe et je pense qu'ils pourraient être la même personne sauf ce… Tu n'as vraiment besoin de l'entendre. »

« Non. Je ne le veux pas. »

« Je veux dire, pas la partie à propos de Malfoy qui ressemble à sa mère, car ce n'est pas important, mais l'autre partie tu dois m'écouter. »

« Quelle autre partie ?"

« C'est à propos du sortilège. Celui pour ramener Malfoy. Narcissa, eh bien elle m'a plutôt convaincu que cela fonctionnera. Et je le pense aussi. Ne secoue pas ta tête comme ça. Je sais que tu le veux plus que comme un jeu pervers auquel tu joues avec ton fantôme. Tu es amoureux de lui, mec. C'est clair comme le jour. »

« Je ne nierai pas que je l'aime, mais je le dis à toi, et à Narcissa, que ce sortilège ne fonctionnera pas, qu'importe à quel point elle le veut, qu'importe à quel point je le veux ! La magie noire à un défaut fondamental quand tu veux l'utiliser pour faire le bien. C'est de la magie noire. Sa profonde nature l'interdit de faire le bien. Et il y a toujours un prix à payer. »

« Nous sommes prêts à en payer le prix, Harry. Et nous avons travaillé sur les défauts. L'amour est la clé, comme tu le dis toi-même. L'amour peut déjouer toute magie noire. N'est-ce pas comme cela que ta mère t'a sauvé du sortilège de mort ? »

« Ce n'est pas la même chose. »

« C'est la même chose. La mère de Malfoy l'aime autant que ta mère t'a aimé. Elle a menti en regardant dans les yeux Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Elle met tous ses espoirs en cet amour pour déjouer tout ce qui est noir. Je l'aiderai mais… nous avons besoin de toi. »

Le visage sérieux, trop maigre et trop pâle de Ron tirailla Harry.

« Tu ne peux pas être sérieux à propos de ça », dit Harry presque dans un soupir. « Tu ne peux pas être prêt à mourir pour Draco Malfoy. »

Ron lui jeta un regard noir.

« Pourquoi ne le pourrai-je pas ? Et pour ton information, je ne compte pas mourir pour Malfoy. J'ai l'intention de mourir pour toi. »

« Comment peux-tu penser que je veux ça ? » claqua la voix d'Harry.

« Je sais que tu ne le veux pas, mais regarde-moi ! Je vais mourir de toute façon, et ne me dit pas que tu ne le remarques pas. Tous les jours, cela devient plus difficile pour moi de sortir du lit. Ce serait tellement facile de rester allongé comme une larve et de dépérir. Sais-tu pourquoi je ne le fais pas ? Pour toi. Et pour Hermione, bien sûr, même si elle… Eh bien, oublie ça. Le point est que je veux foutrement le faire, d'accord ? »

Les yeux de Ron brillaient de férocité et transpercèrent Harry.

« Et tu dois comprendre que j'ai l'intention de le faire. Narcissa et moi, nous le ferons avec ou sans ton aide, mais nous pensons que cela fonctionnerait mieux avec ton aide. »

« Je vous en prie, ne le faites pas », implora Harry alors qu'un désespoir glacial l'empoignait.

« Et si tu détestes vraiment l'idée de ma mort prochaine, alors Narcissa est tout aussi prête d'être la victime volontaire, elle pense que ce serait peut-être mieux pour le sort comme elle l'aime beaucoup plus fortement et tout. Je ne veux pas la tuer non plus, mais je crois que cela ne blessera pas trop mon âme si je le fais pour une bonne raison… »

« Arrête, Ron. »

Harry combattit le besoin de fermer les yeux et de poser ses mains sur ses oreilles pour ne plus entendre la voix de Ron et pour ne plus voir les images qui naissaient dans son esprit.

La main de Ron se ferma autour de son poignet, l'empoignant fermement même avec la moitié de sa force habituelle.

« Harry, tu as besoin de lui. Et si cela ne fonctionne pas, alors tu devras passer à autre chose. Dans tous les cas, nous devons essayer. »

« Draco ne sera jamais d'accord. »

Les mots furent prononcés avec une intonation proche du soulagement, car il les savait véridiques. Draco ne le permettrait jamais.

Ron s'efforça à se lever et relâcha le poignet d'Harry.

« Il le sera si tu le convaincs, mec. »

Il traîna des pieds jusqu'à la cheminée et attrapa une poignée de poudre de cheminette.

« Penses-y. Mais ne prends pas trop ton temps. »

Il jeta la poudre dans les flammes, y entra, et disparut.


O….O

Il était tard quand Draco arriva, mais Harry était encore éveillé, allongé sous les couvertures avec les yeux fermement fermés, prétendant dormir. Même si Draco était silencieux, Harry pouvait toujours dire quand il était dans la chambre grâce à la petite chute de la température. Il s'était tellement habitué à la fraîcheur de Draco que la chambre semblait trop chaude quand il n'était pas présent.

« Encore debout, alors ? » demanda Draco.

« Je n'arrive pas à dormir », répondit Harry. « Comment va ta mère ? »

« Irritante. »

La réponse monotone ne demandait pas de clarification et Harry suspecta que Narcissa n'était pas plus prête à abandonner son idée folle que Ron l'était.

« Ah oui j'allais oublier : bonne Saint-Valentin. »

Draco renifla de dédain. Il était une pâle ombre dans la chambre sombre et il bougea pour s'agenouiller près du lit et plaça une main froide près de la poitrine d'Harry.

« Oui. As-tu eu quelque chose de bon ? »

« Des chocolats. Mais pas de potion d'amour cette année. »

Harry pensa qu'il avait vu les lèvres de Draco s'étirer en un sourire.

« Ils doivent perdre la main. Ou peut-être que tu deviens trop vieux. »

« Ça doit être ça », acquiesça Harry et il attrapa la main de Draco pour la serrer dans la sienne, même s'il ne ressentait que du froid. Il se mordit la lèvre, souhaitant soudainement qu'il pût toucher Draco, même pendant un instant, car il était ridicule et stupide, mais c'était la Saint-Valentin et cela lui paraissait étrange de ne pas pouvoir l'embrasser.

Harry se releva, ce qui surprit Draco qui recula alors qu'il balançait ses jambes hors du lit.

« Je pense que je vais me chercher un verre de lait. Cela pourrait m'aider à dormir. »

Draco se rendit à son endroit près de la fenêtre et le regarda en fronçant des sourcils.

« Veux-tu que je t'accompagne ? »

« Non, cela ne me prendra pas longtemps. »

Harry se vêtit de son peignoir et chaussa des pantoufles. Il rangea sa baguette dans une poche, fit un petit sourire à Draco, et s'en alla. Il ne mentait pas, pas vraiment, et il s'arrêta bien à la cuisine et but un petit verre de lait, pour corroborer son histoire. Quand il finit, il marcha vers le hall d'entrée et se rendit à l'extérieur.

La nuit était d'un froid mordant et Harry souhaita avoir pris une cape, ou même une veste, mais cela aurait rendu Draco suspicieux. À la place, il jeta un sortilège pour se réchauffer et se dirigea vers le lac.

Le ciel était empli de nuages épars et la lune, presque pleine, brillait à travers les nuages. Des vagues ridaient le lac sous l'effet de la brise qui traversait son peignoir et qui désactiva rapidement son sortilège, ce qui le força à le renouveler quand il atteignit la rive. Il évita la boue et avança rapidement près de la lisière de la forêt qui délimitait une zone où il ne s'était pas encore rendu depuis son retour à Poudlard.

La tombe brillait avec éclat sous la lumière de la lune et Harry toucha le marbre froid avec sa main.

« Bonsoir, Professeur Dumbledore », dit-il doucement.

Il se demanda pourquoi il n'avait pas rendu visite à son portrait. Peut-être que l'ancien directeur aurait pu l'aider avec son dilemme, bien qu'il admît en lui-même qu'il ne voulait pas être confronté à la désapprobation de Dumbledore.

Harry toucha du bout des doigts sa baguette dans sa poche et observa la tombe. Autour de celle-là, le sol était recouvert de fleurs, de mots écrits à la main, de babioles magiques, de bijoux ainsi que de bonbons de toutes sortes. Les elfes de maison protégeaient les cadeaux pour qu'ils ne fussent pas détruits par le temps ou volés par des personnes sans scrupules. Harry plissa du front et réalisa qu'il n'avait rien apporté. Il savait que ce n'était pas obligatoire, mais face aux autres hommages il ressemblait à un homme insensible.

Il arracha une herbe au sol et la transforma en un lys. Une pierre lisse devint un vase de fortune et Harry déposa la fleur contre la tombe près d'un bouquet de muflier et d'une peluche en forme de chiot.

Il se recula et jeta à nouveau un sortilège pour se réchauffer. La tombe était protégée par des sortilèges, bien sûr, et lui-même en avait jeté quelques-uns.

« Que fais-tu ? » demanda Draco et Harry le regarda avec de la culpabilité.

Il jeta un coup d'œil à son petit-ami qui brillait d'une couleur argentée sous la pâle lumière.

« Je réfléchis », admit Harry.

« Ne peux-tu pas réfléchir à l'intérieur, où il fait chaud ? »

« J'avais envie de me balader. »

« Dis-moi que tu n'y penses pas. »

Harry ne prit pas la peine de lui demander ce qu'il voulait dire.

« Non. Eh bien, je dois admettre que j'y pensais. D'abord ta mère et maintenant Ron… »

« Weasley est venu te voir. »

Harry acquiesça.

« Il m'a dit qu'ils sont déterminés à le faire. Ron est devenu presque aussi obsédé que ta mère. J'ai peur qu'ils essaient de le faire à eux deux. »

« Cela ne fonctionnera pas. Je l'ai dit à Mère. Pas sans mon consentement. »

« Ils veulent que je te convainque », fit Harry.

« L'essaieras-tu ? Est-ce que tu veux le faire ? »

« Ce n'est pas à propos de ce que je veux. Entre ta mère et Ron, et même ton père, toute cette situation a pris énormément d'ampleur. » répondit ironiquement Harry. « Si tu veux discuter de ce que je veux, alors oui, j'adorerais que tu sois à nouveau en vie. Voilà, je l'ai dit. Et cela ne fait aucun mal d'y penser, non ? »

« C'est là que tu ne peux rien y changer. Je savais que tu te fatiguerais d'avoir un fantôme pour petit-ami. »

Il se tourna et marcha vers Draco, il était assez proche pour le toucher si cela avait été possible.

« Ne pense jamais que je le regrette », déclara-t-il. « Malgré tout ça, je ne peux être qu'heureux par ce que nous avons. Oui, je souhaiterais avoir appris à te connaître avant, et je donnerais tout pour avoir été là et pour te sauver, mais je ne regrette pas tout ce temps que l'on a vécu ensemble depuis que… depuis que j'ai arrêté de te regarder avec des yeux fermés. »

« Merde, Harry, ce n'est pas ce dont tu as besoin et si j'avais une once de courage en moi, je t'aurais quitté et ne serais plus jamais revenu pour te donner une chance d'avoir une vie normale. »

« Je t'en prie, ne fais pas cela. »

« Promets-moi », commença soudainement Draco avec véhémence, « Promets-moi que tu n'essaieras pas de me convaincre, car une part en moi le veut. Une part en moi veut que ma mère essaie de me ramener à la vie, car si cela fonctionne, alors je serais avec toi, et si cela ne fonctionne pas alors je serais parti pour de bon. Quelques fois, les deux me semblent être une alternative acceptable en opposition à ma demi-vie, surtout les fois quand je veux tellement te toucher que c'est pire qu'une douleur physique. »

Quand Harry tenta de parler, Draco leva une main et toucha ses lèvres avec une froideur qui imitait ses doigts.

« Mais même si le sort fonctionne, la culpabilité m'engloutirait. Si ma mère meurt pour moi, comment vivrais-je avec ça ? Tu peux à peine supporter le sacrifice de ta mère et tu étais un bébé quand c'était arrivé. Et si Weasley meurt pour moi ? »

Draco aboya de rire.

« À la fin, je me détesterais. Ou je te détesterais. Je sais que cela arrivera, Harry, donc promets-le-moi. Jure-moi que tu n'essaieras jamais de me convaincre. »

Harry déglutit avec difficulté alors que quelque chose se figeait en lui. La fierté de Draco, son magnifique visage durcit avec de la détermination et ses yeux flamboyants, attendant la réponse d'Harry. Il aurait pu demander n'importe quoi et Harry aurait exaucé son vœu.

« Je te le promets », chuchota Harry.

« Moi, Harry James Potter, promets que je ne tenterai jamais de convaincre Draco Lucius Abraxus Cygnus Malfoy de participer au rituel trouvé dans le Grimoire d'Armadel, ou d'une autre variation de celui-ci, même si plus tard il est atteint de stupidité et change d'avis. Dis-le ! »

Harry sourit avec réluctance, malgré la douleur dans son cœur, et il répéta les mots. Draco soupira avec un soulagement visible quand il eut fini.

« Je te remercie. Maintenant reviens à l'intérieur et retourne dans le lit avant que tu ne gèles, espère d'idiot. »

Draco se retourna et avança vers le château. Harry observa la tombe de Dumbledore encore une fois, passa pensivement une main dans ses cheveux et s'empressa de rattraper Draco.


O….O

Le matin suivant Harry se réveilla seul, comme la plupart des dimanches. Normalement Draco lui permettait de faire une grasse matinée pendant qu'il rendait visite aux sombrals, retournant à la mi-matinée après qu'Harry eût pris son petit-déjeuner.

Il balança ses jambes hors du lit et s'habilla rapidement, notant qu'il était plus tôt que d'habitude. Il alla rapidement à la Voilière et envoya un hibou à Ron avant de retourner à sa chambre et d'attraper sa cape d'invisibilité. S'il sautait le petit-déjeuner, il aurait plus d'une heure pour accomplir sa mission.

Il avait suffisamment de temps.


O….O

Harry était de retour dans sa chambre, grignotant un morceau de toast avec de la marmelade et lisant un livre, quand Draco revint. Il avala le dernier morceau de son soi-disant repas et l'engloutit avec plusieurs gorgées de thé.

« Tu t'es levé tard aujourd'hui, non ? » demanda Draco avec amusement.

Harry sourit et espéra qu'il avait assez bien enlevé la boue de ses chaussures pour que Draco ne le remarquât pas. Il se demanda combien de temps cela prendrait à Ron de sortir de son lit et de répondre à sa lettre. Maintenant qu'il avait mis en marche son plan, son estomac se crispa d'impatience et d'une bonne portion d'appréhension.

« Que veux-tu faire aujourd'hui ? » interrogea Draco en levant un sourcil quand la tasse de thé d'Harry s'inclina et renversa du thé sur toute la table.

« Nettoyer du thé apparemment », répondit Harry et il fit disparaître le désordre après avoir remis droit sa tasse. Il grimaça.

« Alors c'est fait. Maintenant que veux-tu faire ? »

À cet instant, un hibou voleta derrière la fenêtre et y tapota avec impatience. Harry se leva et ouvrit la fenêtre. Le hibou bondit à l'intérieur et ébroua ses ailes, faisant voltiger des gouttes d'eau. Il semblait regarder Harry avec des yeux emplis de reproches, le blâmant pour l'avoir forcé à sortir sous la pluie. Il retira le message et chercha une friandise pour hibou dans un bol sur le rebord de la fenêtre.

Le message était bref : « Je serai là à midi. »

« Pas de réponse. » dit Harry.

Le hibou tourna sur lui-même et s'envola. Harry ferma le fenêtre pour éviter la forte pluie poussée par le vent. Cette journée devenait affreuse. Harry espéra que le temps n'était pas un présage.

« C'est à quel propos ? » s'enquit Draco.

« Je vais voir Ron pour le déjeuner », dit Harry nonchalamment.

Les yeux de Draco s'étrécirent.

« Vraiment ? Où ? »

Harry se crispa presque. La simple question ne pouvait être répondue qu'avec un mensonge, et il n'était pas prêt à mentir à Draco.

« Cela n'a pas d'importance », répondit-il.

« Que caches-tu ? »

Harry se détourna et s'occupa en attrapant des papiers qui étaient éparpillés sur son bureau.

« Rien », fit-il, « Je vais juste manger avec Ron. »

Dire qu'il ne voulait pas mentir, pensa-t-il avec un soupir mental.

« Ton aura prend une étrange teinte pinchard quand tu mens », révéla Draco.

Harry cligna des yeux.

« J'ai un aura ? »

« Évidemment. La plupart du temps il est d'une brillante teinte rouge avec de l'orange, comme une flamme. Empli de feu et de vie… »

La voix de Draco s'éteignit et il détourna son regard, comme s'il était mortifié d'être parti dans une envolée lyrique. Alors il jeta un regard noir à Harry.

« Qu'importe. La couleur pinchard n'est pas aussi attirante. Cela ne te va pas. »

« Je ne sais même pas ce qu'est la couleur pinchard. »

« C'est une sorte de gris cendré. La couleur du mensonge à l'évidence. »

Harry soupira.

« D'accord. Je rencontre Ron au manoir. »

« Au manoir Malfoy ? Pourquoi ? »

« J'ai pensé à quelque chose qui pourrait fonctionner », admit Harry.

« Tu as pensé à quelque chose qui pourrait fonctionner pour quoi ? »

« Pour le sortilège que tu ne veux pas en parler. »

« Pour le sortilège que tu as promis de ne pas mentionner ? »

L'intonation de Draco était dangereuse.

Harry opina de la tête.

« Oui, et par conséquent je ne l'ai pas mentionné. »

Harry arrêta de bouger ses papiers et s'avança vers le lit où il s'installa et chaussa ses baskets.

« Oh non, tu ne peux pas lâcher cet Incendio et puis partir. »

« Je n'essaie pas de te convaincre, j'ai juste besoin de parler avec Ron et ta mère. »

Harry laça ses baskets et attrapa son sac à dos qu'il avait préparé plus tôt. Il souhaita qu'il eût pensé à un moyen de mettre en place son plan sans la présence de Draco, mais il n'était pas totalement sûr que la participation de Draco ne fût pas nécessaire. Tout était trouble et il était moins confident du résultat.

« Je reviendrai plus tard », ajouta-t-il d'un ton enjoué.

Il marcha rapidement vers la cheminée et jeta une poignée de poudre de cheminette pour l'envoyer au manoir Malfoy.


O….O

Ron s'appuya contre le mur et permit à ses jambes de se dérober sous lui lentement. Il descendit contre le bois lisse et s'assit au sol, heureux d'avoir mis une robe en laine épaisse. La plupart des chambres au manoir étaient trop froides et celle-là faisait exception.

« Voulez-vous vous installer sur une chaise ? » demanda poliment Narcissa.

Elle était toujours polie, même si Ron suspectait que sa politesse était superficielle. Cela lui importait peu qu'il fût confortable ou non.

« Non, cela me convient », répondit-il.

La pensée de se relever pour s'assoir sur une chaise le fatiguait. Ron voulait s'allonger et dormir, bien qu'il ne fît que cela depuis la semaine dernière et qu'il dormirait bientôt pour toujours.

En y pensant, son regard se porta sur la forme allongée de Draco Malfoy, flottant un peu au-dessus du seul meuble dans la pièce. Ron ressentit de l'amertume en notant que le corps de Malfoy, figé en un état de stase, était foutument parfait alors que celui de Ron se désagrégeait.

La porte s'ouvrit et Harry entra, accompagné d'un elfe de maison. Ron leva une main pour le saluer mollement, mais il ne prit pas la peine de se lever. Il nota qu'Harry portait un sac à dos, un qui ressemblait beaucoup à celui qu'il transportait dans la forêt de Dean.

« Bonjour, Harry. Ronald m'a informé que vous aviez changé d'avis ? »

La question de Narcissa fut prononcée de son habituel ton de politesse détachée, mais une pointe d'espoir était audible sous ses mots.

« Je n'ai pas changé d'avis, pas vraiment, mais j'ai réalisé que tous les deux vous étiez déterminés. Obstinés. Têtus comme des mules. »

Ron renifla et Narcissa attendit simplement.

Harry soupira.

« Je pensais que je devrais probablement m'impliquer, comme Ron m'a dit que vous deux prévoyiez de le faire avec ou sans mon consentement. »

Harry leur jeta un regard de désapprobation à chacun d'eux et ouvrit son sac à dos. Il sortit un long objet.

« Ainsi, j'ai apporté cela. »

Il l'éleva pour qu'ils pussent l'observer. Ron hoqueta de surprise et Narcissa semblait confuse.

« La baguette de Dumbledore ? » interrogea-t-elle.

Ron s'appuya contre le mur et se mit lentement debout en regardant Harry avec confusion.

« Mais cela ne fonctionne seulement pour toi », fit Ron qui connaissait bien le pouvoir de la Baguette de Sureau.

« Qu'est-ce qui ne fonctionnera que pour toi ? » demanda une voix tranchante.

Harry tressaillit quand Malfoy flotta à travers la porte et se posa près de lui. Son regard noir alla du visage d'Harry à la baguette dans sa main.

« La baguette. Je vois. C'est pour cette raison que tu rôdais près de la tombe de Dumbledore hier. Quand l'as-tu récupéré ? »

« Ce matin », admit Harry.

« Pourquoi ? »

« Pour jeter un sort qui n'échouera pas », chuchota-t-il en ne regardant pas Malfoy qui avait un regard noir mêlé à de la douleur pour avoir été trahi.

Ron se mordit la lèvre, soudainement moins certain de la route sur laquelle ils étaient prêts à embarquer. Maintenant qu'il était là, cela lui paraissait moins théorique et plus dangereux.

La voix de Malfoy devint implorante :

« Harry ne fait pas ça. Tu sais que c'est impossible. »

« C'est peut-être possible », insista Harry. « Je suis revenu de la mort. D'accord, il y avait des circonstances spéciales, mais je sais que cela peut être fait. »

Draco secoua sa tête et s'approcha d'Harry, ses doigts se crispaient comme s'il souhaitait attraper la Baguette de Sureau et la retirer de la poigne d'Harry.

« J'ai tenté de trouver une solution », continua Harry. « J'y ai réfléchi tellement de fois que je ne sais plus quoi y penser. Cela devrait être suffisant pour moi que tu sois là avec moi, même si je ne peux pas te toucher, mais comme je t'ai touché… Dieu, je n'aurais probablement pas dû faire cette potion, car y goûter peut parfois accroître un désir et, merde, c'est tellement injuste ! Je veux aller à Azkaban et envoyer un crucio à Goyle pour t'avoir tué et pour avoir rendu ma vie si foutument compliqué. Si seulement tu étais en vie… »

« Je ne suis pas en vie, Harry. »

Harry sourit presque, bien que Ron pût voir que les mots devaient l'avoir blessé comme un coup de poignard. Il n'y avait que Malfoy pour percevoir la tirade d'Harry comme une distraction. Pour lui, il était évident qu'Harry avait déjà fait son choix.

« Oui à cet instant, tu ne l'es pas. »

Malfoy siffla, son ton implorant avait disparu quand il serra ses poings.

« Tu ne peux pas sérieusement me dire que tu permettras soit Ron soit ma mère de mourir. Lequel des deux prévois-tu de sacrifier pour moi ? »

Harry sourit et cela glaça un peu Ron. Il avait déjà vu ce sourire quand Harry était sur la voie du Non-Retour. Il parlait à Malfoy comme s'il expliquait un concept à un de ses étudiants.

« Un sacrifice est quelque chose de curieux. La volonté de mourir pour quelqu'un d'autre. C'est la seule chose que Voldemort n'a jamais compris. Dumbledore appelait le pouvoir de l'amour le plus grand des pouvoirs, la plus puissante des magies. Ta mère t'aime assez pour mourir pour toi sans tergiverser. Ron t'aime assez pour donner sa vie sur la maigre hypothèse que cela m'apportera du bonheur. »

Harry se tourna vers Ron et l'observa pendant un moment.

« A propos de ça, Ron, je suis désolé, mais je ne pense pas que cela fonctionnera. Un amour platonique peut être aussi fort qu'un autre, mais dans ce cas je pense que le sortilège exige de l'amour pour Draco. Ton sentiment récent d'affinité basé sur la compétition peut ne pas être suffisant. »

Le poing froid autour du cœur de Ron s'intensifia aux mots d'Harry et il fronça des sourcils :

« Qu'es-tu en train de dire ? »

« Que le rôle me revient, comme je m'y attendais », fit Narcissa en élevant son menton avec fierté.

« Non ! » hurla Malfoy. « Non, Harry, je ne le permettrai pas. Tu me l'as promis ! »

Harry ne sembla pas entendre Malfoy alors qu'il hochait la tête vers Narcissa.

« Oui, je savais déjà que l'amour d'une mère est plus que puissant. Cela pourrait fonctionner. As-tu la potion ? »

« Harry, attends », fit Ron, soudainement incertain.

Quelque chose n'était pas normal. À la vérité, Ron ne s'était pas attendu à la capitulation d'Harry. Pas aussi facilement et pas sans un combat.

« Attends, je suis celui qui est déjà mourant. Elle ne peut pas être le sacrifice. C'est mal ! »

Il s'éloigna du mur et trébucha, il maudit sa faiblesse.

Narcissa inséra sa main dans sa poche et en sortit une fiole d'un liquide violet. Elle fit un geste comme si elle allait ouvrir la capsule, mais Harry s'avança vers elle et leva une main. Elle hésita.

« Je peux le lui administrer », fit-elle.

Harry lui fit un sourire rassurant.

« Faites-moi confiance. » dit-il calmement.

« Mère, ne fais pas cela. Weasley, arrête-le ! » implora Draco.

Narcissa se mordit la lèvre et plaça la fiole dans la main d'Harry. Ce dernier glissa la potion dans la poche de sa chemise et Ron pensa avoir entendu le clinc du verre contre le verre.

« Cette idiotie a duré trop longtemps », cracha Malfoy. « Personne ne mourra pour moi. Je le refuse. Je ne consentirai jamais pour ça. Jamais ! Mais. Putain. Jamais. Et je suis vraiment déçu par toi, Harry. Tu m'as menti. »

Harry inspira longuement et se tourna vers Malfoy, l'observant comme si cela pouvait être la dernière fois que son regard se poserait sur lui. Les poings de Malfoy étaient fermés et son visage était durci par la détermination. Son regard noir était foudroyant.

Le cœur de Ron se crispa douloureusement en observant l'expression sur le visage d'Harry, plein d'amour et de fierté alors qu'il confrontait ce qui devait probablement être le défi le plus dur de sa vie. Il était soudainement limpide pourquoi il avait été, et serait toujours, l'Élu.

« Draco », commença Harry, « Des mots ne sont pas suffisants pour exprimer ce que je ressens pour toi, même les trois mots qui sont prononcés avec tellement de facilité par les personnes assez chanceuses pour ne pas avoir à se battre pour le dire. Quoi qu'il en soit, je ne suis pas un grand parleur, alors mes actions s'exprimeront à ma place. »

Le regard obstiné de Malfoy s'adoucit et il éleva une main.

« Harry… »

« Je n'ai pas menti, pas exactement, car je n'ai pas essayé de te convaincre. Mais le fait est, je ne pense pas que ton consentement soit nécessaire. Et pour ce que cela vaut, je t'aime. Et je suis vraiment désolé pour ce que je m'apprête à faire. »

Sur ces paroles, Harry inspira longuement, éleva la Baguette de Sureau, et prononça :

« Expecto Patronum ! »

Ron hoqueta quand le cerf éclata du bout de la baguette et explosa à travers Malfoy dont le visage n'eut même pas le temps de refléter sa surprise avant de disparaître.

Harry abaissa la baguette tandis que les derniers morceaux étincelants d'une couleur argentée disparurent. Il se tourna vers le corps de Malfoy et chercha la potion dans sa poche – pas celui que Narcissa lui avait donné, mais une autre. Ron était un véritable Auror maintenant et il avait été entrainé pour observer : le bouchon de la potion dans la main d'Harry n'était pas le même que celui que Narcissa avait préparé.

« Harry, qu'as-tu fait ? » demanda Ron, encore sous le choc qu'Harry avait simplement annihilé son petit-ami.

« Nous n'avons pas beaucoup de temps », dit Harry et il jeta un coup d'œil au visage horrifié de Narcissa. « Il est déjà arrivé que Draco se soit assemblé après que mon Patronus l'ait éparpillé en de millions de morceaux. Je m'attends à ce qu'il se reforme plus rapidement cette fois-ci, mais pour le moment il ne peut pas refuser de donner son consentement, et il ne me distraira pas ou ne m'en dissuadera pas. »

« Que fais-tu, Harry ? » interrogea Ron et il s'efforça de s'avancer, maudissant son corps de vieil homme. « Quelle est cette potion ? »

Harry l'ignora et déboucha la fiole avant de glisser une main sous la tête de Draco et d'incliner la fiole contre ses lèvres.

« Il y a-t-il un sort qui le fera boire ? » demanda Harry à Narcissa.

« Narcissa, attends ! Quelque chose ne va pas là », cria Ron.

Tout avançait trop rapidement et Harry agissait de manière trop suspicieuse.

La bouche d'Harry était figée en une ligne de détermination.

« Il n'y a pas de temps, Ron. Draco reviendra bientôt et je ne me fais pas confiance pour lui faire face à nouveau. »

Narcissa sortit sa baguette et murmura une incantation. Harry versa le liquide violet dans la bouche de Malfoy, visiblement soulagé quand la potion disparut, guidée le long de sa gorge grâce au sortilège de Narcissa. Pendant qu'elle fit cela, Harry jeta immédiatement un autre sort, celui qui lierait l'esprit errant de Malfoy à son corps. Ron connaissait l'incantation par cœur, l'ayant lu une douzaine de fois, le prononçant dans son esprit jusqu'à ce qu'il pût le réciter à l'envers. Quand il eut fini, une lueur pâle entoura la forme de Malfoy.

Harry recula et mit dans sa poche la fiole vide.

« Es-tu sûr de toi ? » demanda Narcissa en lançant un regard inquiet vers Ron qui s'était renfrogné.

Il était un peu tard pour avoir des doutes, maintenant que la potion avait été administré et que le sort avait été lancé. Ron ouvrit sa bouche pour le signaler, mais Harry fit un sourire étrange.

« Qui l'est ? Il est temps de mourir. L'êtes-vous ? »

Il agita la Baguette de Sureau, il semblait trop enjoué face à la gravité de la situation.

Narcissa opina de la tête avec solennité et s'éleva droite et fière, ressemblant à la douzaine d'autres Malfoy dont les portraits étaient alignés sur les murs de ce manoir austère. Elle était définitivement faite pour les rejoindre.

« Harry », fit Ron, essayant une dernière fois d'être rationnel. « Ne devrais-je pas… ? »

Mais Harry pointa la baguette vers Narcissa Malfoy et prononça calmement :

« Avada Kedavra. »


Note : Alors qu'en pensez-vous ? Le plan d'Harry fonctionnera-t-il ?

Il ne reste plus que trois chapitres et j'en posterai un chaque semaine, le dimanche.