Hey !
Et voilà un nouvel OS, sur le thème Nouveau ! Il a tardé parce que je suis débordé en ce moment - Camp Nano plus taf, mais il arrive. Aussi, j'ai beaucoup de retard dans mes réponses aux reviews mais promis, je rattrape tout ça en Août !
Je me suis pas mal éclaté sur ce texte. C'est plein de petites blagues nulles en vrai, mais j'avais très envie de les faire, donc voilà. J'espère que ça vous plaira ?
(TW en bas de page)
Merci à Robotfan et à Mijoqui pour leur review sous l'OS précédent ! Et à Yu pour sa correction !
Bonne lecture !
Résumé : Quand Ienzo a accepté de rejoindre la coloc, il ne s'attendait pas à découvrir un tel personnage.
Rating : K+
Genre : Humour/Surnaturel
Univers : UA Moderne - Canine.
Personnages : Demyx, Vanitas, Axel, Ienzo
Pairing : Demitas, Vanienzo. (Et autres, possiblement)
Canine
.
– Yo.
Axel baisse les yeux. C'est lui, donc. Le fameux Ienzo. Petit, mécheux et fringué comme un gamin de seize ans en pleine période Jena Lee. Bien. Deux goths pour le prix d'un. Au moins, il saura à qui piquer du mascara si besoin.
– Salut.
Van, lui, il ne pense pas grand chose. Ça fait trois ans qu'il connaît Ienzo. Un an qu'il sort plus ou moins avec. Aussi, ça lui a semblé tout naturel de lui proposer la chambre du fond, quand le garçon a lâché qu'il cherchait un appart. Il avait besoin d'une piaule, et lui, il lui manquait un coloc. Les deux pièces du puzzle s'emboîtaient. Nickel.
Trois cent vingt balles de loyer, il savait que le mécheux ne refuserait pas.
– Bonsoir.
Ienzo, donc, qui se tient devant la porte. Il a vu le proprio, signé les papiers. Dans sa poche, le double des clefs tinte. Dans sa main, il serre la poignée de sa valise. Les premières affaires qu'il amène. Fringues, bouquins, bloc note pour les cours. Dans deux jours, son père lui filera un coup de main pour déménager le gros de sa chambre. Une bibliothèque, encore des bouquins, sa part de vaisselle. De quoi survivre, en somme.
Ses mirettes cachées se posent sur Van. Il sourit.
Et puis, du bruit dans le couloir.
– Eh les gars, z'auriez pas vu- Oh, salut ! On se connait ? Nan, j'crois pas. T'es un pote d'Axel ou de Van ? Ou les deux ? Ou un des mecs de Van ? Ou... Oh, non attends, c'est toi l'nouveau coloc, c'est ça ?
Fraichement sorti du lit alors que le soleil se couche, Demyx affiche un sourire incroyablement blanc. Du genre qu'on ne voit que dans les pubs, où il ne manque plus que la petite étoile scintillante qui pétille contre les incisives. Colgate fraîcheur en personne.
Ienzo cligne des yeux. Plusieurs fois. Phase sur son haut trois fois trop grand, lequel avale le boxer qu'il porte - si tant est qu'il en porte, et Ienzo espère que c'est le cas.
– C'est ça.
– Cool ! Tu t'appelles Ienzo du coup, c'est ça ? Enchanté ! Moi c'est Demyx ! C'est moi qu'ait la chambre qu'est contre la tienne là, je sais plus comment on dit... Adjacente ? Bref. Mais j'fais pas trop de bruit, promis. Hein Van ?
– Il ment. Il est infernal, mais les murs sont épais, tu devrais être tranquille.
– Eh ! C'est pas très gentil ça !
Le noiraud ricane.
– C'était pas fait pour l'être.
Le nouvel habitant observe le grand dégingandé qui cause. Un spectacle ambulant, ce type. Il ne sait pas qu'est-ce qui, de son incroyable débit de parole, son corps tout anguleux, ou son réveil à dix-neuf heures passées l'étonne le plus.
Il ne vient pas de se lever, quand même ? Non, il faisait sans doute la sieste.
– T'en fais pas, Vanitas reprend. Il est chelou mais on s'y fait vite. D'façon il vit en décalé, il passera pas des masses de temps avec nous.
– Ah si, on a dit qu'on passait le p'tit dej ensemble !
– Ouais enfin nous on appelle ça le dîner, en fait.
Axel rit. C'est vrai que ça manque d'ambiance dans le coin, depuis que Xigbar est plus là. Ienzo a pas l'air bien bavard, mais sa simple présence devrait remuer l'appart. Un peu de spectacle, le rouquin demande que ça.
Van lui a dit que c'était un lettreux, du genre qui se tasse dans un coin de la fac pour dévorer des pavés de huit-cent pages au calme. S'il a de la culture, il doit bien avoir un peu de répondant, non ?
– Enchanté, Demyx.
ll a une toute petite voix, à peine grave. A croire qu'il vient de muer. C'est plutôt mignon, le genre de truc qui lui plairait sans doute, s'il n'était pas déjà suffisamment concentré sur son propre petit copain. Et puis Van n'aime pas qu'on vienne chasser sur ses plates-bandes.
– La même ! Du coup, toi aussi t'es à la fac ? T'es en licence de quoi ?
– J'entre en master.
– Oh, ça a l'air chiant ça. 'fin pardon, c'est pas très sympa de t'le dire, mais... Genre faire un mémoire et tout, quoi.
Ah. Bien. Ienzo plisse les yeux. Il ne s'attendait pas à ce genre de salutations. Enfin, c'est... C'est sans doute sa manière de lui souhaiter la bienvenu dans la coloc, il suppose.
– Puis vu comme on trouve rien avec des diplômes à votre époque, bon courage pour la suite. Tu vas galérer à mort quand faudra trouver un taf. J'ai connu un gars, il avait un doctorat en socio. Bah ça fait deux ans qu'il tient la caisse du Leader Price du quartier, c'est grave triste.
Est-ce qu'il a entendu ce qu'il vient d'entendre ?
– Enfin ! J'dis ça, j'veux pas te décourager !
Vraiment ?
– J'vais chercher à manger ! J'vous ramène quelque chose en passant ?
– Des chips, Axel lâche.
– Gaffe, ton tee-shirt est blanc, Van lance.
– T'inquiète, j'ouvre pas les pochettes en chemin, Dem baragouine en zieutant son vêtement.
– J'espère bien. Et tu touches à rien d'autre, sinon-
– Gna gna gna, j'connais le refrain, c'est bon.
Van n'a pas l'air convaincu. Ienzo reste perplexe face à la tenue de son interlocuteur - c'est bien son pyjama qu'il porte là, non ? Et Axel... Axel sort une clope avant d'aller se poser sur le canapé.
– Tu voudras un coup de main pour installer tes affaires ? il lui demande alors qu'il allume son concentré de tabac.
– Laisse. J'm'en occupe, le noiraud le coupe.
Une réponse qui ne laisse aucune place aux potentielles protestations. De toute façon, Ienzo ne crache pas sur un coup de main. Puis Vanitas est son seul point de repère entre ses murs, et...
Ah. Demyx passe la porte, ses fières gambettes nues comme elles l'étaient au jour de sa naissance. Apparemment, il compte bien sortir dans cette tenue.
Bon, c'est une coloc entre potes. La relâche, l'absence de complexe, c'est sans doute normal. Pas de raison de s'inquiéter.
Hein ?
xoxoxox
– Fais pas gaffe à Demyx, il est un peu... Désinhibé. Il pense pas à mal, mais il a vraiment pas de barrières.
Une clope - encore - coincée dans le bec, Axel débite ces mots sur un grand sourire. Ienzo le lui rend maladroitement derrière sa mèche, alors qu'il cherche dans le placard de quoi déjeuner.
Vanitas avait raison, Demyx ne l'a presque pas dérangé cette nuit. Il l'a bien entendu jouer d'un instrument à un moment - de la guitare ? - vers six heures, mais le bruit effleurait à peine ses oreilles. Puis il s'est couché juste après. Ou, en tout cas, il n'a plus fait de bruit.
S'il s'endort à cette heure, pas étonnant qu'il se lève aussi tard.
– Je suppose.
– Hésite pas à le dire s'il va trop loin. Ou dis-le à Van, ça revient au même.
Il l'entend qui glousse, décide de ne pas se vexer. A la place, il attrape ce qu'il était venu chercher, à savoir une bouteille de lait planquée dans le frigo. Dont il vérifie soigneusement la date limite de consommation. Ce n'est pas le genre de Van, de remettre les ingrédients périmés au frais. Mais pour ce qui est des deux autres, il ne sait pas encore. Il préfère rester sur ses gardes.
– Alors, la chambre te plaît ?
– Ça va.
– Cool. Ça fait un moment qu'on cherchait quelqu'un. Tu tombes à pic.
Etonnant. Le loyer n'est pas cher, comparé aux prix du centre-ville, et ils ne sont pas trop mal situés. Le métro est à vingt minutes à pied, mais il y a un bus pour les y emmener.
– Vous cherchiez depuis longtemps ?
– Pas tant que ça en vrai. Mais disons que l'ancien locataire s'est barré un peu vite.
Axel tire une taffe, Ienzo oublie le paquet de Chocapics sous ses doigts. Il tique.
– C'est-à-dire ?
– Départ précipité. Il a eu quelques petits soucis.
Ça, Van ne lui en avait pas parlé.
– Oh.
– Rien qui te retombera dessus, hein ! C'est le genre de truc qui arrive. Mais on est bien content d'avoir retrouvé quelqu'un, quoi.
Sans doute. Ienzo n'y connait pas grand chose, en appartement. C'est la première fois qu'il quitte le nid familial. Alors, si Axel le dit.
Van débarque une heure plus tard, alors qu'il nettoie son bol. Pas de lave-vaisselle. C'est bof cool, mais il devrait pouvoir survivre sans. Jusqu'à preuve du contraire, il n'a besoin que d'une éponge et d'un peu de liquide qui mousse pour contourner le problème.
– Yo.
– Wow, toi t'as la tête dans le cul. T'as dormi cette nuit ?
– Ta gueule Axel.
– C'est bien ce que je me disais.
Un regard noir. Clairement, le noiraud n'est pas du matin. Aussi Ienzo le salue sans parler, d'un vague geste de la main.
– Mm. Café.
– T'es toujours le seul à en boire.
– 'chier.
A peine assis, Van se relève pour lancer la cafetière. Puis, comme tout étudiant de sa génération qui se respecte, il sort son portable et il ouvre Twitter.
Le café, les Chocapics, les réseaux sociaux et l'odeur des grains moulus. Autant d'ingrédients qui font une matinée banale dans cette colocation. Ienzo apprécie. Ce n'est pas trop mal, il devrait vite s'y faire.
Mais il se pose quand même des questions en voyant qu'à seize heures passées, Demyx n'a toujours pas émergé.
xoxoxox
Finir les cours à seize heures, Ienzo adore. Ça lui laisse du temps pour bosser et pour se détendre. Oublié, le dilemme étudiant qui oppose la soirée révision à la pile de bouquins qu'il meurt d'envie d'ouvrir.
Son sac délicatement posé sur la chaise du salon, il file dans la cuisine se chercher un casse-croûte.
– Yo !
Son cœur rate un battement. La voix d'Axel. Seigneur.
– Oh pardon. J'pensais que tu m'avais vu.
Non, il ne l'avait pas vu. Auquel cas il n'aurait pas exécuté ce petit bon gracile à l'instant, ses yeux ouverts comme les phares d'une voiture en pleine nuit. Enfin, maintenant que c'est fait, il ne lui reste plus qu'à récupérer les morceaux de son honneur perdu. Il ouvre le frigo et attrape son Yop, comme s'il n'était pas mortifié par le regard d'Axel posé sur lui.
– C'est pas grave, il marmonne.
– C'est drôle, je pensais que t'aurais fini les cours en même temps que Van. Vous êtes pas dans la même licence ?
– Je suis en Master.
– Ah ouais, c'est vrai qu'il retape son année.
Ce que le nébuleux voit, lui, c'est que ce mec est en train d'essayer de faire la conversation. Et faire la conversation, ça veut dire perdre un temps précieux qu'il devrait consacrer à ses révisions.
D'un autre côté, ce n'est peut-être pas plus mal de converser avec ses colocataires. Surtout ceux qui ne sont pas Vanitas. Viendra un jour où le bonjour brièvement glissé en enfilant ses chaussures ne suffira plus.
– Alors, l'appart te plait ?
– Ça va.
– Ça va ça passe, ou ça va t'aimes bien ?
– J'aime bien.
– Cool ! On te voit peu dans le coin, j'avais peur que tu sois pas à l'aise avec nous. Hésite pas à venir traîner au salon, hein. On va pas te manger.
Ienzo hausse les épaules. Il n'est pas là pour le beau monde qui peuple cet endroit - Vanitas excepté.
– C'est la première fois que tu vis en coloc ?
Il baisse les yeux sur sa bouteille.
– Ça se voit tant que ça ?
– Nan, c'était juste une question.
Ah.
– J'étais en foyer, avant.
– En foyer ?
– Une chambre dans un truc religieux que ma mère avait trouvé. C'est moins cher qu'un appartement.
– Oh, j'comprends mieux pourquoi tu mets ton nom sur ta nourriture, maintenant.
– C'est juste...
– Te sens pas obligé de te justifier. C'est mignon en vrai.
Mignon. Ienzo n'est pas sûr d'apprécier le mot dans la bouche d'Axel. Il a l'impression d'avoir perdu quinze ans d'un coup.
– Juste t'en fais pas quoi. On va pas piquer tes trucs. T'es pas au pensionnat, ici.
– On sait jamais.
– Promis. Puis j'aime pas le Yop, en plus.
– Toi, peut-être.
Il sait que Van ne touchera pas à ses affaires, et le discours d'Axel suffit à le faire rougir derrière ses mèches. Coller des étiquettes sur ses aliments, dans un appartement qui rassemble quatre personnes, ça lui semblait logique.
– Oh, t'en fais pas pour Dem ! Il ouvre jamais ce frigo, y en a un juste pour lui dans la buanderie.
Sa bouteille toujours entre les mains, Ienzo plisse les yeux.
– Dans la buanderie ?
La pièce avec le lave linge et le chauffe eau ? Et tout le bazar entassé qui sert sans doute pour les grands jours de ménage ?
– Ouais. Y avait pas d'autres pièces avec de la place et une prise de libre. Puis tant qu'il a le sien, ça fait plus de place pour nous. Par contre on a interdiction de l'ouvrir.
Soit. Il n'avait de toute façon pas l'intention d'aller fouiller un meuble dont il ne connaissait même pas l'existence il y a moins d'une minute.
Enfin, pas avant qu'Axel ne lui en parle.
xoxoxox
– J'ai soif.
– Bah va boire.
– J'ai soif de toi.
Face au sourire débile de Demyx, Vanitas oppose un regard profondément agacé.
– Non.
– Juste un peu.
– Retourne te coucher.
– T'es fou, il est même pas cinq heures ! J'suis vieux mais quand même.
Vieux, vieux. Il en jugerait plus facilement si son colocataire daignait lui donner quelques informations quant à son âge. Mais à ce sujet, le blondin est radin. Il s'obstine à affirmer que la question ne se pose pas. Honnêtement, Van s'en branle. Mais il évite de le dire. Ça pourrait lui donner des idées.
– Il te reste à bouffer au frigo.
– Mais c'est mieux quand c'est frais.
– Fais avec.
– Allez Van.
– Non.
– Tu dirais quoi si j'te faisais manger une vieille courgette toute molle qui traîne dans le bac à légumes ?
Van essaie très fort de chasser l'image de chibre vert qui s'incruste dans sa tête.
– J'mange pas de légumes.
C'est faux. Il mange peu de légumes. Les tomates par exemple, ça passe. Même si d'après Riku, les tomates sont des fruits.
– J'vais demander à Ienzo alors.
– Non.
Il plaque son téléphone sur le lit. Le sérieux lui tombe sur la gueule comme la pluie éclate en plein soleil.
– Pourquoi ?
– C'est mort, tu lui dis rien.
– C'est à cause de l'ancien coloc ?
– Entre autres.
– Et si je promets de pas recommencer ?
– Même Dem. Non c'est non, on a trop galéré à trouver quelqu'un.
Le musicien de nuit se renfrogne. Son sourire fond sur sa bouille alors qu'il croise les bras contre son torse maigre. Pas content, on peut lire sur sa trogne.
– Tu dis ça comme s'il allait partir en courant en apprenant la vérité.
– Parce que tu crois qu'il va faire quoi, s'il capte que tu le vois comme un repas sur pattes ?
– Laisse-lui une chance !
– Cours toujours.
– Tu peux pas prévoir sa réaction !
– Justement.
– T'es vraiment pas drôle, Van.
– Ça tombe bien, je plaisante pas.
– Bah ça j'avais remarqué.
Demyx se laisse retomber sur le lit du corbeau. Il bougonne comme un gamin privé de jeux vidéo, le pif perdu dans les draps senteur sueur. Mais son colocataire n'esquisse pas le moindre geste vers lui. Concentré sur ses fiches de révisions, il ignore les adorables mirettes qu'on pose dans son dos et il répète encore une fois les dates inscrites au feutre rouge.
– J'ai vraiment soif.
– Le frigo.
– S'il te plait.
– Y m'plait pas.
– Tu vois pas que je suis malheureux, là ?
– Sois malheureux moins fort. Je révise.
Au comble du malheur, la pauvre bête s'approche et pose sa tête sur les cuisses du noiraud. Van le connaît, le cirque. Dem est pire qu'un chat affamé qui réclame sa pâtée. Capable de râler jusqu'à pas d'heure - et dieu sait que pour lui, l'expression prend tout son sens. S'il n'était pas dans la chambre, il serait en train de gratter à sa porte en échappant de pauvres petits bruits éplorés.
D'humeur conciliante, Vanitas consent à lui caresser les cheveux d'une main, ses fiches logées dans l'autre. Les nombres tournent dans sa tête. Mais l'heure du réveil approche, et il a tout intérêt à dormir avant de passer son exam.
– Va falloir que je me couche, Dem.
– Déjà ?
– J'ai partiel à dix heures, j'te signale.
– Mmmmh.
C'est un gosse. Non, c'est pire qu'un gosse. Une créature capricieuse qui charme ses proies pour mieux se faire dorloter.
– J'peux te regarder dormir ?
– Si tu veux.
Tant qu'il se tient tranquille, Van veux bien faire comme si cette question n'était pas glauque.
xoxoxox
– Van ?
– Mm ?
– En vrai il est pas obligé de savoir.
– De quoi ?
– Ienzo. J'peux le mordre dans son sommeil.
– T'es sérieux ?
– Oui ?
– Non.
– Mais pourquoi ?
– On fait pas ça sans l'accord des gens, Dem.
– Alors ça c'est pas vrai ! Tu crois qu'ils feraient comment pour survivre les vampires, s'y demandaient tout l'temps la permission ?
– J'm'en fous. Là t'es chez moi, et les règles de chez moi stipulent qu'on mord pas quelqu'un sans avoir eu son accord préalable.
– Pourquoi ?
– Parce que.
– Il le sentira même pas si j'fais attention.
– Ouais bien sûr, et le sang sur le matelas, tu crois qu'il le verra pas ?
– Je mettrai une serviette.
– C'est non.
– Ça prendra même pas dix minutes !
– T'enfonce que dalle dans mon mec.
– Mais c'est juste des canines !
– C'est le problème, Dem.
– T'en as plein d'autres des mecs en plus. J'partage moi, tu pourrais être cool.
– J'en ai trois. Et encore, j'te compte dedans.
– Sérieux ? Et c'est qui le troisième ?
– Tu connais pas.
– Il s'appelle comment ?
– Riku.
– Je-
– Non, je l'inviterai pas.
– Mais-
– Non, t'as pas non plus le droit de le mordre.
xoxoxox
Quand même, Ienzo s'interroge. Pourquoi avoir un frigo à part ? Bon, la réponse la plus évidente, c'est encore qu'un frigo pour quatre, ça fait peu de place. C'est logique. Tellement logique qu'il devrait s'en tenir à cette explication.
Mais quand même.
Interdiction de l'ouvrir ? C'est bizarre.
xoxoxox
Ienzo cogite avec application. Peut-être que Demyx a un régime particulier ? Ou une liste d'allergies mortelles, comme Lexaeus. Avec tout un tas d'aliments qu'il ne peut pas ne serait-ce qu'effleurer sans en payer le prix. Oui, ça se tient. Ça explique aussi pourquoi il ne mange presque jamais avec eux. Ça doit être désagréable de voir autant de plats qu'il ne peut pas toucher. A sa place, il se sentirait douloureusement mis à part.
Ou alors, c'est juste parce qu'il se lève à pas d'heure.
Aussi.
xoxoxox
17h 45. Ienzo tourne la page de son livre. Vanitas pose son cul sur le canapé, et Axel réfléchit déjà à la pizza qu'il va commander sur Uber Eat. Trois fromages ou Chèvre miel ? Ou une pizza kebab ? Il en a jamais goûté, mais rien que le nom, il salive déjà.
Il pourrait en prendre deux. Une pour aujourd'hui, et une qu'il fera réchauffer quand il aura fini les restes de la première. Comme ça, pas besoin de choisir. Ou alors...
– Les gars ?
– Mm, Van daigne marmonner.
Ienzo relève les yeux.
– Qui est chaud pour une soirée pizza ?
L'éclat dans le regard du noiraud vaut tout l'or du monde.
– Les bourses sont pas encore tombées, il fait quand même remarquer, pour la forme.
– Il te reste combien ?
La teigne jette un coup d'œil sur son portable avant de grimacer.
– Pas beaucoup.
– Genre ?
– Moins cinq euros.
– Et t'as une autorisation de découvert de combien ?
– Aucune idée et j'préfère pas le découvrir.
– T'as pas genre du liquide ou des sous de côté ?
– Il doit me rester dix balles en liquide, un truc comme ça.
– Files-les-moi et j'paie ta part.
Il en faut peu pour convaincre Van, en matière de pizza. Puis avec un peu de chance, Axel oubliera cette histoire de liquide une fois la commande réglée.
Ienzo les regarde derrière son livre, hésitant. Il est plutôt partisan des repas sains et équilibrés, mais l'idée d'une flaque d'ingrédients étalés sur une pâte lisse lui fait gargouiller l'estomac. Pas de cuisine à faire, pas de vaisselle à laver. Oui, ça fait envie. Très envie. Et lui pour le coup, il a les moyens.
– D'acc.
– Cool ! On appellera vers 19h et quelques.
– Toi t'appelleras. C'est ton idée, Van souligne.
– Et elle t'emmerde pas tant que ça mon idée, aux dernières nouvelles.
Tout a l'air ok aux yeux de ses deux colocataires, aussi, Ienzo se permet de hausser un sourcil. Et Demyx ? Il va sans doute loin dans ses clichés, mais vu la dégaine du gars, il doute qu'il soit du genre à cracher sur une bonne part de pizza.
– Vous les voulez à quoi du coup ?
– Margarita, Van lâche mollement.
– Et Dem ? le lettreux ose.
– Dem est pas comestible, et je doute qu'ils l'aient dans leur menu, de toute façon.
L'humour d'Axel ne fait rire que lui. En revanche, le regard excédé du corbeau amuserait sans doute le grand absent de la pièce. Il fait l'incommensurable effort de redresser la tête pour regarder son gars.
– Laisse tomber, il dort comme une masse là.
– Il est presque dix-huit heures.
Le cadet a beau dire, il a bien remarqué le rythme de vie pour le moins particulier du quatrième larron. Même ses potes les plus lève-tard n'ont pas le cran nécessaire pour établir de tels records.
– Trop tôt, Axel rétorque. J'pense qu'on le verra pas avant vingt heures, aujourd'hui.
– Pourquoi ?
– L'instinct.
Van zieute Axel comme s'il avait encore lâché une mauvaise blague.
Vingt heures, ils seront déjà en train de manger. Ce sera trop tard pour Dem. Déterminé, Ienzo attrape le marque page posé sur son téléphone et le glisse dans son livre qu'il l'abandonne sur la table avant de se lever.
– Qu'est-ce tu fais ? le roux lâche, sans lever les yeux du menu de la pizzeria.
– Je vais ouvrir les volets de sa chambre. Ça devrait le réveiller.
Ça par contre, ça fait rire Van. Un bruit pas tant que ça rassurant qui sort de sa gorge et secoue son torse.
– T'es con chat.
Ledit chat hausse les épaules et disparaît dans le couloir de l'appart, sous le regard amusé du renard et du corbeau. Ah, pour sûr qu'il va le réveiller s'il ouvre les volets. Ou l'endormir pour toujours.
– Allez reviens, c'est plus drôle là, Axel jette depuis son siège.
Silence. Des petits pas. Un bruit de poignet qu'on enfonce.
Et là, Van réalise. Ienzo ne peut pas plaisanter. Il n'est pas au courant.
Axel doit capter en voyant sa gueule, parce qu'il se redresse illico.
– Eh Ienzo, je déconne pas ! Touche pas aux volets !
Merde.
Ils se relèvent d'un bon et se précipitent dans le couloir.
– Ah ! Mais qu'est-ce tu fous, là, c'est- Non ! Ferme-les ! Ferme-les tout de suite ! Y a d'la lumière partout, t'es malade ou- Putain sa mère, mais pousse pas l'deuxième !
xoxoxox
Trois heures du matin. Ienzo ouvre grand les yeux.
Peut-être que Demyx cache les têtes décapitées de ses victimes dans le frigo. Il les découpe en morceaux avant de les plaquer là le temps que l'enquête se tasse, et...
Et à bien y réfléchir, le frigo est trop petit pour contenir un corps humain. Même un petit corps. Bien découpé.
Ou il s'en prend à des bébés. Des bébés qu'il volerait à la maternité.
Ou alors, Ienzo devrait juste arrêter les polars avant d'aller dormir.
xoxoxox
Fin de soirée, un calme paresseux enveloppe l'appart. Un silence parfait interrompu par le ronron bref des bagnoles qui tracent au pied de l'immeuble. Et par le pas de Demyx qui sort soudain de sa chambre pour se planter au milieu du salon. Bras croisés sur le torse. Minois exagérément sérieux. Ses mirettes déterminées dardent le noiraud qui comate sur le canapé.
– Ienzo est là ?
– Nan. Il rentre chez son père un week-end sur deux.
– Bien. Faut qu'on parle.
Ah non. Pas encore. Et pas maintenant.
Vanitas se doute du discours que le vampire va - encore - leur tenir. Ce qui ne l'empêche pas d'ignorer le sourire amusé sur la bouche d'Axel, et cherche la télécommande pour tenter d'allumer la télé.
En vain.
– Ça peut plus durer, Demyx déclare, nullement découragé par le top musical diffusé sur D17.
– Et avec le contexte, ça donne quoi ?
– J'ai l'droit de rien faire avec vous !
Genre. Le corbeau se trouve très permissif. Déjà, il ne l'a pas laissé brûler au soleil, comme le veut la tradition. Et il ne l'attache pas. Même pas une petite chaîne de rien du tout aux chevilles. Il le laisse carrément sortir, parfois.
– Déjà, j'ai pas le droit de me transformer en chauve souris.
– T'as pas le droit de te transformer à la vue des humains, nuance.
– Mais y en a partout dehors des humains ! T'as vu comme vous avez proliféré, ces dernières années ? Vous êtes pires que les rats au Moyen-Age !
– Même.
Gros soupir. Le blond tape du pied.
– Ensuite, vous m'laissez pas me nourrir dehors.
– T'as les rations du don du sang si tu veux boire.
– Mais c'est pas bon ! C'est vieux et froid, et en plus il est sorti du corps depuis plusieurs jours !
– Ça fait le taf.
– C'est facile à dire quand on commande des pizzas toutes les semaines.
– Là il a pas tort, Axel fait remarquer.
Van lui jette un regard noir. Il est de quel côté, lui ?
– Tu vas finir par tuer des gens, si on te laisse chasser.
– Tu peux pas savoir !
– Ah ? Rappelle ce qui est arrivé au dernier coloc ?
– C'est pas ma faute ! J'l'avais dit à Xigbar qu'il fallait pas essayer de me chatouiller pendant que j'bois ! Ça réveille mes mécanismes de défense.
Un jour, Vanitas fera une liste de tous ces détails ridicules que les humains ignorent sur le fonctionnement des vampires. Un jour.
– N'empêche qu'il est mort.
– C'est pas une grosse perte, le roux lance depuis son pouf.
– C'est pas toi qu'a trouvé le cadavre en plein milieu de la salle de bain.
Demyx devrait avoir honte. Il n'a même pas essayé de planquer sa connerie. Oh, bien sûr, Van l'aurait vu et il l'aurait doublement engueulé, pour la gaffe et le mensonge par-dessus. Mais n'empêche, même un gamin aurait eu ce réflexe. Personne ne laisse un corps dans une salle de bain en espérant que ça passe crème.
Sauf Dem. Qui n'a même pas la décence de rougir alors qu'on lui met sa merde sous le nez.
– Justement ! Si j'chassais dehors, y aurait pas besoin de cacher les cadavres !
– Donc tu reconnais que tu vas tuer des gens.
– Non !
Un raclement de gorge.
– Enfin ça dépend qui.
Van ne veut pas entendre la suite.
– Non Dem, ça dépend pas qui, on tue personne point.
– Mais vas-y là vous m'saoulez ! Vous vous avez l'droit tuer tous les animaux que vous voulez pour les bouffer et moi je peux même pas mordre le dernier des connard dans une ruelle à quatre heures du matin !
Ah. Vanitas savait que cet argument finirait pas tomber, un jour ou l'autre. C'était une question de temps.
– Il a raison.
– Axel, tu m'aides ou tu m'enfonces ?
– J'admire le spectacle.
Le corbeau a beau faire, ses jolis yeux noircis de colère ne peuvent rien face au sourire mauvais du rouquin. Merde. Il aurait dû faire plus attention, le jour où il a choisi ses colocs. Il le sait, pourtant, que le renard retourne sa veste comme il allume ses clopes.
– Dem, c'est pas pareil, il commence.
– Et je peux savoir pourquoi ?
Non, parce que Vanitas ne sait pas non plus, et qu'il n'a pas l'énergie pour se taper un cas de conscience maintenant. Le véganisme n'est pas au programme, surtout après la pizza d'hier.
– Légalement ça passe pas.
– Oui bah de mon, temps, la loi c'est moi qui la faisait. Et je pouvais bien embrocher tout un lot de paysans en plein milieu du village, si je voulais.
– Sauf qu'on est plus de ton temps et que de nos jours, les homicides volontaires, ça apporte des emmerdes.
– Mais j'ai dit que je les tuerais pas forcément.
– Pas forcément, Dem, il est là le problème.
– Donc si je jure de pas les tuer, je peux les mordre ?
– Non plus.
Le vampire soupire fort.
– Mais pourquoi ?
– Parce que tu tiens jamais tes promesses.
Et toc. Là, il peut plus rien dire. Pour toutes les fois où il n'a pas tenu parole, Van se permet un doigt d'honneur imaginaire.
– Et même, ça ferait des témoins. Les gens savent pas que t'existes et c'est très bien comme ça.
– Chez moi-
– Bienvenu en France, Dem. Si t'es pas content, je t'invite à faire tes bagages et à retourner en Transylvanie.
– En Valachie.
– Du pareil au même.
– Gna gna gna.
Sur cette excellente démonstration de maturité, le blondin tape du pied. Bras croisés, il pose son cul sur la table. Et se redresse aussitôt.
– Et si j'avais un humain domestique ?
– Un quoi ?
Est-ce que Van a bien entendu ce qu'il vient d'entendre ?
– Non mais un petit ! Genre un enfant ! Vous êtes pas très grands à trois ans.
Ok. Là, il ne sait même pas par où commencer.
– Les humains grandissent, Dem.
– Pas tous. Regarde toi, en vrai tu prends pas trop de place.
D'accord. Le noiraud fait comme si son égo ne souffrait pas douloureusement, et il reprend son discours.
– Ensuite, on ne domestique pas les humains.
– De mon-
– Je me fiche de ce qu'on faisait de ton temps et dans ton pays. Ici, c'est niet. Ça aussi c'est pas légal.
– Mais vous avez bien des animaux dans vos maisons !
– C'est pas pareil !
– Mais pourquoi c'est pas pareil !
– Parce que ça, c'est légal !
– Oh, Tu fais chier avec tes lois ! Avoir un vampire sous son toit, c'est légal peut-être ?
– Oui.
Étonnamment.
Non, pas étonnamment. Personne n'est censé savoir qu'ils existent.
– Mais héberger un tueur, ça l'est pas. Et un agresseur non plus.
Pas sûr remarque. Il faudra qu'il fasse une recherche à ce sujet, parce que s'il se plante, Demyx le ratera pas.
Définitivement abattu, Demyx reste le cul sur la table à marmonner dans sa barbe.
– J'vois même pas pourquoi je vous écoute.
Non, en effet. Et mieux vaut pour lui qu'il ne se pose pas la question trop longtemps.
– Parce que la fondation Van Helsing pensera jamais à venir te chercher ici, Axel rétorque.
Enfin. Béni soit ce sombre crétin, aussi certain Vanitas soit-il que cette fondation n'existe plus depuis longtemps.
Cette fois, Demyx ne trouve rien à répondre.
xoxoxox
Demyx cache la came qu'il revend dans le frigo.
Ienzo y a longuement réfléchi, et ça se tient. Déjà, il passe sa journée enfermé dans sa chambre, il sort uniquement la nuit. Sans doute parce qu'il a moins de chance de croiser des flics à cette heure. S'il ne bosse pas, il faut bien qu'il trouve de l'argent pour payer sa part du loyer, non ? Et ça expliquerait pourquoi Axel ne veut pas qu'il regarde dans le frigo. Il est dans le coup, lui aussi. Et Van est sans doute au courant. Tout le monde sait.
Sauf lui.
Enfin, ça, c'est ce qu'ils croient.
xoxoxox
De la came, d'accord. Mais quel genre de came ? De l'herbe, Ienzo veut bien passé outre. Il a déjà fumé un joint dans sa vie. Enfin, un morceau de joint. Il a pris deux taffes avant de finir allongé sur le canapé et-bref.
Mais si c'était autre chose ? Il a bien vu le paquet de pailles posé sur le frigo. Légalement, qu'est-ce qu'il risque si on découvre du crack dans l'appartement où il vit ? Officiellement, il ne sait rien. Donc on ne peut pas le coffrer pour ça, hein ?
Est-ce que c'est pour ça que leur ancien coloc est parti ? Il a dû découvrir leur petit manège, et… Ou alors, il était dans le coup. Il s'est fait prendre, et maintenant il dort en taule. A moins que les flics ne l'aient refroidi.
Ou il a fait une overdose.
xoxoxox
– Non.
– Pourquoi ?
Si ce n'est pas une dispute, Ienzo trouve que ça y ressemble. Tout discret qu'il est, il abandonne sa lecture pour tendre une oreille attentive vers la chambre de Vanitas.
– Parce que j'ai dit non.
– Mais j'croyais que t'aimais bien.
Ça, c'est la voix de Demyx. Le lettreux jette un coup d'œil au téléphone mais oui, 20h 02, ça colle avec ses horaires. Et il est motivé à emmerder son pote dès le "réveil". Enfin, son pote, ou son mec ? Ienzo n'a pas encore trouvé la réponse à cette question, et il n'ose pas la poser à Vanitas. Ils ne parlent jamais de leurs relations extérieures.
– J'aimais bien, oui.
Il tourne la tête vers la porte entrouverte, mais n'aperçoit qu'une vague trait de lumière.
– Jusqu'à ce que t'essaies de me mordre.
– Attends, t'es encore coincé là-dessus ?
– Coincé ?
Ouch. Le ton que Van, ça n'augure rien de bon. Ienzo n'en est que plus attentif.
– Mais c'est bon, c'est arrivé qu'une fois !
– T'as essayé de me mordr-
– J'ai pas fait exprès !
– La teub Dem ! T'as essayé de me mordre la teub !
– Mais c'est ta faute aussi !
La... Pardon ?
– Tu sais quelle quantité de sang y a là-dedans quand tu bandes ? Et tu me mets ça sous le nez, tranquille !
– Te cherche pas des excuses !
– J'me cherche pas d'excuses, j'y peux rien s'y sont sortis, j'peux pas toujours contrôler quand y a du sang !
– Oui bah on réitérera pas l'expérience.
– M'en fous, c'est toi qui y perd de toute façon.
Un bruit de pas. Ienzo plonge illico son nez dans son bouquin. Il évite de justesse le regard de Dem qui ouvre grand la porte de la chambre et il reprend sa lecture au vol en attrapant une ligne au hasard.
Tout va très bien. Il n'a pas entendu ce qu'il vient d'entendre. Ni Van qui vient de crier Teub deux fois dans l'appartement, ni... ni quoi ? Il ne comprend même pas ce qu'ils ont dit. Enfin si, un peu. Pour son plus grand malheur.
– J'en ai marre ! C'est toujours de ma faute avec toi ! le musicien gueule.
Ienzo se tasse dans son canapé.
– Parce que tu fais toujours des conneries !
– C'est pas vrai ! T'façon j'peux jamais rien faire avec vous !
– Eh ! Je suis beaucoup plus permissif que Van ! Axel gueule depuis sa propre chambre.
Le bruit de pas s'arrête. Galope vers le couloir.
– Aaax ?
Sa colère brusquement abandonnée, la voix dégouline de miel.
– J'ai soif.
Soif ?
– Allez viens.
Un rire.
– Yes !
– Axel, non, Van rétorque fermement.
– C'est bon Van, une exception de temps en temps, ça peut pas faire de mal.
– Tu veux qu'on parle de Xigbar ?
– Relaxe, je suis pas aussi con.
Grand silence. Ienzo ne comprend pas. Et il n'est pas sûr de vouloir comprendre.
– Si ça merde, c'est ton problème.
Demyx s'élance joyeusement sur le parquet. Une porte se ferme. Le gris enfonce sa tête dans l'unique oreiller du canapé. Est-ce qu'il va se passer ce qu'il croit qu'il va se passer ? Et qu'est-ce qu'il croit qu'il va se passer, au juste ?
Non. Il ne veut pas penser à ça. Quoi que ce puisse être.
La prochaine fois, il viendra lire avec un casque sur la tête.
xoxoxox
Et s'ils cachaient le cadavre de l'ancien coloc dans le frigo ?
xoxoxox
Cinq heures, l'heure parfaite pour un petit casse-croûte. Dem pose son casque sur les draps - il n'a pas le droit d'écouter sa musique trop fort passé vingt-trois heures - et il stoppe sa playlist. Quelques pas dans le couloir, il traverse le salon en silence et gagne la buanderie. L'idée d'aller faire un petit tour de chasse dehors lui effleure l'esprit, mais il se retient. Si Vanitas l'apprend, il est cuit. Et allez savoir comment il se débrouille, mais quand Demyx fait une connerie, Van l'apprend toujours. C'est à se demander si ce n'est pas lui le vampire, dans l'histoire.
Il ouvre la porte du frigo, et contemple sans grand appétit les poches de sang rangées sur les différents étages. Il lui en reste quoi, cinq, six ? Il compte. Cinq. Pas beaucoup, donc. Il va falloir retrouver faire un tour dans les locaux du don du sang. Vu le nombre de poches dont ils se débarrassent, ça passera inaperçu. Mais quand même.
En plus, c'est tout du B+. Beurk. Il aurait dû économiser les rhésus négatifs.
Si seulement Van se laissait mordre un peu plus souvent. Lui, il est O-. Un rhésus peu commun et délicieux, surtout quand il est frais. Un repas de roi. Mais non, d'après monsieur ça se fait pas, c'est dangereux, ça laisse des traces dans le cou, gna gna gna.
N'empêche, il ne compte pas lâcher le plan de l'humain domestique. Demyx s'est renseigné, les gens ont souvent fait ça au cours de l'histoire. Surtout avec les humains noirs. S'il en prend un de cette couleur, peut-être que Van sera moins regardant ?
Bon, allez. Il a pas le choix, alors il chope une poche et il attrape une paille dans le paquet qui traîne. Parce Axel aussi est casse-couille, et qu'il aime pas quand il met du sang partout. Soit disant que ça risque de faire flipper le proprio. Et que c'est dur à laver.
Ecœuré, Demyx attrape son bout de paille. Il se tourne, prêt à regagner sa chambre.
Et il tombe sur le regard parfaitement éveillé d'Ienzo.
xoxoxox
Ce matin-là, Vanitas se lève tôt. Beaucoup trop tôt. Il a un entretien à passer pour un stage et bon sang, on a pas idée de faire venir les gens à neuf heures pour ce genre de conneries. Son réveil sonne pour la troisième fois, il fait encore nuit. Bordel. Bon. Puisqu'il le faut, il sort son joli cul des draps défaits et cherche à taton le tissu souple d'un tee-shirt qui n'empeste pas encore la sueur. Il se traîne enfin hors de sa chambre, mue par l'idée d'un bol de céréales recouvertes de lait, et…
Il les voit.
Demyx et Ienzo, posés sur le canapé, en train de taper la discute. Avec. Une. Poche. De. Sang. Dans la main de Dem. Qui boit. Devant Ienzo.
Ok.
Non. Pas ok.
– Bram, mon pote ? Tu déconnes, c'est mon ex !
– Vraiment ?
– J'te jure. Ça se savait pas trop à l'époque qu'il courrait aussi les gars. Faut dire que c'était pas bien vu, donc bon. Mais franchement c'était un bon coup. Et il est pas trop con, il a gardé plein des trucs que je lui ai dits pour faire son bouquin, là.
– Dracula ?
– Ouais, Dracula. Bon par contre il est nul pour ce qui est des noms. Dracula quoi. Draculea ça avait déjà plus la classe, même si c'était pas mon surnom préféré. Je comprends pas pourquoi il l'a pas gardé. Enfin bref ! J'me suis fait chopper par une asso de chasseur de vampires de l'époque et pof, plus de tête. Ces cons, ils croyaient que ça suffirait pour-
– Dem ?
Le duo se tourne dans sa direction.
– Oh, salut Van ! T'es levé vachement tôt aujourd'hui ! T'es pas malade au moins ?
– Je peux savoir ce que tu fous ?
– Là ? Bah je parle avec Ienzo et- ah oui. Je vois.
Le blondin se racle la gorge.
– Alors, tu vas pas aimer, mais je te jure que j'ai pas fait exprès.
Ça, Vanitas n'y croit absolument pas. Même si c'est parfaitement plausible, compte tenu de la capacité de Dem à enchaîner les conneries par accident.
– Bonjour, l'étudiant dit tout bas.
– Bonjour, chat.
Ne pas répondre sèchement. Il ne doit pas s'énerver sur Ienzo. Ienzo n'a rien fait. C'est bien le seul innocent de l'histoire.
– Oh ! Salut Van !
Vu qu'Axel lui fait coucou depuis la cuisine.
Il va y avoir un mort. Et pour une fois, ce ne sera pas la faute de Dem.
– Des explications. Tout de suite.
– Alors, pour reprendre depuis le début-
– Et vite.
– Ienzo est allé pisser pendant que je buvais.
Cette fois, le regard d'or du corbeau glisse sur son petit ami. Ce n'est pas une combine entre eux pour éviter au musicien un terrible châtiment, au moins ?
– J'ai vu de la lumière dans la buanderie.
Merde. C'est que c'est crédible, cette connerie.
– Du coup j'avais deux options. Le tuer et cacher son corps, ou tout lui expliquer en priant pour qu'il appelle pas les flics. Mais c'est pas comme si les flics allaient le croire, hein ? Et j'ai pensé que la première option te plairait pas trop.
En effet. Pour une fois, il est heureux que Demyx ait pensé. En revanche, il commence à douter de son choix de colocataire. Il n'aurait jamais dû ramener Ienzo ici. C'était une mauvaise idée.
– Je dirai rien.
Evidemment. Vanitas soupire.
– De toute façon il a raison, personne te croira.
Il va s'asseoir à côté de son petit ami humain. Eh merde. Ce qui est fait est fait, il ne peut pas revenir en arrière. Et à bien y réfléchir, ce sera sans doute plus simple comme ça. Plus besoin de parler en langage codé devant le lettreux, de flipper à l'idée qu'il ouvre le frigo de la buanderie et de justifier toutes les petites habitudes bizarres du musicien.
Mais ça lui reste quand même en travers de la gorge.
– Tu vois, j'avais raison, le vampire clame, tout fier. On aurait dû lui dire dès le début.
Et ça va donner la confiance à Dem.
– On pouvait pas savoir.
– Oui bah le pauvre, il s'imaginait qu'on avait monté un trafic de drogue et qu'on allait le tuer puis le découper en morceau et-
– C'est pas vrai !
Vanitas hausse un sourcil. S'il ne s'y trompe pas, son gars est gêné. Assez pour se cacher derrière sa mèche.
– Sérieux ?
– Il a exagéré le trait.
– Tu pensais qu'on avait monté un trafic de drogue ?
– Dem sort jamais bosser et il est pas étudiant. Il faut bien qu'il paie sa part du loyer.
– Ah non mais ça c'est juste que je vole de l'argent quand j'ai besoin.
– Demyx.
Ienzo n'est pas obligé de tout savoir.
– De la drogue ? il répète.
– Il y avait des pailles sur le frigo.
Ok. Là, Vanitas est fini. Il voit des pailles, et il s'imagine tout de suite que... Oh, le pauvre chaton. Ça lui ressemble bien.
Même Axel glousse depuis la cuisine. Demyx est le seul à ne pas comprendre, mais ce n'est pas plus mal.
– D'ailleurs j'ai fait des recherches sur les pailles, il déclare d'ailleurs. Et il faut absolument qu'on arrête d'en acheter.
– En quel honneur ?
– Alors je sais pas comment ça se passe exactement, mais les pailles qu'on jette à la poubelle terminent dans la mer, et après elles se coincent dans le nez des tortues. Je l'ai vu sur Facebook.
Cette fois, Van éclate de rire.
– C'est pas drôle ! Ça a l'air de faire grave mal ! T'aimerais qu'on te mette une paille dans le nez, toi ?
Sérieusement ?
– Ah non c'est vrai, vous vous en moquez vous, vous tuez les animaux avant de les faire cuire. Mais du coup, tu pourrais finir avec une paille dans ton assiette.
– Non, Dem. Vraiment, non. Et on mange pas de tortues de mer, j'te signale.
Ce serait presque touchant, s'il ne cherchait pas juste un prétexte pour boire le sang à même la pochette. Ou à même l'humain.
Une fois calmé, le noiraud passe un bras protecteur autour d'Ienzo, manière de lui dire de ne pas s'inquiéter. Bien sûr, ça ne rate pas. Face à la distribution de câlin, Demyx abandonne illico son fauteuil pour venir s'allonger sur le canapé, la tête sur ses genoux. Menton redressé, yeux à moitié fermés. Van comprend le message. Il glisse sa main sous son joli visage pour caresser son cou.
– Mm, le vampire faire, satisfait.
Ils restent comme ça un moment, sans remarquer qu'Axel les filme discrètement. Avant de jurer. Dem n'apparaissant pas sur la pellicule.
– Oh, d'ailleurs.
Le plus filou de la bande ouvre grand ses jolies mirettes.
– J'ai discuté avec Ienzo, par rapport au fait de mordre et tout.
Van tique.
– Et du coup-
– Non.
– Mais j'ai pas fini !
– Tu vas dire une connerie tellement énorme que j'arrive pas à croire que t'ai tenté le coup.
– Tu pourrais au moins m'écouter.
– Non.
– Il est d'accord !
– Il sait pas pourquoi il est d'accord.
Ienzo se racle la gorge.
– En fait, Demyx m'a plutôt bien expliqué... Tout ça.
– Attends, parce que tu lui as sérieusement dit oui ?
– Il a dit que le sang en pochette avait un goût de patate crue.
– Il connaît pas le goût des patates crues ! C'est un vampire !
D'accord. Il va égorger Demyx. Puis il suspendra sa tête au balcon. Et le reste de son corps, que le soleil fasse son taf.
– De toute façon, c'est pas ton choix, c'est celui d'Ienzo.
Pardon ?
– Il a pas tort, Van, Axel souligne depuis la cuisine.
Ils se sont ligués contre lui ?
Van zieute son autre petit ami - pour combien de temps encore ? - aussi froidement qu'il le peut. Le concerné n'en sourit que plus grand.
Allez, qu'il se foute de sa gueule si ça l'amuse. Il peut être fier de sa connerie, le bougre. Il ne paie rien pour attendre.
Vanitas a de la mémoire, et avec, beaucoup de patience.
[TW : Sang]
Et voilà ! Un peu d'humour pour changer. Ça vous a plu ?
