Le son qui vous accompagne : Hurricane – Thirty Seconds To Mars

Bonne lecture ! ;)


TARGET

Chapitre 8


~ Tell me would you kill to save for a life ?

Tell me would you kill to prove you're right ?

Crash, crash, burn let it all burn

This hurricane chasing us all underground ~

Sourcils froncés et lèvres pincées, Sasuke se débarrassa de son mobile sur la tablette en bois usée par le temps clouée dans l'angle d'un mur d'un geste atone, puis souffla d'un air ennuyé. Obnubilé par Sasori, son rendez-vous en ville avec Naruto Uzumaki lui était complètement sorti de la tête. Et ce n'était pas dans ses habitudes d'être aussi distrait : ordinairement, tout ce qu'il entreprenait de faire était réglé comme du papier à musique, tout était absolument lisse, cadré, sans accroc. Mais le gendarme le perturbait : c'était un peu comme un galet que l'on faisait ricocher sans que l'on ne s'y attende et qui ébranlait tout à coup la surface stagnante d'un lac par ses oscillations. Et ce phénomène le décontenançait, l'incommodait même. Parce que pour la première fois depuis bien longtemps, quelqu'un ne lui inspirait pas la haine ou le dégoût et ne le laissait pas totalement indifférent. À se laisser perturber par sa gentillesse et son amabilité, il risquait de devenir un danger pour ses projets, pour son objectif final qui, par le passé, fut invalidé déjà une fois. Il devait immédiatement se reprendre s'il ne voulait pas voir tout cela tomber à l'eau. À la consécration, il y était presque. Si d'autres ne le forçaient pas à commettre encore l'irréparable entre temps, il n'en restait en toute logique plus que deux. Personne n'avait eu le pouvoir de retenir chaque coup fatal et Naruto ne devait pas être celui qui influencerait ses décisions et par définition, la suite des événements qui en découlerait.

Mais quoi qu'il puisse en dire, le capitaine de gendarmerie était une curiosité, comme il n'en avait jamais rencontré auparavant. Il avait en lui quelque chose de vraiment, de réellement… spécial.

Dans son dos, une plainte étouffée le sortit de ses rêveries. Dans la cave sous la dépendance, son invité reprenait peu à peu ses esprits.

Ligoté à l'horizontale sur une planche suspendue à deux mètres du sol et tenue par des chaînes aux quatre coins, Sasori ouvrit un premier œil. La vision encore trouble, il bougea mollement la tête, mais le produit qu'il avait inhalé la rendait encore lourde et peu alerte. Il balaya la pièce inconnue de sa seule rétine plus ou moins valide, un filet de bave pendant de son menton, et tomba sur une silhouette assise sur ce qui semblait être un tabouret.

« Putain d'enfoiré… » marmonna-t-il, la voix encore empreinte de sommeil et la bouche pâteuse. « C'est toi qui m'a fait ça… ? »

De sa place, Sasuke l'observa silencieusement du coin de l'œil. Son visage avait retrouvé son masque de neutralité habituel et l'éblouissant sourire de Naruto Uzumaki qui hantait jusqu'à cet instant ses songes disparut, englouti par ses pulsions meurtrières en éveil et son âme noire résurgente.

« Bonsoir Sasori. Sois le bienvenu. » salua-t-il en se levant de son siège pour venir s'accroupir en dessous de sa figure. « Tu ne croyais tout de même pas que je t'avais oublié ? »

Les cils de Sasori battirent lentement tandis qu'il remettait en ordre ses idées afin d'identifier le visage qu'il voyait en double et la voix de l'homme face à lui.

« Uchiha… ?... putain… Qu'est-ce que tu fous, fais-moi descendre... » balbutia le rouquin en remuant paresseusement, ses membres étant encore trop engourdis pour mieux faire.

Mais Sasuke garda le silence et resta immobile. Il détailla de haut en bas sa peau légèrement hâlée où les ombres des bougies dansaient aléatoirement, ses yeux gonflés par la dose de chloroforme qu'il avait respiré, ses joues plus rouges à cause de la montée de sang dans son cerveau dû à son inclinaison, son arc de cupidon souillé par la morve qui coulait de ses narines, le trait de salive épaisse qui démarrait du coin de sa bouche et menaçait de s'écraser sur le plancher.

« Tes lèvres sont sèches. » déclara-t-il de but en blanc. « Tu veux un peu d'eau ? »

L'appel de l'hydratation fut plus fort que tout le reste. Effectivement, sa gorge ressemblait à un cratère qui n'avait pas connu une goutte de pluie depuis des lustres et puisque le joint qu'il avait partagé avec ses camarades lui avait passablement asséché la bouche et qu'il avait respiré un mystérieux effluve, sans méfiance, il accepta. Sasuke se redressa alors et s'éloigna quelques instants pour aller lui chercher ce qu'il pensait être un verre d'eau afin d'étancher sa soif. Profitant de son absence, Sasori se fit violence pour ouvrir complètement les paupières dans le but de se familiariser avec ce qui l'entourait. Mais lorsqu'il vit crocheté aux murs des armes de toute sorte, au tranchant reluisant sous la lumière de bon nombre de cierges, ses yeux s'écarquillèrent et son souffle se coupa. Dans quel genre d'endroit se trouvait-il ?!

La planche à laquelle il était solidement attaché bascula brusquement à la verticale, le faisant hoqueter au passage, et il ne réalisa qu'à la dernière seconde qu'un grand seau d'eau glacée lui fut jeté en plein visage.

« Tu te sens mieux ? » questionna Sasuke sur un ton glacial, en reposant la bassine en métal. « Tu avais l'air encore complètement endormi. »

Trempé jusqu'aux os et les poumons en feu, Sasori cracha et toussa en même temps, tout en prenant de grandes inspirations comme s'il était sur le point de se noyer.

« Mais t'es malade !? Qu'est-ce qui t'prend bordel !? » s'égosilla le rouquin en gesticulant plus franchement, la douche gelée inattendue l'ayant fait recouvrer toute sa vitalité.

Sasuke lui tourna autour comme un félin encerclant sa proie, fit clinquer les chaînes pour l'intimider, tira sur l'une d'elles pour faire bouger la planche de manière à ce que le rouquin se retrouve dans un état d'épouvante à l'idée qu'une attaque imprévisible puisse venir de n'importe quel côté. Puis comme l'aurait fait un adulte à un enfant impertinent, Sasuke le sermonna.

« Je suis très contrarié Sasori. À cause de toi, je perds un temps précieux et je vais être obligé de donner du travail supplémentaire au Capitaine. Ce n'est pas très gentil, tu ne penses pas à lui. »

« Putain, mais de quoi tu parles merde !? Où est-ce que j'suis ?! Et c'est quoi tout ça !? Un putain d'jeu sado-maso ?! Qu'est-ce que tu m'veux Uchiha ! HEIN ?! »

Il y eut un temps de latence, puis Sasuke soupira, las.

« Ta mère est morte… » chuchota-t-il en s'arrêtant de marcher. « Elle a sûrement dû se suicider en apprenant qu'elle avait mis au monde… un monstre… »

En un battement de cils, telle une bourrasque, il se retrouva collé au corps encordé de Sasori, les yeux dans les yeux et sa dague de prédiction pressant sur sa carotide. Les étincelles de la haine enflammaient ses prunelles et son aura sembla plus sombre que jamais.

C'était ses mots d'ignorant. Les siens, à lui, l'infâme pourriture qui avait expectoré sans gêne sur la tombe de sa tendre mère des termes d'une extrême et impardonnable violence. Que savait-il des circonstances dans lesquelles elle avait péri ? Absolument rien. Pourtant, il lui avait craché ceci à la figure comme du venin, se moquant bien de raviver une douleur vibrante et aiguë dans tout son être.

« Je veux ta vie. » tonna-t-il. « Tu es une bête sauvage. Et les bêtes sauvages ne doivent pas errer en liberté dans les rues. Elles sont trop dangereuses… Et quand elles attaquent, quelqu'un doit se dévouer pour les neutraliser. Et je suis ce quelqu'un. »

Sasori tentait de garder la tête haute, et même si un sentiment de colère se répandait dans tous ses membres, la lueur tempétueuse dans le regard et les lignes rigides dessinées sur le front de Sasuke l'obligèrent à se mordre la langue pour ne pas répliquer. C'était une question de vie ou de mort. Il y avait un désagréable air de déjà vu sur ce visage, un air mauvais… et une chaleur qui se dégageait de son corps, comparable à la lave provenant du fin fond des enfers.

Sasori n'était pas une lopette. Mais au fond de lui, Sasuke lui faisait peur.

Du peu qu'il le connaissait, il avait toujours trouvé ce type sombre et antipathique. Peu bavard, toujours seul, souvent ailleurs, loin dans ses pensées, pensées qu'il ne partageait pas, car il avait cette façon d'être constamment '' au-dessus des autres ''. Que ce soit dans le regard ou dans son comportement très effacé, Sasuke imposait malgré tout, de part son aura, sa prestance et sa présence… Et cette ombre était insupportable pour Sasori.

Sur les bancs de la faculté, Sasuke multipliait les actions inattendues, comme ses refus catégoriques de travailler en groupe, d'avoir un binôme pendant les cours de sport ou même de déjeuner avec quelqu'un… Et on lui cédait le moindre caprice, tout ça parce que professeur Hatake, et il en aurait mis sa main à couper, était à sa botte et le protégeait bien plus que les autres, bien plus qu'il ne le devait d'ailleurs. On parlait de lui en utilisant les termes précoce ? Surdoué ? Génie ? Des conneries ! Une histoire de favoritisme oui ! Sasuke n'était rien d'autre qu'un lèche-botte qui pétait plus haut que son cul et jouait de son physique avantageux pour obtenir des passe-droits auprès des professeurs, et s'il était aussi intelligent qu'on le prétendait, nul doute qu'il vendait ses charmes pour être sûr de les avoir dans la poche, pensait-il farouchement, refusant l'idée qu'il puisse tout bonnement en être jaloux.

S'il y avait bien une chose qu'il ne comprenait pas, ce fut que même les étudiantes les plus belles et les plus populaires ne trouvèrent pas grâce à ses yeux, malgré toutes leurs tentatives de séduction, et celles-ci ne se comptaient plus avec l'aide des deux mains. Tous tombaient sous leur charme lorsqu'elles dévoilaient leur décolleté juste sous leur nez ou paradaient sensuellement dans les couloirs avec leurs magnifiques paires de jambes et leur divin fessier à plein couvert par une jupe courte. Il fallait être fou pour refuser leurs avances, n'importe qui les aurait dépucelées sans hésiter dans les toilettes. N'importe qui, sauf Sasuke Uchiha. C'était comme s'il ne les voyait pas, comme si rien ne pouvait faire palpiter son cœur. Il restait inexorablement hermétique à tout cela, impassible et presque sans vie.

Ce n'était peut-être qu'un détail, mais le parallèle se fit également quand quelques semaines plus tôt, lors d'une fin de matinée banale mais qu'il jugeait mémorable, dans le carré fumeurs, il avait remarqué l'Uchiha assis sur un banc, le corps penché en avant et des écouteurs enfoncés dans les oreilles comme pour, comme à son habitude, se couper du monde. Et à ses doigts, une cigarette s'était consumée toute seule jusqu'au filtre, jusqu'à lui brûler la peau. Mais là encore, pas un mouvement de recul ou un cri de surprise. Il n'eut aucune réaction. Rien. Comme s'il n'avait pas ressenti l'échauffement et la morsure de la lésion qui consumait sa chair. Son regard s'était simplement perdu dans le vague, loin de tout, loin du monde…

Son attitude ne paraissait normale qu'avec leurs professeurs… Le reste du temps, il semblait… inatteignable. Du moins, jusqu'au jour où il avait espéré faire les poches d'un élève de la fac. Quand sa tentative de vol fut avortée, il découvrit une face cachée de Sasuke, et le jeune homme était loin d'être apathique ou flegmatique comme il l'avait pourtant cru. Non. Quelque chose de profondément malfaisant l'avait entouré lorsqu'il plongea son regard dans le sien après avoir sauvé l'autre garçon. Quelque chose de terrible qui, en y repensant, lui donna froid dans le dos, identiquement à leur altercation dans les vestiaires du gymnase. Ou comme à cet instant, où les yeux dans les yeux, il lui faisait face avec l'impression de vouloir lui infliger les pires tortures.

« Je t'avais prévenu Sasori… »

« Profite-bien de chaque minute qu'il te reste à vivre… Ce soir, je viendrais te chercher et je vais te châtier comme il se doit… »

Sa voix baissa d'une octave ; elle était tel le grondement d'un éboulement, graveleuse et éraillée, dévastatrice comme le déferlement de mille tornades…

« Tu es le sixième… Et ce soir, tu vas mourir. »

L'air changea. Plus aucun son ne parvint à sortir de la gorge de Sasori, son corps refusait même de lui obéir devant le spectre du diable qui se tenait contre lui, le regard bien ancré dans le sien. Il plaisantait n'est-ce pas ? Il semblait véritablement hors de lui, mais tout cela n'était qu'un coup monté pour lui donner une bonne leçon et lui foutre la trouille de sa vie pas vrai ? L'angoisse gravit un échelon supplémentaire quand devant des yeux si grands qui semblaient contenir toute la haine du monde, Sasori se sentit tout petit, avalé par cette vague gigantesque de noirceur.

Non. Sasuke ne plaisantait pas.

Prenant conscience, Sasori fut tétanisé, paralysé, incapable de produire le moindre bruitage, comme si quelqu'un venait de lui sectionner les cordes vocales. Qui était-il ? Qui était vraiment Sasuke Uchiha ? Qui se cachait en réalité derrière ce camarade de classe que tant de mystères entouraient ?

La sensation d'écrasement ne le quitta que lorsqu'il se détacha de lui pour aller dans une sorte d'arrière-salle, un répit qui lui permit de reprendre quelques bouffées d'air salvatrices. Néanmoins, il suivit ses gestes, comme pour anticiper le moindre mouvement. Mais dans cette position, son champ d'action était considérablement réduit. Il se sentait pris au piège, à la même place qu'un lapin au fond de son terrier en cul-de-sac, sachant très bien que le serpent réussirait à ramper jusqu'à lui. Acculé, Sasori serra les dents et les poings. Que pouvait-il faire ?! Comment se défendre !?

« H-hey… Hey Uchiha… Tu fais quoi ? Arrête ok ?... On-on peut discuter non ? »

Un murmure bourdonna dans le crâne de Sasuke et comme un écho, il répéta :

« Tais-toi… »

Des tremblements prirent d'assaut le corps de Sasori. Au diable sa fierté. Seule solution : jeter un mouchoir dessus et tenter de l'amadouer. Mais s'il croyait naïvement pouvoir parvenir à ses fins en usant de douceur, il n'eut droit qu'à son ignorance. Concentré dans sa tâche, Sasuke revint avec une coque de baignoire déposée sur un chariot à roulettes qui grinça horriblement. Apeuré, Sasori perçut chaque gouttelette de sueur dégouliner de son front. Que comptait-il faire avec ça ? S'il ne se démarquait pas par son intelligence en classe, il ne lui fallu pas non plus longtemps pour comprendre où Sasuke voulait en venir… Ses faits et gestes, cette baignoire ainsi que plusieurs bidons se trouvant à l'intérieur le mirent rapidement sur la voie… Et il céda à la terreur.

« Je suis désolé pour ta mère ! » continua-t-il en désespoir de cause, la panique envahissant maintenant sa voix. « J'aurai jamais dû dire ça ! J'ai pas voulu te blesser Uchiha, j'te jure ! J'ai fait le con, j'le reconnais, avec toi, avec les autres, mais… j'ai juste pas réfléchi ! C'était une erreur ok ?! »

« Arrête, ferme-là… »

Sasori se démenait pour rompre les liens qui le retenaient captif, quitte à se lacérer les poignets. Sasuke, lui, faisait toujours la sourde oreille, la tête penchée par-dessus la baignoire d'où il sortit plusieurs jerrycans remplis. Il ôta le bouchon de l'un d'eux et versa son contenu en soutenant le regard de l'autre garçon.

« On dit qu'une erreur répétée plusieurs fois est une décision. Connaissais-tu ce proverbe, Sasori ? Je suppose que non… Mais tu as choisi. Tu as choisi d'être quelqu'un de mauvais… Console-toi… Tu auras tout le temps de te repentir dans l'au-delà… »

« Qu'est-ce que tu fais ?! HEY ! C'est quoi ce truc !? »

Un sourire machiavélique barra le visage de Sasuke.

« Je dois te tuer. Je dois te tuer. Je vais te tuer… »

« On peut s'arranger non ?! Mh ? Tu veux quoi ? Une pipe ? Tu veux que je te suce, c'est ça ? Tu veux me baiser ? Me la mettre au cul ? Ok, très bien je ferai tout ce que tu voudras d'accord ! Mais putain, laisse-moi descendre ! »

Dans un long soupir, Sasuke rejeta la tête en arrière et envoya valser le jerrycan en plastique désormais vide qui effectua plusieurs rebonds dans un bruit désagréable à l'oreille.

« Vraiment Sasori… Tes mots sont beaucoup trop… acides. » répondit-il en en attrapant un second.

Le visage de Sasori passa par toutes les couleurs. Et Sasuke prit un malin plaisir à jouer avec ses émotions le temps de transvaser le contenu de chaque baril. Sa soif de vengeance n'avait pas l'option point mort. Le câble du frein à main était quant à lui rompu depuis bien trop longtemps pour pouvoir être réparé.

Outre les âmes damnées qu'il punissait pour leurs crimes et péchés, l'espèce humaine lui paraissait sans intérêt et tellement superflue… Il était imperméable à elle. Sauf quand il s'agissait de condamner les impurs.

Ici, sa déshumanisation prenait tout son sens et toujours plus d'ampleur.

Ce fut donc complètement sous l'emprise de son besoin incontrôlable de tuer que Sasuke termina de remplir la vieille baignoire.

« Rassure-toi… Ce n'est que de l'eau. Pour l'instant… »

« Arrête ! Arrête Sasuke ! J't'en prie ! » tonitrua Sasori, aussi fort qu'il le pouvait. « Au s'cours ! AIDEZ-MOI ! »

Comme pris d'un coup de folie, Sasuke s'agenouilla et ricana atrocement.

« Aidez-moi ! Aidez-moi ! » brailla-t-il en cœur avec lui, sa voix grave se superposant à la sienne criarde. « Hurle Sasori ! Crie. Vas-y. Tu te trouves dans ton tombeau à trois mètres sous terre. Qui t'entendra rendre ton dernier soupir ? Je vais te le dire… Personne. Absolument… Personne. Tu es seul. »

Bientôt, des larmes chaudes commencèrent à s'extraire des ambres de Sasori et celles-ci s'échappèrent sur ses joues sans forcer. Terrorisé à l'idée d'être maintenu sous l'eau jusqu'à mourir inéluctablement noyé, sa carapace fière et prétentieuse vola en mille éclats. De Sasori meneur de troupe et leader reconnu de ses amis, infect et grossier avec ses camarades féminines, brutal avec ceux qu'il considérait plus faible que lui, élève à problèmes aux dires de ses professeurs, bon à rien aux yeux de sa famille, il n'y avait plus. Il n'était plus qu'un corps ficelé et tremblotant au-dessus de son lit de mort, luttant par quelques faibles onomatopées et reniflements pour sa vie.

« Pitié… Sasuke… pitié… j'suis désolé… j'suis désolé… » implora-t-il d'une faible intonation entre deux pleurs douloureux.

Sasuke le regarda durement, ses obsidiennes lançant de plus en plus d'éclairs.

« De la pitié… As-tu eu de la pitié en parjurant ma mère ?... As-tu eu de la pitié lorsque tu l'as sali en t'adressant à moi ? Dis-moi Sasori… As-tu eu de la pitié ? »

Il baissa la tête et s'octroya une pause, le temps de se rappeler de la main chaude et aimante de cette femme qu'il avait tant aimée, que la mort avait emporté brutalement. Et après ce court instant à se recueillir, où mille épées en profitèrent pour poignarder son cœur, il pressa fermement les paupières pour refouler ces émotions trop denses, puis les rouvrit, déterminé à finir ce qu'il avait commencé.

« Comment pourrais-tu… Tu ne sais absolument pas ce que signifie ce mot. Je n'aurai pas de pitié pour toi. Comme tu n'en as pas eu pour tous ceux que tu as malmené dans ta misérable vie. Ni pour elle. Ni pour moi. »

Sasuke se remit sur ses deux jambes et alla prendre sur une étagère une paire de gants épais qu'il enfila expressément, puis se saisit d'un bocal qu'il déposséda ensuite de son couvercle.

Joignant le geste à la parole, il mélangea précautionneusement à l'aide d'un morceau de bois une quantité significative de liquide visqueux et inodore à l'eau, mais tout en veillant à ne pas endommager la peau luisante du visage de Sasori par ses éclaboussures.

« Savais-tu que l'acide sulfurique est l'un des acides les plus corrosifs ? Son hydratation est extrêmement exothermique. C'est pour cela qu'on procède toujours en versant l'acide dans l'eau, et non l'inverse, sinon… PFIOU ! Ça explose. » argua Sasuke en mimant une déflagration titanesque avec ses mains. « Et le plus impressionnant, c'est qu'en un rien de temps, il est capable de brûler gravement les tissus organiques et de les décomposer. C'est fascinant tu ne trouves pas ? Juste… Quelques toutes petites minutes pour dévorer les chairs et les faire fondre comme de la glace en plein soleil… Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que les os à ronger. Brr… Terrifiant. »

Sasori pleura encore et encore, quémandant sa clémence. Sous un vent de panique de plus en plus fort, il se mit à gémir de plus belle en sentant sa fin arriver en de grandes enjambées. Il plaqua son dos de toutes ses forces à la planche, rentra le ventre comme pour retenir sa chute dans ce bain mortel et éviter tout contact avec cette eau toxique.

« J'aurai aimé être tranquillement installé dans un fauteuil et regarder le spectacle de ta lente décomposition… Mais j'ai déjà bien trop fait patienter le Capitaine pour me le permettre… »

Armé de son poignard à tête d'aigle, Sasuke s'apprêta à rompre l'épaisse ficelle qui maintenait encore Sasori du côté des vivants.

La délivrance approchait. La souillure serait lavée dans ce bain de pureté, et l'âme de Mikoto Uchiha reposerait de nouveau paix quand celle de Sasori errerait, solitaire et sans but, à demander pour l'éternité un pardon qu'il n'obtiendrait sans doute jamais.

« Tu as péché Sasori… Et on ne doit pas pécher. »

Mais dans un dernier cri de désespoir, juste avant que lame ne tranche le mince fil de sa vie, il s'exclama :

« LAISSE-MOI UNE CHANCE ! »

Sasuke suspendit son geste, in extremis, bien que la pointe du couteau avait commencé à entailler la fibre. Et Sasori poursuivit sans s'arrêter.

« J'ai été une pourriture d'avoir craché sur ta mère, t'as raison ! La vérité, c'est que… Je voulais t'atteindre et peu importe la façon, parce que je supportais plus tes grands airs ! Ouais, j'ai voulu te faire mal, c'est vrai ! Mais t'as raison sur tout… J'ai voulu écraser les autres pour paraître fort et faire mon intéressant, je voulais qu'on me remarque ouais, parce que contrairement à toi, y'avait que de cette manière, en cumulant les conneries que les gens faisaient attention à moi ! Même mes parents me tournent le dos et me voient comme un caillou dans leur chaussure… Je te demande pardon ! Pardon Sasuke… Pardon ! Pardon d'avoir été un minable ! Laisse-moi une chance de me racheter… Tu peux être sûr que je changerais après ça ! Tu as ma parole ! Pitié, laisse-moi m'en aller… J'veux pas mourir… ! »

Muet, Sasuke considéra la chose. Quiconque aurait pu s'émouvoir d'un tel discours, d'autant que les larmes ne cessèrent de ruisseler sur la figure du roux, appuyant ainsi sa jeunesse douloureuse où personne ne semblait réellement avoir eu de l'affection pour lui. Mais Sasuke n'était pas un cœur tendre. Et plutôt que de ressentir une once d'empathie pour son histoire, une idée bien plus machiavélique que celle qu'il avait jusqu'alors imaginé germa dans son esprit.

« Une chance… Tu veux une chance. Je ne fonctionne pas comme ça d'habitude, mais… Pourquoi pas. Soit. Voilà ce que nous allons faire… On va pimenter tout ça. »

Sasuke enclencha le mécanisme pour relever la planche une nouvelle fois et Sasori poussa un soupir libérateur, en voyant son corps s'éloigner de la substance nocive, et songea que le brun était sur le point de le prendre en pitié.

Mais loin fut cette hypothèse, et elle ne resta d'une simple illusion pour le captif, car tout en expliquant les règles du jeu, Sasuke installa deux vieilles plinthes de récupération, fines et craquelées, perpendiculairement au rebord de la baignoire.

« Je rentre dans quelques heures… Si tu arrives à te maintenir en équilibre là-dessus jusqu'à mon retour, je te laisserai partir. Tu es quelqu'un de très sportif Sasori, n'est-ce pas ? Ton narcissisme te pousse à t'entretenir pour que tu puisses briller aux yeux des autres et si l'on regarde ça d'un œil extérieur, ce n'est pas fondamentalement une mauvaise chose ! Tu as dû te dépasser pour en arriver à ce résultat j'en suis convaincu. »

Une fois son installation prête, Sasuke trancha les cordes enroulées autour de Sasori, et ce dernier s'écroula lourdement au sol comme un poids mort lorsqu'il fut libéré de ses chaînes. Une brève liberté qui le conduit à vouloir gigoter et tenter de se remettre sur ses jambes pour combattre ou fuir, mais le poids de l'Uchiha assis sur le bas de ses reins ne lui laissa pas de répit et le retint prisonnier contre le plancher.

Il se débattit comme un lion en remuant tout le haut de son corps, geignit, cria, lui hurla maintes fois de ne pas le toucher, mais force était de constater que Sasuke le dominait largement, et que les résidus de cette espèce de somnifère puissant diminuait encore considérablement ses mouvements.

Sans qu'il ne puisse lutter davantage, ses mains furent solidement ficelées dans son dos, puis ses chevilles subirent rapidement le même sort et en se redressant, le brun profita de son élan pour le soulever et le hisser sur les deux planchettes, qui plièrent dangereusement en le recevant, de façon à ce que ses hanches soient positionnées sur la plus éloignée. Le dossier d'une chaise lui permit d'y caler ses pieds afin de lui accorder un équilibre, somme toute précaire, et lorsqu'il fut satisfait, Sasuke se pencha vers son visage apeuré d'être de nouveau si près du bain d'acide. À cet instant, il ne put compter que sur la force de ses abdominaux pour résister à la gravité et l'inclinaison de son torse afin de ne pas tomber la tête la première dans l'eau empoisonnée et crépitante sur la surface qui grignoterait à coup sûr la moindre parcelle de peau s'il venait à glisser dedans.

« Observons donc tes efforts. Qu'en dis-tu Sasori ? Seront-ils payants d'après toi ? »

Le corps atteint par de multiples tremblements dû à sa posture instable, le rouquin vociféra avec véhémence, les yeux exorbités.

« Quoi ?! Mais c'est impossible ! Pitié Sasuke ! FAIS PAS ÇA ! »

Sasuke fit claquer sa langue trois fois successivement en secouant la tête, tandis qu'il ouvrait la porte de la cave, prêt à regagner la sortie.

« Me supplier ne changera rien. Tu as voulu une chance, en voilà une. Je n'ai pas pour habitude d'en laisser… Mais puisque j'accepte… Estime-toi heureux que j'accède à ta requête et saisis-la. Si tu ne veux pas mourir, bats-toi pour ta vie. »

Cette fois, Sasori ne contrôla plus ses émotions. C'en était trop. Il oblitéra toute forme de négociations à l'amiable, cessa de vouloir l'embobiner en usant d'une fausse condescendance. De toute manière, Sasuke n'était pas dupe. Alors, sûrement pour la dernière fois de sa vie, il craqua et dévoila toutes ses véritables pensées.

« VA EN ENFER UCHIHA ! ENFOIRÉ ! CONNARD ! VA T'FAIRE FOUTRE ! VA T'FAIRE FOUTRE ! LES FLICS TE RETROUVERONT ESPÈCE DE MALADE ! TU IRAS POURRIR EN TAULE SALE PÉDÉ ! ET J'ESPÈRE QU'ILS TE DÉFONCERONT TOUS LE CUL ! ET TA MÈRE, C'ÉTAIT BIEN UNE VRAIE PUTE, UNE CHIENNE T'ENTENDS, ELLE AURAIT DÛ TE TUER À LA NAISSANCE ! »

Les yeux injectés de sang, Sasori cracha sa haine sans vergogne, sans filtre. Il était au pied du mur, au bord du gouffre, il ne lui restait plus de ses viles paroles comme défense, mais elles ne changeraient rien à l'inéluctable fin qui lui était réservée. Son sort était désormais scellé. La déesse de la mort, elle, lui tendait les bras, prête à l'accueillir en son sein.

Sasuke le regarda déverser sa rage. Mais il resta de marbre, imperméable à ses provocations. Puis, malicieusement, un sourire démentiel creusa ses joues pâles en deux fossettes marquées.

« Écoute bien ceci Sasori, ce seront mes derniers mots pour toi... Un jour, le diable m'a chuchoté à l'oreille. Il m'a dit : tu ne traverseras pas la tempête. Et j'ai chuchoté à son oreille : je suis la tempête… » dit-il calmement, presque à voix basse, comme un secret qu'il dévoilait. « Le seul qui ira en enfer… C'est toi. Bon voyage dans les limbes. »

Sans un regard de plus, Sasuke l'enferma à double tour et quitta son lieu de torture sous ses vociférations d'horreur. Il resta un court instant adossé à la porte, la tête posée contre elle, à écouter ses plaintes. Il frissonna de plaisir en ressentant sa peur jusque dans ses os, eut même un gémissement d'allégresse en attendant ses ''à l'aide'' qu'aucune oreille n'attraperait jamais.

En levant les yeux, il eut une pensée pour sa mère. Il y avait des choses qui ne s'en allaient pas avec le temps. La douleur de la perte d'un être cher, entre autres. Elle ne s'estompait pas, ne s'adoucissait pas, ne se changeait pas en souvenir, même huit ans après. Elle était toujours vivace, dure, invasive. Mais de savoir que Sasori aurait rejoint le monde des morts à son retour fut comme une pommade réparatrice sur un bleu. Cela ne soulagerait probablement pas cette sensation d'abandon qui s'évertuait à lui rendre la vie impossible depuis son décès, mais cela panserait momentanément ses blessures.

Par cet assassinat, il avait obtenu sa rédemption.

Et ce fut par cette maigre consolation qu'il remonta à la surface, avec pour objectif de retrouver ce curieux capitaine, entré dans sa vie par la grande porte et qui n'avait apparemment, de ce qu'il avait constaté, pas l'intention d'en sortir…


~ Do you really want ?

Do you really want me ?

Do you really want me dead… or alive to torture for my sins ?

Do you really want ?

Do you really want me ?

Do you really want me dead… or alive to live a lie ? ~

« Quarante six… Quarante sept… Quarante huit… Quarante neuf… Cinquante… »

Essoufflé, je terminais dans une grimace ma longue série de développé couché dont je ne voyais plus la fin. Après plusieurs inspirations nécessaires pour réguler mon pouls, je me redressais tout de même péniblement sur le coussin en mousse de mon banc de musculation, mes os craquant les uns derrière les autres lorsque je me repliais, puis attrapais une serviette-éponge pour tamponner mon front couvert de sueur. Ces entraînements journaliers me permettaient de garder la forme, c'était indispensable à mon travail. Mais plus que tout, ma concentration était obligatoirement mise au service des exercices, des efforts et de la vigilance afin de parer une éventuelle blessure, je n'avais donc pas le droit de rêvasser. C'était aussi un bol d'air primordial après mes éreintantes journées de boulot. Ce moment de décompression me vidait réellement la tête et m'obligeait à ne pas ressasser l'affaire de La Cible à longueur de temps, et de surcroît, à ne pas devenir complètement fou à cause de tous les paramètres qui freinaient grandement l'avancée de chaque enquête liée à notre fantôme.

Je me secouais la tête, tout en me disant que ce n'était absolument pas le moment de cogiter sur ce sujet. En allongeant le bras, je saisis mon téléphone et constatais qu'il n'était pas loin de 21h00. Et par extension, qu'il n'y avait toujours aucune trace de Sasuke.

Par ce silence et cette absence, je ne savais quel sentiment éprouver, tous me bombardaient plus ou moins, entre la déception, l'inquiétude et une sorte d'appréhension. Je ne savais pas non plus s'il fallait comprendre un quelconque message et me mis à penser que j'avais peut-être été trop lourd lors de nos derniers échanges. Ça avait été plus fort que moi : j'étais quelqu'un d'expressif et chercher à cacher ma forte attirance avait été une chose insurmontable. J'espérais simplement ne pas être en train de payer mon élan de franchise ; par mon côté peut-être trop intrusif, Sasuke pouvait avoir décidé d'annuler purement et simplement notre rendez-vous. Et cette supposition me fit me ronger un ongle.

L'amour, moi, je n'y connaissais pas grand-chose. J'étais certainement un peu balourd, pas très fin ou délicat, mais je voulais pourtant réellement faire des efforts, car Sasuke, lui, avait l'air tellement précieux. Bien élevé, raffiné, gracieux... Il dégageait quelque chose de princier et de majestueux sans que cela ne tombe dans le péjoratif. Ça n'avait rien de pompeux ou d'orgueilleux, au contraire, c'était naturel chez lui. Il brillait comme une étoile, peut-être même sans le savoir. Mais moi, je l'avais remarqué, cette lumière attirante et je n'avais depuis d'yeux que pour cette lueur douce qui émanait de lui. Je ne voulais pas être comparé à ces gamines éprises de leur premier garçon, mais si je faisais une succincte introspection sur moi-même, ça y ressemblait à s'y méprendre. Et je me sentis stupide, car si je le remarquais, Sasuke devait aussi avoir flairé mes exultations idiotes en sa présence.

Un soupir déconfit m'échappa et je me claquais les joues pour me ressaisir : autant assumer cette fascination plutôt que de jouer les gros durs désintéressés, de toute façon, ce n'était pas dans ma nature. Au moins, Sasuke ne pourrait me reprocher d'être authentique. Et qu'il eut décidé ou non de venir, un passage sous la douche s'imposait dans tous les cas. Rester sur mon banc à ruminer n'allait pas m'aider, et même si j'avais tendance à être trop dans l'anticipation des choses et à m'imaginer des choses improbables qui, souvent, ne se produisaient jamais, cela aurait été plutôt contre-productif. Je finis par me lever et entrepris de prendre quelques affaires de rechange quand la discrète sonnette retentit subitement dans tout mon appartement.

Mon cœur rata un battement, et dans le chaos, je fis voler mes vêtements par-dessus ma tête pour me précipiter dans l'entrée. Oubliant mon torse nu et parsemé d'une fine pellicule de transpiration, j'ouvris la porte sans la moindre délicatesse, pour y trouver derrière, tiré aux quatre épingles, la créature sublime qui venait depuis peu perturber mes nuits en s'invitant dans chacun de mes rêves.

Un sourire feutré au coin des lèvres, Sasuke me contemplait de ses grands yeux noirs hypnotiques et ne cacha même pas sa balade visuelle sur mon corps partiellement dévêtu. Son rictus s'agrandit davantage lorsqu'il eut fini son inspection et tranquillement, il pencha la tête sur le côté d'un air charmeur. Sa voix s'abattit sur moi comme la foudre et je réalisais alors combien elle m'avait manqué depuis la veille.

« Bonsoir Uzumaki-san. Je ne suis pas trop en retard ? »

Toutes mes précédentes tergiversations sur ma probable lourdeur furent reléguées au passé et s'effacèrent comme si je n'y avais jamais pensé. Car tout ce qui importait était ici, face à moi, dans un somptueux ensemble noir qui le seyait à merveille et avec un regard de braise, des yeux révolver qui, incontestablement, allaient avoir ma peau ce soir.


À suivre…


Bonsoir !

Pardon de ne pas avoir répondu à vos commentaires, je m'y attèle dès demain ! Je voulais le faire ce soir, mais j'avais tellement hâte de poster la suite et puis, il est actuellement minuit passé et je me lève pour le boulot dans moins de 7 heures donc… j'ai dû faire un choix stratégique ! Mais je ne vous oublie pas petites lectrices (et lecteurs ? ) assidues !

Oui, oui, je sais ! XD Vous allez me dire ''non mais regarde-le l'autre, il bute un mec et il s'en va tranquillou bilou chez le flic hyper canon comme si de rien n'était !''

Et oui ! Ça s'appelle prendre du recul, non ? C'est pas ça ? XD

J'espère que cette suite vous aura plu ! Je m'améliore, vous n'aurez pas eu besoin d'attendre six mois ! Ouf !

À très bientôt pour le prochain chapitre ou celui de Drowned ! Et merci d'avoir lu !

Prenez soin de vous.

Votre dévouée,

TLIOM