Le son qui vous accompagne, pour sa sensualité, représentative de ce chapitre. ;) : Honeymoon – Lana Del Rey

Bonne lecture à tous !


TARGET

Chapitre 9


« We both know… That it's not fashionable to love me…

But you don't go… 'cause truly there's nobody for you but me… »

De toute évidence, mon corps entier ne répondait plus. Mon cerveau, lui, se déconnecta dès l'instant où le noir abyssal rencontra de nouveau le ciel bleu de mes yeux. Statufié sur mon carrelage, Sasuke me dévisageait sur le palier, attendant patiemment mon autorisation pour entrer. Mais mon corps subissait une paralysie totale. Un envoûtement dû à la profondeur de son regard hypnotisant me retenait dedans et me mettait dans l'impossibilité de me mouvoir. À la lumière des spots dans l'entrée, je devinais une légère pointe de rouge au cœur de la dominance noire, que je n'avais jamais remarqué auparavant. Béat, mes doigts s'étaient crispés autour de la poignée, comme figés dans un bloc de ciment durci, alors que nous nous jaugions muettement.

Plus de trois secondes passées dans les yeux de quelqu'un pouvait devenir intimidant pour le commun des mortels, j'avais lu ça dans un livre. Trois secondes et trois centièmes, précisément. C'était dire l'importance de cette interaction visuelle et l'impact qu'elle pouvait avoir sur deux personnes… Flatteuse ou acrimonieuse, tout dépendait du cadre dans lequel elle était exercée. Quoi qu'il en soit, résider aussi longtemps dans ceux d'un inconnu n'était pas quelque chose de naturel, c'était un contact intime, ordinairement réservé à notre entourage le plus proche avec lequel il ne pouvait pas y avoir d'ambiguïté à sa lecture ou à sa compréhension. Sauf que dans les siens, même si nous n'en étions qu'au stade de la découverte de l'un de l'autre, je m'y sentais bien. À ma place. Comme si je les avais côtoyés depuis toujours.

Expliquer de façon claire ce que je leur trouvais se résumait à tenter d'ingérer une thèse indigeste. Il n'y avait pas vraiment de définition. C'était entre la malice, la lascivité, la provocation, le sensuel, le sexuel et tant d'autres choses encore qui attisaient fortement mon désir et faisaient prendre à mon corps de nombreux degrés supplémentaires, comme une sorte de fièvre irréductible… qui me donnait encore plus envie d'y demeurer. J'aurais pu y rester indéfiniment sans jamais pouvoir m'en lasser, à essayer de deviner ce qui s'y cachait, à vouloir déchiffrer ses pensées, à théoriser chaque message silencieux qu'il me lançait à travers eux...

Le temps s'étira sans même que je ne le remarque défiler, et finalement, Sasuke me sortit de mon état de prostration en claquant des doigts juste sous mon nez. Et il souriait, encore… d'une façon beaucoup trop charmeuse pour mon propre bien.

« Capitaine ? Vous êtes là ? »

J'eus un sursaut, un vif papillonnement de cils et stupidement, je bafouillais des excuses en piquant un fard tout en me décalant sur le côté.

« Excusez-moi… C'est juste que… Je ne m'attendais plus à vous voir. » avouais-je dans un souffle tremblant.

Il fit un pas et le plissement de ses lèvres se dessina un peu plus largement. Puis il répliqua :

« Je n'ai qu'une parole, Uzumaki-san. Donc me voilà. »

Après quoi, il se délesta sans attendre de sa veste tailleur en inspectant autour de lui et pendant qu'il eut le dos tourné, ce fut à mon tour de le reluquer de la tête aux pieds. Une chemise satinée bleu nuit l'habillait, ajustée à la perfection à la largeur de ses épaules et magnifiant son dos taillé, un pantalon à pinces gris souris redessinait ses longues jambes que j'avais déjà pu identifier comme étant sportives et entraînées lors de nos deux précédentes rencontres et modelait tout aussi parfaitement ses fesses que je jugeais bien en chair, une ceinture noire le soutenait en entourant ses hanches étroites et une paire de mocassins de même couleur reluisaient autant que ses prunelles, si cela était possible tant elles brillaient comme deux comètes. En bref : il était sublime, divin, et les gouttes de pluie scintillantes sur ses cheveux hérissés ne gâchaient en rien ce spectacle. Mieux, elles le transcendaient.

Y'avait pas à dire… J'étais captivé par cette créature éthérée que la grâce entourait dont on retrouvait sûrement la trace quelque part dans un bouquin répertoriant toutes les merveilles du monde...

Secrètement, je me réjouissais de ce privilège qu'il m'accordait en étant venu si chiquement vêtu, malgré l'orage qui déferlait encore sur Konoha depuis la fin de journée, comme de l'avoir dans mon intimité, là où personne ne nous importunerait. Mais je me sentais pitoyable aussi. Il s'était véritablement mis sur son trente et un – et de savoir qu'il avait pris cette initiative exclusivement pour moi enclenchait un gigantesque feu d'artifice à l'intérieur de ma poitrine –, était beau à en crever alors que je l'accueillais dans mon appartement de célibataire négligé au possible, transpirant, encore en jogging et loin de sentir son parfum boisé et enveloppant. Je n'étais pas à sa hauteur, ce n'était pas peu de le dire. Mais j'étais sans doute le seul à m'en soucier, car Sasuke, le plus simplement du monde, me couvait d'un sourire bienveillant, les mains enfoncées dans ses poches. Et c'est là, sur son visage aux traits androgynes, que je vis la terrible imperfection, peut-être la seule, mais qui brisa assurément quelque chose dans ma joie incommensurable de le revoir. D'un seul coup, mes sourcils se froncèrent en voyant l'égratignure marquant le coin de sa lèvre inférieure, absente la veille lors de notre sortie à la fête foraine.

« Votre… votre lèvre. Vous n'aviez pas ça hier. Qu'est-ce qu'il vous est arrivé ? »

Comme s'il venait de se rappeler de sa présence, il porta vivement ses doigts à sa blessure séchée et passa son pouce dessus dans une espèce d'espoir de pouvoir la gommer. Mais je ne voyais plus que ça sur le tableau désormais, et j'en restais prostré, les bras ballants, en imaginant le pire.

… Est-ce que… quelqu'un avait osé lever la main sur lui… ?

Intérieurement, je bouillonnais, et mille questions défilèrent dans ma tête. Qui ? Quoi ? Comment ? Quand ? Pourquoi ?

« Quel œil de lynx… » murmura-t-il. « C'est si voyant que ça ? »

« Oui, ça l'est. » répondis-je du tac au tac, bien que la blessure était plus que superficielle. « Qui vous a fait ça ? »

« Ce n'est rien… » souffla-t-il en roulant des yeux. « Un accrochage qui ne mérite pas qu'on parle de lui. »

« Vous plaisantez ? » hoquetais-je. « Attendez, si vous avez des problèmes, on peut régler ça, je peux intervenir, il suffit juste de… »

« Uzumaki-san. » m'interrompit-il en me sommant d'un regard ferme de me taire. « Je vais bien. Et ce n'est vraiment rien. Nous avons tous les deux une grosse journée qui nous attend demain, et l'heure tourne, alors, plutôt que de discuter de choses futiles, mettons plutôt ce temps à profit pour faire quelque chose de plus… exaltant ? »

Son sourire appelait le mien et ses yeux cherchaient à réinstaurer la complicité que nous avions eu en haut de la tour ascensionnelle ou celle encore qui nous avait réuni autour d'une commune barbe à papa la veille… Alors je cédais. Je cédais et le lui rendis en rougissant comme un gamin découvrant ses premiers émois. Et tout aurait pu se poursuivre dans ces conditions si mon terrible animal à quatre pattes ne s'était pas décidé à perturber nos retrouvailles, timorées peut-être, mais désirées sans commune mesure, si l'on se fiait à notre connexion visuelle sans interruption depuis que j'avais ouvert la porte. Intrigué par l'odeur inconnue, Kyûbi fondit sur nous à vive allure et miaula longuement en se collant à la jambe de Sasuke, sa queue touffue et rousse dressée serpentant autour d'elle.

« Kyû' ! » grondais-je en essayant de le faire fuir d'un geste de la main. « Arrête, fiche le camp ! »

Apeuré par mes grands mouvements et par ma voix rêche, Kyûbi, d'abord sur la défensive, prit alors la tangente et se faufila dans l'une de ses nombreuses cachettes sans demander son reste. Sans doute réapparaîtrait-il à un moment bien plus opportun, histoire de gâcher encore une fois quelque chose…

« Oh… » me lança Sasuke d'un air enjoué, un tantinet moqueur, en le regardant décamper. « Vous détenez une bête féroce à ce que je vois, Uzumaki-san. Est-ce qu'il… avait l'intention de me manger ? »

Il appuya sa question d'un regard fixe et d'un furtif haussement de sourcils lourd de sens. Mortifié, je restais sans voix. L'insinuation me donna un énorme coup de chaud, je sentis mes joues surchauffer et des rougeurs s'étaler largement dessus. Bon sang… J'allais finir à l'état liquide si ça continuait comme ça. La pesanteur de chacun de ses coups d'œil me provoquaient des vertiges, il y avait une force gravitationnelle délirante impossible à contrer, c'était incroyable !

La soirée risquait d'être longue, dans cette atmosphère, et je n'étais pas certain de tenir mes engagements, à savoir ne pas lui sauter dessus, s'il maintenait cette tension et ses sous-entendus licencieux.

Ne voulant pas perdre la face, je toussais discrètement et l'invitais de la main à avancer dans le séjour.

« Désolé pour ça… C'est bizarre, Kyûbi est plutôt sauvage d'habitude quand il ne connaît pas. J'espère qu'il ne vous a pas sali. »

« Ne vous en faites pas. J'apprécie la compagnie des félins, j'ai eu un chat moi aussi. »

Il y eut un blanc derrière ça, puis pendant un court laps de temps, il eut l'air ailleurs. Ses épaules se tendirent, ses lèvres tressautèrent, même si ce fut à peine visible à œil nu, et une sorte de brouillard passa devant ses yeux, bien qu'il ne dura pas. Cela me fit tiquer, mais comme si de rien n'était, il enchaîna :

« Et arrêtez de vous excuser. » me dit-il doucement en s'asseyant dans mon canapé, les yeux toujours aussi rivés dans les miens. « Vous êtes nerveux, Uzumaki-san, je le sens depuis que vous avez ouvert. Détendez-vous... Ce n'est que moi. »

Je soupirais brièvement en tentant un rictus qui ressembla certainement plus à une horrible grimace clownesque et me massais la nuque.

« Oui, justement… C'est toi. » eus-je envie de lui dire.

C'était bien le problème, qu'il ressente mon malaise. En plus de mettre à l'épreuve mon self-control, il devait me trouver empoté et ridicule pour un gars qui avait une dizaine d'années de plus que lui et capitaine de gendarmerie de surcroît... Ce n'était pourtant pas intentionnel, mais j'étais décidément beaucoup trop démonstratif, ou du moins, mon corps parlait pour moi, comme si un gros panneau lumineux clignotait au-dessus de ma tête et délivrait le message « je te veux, là, tout de suite, maintenant » en caractères gras et souligné. La belle assurance que j'avais eu derrière mon écran se craquelait pitoyablement face à lui.

« Ouais... Désolé. »

Il eut un petit rire et je fus une nouvelle fois consterné par mon enchaînement de maladresse, loin d'être à mon image habituellement. L'effet qu'il avait sur moi était au-delà de toutes choses, et mon corps me lançait déjà des signaux alarmants. Ça ne faisait pas dix minutes bordel…

« Pauvre idiot ! » me fustigea mon for intérieur.

Il fallait que je me mette un bon coup de pied au derrière, ça en devenait urgent. Je ne pouvais pas passer la soirée à bégayer bêtement comme une mijaurée !

« Vous voulez boire quelque chose ? » proposais-je pour me distraire.

« La même chose que vous. » répondit-il en s'installant plus confortablement, une cheville par-dessus son genou et un bras gisant sur les coussins de mon sofa.

« Très bien… Je… vais enfiler un t-shirt et je reviens. »

Il hocha la tête en laissant courir son regard charbonneux sur mes pectoraux et mes abdominaux encore humides de sueur. Mon pouls s'accélérait dangereusement sous son analyse approfondie. Il me mettait mal à l'aise, assurément, mais ça avait une saveur tellement grisante au fond. Je n'avais pas de décodeur, mais ça ressemblait à du désir. Si je transposais à une situation similaire, du temps de mes multiples conquêtes, je pouvais presque affirmer que Sasuke jaugeait la marchandise. J'avais longtemps évalué les autres moi aussi, à une période où je chassais jusqu'à trouver de quoi me satisfaire pour une nuit. Mais à la différence que Sasuke ne cherchait pas à me séduire comme tant autres avant lui avaient pu le faire pour profiter d'un plaisir charnel éphémère. Lui, il se contrôlait parfaitement. Et parce qu'il le faisait bien mieux que moi, il en profitait pour jouer avec mes nerfs...

Et moi, j'adorais ce jeu-là.

Je fis alors demi-tour et là encore, je n'eus pas besoin de me retourner pour savoir qu'il observait toute la surface visible de mon dos ; je sentais ses yeux me brûler tels des pierres de basalte chauffées à blanc posées sur lui.

Rapidement, je fis un détour par la salle de bain pour me rincer à la va-vite afin de paraître un peu plus désirable, puis me dépêchais de trouver de quoi me vêtir. Je chopais le premier t-shirt dans ma penderie et un sweat à capuche pour rehausser le tout. Je n'aurais jamais pu être aussi classe que lui en si peu de temps, mais je n'avais pas vraiment le choix. Je ne souhaitais pas le faire plus attendre, tout comme je ne voulais pas perdre une minute de ce temps en sa compagnie, que je savais à durée limitée. Il me tardait d'en savoir plus sur ce jeune homme à la peau blanche comme la neige et aux cheveux ébène, que l'on avait mis sur mon chemin par hasard. Et quel hasard… Finalement, cette déposition que j'avais boudé, jugé loin d'être à la hauteur de mon titre était en fin de compte du pain béni. Qui sait… Peut-être que sans elle, Sasuke ne serait jamais venu à moi ?

Avant de franchir la cloison derrière laquelle se trouvait le salon, je pris une grande inspiration, paupières closes, secouais les bras, me fis craquer les cervicales pour me recentrer… et une fois sûr de moi, je me lançais, comme un athlète s'élançant dans sa course, essayant cette fois de me montrer sous un meilleur jour, plus décontracté. Mais en passant le mur, je vis que Sasuke ne siégeait plus à sa place. Il était debout, devant une étagère où plusieurs photos étaient disposées dans des cadres de toutes formes et de toutes les couleurs, mon mur des souvenirs. Curieux de savoir ce qui happait tant son attention, je m'approchais furtivement derrière lui et constatais que celui qu'il tenait précieusement entre ses mains contenait une vieille photo de famille, à une époque où mon père faisait toujours parti de ce monde... Les couleurs étaient bien plus pâles, le cliché avait jauni, était froissé et racorni dans les angles, mais le sourire de mes parents tenant dans leurs bras un gamin blond comme les blés demeurait intact malgré les années.

Sasuke repéra sans mal ma présence et fit un quart de tour dans ma direction en me tendant l'image enfermée soigneusement derrière sa prison de verre.

« C'est vos parents ? On voit tout de suite de qui vous tenez physiquement. »

Je reniflais, amusé, et délicatement, je la lui pris des mains, un tendre sourire étirant le coin de mes lèvres. À force de passer plus de temps au boulot que chez moi, j'en venais à oublier qu'elle était là et que, sûrement, mon paternel veillait sur moi et sur ma modeste chaumière.

« Oui… Ça date. J'avais trois ou quatre ans sur cette photo. C'est l'une des rares où nous sommes réunis tous ensemble, mes parents et moi. Mon père était militaire, il n'était pas souvent à la maison. Les trois-quarts du temps, il partait en opération extérieure, au front. Mais la guerre nous l'a arraché. C'était la fois de trop. Attentat à la bombe... Il est mort sur le coup, on nous a dit. J'avais six ans quand c'est arrivé. Alors, comme je n'ai pas grand-chose pour me rappeler de lui, j'y tiens beaucoup. Ça me permet d'entretenir les souvenirs pour ne pas qu'il s'efface, vous voyez ? »

Son sourire avait disparu alors que le mien résistait et pour une fois, nous échangions les rôles. C'était surprenant de le voir sans, lui qui le portait pourtant comme un vêtement. Il me scruta longuement avec un air grave figé sur son visage de porcelaine, pensif, puis il acquiesça en baissant les yeux et souffla d'une voix légère.

« On a tous des reliques que l'on chérit et que l'on ne veut pas voir disparaître… Les photos sont là, heureusement, quand notre mémoire s'altère. Je suis navré pour votre père. Ça n'a pas dû être facile pour vous et votre mère. »

« Oh, vous connaîtriez ma mère, vous sauriez que ce n'est pas femme à se laisser abattre. » affirmais-je en relativisant. « Évidemment, elle a souffert de sa disparition, mais… j'étais là, alors, il a bien fallu se relever. Elle a été géniale… et tellement forte. J'ai beaucoup d'admiration. »

« Et vous, Uzumaki-san ? Qu'en est-il de vous ? Qu'est-ce que vous ressentez aujourd'hui ? »

La question dite du tac au tac me désarma. Je n'y avais pas réfléchi depuis une éternité… Trop occupé par mon travail, j'avais tendance à m'oublier et à renflouer ce qui me faisait souffrir. J'étais quelqu'un de positif et je n'aimais pas ressasser le passé. À quoi cela pouvait bien servir, à part se faire du mal ? Le chagrin ne ramenait pas les morts, qu'importe sa puissance… Plutôt que de me morfondre, je préférais penser que l'âme de mon père gravitait autour de moi ou de ma mère, en nous protégeant de ceux qui chercheraient à nous faire du mal.

« Je ne suis pas triste. Vous savez, si je fais ce boulot, c'est en grande partie grâce à lui. Sans vouloir endosser le rôle d'un super-héros, j'aspire moi aussi à sauver le monde… Je pense que mon père était l'un d'eux. Du coup, je me dis qu'il doit être fier de son fils, quand il enferme des criminels derrière les barreaux… Grâce à ça, j'ai un peu le sentiment de marcher dans ses traces. Je me raccroche à cette pensée et ça me fait avancer, voilà tout… ! »

Il opina de la tête de nouveau, sans rien répondre. Et là encore, je vis un voile troubler sa vision, de la mélancolie ou peut-être de la tristesse. En tout cas, ça avait l'air de l'atteindre ou de le faire cogiter et je me fis la réflexion que je savais vraiment rien de lui. Cette expression lui donnait un autre visage, une autre profondeur beaucoup plus sombre que celle que je connaissais jusqu'ici. Avait-il, lui aussi, perdu quelqu'un d'important ? Je voulus lui demander, entrer, peut-être, au cœur de ses fêlures, mais il replongea dans mes yeux et ses lèvres se firent à nouveau subtilement aguicheuses.

« Je crois que votre mère a beaucoup de chance de vous avoir comme fils, Uzumaki-san. Quand on vous voit et que l'on passe du temps avec vous, on ne peut que se pâmer de joie de toute façon. Vous avez une belle âme, ça se sent. »

Un véritable tremblement de terre se déclencha à l'intérieur de mon corps, et mes bras furent recouvert par une vague de frisson. J'en fus tout retourné. Quelle force me retenait de dévorer cette bouche charnue, d'abuser de son accès pour aller mêler ma salive à la sienne dans une danse buccale endiablée ? Je me découvrais plus mûr et plus sage, ça ne faisait aucun doute. Cinq ans plus tôt, ma fougue l'aurait emportée et je n'aurais pu résister à ses appels directs ou indirects, ni à ce feu crépitant dans mes doigts qui m'ordonnait de lui arracher son smoking, aussi ravissant était-il dedans.

Je me contentais alors de lui rendre son sourire, préférant m'en tenir à ce que j'avais décidé concernant notre '' relation '' : ne pas aller trop vite, ne pas précipiter les choses, être dans le respect de sa belle personne et laisser les choses se faire naturellement.

« Merci, c'est… gentil. Votre mère vous a bien réussi aussi. »

Les mots sortirent plus vite que des balles et le rouge domina une fois de plus mes pommettes en réalisant que mon dialogue interne venait d'être répété tout haut, bien fort.

… Ne pas précipiter les choses hein ? Existait-il plus stupide que moi sur Terre à cet instant ?

« Enfin… Pas… Pas par rapport à votre physique hein, même si… vous êtes… Euh. Pas mal c'est vrai, mais... » me justifiais-je en baragouinant et en agitant énergiquement les mains.

Sasuke me lança une œillade absconse et l'ambiance se plomba étrangement. Mon rire exagéré s'estompa dans un même temps. Quelque chose n'allait pas. Son rictus s'était évaporé une fois encore et la neutralité de ses traits me fit m'interroger. Plus aucune expression ne se lisait sur son visage et cela me surprit, lui pour qui sourire semblait si facile, si spontané. Avais-je appuyé par mégarde sur un point sensible ?

Je le vis presser les lèvres et entrouvrir la bouche, puis il me lâcha une bombe à laquelle je ne m'attendais pas, que je reçus comme une droite en plein visage, en même temps que son regard pesant des tonnes sur mes épaules.

« Merci Uzumaki-san… Ma mère aurait été très heureuse de vous entendre dire ça… Mais ce n'est pas possible. Parce qu'elle aussi, elle est morte. »

Puis il se tut en refocalisant son attention sur la photographie, me laissant seul avec ces mots, cet aveu affreux en guise de conclusion. Estomaqué, les miens moururent tous au fin fond de ma gorge. L'affliction refit son apparition, donnant encore une autre dynamique à son portrait ; c'était douloureux à voir, mais ce n'était rien par rapport à ce qu'il devait ressentir. Je ne minimisais pas mon mal de vivre sans la présence de mon père, mais perdre ma mère aurait été une épreuve difficilement surmontable, tant nous étions proches et cela depuis ma naissance. Ça nous faisait un point commun, mais je sentais bien que sa cicatrice était encore ouverte aux quatre vents de son côté, comparé à la mienne. Même si j'étais bien placé pour comprendre son mal-être, il le masqua rapidement en souriant, l'air de rien, comme pour cacher sa douleur de mes yeux et éviter sans doute mes questions. Les choses allaient vite pour moi, j'étais impatient, avide de tout savoir de lui, tous les détails, du plus anodin au plus extraordinaire, mais Sasuke enclenchait les freins, voulant garder pour lui son jardin secret. Il n'y avait rien de plus normal. Après tout, qui étions-nous l'un pour l'autre à cette étape, à part deux hommes qui ne savaient quasiment rien l'un sur l'autre, qui se cherchaient juste simplement du regard et que la vie avait brutalement malmenée en leur arrachant à une partie d'eux-mêmes ?

Je baissais les yeux, ne sachant comment agir. Il ne s'étendrait pas sur le sujet et je n'allais pas lui forcer la main. Quant aux contacts physiques, c'était encore beaucoup trop tôt, bien que l'envie de le prendre dans mes bras fut une dure ennemie à combattre. Je voyais sa fragilité, ici. Elle était visible à l'œil nu, malgré ce sourire qui était de toute évidence tellement faux.

« Je suis désolé… » murmurais-je faiblement.

Il secoua la tête de droite à gauche et pivota pour retourner s'asseoir.

« Je vous ai dit d'arrêter de vous excuser, Uzumaki-san. Vous n'y pouvez rien de toute façon. » objecta-t-il. « Alors, on se le boit, ce verre ? »


L'un à côté de l'autre sur le sofa, et seulement un petit mètre de distance. Je pouvais sentir la chaleur que dégageait son corps. C'était perturbant, ma jambe en tremblait toute seule. Je regardais mon reflet dans la bouteille de bière sur la table basse, à la fois nerveux et excité par sa présence toute proche, puis fermais les yeux un instant pour me concentrer sur son parfum. Il sentait bon. Un effluve coup de poing vibrant et sensuel, comme son porteur. Je percevais des notes de café noir… et de fleurs aussi, le tout dévoilant les facettes mystérieuses et gourmandes de la vanille. Terriblement addictif.

« Dites-moi, Uzumaki-san… Comment avance votre enquête ? »

Mes prunelles s'ouvrirent brusquement à sa demande incongrue. Je me tournais vers lui, les yeux ronds comme des soucoupes tandis qu'il sirotait son breuvage tranquillement du bout des lèvres.

« Pourquoi vous… »

D'un coup de menton, il désigna les dossiers étalés sur la table.

« Si vous ramenez ça chez vous, c'est que vous piétinez… Pas vrai ? À moins qu'elle vous obsède au point de l'autoriser à empiéter sur votre vie privée ? »

Mon regard glissa de lui aux quatre pochettes éparpillées, me rappelant effectivement le mal que nous donnait La Cible pour remonter jusqu'à elle. Quant à en être obsédé… Sasuke marquait un point. J'étais le premier à me soulever contre les torchons que pouvaient publier la presse à scandale sur l'actualité, mais j'étais aussi le premier à dévorer le moindre article mentionnant notre criminel. Je nourrissais un étrange sentiment à son égard, et je me rendais bien compte que suivre son parcours de cette manière était plutôt malsain. Mais d'un autre côté, c'était plus fort que moi, je pouvais y passer des nuits entières, et ce, malgré le dégoût que j'éprouvais pour lui. Pourtant, le jour de notre rencontre en face-à-face me tardait. Le jour où je pourrais le regarder droit dans les yeux, après l'avoir pourchassé nuit et jour, en lui passant les menottes avait quelque chose de particulièrement excitant. J'avais terriblement envie de découvrir enfin ce visage que je m'évertuais à imaginer de mille façons différentes. Je voulais voir la toute-puissance changer de camp et qu'elle libère sa lumière dans mes yeux et non plus dans les siens comme l'éclat de la victoire. Je voulais être celui qui mettrait un point final à cette folie meurtrière.

« Je n'ai pas le droit de parler d'une enquête en cours et encore moins avec un civil… Mais vous n'avez pas tort… Une part de moi y pense sans arrêt. Ce qui me surprend, c'est ce que ce soit vous qui abordiez le sujet. »

Il haussa les épaules en posant sa bouteille désormais vide.

« J'ai noté que cette affaire vous passionnait, l'autre fois, au poste. Je me souviens de la hargne avec laquelle vous me répondiez et me teniez tête… Et c'était beau. » répondit-il en coinçant une jambe sous ses fesses et en appuyant sa joue contre son poing. « J'aimerais beaucoup revoir ça. »

J'eus un petit rire étouffé et un sourire franc orna mon visage.

« Ah ouais ? Moi, je pense que vous cherchez à me mettre mal à l'aise, Monsieur Uchiha. Ce n'est pas très sympa. »

Il plissa ostensiblement les paupières en dévoilant quelques dents blanches.

« Vous vous mettez tout seul dans l'embarras, Uzumaki-san. Où est l'homme qui défendait avec ferveur ses convictions derrière son bureau ? Dites-lui de revenir s'il vous plaît. Celui-là me plaisait davantage… »

« On ne peut pas toujours être au meilleur de sa forme vous savez… » dis-je en haussant à mon tour les épaules.

« Vous devriez pourtant être en pleine possession de vos moyens. Après tout, nous sommes chez vous. Sur votre territoire. C'est vous qui êtes aux commandes. Moi, je ne suis qu'un invité, une pièce rapportée. Ne croyez-vous pas que si vous doutez de la même façon sur le terrain, La Cible que vous recherchez si ardemment vous distancera à coup sûr… Capitaine ? »

Désarçonné, mon dos heurta le coussin qui servait de dossier et un bref soupir s'extirpa du fond de ma gorge.

« Attendez, là… Ce n'est absolument pas comparable. La Cible est un psychopathe, un fou à lier, Monsieur Uchiha, alors que vous, vous êtes... »

Les mots me manquèrent, ils se bloquèrent à un endroit inatteignable. Mon cerveau chercha alors activement le terme le plus approprié, sans pour autant être dans l'aveu de mon attirance tranchée. Je ne m'en sentais pas capable et pour le moment indigne. Ce gars était une perle rare, il n'était pas question de le faire fuir en affichant de façon bien trop précipitée mes intentions. Je devais encore tâter le terrain, m'assurer nettement de la réciproque et poser des bases stables avant de me lancer… Même si me retenir était une torture des plus cruelles, le jeu en valait pourtant la chandelle. Avec son sourire séducteur et son regard brillant d'impatience d'entendre ce à quoi je l'associais, Sasuke était plus séduisant que jamais.

« Je suis… ? » m'encouragea-t-il.

« Vous êtes… quelqu'un d'admirable. Et je pèse mes mots. C'est vrai, vous avez envoyé quelqu'un à l'hôpital, c'est complètement dingue, mais vous avez quand même protégé cette femme, l'autre fois, et au péril de votre vie. Ce type aurait peut-être pu vous blesser s'il avait reposté ou s'il détenait une arme. Ça aurait pu mal finir… Mais vous n'avez pas réfléchi et elle a pu repartir saine et sauve... Cet acte vous honore. Ce courage, on ne le retrouve pas chez n'importe qui. Ça en fait bien une qualité que j'admire chez vous en plus… de plein d'autres choses. Vous voyez… La Cible, elle, elle ne protège pas les autres... Elle les massacre. Elle n'a pas de cœur, pas de remords, pas de dignité. La différence est assez frappante, là, vous ne croyez pas ? »

Il me sonda de ses obsidiennes perçantes, sans ciller, et moi, je m'y noyais encore irréductiblement, avec appréhension. Sasuke était loin d'être un livre ouvert, il ressemblait plutôt à un coffre-fort avec un nombre indéfinissable de code à trouver avant de pouvoir le déverrouiller. Je n'arrivais pas à imaginer le fond de sa pensée quand il m'évaluait de la sorte : était-il heureux d'entendre que je le considérais, le respectais et l'admirais ? Quelles émotions mes mots provoquaient-ils chez lui ? Le néant régnait sur son visage et j'en fus tout étourdi. Mais au bout de très longues secondes, il s'humecta les lèvres et sa voix lactée résonna dans ma peau poitrine.

« Eh bien… Quand vous vous décidez à vous confier, vous ne faites pas les choses à moitié… Je ne sais pas si c'est le juste mot à employer, mais, s'agissant de cette femme, c'était instinctif, purement et simplement. S'en prendre à ceux qui n'ont pas assez de force pour se défendre, ça, c'est la définition même du déshonneur… Je n'ai pas pu empêcher la bavure, vous avez raison, mais quand bien même… Quand bien même, le fait est que l'humanité aurait bien besoin d'être nettoyé de toute cette moisissure qui se développe aussi vite que dans tous les recoins d'une salle de bain. Mais que voulez-vous… Les prisons sont pleines et les héros tels que vous ne peuvent pas être partout… Uzumaki-san. Dommage pour le monde et son peuple qui doivent se passer de l'élite ce soir, puisqu'il est trop occupé à, je cite, admirer son hôte… »

Sans doute que mes yeux brillèrent comme deux météores. Sans doute que la déflagration d'un feu titanesque s'imprima sur mes joues. Sans doute que le temps se figea. J'aurais pu me croire dans un rêve, tant j'étais suspendu à ses lèvres. Mais ces mots suivants mirent un terme à mes rêveries, brusquement, tel le poing d'un champion de boxe m'arrivant en pleine face.

« Peut-être que La Cible veut faire disparaître cette moisissure, qui sait… Selon vous, la forme n'est pas correcte, mais le fond… Le fond, Uzumaki-san… Qu'en est-il ? »

Je cherchais la réponse dans ses yeux, mais tout ça me paraissait dénué de sens.

La Cible… Cet homme qui portait ce surnom était un assassin. Ni plus, ni moins. Et que Sasuke tente de lui trouver des circonstances atténuantes me dérangea.

Tout le monde savait ce qu'il avait fait, et de quelle manière atroce il ôtait la vie. Sasuke devait le savoir aussi, parce que La Cible faisait les gros titres, parce qu'en plein direct, les journalistes le mentionnaient en tout premier sur toutes les chaînes d'information… Alors pourquoi… Pourquoi cet être sublime, plein de sensualité et de douceur, soutenait les actions de ce monstre ?

« Monsieur Uchiha… Désolé, mais… J'ai du mal à vous suivre. Le fond, la forme… Peu importe. Tout ce que La Cible fait… est mal. Il n'y a aucune raison valable à cette folie. Comment pouvez-vous… accepter cette tuerie ? C'est… Ça n'a pas de sens que vous cautionniez ces meurtres. Parce que tuer, lever la main et donner la mort, c'est le fondement du mal. Sa représentation. »

Il soupira. Ce fut bref, tranché. Et l'incompréhension peignit tous les traits de mon visage quand le sien se fit sérieux, moralisateur.

« Avez-vous déjà péché, Uzumaki-san ? »

Question abrupte, étrange. Je dus retenir mon souffle. Je perdais le fil. Où voulait-il en venir ? Si j'avais déjà pêché ? Quel pouvait bien être le rapport entre un poisson et le criminel le plus recherché du pays ?

« Euh… La pêche, ce n'est pas vraiment mon hobby pour être honnête, mais si vous aimez ça, on pourrait… »

Et la seconde d'après, Sasuke éclata de rire. Je ne savais pas si la fatigue de ma journée jouait un rôle dans mon état d'hébétement, mais je ne comprenais plus cette conversation. Je m'emmêlais les pinceaux, à essayer de le suivre dans toutes ses explications et réponses farfelues. Néanmoins, l'ambiance retrouva une certaine légèreté grâce à ce son cristallin qui glissait à l'intérieur de mes oreilles. Le rire de Sasuke était capable d'apaiser toutes sortes de situations… De ce côté-là aussi, il avait du pouvoir.

« Non, je ne parle pas de ce genre de pêche Uzumaki-san… Je vous demande si, par le passé, il vous était déjà arrivé de faire quelque chose de… répréhensible. »

Le silence s'installa. Juste le temps d'analyser, de me répéter la question et d'y réfléchir.

« Peut-être… Sûrement… » dis-je, peu certain. « Là, comme ça, je n'ai pas d'exemple, mais… J'imagine qu'on a tous quelque chose à se reprocher. »

« Exactement. Exactement... Vous voyez, Uzumaki-san. Celui que vous surnommez La Cible a tué cinq personnes, c'est bien ça ? Vous le rendez donc en toute logique coupable de ces crimes. Mais, imaginons un instant que ces cinq personnes ont aussi fait quelque chose de mal dans leur vie, quelque chose de… punissable, mais que par chance ou par miracle, qu'elles n'aient jamais eu à répondre de leur acte. Ne pensez-vous donc pas que, par leur mort, les compteurs sont… Comment dirais-je… simplement… remis à zéro ? Ce que j'essaye de vous dire, c'est que… Ne voyez pas seulement ces gens comme des victimes. Ça peut sembler complètement fou, mais réfléchis-y un instant. Car, oui, Uzumaki-san. On a tous des cadavres dans nos placards, qui hantent ou non nos nuits. Mais au final, personne n'est exempté. »

Le doute germa dans mon esprit. Je frottais mes mains l'une contre l'autre, mal à l'aise, ne sachant comment juger l'idée, l'hypothèse que Sasuke m'avait déjà soumis une fois, à savoir que les victimes étaient parfois coupable et que les coupables payaient aussi parfois pour des crimes qu'ils n'avaient pas commis.

« Franchement… J'ai du mal à imaginer ou à intégrer qu'elles… aient pu commettre quelque chose d'aussi atroce au point d'être exécutées. Trouver la mort en de pareilles circonstances… Vous n'avez pas vu leur corps, Monsieur Uchiha… Vous ne savez pas le sort que La Cible leur a réservé. Je n'ai jamais rien vu de comparable dans ma carrière. C'est tout bonnement… innommable. »

Sasuke me dévisagea comme si je venais d'une autre planète, puis détourna les yeux jusqu'à ce que ses mèches épaisses masquent totalement son visage.

« Et vous, que savez-vous… ? » murmura-t-il.

Puis il braqua ses yeux au fond des miens, où j'y perçus d'ailleurs de drôles d'étincelles.

« Tout individu reste présumé innocent jusqu'à preuve du contraire, n'est-ce pas ? J'étudie la psychologie, il me semble vous l'avoir déjà dit. Et ce que j'apprends me laisse penser qu'il vaut mieux vérifier toutes les sources dont nous disposons avant d'établir un jugement. Il pourrait être tronqué autrement, si l'on ne se laisse pas le temps de la réflexion, le temps d'envisager… toutes les alternatives. Si vous creusez, vous découvrirez peut-être des vérités que jamais vous n'auriez pu imaginer. Et ce conseil est applicable dans tous les domaines, pas seulement celui qui discréditerait ceux que vous pensez être blanc comme neige. »

L'agacement dans son timbre fut sans précédent et il me coupa littéralement l'envie de poursuivre cet échange. Je venais clairement de me faire remettre en place, c'était presque comme si Sasuke critiquait ouvertement ma façon de procéder ou mon sentiment sur ce sujet épineux.

Plus je réfléchissais à ses mots, plus je doutais de moi. Jusqu'à cette question : qu'est-ce que je faisais de mal ?

… Peut-être qu'il n'avait pas complètement tort. J'émettais des théories que je pensais déjà être des certitudes alors qu'il n'en n'était rien. Je n'avais pas toutes les pièces du puzzle, au contraire, elles étaient dans le désordre le plus chaotique, rien ne collait parce que rien n'avançait… J'étais juste… profondément écœuré par ce sociopathe que rien ni personne ne semblait pouvoir arrêter. Pour un flic, ma colère et ma frustration n'en pouvaient être que décuplées. Et bon sang… C'était La Cible, tout de même !

« Je crois qu'on… ferait mieux d'arrêter de se torturer l'esprit avec ça. Mon équipe et moi, on se charge de le retrouver et de faire la lumière sur toute cette histoire. Vous avez raison, je me suis sûrement enfermé dans la certitude qu'il n'y avait qu'un coupable, et même si de ce point de vue, les faits sont là… Je procéderai dès demain à quelques vérifications… pour les autres. Ne jamais écarter aucune piste, c'est la base de mon métier. Merci de me l'avoir rappeler. Maintenant, si ça ne vous embête pas, est-ce qu'on… pourrait parler d'autre chose ou… je viens de faire définitivement foiré notre rendez-vous… ? »

Il renifla, puis, aussi microscopique était-il, un sourire revint de nouveau orner son visage.

« Vous n'avez rien foiré, Uzumaki-san… La vérité n'est pas toujours celle que l'on croit, vous vous en apercevrez sans doute au fil de vos investigations. De combien de temps disposez-vous ? »

« J'ai toute la nuit. »

« Je pourrais te la dédier. » pensais-je. « Celle-là, et toutes les autres. »

« Uzumaki-san… Ce n'est pas raisonnable. Affaibli par le manque de sommeil, ceux que vous poursuivrez courront plus vite que vous… et seront irrattrapables. Y compris La Cible. »

« Je n'abandonne jamais. Même si je dois y laisser mes deux poumons, je les attraperai toujours. Y compris La Cible. » répétais-je.

Son grand sourire illumina la pièce et embrasa mon cœur, définitivement.

« Qu'à cela ne tienne… Je crois que votre duel ne fait que commencer. »


À suivre...


Pardoooon pour la longue absence ! Je suis une piètre auteure...

J'espère néanmoins que ce chapitre valait le coup d'attendre !

Merci de m'avoir lu !

À très bientôt ! (c'est bientôt les vacances ! :D)

Votre dévouée,

TLIOM