Le soleil de mai peinait à s'imposer face aux nuages et une brise en rien sympathique circulait au milieu de Londres. Une heure avait sonnée depuis près de vingt minutes et les rues étaient bondées de fonctionnaires en costumes gris et noirs. Tous avançaient avec une seule idée en tête, arriver au plus vite à la fin de la journée pour enfin retourner chez eux et laisser derrière ce mercredi gris.

Au milieu de tous ces employés de bureau pressés, un homme avançait lentement, la tête entre les épaules et le pas lourd. Ses longs cheveux noirs étaient attachés un catogan et essayaient de se battre contre le vent pour ne pas quitter leur position. Il avançait lassé, ses yeux au sol sans pour autant percuter personne.

Tout en ruminant les derniers évènements de sa journée, Sirius parcourait le chemin maintenant habituel entre l'entrée des visiteurs du Ministère de la Magie et le petit appartement de Remus. Il pourrait techniquement transplaner de porte à porte, mais le trajet lui permettait de réfléchir et de passer par la boulangerie « Ma'son » où il pouvait acheter les meilleurs tartes du quartier, et surtout de discuter avec quelqu'un qui ne voyait pas en lui un assassin ou une victime.

Il passa la porte de l'établissement et une petite cloche tinta, annonçant son arrivée à la petite caissière qui était pour le coup, cachée dans l'arrière boutique.

« Bonjour Sirius ! » s'exclama-t-elle en l'apercevant. « Comment vas-tu aujourd'hui ? » fit-elle en essuyant ses mains pleines de savon sur son tablier.

« Bien mieux en voyant ton sourire. »

« Oh, vilain flatteur », rit-elle en plongeant sous le comptoir pour en sortir une petite assiette. « Comme toujours ? » demanda-t-elle en partant de l'autre côté de la vitrine pour aller piocher entre les éclaires.

« Tu commences à me connaitre un peu trop bien », nota-t-il en la voyant faire, « peut-être que je ferais bien d'espacer mes visites. »

Le rire musical du petit bout de femme résonna dans tout la boulangerie alors que Sirius fit le tour du comptoir pour s'asseoir au bar.

« Non, s'il-te-plaît, ta gueule d'ange me manquerait bien trop. »

Dès leur première rencontre ils avaient réussi à trouver cette aisance. Entre eux avait réussi à s'installer une camaraderie facile où l'un pouvait dire ce genre de commentaire sans que l'autre ne l'interprète autrement que de la taquinerie.

« Alors, que racontes-tu ? » demanda Marie en déposant une tasse fumante de thé fraichement infusé devant lui.

« Bureaucratie, bla-bla-bla, système de merde, bla-bla-bla, toujours la même chose », fit-il avant d'avaler la moitié de l'éclair au caramel qu'elle avait sélectionné pour lui.

« Hm-hm, je connais, je connais. Et ton amie ? Ta moitié ? Ton âme-soeur ? La personne qui a la chance de voir ce faciès de rêve tous les jours au réveil ? »

Sirius ricana et se balança tout légèrement en arrière dans son siège. « Il faudrait déjà qu'elle fasse son apparition dans ma vie… »

Soupirant, il reprit une position correcte sur son fauteuil et souffla sur sa tasse pour refroidir un peu son contenu.

« Vraiment ? Alors tu manges vraiment ces deux tartelettes à toi tout seul ? »

Elle haussa un sourcil tout en préparant lesdites tartelettes à l'emportée, et Sirius rit dans son thé.

« Remus ? Non. » Il reposa sa tasse et croisa les bras sur le comptoir du bar. « C'est un vieil ami d'école assez gentil pour me laisser habiter chez lui pendant… toute cette histoire », conclut-il avec un geste vague de la main.

« Oh ! » rougit la boulangère.

« Les tartes, c'est ma façon de lui dire merci. Et surtout un moyen de le garder en vie, si tu le voyais, toi aussi tu aurais envie de le nourrir. »

Ce dernier commentaire fit pouffer Marie qui lui lança une oeillade en biais, avant de se raidir à l'arrivé d'une nouvelle cliente.

Sirius l'observa de derrière son thé, un sourire entendu sur les lèvres alors que le visage de Marie se teintait doucement de rouge quand une petite brune se dirigea tout droit sur elle.

Ses longs cheveux étaient tressés et lorsqu'elle adressa son bonjour, elle pencha la tête sur le côté faisant balancer sa tresse sur son épaule.

Marie eut du mal à aller au-delà de son bla-bla de politesse habituel et Sirius ne pu s'empêcher de glousser. Fort heureusement pour lui, Marie ne le remarqua pas, trop occupée à garder son sérieux face à la mystérieuse brune qui passait le pas de sa boulangerie tous les deux jours.

« Pourquoi tu ne lui propose pas de rester pour un café ? Ou de sortir pour un thé ? » lui demanda Sirius une fois que la porte s'était refermée sur la cliente.

« Dis tout de suite que le thé ici n'est pas bon », lui répondit Marie en évitant son regard.

« Je suis la seul à boire cette atrocité que tu appelles thé et tu le sais, et c'est uniquement parce que j'essaie de ralentir sur la caféine », gronda-t-il avec un sourcil arqué.

Elle ricana dans son coin et esquiva à nouveau la vraie question qu'on lui avait posé. Pourtant, Sirius ne lâcha pas l'affaire, la suivant du regard dans ses faits et gestes, la poussant silencieusement à révéler la raison pour laquelle elle n'invitait pas cette charmante jeune femme à aller boire un verre.

« Quoi ? » apostropha-t-elle en sortant de l'arrière boutique et en voyant que ses yeux étaient toujours rivés sur elle.

« Pourquoi tu ne lui demande pas de sortir pour un verre ? » appuya Sirius.

« Mais parce que ! » répondit-elle en déposant lourdement sur le plan de travail, la caisse qu'elle avait ramené. « Parce que c'est une femme, parce que je suis une femme ? Parce que ça ne se fait pas ? Parce que tu ne connais pas mes frères ? » ajouta-t-elle enfin sous le regard très peu convaincu de son client préféré. « Si jamais ils apprenaient quelque chose comme ça… » Ses épaules tomèrent et Sirius regretta soudain d'avoir forcé une réponse. « Ils pensent déjà que je ne sers pas à grand chose à part à sourire aux gens. Ils essaient de m'arranger avec Joshua Iggins depuis déjà deux ans en espérant me voir quitter la maison. Mais, mais j'aime tellement ce que je fais. Alors je persévère et me dis qu'un jour peut-être je pourrais me prendre un chien, ou peut-être un perroquet qui me tiendra compagnie lorsque personne d'autre ne le voudra. »

Sa voix était à présent proche du murmure et tremblante d'une émotion contenue.

La conversation en resta là même si l'envie de dire quelque chose démangeait Sirius. Il souhaitait lui dire qu'elle n'avait pas à se laisser faire, que ses frères n'avaient pas à décider de sa vie, mais il savait aussi à quel point il était difficile de s'émanciper de sa famille, à quel point il était difficile de laisser derrière soi tout ce qu'on avait toujours connu.

Néanmoins, avant de partir, sa petit boite sous le bras, il lui dit que si jamais elle avait besoin de parler, il était là pour aider. Elle ne lui dit rien, mais le remercia tout de même d'un signe de tête.

Emmitouflée dans le col de sa veste, Sirius reprit sa route pour le Chaudron Baveur. Depuis le début de ses entretiens, il avait prit l'habitude de raser les murs et de ne regarder personne dans les yeux, de peur de voir le jugement dans leurs regards. Il avait essayé de marcher à visage découvert quand le journaux avaient enfin rendus public son innocence, mais tous les regards se tournaient sur lui, qu'ils soient haineux ou pleins de pitiés, personne ne se gardait d'avoir un avis sur lui. Bien que le nom de Black évoque encore une pureté de sang, les dernières parutions de son nom dans la presse n'avaient rien de plaisantes et la cousine Bellatrix n'avait pas aidée à l'affaire lorsqu'elle avait été emprisonnée pour la dévotion qu'elle portait à son maitre. Il avait bien essayé de faire le trajet sous sa forme canine, malheureusement une fois arrivé devant le mur qui le séparait du reste du monde magique, il lui était impossible d'ouvrir le passage si quelqu'un ne lui ouvrait pas la voie.

Alors il gardait forme humaine, rasait les murs et se dépêchait de taper les bonnes briques pour passer de l'autre côté. Tom le barman ne faisait déjà presque plus attention à lui et les rares fois où il apercevait une partie de son visage, il se dépêchait de tourner la tête de l'autre côté.

Les rues du chemin de Traverse n'étaient pas très animées à cette heure de l'après-midi. Les élèves étaient encore en cours et il était encore trop tôt pour que tout le reste de la bureaucratie magique soit dans les rues, alors il était simple pour Sirius de circuler sans trop se faire remarquer.

Toujours caché dans le col de son manteau, il chemina entre les magasins et les habitations d'un pas rapide et léger. Il souhaitait simplement rentrer, et le plus tôt serait le mieux. Il slaloma entre deux jeunes enfants et leur mère, évita un chat poursuivant un rat et accéléra le pas lorsqu'il croisa le regard d'un vieux sorcier appuyé à sa fenêtre, qui haussa un sourcil à son passage. Il ne voulait pas courir pour ne pas paraitre suspect, mais il voulait arriver au plus vite, alors il se dépêcha encore un peu plus.

Ses pas résonnaient étrangement contre le parterre de pierres, et arrivaient sourdement jusque dans ses oreilles. Sa respiration devenait de plus en plus erratique et sa vision se brouillait à cause de l'hyperventilation. Il lui fallait maintenant grimper les escaliers, une à une, trop lent, deux par deux, toujours pas assez rapide, trois par trois, presque là, trop de bruit, bourdonnement, plus vite, presque, ouvrir la porte, vite.

La porte claqua comme le son de la libération dans son dos.

Essoufflé, Sirius se laissa glisser à terre. Il cacha sa tête entre ses genoux et prit une grande inspiration dans l'espoir de calmer son coeur et de retirer le brouillard qui s'était emparé de son esprit.

Sauf, il était sauf maintenant, personne ne pouvait le voir, ni l'entendre. Remus était loin, à la recherche de travail, et c'était pour le mieux.

L'appartement tournait autour de lui ce qui n'aidait pas à calmer son esprit, il lui fallait pourtant revenir à quelque chose de logique et rationnel.

Le temps s'écoula lentement dans l'appartement silencieux, s'étirant de manière étrange jusqu'à ce que Sirius puisse à nouveau respirer correctement et pour qu'il n'ai plus de fourmillements dans les doigts. Il voyait enfin clairement et il pouvait dire que le soleil commençait à être un peu trop bas dans le ciel pour son confort, car cela voulait dire que Remus n'allait pas tarder à arriver et en aucune façon il ne devait le trouver dans cet état. Il lui en demandait déjà beaucoup, il n'allait pas lui imposer ses humeurs en plus de sa présence.

Alors il se mit sur ses deux pieds et illumina la pièce d'un tour de poignet et redonna un coup de frais aux tartes d'un autre. Il les plaça dans le petit cabinet qui avait été ensorcelé pour rester froid et se débarrassa de sa veste avant de se pencher sur les fourneaux.

Il ne savait pas encore ce qu'il allait pouvoir cuisiner, mais il entreprit de couper les carottes qu'il trouva dans le bac à légumes. Ce qui importait était que le mouvement répétitif du couteau occupait son esprit. Il n'avait plus à se soucier du monde extérieur temps que la lame résonnait contre le bois de la planche.

Après avoir pioché dans le tiroir à épices, gratté le fond d'un pot de fond de veau et découpé des racines plus que nécessaire, Sirius avait réussit à préparer un ragout de légumes digne de ce nom. Il goûta du bout des lèvres et cala sa baguette derrière son oreille. Demain, il irait acheter de la viande, se dit-il en débarrassant son plan de travail.

Tout en chantonnant un air qu'il avait entendu pour la énième fois quelque part dans les rues du Londres moldu, il mit la table, donnant un coup de baguette à droite, puis un autre à gauche, faisant voler verres, assiettes, couverts et une carafe qui se remplit d'eau au moment même où elle se posa sur la table basse. Il observa son travail d'un oeil satisfait et se laissa tomber sur le canapé à l'instant même où Remus passa le pas de la porte.

Paraissant encore plus fatigué qu'à l'habitué, les épaules basses et le pas lourd, il manoeuvra dans le petit appartement pour se rapprocher du petit salon. La porte se referma derrière lui alors qu'il laissa tomber sa sacoche à terre. Il prit une ligne droite jusqu'au canapé et s'effondra du côté où Sirius n'y était pas, en laissant échapper un long soupir de détresse.

« Je hais ma vie, je hais les bureaucrates, je hais la magie », marmonna-t-il dans les coussins.

« Et moi qui pensais être le plus dramatique de nous deux… Tu essaie de me rafler le titre ? »

Remus ricana le visage toujours enfoui entre les coussins et tourna la tête pour laisser passer sa voix plus clairement.

« On verra le jour où tu commenceras à chercher du travail. Là on en reparlera. »

Faussement choqué, Sirius monta dramatiquement une main à sa poitrine et lâcha un petit cri outré.

« Moi ? Trouver du travail ? Donc il faut que j'abandonne mon rêve de devenir une femme entretenue ? »

« Je plains l'homme qui voudra finir ses jours avec toi », rit Remus, prit au jeu.

« Quoi ? Pardon ? Tu penses que je ne ferais pas une bonne femme au foyer riche ? » s'offusqua Sirius en se redressant un peu plus sur son siège.

« Cuisine mise à part, tu ne sera à rien », moqua Remus.

Blessé, Sirius se leva de manière mélodramatique, en rejetant ses cheveux en arrière. Il prit à sa suite les deux bols qu'il avait auparavant sorti, les faisant voler au dessus de sa tête.

« Tu ne mérites pas ma cuisine », fit-il tout en versant le ragout d'un coup de baguette, avant de ramener le tout à table.

« Oh, je sais ! » s'écria Remus sur le ton d'un mauvais acteur tout en se relevant. « Je ne suis pas digne, je ne sais pas comment je vais faire pour dormir… non, non, ne me regarde pas, pars, et ne reviens pas, je ne mérites pas cette pitance. »

Ils se guettèrent du coin de l'oeil et finirent par éclater de rire

C'était si simple, et c'est tout ce qu'il fallut à Sirius pour se sentir à nouveau confortable. Il n'avait pas à se soucier du monde extérieur ni de ce que pouvaient penser les gens de lui. Ici, à l'abri des regards, il pouvait être qui il voulait sans avoir peur des commentaires ou des jugements. Entre les quatre murs de ce petit appartement, il n'avait pas à se soucier de ce que quiconque pouvait penser de lui, car le seul avis qui lui importait pour l'instant était celui de son ami qui avait l'air plus que satisfait de ce qu'il mangeait. Alors c'était assez.

« … suite au vote du Magenmagot, Peter Pettigrew est accusé et reconnu d'avoir eut des activité de Mangemort, d'avoir divulgué la cache de James Potter et Lilly J. Potter née Evans, conduisant ainsi à leur mort, d'avoir assassiné douze moldus, ainsi qu'avoir comploté à l'encontre de Monsieur Sirius Black le conduisant ainsi à douze ans d'enfermements non-mérités. Monsieur Peter Pettigrew est condamné à la prison d'Azkaban où lui sera alors administré le baiser des Détraqueurs. Le jugement du Magenmagot est irrévocable. »

Le maillet de Fudge résonna dans la salle d'audience au même moment où Peter se mit à hurler, implorant la pitié de ses bourreaux sans qu'un seul d'entre-eux ne hausse le sourcil face à ses émois.

Le petit grassouillet fut emmené et la salle retomba dans le silence. Puis Fudge se racla la gorge et tourna son attention sur Sirius qui était assis en face du Magenmagot, le visage sévère et la respiration courte.

« Quant à Monsieur Sirius Black, l'ensemble du Magenmagot le prie de bien vouloir accepter ses excuses et lui souhaite une bonne continuation dans sa vie. La compensation promise lui sera remise à la fin de l'audience. Monsieur Black, en mon nom ainsi qu'en celui de tout le Ministère, je vous prie de bien vouloir accepter une fois de plus mes plus plates excuses. Votre cas servira d'exemple et nous permettra de faire un grand pas en ce qui concerne la justice magique. »

Il hocha la tête et frappa une nouvelle fois son petit maillet pour clore la session.

Sirius les observa se lever en silence, son regard se posant un instant sur chacun d'eux, prenant en compte autant de détails que possible. Certains d'entre eux n'étaient pas très contents de cette situation car ils avaient été ceux qui l'avait condamné dans un premier temps. Ils avaient été ceux qui avaient fauté et se retrouver dans cette position prouvait qu'ils avaient eut tord. Alors que d'autres paraissaient presque satisfait d'eux, du fait que les médias s'intéressaient à nouveau à leur cas, qu'ils mettaient une nouvelle personne derrière les barreaux d'Azkaban peu importe qui cette personne était. Et d'autres encore, semblaient plus pensifs. Peut-être qu'il réfléchissaient enfin au fait que le système n'avait rien de juste ou d'assuré, que le pouvoir qu'ils avaient avec leur baguette était tout aussi important que celui des Moldus lors de la chasse aux sorcières de Salem. Qui n'avouerait pas tout et n'importe quoi pour ne pas se voir infliger plus de torture ? Et si la personne niait, elle était forcément coupable. C'est ainsi qu'il avait été condamné, et qui sait, d'autres innocents.

Lorsque les rangs eurent fini de se vider, Dumbledore vint le saluer, un gentil sourire accroché sur le visage. Il le salua mais Sirius ne le laissa pas allez plus loin dans ses politesses habituelles, le priant de bien vouloir le voir un instant en privé.

« Il faut absolument que je vous dise quelque chose d'important concernant Peter. »

Intrigué et surpris, Albus haussa un sourcil.

« Et vous ne pouviez pas le signaler durant l'audience ? »

Sirius secoua rapidement la tête, lançant un regard à la salle pour s'assurer que personne d'autre ne l'avait entendu.

« Non. Cela aurait trahit… d'autres particularités me concernant. Des choses qu'il vaudrait mieux que je garde pour moi et mon entourage proche », commenta-t-il en essayant de lui faire comprendre son insinuation.

Le vieux sorcier hocha la tête une fois et lui fit signe de le suivre.

En sortant de la salle d'audience, une petite dizaines de sorciers du Magenmagot saluèrent Dumbledore avec respect et seulement deux d'entre eux s'aperçurent de la présence de Sirius juste derrière lui. Ils lui lancèrent un regard en biais avant de lui tendre une main et de leur souhaiter une bonne fin de journée. Fudge fit un geste pour venir discuter avec le directeur de Poudlard, mais en voyant la présence de Black dans son dos, il se contenta de leur sourire et de faire demi-tour pour se rendre là où devait se trouver son bureau.

Sirius savait mieux que de prendre ce comportement à coeur, alors il les ignora, préférant plutôt hâter Dumbledore vers quelque part où aucune oreille indiscrète ne pourrait entendre ce qu'il avait à dire.

Ils trouvèrent rapidement une petite salle qui ressemblait étrangement à une salle d'interrogatoire, une que Sirius avait peut-être déjà visité, mais il essaya de passer outre la sensation d'inconfort qui s'empara de lui pour aller droit au but.

« Peter est un animagus, lui aussi », s'empressa de dire Sirius avec une certaine urgence dans la voix.

« Je sais », reprit Dumbledore très calmement un de ses petits sourires mystérieux accroché aux lèvres.

« Je, oui, mais ce n'est pas le problème. C'est qu'il pourrait s'échapper d'Azkaban. C'est comme ça que j'ai réussi à m'en sortir », conclut le plus jeune en serrant les poings. « Les Détraqueurs, » ajouta-t-il sans prêter attention à sa gorge qui se serrait, « n'arrivent pas à différencier les animaux des animagus. Ils ne m'ont pas achevé parce que mes pensées deviennent plus animales sous mon autre forme. Ils n'arrivent pas à le comprendre et les centaines d'humains désespérés tout autour sont bien plus intéressants. »

Son coeur résonnait à présent dans sa cage thoracique, comme un petit tambour sur un rythme de guerre, prêt à exploser.

Comprenant enfin la gravité de ce qu'on lui disait, Dumbledore monta une main à son menton et huma.

« Je vois. » Il fit deux pas dans un sens, puis un dans l'autre avant de retourner son attention sur Sirius qui commençait à se ronger les sangs. « Je vais trouver le moyen d'en toucher deux mots à Fudge ainsi qu'à Scrimgeour, ils sauront certainement quoi faire. Ne vous en faites pas trop », ajouta-t-il en voyant le regard pas pour autant rassuré de son homologue sorcier. « Concentrez-vous plutôt sur le fait de créer un environnement agréable pour Harry. »

Harry, il avait presque oublié toute cette histoire, mais les mots de Dumbledore réussirent à le rassurer et à le faire sourire, un peu.

« Oui, oui vous avez raison. »

C'est le coeur bien plus léger qu'il sortit dans les rues d'un Londres toujours grisonnant. Si contrairement aux dizaines de séries Moldus que Lily lui avait décrit, la météo ne suivait pas son humeur, il n'en avait rien à faire. Il pouvait à présent marcher la tête haute sans avoir rien à se reprocher.

Et c'est avec cette même humeur et un sourire radieux qu'il passa une nouvelle fois le pas de la porte de « Ma'son », et salua Marie.

« Eh bien, j'en connais un qui s'est levé du bon pied. »

« Je me lève toujours du mauvais pied Marie, mais dès que je sais que je vais avoir la chance de voir ton merveilleux minois, ma journée s'éclaire. »

« Avoue que tu ne viens que pour mes pâtisseries », lui rétorqua-t-elle toujours du fond de la salle.

« Pris la main dans le sac », s'exclama-t-il en se frappant le genou. « Qu'as-tu à me proposer aujourd'hui ? »

Elle sortit enfin de l'arrière boutique et se dépêcha de lui prendre une assiette et un chou à deux étages, recouvert de chocolat.

« Les français appellent ça une Religieuse », informa-t-elle sans lever les yeux de ce qu'elle faisait.

Son sourire toujours scotché au visage, il prit une cuillère et tenta de couper à travers le chou qui formait la base. En faisant ça, le petit chou du dessus tomba sur l'assiette laissant derrière lui une traînée de chocolat. Sirius haussa les épaules et abandonna sa cuillère pour ses doigts et goba le petit chou d'une traite.

« C'est juste une autre forme d'éclair », finit-il par dire une fois le chou avalé.

Marie ricana à son commentaire et sembla renifler, ce qui attira l'attention de Sirius qui leva la tête subitement. Elle pleurait ? Elle était malade ?

« Marie ? »

« Oui ? » répondit-elle sans même tourner la tête.

Elle pleurait, ou avait pleuré, c'est tout ce à quoi Black pouvait penser.

« Marie, qu'est-ce qui ne va pas ? »

Elle secoua la tête et se tourna enfin vers lui. Ses yeux et ses joues étaient rougis mais elle lui assura que ce n'était rien.

« Marie, s'il-te-plaît… » implora Sirius, désespéré de vouloir aider une amie.

« Ce n'est rien, je te promets, au contraire j'ai une bonne nouvelle, je vais me marier. C'est fantastique n'est-ce pas ? »

Elle haussa les épaules et Sirius vit la larme qu'elle essaya de dissimuler en plissant les yeux.

« Et avec Joshua Iggins, donc je n'aurais jamais à me soucier pour l'argent, je n'aurais plus à travailler. »

Sa Religieuse depuis longtemps oubliée, Sirius se redressa et l'observa en silence. Il savait à quel point ce métier lui tenait à coeur et à présent elle devait tout laisser tomber à cause de ses frères, et il ne savait pas comment la consoler. Il avait envie de la prendre dans ses bras mais il sentait qu'en le faisant elle perdrait pied et se briserait, alors il attendit en silence qu'elle reprenne la parole. Mais elle ne le fit pas, profitant de ce moment pour lui préparer ses habituelles tartelettes et de lui les tendres.

Il alla piocher dans sa poche pour payer, mais elle secoua la tête et lui mit le paquet directement dans les mains.

« Considère ça comme un cadeau d'adieu », murmura-t-elle dans un demi-sourire.

Il l'observa des pieds à la tête et se mordit la lèvre lorsqu'il se rendit compte qu'il ne pouvait rien faire pour l'aider. Il était impuissant face à cette situation et il détestait ça.

Hochant doucement la tête, Sirius finit par lui souhaiter une bonne fin de journée. Sur le pas de la porte, il hésita avant de se retourner.

« Ces français n'ont vraiment aucune imagination. Si la seule chose qu'ils savent faire c'est mettre des choux sous différentes formes, je ne vois vraiment pas ce qu'ils ont de mieux que nous. »

Son ton était joueur et il fut d'autant plus satisfait lorsque la petite boulangère lâcha un petit rire léger.

Son rythme de marche était bien plus précipité que ce dont il avait conscience. Son esprit était occupé par la pauvre Marie, par comment il pouvait l'aider ne serait-ce qu'un peu, avant que son train de penser n'aille en direction d'Harry et des nouvelles qu'il allait pouvoir lui écrire, puis enfin son esprit se tourna sur Grimmauld Place. Son coeur se serra lorsqu'il pensa à devoir y retourner, mais l'idée de devoir rendre l'endroit plus vivable pour son filleul aida. Il pensa à tous les murs qu'il allait pouvoir détruire, au papier peint qu'il allait pouvoir bruler et à l'arbre généalogique qu'il allait pouvoir recouvrir. Peut-être en lavande, de sorte à faire enrager sa mère même dans l'outre-monde.

Avant même qu'il puisse s'en rendre compte, il était arrivé à l'appartement de Lupin et avait placé les tartelettes au frais. Il prit rapidement place à la petite table et s'arma d'une plume et de papier, lançant un Accio à la tout va pour faire venir le pot d'encre qu'il savait enseveli quelque part dans les affaires de Remus.

Il attrapa l'encrier au vol, remerciant les astres que son ami soit bien plus consciencieux que lui et qu'il ait refermé correctement le pot, chose qu'il savait qu'il n'aurait jamais fait, et se mit au travail.

Harry,

Il observa le parchemin, essayant de trouver comment formuler sa pensée et par où il devait commencer.

Ça y est ! Tout est terminé ! Peter a été emprisonné !

Mâchonnant le bout de la plume, Sirius leva les yeux vers le plafond. Par quoi devait-il continuer…

Le Ministère m'a présenté ses excuses et j'ai informé Dumbledore au sujet du rat et de mon échappatoire. Tout est entré en ordre.

Maintenant, il ne me manque plus qu'à préparer notre nouveau chez nous. Je ne sais pas si c'est la même chose pour toi, mais j'aime beaucoup cette idée : notre chez nous.

Je dois me rendre sur place demain, et peut-être que je réussirais à convaincre Remus de venir avec moi pour m'aider à tout mettre en place. Je ne sais pas encore combien de temps cela prendra pour que tout soit comme il le faut et je suis désolée que tu doive rentrer chez ta tante et ton oncle avant de venir ici, mais c'est pour le mieux, je te le promet.

Il leva le nez vers la petite horloge murale qui se trouvait juste au dessus de la porte et se dépêcha de terminer sa lettre.

Comme toujours, dès que j'aurais plus de nouvelles, tu seras le premier averti. En attendant, prends bien soin de toi.

Sirius

Il relut la lettre deux fois, observant chacune des courbes de ses l sans aucune raison valable avant de la plier et de la mettre dans une enveloppe qu'il ne se rappelait pas avoir sorti.

Tout en attrapant son manteau, il se dépêcha de laisser un mot à Remus lui disant où il se trouvait au cas où il rentrait avant lui, et s'en fut aussi rapidement que possible, priant pour que la poste soit encore ouverte quand il arriverait là-bas.

Il se dépêcha dans les escaliers et si la concierge ne l'avait pas déjà reprit trois fois sur le fait qu'il ne faille pas transplaner dans les escaliers « si vous ne voulez pas que toute la maison s'effondre sur vous », il l'aurait déjà fait. À la place, il courrait aussi vite qu'il le pouvait, tentant de ne pas renverser le voisinage et surtout de ne pas se prendre les pieds dans le pavé irrégulier.

Six heures allaient sonner dans une petite dizaine de minutes et il n'était pas encore à Gringotts, il devait faire encore plus vite.

Courant à travers les rues plus très vide à cette heure-ci, il vint à s'arrêter lorsqu'il entendit de nombreux hululements outrés. Sirius tourna la tête et observa deux chouette hulottes discuter au travers de leur cage, ouvrant de grandes ailes lorsque l'une avait la parole et que l'autre voulait la faire taire.

Une idée lui vint en tête et Sirius lança un regard rapide à son poignet avant de se décider et de passer le pas de la boutique Au Royaume du Hibou.

La cloche tinta lorsqu'il passa la porte et une petite sorcière au dos recourbé et aux lunettes plus rondes que celles de Harry vint l'accueillir avec un sourire plein de dents et présent uniquement par politesse s'il s'en tenait au ton qu'elle avait prit en lui adressant la parole.

« Bonsoir et bienvenu au Royaume du Hibou, que puis-je faire pour vous ? »

Elle ne le regarda pas un instant dans les yeux, mais Sirius eu l'impression qu'elle ne le faisait pas par faute de moyen plutôt que par faute de volonté.

« Bonsoir, j'aimerais vous acheter le petit-duc qui se trouve à l'extérieur. Celui qui semble ne pas pouvoir rester immobile. »

La vieille femme eut un sourire satisfait et cela aurait dû lui mettre la puce à l'oreille, mais pour l'instant il ne voulait se concentrer que sur une chose, faire parvenir sa lettre au plus vite et ce petit hibou semblait être la meilleure solution.

Elle sortit du magasin et alla décrocher la cage d'un coup de baguette. En chantonnant, elle posa l'animal sur son comptoir et monta les trois marche qu'elle avait de l'autre côté de sorte à ce que sa tête dépasse du plan de travail.

« Six gallions et trois mornilles mon bon Monsieur. »

Le prix aurait dû être le deuxième avertissement, mais une fois de plus, Sirius ne pensait pas à cela, à la place il posa la somme demandée sur le comptoir à côté de la caisse et demanda à emprunter une plume.

Elle la lui tendit avec un nouveau sourire tout en politesses et descendit de son piédestal en marmonnant quelque chose d'inaudible.

Sirius sortit la lettre de sa poche, retira délicatement le cachet et ajouta un post-scriptum avant d'attacher la lettre à la patte du petit hibou déjà fier de pouvoir réaliser sa première mission aussi rapidement. Il devait faire vite s'il ne voulait pas se faire jeter dehors par l'aimable gérante.

PS : Le hibou est un petit cadeau pour ton ami, maintenant qu'il n'a plus de « rat » il peut enfin se satisfaire d'un véritable animal de compagnie.