Morgane Potter : l'enfant oubliée
I don't own Harry Potter. I own Morgane Potter, OC.
Bonne lecture!
Prologue
La nuit était tombée sur le quartier de Godric's Hollows. Le froid qui régnait était perçant pour une fin d'octobre, et rares étaient les personnes qui osaient s'aventurer dans la rue glaciale. Les groupes d'enfants réclamant des bonbons étaient rentrés chez eux quelques heures plus tôt, les mains et le visage rougis par la température extérieure.
Aussi, par cette nuit si spéciale d'Halloween, sombre et peu avenante, personne ne pensait regarder par la fenêtre pour observer le voisinage, chacun étant trop confortablement installé devant la cheminée ou la télévision. Si quelqu'un avait soulevé un rideau pour scruter l'extérieur ténébreux, cette personne aurait peut-être vu, du moins distingué, la silhouette étrange d'un homme vêtu d'une longue cape noire qui flottait autour de lui, se diriger vers la petite maison qu'habitait la famille Potter.
A l'intérieur de la maison, les deux adultes s'étaient vite rendus compte que quelque chose ne tournait pas rond, quand ils virent le rayon de lumière magique traverser la serrure.
- Lily ! cria l'homme, James Potter. C'est lui ! Prends les enfants et cours !
Lily prit ses enfants, un dans chaque bras, cherchant désespérément un moyen de s'échapper. La porte d'entrée n'était pas une option, puisqu'elle venait d'être forcée, et elle pouvait distinguer une autre silhouette sombre derrière la porte vitrée de la cuisine. Sans réfléchir, elle se précipita dans les escaliers. A mi-chemin, elle entendit son mari tomber sous le coup du sort mortel dont elle avait entendu l'incantation terrifiante, mais elle ne s'arrêta pas. Elle devait protéger ses enfants à tout prix, surtout depuis que James ne pouvait plus l'aider. Elle savait au fond d'elle qu'elle ne survivrait pas, elle le savait depuis longtemps, mais elle devait faire son possible. Ses deux enfants, deux adorables petits jumeaux, Harry et Morgane, qui avaient tous les deux hérité de ses yeux verts, étaient toute sa vie. Ils étaient toute sa vie, et elle mourrait volontiers pour eux.
Elle eut tout juste le temps de poser ses deux fardeaux sur l'un des petits lits entourés de barreaux, avant de se retourner pour faire face à l'être présent dans tous ses cauchemars, sortant une fine baguette en bois de sa poche.
- Pas mes enfants, je vous en supplie, implora-t-elle avec des yeux verts larmoyants. Tuez-moi, mais laissez mes enfants !
- Ecarte-toi, sang-de-bourbe, siffla en réponse la voix agacée.
- NON !
- Avada Kedavra !
Lily Potter tomba sans vie sur le sol, devant les yeux grand ouverts et terrifiés de ses enfants. Sans perdre de temps, le meurtrier se dirigea vers eux, le garçon en particulier, et leva sa baguette, la pointant directement en direction de la tête de l'enfant.
- Avada Kedavra ! répéta-t-il.
Au dernier moment, juste avant que le sort ne touche le front de son frère, Morgane Potter leva sa main comme pour s'interposer entre la lumière verte et son jumeau.
Au même moment, Voldemort se mit à hurler, de rage et de douleur. Son corps fut réduit à néant, et son esprit s'envola hors de la maison, hurlant toujours.
Il faisait nuit noire dans Privet Drive, dans le quartier de Surrey. Même les lampadaires n'étaient pas allumés, si bien qu'il aurait été bien impossible d'apercevoir deux silhouettes étranges assises sur un muret, eût quelque individu regardé par la fenêtre à ce moment-là. Mais, comme dit précédemment, personne n'avait envie de regarder à la fenêtre à ce moment-là, et c'était peut-être pour le mieux.
- Albus ! s'exclama l'une d'elle en chuchotant, s'adressant à l'autre. Vous ne pouvez tout de même pas penser… Ces gens sont les pires moldus qui puissent exister ! Harry et Morgane Potter méritent mieux que cela.
- Harry et Morgane Potter méritent d'être protégés, Minerva, aussi bien des mages noirs tels que Voldemort, que des effets pervers de la célébrité auxquels ils seront sûrs d'être confrontés dans notre monde, répondit le dénommé Albus.
- Les protéger ?! répéta Minerva, énervée. Par la barbe de Merlin, Albus ! Je veux bien croire que le sang fait des miracles, mais j'ai la conviction qu'ils seront tout sauf heureux dans cette famille, qui est tout l'opposé de James et Lily. Cela vaut-il vraiment la peine de sacrifier leur enfance ?
Albus Dumbledore ne répondit pas. Il savait que Harry Potter, le Garçon-qui-a-survécu, était promis à un destin grand et terrible, et aurait besoin de toute la protection nécessaire. Sa sœur… Eh bien, il serait cruel de séparer les deux jumeaux, même si Morgane aurait pu être accueillie par une famille de sorciers. Bien sûr, tout cela, il ne pouvait pas le révéler à sa collègue…
Il prendrait soin des enfants, à sa manière : il n'interviendrait pas directement, du moins pas avant leur arrivée à Poudlard. Il savait que, devait-il s'immiscer personnellement dans leur vie, il ne parviendrait pas à les laisser seuls. James et Lily Potter avaient été comme ses propres enfants, comme quelques autres anciens élèves de Poudlard qui avaient combattu le mal à ses côtés : pour cette raison, il désirait accompagner Harry et Morgane, ne serait-ce qu'en souvenir de leurs parents morts en essayant de les protéger. Seulement, Dumbledore se faisait vieux, et savait qu'un jour, il devrait partir et les laisser seuls derrière. S'ils apprenaient à se débrouiller par eux-mêmes avant ce jour… cela serait pour le mieux, décréta intérieurement Albus. Le monde des sorciers avait besoin d'un héros fort et indépendant. Il savait qu'il était cruel de sa part d'abandonner ainsi le garçon à lui-même, et d'autant plus cruel d'entraîner sa sœur dans le même destin. La prophétie ne disait rien à propos de Morgane, comme si elle s'était trouvée au mauvais endroit au mauvais moment, la nuit dernière, lorsque le sort mortel avait touché ses parents, puis son frère, pour ricocher et atteindre le mage noir. Non, la prophétie ne disait rien d'une sœur jumelle.
Cruel jusqu'à un certain point seulement, Albus avait déjà demandé à une vieille amie à lui, Arabella Figg, d'aménager dans le quartier de Surrey, dans une maison qu'il avait lui-même acheté dans le voisinage de la famille Dursley. Il plaçait une confiance absolue dans cette Cracmolle un peu folle, et espérait de tout son cœur qu'elle parviendrait à apporter aux enfants un peu de réconfort dans leur malheur.
- Albus, insista McGonagall qui n'avait pas reçu de réponse.
Elle s'interrompit, soudain intriguée par un grondement sourd. Le bruit était d'abord presque inaudible, puis il se fit de plus en plus fort, jusqu'à devenir presque assourdissant. Une lumière apparut dans le ciel, que les deux personnages virent lentement arriver vers la terre. Dans la faible lueur de la nuit, une silhouette impressionnante se dessina progressivement…
Une moto volante chevauchée d'un géant, venait de faire irruption dans le quartier habituellement des plus calmes. Les roues de l'engin crissèrent sur le sol, bloquées par les freins, laissant derrière elles une grande trace de gomme. Le moteur s'éteignit, et un silence presque surréaliste s'abattit soudain sur la rue.
- Professeur Dumbledore, professeure McGonagall, salua le géant en grommelant. Là… ajouta-t-il en entrouvrant son manteau, laissant apparaître deux petites formes immobiles.
McGonagall pinça les lèvres, mais ne fit aucune réflexion. Elle appréciait énormément Hagrid, le garde-chasse de Poudlard était une personne vraiment chaleureuse, mais parfois un peu brutale… Elle se doutait qu'il ne devait pas avoir beaucoup réfléchi avant de placer deux jeunes enfants dans les poches intérieures de son manteau. Heureusement, les deux petits semblaient sains et saufs, et cela en soi relevait du miracle, après le sort que venait de subir leurs parents et la maison qu'ils habitaient.
- Harry s'est endormi quand on survolait Bristol, informa Hagrid. Morgane n'a pas fermé l'œil, mais elle est restée bien sage, la petite !
Minerva se hâta de prendre la jeune enfant dans ses bras, tandis qu'Albus s'emparait du garçon endormi. De grands yeux verts familiers rencontrèrent les siens, si pleins d'émotions que Minerva en eut le souffle coupé. Ce regard avait déjà vu trop de choses. Bien sûr, elle oublierait, et retrouverait bientôt son innocence enfantine, mais, à moment présent, le regard de Morgane paraissait plus vieux que son petit corps d'un an.
- Je suis tellement désolée, murmura McGonagall.
Morgane toussa, et Minerva s'empressa de faire apparaître un verre d'eau d'un coup de baguette magique, qu'elle porta aux lèvres de la fillette. Celle-ci but goulûment, puis sembla enfin succomber à la fatigue. Ses petits yeux papillotèrent, pour se fermer complètement. Une minute plus tard, Morgane était parfaitement endormie.
Minerva déposa son fardeau à côté de Harry, sur le perron de la porte, sans prendre la peine de dissimuler à Albus sa désapprobation. Elle aurait aimé pour le moins s'entretenir avec ces Moldus, afin de s'assurer qu'ils étaient enclins à prendre leurs petits neveux sous leur toit. Elle pouvait parfaitement imaginer la surprise de la famille Dursley en découvrant deux petits enfants sur le perron le lendemain matin. Les traiteraient-ils convenablement ? Pétunia aurait-elle pitié du destin de sa sœur et de sa famille ? Personne ne pouvait le savoir.
- Tout ira bien, Minerva, tenta de la rassurer Albus. Je leur ai laissé une lettre, ils comprendront.
- Une lettre ? répéta la sorcière, outragée. Êtes-vous réellement naïf, ou bien le faites-vous exprès ? A-t-on déjà vu quelqu'un recueillir deux enfants sur une simple lettre ?
- Assez !
Dumbledore n'avait pas haussé la voix, mais l'agacement était clairement présent dans son ton. Il continua d'une voix plus douce :
- Je sais que vous êtes inquiète, Minerva. Cependant, j'ai la conviction que cet arrangement est ce qu'il y a de mieux pour eux. Certains Mangemorts sont encore en liberté, et la protection la plus complète est ici, dans cette maison, avec leur tante. Vous devez me promettre de ne pas interférer dans leurs vies avant qu'ils entrent à Poudlard, Minerva. C'est très important.
- Pourquoi ferais-je cela ? J'ai bien l'intention de vérifier régulièrement qu'ils vont bien. Après tout, je suis la marraine de Morgane. Cela signifie que James et Lily me faisaient confiance pour m'occuper des petits s'il leur arrivait quelque chose, ce qui est le cas.
Minerva, en effet, avait été très proche de Lily. En tant que professeur, tout d'abord : même si Lily avait été plus adepte en sortilèges, la matière qu'enseignait le professeur Flitwick, elle restait fascinée par tout ce qui avait trait à la magie, métamorphose comprise. Minerva l'avait donc prise sous son aile et lui avait donné quelques cours particuliers pour approfondir le sujet, au cours desquels s'était développée une amitié réelle.
McGonagall se souvenait comme si c'était hier du jour où Lily et James l'avaient invitée à déjeuner dans leur petite maison, peu après la naissance des jumeaux, pour lui demander d'être la marraine de Morgane. Elle ne s'y attendait pas, elle se pensait trop âgée pour remplir ce rôle, mais ses deux anciens élèves lui avaient fait confiance malgré tout. Elle qui était réputée pour rester toujours réservée, voire stoïque, avait laissé s'échapper une larme de joie et de reconnaissance. Elle n'avait appris que plus tard qui était le parrain de Morgane…
Pour cette raison, elle se sentait coupable à laisser les deux enfants ici, sur le pas de la porte, alors que leurs parents venaient de se faire tuer sous leurs yeux. Mais Albus Dumbledore n'en démordait pas :
- Les Dursley sont les plus à même de protéger ces enfants, car le même sang coule dans leurs veines. Cela dit, ces Moldus sont effrayés par la magie. Lily elle-même m'a fait part de l'aversion de sa sœur quant à ses capacités. J'ai l'intuition que la moindre interférence magique dans leur vie, hormis leurs neveux, ne serait pas bénéfique pour leurs relations.
- Albus, je vous fais confiance, affirma-t-elle. Pour le moment, du moins. Si, dans dix ans, à Poudlard, les deux enfants montrent le moindre signe que leur vie avec ces Moldus n'est pas telle qu'elle devrait l'être, je promets de les prendre en charge moi-même, avec votre approbation ou non. Vous êtes prévenu.
- Il n'en va pas que de vous, Minerva, fit remarquer Albus, de nouveau agacé.
Minerva le fusilla du regard, puis laissa tomber ses épaules, résignée. Elle avait perdu la partie. Quand le directeur de Poudlard avait une idée en tête, il était difficile, voire impossible de le faire changer d'avis. Elle baissa le regard vers les deux petits qui étaient chacun enveloppé dans une couverture, ne laissant apparaître que leurs visages. La cicatrice en forme de V était bien visible sur le front de Harry, qui venait en toute ignorance de libérer le monde des sorciers d'un mage noir terrible. « V comme Victoire », pensa Minerva, « mais à quel prix ? ». « V comme Voldemort », pensa Albus en frissonnant intérieurement, se souvenant de la prophétie concernant le garçon. Et désormais, il devait rester ici, avec sa sœur, chez des gens qui ne reconnaitraient pas la valeur des sacrifices de James et Lily Potter, et de la plaie sur le front de leur neveu. Cependant, personne n'avait remarqué la minuscule cicatrice sur la paume droite de Morgane.
- Bonne chance, Harry Potter, murmura Albus.
Minerva lui jeta un regard noir.
- Et bonne chance Morgane Potter, dit-elle un peu plus fort.
Derrière eux, Hagrid renifla.
Ce n'était qu'un au revoir.
