En entendant la porte de sa chambre grincer, Nasuada soupira. Un serviteur venait d'entrer pour l'avertir qu'elle devait se rendre à la salle du trône pour reprendre les consultations avec ses sujets. Elle avait essayé de repousser ce moment le plus possible, mais elle n'avait aujourd'hui plus d'excuses.
-Ma Dame, ils vous attendent.
-Oui, j'arrive. Laissez-moi quelques minutes.
Le serviteur ferma lentement la porte tandis que Nasuada rangeait rapidement les dossiers éparpillés sur son bureau. Elle replaça finalement quelques mèches de cheveux devant le miroir et sortit de la pièce.
Le serviteur qui l'avait attendu à côté de la porte lui fit signe de le suivre, mais elle le dépassa et se dirigea d'un pas rapide vers la salle du trône, suivie par les Faucons de la Nuit.
Arrivée près de la porte arrière qu'elle utilisait, Nasuada fit signe à ses gardes du corps de l'attendre dehors -la reine préférait être seule lors des consultations- et entre bien décidée à en finir le plus vite possible.
Ce ne fut que lorsque la première personne entra -une femme en haillons- que Nasuada se rendit compte qu'elle avait oubliée comment ces entretients étaient pénibles. Elle dut utiliser toute sa force de caractère pour s'empêcher de soupirer et de rouler les yeux. Au lieu de cela, elle finit d'écouter d'une oreille distraite la femme qui lui racontait comment elle était tombée enceinte et que son mari était mort peu après l'accouchement.
Nasuada essaya de lui présenter un sourire de compassion et lui donna quelques pièces. La femme, beaucoup trop heureuse, la bénie à maintes reprises avant de finalement sortir en s'inclinant.
À peine quelques secondes après le départ de la femme, une nouvelle personne, un homme, cette fois, fut présenté à la reine. Ce dernier voulait simplement la bénédiction de sa souveraine pour son mariage. Celle-ci lui donna et l'entretien prit fin.
Et ainsi le temps passa, heure après heure, entretien après entretien, Nasuada s'enfonçait de plus en plus dans l'ennui. Elle ne leva que vaguement la tête lorsqu'un voyageur dont le visage était caché par une cape entra. La reine resta silencieuse quelques instants, attendant que le voyageur prenne la parole mais il se taisait obstinément. Nasuada fronça brièvement les sourcils : habituellement, les gens qui prenaient le temps de venir à la citadelle savaient ce qu'ils voulaient et étaient prêts à le demander, mais cet homme semblait figé sur place. Pour le pousser à se dépêcher, elle déclara :
-J'attends votre requête.
Le voyageur resta silencieux un instant, comme s'il n'était pas sûr s'il devait parler, mais il dit finalement :
-Je cherche des réponses… et une vieille relation.
Nasuada se pinça discrètement la lèvre. Cette voix…
-Murtagh…
Ce mot avait été à peine prononcé, mais le voyageur semblait avoir entendu, car il poussa sa capuche à l'arrière en confirmant la supposition de la reine. Nasuada se leva rapidement et se rapprocha de lui à grands pas. Elle prit le Dragonnier par le bras et essaya de l'emmener dans un coin de la pièce.
-Qu'est-ce tu fais là? Tu aurais pu te faire tuer!
Murtagh se dégagea de sa prise d'un coup sec et chercha le regard de la reine, mais elle gardait les yeux baissés. Ça faisait trop mal de le revoir après tant d'années.
N'ayant pu établir le contact visuel, Murtagh ne connaissait pas le ressentiment de la femme à sa venue et donc ne savait pas quoi dire ou faire. Il essaya d'attraper doucement la main de Nasuada, mais elle recula vivement.
-Tu es parti depuis tellement longtemps… Tu ne peux pas juste revenir comme ça!
Ce fut à Murtagh de baisser les yeux.
-On ne peut plus faire comme si rien ne s'était passé…
-Non, tu as raison.
Nasuada réfléchit un instant et ajouta :
-Je ne peux pas parler maintenant. Vas dans mes appartements et attends-moi. Je suis sûre que tu pourras trouver… Ne te fais pas voir.
Murtagh remit son capuchon et tourna rapidement les talons.
Nasuada remonta lentement sur son trône, regrettant soudain d'avoir été si froide avec le Dragonnier. Les consultations reprirent, mais la reine était encore plus distraite et lasse, Murtagh obsédant ses pensées.
Après environ une heure d'entretien, tous plus futiles les uns que les autres, Nasuada décida que c'en était assez et feint une migraine. Le reine sortit de la salle du trône et se dirigea d'un pas rapide vers sa chambre, congédiant les Faucons de la Nuit à mi-chemin. Nasuada s'arrêta devant sa porte, hésita quelques secondes et tourna la poignée.
Elle jeta un regard circulaire à la pièce qui s'avérait être vide, au premier coup d'œil, du moins. La femme ferma la porte et marcha vers son bureau, mais un bras lui bloqua le passage. Elle se retourna.
-Murtagh.
Ce n'était plus un murmure mais une affirmation. Comme le Dragonnier restait muet, elle ajouta :
-Tu l'as dit. On ne peut plus ignorer ce qui s'est passé.
Nasuada repoussa d'un geste doux le bras qui la retenait et se dirigea vers une petite table sur laquelle étaient posés tasses et thé. Elle fit signe à Murtagh de venir s'asseoir avant d'elle-même le faire.
Elle remplit les tasses et ouvrit la bouche mais rien ne sortit, le malaise était trop grand. Nasuada repensa alors à ce qu'Eragon lui avait fait part et dit la seule chose qui lui semblait sensée :
-Je t'aime encore, Murtagh. Je n'ai jamais cessé.
