Murtagh, côte à côte à Roran, regardait Selena courir dans un champ. Ismira était avec elle, bien sûr, mais c'était Selena qu'il observait.

Ça faisait deux ans qu'il avait retrouvé Nasuada et beaucoup de choses s'étaient passées depuis.

Murtagh avait eu une discussion avec Eragon et, à la suite de celle-ci, avait décidé d'adhérer, bien que toujours pas publiquement, à la caste. Ses tâches n'avaient été, pour le moment, que des allers-retours discrets entre la citadelle des Dragonniers et Ilirea, mais un œuf venait d'éclore pour un humain dans le nord du pays, alors, peut-être devrait-il s'improviser professeur? Murtagh ne le savait pas et n'avait pas envie d'y penser pour l'instant.

Le Dragonnier interrompit son fil de pensées pour Selena qui s'approchait en courant. Elle s'arrêta à quelques centimètres de Murtagh et lui tendit un bouquet maladroit de fleurs sauvages.

-Tiens, c'est pour toi. Je les ai trouvés là-bas.

Elle pointa l'orée de la forêt d'un geste malhabile et ajouta :

-C'était les plus belles!

Murtagh adressa à la petite un sourire plein de gratitude et Selena repartit, satisfaite.

Il observa les fleurs, plein de tendresse. Il aimait tellement la fillette.

Peu après son entrée dans la caste, Eragon avait réussi à convaincre un Roran réticent de présenter Murtagh à Selena comme son oncle et son parrain. Le courant avait passé et il était arrivé à obtenir l'admiration de sa fille. Depuis, Murtagh la voyait régulièrement et il était heureux de la voir grandir. Ça lui avait aussi permis de commencer à créer des liens avec Roran, Katrina et Ismira et il les considérait de plus en plus comme sa famille.

Quant à Nasuada, Murtagh n'aimait pas l'admettre, mais ils étaient maîtresse et amant et s'aimaient toujours malgré la complexité de leur relation.

Ses pensées furent à nouveau interrompues par Roran qui lui demanda :

-Ça va? Tu avais l'air ailleurs…

Ce à quoi Murtagh répondit d'une voix légère :

-Ouais…

Le Dragonnier prit une pause, comme pour accepter ce qu'il disait.

-Ça va.

Et il sourit. Parce que pour la première fois, c'était vrai. Pour la première fois, il n'était pas en colère. Pour la première fois, il n'avait plus peur. Pour la première fois, il ne fuyait pas. Pour la première fois, il avait le bonheur dans sa poche et, à cet instant, il avait la naïve impression que rien ni personne ne pourrait lui enlever.

FIN