Ce n'était pas le genre de regard qu'il se prenait d'habitude, ces regards sous forme de poignards lourds d'injustes reproches. De surcroît de la part d'individus pas franchement amusés par ces sales pd qui osaient souiller des artistes émérites, respectables, pas les pantins de ces créatures perverses sans une once de respect.

Ni un regard lui tombant dessus tel un martellement d'insultes mais comme un noyé qui aperçoit enfin un radeau au loin. Son regard s'accrochait presque désespérément, farouchement, au sien. Comme si cette phrase l'avait brièvement choqué peut-être. Secoué ça c'était sûr, mais qu'il mettait quand même le grappin sur ce petit nouveau l'ayant apostrophé d'une manière tellement parfaite que même le meilleur magazine de drague n'aurait pas trouvé mieux !

Après un dernier regard pointé en sa direction, son premier ami ou futur ennemi de Baltimore avait vidé d'un trait son verre en grandes goulées avant de lui répondre enfin. Une réponse au demeurant très simple pour un non concerné. Comme quoi un de ses petits plaisirs nocturnes était de rouler tard dans la nuit avec Princesse en mettant à fond "I'm coming out" de l'inoubliable Diana Ross !

Joli shot, dans tous les sens du terme. Soit ce gars était un grand naïf tout sauf normal (selon la morale), soit il ne s'appelait plus Richie Tozier connaissant on ne peut mieux cette chanson pour l'avoir lui-même souvent écoutée et qui serait éternellement un message pour tous les homosexuels. Et puis, franchement, seul un gars très peu hétéro donnerait un nom pareil à sa voiture passant ainsi pour l'unique princesse à ses yeux.

À la bonne heure ! C'était le signal de départ et le premier applaudissement à ce petit spectacle privé mais faisant déjà ardemment ses preuves puisqu'il n'aurait pu trouver mieux comme spectateur à savoir apprécier sa plume un peu particulière. Et à lire dans ses pensées : Ce charmant inconnu venait de commander une bouteille de whisky pour eux deux, visant à ponctuer ce qui ressemblait déjà à un tête- à-tête. Leur propre petit jeu de séduction quasi à la vue de tous. Que la tenancière, répondant au doux nom de Delores, semblait approuver puisqu'elle leur avait apporté leur boisson sans sourciller. En esquissant même un petit mouvement de tête amical à l'intention de ce gars passant certainement ses soirées ici.

Après s'être resservi un autre verre et l'avoir vaguement savouré, pensant à sa future sortie, Richie avait lâché d'une voix chargée d'émotions qu'à ses 10 ans, il avait économisé pour acheter le premier album de Whitney Houston. Que cet inconnu, décidément de plus en plus intéressant, connaissait très bien puisqu'il chantonnait les premières notes d'une des chansons de l'album à être justement celle qu'il avait le plus écouté ! Et c'est qu'il l'avait écouté cet album, seul dans sa chambre à rêvasser en pensant à toutes sortes de choses dont son premier amour était le point central. Premier amour dont le concerné préférait taire le nom. Comme pour montrer patte blanche, son interlocuteur dûment attendu devait lui-même deviner qu'il s'agissait d'un garçon... Deviné ou pas, cet homme sans nom mais doté d'une magnifique chemise avait en tout cas commenté que c'était très romantique ! Richie ne s'était jamais réellement considéré comme tel, mais pourquoi pas. Il ne comptait plus les fois où certains de ses amis (dont Stan, majoritairement) lui avaient fait savoir qu'un peu de romantisme dans sa vie ne lui ferait pas de mal.

Pour continuer et prendre avec lui le train de ce petit voyage dans le passé, son compagnon de beuverie, et surtout plus précisément (pour ne pas dire intiment) son complice pour sa première scène hors de Derry, avait honoré un nouveau shot avant d'embrayer et enchaîner que quand il était bébé, seule Judy Garland avec son célèbre "Over the Rainbow" pouvait le calmer lors de ses innombrables crises de larmes... Si bien que son premier cd avait été tout trouvé avant même d'atteindre l'âge de raison !

Un fait prémonitoire comme osait l'observer Richie, approuvé par le rire si communicatif de cet inconnu véritablement sur la même longueur d'onde que lui. Un autre mâle faisant honte à ses congénères puisque pas parfaitement hétérosexuel dès les premières années de son existence donc présumée compliquée. Un sacrilège à expier toute sa vie, au moins !

Pensif en se resservant à nouveau du whisky jamais consommé de façon aussi gaie auparavant, un sérum d'habitude utilisé pour oublier ou bien pour se la jouer devant un gars qui ne le méritait pas selon le plus rabat-joie de son groupe d'amis, Trashmouth songeait à lui aussi évoquer un des moments forts révélateur de sa petite enfance avant de trouver mieux que ça. Beaucoup mieux, et inspiré par Stanley Uris qui plus est !

Reposant bien volontairement son verre vide avec une lenteur minutieusement calculée, il fallait savoir tenir son public en haleine même quand il se composait d'une seule personne, Richie Tozier ménageait le suspense. De plus, il jubilait de sentir l'impatience très palpable de son nouvel ami. Ça aussi ça lui plaisait, un gars à la patience aussi moindre était toujours très en accord avec son côté joyeusement impulsif, enflammant son art de la taquinerie si vite remarquable dans tous les sens du terme chez Richard Tozier, ses amis proches pouvaient le confirmer. En premier Eddie. Sans oublier Stan, qui était justement concerné dans cette anecdote que Richie contait cette fois avec un flot d'émotions tout mesuré dans la voix pour espérer non pas rivaliser avec l'accent de Baltimore de son interlocuteur mais pareillement faire son petit effet : Ça le concernait lui mais surtout un de ses amis, un ami d'enfance qu'il adorait et n'échangerait pour rien au monde. Même sa collection de disques de Blondie ! Et en parlant de disques justement... Comme cadeau d'anniversaire, en retard de quelques jours, il lui avait offert le premier album de Madonna. Que ce cher ami fort ingrat avait tout d'abord observé avec méfiance, pas franchement convaincu d'un tel choix de chanteuse. Alors qu'il y avait fort à parier que tous ses albums suivants l'avaient grandement aidé pour faire son coming-out à ses parents. En particulier à son père, très religieux, très strict, coincé dans certains principes des plus classiques (pour ne pas dire chiants) concernant la vie que devait mener un homme respectable. Aujourd'hui, presque vingt ans plus tard, ce même ami écoutait toujours religieusement cette chanteuse qu'il vénérait en secret et l'investigateur de ce petit prodige était même sûr que cet ami mettait du Madonna en fond sonore pendant qu'il baisait avec son petit ami... En presque dix ans de couple, ils devaient bien pimenter un peu leur vie sexuelle ! Et Richie prenait l'entière responsabilité quant au fait d'évoquer le couple de ses deux amis d'enfance, sans citer leur nom et autre informations trop révélatrices, le seul et unique amour de Sonia Kaspbrak ne leur causait pas de tort bien au contraire ! Et puis c'était une pierre deux coups, un bon moyen d'en avoir le cœur net si l'évocation d'un couple gay outrageait son interlocuteur...

Très ému, son unique spectateur l'avait écouté attentivement sans montrer le moindre signe de dégoût. Un sourire touché au coin des lèvres et les yeux brillants, à cause de l'alcool ou bien des larmes d'émotions... Est-ce que Richie commençait à être vraiment bourré pour penser très sérieusement que les globes oculaires de ce gars était un divin mélange entre les yeux de biche et un regard de chien battu ? Ouais, probablement. Au moins il ne le confondait plus avec Eddie, c'était déjà ça. De toute façon, Eddie Kaspbrak n'avait jamais qualifié la passion de Stan pour Madonna de quelque chose de "Très touchant" comme venait de le faire cet inconnu, c'était plutôt "Un peu bizarre". Pour Eddie Spaghetti, tout ce qui ne rentrait pas dans la norme inculquée par sa maman adorée était forcément étrange, bizarre, pas trop normal... Richie Tozier en tête.

Et pour ce gars qu'il connaissait à peine, les bonnes actions à la Richie était tout simplement touchantes, c'était foutrement cool ça aussi ! À retrousser toujours plus joyeusement ses lèvres, se délectant d'avance de la prochaine confidence qui confirmerait toujours plus leur grande normalité commune toute relative et compréhensible uniquement par les concernés.

Après un nouveau shot sifflé avec un petit sourire déjà tout content de ce qu'il allait raconter, celui en bonne place pour se classer comme le meilleur partenaire de conversation de Richie Tozier (avant même que ce dernier ait songé à tester ses qualités de partenaire tout court) n'avait pas perdu de temps. Trop fier d'enchaîner de plus belle sur ses exploits de bon ton pour le rendre méprisable aux yeux des autres mâles éduqués comme le voulait la sainte morale et forcé de devoir ployer devant celle-ci. Quoique, il sauvait presque les apparences, en expliquant que depuis quelques années un joli poster de Kylie Minogue décorait et faisait partie intégrante de la décoration très étudiée de sa chambre. Une vraie chambre d'ado comme la qualifiait son cousin qui, en voyant le fameux poster de cette chanteuse, avait simplement commenté que ce choix avait été dicté par un sacré coup de cœur pour la plastique de cette blonde bien gaulée. Et ce gars au nom inconnu mais dont Richie approuvait et adorait la subtilité presque aussi tonitruante que la sienne avait simplement répondu qu'il avait surtout eu un coup de cœur pour son dernier single, "Spinning Around". Pour un peu, Richie l'aurait applaudi de son bon mot digne de l'esprit à la Tozier en plus de lui offrir une affectueuse tape amicale sur l'épaule. Mais peut-être était-ce plus prudent de s'abstenir et se contenter d'applaudissements relativement bon enfant...

Malgré sa passion bien à lui pour toujours se trouver sur le devant de la scène, Trashmouth préférait ne pas trop se donner en spectacle si tôt ni se montrer familier si vite avec ce jeune homme. Ça, un certain magazine devait mettre en garde à ce sujet avec une case spéciale toute entourée de rouge...! Bien qu'ils se mettaient d'ores et déjà tous les deux relativement à nu en évoquant toutes ces artistes étant devenues ou pouvant se targuer d'être un jour des icônes gay. Et s'adonnaient à leur petit numéro avec un tel détachement, amusement, comme deux gamins tout fiers de leurs conneries provoquées presque au nez et à la barbe des grandes personnes. L'avantage quand on avait atteint l'âge adulte c'était qu'on n'attirait plus autant l'attention. Pas de la même façon, avec moins de méfiance. De loin, pour le commun des mortels, pas de leur bord et donc à mille lieues d'imaginer la magie qui venait de s'installer entre ces deux individus à se connaître depuis une heure à peine, ils ressemblaient juste à deux abrutis qui commençaient à ne plus penser droit suite à un ou deux verres de trop. Rien que ça... !

Et comme un adulte parfaitement en droit de consommer de l'alcool même pour une raison qui serait qualifiée de complètement stupide par certains, Richie reprenait de ce whisky ne se classant certainement pas dans les meilleurs non plus mais qui agissait comme une sorte de sérum de vérité à laisser tout de même un certain contrôle. Comme le faisait souvent l'alcool sur lui en général, mais il préférait le penser pour se donner bonne conscience.

En fait, c'était la toute première fois qu'il se confiait ainsi à un total inconnu. Richie ouvrait bien sûr son cœur à son meilleur ami Bill mais pas de façon aussi directe. Aussi spontanée. Comme si la chose se révélait parfaitement normale qu'il sympathise de manière si gaiement complice avec un parfait inconnu dans un bar qui pourrait presque lui sembler faussement familier... De quoi le mettre encore plus de bonne humeur tout en l'inspirant davantage !

Cette fois, le gars le plus drôle de Derry n'était pas peu fier d'en boucher un coin à son nouvel ami de Baltimore en le laissant avoir cet air un peu stupide alors qu'il évoquait Mylène Farmer. Une chanteuse souvent diffusée là où il travaillait, la fameuse boite abordée tout à l'heure. Une boite gay comme l'avait cette fois soufflé Richie, jugeant bon d'ajouter ce détail juste au cas où cela aiderait son interlocuteur à y voir plus clair pour fixer un visage sur cette artiste au nom à consonance anglophone. Et une très bonne occasion pour se rapprocher un petit peu plus de lui, de son oreille, pour lui glisser ces quelques mots sous forme d'indices déposés là et arrivant à point nommé. Comme s'il lui avait lui-même avoué être homosexuel, sans trop se mouiller mais sans être aussi lâche que Stanley Uris en revanche. Et en même temps se faire la réflexion que les cheveux de ce gars dégageaient un parfum des plus entêtants. Ça lui faisait penser à un délicieux mélange de laque pour cheveux et de parfum contenant forcément du musc, assez proche de son propre parfum d'ailleurs mais avec un petit côté sucré en plus, le sucre un peu beaucoup chimique présent dans les donuts, les barbes à papa, les guimauves ... Vraiment délicieux. À lui en faire presque oublier d'ajouter que c'était une des chanteuses françaises découvertes grâce au patron de cette boite. Une sympathique découverte d'ailleurs puisque ses clips esthétiquement sulfureux se retrouvaient régulièrement diffusés pour Noël dans cette même boite !

Justement, le sujet Noël, festivité, amusements, semblait avoir rafraîchi d'un coup la mémoire de son interlocuteur et complice qui s'était vivement resservi, maladroitement uniquement à cause de l'impatience bien entendu. Faisant une fois de plus bien proprement honneur à ce nouveau shot pour conter lui aussi un certain conte de Noël ayant eu lieu ici même ! Dans ce bar où à chaque fois et depuis bien des années, depuis que ses parents avaient compris que leur fils y prendrait racine même pour les fêtes censées être familiales, ce bon samaritain mettait un point d'honneur à passer sans discontinuer les plus belles chansons de Mariah Carey. Comme quoi, en ces soirées de fêtes, il se sentait légitime de l'écouter en ayant (presque) les larmes aux yeux et sans rougir de connaître quasi tous les titres de la diva par cœur. C'était avec une petite once de fierté, l'œil brillant et la main passée brièvement dans ses cheveux, que cet inconnu ajoutait qu'il pouvait même danser toute la nuit si l'ambiance du bar s'y prêtait !

Richie voulait bien le croire. Et ne se targuait pas d'être le plus calé en calcul mental, mais s'il ne faisait pas erreur ce gars avait quand même pris cinq shots de whisky (en comptant celui qu'il avait pris en arrivant), et même s'il n'était pas encore par terre à ne plus pouvoir aligner deux mots, vu son gabarit ce n'était quand même pas des plus prudent de continuer à boire ainsi. D'autant plus que son complice lui semblait déjà bien éméché, en prenant à partie un petit groupe de clients qu'il avait l'air de connaître pour savoir si l'un d'eux se souvenait de Noël dernier où la voix de Mariah Carey avait résonné toute la nuit dans le bar et qu'il avait fait office de super animateur. Et, d'après un des témoins interrogés sur le vif, cet animateur de choix avait également sorti sa bite au lieu d'une dinde de circonstance...

Comme si elle avait lu l'inquiétude dans le regard de cet homme nouvellement arrivé à Baltimore, pas encore au fait de certaines choses et clignant des yeux derrière ses lunettes en pensant avoir mal entendu le dernier commentaire au sujet de ce Noël haut en couleur, Delores se chargeait de calmer ses quelques craintes.

- T'inquiète pas pour lui, il a du sang polonais.

Grâce à son ami Ben qui raffolait des expressions et leur petite histoire attitrée, Richie savait ce que signifiait le terme de "Boire comme un Polonais". Ce principe, ce cheat code, de pouvoir boire comme un trou tout en restant un minium lucide et maître de soi. Mais quand même, pas aussi provocateur sans cœur comme certains aimaient le penser, Richie s'en faisait un peu. Indirectement, parce que ce gars lui faisait vaguement penser à son Eddie à la santé si fragile et aggravée par sa chère et tendre mère... D'ailleurs, en parlant de présence féminine à le rappeler à l'ordre : Dans les paroles de la propriétaire du Clement Street Cafe, il y lisait presque comme une mise en garde de la part de cette femme brièvement mystérieuse à la façon d'une espèce de bonne fée des temps modernes (Oui l'alcool le faisait partir bien loin même s'il savait le tenir assez pour garder une once de lucidité en étant un simple petit américain dit déviant de son état). Comme quoi même complètement bourré ce charmant inconnu ne se laisserait pas tripoter et sauter aussi facilement. Ou tout simplement qu'il ne fallait pas se faire de souci pour son intégrité physique et mentale. Sans doute...

À vrai dire, Trashmouth n'avait pas eu le temps de davantage se pencher sur la question puisque quelqu'un d'autre s'en était chargé pour lui. Il venait de se faire étreindre dans le dos, par surprise. Par derrière aussi. Un nouvel indice puisque d'ordinaire les trucs faits par derrière, c'était bien souvent rattaché aux gens comme eux... Néanmoins, Richie devait se retenir d'en faire la remarque à son gai compagnon qui aurait été bien capable de raconter sa première fois en mode doggy style avec un homme ! Alors que d'ordinaire, c'était plutôt lui qui faisait ce genre de blague un brin phallique ! Quoique, ce jeune homme pour lequel son inquiétude sincère était tournée quelques minutes plus tôt n'avait pas l'air de plaisanter en ajoutant qu'il était aussi monté comme un Polonais... Pas du tout même puisque Delores observait très sérieusement, presque d'avance excédée par une pratique tristement familière tel un running gag, que, parti comme il l'était, ce crétin serait bien foutu de lui sortir sa queue pour confirmer ses dires.

Un fait qui ne serait pas pour lui déplaire et qui d'avance ferait partir son inspiration parte en couille, c'était même bizarre que Richie la grande gueule n'ait pas répondu d'une boutade du même acabit. Que celui à pourtant être le roi de la vanne, à se classer bien souvent en dessous de la ceinture, se contente de sourire comme un gamin bienheureux devant son premier magazine porno et hocher poliment la tête alors que son esprit pensait très fort qu'un tel spectacle ne serait pas pour lui déplaire à lui et tous ses sens réunis. Bien que cela ferait un peu désordre, ici en plein milieu de ce bar respectable qui commençait surtout à se remplir de gars trop costauds pour risquer de les froisser avec des sujets dits pas assez virils pour eux. À voir si son compagnon de fortune (ou d'infortune, de ne pas être né "comme les autres" lui non plus) se sentait en état de se traîner jusqu'aux toilettes de l'établissement pour lui montrer la marchandise... Sauf que celui-ci avait déjà tout prévu, en prouvant qu'en effet son esprit n'était pas complètement englué par l'alcool.

Ainsi donc, en plus de partager ses goûts musicaux et d'être dans le même camp que lui concernant certaines "anormalités", ce gars dont il ignorait toujours le nom usait des mêmes techniques d'approche que lui pour taquiner et sympathiser plus chaleureusement. Très chaleureusement même ! Richie pouvait se vanter d'user parfois de caresses un peu plus directes si un homme lui plaisait et était parfaitement consentant, mais jamais il n'oserait humer ainsi la nuque d'un parfait inconnu de façon tout sauf normale entre deux hommes censés être parfaitement normaux !

Bon, ok, l'humoriste en titre des Losers voulait bien admettre que la première balle avait été lancée par ses soins avec sa première approche cousue de fil blanc mais faisant ses preuves malgré tout...! Et ensuite, il concédait que c'était sous son initiative si le sujet gay avait été si vite mis sur le tapis et exposé de façon si abrupte. Avant même de savoir le nom, travail, plat et couleur préférés de cet inconnu. Un inconnu encore plus inconscient que lui au passage. Sauf s'il avait manqué un épisode, tous les deux ne se trouvaient pas dans un bar gay présentement, la moralité aurait voulu que Richie Tozier lave ce qui lui restait d'honneur et mette son poing dans la figure de ce gars osant ainsi se coller à lui.

Ils devaient avoir le même âge environ mais cet inconnu semblait si naïf sur ce point, ou alors il s'en foutait de se prendre un coup de plus de la part d'un énième gars n'ayant pas aimé cet excès de familiarité même en la mettant sur le compte de l'ébriété. Son nouvel ami agissait avec l'effronterie d'un gamin, ça lui plaisait. Autant que de sentir son souffle tout à coup si proche de son oreille...

- Je t'invite à faire un tour dans mon carrosse, pour continuer notre petite conversation ?

En fait non, son nouvel ami n'était pas si ingénu et inconscient que ça. Qu'importe si sa subtilité laissait à désirer, il avait au moins la prudence, la présence d'esprit, de lui proposer de sortir pour pouvoir vraiment passer aux choses sérieuses puisque tous les deux étaient fixés à présent. S'étaient vite fixés d'ailleurs ! Richie n'en revenait toujours pas qu'à peine débarqué dans cet État et ville inconnus, il tombait du premier coup sur un spécimen pareil. Un rendez-vous amoureux improvisé, saisi au vol, puisque son premier ami de Baltimore insistait pour payer les consommations à les avoir significativement rapprochés et à qui au moins un des deux devait donc une fière chandelle !

Grand prince jusqu'au bout, son bienfaiteur inconnu lui avait même ouvert la portière après lui avoir présenté la fameuse Princesse. Digne des plus radieuses princesses Disney, il fallait bien l'admettre. Richie en avait sifflé d'admiration devant cette Chevrolet Camaro imposante de par son élégance. Rouge en plus, si l'obscurité ne faisait pas trop ombrage à sa flamboyante carrosserie... Oui, en plus de connaître sur le bout des doigts (et de la langue) les zones érogènes du corps divin de la mère d'Eddie, le célèbre amant émérite de Sonia Kaspbrak s'y connaissait un peu en voitures. En particulier les belles grosses voitures bien voyantes et classes faisant autant de bruit que ses blagues les plus délicieusement cinglantes. Mais Richie craignait trop les réflexions à la con fort malvenues et à bien sûr nullement le concerner au sujet de cette soi-disant taille à compenser avec une grosse voiture à défaut d'avoir un grand engin au bon endroit, voilà pourquoi le maître de l'humour ne déballait jamais sa science concernant le sujet mécanique, il préférait déballer autre chose... Tel que son humour bien-sûr !

Avant de monter à bord de ce charmant carrosse plus fringuant que s'il avait été tiré par six chevaux blancs, Richie avait effleuré la voiture. Presque hésitant, et pas parce qu'il savait (tout en étant complice) que son chauffeur avait une certaine quantité d'alcool dans le sang, non...

En sachant très bien que c'était précisément dans cette voiture que les choses allaient basculer, que rien ne serait plus pareil une fois monté à l'intérieur. Après tout, à l'image des films Disney, rien n'était plus pareil une fois que la princesse entrait en scène dans toute la splendeur de cette fameuse magie. À ce sujet, ce truc aussi devait faire partie des détails de la culture gay...