Avant la fin du monde

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Hello !

Vous allez bien ?

Je me suis dit devant tous les trucs que j'avais à faire cette semaine qu'il fallait vraiment que je fasse gaffe avec mes annonces... C'était pas gagné mais finalement j'ai quand même réussi à m'organiser !

Un immense merci à Sun Dae V, Jane9699 et pupperfect pour avoir pris le temps de me faire un retour sur les chapitres précédents. Un petit coucou non moins reconnaissant à Pamphile pour sa lecture et son soutien. Comme prévu, on reprend là où on s'est arrêté, avec au programme, des réponses et sans doute d'autres questions qui vont se poser. Vous le sentez ou pas qu'on approche de la fin ?

J'espère que ce chapitre vous plaira !

Bonne lecture !

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Simple rappel de la dimension politique :

Les traditionalistes, anciennement dirigés par Harold Zane (qui a ensuite été accusé d'avoir fait assassiner Kingsley Shackelbolt) puis Marcus Ziegler (décédé) et enfin Rachel Wetzel. Ils sont réfractaires à tout contact avec les moldus et veulent protéger tout ce qui fait la spécialité sorcière, les traditions etc.

Les progressistes, qui sont plus sensibles aux problématiques du monde, veulent plutôt s'ouvrir au monde moldu. Ils sont au gouvernement pendant l'histoire (Ernie McMillan est le ministre de la magie). Parmi eux il y a Lawrence Acker, Leslie Jones, Seamus Finnigan. Ernie McMillan a été élu après pas mal de temps passé à être dirigé par les traditionalistes, il représentait pour Rose un espoir mais cet espoir a été déçu : au final, Ernie s'est rapproché de Marcus Ziegler et sa politique ressemble à une politique traditionaliste.

Les Sans-Frontières, dirigés par Edgar Strugatsky, parti aussi financé par Jacob Dawson, riche entrepreneur. Ils défendent le fait que les moldus font n'importe quoi et qu'il est temps que les sorciers interviennent et reprennent un peu le pouvoir, une position considérée comme assez extrême. Ils montent cependant en puissance.

Rappel en plus de quelques personnages :

– Les Aurors, membres de la Brigade anti-drogue (Gregory Kirshein, Duck Wenworth, Nathan Marrow)

– Les membres du Borderline (Riley Lowell, Shawn Grey, Robin Ziegler, Benjamin Cook, Rose Weasley et anciennement Martin Kane)

– Les membres de Malefoy & Co (Drago Malefoy, Blaise Zabini, Deborah Lebovski, Jake McAddams, John Asher)

– Les amis de Scorpius – plus ou moins anciens – (Leslie Jones, Dimitri Oberlyn, Albus Potter, Riley Lowell, Samantha Vane)

– Les journalistes de Sorcière-Hebdo (Pansy Parkinson)

J'ai enlevé le résumé parce que je suis pas sûre qu'il soit très utile, mais n'hésitez pas à me dire s'il l'est quand même, je le réécrirais pour le prochain.

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CHAPITRE 21

Une bonne raison de fuir

« Car il faut faire tout le mal d'un coup
afin que moins longtemps le goûtant,

il semble moins amer, et le bien petit à
petit, afin qu'on le savoure mieux.
»

(Nicholas Machiavel)

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oOoOo

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Peu à peu, la fatigue avait pris le pas sur le stress et l'excitation. Scorpius était sur le point de s'endormir quand retentit la voix de Rose :

— J'ai trouvé quelque chose.

Elle posa une pile de dossier sur la table et les saisit un par un. Rose eut beau désigner de son doigt certaines pages, Scorpius n'y vit qu'un assemblage de chiffres et de lettres un peu flou.

— L'argent arrive par différents canaux. Tu vois, ça ? Il patiente tranquillement dans un compte et arrive... là.

— Et ?

— Lis ce qui est écrit.

Cela tenait en trois lettres : « BBC »*. La chaîne de télévision moldue ? Rose hocha lentement la tête.

— A Poudlard, la prof d'étude des moldus était une grande passionnée de leur système économique...

— J'imagine qu'il faut de tout pour faire un monde.

— Exactement. Je m'en souviens parce qu'elle nous a bassiné avec ses schémas dès la troisième année. Une entreprise a ce qu'on appelle des actionnaires. Ils placent de l'argent dans une entreprise et en échange, en récoltent à leur tour, ainsi qu'un droit de regard sur l'entreprise en question...

— Où tu veux en venir ?

— Si je me fie à ces documents, Scorpius, tous ces gens sont devenus les actionnaires majoritaires de la plus grande chaîne de diffusion publique moldue.

Il lui fallut quelques secondes pour digérer l'information.

— Et ce n'est pas juste pour gagner de l'argent, n'est-ce pas ?

— Réfléchis... La plupart des moldus reçoivent leurs informations sur la BBC. Pourquoi des sorciers voudraient détenir des parts dans une société de diffusion moldue ?

— ... A moins qu'ils aient une information à leur faire part ?

— Exactement.

Alors c'était comme ça que Strugatsky et les Libérateurs voulaient s'y prendre ? C'était ça que Deborah avait finalement découvert ? Ils n'avaient pas réussi la première fois, ils remettaient donc ça avec une méthode un peu différente, en prenant possession d'une chaîne publique. C'était loin d'être idiot. C'était même un plan intelligent. Non seulement la BBC les aiderait à dévoiler le Secret, mais contrôler l'information était une excellente manière de contrôler les gens.

Mais ils manquaient de temps et d'informations cruciales. Les personnalités politiques auxquelles les dossiers appartenaient étaient-elles toutes impliquées ? Comment allaient-ils s'y prendre pour dévoiler le Secret ? Par le biais d'une émission télévisée ?

— On n'a pas le choix, déclara Scorpius. Il faut qu'on parle aux Aurors. On ne peut pas y arriver seuls.

Rose lâcha sur la table les dossiers qu'elle tenait encore entre ses bras.

— Tu as vu combien de gens sont dans le coup ? Ils sont puissants, Scorpius. Les Libérateurs ont des collaborateurs partout, comment imaginer une seule seconde qu'ils n'en aient pas aussi parmi les Aurors ?

Elle ferma les yeux.

— Strugatsky a réussi à devenir ministre, bordel ! C'était impensable il y a seulement quelques mois !

— T'as raison, mais ça change rien au fait qu'on est juste tous les deux contre le monde.

— Il faut qu'on parte avant que quelqu'un ne nous trouve ici.

Rose commença à ranger un à un les dossiers à leur juste place, avant de s'arrêter net devant l'un d'entre eux. Elle le saisit d'une main tremblante. « Marcus Ziegler. » Scorpius ne put s'empêcher de s'approcher, poussé par la curiosité. Les feuillets semblaient particulièrement légers.

A l'intérieur, un CV, une liste de collaborateurs et un parchemin sur lequel les mots suivants avaient été rédigés à la main, d'une écriture qui ressemblait à s'y méprendre à celle de John Asher : « Fils cracmol ? ? ? Femme morte. Pas d'informations. »

— Marcus était un connard, mais quel soulagement de voir qu'il ne participait pas à cette mascarade.

La voix de Rose était si amère que Scorpius eut du mal à analyser la portée de ses paroles. Elle reposa le dossier d'un air déçu. Ils vérifièrent ensemble que chaque feuillet était exactement à sa place avant de refermer pour de bon la porte derrière eux.

oOoOo

Ils avaient besoin de réfléchir. Après avoir quitté la société Malefoy sans trop d'encombres, Rose l'avait conduit dans le Quartier Général du Borderline.

— Y'a quelqu'un ?

Personne ne lui répondit.

— Ziegler n'est pas là ? s'étonna Scorpius.

— Non. Il est... parti.

Rose disparut dans la cuisine sans rien ajouter. Elle en ressortit avec deux tasses fumantes de ce qui semblait être du café. Cette hypothèse lui fut confirmée par la couleur, moins par l'odeur. Scorpius eut le courage d'en boire une gorgée avant de le regretter aussitôt.

Elle contempla sa propre tasse d'un air de profond dépit.

— Désolée. Je suis incapable de faire fonctionner cette machine moldue. Je ne sais même pas pourquoi j'ai essayé.

Elle la posa sur la table basse et saisit au passage un vieil exemplaire de La Gazette avant de s'enfoncer à nouveau sur le canapé.

« STRUGATSKY, SA VOIE ROYALE VERS LA VICTOIRE »

Scorpius dut l'admettre à son tour : la perspective d'un tel dirigeant était particulièrement déprimante. Mais s'ils ne trouvaient pas une solution rapidement, le nouveau ministre ne régnerait pas seulement sur le monde sorcier, mais sur un monde plongé dans le chaos. Personne ne pouvait prédire comment les moldus réagiraient, le Secret entre leurs mains.

De longues minutes passèrent. Il semblait à Scorpius que la nuit commençait à devenir moins sombre, mais il n'avait aucune idée de l'heure qu'il pouvait bien être et n'avait aucune envie de dormir.

— Bordel, comment on a pu en arriver là ? souffla Rose.

— Je ne sais pas.

— Qu'est-ce qu'on peut faire ? Se poster devant la BBC à deux pour essayer d'arrêter le massacre ? En parler à Harry Potter en l'empêchant de nous étrangler entre deux crises de larmes ?

— Je ne sais pas...

Rose donna un coup de pied rageur dans la table basse devant elle, la renversant au passage. Aux tasses qui se brisaient dans un bruit de vaisselle cassée, leur contenu répandu sur le carrelage, elle n'accorda pas un regard.

— Robin aurait probablement su quoi faire. Il a toujours su quoi faire...

— Quand tu dis qu'il est parti...

Avait-il droit d'approfondir le sujet ? Le ton de Scorpius était hésitant mais après tout, c'était elle qui avait commencé à parler.

— Il avait besoin de prendre du recul alors il s'est barré, en Irlande du Nord ou ailleurs, pour ce que j'en sais.

Elle grimaça.

— J'ai essayé d'être là pour lui. Mais ça n'a pas suffi.

Rose fixa longuement les tasses brisées. Puis ferma les yeux.

— Je m'y suis pas très bien pris non plus, pour le convaincre de rester. Je lui ai dit qu'il faisait n'importe quoi, qu'il fuyait ses problèmes mais...

— Tu ne crois pas que ce soit vrai ?

Elle haussa les épaules.

— J'en sais rien. Mais peut-être que fuir n'est pas une mauvaise idée. Peut-être même que c'est une idée raisonnable. Et puis, je peux savoir ce dont moi j'ai besoin, mais c'est Robin qui sait ce qui est bon pour lui, pas moi.

Ses lèvres s'étirèrent en un sourire amer.

— Mon problème, c'est que je donne de bons conseils, je suis juste incapable de les suivre.

Scorpius lui rendit son sourire. Rose était loin d'être parfaite, mais il y avait quelque chose dans son attitude, son côté honnête, droit et fonceur, qui donnait envie de suivre son exemple.

Il songea à ce qu'elle lui avait dit au sujet d'Albus : « Tu devrais lui parler ». Était-ce à cela qu'elle faisait référence ?

— Il a raison, murmura-t-elle. Si je ne veux pas qu'il parte, c'est pour des raisons égoïstes. J'ai peur de me retrouver seule. Enfin, c'est pas tellement d'être seule, le problème...

Elle grimaça.

— C'est d'être sans lui, avoua-t-elle finalement.

Rose ramena ses jambes contre sa poitrine, le regard rivé sur la tache de café qui commençait à sécher sur le carrelage. Scorpius se rapprocha d'elle, sans oser la toucher.

— Tu sais, dit-il doucement, dire à quelqu'un qu'on a besoin de lui, c'est probablement le truc le plus difficile au monde. Tu n'as eu qu'un essai, tu ne peux pas te blâmer de ne pas l'avoir réussi. Si tu savais combien de fois j'ai essayé...

— Dis-moi. Combien ?

— Des milliers. Et tu sais quoi ? Je l'ai peut-être même dit, au fond, parce que c'est pas juste une question de trouver les bons mots, parfois un geste suffit, ou ta façon d'être là pour l'autre, quoi qu'il arrive. Il y a de bonnes chances pour qu'il le sache malgré tout.

— Et qu'il revienne ? Albus n'est pas revenu, lui.

Pas pour toi. Scorpius devinait sans mal les mots que Rose n'avait pas prononcés.

— Albus est... Albus. Tu ne peux pas faire un exemple avec le cas d'Albus.

Rose sourit, le regardant dans les yeux, cette fois.

— Ça, c'est bien vrai. Tu sais quoi, Scorpius ? Je vais te le dire une bonne fois pour toutes et après, on tournera la page et on fera comme si ça n'était jamais arrivé.

— Tu me fais peur.

Son sourire s'élargit encore. Elle aimait faire monter le suspense, c'était visible.

— Je sais pas ce que j'aurais fait sans toi. T'es bien le seul bon côté de cette histoire sordide...

— Je suis flatté.

— Si t'étais attiré par les filles, je pourrais même...

Rose éclata de rire à mi-chemin, incapable de terminer sa phrase.

— Merlin, ta tête !

— T'es vraiment...

Il fut incapable de trouver un mot assez fort pour la définir.

Rose lui asséna un coup de coude.

— Avoue que moi aussi, je suis le seul bon côté de cette histoire.

— Après le coup que tu viens de me faire ? Tu peux rêver.

— Sois pas mauvais joueur, Malefoy. Ça ne te va pas au teint.

Insupportable, cette fille était insupportable. Il souriait néanmoins, ouvrit la bouche pour répliquer mais fut interrompu par un bruit métallique provenant de l'entrée, le son d'une clef qui tourne dans la serrure.

Il échangea avec Rose un regard surpris : était-ce Ziegler qui revenait déjà ?

La porte ne s'était pas ouverte qu'il avait refermé sa main sur la baguette, un pressentiment néfaste au creux du ventre. Il contempla avec appréhension l'abaissement de la poignée, puis ce fut le noir ; la lumière du petit salon s'était éteinte.

Une voix métallique et glacée se fit entendre.

Enfin.

Rose se figea à côté de lui. Captant le mouvement d'une ombre à la lueur de la lune, Scorpius bondit devant elle et asséna à la silhouette un Stupéfix qu'elle écarta d'un simple bouclier.

— Ne t'en mêle pas.

La voix s'exprimait avec lenteur, comme si elle cherchait à imprimer chaque mot dans son esprit. Immobile, sur ses gardes, il mit toute sa concentration à ne pas lâcher son adversaire du regard.

— J'y suis déjà mêlé.

— Scorpius...

La peur dans celle de Rose glissa sur lui sans l'atteindre. Dans l'obscurité du salon, son esprit n'avait jamais été aussi clair. Il plongea sur le côté pour éviter un jet de lumière bleue, se releva d'un bond, dans une concentration extrême, pour faire face à l'ombre menaçante.

— Va-t-en, intima-t-il à Rose, la baguette tendue devant lui.

Sans surprise, elle ne bougea pas.

— Scorpius, hein ? Mauvaise idée, Scorpius. Et dernier avertissement.

Il n'en voyait que les contours mais la garde de la silhouette était parfaite, le genre de garde qu'on inculquait aux agents qui assuraient la sécurité du Ministère. Un coup d'œil en direction du bureau lui suffit à prendre sa décision. Il fit voltiger le meuble qui traversa la pièce comme un train lancé sur les rails. Il y eut un cri de surprise, un coup de tonnerre fracassant, le bureau s'écrasa contre le mur avec la force d'une explosion en enfonçant le plâtre au passage. Un sifflement appréciateur retentit au milieu de la poussière.

— T'es plus coriace que t'en as l'air.

Aucune peur lisible dans la voix glaciale. Le geste effectué dans l'ombre fut d'une précision redoutable.

Scorpius dévia au dernier moment l'étagère qui fonçait vers lui mais n'eut pas le temps d'arrêter la lampe en fer, plus petite, moins visible, qui percuta son ventre avec tant de violence qu'il en eut le souffle coupé. Utiliser une distraction. La silhouette était intelligente.

— Ce n'est pas faute de t'avoir prévenue.

Il comprit que l'ombre, de sa voix douce et métallique, ne s'adressait pas à lui, mais à Rose. Il leva sa baguette, les yeux brillants sous la douleur qui irradiait dans son ventre et n'eut pas le temps d'apercevoir le bâton qui fendit l'air, éprouva une douleur plus violente encore, comme si chacun de ses muscles s'étaient repliés sur eux-mêmes. Scorpius s'accrocha à l'étagère avec la force du désespoir mais ne put que l'entraîner dans sa chute, entendit un crac, l'impact de sa tête contre le sol et pour de bon cette fois, il y eut le noir.

Le vrai noir.

oOoOo

— Il se réveille.

Le contact avec la réalité se fit par le biais de la douleur. Son corps irradiait, comme rongé de l'intérieur, il en sentait chaque parcelle. Il ouvrit les yeux et les sentit brûler sous l'effet de la lumière.

Le lit, les murs blancs, les visiteurs inquiets.

Il était à l'hôpital.

— Scorpius... Comment tu te sens ?

Penchée sur son lit, Leslie Jones le regardait, préoccupée.

— Je...

Parler lui arrachait la gorge, ne laissant passer qu'un filet de voix à peine audible. A côté d'elle, Dimitri Oberlyn, la même angoisse dans les yeux. Il ne comprenait pas. Qu'est-ce qu'il fichait là ?

— Ça va...

Il lui fallut rassembler toutes ses forces pour émettre un simple son.

— Qu'est-ce qui s'est passé ?

— On ne sait pas trop. C'est Riley qui t'a trouvé... Apparemment, tu t'es pris une étagère ? Je ne l'ai vue qu'en coup de vent, elle n'a pas eu le temps d'expliquer davantage. Ton père hésitait à appeler les Aurors qui ont été dans le coin une partie de la journée, parce qu'il n'était pas sûr que l'étagère soit tombée seule mais... il ont été appelés ailleurs. Ils sont partis.

Les événements lui revinrent soudain en mémoire. La clé dans la serrure, son immobilité soudaine, la silhouette et...

Rose... Comment va Rose ?

— Rose était avec toi ? Je ne sais pas, elle n'en a pas parlé.

Le crac se rappela à lui. La silhouette avait-elle transplané avec Rose ?

Non.

La sensation de brûlure dans ses muscles s'intensifia alors qu'il repoussait ses draps pour se glisser hors du lit. Il s'arrêta net sous la douleur qui lui compressait la boîte crânienne.

— Scorpius, tu ne devrais pas...

Un bleu qui tirait sur le violet s'étalait sur sa jambe gauche, près de la fine cicatrice laissée par le sortilège de Rose.

— Et encore, fit remarquer Dimitri, un peu à l'écart, c'est mieux que ce que ça a été.

— Tu devrais attendre un peu, conseilla doucement Leslie.

— Non, ça va aller.

— Reste allongé.

Scorpius tourna les yeux vers l'encadrement de la porte où Drago Malefoy était apparu. Il avait placé dans cet ordre une autorité rare, difficile à ignorer. Mais Scorpius n'avait pas la moindre intention de l'écouter.

— Je vais bien.

— Qui t'a fait ça ?

Le sous-entendu était clair, Drago ne croyait pas à histoire de l'étagère. Le qui était destiné à souffrir s'il mettait la main dessus.

— J'ai voulu déménager un meuble, il m'est tombé dessus, c'est tout.

— Ne mens pas, Scorpius.

Pour une fois, il regarda son père dans les yeux.

— Ce n'est pas mon genre, de mentir.

— Quoi qu'il en soit, ils t'ont amené ici dans un sale état, marmonna Oberlyn. Les guérisseurs ont fait des miracles mais... ton père n'a pas tort, tu ferais vraiment mieux de te reposer encore un peu.

— T'as pas idée à quel point tu nous as fait peur, confirma Leslie.

L'intervention partait d'une bonne intention mais Scorpius n'avait pas envie de l'entendre. Il revoyait encore et encore la clef tourner dans la serrure et cet unique mot, « Enfin », lui donnait envie de vomir. Il était le seul à savoir que la silhouette avait emmené Rose. C'était qui restait un problème et il avait bien l'intention de le découvrir.

En voyant une nouvelle fois la lumière filtrer à travers les rideaux, un doute s'imposa dans son esprit.

— Combien de temps je suis resté inconscient ?

— Presque toute la journée...

Rose était donc aux mains de la silhouette – probablement de ce cinglé de Strugatsky lui-même – depuis des heures...

Il repoussa les couvertures pour de bon cette fois et ravala sa douleur.

— Je t'interdis de sortir.

Une dernière fois, Scorpius planta ses yeux dans ceux de son père.

— Je suis majeur, Papa. Je sais que tu veux me protéger mais je fais ce que je veux. Et là, je veux sortir.

Sa voix était encore éraillée mais peu importe, il y plaça toute sa détermination, le défi qui lui restait, terrifié à l'idée qu'il ne s'écarte pas. Il voulait sortir mais il craignait d'être trop faible pour imposer sa volonté. Parce que Drago ne reculait pas.

Ce fut Leslie qui s'avança.

— Je peux le surveiller, Mr Malefoy. Je le ramène chez lui. Je vais veiller à ce qu'il ne fasse pas n'importe quoi.

Drago se tut un moment, puis finit par céder sous la pression du regard de son fils.

— Prends soin de toi, Scorpius. Je suis sérieux, je ne veux pas te perdre.

Scorpius adressa à Leslie un signe de tête en guise de remerciement.

— Non, chuchota-t-elle lorsqu'elle fut certaine que son père avait quitté la pièce, je ne vais pas vraiment te suivre, je sais que tu es assez intelligent pour me semer de toute façon. Mais si tu as besoin de moi, je suis là.

— Moi aussi, déclara Oberlyn.

Touché, Scorpius hocha la tête. Mais il n'avait pas l'intention de mêler ses amis à quelque chose qui les dépassait tous. Il s'apprêtait à faire quelque chose qu'il aurait dû faire depuis le début.

Aller trouver Harry Potter.

oOoOo

Scorpius entra dans la petite chambre de Lily Potter avec prudence. Il n'y trouva que...

Albus.

« Quelle putain de chance. »

Il éprouva un certain plaisir à jurer – bien que ce ne fut que dans sa tête – à la manière de Rose Weasley. Les événements s'enchaînaient dans une spirale du pire qui en devenait presque comique. Albus ressemblait certainement à son père mais pour une fois, ce n'était pas du tout la personne qu'il voulait voir.

— Scorp' ? Tu... tu vas bien ?

Ce fut seulement à cet instant que Scorpius réalisa qu'il devait vraiment être dans un sale état, avec sa blouse de patient et sa jambe devenue bleue. Sans parler de sa tête qu'il n'avait pas eu la curiosité d'aller voir, mais il était certain de ne pas manquer grand chose.

L'étagère avait fait des dégâts.

— Où est ton père ?

— Mon père ?

— Harry Potter. Oui, ton père.

Scorpius n'avait pas le temps de discuter des préparatifs de mariage. Il voulait aller droit au but.

— T'es sûr que tu vas bien ?

Albus paraissait inquiet. Cette simple idée – qu'il puisse être inquiet – mettait Scorpius en colère.

— Honnêtement, qu'est-ce que t'en as à faire ?

— Je veux juste m'assurer que tu...

— On va s'arrêter là tout de suite. Si t'en avais quelque chose à carrer, t'aurais au moins répondu à mes lettres.

Son inquiétude pour Rose avait pris toute la place. Il n'avait pas le temps de tapoter gentiment sur la tête d'Albus pour lui faire comprendre qu'il était un bon ami. Toute cette histoire, les insomnies qu'elle lui avait values, les espoirs, les coups de déprime, l'apathie ou la rage inexpliquée... Face à la menace de la silhouette, son premier amour brisé et ses conséquences avaient perdu de leur importance.

Albus recula légèrement, surpris par la dureté de ses mots. Évidemment. A Poudlard, Scorpius n'aurait rien fait qui puisse le blesser. La veille encore, il avait été incapable de lui balancer toute sa colère – car il s'en rendait compte maintenant, c'était bien de la colère – à la figure.

Il n'en pouvait plus d'essayer de comprendre. Il n'avait plus la patience des faux semblants, de la tête d'ange d'Albus qui comptait s'en sortir avec une lettre et aucune autre explication que « J'ai besoin de m'éloigner un peu, j'espère que tu comprendras ». Albus qui avait eu le culot de l'inviter à son mariage dans la chambre d'hôpital de sa petite sœur. Rose avait raison, il méritait bien d'être secoué un peu.

— Tu les as reçues, mes lettres ?

Scorpius avait planté ses yeux dans les siens. Albus tressaillit.

— Oui.

— Et tu n'as jamais répondu...

— Non.

— Bien. Au moins, c'est clair. Où est ton père ? insista-t-il.

— Écoute, Scorp'...

— Ne m'appelle pas Scorp' !

Il avait élevé la voix et sa tête recommença à lui faire mal. Sans parler de sa jambe. Il fallait qu'il retrouve Rose.

Pour ce qui était d'Albus... Non, il n'avait pas vraiment envie de savoir. Il se détourna pour sortir.

— Je t'ai toujours appelé Scorp', murmura cette voix derrière lui, cette voix qui avait toujours su lui retourner le cœur.

Scorpius tourna la tête, le regard dur.

— Mon meilleur ami m'appelait Scorp'.

— Écoute, je ne voulais pas...

— Tu ne voulais pas quoi ? Me blesser ? M'abandonner ? C'est trop tard, c'est déjà fait. T'as la moindre idée du mal qu'elle m'a fait, cette lettre ?

Albus le regardait d'un air horrifié. Trop tard, Scorpius s'était approché de lui, et il était lancé.

— On a passé sept ans ensemble et t'as pas eu le courage de me le dire en face. T'as pas la moindre idée de ce que je ressentais pour toi ?

Peut-être parce qu'Albus était enfin en face de lui, peut-être à cause du trouble qu'il lisait dans son regard – pas la moindre surprise –, Scorpius comprit quelque chose d'essentiel.

— Tu le savais.

Comment aurait-il pu en être autrement ?

Si Scorpius avait enseveli le bon sens sous les doutes, il ne pouvait plus se mentir plus longtemps. Il avait mis leur lien sur le compte d'une amitié fusionnelle, une façon commune de voir la vie, un confort à se retrouver l'un avec l'autre, simple et doux. Mais ce n'était pas que ça, derrière la complicité qui les unissait était né le désir, des pensées fugaces d'abord, un regard qui dure et il s'imagine sa peau sur la sienne, des lèvres qui se rencontrent, qui s'apprivoisent. Il avait rêvé de convertir ce contact à la vie réelle et s'y abandonnait parfois, l'air de rien, un doigt qui l'effleure, une mèche chassée de son front, une étreinte ; jamais Albus ne l'avait repoussé. Dans ses moments d'audace, il explorait ce désir par une phrase faussement innocente, à la connotation sexuelle légère ou plus osée et son ami ne manquait jamais d'y sourire, mais l'avait-il comprise ?

Sans compter le moment, déjà revécu mille fois dans son esprit.

Il avait bu pour oublier que c'était la fin de Poudlard. La musique qui lui oppressait la tête sans lui offrir l'évasion désirée. Aussi éméchée que lui, Leslie l'avait invité à danser. Il avait joué son jeu, celui du flirt léger et sans conséquence, quand il voulait se rassurer. La salle tournait un peu autour de lui. Elle avait posé ses lèvres sur les siennes, pas d'enjeu, elle souriait et ça lui avait semblé si simple.

Puis il capte son regard.

Déçu.

Il court pour le rattraper, les explications rendues confuses par l'alcool et la panique. C'était elle qui l'a embrassé, il n'a jamais voulu...

« Je sais. »

Ils remontent ensemble dans la salle commune, volent la petite bouteille de whisky que Dimitri garde dans ses chaussettes, ils échangent des plaisanteries nostalgiques sur le canapé. Scorpius est habitué à l'alcool fort mais ce jour-là, le feu continue de brûler dans sa gorge. L'ambiance légère se fait plus sérieuse, le regret d'une vie qui s'achève alourdit l'atmosphère.

« Tu me manqueras. »

Sur le moment, il n'y pense pas ; étrange comme les mots d'Albus portent une autre résonance, à présent.

Est-ce lui qui l'a embrassé le premier ? Il ne sait plus.

Ce baiser, il s'en souvient comme d'un moment hors du temps, un morceau de rêve égaré par hasard dans sa réalité. Il se souvient de la sensation de ses lèvres sur les siennes, de son souffle chaud et alcoolisé, de la vague indicible qui l'emporte comme si c'était hier.

Il s'en souvient autant que la déception éprouvée au réveil.

« La vache, on a bu combien de verres ? J'ai un sacré trou noir. Tu te souviens de quelque chose, toi ? »

Elle est là sa chance, la seule et unique, de répondre oui, de répliquer que la nuit a été la plus belle de sa vie. Il pourrait lui rafraîchir la mémoire d'un baiser volé mais ne trouve pas le courage de ravaler sa peur.

« Je comptais sur toi pour me le dire... »

Scorpius avait mis sa détresse sur le compte de son mensonge. Dans cette décision, il avait concentré ses manquements et ses regrets, ce qui aurait pu se passer, ne s'était fait à lui-même aucun cadeau.

Les choses avaient-elles vraiment besoin d'être dites ? Dire je t'aime aurait brisé le doute, mis fin au jeu qu'il appelait innocent quand il se mentait – une fois de plus – à lui-même. Pourtant, si Scorpius avait passé des années à se convaincre que ces trois mots avaient manqué, n'était-ce pas surtout parce si son ami savait, sa fuite n'en était que plus cruelle ?

Mais comment aurait-il pu ne pas savoir ?

— Je savais, confirma doucement Albus.

Ce n'était qu'un murmure, mais partagé entre des yeux douloureux et le soulagement d'une obscurité enfin chassée, ce murmure le brûlait comme la lumière du jour au réveil.

Albus savait.

— C'est pour ça que t'es parti ?

Son énergie restante, il la plaça dans la maîtrise de sa voix, pour l'empêcher de partir en vrille.

— Pour t'éloigner de moi ? devina-t-il.

Son calme n'était qu'apparent, suspendu à un fil, mais Rose avait raison : il avait besoin de savoir. Albus se contenta d'un hochement de tête, et la placidité de sa réaction engendra en lui une colère qu'il n'avait pas préméditée.

— Tu ne pouvais pas me le dire ?

Albus tressaillit.

— Tu m'as inventé un prétexte pour noyer le poisson, t'as fui pour ne pas que je te réponde, mais c'était vraiment si compliqué ? « Désolé Scorpius, je préfère qu'on reste ami », je ne dis pas que ça m'aurait fait plaisir mais tu sais quoi ? J'aurais compris et j'aurais pas passé six ans à t'attendre !

Il haussait rarement la voix et avait dû le faire plus qu'il n'aurait dû, il aurait juré avoir vu Lily sursauter. Il fit deux pas en avant, autant pour se rapprocher d'elle que pour se soustraire à la présence pesante d'Albus beaucoup trop près de lui

— Je suis désolé, Scorp'.

— C'est trop facile d'être désolé, dit-il sans le regarder, luttant contre la boule qui grandissait dans sa gorge. Si tu tenais une seconde à moi, même juste en tant qu'ami, t'aurais trouvé le courage de me dire que tu ne voulais pas de moi.

— J'ai essayé... Pour ma défense, crois-moi, j'ai essayé.

Albus cherchait à croiser son regard. Mais Scorpius ne pouvait pas.

— Je n'ai pas réussi à te mentir.

Il se figea.

— Évidemment que je le savais, murmura Albus.

— Je ne comprends pas...

— Je ressentais la même chose. Comment peux-tu, toi, ne pas le savoir ?

« Parce que tu es parti ? »

Les mots ne franchirent pas ses lèvres.

— J'étais faible... Je savais qu'on ne pouvait pas être ensemble et à chaque fois, je me laissais tenter. J'ai essayé de te dire que je ne t'aimais pas, j'ai répété mille fois ces mots dans ma tête. Mais je savais que tu ne me croirais pas. Tu as toujours su repérer mes mensonges...

— Comment ça, on ne pouvait pas être ensemble ?

— Tu es un Malefoy. Et je suis un Potter ! Et on est... Tu imagines comment ça allait jaser ? On aurait été jeté en pâture à Parkinson et ses sbires... Tu as vu ce qui est arrivé à Lily ?

Scorpius n'en revenait pas. Il en avait un goût amer dans la bouche. Albus était parti pour échapper à quoi ? A des journaux qui auraient fait deux titres sur leur couple improbable avant de passer à autre chose ? Albus l'avait aimé, il avait simplement eu trop peur du regard des autres pour...

— Je savais que si je te disais en face que je partais, j'aurais fini par rester. C'était la seule manière... J'avais tes lettres empilées dans ma chambre sans les lire. Ça a été dur au début et puis...

— Tu es passé à autre chose.

Il connaissait la suite de l'histoire. Il avait rencontré une chouette fille, Alicia, une fille qui n'allait choquer personne, puis il l'épouserait lors d'une cérémonie plaisante et applaudie de façon unanime.

Quel gâchis.

— J'ai rencontré...

— Tu n'es pas obligé d'en parler.

Le sous-texte était : tais-toi, s'il te plait.

Albus l'avait aimé, il était parti à cause de lui comme, tout au fond de lui, sans toujours l'admettre, il l'avait souvent pensé. L'idée n'avait plus rien de réjouissant.

— J'espère que tu seras heureux avec elle. Maintenant, il faut vraiment que je voie ton père.

— Il est reparti au Bureau des Aurors... On l'a rappelé en urgence.

Il avait beau avoir aimé Albus de toute son âme, jamais il n'avait autant eu envie de le tuer.

— Tu pouvais pas le dire tout de suite ? Rose est en danger, espèce d'idiot !

— Et j'étais censé le savoir ? Comment elle pourrait être en danger ?

Scorpius ne fit pas mine de lui répondre. Il n'avait plus le temps pour les conneries ou l'égoïsme d'Albus Potter. Il s'apprêtait à quitter la pièce mais au dernier moment, revint près du lit de Lily Potter qui gardait les yeux rivés au plafond, toujours silencieuse. Mais quelque chose lui disait qu'elle était réveillée.

Il s'approcha d'elle et examina une dernière fois son poignet vierge.

— Tu sais quelque chose, n'est-ce pas ? Pourquoi c'est toi que Dawson a accusé ? Qu'est-ce que tu devais continuer pour Jason McKlein ? C'est quoi cette araignée bleue, qu'est-ce qu'elle signifie ?

— Laisse ma sœur tranquille.

— Reste en dehors de ça, Albus. Ça ne te concerne pas.

— Je crois que si, et...

— Tu m'as fait suffisamment perdre mon temps, siffla-t-il. Ne m'en fais pas perdre davantage.

Albus recula. Scorpius se désintéressa de lui, il se tourna une nouvelle fois vers Lily, une tonalité suppliante dans la voix.

— Ils ont pris Rose... Ils l'ont emmenée quelque part. Si tu sais quelque chose, tu dois me le dire, Lily.

Elle le regardait, réalisa-t-il. Elle le regardait de ses beaux yeux bleus.

— C'est trop tard, souffla-t-elle, des larmes dans les yeux. Ils ont tout prévu... C'est déjà trop tard...

— Qui ? Qui a tout prévu ?

Amaterasu.

La respiration de la jeune fille s'accéléra d'un coup. Elle se fit presque sifflante, douloureuse, et Albus écarta Scorpius sans un regard.

— Elle est en train de faire une crise ! Appelle quelqu'un !

Toi, appelle quelqu'un.

Scorpius sortit en trombe de la chambre, le cœur battant.

Il était temps de se rendre au Bureau des Aurors.

oOoOo

« Tiens bon, Rose. »

Il n'avait pas la moindre idée où elle pouvait être. Il pouvait toujours se vanter d'avoir mené une enquête bancale, en vérité il avait l'impression de ne rien savoir. Tout se dérobait à lui au fur et à mesure. Qui était Amaterasu ? Que venait-elle faire dans cette histoire ? Pourquoi Lily avait-elle si peur ?

Trois ans.

Le Bureau des Aurors était incroyablement familier. C'était long, trois ans à arpenter l'open space, la salle d'étude où s'entassaient les poufs, les canapés défoncés et les livres, à subir les caprices de la machine à café... Même ces colonnes absurdes qui ne prenaient la moitié du passage sans rien tenir du tout lui manquaient.

Cinq Aurors le dépassèrent en détalant vers la sortie.

Étrange.

Scorpius entendit des éclats de voix. Il entendait depuis son arrivée un bruit étouffé et lointain, auquel il n'avait pas vraiment prêté attention. On aurait dit l'explosion distante d'un pétard.

Il avança avec prudence. L'horloge de l'open space indiquait une alerte rouge. Un cri s'éleva dans le couloir, puis le fracas d'un mur qui s'effondre.

Le cœur de Scorpius battait violemment contre ses tempes.

— ... Perdu le contrôle... !

— ... Londres... feu...

Scorpius se plaqua contre le mur pour laisser passer deux individus en fuite. Toujours dans cette foutue robe de chambre, il avait l'étrange impression de ne pas être vraiment là. Son esprit troublé par les potions qu'il avait ingérées assimilait les hurlements répétés aux échos d'un rêve.

— C'est un désastre, un désastre...

Sa baguette pointée devant lui, il s'avança. Il devait trouver Harry Potter. Il devait comprendre.

Le second couloir dévoilait un véritable champ de bataille. Sur le sol, des débris de murs, une baguette magique, des corps qui gisaient dans les coins, inanimés.

Que s'était-il passé ici ?

Comment c'était seulement possible ?

Scorpius s'arrêta net.

Des Aurors, il venait d'en reconnaître un. Il était étendu contre le mur, comme endormi sous une épaisse couche de poussière. La robe noire, les cheveux poivre et sel, des éléments plutôt banals mais la cicatrice, non, la cicatrice ne trompait pas.

Harry Potter.

Un cri retentit d'un peu plus loin dans le long corridor.

Scorpius retint son souffle et s'approcha du corps pour poser une main sur sa poitrine qui, lui semblait-il, bougeait encore. Il n'eut pas le temps d'achever son geste. Une silhouette déboula dans le couloir, courant comme sa vie en dépendait, son visage ne reflétant qu'une panique profonde.

Scorpius ne parvenait plus à s'étonner. Rien n'avait pour lui le moindre sens. Il fixait sans bouger la traînée de sang que Duck Wenworth laissait derrière lui. L'Auror était dans un sale état. Une balafre fendait sa joue, si profonde qu'on pouvait en apercevoir l'intérieur. De sa cuisse s'échappait un flot écarlate qui l'empêchait de courir et il trébuchait tous les deux mètres avec un gémissement de douleur.

— Wenworth ?

Son ancien camarade tomba presque à ses pieds.

— Aide-moi à rejoindre la salle 106 !

— Qu'est-ce qui se passe ici ?

— Quelqu'un a fait un éclater un feu d'artifice magique en plein Londres moldu... On a été appelé pour s'en occuper mais... Kirshein est devenu fou. Cours, Scorpius ! Il arrive !

Scorpius se retourna pour voir une ombre se peindre sur le mur qui faisait l'intersection.

— La salle 106... C'est le seul moyen, le pressa Wenworth.

Scorpius lui saisit le bras sans réfléchir. Il ne pourrait pas l'emmener et se servir de sa baguette, pas alors que lui-même n'était pas en état. La salle 106 était la salle dédiée au transplanage. Scorpius connaissait les lieux par cœur et savait qu'elle n'était pas loin.

Tu ne m'échapperas pas.

Il ne se retourna pas. C'était bien la voix de l'Auror qu'il haïssait tant, d'ordinaire douce et caressante, mais dans laquelle dansait une pointe de fureur pure.

Scorpius sentit Wenworth se raccrocher à lui.

— Tiens bon. On y est presque.

Un trait de lumière rouge les frôla de peu. Scorpius osa pour la première fois regarder son ancien formateur. Il n'était pas dans un meilleur état que Wenworth et une blessure à la main l'empêchait de viser comme il le voulait.

ARRÊTEZ-VOUS !

Scorpius n'avait plus l'intention d'obéir. Il évita un nouveau jet de lumière. Il traîna Wenworth, passant chaque porte en serrant les dents, parce que Kirshein se rapprochait et que plus il était près, moins viser était un problème.

Scorpius ravala une nouvelle vague de panique. Ils laissaient tellement de sang derrière eux...

« Tiens bon ! »

— Si vous passez cette porte je vous retrouverais ! hurla Kirshein alors que les doigts de Scorpius se refermaient sur la poignée. JE VAIS TE TUER, WENWORTH, TU M'ENTENDS ?

A bout de souffle, Scorpius referma la porte derrière lui.

Occludo !

La poignée s'agita de haut de bas d'un mouvement frénétique.

Respire.

Mais il ne comprenait pas. Il ne comprenait rien de ce qui se passait.

— Des feux d'artifices... ?

Les lèvres de Wenworth s'étirèrent en un large sourire.

— Merci, Scorpius. Tu m'as sauvé la vie.

— De rien, mais...

C'était étrange, un tel sourire sur les lèvres de quelqu'un qui saignait autant... Wenworth parut comprendre son trouble et sourit encore davantage.

— Les Aurors auraient ralenti le Plan. Mais maintenant que le Plan est en place, rien ne peut l'arrêter.

— Tu...

— Oh, j'ai fait ma part. Elle ne pourra que me récompenser. Suis-moi, Scorpius, parce que qui sait, me sauver la vie te vaudra peut-être un traitement de faveur.

Wenworth lui prit sa baguette des mains et Scorpius resta sans réaction, incapable de bouger.

L'autre saisit son bras et ils disparurent.

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(A suivre)

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*entre notre époque et 2029, le gouvernement anglais moldu a vendu des parts importantes de la chaîne pour « faire des économies ».

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N/A

Le chapitre est assez court mais tout de même riche en événements, j'ai hâte de savoir ce que vous en avez pensé !

Au programme du prochain : Vous verrez bien, mais j'ai hâte :D

Bisous, à très bientôt !