Avant la fin du monde

Hello !

J'espère que vous allez bien à l'arrivée de l'été !

C'est sans doute le chapitre le plus important, celui que j'étais le plus pressée d'écrire (petite pointe de stress, donc, à l'idée de le soumettre). Il est un peu plus long que d'habitude, mais il faut bien ça, et j'espère qu'il vous plaira et qu'il répondra à une bonne partie de vos questions.

Je remercie Pamphile pour sa relecture, mais aussi Aselye, Baccarat V et Jane9699 pour vos reviews que j'ai eu beaucoup de plaisir à lire et découvrir.

Bonne lecture !

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Simple rappel de la dimension politique :

Les traditionalistes, anciennement dirigés par Harold Zane (qui a ensuite été accusé d'avoir fait assassiner Kingsley Shackelbolt) puis Marcus Ziegler (décédé) et enfin Rachel Wetzel. Ils sont réfractaires à tout contact avec les moldus et veulent protéger tout ce qui fait la spécialité sorcière, les traditions etc.

Les progressistes, qui sont plus sensibles aux problématiques du monde, veulent plutôt s'ouvrir au monde moldu. Ils sont au gouvernement pendant l'histoire (Ernie McMillan est le ministre de la magie). Parmi eux il y a Lawrence Acker, Leslie Jones, Seamus Finnigan. Ernie McMillan a été élu après pas mal de temps passé à être dirigé par les traditionalistes, il représentait pour Rose un espoir mais cet espoir a été déçu : au final, Ernie s'est rapproché de Marcus Ziegler et sa politique ressemble à une politique traditionaliste.

Les Sans-Frontières, dirigés par Edgar Strugatsky, parti aussi financé par Jacob Dawson, riche entrepreneur. Ils défendent le fait que les moldus font n'importe quoi et qu'il est temps que les sorciers interviennent et reprennent un peu le pouvoir, une position considérée comme assez extrême. Ils montent cependant en puissance.

Rappel en plus de quelques personnages :

– Les Aurors, membres de la Brigade anti-drogue (Gregory Kirshein, Duck Wenworth, Nathan Marrow)

– Les membres du Borderline (Riley Lowell, Shawn Grey, Robin Ziegler, Benjamin Cook, Rose Weasley et anciennement Martin Kane)

– Les membres de Malefoy & Co (Drago Malefoy, Blaise Zabini, Deborah Lebovski, Jake McAddams, John Asher)

– Les amis de Scorpius – plus ou moins anciens – (Leslie Jones, Dimitri Oberlyn, Albus Potter, Riley Lowell, Samantha Vane)

– Les journalistes de Sorcière-Hebdo (Pansy Parkinson)

Dans les chapitres précédents, Tout a commencé par la mort de Deborah Lebovski, d'une overdose, chez elle, une avocate d'une trentaine d'année qui a eu le temps de laisser pour Rose une lettre contenant la clé d'un coffre. Lui-même renferme un carnet étrangement vierge. Une silhouette pénètre par deux fois chez Rose pour l'intimider : une première fois pour lui dire de se tenir loin de cette histoire, une seconde pour voler le carnet qu'elle a récupéré. La seconde fois, elle met également ses menaces à exécution et brûle la maison d'Hugo, le frère de Rose, en guise d'avertissement. Scorpius et Rose s'allient pour enquêter. Pendant ce temps, la blue fait d'autres victimes : Lily Potter, la compagne d'un chanteur nommé Jason McKlein, aussi accusé d'être un dealer – puis emprisonné en attendant un procès – par Harry Potter, mais également Petra, la sœur de Dimitri, et plus tard, Jacob Dawson, riche entrepreneur qui soutient Strugatsky (et alors que justement, il envisageait de cesser de le soutenir). Ensemble, Rose et Scorpius découvrent que Lebovski s'appelle en réalité Anna Poliakov. Sa nouvelle identité daterait de l'attentat de Brighton, où le Secret avait failli être révélé par le biais d'une société, Plein Ecran. En creusant dans la société de son père, Scorpius découvre également un étrange jeu de chantage mené par ses membres et un détournement de fond bien particulier vers la BBC. Rose se fait enlever pas la silhouette, Scorpius retourne au Bureau des Aurors : il y découvre une attaque et Wenworth, en sang, qui fuit Kirshein et qui, une fois en sécurité, lui déclare : « maintenant que le Plan est en place, rien ne peut l'arrêter ».

C'est un résumé ultra-condensé, mais je fais de mon mieux :)

Back to Rose !

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CHAPITRE 22

Mon nom est Rose Weasley

« Les grands hommes appellent
honte le fait de perdre et non
celui de tromper pour gagner
. »

(Nicholas Machiavel)

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oOoOo

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Lorsqu'elle se réveilla, Rose eut du mal à déterminer d'où venait cette étrange lumière qui baignait la pièce tant elle semblait provenir de partout et nulle part à la fois. Une lumière... bleutée ? A moins que son imagination ne lui joue des tours.

Rose se trouvait dans un élégant salon. Sa baguette était posée sur une commode de l'autre côté de la pièce mais elle savait déjà qu'il était inutile de la saisir. Pas maintenant. Pas alors que la silhouette guettait le moindre de ses mouvements. L'inconnu portait un capuchon et comme les autres fois, ses traits étaient flous, impossible à discerner. Mais Rose n'avait pas besoin de les voir, elle savait déjà qui se cachait dessous, une certitude qui provenait d'un point dans ses tripes. L'identité de la silhouette était l'une des rares choses dont elle était à peu près certaine.

— Ce n'est plus la peine de vous cacher, Strugatsky.

— Tu as bien raison.

Il laissa tomber son capuchon pour dévoiler un sourire affable et provocateur.

— Alors tu as deviné ?

— Je me suis posée la question quand j'ai découvert que vous connaissiez Anna Poliakov... et que vous étiez le dernier à avoir vu Deborah Lebovski.

Rose le défia du regard.

— Mais ce qui m'a vraiment convaincue, ce sont vos intonations de voix. Je n'arrivais pas à mettre la main dessus mais sous le grésillement métallique elles étaient... familières.

— Je savais que tu étais une fille intelligente.

— Deborah allait contrecarrer vos plans, n'est-ce pas ? Vous avez découvert qu'elle voulait parler à la presse alors vous l'avez tuée. Et vous êtes venu me voir en personne pour vous assurer que je n'en savais rien et que je n'avais pas les outils pour le découvrir.

Edgar Strugatsky rejeta ses cheveux blonds en arrière.

— Tu es intelligente, Rose, mais tu te trompes sur toute la ligne.

Il lui désigna un canapé d'un geste poli, comme pour l'inviter à prendre l'apéritif.

— Tu ferais mieux de t'asseoir.

Rose ne bougea pas. Elle n'avait aucune envie d'obéir à cette autorité vicieuse. Strugatsky était assez charismatique pour soumettre n'importe qui à sa volonté avec un sourire. Pas elle. Depuis le début elle s'était méfiée du politicien et des idées ambiguës qu'il défendait. Avec l'aide de Robin, elle avait tenté de le déjouer en se servant du Borderline mais commençait à comprendre à quel point c'était vain.

Strugatsky jouait le jeu avec d'autres règles que les siennes. Alors qu'elle donnait des coups d'épée dans l'eau, il montait une machination infaillible pour atteindre les hautes sphères du pouvoir.

Et il avait réussi.

Pour la première fois, Rose réalisa ce que cela voulait dire. Strugatsky était leur ministre de la Magie. Il avait le champ entièrement libre.

Il avait gagné.

— Laissez-moi partir.

Strugatsky se contenta de sourire. Il croyait vraiment qu'elle allait lui obéir ? Tant pis pour sa baguette. Après l'échec de sa tentative de transplanage, Rose se dirigea vers la sortie sans un regard pour lui. Elle n'alla pas loin. Il lui était physiquement impossible de quitter le salon, comme si l'air du couloir était devenu solide entre ses doigts.

D'un calme olympien, Strugatsky désigna une nouvelle fois le canapé. Un canapé que Rose eut très envie de déchirer avec ses ongles.

— Vous êtes un monstre.

Elle mit toute sa conviction à cracher ces mots en espérant qu'ils puissent l'atteindre. Strugatsky se contenta de sourire une fois encore.

Merlin, ce qu'elle pouvait le haïr...

— Pourquoi vous m'avez amenée ici ? Qu'est-ce que vous avez fait de Scorpius ?

— Malefoy n'a pas la moindre importance.

Il balaya son nom d'un revers de main. Son regard s'arrêta une dernière fois sur le canapé. Il n'allait pas laisser tomber ce foutu canapé. Et Rose n'allait pas s'asseoir.

— Je te laisserai partir si tu m'écoutes jusqu'au bout.

— Je ne vous crois pas.

— Je ne te veux absolument aucun mal.

Rose ouvrait la bouche pour répliquer quand quelque chose l'arrêta. Elle venait d'apercevoir la forme rectangulaire, d'un rouge délavé, qui gisait sur la table basse. Un carnet. Le petit carnet de cuir, celui-là même que la silhouette avait volé. Elle s'approcha pour le saisir et Strugatsky ne leva pas le petit doigt pour l'en empêcher. Il parut même plutôt satisfait.

Mais il était ministre de la Magie, après tout. Pourquoi ne l'aurait-il pas été ?

Rose retint un soupir de déception. Le carnet était vide.

— Qu'est-ce que c'est ?

Strugatsky haussa les épaules.

— Un journal.

C'était loin d'être une réponse satisfaisante. De toute évidence, le leader des Sans-Frontières attendait quelque chose. Rose était assez dégourdie pour comprendre quoi.

Il voulait qu'elle s'assoie.

« Vous me le paierez. »

Rose finit par obéir. Elle s'enfonça à contrecœur dans le canapé de cuir. Strugatsky hocha la tête et s'assit sur le fauteuil en face.

— Dis-moi, Rose, pourquoi aurais-je tué Anna ?

Anna. Il avait une façon un peu étrange de prononcer son nom, comme si... Mais Rose n'allait pas se laisser attendrir. Ce n'était pas une question très difficile.

— Parce qu'elle a trahi la cause, murmura-t-elle.

— C'est là que tu te trompes. Je n'aurais jamais fait de mal à Anna. Anna était ma meilleure amie.

— On peut trahir ses meilleurs amis...

Rose songea à Peter Pettigrow, le traître, dont elle avait connu le récit grâce à James.

— On peut même tenter de les tuer, s'ils nous ont fait suffisamment mal.

Car il y avait une suite à cette anecdote. Harry avait sauvé Pettigrow in extremis alors que ses anciens amis étaient déterminés à mettre fin à ses jours. Rose était convaincue que la trahison d'un ami faisait plus mal que tout, il suffisait de voir comme Scorpius, lui, l'avait vécu...

— On a fondé les Libérateurs ensemble, elle et moi, pendant les années Harold Zane. Mais ça tu l'avais déjà deviné, non ?

— Plus ou moins.

Où voulait-il en venir ?

— On était jeunes. On s'indignait contre toutes les imperfections du monde, le déclin de la planète, cette horreur qu'est le capitalisme... On avait de la magie, on voulait en profiter pour faire le bien... changer le monde.

— C'est vous qui avez changé, remarqua Rose. La supériorité des sorciers, hein ? Vous me faites vomir.

— On peut dire ce qu'on veut sur le concept, reste qu'il est vendeur.

— Pardon ?

— Ne fais pas la naïve, Rosie, on sait tous que l'écologie n'intéresse personne. Si j'avais mis en avant mon intérêt pour les arbres, j'aurais récolté quelque chose comme 3% des voix. En étant optimiste.

Elle n'en revenait pas... C'était d'un cynisme.

Comment l'avait-il appelée ? Rosie ?

— Je ne comprends pas...

— As-tu entendu parler de la fenêtre d'overton ?

Rose secoua la tête.

— C'est un concept rhétorique très intéressant. Visualise une fenêtre. A l'intérieur de cette fenêtre, tu as toutes les idées politiques jugées acceptables par la société. Rendre l'étude des moldus obligatoire, par exemple. C'est une idée qui n'était pas dans cette fenêtre il y a quelques dizaines d'années – comment pourrait-on rendre obligatoire quelque chose qui a trait aux moldus ? –, puis peu à peu, à force d'être répétée par Shacklebolt, à force d'insistance, l'idée a commencée à être débattue, et donc à exister.

— Où voulez-vous en venir ?

— La collaboration avec les moldus, Rose. Le Secret ! On ne touche pas au Secret ! Mais plus on en parle, plus on met dans la discussion des opinions radicales, plus la fenêtre d'overton s'élargit. Collaborer avec les moldus n'est plus si extrême parce Dominer des moldus a permis d'élargir le débat. A côté, le reste paraît... raisonnable.

— Alors toutes ces conneries, vous n'y croyez pas vous-mêmes ?

— La supériorité des sorciers ? Oh non, je pense que chaque être humain est un être gris et misérable. A semer les désastres, on récolte la ruine qu'on mérite. Je sais que tu penses la même chose.

Strugatsky avait raison et ça la tuait. Elle ne voulait pas avoir quelque chose en commun avec cet homme qu'elle avait passé tant d'années à haïr. Rose se leva d'un bond.

— Vous êtes entré chez moi et vous m'avez menacée, asséna-t-elle avec colère. Vous m'avez tellement foutu la trouille que j'ai sursauté au moindre bruit pendant des jours ! Vous m'avez infligé un Impardonnable.

Qui avait tué Deborah si ce n'était pas lui ? Rose n'était toujours pas certaine de le croire. Elle le défia du regard.

— Je ne pense pas la même chose que vous. Je pense que révéler le Secret dans des conditions que l'on ne peut pas maîtriser ne mènera qu'au chaos. Probablement à la guerre.

— Tu ne lis pas les journaux ? C'est déjà la guerre.

La voix de Strugatsky était très calme.

— 10 000 morts en Syrie tout juste l'année dernière. Je ne parle même pas des migrants ou des réfugiés climatiques, ou ces multinationales qui continuent de tout polluer, terres et mers. Parce que ça, tu le sais très bien, Rose.

— Vous ne pouvez pas justifier plus de morts par les morts qui existent déjà.

— Des morts il y en aura avec ou sans le Secret. Alors bien sûr, on pourrait contempler le monde en se disant que ce n'est pas de notre ressort, bien sûr, on pourrait se dire que tant qu'on n'en ajoute pas au compteur, notre inertie n'est en rien criminelle. Le monde tel qu'il est, c'est déjà le chaos. Le truc, vois-tu, c'est qu'on s'habitue au chaos, on oublie, on devient indifférent, centré sur nous-mêmes. Mais ça non plus, je n'ai pas besoin de te le dire.

Non.

Rien n'agaçait davantage Rose que l'indifférence. La plupart du temps, les faits qu'elle donnait étaient écartés d'un revers de main, ils ne paraissaient pas suffisamment réels ou pire, ils ne les concernaient pas. Rose avait passé son adolescence, sa vie de jeune adulte à lutter contre leur apathie.

— C'est ce qui me plaisait chez toi, déclara Strugatsky. Tu n'étais pas comme les autres. Tu ne prononçais pas des paroles vides de sens, ça ne t'intéressait pas de parler, tu voulais agir.

Le politicien la regardait avec une intensité totale.

Rose frissonna. Elle n'était pas sûre de comprendre ce qu'il était en train de dire.

— Il y a d'autres moyens, murmura-t-elle. Je ne peux pas cautionner ça.

— Tu l'as pourtant déjà fait.

Strugatsky se tut un long moment.

Non. Ce n'était pas possible.

— Tu ne te souviens pas.

C'était un constat, une évidence, mais ces mots refusèrent de pénétrer en elle. Tu ne te souviens pas. De quoi devait-elle se souvenir ?

— Tout ça, c'était ton plan.

— Mon...

Dans le salon régnait soudain un froid glacial.

— C'est Anna qui est venue te trouver. C'est elle qui t'a recrutée et j'étais sceptique, au début, t'étais à peine une gamine...

— Recrutée ?

— T'étais motivée. Enflammée. Tu as accepté de te faufiler hors de Poudlard pour participer aux réunions à Tête de Sanglier. Tu as recruté des gens à ton tour. On ne voulait pas penser, on voulait agir. Alors on a décidé de monter un plan pour changer les choses.

Rose se taisait.

Plus la moindre pensée ne traversait son esprit. Elle se sentait vide, vide, vide.

— Brighton, c'était notre idée. Frapper fort, un grand coup. Les empêcher de reculer. On a passé des mois à étudier la Société Plein Écran avant qu'on réalise qu'on ne pouvait pas s'en sortir seuls. On avait besoin d'aide.

— Je ne vous crois pas.

— C'était l'époque où un de nos amis – Teddy – avait eu problèmes d'addiction à la blue. Puis quand Anna est allé confronter son dealer, elle a compris que le trafic de drogue était beaucoup plus organisé qu'il n'y paraissait, avec des petits soldats un peu partout.

Rose ne cherchait plus à fuir. Elle s'était enfoncée dans son canapé comme si elle avait pu s'y noyer.

— Le pacte était ton idée. Et je dois dire que j'ai trouvé que c'était une très bonne idée. Une idée efficace.

— Vous délirez.

Mais elle n'en était plus si sûre.

— On était un petit groupe motivé, vois-tu. Mais on manquait cruellement de moyens. On avait un public plutôt jeune, pas tellement acquis aux hautes sphères du Magenmagot...

— Vous n'étiez pas le grand politicien de maintenant ?

Rose se servait de l'ironie pour garder contact avec la réalité. Elle avait de plus en plus l'impression de plonger.

— On peut se tutoyer, tu sais. C'est vraiment étrange d'entendre ce vous venant de ta bouche...

— Vous pouvez toujours rêver.

— Oh, ça...

Il lui adressa un étrange clin d'œil avant de poursuivre.

— Bref, on avait un bon plan et l'ingéniosité, il ne nous manquait que les moyens d'y parvenir.

— Par la blue ?

Amaterasu.

Rose frissonna. Elle avait déjà entendu ce nom.

— La blue, ce n'est pas donné. Généralement, ce sont les riches qui peuvent s'en payer. Ou des pauvres gens qui s'endettent tellement qu'ils ne peuvent plus sortir la tête de l'eau – c'était le cas du pauvre Teddy –, alors on a fait un pacte avec Elle.

— Amaterasu ?

— L'Araignée... On l'appelle comme ça parce qu'elle a su tisser autour d'elle une toile très utile. Pour se déplacer ou piéger ses ennemis.

« N'oublie pas, la toile en est le cœur. »

Était-ce contre elle que Deborah avait tenté de la mettre en garde ? Mais pourquoi la mettre en garde contre quelqu'un qu'elle était elle-même allée chercher ?

Pourquoi ce que Strugatsky racontait sonnait-il si vrai alors qu'elle n'en avait aucun souvenir ?

— Quel était son intérêt ? Pourquoi une trafiquante de drogue voudrait-elle révéler le Secret ?

Il lui sourit comme une évidence.

— Pour étendre son marché, bien sûr. Les moldus sont beaucoup plus nombreux que les sorciers. Et dans l'état où est le monde aujourd'hui, on a tous besoin d'un échappatoire.

Un échappatoire ou la mort ? Rose songea à Lily Potter, Jacob Dawson et bien d'autres. La blue était loin de leur avoir réussi.

— Amaterasu vous a aidé à mettre en place l'attentat de Brighton ?

— Elle a fourni l'argent, le matériel, tout. Tout était en place avant le grand jour.

— Et Deborah...

— Anna n'a pas trahi, Rose. Tu n'as pas compris ? C'est toi.

Elle sentit quelque chose de lourd et pointu tomber sur son estomac.

« C'est toi. »

— Je ne vous crois pas.

— Il y a eu un scandale, poursuivit Strugatsky en baissant la voix. Jim, un membre des Libérateurs est mort d'une overdose de blue. Tu es venu jusqu'à chez moi me demander si on avait raison de faire ce qu'on était en train de faire. Si ce n'était pas, au fond, irresponsable. Mais c'était trop tard, on avait déjà promis. Je savais que l'Araignée ne nous laisserait pas reculer. Quand les Aurors ont mis fin à la tentative, j'ai tout de suite su que c'était toi. J'ai reconnu la lueur dans ton regard.

— Tu as effacé ma mémoire...

Le tutoiement était venu presque naturellement, en même temps qu'une nouvelle vague de colère.

— Je n'avais pas le choix, souffla Strugatsky. Je suis un ancien Oubliator, je savais que je pouvais faire ça bien, je savais aussi que c'était la seule manière d'empêcher Amaterasu de te faire subir quelque chose de pire.

— Je ne peux pas... Ce n'est pas possible...

— Bien sûr que si. Et tu le sais. Tu n'as jamais eu l'impression que cet avant-Brighton était flou, justement ? Tu n'es pas exactement sûre de ce que tu as fait, les événements se mélangent dans ta tête comme après une soirée trop arrosée... Même si je ne nie pas qu'on en a eu quelques-unes, toi et moi.

Il attendit sa réaction mais Rose demeura muette.

« N'oublie pas », avait dit Deborah. Et elle avait tout oublié.

— Comme ce premier baiser... Ou cette première fois dans le lit d'Anna, elle ne nous a pas parlé pendant des jours lorsqu'elle l'a découvert...

L'image d'un inconnu au visage flou, les mouvements de son bassin, la sensation de son corps sur le sien... Tout était si vague, si irréel. Elle avait longtemps cru être trop alcoolisée pour s'en souvenir, alors même qu'elle ne se rappelait pas avoir bu une seule goutte d'alcool. Son visage flou et la douleur d'un coin de table dans son dos, son visage flou contre le rebord de l'évier, son visage encore et encore.

— On n'a pas... on n'a jamais...

— Bien sûr que si.

— Comment c'est possible ?

Des larmes montèrent à ses yeux, des larmes entre l'affolement et la terreur. Elle ne voyait qu'une réponse à cette question, non, ce n'était pas possible, et pourtant la sensation de flou était trop puissante pour qu'elle puisse chasser les mots de Strugatsky comme s'ils n'étaient rien.

Il y avait des choses qu'un simple non ne pouvait expliquer. La façon qu'il avait de s'adresser à elle, d'utiliser son prénom comme s'ils étaient intimes. Sa propre incapacité à mettre un nom sur un visage. Et ce trou dans sa mémoire qu'elle n'avait jamais pu regarder en face, expliquer ce qui l'avait préoccupée à l'époque, pourquoi elle avait laissé tomber Lily, tout ce qu'elle avait bien pu faire avant d'entrer au Borderline.

« Tu as changé », avait dit sa mère une fois, des mots qui l'avait marqués au plus profond d'elle, parce qu'elle avait échoué à les comprendre. Non, Rose était la même, elle avait toujours été la même.

A présent, elle savait à quel point c'était faux. Elle était incomplète. Il lui manquait une partie d'elle, qu'elle ne pourrait jamais ni assumer, ni récupérer. Parce qu'elle n'en avait pas le moindre putain de souvenir.

Elle se leva d'un bond du canapé.

— Rose...

Strugatsky s'était levé à son tour.

— Tout ce que j'ai jamais voulu faire, c'est te protéger. A la base, je ne voulais pas que tu t'en mêles. S'il fallait que je te fasse peur, que je te menace pour ça, alors tant pis, j'étais prêt à le faire. Je n'étais pas d'accord avec Anna. Je ne voulais pas que tu participes à ça. Trop dangereux.

Il saisit le carnet sur la table et le plaça entre ses mains.

— Comme ça, tu sauras que je dis la vérité.

— Il est vide, protesta-t-elle.

— C'est ton journal intime. Si quelqu'un peut en faire apparaître les mots, c'est bien toi.

Rose songea à cette histoire qui la terrifiait quand elle était petite.

Elle avait tenu le journal entre les mains et pourtant, n'avait pas réussi à essayer. Pourquoi ? Parce qu'elle savait, tout au fond d'elle, que ce journal lui appartenait ? Rose avait tenu un journal intime pendant une bonne partie de ses années Poudlard, même si elle était incapable de visualiser les carnets en question, elle parvenait dans un flou artistique à se voir écrire, parce qu'elle avait toujours aimé ça, écrire.

Rose saisit la plume que lui tendait Strugatsky. Elle ouvrit le journal à la première page et sut exactement quels mots y inscrire.

« Mon nom est Rose Weasley. »

Les mots envahirent la page.

Une écrite serrée et brouillonne, comme précipitée. La sienne, il n'y avait aucun doute. Des mots qu'elle n'avait aucun souvenir d'avoir écrits. Rose en feuilleta quelques pages, le cœur au bord des lèvres.

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17 mars 2022

L'horreur qu'est Harold Zane a été dévoilé au grand jour ! Merlin, je n'y crois pas. Ou presque pas. Je me demande comment c'est possible. Kingsley Shacklebolt aura été finalement vengé. Même Ziegler s'est écarté de ce taré – même si nous sommes d'accord que c'est beaucoup trop facile.

Je ne sais pas qui a découvert ce salaud mais je lui enverrais bien une carte de remerciement. Ces gens ont humilié ma mère et assassiné un homme bien pour leurs idées rétrogrades. Ils n'auront pas ma pitié et j'espère bien que Zane crèvera en prison.

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28 mars 2022

Entre nous, je ne suis pas sûre que MacMillan puisse être bon à grand chose. Harry dit que c'est quelqu'un de bien mais c'est surtout un mou du genou. Il pourrait immédiatement abolir tout ce qu'a construit ce meurtrier de Zane et il répète qu'il lui faut prendre le temps d'étudier la question. Il m'énerve déjà...

– o –

Rose s'arrêta dans sa lecture. C'était étrange de lire de sa propre plume des choses qu'elle n'avait pas souvenir d'avoir fait, ou même pensé. Ignorant son cœur qui battait toujours aussi fort, elle se força à revenir plusieurs pages en arrière, là où, se dit-elle, tout avait peut-être commencé.

Les premières pages n'étaient que des délires d'adolescentes, quelques insultes à l'encontre de Cassandre Cotham et parfois, de simples listes de choses à faire.

– o –

23 mars 2020

Aujourd'hui, Cotham a proposé à Shawn d'aller à une soirée du cercle des Serpentard !

J'en reviens pas qu'il hésite. Sous prétexte que Nathan et tous ses amis de l'équipe y vont...

« Évidemment, tu es invitée aussi Weasley. »

Cette fille est démoniaque. Je suis la méchante maintenant, elle la fille sympa parce qu'elle m'a gentiment invitée, alors qu'elle sait très bien que ça ne l'engage à rien : je ne vais pas venir.

J'hésite sincèrement à me pointer juste pour voir sa tête. Mais en même temps ça veut dire discuter avec Jones et sa bande de débiles superficiels donc je n'ai pas trop envie. Malefoy va encore me fixer de haut en bas avec ses yeux méprisants, je ne serai pas assez bien habillée, pas assez classe pour eux, et on va tous passer un moment pénible.

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Rose passa quelques pages avec une grimace, peu désireuse de replonger dans une époque et des réflexions qu'elle ne regrettait pas...

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6 avril 2020

Je sais pas trop ce qui vient de se passer. Je suis dans un état un peu confus, comme à la sortie d'un rêve... J'étais en train d'acheter des fondants en chaudron avec Shawn et l'Autre, quand un homme s'est approché de moi, l'air de rien, pour déposer un morceau de parchemin dans ma poche. Il a mis un index sur la bouche avant de quitter la boutique. Lorsque je l'ai déplié, il ne contenait que quelques mots : « Rejoins-nous à la Cabane Hurlante ».

Comment ne pas penser aux anecdotes de Tonton Harry ? Quel être sain d'esprit donne rendez-vous à quelqu'un dans la Cabane Hurlante ? Sérieusement ?

J'étais trop curieuse pour ne pas y aller. Et au fond, ça me faisait une excuse pour m'éloigner de Shawn et cette créature de l'enfer qui est devenue – au moins jusqu'à demain – sa copine.

Au rendez-vous, ils étaient deux. L'homme au parchemin et une femme assez jeune, une vingtaine d'années environ ; je pense qu'ils avaient à peu près le même âge.

Ils s'appellent Edgar Strugatsky et Anna Poliakov. Le Renard et la Louve, m'ont-ils dit doucement.

« Tu nous intéresses, Rose Weasley. »

Ils m'ont expliqué qui ils étaient. Longuement. Leur but est de contrer Harold Zane par tous les moyens, ainsi que les Protecteurs qui, il faut bien l'admettre, arrangent bien ce vieux salaud.

« On a besoin de toi. »

Mon cœur battait vite. Agir. J'y pense souvent. Mais je ne peux pas agir seule et moi aussi, je le sais, j'ai besoin d'eux.

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Poliakov et Strugatsky revenaient souvent au fil des pages. Le Chef des Sans-Frontières n'avait pas menti, Rose venait bel et bien les rejoindre à Pré-au-Lard pour leurs rendez-vous, puis directement à la Cabane Hurlante à partir du moment où elle s'était fait prendre. La fin de ses années Poudlard n'était pas très intéressante, du moins jusqu'à ce qu'elle tombe sur un nom qu'elle ne s'attendait pas à trouver là.

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17 mai 2021

Je poursuis mon recrutement. Ceux qui sont sensibles aux affiches, principalement. Ils sont faciles à repérer, ce sont ceux qui ne me renvoient pas leur mépris à la figure. Ils ne sont pas si nombreux. Même Shawn pense que j'exagère. Je ne sais pas pourquoi je n'ai pas pris le risque de recruter Shawn. Je l'aime de tout mon cœur mais je n'ai pas envie de le mêler à cette histoire. Parce que les Libérateurs sont déterminés – nous sommes déterminés –, et je ne sais pas si nos actions tourneront toujours à la perfection. Ed' raconte qu'Anna a été à deux doigts de se faire prendre la dernière fois pour avoir collé des affiches illégales dans le Londres moldu. Zane ne plaisante pas avec le Secret – au fond, le Secret l'arrange bien, il ne se sent jamais mieux qu'avec des barricades et des œillères. Cet homme est tellement lâche.

L'autre jour, j'ai vu Riley Lowell en train de contempler l'une des affiches...

Riley Lowell. La meilleure amie de Leslie Jones, la fille qui passe ses journées à se faire les ongles et à répandre des ragots sur des camarades innocents.

On a parlé. Enfin, j'ai parlé, juste à demi-mots, pour tâter le terrain. Se pourrait-il que Lowell ne soit pas aussi stupide que ses amis ?

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23 mai 2021

Ça fait quelques jours qu'on s'échange discrètement des petits mots, Lowell et moi. J'ai l'impression d'avoir une relation secrète avec quelqu'un – n'est-ce pas le cas, après tout ? –, on s'échange des infos, des articles de journaux, on discute de nos opinions et c'est très bizarre de ne pas faire ça seulement avec Anna, Ed, Jim et les autres.

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26 mai 2021

C'était la première réunion de Riley. Et je dois dire que...

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Rose finit par lever yeux vers Strugatsky, stupéfaite.

— Riley fait partie des Libérateurs ?

Il lui adressa un regard désolé, qu'elle n'eut aucun mal à lire. Alors, Riley aussi ? Qui d'autre ? Benjamin ? Robin ? A qui pouvait-elle faire confiance ?

— Quand tu es entrée au journal, on a préféré envoyer quelqu'un pour te surveiller. Amaterasu voulait des garanties.

Encore cette femme. Amaterasu.

— C'est Riley qui t'a donné les clefs de l'appartement, souffla Rose.

— Elle m'a dit que tu étais partie à Malefoy & Co. Elle m'a dit que tu étais tout proche de la vérité. C'est également elle qui m'a prévenu, pour Anna.

— Elle qui a incendié la maison d'Hugo...

— Il ne risquait rien. On voulait juste te faire peur. Riley s'est assuré qu'il soit en sécurité.

— Encore une fois, elle non plus ne me voulait « absolument aucun mal » ?

— Ce n'est pas une bonne idée de désobéir à Amaterasu. Crois-moi.

Rose eut un rictus. Oh, elle voulait bien le croire.

Elle passa quelques pages, écœurée par ce qu'elle y voyait ; les mots y effleuraient le début de sa relation avec Strugatsky, la façon dont il attendait que tout le monde parte après une réunion pour se retrouver seul avec elle, comment ils échangeaient leurs doutes, leurs questions existentielles, parfois elle se disait « Il y a quelque chose entre nous, je ne rêve pas » et d'autres elle écartait cette idée sans y croire.

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25 décembre 2022

Je ne sais pas ce que je ferais sans eux. Je me rends compte à quel point je me sentais vide et sans but avant de les rencontrer. Je détestais tout le monde parce que personne ne me comprenait. Ma haine pour d'autres ne s'est pas effacée pour autant, pour les lâches et les cyniques, les immobilistes, ceux qui se contentent de cette horreur qu'est notre monde parce qu'on ne sait jamais, ça pourrait bien être pire...

En ne faisant rien, s'achemine-t-on vers des jours meilleurs ? Non. Après la pandémie, on a enchaîné les catastrophes écologiques. Le climat se modifie de plus en plus rapidement. Les feux continuent chaque année de ravager l'Australie, mais ce ne sont pas les seuls, l'Amazonie est déforestée chaque minute un peu plus. Parce qu'on a une baguette magique au bout des doigts, on s'imagine qu'on sera épargné – ou on ne s'imagine rien du tout, pour ça il faut déjà être informé, en PARLER. Que ce soit La Gazette ou Sorcière Hebdo, personne n'en dit jamais le moindre mot.

Ce n'est pas Zane qui y aurait changé quelque chose. Ce connard a fait assassiner Shacklebolt et mérite tout ce qui lui arrive. MacMillan fera-t-il différemment ? Commencera-t-il à faire ce que pourquoi on l'a élu ? Ronger la barrière entre sorciers et moldus parce que nous vivons tous DANS LE MÊME MONDE, et un monde en train de crever à petit feu.

Pour l'instant, la réponse est non. Quand j'ai essayé d'aborder le sujet à Noël, quasiment tout le monde a détourné les yeux. Ils ont préféré se cacher derrière leur ambiance festive.

Et moi, j'ai toujours autant envie de crier.

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1er janvier 2023

Premier de l'an chez Anna. MERLIN. Je n'ai même pas l'excuse d'avoir bu. Enfin, juste un peu. Jim s'est foutu de ma gueule parce que j'ai pas l'habitude de boire, donc je suis pompette après deux petits verres. Je me suis arrêtée à deux, manquerait plus que je sois incapable de tenir debout, non merci !

Est-ce que c'est moi qui ai embrassé Ed ? Ou Ed qui m'a embrassée ? Il avait bu un peu plus que moi, ça se voyait. Je crois que j'étais en train de gueuler contre ma famille dans la cuisine. Il m'a dit « j'adore quand tu te mets en colère » et forcément, ça m'a mise en colère. Non, je crois que c'est bien lui. Je ne sais plus. On a fini dans la chambre d'Anna qui a pété un câble quand elle nous a trouvés au matin...

C'est pas mon truc, l'amour, la romance ou tous ces trucs. Je sais pas si je me sens différente après ça. C'était sympa, mais je sais pas si j'ai vraiment envie de recommencer.

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31 juillet 2023

La Gazette a ENFIN mis quelques notes sur cet accident – dramatique – à Gravelines, une centrale nucléaire en France. En France, pas à l'autre bout du monde. Mais vous savez quoi ? La nouvelle frasque de ma cousine était mieux placée dans les informations.

Ça me dégoûte.

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2 août 2024

J'ai l'impression que tout est gris aujourd'hui. J'ai ce goût amer sur ma langue. C'est trop long. Les affiches, les manifestations, les articles de journaux en notre nom...

Tout est vain, tout est futile.

Autour de moi, tout le monde prend de la blue – même Teddy, ce que je ne suis pas censée savoir –, et ça me déprime de plus en plus. Les sorciers s'enfoncent dans le rêve pour oublier à quel point leur vie c'est de la merde. Pendant ce temps-là, les moldus enfoncent notre monde dans les limbes un peu plus encore.

De plus en plus, je me dis qu'on aurait le pouvoir de tout réparer, ensemble. De sauver ce qui reste à sauver, on pourrait trouver ensemble un nouveau système. On pourrait entamer des recherches pour dépolluer la planète, avec la magie on devrait pouvoir faire quelque chose, non ?

QUELQUE CHOSE.

Mais les Oubliators sont d'une efficacité monstre – Ed est bien placé pour le savoir – et on ne les aura pas comme ça. Parfois, je me dis juste qu'on ne suffit pas.

On est des grains de poussière, rien de plus.

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14 novembre 2024

On a passé des heures à les traquer avec Jim et Anna. On a réussi à en dénicher deux. Jason McKlein, un chanteur assez merdique – je crois même qu'il se tape ma cousine – et Nigel Murphy.

Tout le système est assez malin, organisé avec la précision d'une horloge. Ils changent de tête à chaque livraison. Il a fallu les coincer intelligemment. Anna a jeté à McKlein un sortilège de localisation indétectable. C'est comme ça qu'on a pu découvrir sa vraie identité.

C'est comme ça qu'on a pu laisser Ed faire le travail d'intimidation. Je crois que ça a marché. J'ai cru que McKlein allait chier dans son froc.

« Vous allez le payer, vous ne savez pas à qui vous vous attaquez. »

Cet imbécile n'était pas crédible une seconde. Teddy sera bientôt tranquille, j'en suis sûre.

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19 novembre 2024

Ed est arrivé au QG avec le visage défoncé.

Putain. J'en avais mal pour lui. Celui qui lui a fait ça n'a prononcé que quelques mots.

« De la part de l'Araignée. »

Peut-être qu'on aurait dû prendre l'avertissement de McKlein au sérieux.

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23 novembre 2024

Teddy ne va pas bien du tout. Victoire l'a quitté. La dernière fois qu'Anna est allée le voir, il a menacé de se flinguer. J'ai voulu y aller avec elle mais elle m'a dit que ce n'était pas une bonne idée. Il refuse qu'on le voit dans cet état. On n'a pas le choix, puisque l'intimidation n'a pas marché, on va entamer des négociations.

Franchement, Anna est impressionnante, à ne jamais abandonner. Elle pourrait laisser Teddy dans la merde mais elle ne le fera jamais. Cette fois, elle a demandé si elle ne pouvait pas faire quelque chose pour eux en échange d'un laisser-passer pour Teddy. McKlein nous a craché à la figure.

Je hais ce type, il est malsain. Pour eux, on ne peut pas. Mais pour leur boss ?

« Y'a pas quelque chose que voudrait l'Araignée plus que tout ? »

McKlein nous a regardé avec mépris. Heureusement, Murphy avait plus de jugeote.

« L'Araignée veut vendre. Je pense qu'elle n'aurait rien contre quelques collaborateurs en plus. »

Vendre de la drogue ? Il n'en est pas question.

Pas à moins d'obtenir quelque chose en échange.

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14 décembre 2024

L'Araignée est organisée. Ça se voit. McKlein prétend que la maison change sans arrêt de localisation, mais je ne vois pas trop comment ça pourrait être possible. De toute façon, je n'ai pas la moindre idée où elle se trouve. Les précautions sont nombreuses, elles aussi. Pas de baguette, aucun objet à dire vrai, pas même un trousseau de clefs, c'est limite s'il ne faudrait pas qu'on n'y entre dans le plus simple appareil.

On n'a pas vu son visage, dissimulé par un capuchon d'un bleu étonnant. Il est évident qu'on ne le verra jamais.

« Vous aviez une proposition. Je vous écoute. »

On avait fait tout ce chemin.

Trop tard pour reculer.

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23 janvier 2025

Le Plan est en marche.

L'Araignée a des fonds, on s'en servira pour hacker les téléphones à travers les applications téléphoniques proposées par la société Plein Écran.

C'est l'entreprise dans laquelle Hugo fait son stage. La société Plein Écran est immense, mais Hugo en constitue un premier accès parfait. Grâce à lui, j'ai obtenu toutes les informations que je pouvais sur l'entreprise et son fonctionnement. Anna s'y est ensuite introduite avec succès – elle possède un don pour s'adapter dans n'importe quel environnement.

L'enjeu, c'est de prendre de court les Oubliators. Ils ne peuvent pas effacer la mémoire de tout le monde, alors on va dévoiler le Secret à tout le monde. Simple et efficace. Une fois que ce sera fait, pas de retour en arrière possible, on deale avec les conséquences. Ed est en train de fonder son parti. Il amène les idées politiques sur le devant de la scène. Il sera préparé, les autres non. Sans compter que l'Araignée a pas mal de gens de son côté. ELLE A SORCIÈRE HEBDO DANS LA POCHE ! Ce qui peut se révéler utile pour mettre Ed sur le devant de la scène. Pas avec nos vraies idées, bien sûr, on fera fuir les gens. Jim a étudié les sondages de ces dix dernières années et je pense qu'on peut trouver ce qui les attirera vraiment.

Pour revenir à Sorcière Hebdo, j'ai halluciné quand je l'ai découvert. C'est Anna qui me l'a dit. Tout ce qu'on n'a pas réussi à savoir sur les Protecteurs, l'Araignée le sait. Leurs identités, leurs actions illégales, leurs activités lobbyistes. Il y a une liste, qu'elle a accepté de nous fournir.

Harold Zane

Pansy Parkinson

Blaise Zabini

Callum Murphy, etc.

Je pourrais plaindre Parkinson qui doit maintenant lui obéir comme une brave petite esclave sous son chantage, mais je n'oublie pas que c'est son journal qui a écrasé ma mère pour mettre Zane sur le devant de la scène. Maintenant, je comprends mieux pourquoi. Tout est lié.

Bordel, l'Araignée a formé avec les années une sacrée toile, elle n'a pas son pareil pour tous les piéger dans ses filets...

Je sens qu'on va y arriver.

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16 février 2025

Je n'ai encore jamais vu Harry aussi triste et en colère. Les morceaux de Sorcière Hebdo gisaient au milieu du salon. Lily aurait pris de la blue. Je sais pas si c'est vrai, mais son petit-ami est un dealer, je suis bien placée pour le savoir. J'avoue que je n'ai pas su quoi lui dire.

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22 février 2025

Jim est mort d'une overdose.

C'est vraiment bizarre. Depuis qu'on bosse avec l'Araignée, il a probablement dû acheter à McKlein quelques flacons pour voir, j'en sais rien...

A l'enterrement, personne ne disait rien et c'était... tellement étrange, c'est le mot, terrifiant presque, et quand je suis allée confronter McKlein il m'a juste dit « les accidents ça arrive, c'est toujours le dosage le problème ».

Ed me dit que c'est juste un drame, qu'on aurait dû faire plus attention à lui, qu'après tout on n'y peut rien, mais je ne sais pas...

Pour la première fois depuis qu'on a entamé le Plan, j'ai une boule quelque part dans le ventre et je n'arrive pas à la faire partir.

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3 mars 2025

J'ai toutes mes recherches devant les yeux. Je tremble. Je ne sais pas quoi faire. B-O-R-D-E-L.

Parce que la date arrive... Et encore une fois, JE NE SAIS PAS QUOI FAIRE.

Combien de gens la blue a-t-elle tué ou mis dans le coma ? Les chiffres me paraissent tellement énormes et pourtant, il n'y a pas tant que ça de consommateurs, le monde sorcier n'est pas très vaste. Qu'est-ce que ce sera quand on ouvrira le fléau aux moldus ?

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4 mars 2025

Tais-toi, Rose. J'ai vraiment essayé de me taire. On est allé trop loin pour reculer et je sais très pourquoi on fait tout ça, on était tous d'accord depuis le début, la fin justifie les moyens. Laisser faire, c'est être coupable autant qu'eux. Mais depuis quelques mois je ne peux pas m'empêcher d'entendre cette petite voix dans un coin de ma tête...

Je regarde cette araignée bleue qui court le long de mon poignet et... j'ai l'impression d'avoir vendu mon âme au diable.

Est-ce que ça en vaut la peine ?

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5 mars 2025

J'ai croisé Hugo l'autre jour. Il me racontait à quel point il était épanoui dans son job, à créer des applications pour « regarder autrement la télévision ».

Je ne sais pas trop ce qui m'a pris. J'ai fini par lui demander si ça lui plairait, lui, un monde où on serait tous mêlés, nous et eux, pour faire face ensemble aux problèmes de notre temps. Il m'a regardé avec curiosité, comme s'il savait que ce n'était pas juste une question anodine.

« Pour tout problème que ça réglera, ça en créera au moins trois autres. Trop de jalousie. Trop de gens qui s'accrochent à leur petit pouvoir ou à leurs privilèges. »

En ce moment, je ne suis pas loin de penser qu'il a raison.

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8 mars 2025

L'Araignée veut avancer le projet. Je ne sais pas. J'ai parlé de mes doutes à Ed, il les a rapidement écartés.

« C'est normal d'avoir peur alors qu'on approche du but. »

Et Anna... Non, Anna ne comprendra pas.

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12 mars 2025

Plein Écran a renforcé sa sécurité. Les hackers engagés par Amaterasu sont moldus. Ils ne peuvent entrer qu'à la manière moldue. Anna viendra avec eux, mais si on veut éviter de se faire remarquer, l'idée est d'utiliser la magie qu'en dernier recours.

Ils veulent que Hugo leur ouvre la porte. De manière consentante... ou sous Imperium. Ils ne l'ont dit qu'à demi-mot mais je l'ai bien compris.

Qu'ils aillent se faire foutre. On ne m'a pas écoutée. C'est parfait pour le Plan et il n'y a que ça qui compte, le Plan sur lequel on travaille depuis des mois, je sais ! N'importe qui, je m'en fous, mais pas mon frère. Je refuse de le mêler à ce qui sera – probablement – un désastre. Par loyauté envers Ed et Anna j'ai fermé ma gueule mais là...

« Barre-toi de cette entreprise, Hugo. Tout de suite. »

Il n'a pas voulu. Il n'a pas compris. J'ai dû lui expliquer et...

Je ne peux pas dire qu'il l'ait bien pris. Ça fait mal d'écrire ces mots, même s'il a fini par dire oui, se ranger à mon avis... Il ne nous dénoncera pas, je le sais, comme je sais aussi que je viens de le perdre à tout jamais.

« Tu m'as mis en danger, Rose. T'es en train de tous nous mettre en danger ! »

« J'ai pas le choix. Il faut bien que quelqu'un fasse quelque chose. »

Il m'a adressé son pire regard noir.

« Tu crois que tu vas sauver le monde, hein ? Tu veux suivre l'exemple de Papa et Maman... Mais ils étaient du bon côté, eux. Pas toi. »

« Tu vas me dénoncer ? »

« Si tu ne le fais pas toi-même, je le ferais. »

Cette fois, je le sais, je ne peux pas en parler à Ed. Il m'aime bien, mais il n'hésitera pas une seconde à effacer la mémoire d'Hugo.

Et je ne sais pas, y'a quelque chose dans ses mots qui sonne juste.

« T'es pas du bon côté. »

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16 mars 2025

J'ai retourné le problème mille fois dans ma tête. Ce n'est pas possible. Je n'ai pas le choix.

Brighton ne peut pas avoir lieu. Il faut que je fasse quelque chose. Même si ça peut m'être fatal, même si Ed le saura, j'en suis sûre.

Même s'il essaie de m'effacer la mémoire... Ou pire.

C'est sans doute la première fois que ce journal pourra vraiment m'être utile. Si j'arrive à jouer suffisamment bien mes cartes, je peux le déposer quelque part – Gringotts ? – de manière à le retrouver et...

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Le journal s'arrêtait là. Rose fit passer entre ses doigts les feuilles vierges qui suivaient la dernière date. Ce qu'elle venait de lire lui glaçait le sang, et ce n'était pas le regard satisfait de Strugatsky qui la rassurait.

Impliquer l'Araignée dans leur projet de changer le monde était son idée. Elle était Rose Weasley, celle par qui le désastre était arrivé. Strugatsky effleura son épaule ; elle se déroba d'un mouvement vif. Elle n'avait aucune envie qu'il la touche. La Rose du journal l'avait peut-être aimé, ou du moins l'avait-il attirée, mais elle, elle ne le connaissait pas, elle n'avait aucune envie de le connaître.

— Qu'est-ce que je fais ici ? souffla-t-elle.

— On a réussi, Rose. Il nous a fallu deux essais mais on a réussi. Tout ce dont on rêvait, ça sera enfin possible, et de manière beaucoup mieux préparée que la dernière fois... Brighton était irresponsable, c'est toi qui avais raison, on ne maîtrisait pas grand chose, on était tellement pressés d'agir qu'on s'est précipités. Mais je suis Ministre maintenant, je peux maîtriser les retombées politiques, les conflits, la réaction des moldus, je peux les amener là où on veut les amener : à sauver le monde.

Sa voix était chaleureuse, enthousiaste, pourtant Rose ne ressentait rien d'autre qu'un profond dégoût.

— Après ton... départ, on s'est servi des informations données par Amaterasu pour forger un nouveau plan, et utiliser son modèle pour travailler notre influence.

— C'est pour ça qu'Anna est allée travailler chez Malefoy ?

— Exactement. Zabini a été une porte d'entrée efficace. Malefoy possède des clients dont la jauge morale se situe déjà vers le gris. Et vois-tu, Rose, il se trouve que c'est bien pratique... Les entrepreneurs sorciers, ceux qui ont connu l'expansion de l'industrie du divertissement et l'argent facile... Ils en veulent toujours plus. Les sorciers sont habitués à vivre en vase clos mais montre-leur qu'ils peuvent aller plus loin, crois-moi, ils iront.

— Acker, Dawson, Murphy, Wetzel..., murmura Rose en songeant aux dossiers les plus fournis du cabinet secret de la société Malefoy. Tous savent ce qui est en train de se passer ?

— Bien sûr. Le profit, là aussi. Combien de sorciers iront dans un parc animalier magique ? Pas tant que ça. Combien de moldus, fascinés par la présence d'une licorne ? On s'est servi de la petite arnaque de Malefoy pour poursuivre le Plan. Une partie de l'argent a été détourné pour prendre possession de la BBC. On ne contrôle pas seulement la partie sorcier maintenant, mais aussi la partie moldue, tu comprends ? En contrôlant le traitement médiatique, on contrôle aussi le chaos.

« On contrôle même le monde », songea Rose avec amertume. Elle se demanda ce que Robin aurait pensé de tout ça. Robin n'avait pas les mêmes opinions sur les moyens, il n'aimait pas les dommages collatéraux. Qu'aurait-il pensé d'un tel risque ?

— Amaterasu vous laisse faire ?

— Bien sûr, ce n'est pas son domaine. Et puis, MacMillan est hostile à la blue. Amaterasu n'est pas triste de le voir partir. Elle a réussi à avoir certains membres de son parti mais jamais lui. A ton avis, pourquoi n'a-t-il jamais réussi à légiférer là-dessus ? Pourquoi a-t-il dû s'allier avec Marcus Ziegler ?

Strugatsky se pencha pour saisir la télécommande posée sur la table basse et fit mine d'allumer la télévision.

Rose l'arrêta.

— Tu ne m'as toujours pas dit comment – pourquoi – Deborah est morte.

— Elle a essayé de te contacter.

— Mais pourquoi ? Pourquoi m'a-t-elle contactée ?

— Je ne sais pas. Elle ne m'en a jamais parlé. Elle ne m'a pas dit pourquoi. Commençait-elle à avoir des doutes ? Voulait-elle ton avis sur quelque chose ? Amaterasu ne pardonne pas la désobéissance. Elle a dû envoyer McKlein ou un autre pour s'en occuper.

— Et Dawson ? Amaterasu a tenté de le tuer, lui aussi ?

Ou plutôt...

— C'est Lily, comprit-elle. Elle a pris le job à la place de McKlein pour qu'il garde la vie sauve, c'est pour ça que Dawson l'a accusée...

— Dawson sans Anna pour le maîtriser commençait à devenir gênant. Il voulait cesser de nous soutenir, ce qui aurait été désastreux si peu de temps avant les élections. Et l'argent ne l'intéressait plus, il avait trouvé l'amour...

Rose ne répondit rien. Elle ne voyait pas trop ce qu'il y avait à répondre. Strugatsky ne voyait pas le problème dans tout ça, Dawson était gênant pour le Plan, Dawson devait partir. Sa meilleure amie avait été tuée parce qu'elle avait désobéi ? C'était une erreur de sa part. Il était tout entier tourné vers le Plan et plus il parlait, plus montait dans sa voix une tonalité terrifiante, presque fanatique. Comme elle, avant, peut-être, mais elle n'avait pas le courage d'y réfléchir davantage.

Strugatsky lui adressa un large sourire et désigna à nouveau la télécommande.

— Ils vont bientôt arriver. C'est en route.

Sur la chaîne de la BBC, des feux d'artifices pétaradaient dans tous les sens. Mais pas des feux normaux. Ils dessinaient « LES SORCIERS EXISTENT » dans le ciel, se faisaient et se défaisaient sous les yeux de milliers, voire de millions de spectateurs. Ils étaient probablement visibles de Londres tout entier.

« ILS VIVENT PARMI VOUS ! »

Frapper un grand coup, marquer les esprits, prouver par la vue et ensuite entamer une discussion, selon le journal de Rose, ça avait été le premier plan pour Brighton. Ils n'avaient pas eu le temps alors de mettre en place les feux d'artifices, du moins le supposait-elle. Tout s'était arrêté avant d'aller trop loin. Elle regarda fascinée les lumières dansantes, pétillantes, clignotantes devant ses yeux, et songea que partout dans la ville, les moldus les fixaient aussi stupéfaits qu'elle.

La camera revint au studio, braquée sur Lucy Hockings, la présentatrice phare de l'émission. La femme arborait un visage d'un sérieux total.

« J'ai appris l'existence d'un peuple appelé sorcier il y a trois jours. Et je sais qu'il est compliqué d'y croire. Il m'a fallu moi-même assister à plusieurs démonstrations de mes propres yeux. Il s'agit d'une société extrêmement organisée, qui se cache parmi nous, au grand jour... »

Rose ne pouvait détacher ses yeux de l'écran.

C'était fait. Ils venaient de dévoiler le Secret, de se servir pour cela d'une émission à une heure de grande écoute, d'une présentatrice connue de tous, qui avait la confiance de tous. Sous Imperium ou avec son consentement ? Rose n'en savait rien. Mais c'était terminé. Strugatsky avait raison.

Ils avaient gagné.

— C'est ce que tu voulais. Nous sommes préparés, cette fois-ci, nous sommes prêts à faire face à ce qui se produira et les choses pourront enfin changer. C'est ce que tu voulais, Rose, répéta-t-il encore, c'est ce que tu voulais et nous y sommes.

— Ce n'est pas ce que je veux maintenant...

Rose n'était plus la fille du journal intime. Elle avait rencontré Ethan et Robin, avait contribué au Borderline, elle était différente et si elle n'était pas certaine de savoir ce qu'elle voulait, elle ne voulait pas ça. Elle ne voulait pas donner le champ libre à une femme qui tuait ses collaborateurs sans le moindre scrupule dès qu'ils sortaient un peu du rang, car Strugatsky pouvait dire ce qu'il voulait, cela signifiait une volonté de contrôle assez claire, et elle était sûre que c'était elle – l'Araignée – qui s'était servie d'eux plutôt que le contraire.

Deborah l'avait peut-être finalement compris.

Désormais, Amaterasu, cette femme qu'elle ne connaissait toujours pas, aurait l'argent et le pouvoir et Rose ne voyait pas très bien pourquoi elle allait s'en priver.

— J'ai besoin de toi, finit par dire Strugatsky. C'est pour ça que tu es là. Sans Anna, sans Jim... Tu aurais fini par tout comprendre de toute façon et j'ai besoin de toi pour me garder sur les rails. Tu as toujours été notre caution morale...

— Caution morale ?

C'était elle qui avait eu l'idée de mêler l'Araignée à leur « sauvetage » du monde !

— Je sais que tu n'es pas d'accord avec tout, et ce n'est pas grave. C'était notre projet depuis le début et j'ai besoin d'avoir à mes côtés quelqu'un qui s'en soucie, quelqu'un pour qui c'est important, qui limitera les dégâts. J'ai besoin de toi, Rose, j'ai toujours eu besoin de toi.

Rose en demeura muette.

Donc elle était là pour ça ? Pour l'aider à sauver le monde ?

— Non, souffla-t-elle.

— Réfléchis-y. Ce sera toujours mieux avec toi dans l'équation que moi tout seul. Tu le sais.

Mais elle n'en était pas vraiment sûre. Elle posa avec prudence le journal sur le canapé – le journal était la preuve écrite que son jugement n'était pas toujours éclairé, et si elle n'avait aucune confiance en la gestion de Strugatsky, elle n'avait pas davantage confiance en elle.

— Ils vont bientôt arriver. La suite doit être planifiée avec la plus grande prudence.

L'excitation de Strugatsky transparaissait dans sa voix. Rose contemplait sa baguette toujours posée sur le meuble. Strugatsky avait été un agent du Ministère très entraîné. Mais il était distrait par sa propre suffisance. Peut-être que si elle se jetait dessus d'un bond... Elle fit quelques pas vers l'instrument, comme pour rejoindre le canapé d'en face, puis comprit à quel point c'était vain.

La baguette de Rose s'envola pour atterrir dans la main du politicien.

— Tu me déçois, Rosie...

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Ils entendirent un crac qui provenait du couloir.

Deux silhouettes couvertes de sang pénétrèrent dans le salon. Un homme décharné, les cheveux noirs et longs qui lui dissimulaient la moitié du visage et un jeune homme blond...

Wenworth et...

Scorpius.

Rose voulut lui crier de partir mais c'était déjà trop tard, Wenworth l'avait poussé vers le champ de force du salon.

Il était donc possible de transplaner dans le couloir, réalisa Rose. Mais ils ne pouvaient toujours pas sortir.

— J'ai ralenti les Aurors, annonça Wenworth à l'intention de Strugatsky. Mais Kirshein est coriace... Il doit être en train de prévenir les Oubliators à l'heure qu'il est.

Le politicien souriait.

Trop tard. Tu sais où sont les autres ?

— Pas de nouvelles. L'équipe de la BBC va sans doute rester un peu pour s'assurer que Hockings suive le script.

— Parfait.

— Qu'est-ce que Weasley fiche ici ?

— Weasley est des nôtres, répondit Strugatsky sans afficher l'ombre d'un doute.

Rose croisa le regard de Scorpius dont les yeux s'étaient agrandis. Elle réalisa avec soulagement que le sang qui tachait sa blouse était probablement celui de Wenworth, même si Scorpius n'avait pas l'air d'aller bien pour autant. Il portait les vêtements qu'on vous donnait à l'hôpital et la blouse en question dévoilait une jambe blessée qu'il ne semblait pas pouvoir à poser à terre sans subir une vague de douleur.

« Il ment. »

C'était ce qu'elle aurait voulu lui faire comprendre. Mais non, il ne paraissait pas comprendre, justement. Ils étaient coincés dans cette pièce avec des terroristes triomphants et Rose n'avait pas la moindre idée de comment elle pourrait se sortir – elle et Scorpius – de cette situation.

Le regard de Scorpius se reporta sur la télévision qui diffusait toujours les images des feux artifices commentées d'une voix neutre par la présentatrice.

— Alors c'est vrai, murmura-t-il. Le Secret a été dévoilé.

— Oh oui.

— Le Plan... Le Plan a fonctionné et rien ne sera plus jamais pareil.

Ils se figèrent. Un nouveau crac venait de retentir.

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(A suivre)

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N/A

Voilà voilà, merci d'avoir lu !

Ce chapitre est riche en révélations et en toute honnêteté, s'il y en a un sur lequel je suis curieuse d'avoir vos réactions, de connaître l'effet qu'il a eu sur vous, c'est bien lui. J'ai plein de questions sur la manière dont vous l'avez reçu (surprise ? pas de surprise ? vous aviez deviné des éléments ?) et dont vous envisagez la suite, alors surtout n'hésitez pas à laisser un petit mot, même court, même si vous n'avez pas tout compris/apprécié (au contraire, ça m'intéresse) pour me le dire. Si vous avez des questions de votre côté, je me ferais un plaisir de vous répondre.

Bien sûr tout n'est pas encore dévoilé non plus, et ce qui reste à savoir, le prochain chapitre, dans lequel on retrouvera le petit Scorpius, risque bien de nous l'apprendre. On approche de la fin, et ce sera l'avant-dernier de toute cette histoire :)

Je vous dis à bientôt !