Avant la fin du monde
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Hello !
Vous êtes prêts pour la fin ? (Moi nooon)
Merciii à Sun Dae V, jane9699 et Baccarat V pour vos reviews qui m'ont fait super plaisir ! Toute ma reconnaissance va également à Pamphile pour la relecture de cette histoire.
Et voici la suite (et fin) de cette histoire. On se retrouve plus bas pour un discours dramatique digne de la remise des Oscars :P
Bonne lecture !
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Simple rappel de la dimension politique :
– Les traditionalistes, anciennement dirigés par Harold Zane (qui a ensuite été accusé d'avoir fait assassiner Kingsley Shackelbolt) puis Marcus Ziegler (décédé) et enfin Rachel Wetzel. Ils sont réfractaires à tout contact avec les moldus et veulent protéger tout ce qui fait la spécialité sorcière, les traditions etc.
– Les progressistes, qui sont plus sensibles aux problématiques du monde, veulent plutôt s'ouvrir au monde moldu. Ils sont au gouvernement pendant l'histoire (Ernie McMillan est le ministre de la magie). Parmi eux il y a Lawrence Acker, Leslie Jones, Seamus Finnigan. Ernie McMillan a été élu après pas mal de temps passé à être dirigé par les traditionalistes, il représentait pour Rose un espoir mais cet espoir a été déçu : au final, Ernie s'est rapproché de Marcus Ziegler et sa politique ressemble à une politique traditionaliste.
– Les Sans-Frontières, dirigés par Edgar Strugatsky, parti aussi financé par Jacob Dawson, riche entrepreneur. Ils défendent le fait que les moldus font n'importe quoi et qu'il est temps que les sorciers interviennent et reprennent un peu le pouvoir, une position considérée comme assez extrême. Ils montent cependant en puissance.
Rappel en plus de quelques personnages :
– Les Aurors, membres de la Brigade anti-drogue (Gregory Kirshein, Duck Wenworth, Nathan Marrow)
– Les membres du Borderline (Riley Lowell, Shawn Grey, Robin Ziegler, Benjamin Cook, Rose Weasley et anciennement Martin Kane)
– Les membres de Malefoy & Co (Drago Malefoy, Blaise Zabini, Deborah Lebovski, Jake McAddams, John Asher)
– Les amis de Scorpius – plus ou moins anciens – (Leslie Jones, Dimitri Oberlyn, Albus Potter, Riley Lowell, Samantha Vane)
– Les journalistes de Sorcière-Hebdo (Pansy Parkinson)
Previously on Avant la fin du monde, le tout dernier résumé, plus long que le CV de Dumbledore. Tout a commencé par la mort de Deborah Lebovski, d'une overdose, chez elle, une avocate d'une trentaine d'année qui a eu le temps de laisser pour Rose une lettre contenant la clé d'un coffre. Lui-même renferme un carnet étrangement vierge. Une silhouette pénètre par deux fois chez Rose pour l'intimider : une première fois pour lui dire de se tenir loin de cette histoire, une seconde pour voler le carnet qu'elle a récupéré. La seconde fois, elle met également ses menaces à exécution et brûle la maison d'Hugo, le frère de Rose, en guise d'avertissement. Scorpius et Rose s'allient pour enquêter. Pendant ce temps, la blue fait d'autres victimes : Lily Potter, la compagne d'un chanteur nommé Jason McKlein, aussi accusé d'être un dealer – puis emprisonné en attendant un procès – par Harry Potter, mais également Petra, la sœur de Dimitri, et plus tard, Jacob Dawson, riche entrepreneur qui soutient Strugatsky (et alors que justement, il envisageait de cesser de le soutenir). Ensemble, Rose et Scorpius découvrent que Lebovski s'appelle en réalité Anna Poliakov. Sa nouvelle identité daterait de l'attentat de Brighton, où le Secret avait failli être révélé par le biais d'une société, Plein Ecran. En creusant dans la société de son père, Scorpius découvre également un étrange jeu de chantage mené par ses membres et un détournement de fond bien particulier vers la BBC. Rose se fait enlever pas la silhouette, Scorpius retourne au Bureau des Aurors : il y découvre une attaque et Wenworth, en sang, qui fuit Kirshein et qui, une fois en sécurité, lui déclare : « maintenant que le Plan est en place, rien ne peut l'arrêter ». De son côté, Rose se retrouve dans une maison avec Strugatsky, qui lui apprend qu'elle faisait elle-même partie des Protecteurs, que le Plan – s'allier avec Amaterasu et ainsi obtenir les fonds nécessaires pour leur opération – était son idée. Prise de doute, elle a prévenu les Aurors de l'attentat. Pour la protéger, Strugatsky a décidé de lui effacer la mémoire. Scorpius et Wenworth débarquent tous les deux, puis Riley et enfin Amaterasu, trafiquante de drogue et instigatrice de l'attentat. Maintenant qu'elle n'a plus besoin de lui, elle élimine froidement Strugatsky et laisse entrevoir son plan réel : que l'un de ses sbires prenne son identité, afin de maintenir son pouvoir sur le monde. Elle tend à Rose, Riley et Scorpius trois flacons de blue et les oblige à les avaler. Rose s'effondre la première. Scorpius parvient à résister au Sortilège de l'Imperium, tâtonne pour trouver Rose, touche quelque chose, puis disparaît.
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ÉPILOGUE
Retour au point de départ
« Une guerre est juste quand elle est nécessaire. »
(Nicholas Machiavel)
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Il est tard.
Debout à côté de son lit, Rose jette un coup d'œil au réveil. Maman lui a demandé d'aller se coucher depuis longtemps mais elle n'a pas sommeil. Elle ne comprend pas. La vie est faite de règles qui ne donnent pas envie d'obéir. Pourquoi aller au lit si on n'a pas sommeil ?
Elle écoute en silence les bruits du couloir, consciente qu'elle se fera gronder si Maman apprend qu'elle est restée éveillée si tard. En bas s'élève un son si étrange qu'il lui faut un moment pour l'identifier.
Rose s'approche et descend lentement les premières marches des escaliers.
L'autre voix est celle de Papa.
« Je sais... »
Rose descend une nouvelle marche. Un sanglot se brise dans le silence. Un sanglot qui n'a pas de sens. Il n'y a que ses parents, en bas, sur le canapé, qui peut bien être en train de pleurer ?
« Je suis désolé, Hermione. Ils n'avaient pas le droit... »
La voix de Papa est douce et claire. Celle de Maman est brouillée par les larmes. Rose sent quelque chose de très froid peser sur son ventre, comme si elle avait avalé un glaçon. Maman ne pleure jamais, c'est une certitude. Pourtant, Maman pleure et pleure et pleure sur le canapé et Rose demeure figée sur la marche étroite.
« C'est Maman ? »
Une peluche à la main, Hugo la regarde d'un peu plus haut. La peur irradie de ses grands yeux fatigués. Il se faufile jusqu'à elle.
« Pourquoi elle pleure ?
— Je ne sais pas.
— Il ne faut pas qu'elle pleure ! Je vais aller la voir...
— Attends ! »
Trop tard. Tandis qu'il se précipite pour descendre, son pied cogne contre la rambarde et il ne retient pas un cri de douleur. En bas, les voix se sont tues, on n'entend rien d'autre que du silence.
A nouveau s'élève la voix de Papa, puis les pas de Papa – Papa qui se dirige vers eux, qui les a entendus, qui est forcément en colère. Paniquée, Rose fait signe à Hugo de remonter en vitesse, se prépare à l'imiter avant de se figer dans son geste. Papa est déjà en bas de l'escalier. Trop tard pour plonger jusqu'à son lit, faire croire qu'elle était sous sa couette depuis le début.
Étrange comme il n'a pas l'air en colère.
« Vous avez tout entendu ? »
Ce n'est pas la voix qu'il utilise pour gronder ; Rose sent le soulagement l'envahir.
Hugo redescend quelques marches sur les fesses, son pied entre ses mains, les yeux encore brouillés par la douleur. Il s'arrête non loin d'elle pour regarder Papa qui monte l'escalier pour les rejoindre.
« Pourquoi elle pleure, Maman ? »
Une fois en haut, Papa prend le temps d'examiner le pied blessé. Soulagé, il passe sa main douce dans les cheveux d'Hugo.
« Ce n'est rien, mon grand. Viens te coucher. Toi aussi, Rosie. »
Rose reste immobile. De l'autre côté de la marche, Hugo secoue la tête.
« Ce sont encore les sorciers, pas vrai Papa ? Pourquoi ils font du mal aux gens ? »
Papa ne répond pas tout de suite. Un instant, Rose évalue le risque qu'il les saisisse soudain tous les deux, qu'il les fourre gentiment sous une couette pour les obliger à dormir.
A la place, il se laisse tomber à côté d'eux dans un soupir, et attire Hugo dans ses bras.
« N'écoute pas toutes les bêtises de James. La guerre, c'était il y a longtemps. Tous les sorciers ne sont pas comme ça.
— Alors qui ? »
Rose voit bien que Hugo ne le croit pas. Peut-être n'a-t-il pas tort. Qui d'autre que des sorciers pour faire mal à Maman ?
Heureusement qu'elle n'a pas sommeil, parce qu'elle garde les yeux grand ouverts, rivés sur son père, pour lui montrer qu'elle attend la réponse avec impatience.
Lorsque Papa lui fait signe de les rejoindre, elle ne bouge pas.
« Tu connais Maman, il faut toujours qu'elle essaie de sauver le monde...
— Alors pourquoi elle...
— Sauver le monde ne marche pas toujours, Rosie.
— Ça a marché la première fois. »
Papa lui offre un sourire fatigué.
« Ce n'était pas si simple. C'est pour ça qu'il faut continuer d'essayer. Mais parfois... Parfois, je me dis que le monde ne veut tout simplement pas être sauvé. »
Rose fronce les sourcils. Quelle phrase étrange. Pourquoi le monde ne voudrait-il pas être sauvé ?
« Je ne te crois pas. »
Cette fois, Papa étire le bras pour l'attirer à lui à son tour. Il dépose un rapide baiser sur son front.
« Tant mieux, Rosie. Si ce n'est pas Maman qui le sauve, ce monde, ce sera toi. »
oOoOo
Dans la lumière bleue, la voix de son père, le son ténu d'une conversation lointaine.
— Comment ça nous sommes trop nombreux ? Nous sommes quatre !
— Nous limitons les visites à trois personnes maximum.
— Vous ne pouvez pas faire une exception ?
— Non, monsieur Weasley, ce n'est pas la première fois que vous posez la question et vous...
— Elle a bougé.
— J'insiste, vous ne...
— Non, je ne vous contredis pas, je vous dis qu'elle a bougé.
— Cela arrive parfois avec les victimes d'overdose, cela ne signifie pas qu'elle se réveille...
Les sons venaient à elle comme à travers un voile. Rose ouvrit les yeux. Une lumière blanche et des couleurs encore floues se répercutèrent sur sa rétine. Elle cligna des paupières pour apercevoir un visage bordé de cheveux roux se précipiter vers elle, puis une masse de cheveux bruns et emmêlés, un jeune homme à la stature d'une armoire à glace et un roux un peu plus jeune, juste derrière.
— Rose !
La main effleura ses cheveux.
— Tu nous as fait tellement peur...
Petit à petit, son environnement se fit plus net. Elle parvint à distinguer les traits des visages qui se dessinaient entre les murs blancs.
« Papa », pensa-t-elle confusément.
Où était-elle ? Dans un lit. Des murs blancs. L'hôpital, elle devait être à l'hôpital. Que s'était-il passé ? Qu'est-ce qu'elle faisait là ?
— Tu es restée dans le coma pendant trois semaines, souffla Hermione.
Le coma.
Trois semaines. La bouche de Rose était pâteuse, sa voix rauque lorsqu'elle s'exprima enfin.
— Qu'est-ce qui... qu'est-ce qui s'est passé ?
— On t'a obligé à ingérer de la blue. Scorpius t'a amenée à l'hôpital mais il s'en est fallu de peu...
Des images lui revinrent comme des flashes. La baguette d'une vieille femme pointée sur elle. Puis le vide, le calme absolu, un petit flacon bleu posé sur la table.
— Amaterasu, souffla-t-elle.
— Le Secret a été révélé, ce qui a bien créé une panique pendant un temps, mais les informations fournies par Scorpius ont permis de limiter les dégâts. Les Aurors et les Oubliators ont fini par trouver une solution et laisser entendre à une blague de grande envergure.
— A la mort de Strugatsky, Ernie MacMillan a commencé à assurer l'intérim, le temps d'organiser de nouvelles élections.
Exactement comme avant.
Rose commençait tout juste à rassembler ses pensées, sans parvenir à décider si c'était ou non une bonne chose.
— Salut, Rosie.
Voir là son meilleur ami, debout devant elle, lui réchauffa le cœur.
— On vous laisse discuter quelques minutes, déclara Ron, le temps de se chercher un café et on revient. Maintenant que tu es réveillée, Rosie, on ne va nulle part.
Hermione et Hugo le suivirent.
Alors Hugo était venu la voir ? Shawn avait saisi sa surprise.
— Ton frère est là depuis le tout début. Tu crois qu'il te déteste mais tu l'aurais vu s'angoisser dans ta chambre... Il a passé des heures ici.
— Toi aussi, constata-t-elle d'une voix qu'elle ne maîtrisait qu'à peine.
Ce n'était pas une surprise. Shawn avait toujours été d'une loyauté indéfectible.
— Ce n'est pas le seul à avoir été là tous les jours... Ben est venu pas mal, James Potter aussi, Ziegler...
— Robin est revenu ?
— Tu sais, Rosie, je ne suis pas sûr qu'il soit jamais parti. Mais Malefoy... Malefoy a quasiment planté sa tente dans ta chambre. Ça aurait pu rendre tes parents un peu dingue, mais en fait pas du tout, ils lui vouent un culte depuis qu'il t'a sauvé de justesse d'une mort imminente. Il doit être quelque part dans le coin.
Scorpius était dans ce salon au milieu de nulle part. « Avada Kedavra. » Lui aussi avait assisté à la mort d'Edgar Strugatsky, au discours malsain d'Amaterasu ; il avait vu ces trois flacons posés sur la table, un pour elle, un pour lui et un pour Riley.
Riley...
— Et pour...
Rose eut un mal fou à prononcer son nom. Shawn parut immédiatement comprendre. Il secoua la tête, les yeux voilés par la tristesse.
— Les Aurors l'ont retrouvée morte.
— Elle est...
Morte. C'était le mot utilisé par Shawn et il n'acceptait aucune ambiguïté. Rose eut l'impression d'avaler une brique aux bords particulièrement bien aiguisés. Amaterasu l'avait tuée sans la moindre hésitation.
— J'ai merdé, Shawn. J'ai vraiment merdé.
— Je ne sais pas, Rose. Sans toi et Scorpius, Amaterasu aurait pris le pouvoir avec une sorte d'artefact de Strugatsky – son corps n'a pas été retrouvé –, et cela sans que personne ne s'en rende compte. Elle aurait probablement semé le chaos et la peur. Elle ne voulait pas qu'on connaisse son existence, c'était son plan phare et ça, vous êtes parvenus à le mettre en déroute.
— Mais tout est de ma faute. J'ai...
Elle avait fait partie des Libérateurs. Une autre elle-même. Mais elle quand même. Shawn lui caressa doucement les cheveux.
— Tu es ma meilleure amie, Rosie. Tu fais peut-être des erreurs mais t'es quelqu'un de bien. Je t'aime quand tu as raison et je t'aime quand tu t'emballes. T'as pas idée comme ces trois semaines ont été un enfer pour moi.
Rose sentit les larmes lui brouiller les yeux. Non. Elle n'allait quand même pas pleurer maintenant !
— Tiens, regarde qui arrive... Je vous laisse.
Il n'avait passé à travers la porte qu'une tête blonde et hésitante. Rose sourit.
— Salut Scorpius.
oOoOo
L'hôpital avait été sa première destination.
Scorpius l'avait sentie de plus en plus faible entre ses bras. « Tiens bon. » Il n'en était pas sûr. La blue était une drogue qui agissait vite et qui, à haute dose, vous plongeait dans un sommeil si profond que le cerveau finissait par faire arrêter le cœur.
Il avait fallu agir vite. Une fois Rose en sécurité auprès des professionnels, il avait appelé ses amis – Shawn Grey ne fut pas difficile à trouver – pour veiller sur elle. Amaterasu se douterait qu'elle serait à l'hôpital et pouvait très bien envoyer quelqu'un terminer le travail. Il n'était pas question de prendre le risque. Shawn lui avait indiqué comment contacter les parents de Rose et il leur avait tout raconté.
Tout, depuis le début.
Le feu d'artifice avait été un choc. La BBC, puis le monde entier avait relayé les images créées par les Libérateurs qui dévoilaient à tous l'existence des sorciers. Ce concept avait engendré entre ceux qui croyaient et ceux qui doutaient une division profonde. Avec l'aide de la communauté magique internationale, à travers les Aurors et guidé par MacMillan, le Ministère avait largement profité du trouble. Une guerre d'informations avait alors débuté grâce au Plan rapporté par Scorpius, notamment le rôle joué par la BBC.
Lucy Hockings avait repris la parole dans son émission avec un sérieux implacable, assurant qu'il s'agissait d'un immense canular mis en place par ses équipes pour rire un peu, tromper la tension et l'angoisse de plus en plus présente dans le monde.
Les employés avaient eux-mêmes témoigné. Bien sûr, ils avaient mis tout cela en place. Tout était calculé, les feux d'artifices provenaient d'une haute technologie, des feux télécommandés et les gens avaient vite romancé le reste. Comment la population avait-elle pu croire qu'une chose telle que des sorciers – des gens qui font de la magie avec une baguette magique – pouvaient exister ? C'était absurde. Bien sûr, ils avaient approché des hommes politiques en assurant le contraire mais ce n'était qu'une vaste caméra cachée, un peu d'humour dans un tel monde ne pouvait pas faire de mal.
Dans les sphères les plus sombres de l'Internet, quelques complotistes pensaient toujours qu'il y avait bel et bien des sorciers dans l'univers mais ce n'était qu'une petite bande d'illuminés. Des naïfs.
Les gens avaient bien ri, puis étaient retournés à leur vie. Cette histoire amusante s'effaçait doucement pour voir réapparaître les problèmes, la guerre, les cyclones hors-saison, les incendies, la disparition des espèces ou les « soucis techniques » d'un réacteur nucléaire.
Scorpius devait l'admettre, l'affaire avait été bien menée. Des années d'un Plan préparé au millimètre avait été effacées comme si elles n'avaient jamais existé.
Il y avait trop de gens dans la chambre de Rose, alors il attendit à l'extérieur, arpentant calmement les couloirs d'un l'hôpital qu'il commençait à connaître par cœur. D'une manière générale, la chambre de Rose était souvent pleine à craquer. Cette fille possédait une famille nombreuse et des amis bien présents. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher d'y errer encore.
Scorpius vit les parents de Rose en sortir. Il s'approcha tranquillement et passa la tête à travers l'encadrement de la porte. Ce qu'il y vit le laissa stupéfait.
— Salut Scorpius.
Rose avait souri. Mieux, elle était éveillée. La vague de soulagement qui le parcourut fut si puissante qu'il eut l'impression que ses jambes allaient le lâcher. Il se tint à la poignée de la porte pour se donner contenance, maudissant à peine ses lèvres qui devaient s'être étirées – elles aussi – en un sourire un peu idiot.
Shawn s'écarta et lui fit signe qu'il sortait un peu. Scorpius hocha la tête pour le remercier.
— Salut...
Il y eut un silence.
— Désolée, je suis encore un peu...
— Tu m'as l'air en forme, murmura-t-il. Pour une fille qui vient de se réveiller d'un long coma, je veux dire.
Rose se redressa avec une grimace.
— Je fais ce que je peux.
Scorpius avait tellement de choses à lui dire. Les dernières semaines avaient été une torture. Les interrogatoires sans fin des Aurors, les mêmes questions, encore et encore, êtes-vous certain que Mr Strugatsky est mort, la petite salle close qui lui donnait envie de hurler, Rachel Wetzel, Lawrence Acker et Callum Murphy sont des membres éminents du Magenmagot... encore une fois, Mr Malefoy, ce sont des accusations gravissimes et je veux être sûr que vous le comprenez bien.
Scorpius avait défié Gregory Kirshein du regard.
« J'ai laissé ma colère contre vous m'aveugler et j'en suis désolé. Ne faites pas la même chose, je vous en supplie, ce n'est pas juste de nous dont il s'agit. On parle du destin de milliers de gens. »
« J'avais raison, n'est-ce pas ? Une partie des réponses se trouvent bien au cabinet de votre père. »
Kirshein était détestable – du moins, Scorpius le détestait – mais il était intelligent. Peut-être même que sans son ambition dévorante, il aurait fait un bon Auror.
Scorpius ne pouvait pas expliquer l'implication de ces hommes et femmes politiques sans évoquer les dossiers et l'arnaque mise en place par son père, le chantage, les manipulations de Deborah Lebovski, les permis de construire et les transactions par millions sur divers comptes moldus. Il ne pouvait pas dévoiler la vérité sans trahir son père. Le dilemme s'était construit dans la douleur, la solution n'existait pas.
Le mensonge ou la trahison ?
« Deborah Lebovski a conclu des accords avec eux dans le dos de mon père. »
« Tu en as la preuve ? »
« Le petit cabinet, première porte avant l'escalier de service. Avec un peu d'ingéniosité, vous devriez pouvoir l'ouvrir. »
Scorpius se consolait en se disant qu'il n'avait pas vraiment trahi, qu'il avait laissé à son père une porte de sortie mais il savait en réalité que sa société ne tiendrait plus longtemps avant de couler et que Kirshein, une fois qu'il avait repéré un os – cet homme avait une dent contre les Malefoy –, ne le lâchait plus.
Drago finirait par lui pardonner. Il l'aimait, non ?
Il y avait tant de choses que Scorpius voulait dire à Rose.
Il voulait lui parler de l'arrestation des politiciens corrompus, les uns après les autres, du Secret qui avait disparu dans le cycle interminable des news, du retour à la case départ, de Riley apparemment décédée d'une overdose dans son propre appartement, de la disparition d'Amaterasu, de la sortie d'hôpital de Lily, de la mise en examen de Jason McKlein pour le meurtre d'Anna Poliakov, du fait que Gregory Kirshein l'avait rappelé un soir pour lui dire – du bout des lèvres – qu'il pouvait repasser les essais pour devenir Auror, si c'était bien ce qu'il voulait...
Trois semaines d'absence.
Une éternité.
Scorpius voyait bien que Rose avait du mal à parler, qu'elle émergeait à peine d'un état second. Il était simplement heureux qu'elle soit là devant ses yeux, vivante.
— Je suis content de te voir.
Rose lui rendit son sourire.
Scorpius jugea qu'au fond, le reste pouvait bien attendre encore un peu.
oOoOo
Rose saisit le verre de champagne qui voltigeait dans sa direction sans en renverser une goutte. Un éclat de rire parcourut la conversation à laquelle elle prétendait – sans grande conviction – participer. A côté de James, une cigarette à la main, Kady dévoilait son quasi burn out après la fausse alerte, celle que Sorcière Hebdo avait élégamment appelée « L'affaire des feux d'artifices ». Rose ignora les compliments qu'un inconnu lui baratinait sur sa robe – elle était d'un gris délavée et pas franchement jolie – et fit quelques pas hors du cercle, soulagée de respirer enfin.
Autour d'elle régnait la plus grande insouciance. Sous le chapiteau chauffé par la magie, on riait pour pas grand chose, on discutait des dernières infos people, du bébé licorne né dans la forêt de Gougane Barra, on commentait la tiare élégante de la mariée et son maintien « tout à fait avantageux ».
C'était un jour de fête.
Pour Rose, même le champagne ne pouvait en cacher le goût d'amertume.
Et pourtant...
Rose se souvenait de la peur qui avait serré ses entrailles lorsque Strugatsky lui avait montré les images du Secret enfin révélé.
« Rien ne sera plus jamais pareil. »
Strugatsky avait finalement eu tort. Les Aurors avaient réglé le problème. Les Oubliators s'étaient montrés aussi compétents que d'habitude. Ils avaient mis en place une stratégie assez brillante, ne ciblant dans leur effacement de mémoire que les individus les plus problématiques, mais laissant pleinement s'exprimer les conspirationnistes les plus extrêmes, qui parvenaient très bien à se tirer une balle dans le pied tout seuls.
Alors pourquoi n'était-elle pas soulagée ?
Au fond, tout ça pour ça. Deborah, Strugatsky et Riley. Ils étaient morts parce qu'ils avaient voulu changer le monde ; le monde avait fait un tour sur lui-même, il s'était arrêté exactement à la même place ou plutôt, il avait continué à tourner dans les mêmes conditions, le même système bancal et destructeur. Ils n'étaient pas tombé dans quelque chose de pire – Amaterasu aurait été une très mauvaise nouvelle – mais ce qu'ils avaient retrouvé n'était pas mieux.
C'était un beau mariage. Rose vida sa coupe de champagne. En boire une deuxième serait-il suffisant pour s'amuser enfin ? Elle en doutait. Même les petits fours avaient moins de goût que d'habitude. Et pourtant, Rose raffolait des petits fours.
La vision d'une silhouette serpentant maladroitement entre les invités raviva l'étincelle dans son regard. Elle sourit en voyant Scorpius se faire alpaguer par Arthur Weasley.
— Ah, tu ne serais pas le petit-fils de Lucius ?
— Je... Si, je suis...
Rose salua son grand-père.
— Je te l'emprunte, Papy.
— Rose ? s'étonna le vieil homme. Tu sais qu'il y a des rumeurs sur toi et ce jeune homme...
Elle éclata de rire. Les rumeurs avaient leur vie propre, dans sa famille. Et elles allaient vite.
— On est juste amis.
Rose saisit le bras de Scorpius pour l'entraîner à l'écart. Il souriait. Rose commençait vraiment à s'habituer à le voir sourire.
— Amis ? répéta-t-il, amusé.
— C'était pour pas lui dire amants liés par une passion dévorante, rétorqua-t-elle d'un ton exagérément sarcastique. Bien sûr qu'on est amis.
« Tu m'as sauvé la vie. »
Rose s'écarta pour le regarder un peu. Il s'était mis sur son trente-et-un, avait repris le haut d'un costume d'avocat pour l'occasion.
— Qu'est-ce qui t'a décidé à venir ?
Il y avait quelques jours très exactement, Scorpius lui avait affirmé qu'il ne mettrait jamais les pieds dans cette cérémonie à la noix.
— Je me suis dit qu'il fallait je voie ça de mes propres yeux.
— Tu veux une coupe ?
— Je veux bien.
Rose claqua des doigts et deux verres de champagnes volèrent dans leur direction. Les mariages sorciers, c'était tout de même le pied. Ils allèrent se poser tranquillement sur un banc d'une blancheur de neige. Rose eut un sourire amusé en le voyant engloutir la moitié de son verre alors qu'Albus passait entre les invités, si élégant avec son petit nœud papillon.
— T'as vu comme il est beau ?
Scorpius la fusilla du regard. Insensible à l'agacement dans ses yeux, Rose ne put s'empêcher d'éclater de rire.
— Je peux essayer de lui mettre une potion laxative dans son verre, si tu veux.
— C'est gentil mais ce n'est pas la peine. Je suis en train de me faire à l'idée. Je suis venu pour me faire à l'idée. (Il haussa les épaules.) Disons que c'est un processus.
— Tiens, regarde, il te fait coucou de loin. J'arrive pas à savoir s'il est heureux de te voir.
— J'irai lui parler tout à l'heure. Peut-être. Après un ou deux verres de courage liquide.
Rose se laissa aller contre le dossier du banc. De la neige artificielle commençait à pleuvoir depuis le plafond du chapiteau ; les flocons disparaissaient avant de toucher une surface solide.
Albus n'avait pas fait les choses à moitié. Jamais très loin de lui, Alicia serpentait entre les invités, très mignonne dans sa robe mousseline – James avait eu un petit oh appréciatif en la voyant, et qui lui avait valu un regard furieux de la part de Kady –, sa tiare et sa coiffure parfaitement apprêtées. Elle semblait plutôt à l'aise dans la foule, pas timide pour un sou et dotée d'un accent français plutôt charmant.
Rose lui avait adressé quelques mots en arrivant et devait bien admettre l'évidence, il était vraiment difficile de ne pas l'apprécier.
Par solidarité envers Scorpius, elle n'en avait rien dit.
— Ton rendez-vous avec Ethan s'est bien passé ? demanda Scorpius.
— Plus ou moins. Il ne sait pas quoi faire de l'héritage de son père, alors il veut nous aider à reformer le Borderline...
— C'est... ce que tu veux ?
Rose grimaça.
Elle aimait ce journal. Elle l'avait aimé de tout son cœur. Lui, et les gens à l'intérieur, qui avaient donné un sens, une direction à sa vie qui sans doute, lui avait manqué autrefois. Mais elle s'était engagée au Borderline pour changer le monde, au moins un peu, et le journal avait beau informer, alerter, il n'avait pas été suffisant, il n'avait absolument rien changé.
Sans parler du fait que Riley n'était plus là.
— Qu'en pense Robin ?
Rose haussa les épaules. C'était une bonne question. Elle n'avait pas vraiment revu Robin Ziegler. Ce n'était pas tellement de sa faute à lui. Elle l'avait consciencieusement évité. Le revoir signifiait lui dire qu'elle n'était pas celle qu'il croyait, qu'elle avait pris des risques considérables, qu'elle avait amené Riley au cœur du danger – certes, son amie avait pris ses propres décisions, mais son journal intime le disait bien, c'était elle qui l'avait mise en contact avec Poliakov et Strugatsky – pour ensuite mettre en péril leur vie à tous.
Scorpius parut lire dans son silence les mots qu'elle ne prononçait pas. Il détacha d'elle son regard pour fixer un point parmi les invités, au loin.
— Tu sais que ce n'est pas ta faute, pas vrai ? C'est moi qui l'ai laissée là-bas...
— Tu n'avais pas le choix.
Rose avait eu le choix, elle. La fille qu'elle avait été – qu'elle était peut-être encore – avait jugé que la fin justifiait les moyens, qu'on pouvait jouer à Dieu avec des intentions suffisamment bonnes, que sauver le monde valait bien le risque de le détruire, lui et les dommages collatéraux qui ne manqueraient pas de survenir.
Robin ne se mentait pas à lui-même. A l'époque du journal, il s'était jamais caché derrière des beaux principes et s'était montré tout aussi exigeant avec les autres. Rose avait beaucoup appris à ses côtés. Mais elle ne pouvait se débarrasser de l'idée qu'un simple journal ne suffisait pas. Le retour à la normale la frustrait plus que jamais et elle n'en démordait pas, elle voulait que quelque chose change, il fallait que quelque chose change.
Simplement, elle avait appris de ses erreurs.
— J'ai dit à Ethan que j'aurais peut-être besoin de son argent pour autre chose, dit-elle doucement. Du moins, s'il est décidé à me suivre dans un nouveau projet...
Scorpius reporta sur elle des yeux curieux.
— J'en ai pas encore parlé à Robin. Peut-être que Ben voudra y participer, je sais qu'il est... il est vraiment affecté par la mort de Riley.
— Qu'est-ce que tu comptes faire ?
— Cette histoire de Secret est une mauvaise idée. Ils voulaient effacer les barrières entre eux et nous, mais au fond cette barrière n'est pas plus mal, elle nous donne un bon avantage.
Scorpius parut soudain un peu inquiet.
— Et ce qui est important, c'est de travailler avec ceux qui vont dans le même sens, pas de s'associer avec... enfin, tu vois, des trafiquants de drogue.
— Je vois.
Il avait souri.
— Il y a des associations déjà existantes. Écologistes, notamment. C'est leur monde, ils le connaissent par cœur. Je pourrais leur filer un coup de main pour atteindre leurs objectifs, travailler à rendre le monde un peu meilleur de l'intérieur, sans prendre tous ces risques inutiles...
— Ce n'est pas une mauvaise idée. Je peux te filer un coup de main aussi... Enfin, si tu veux bien de moi.
— Tu n'es toujours pas retourné voir Kirshein ?
Son ami avait légèrement pâli et Rose devina sans mal la réponse. Il préférait infiltrer les associations moldues avec elle plutôt que d'envisager d'accepter la proposition de l'Auror.
— Je... Non, pas vraiment. Pas du tout, en fait.
— Pourquoi ?
Il y eut un silence.
— Je ne sais pas, je... Je ne suis pas sûr d'avoir envie d'être Auror.
Rose s'était pleinement tournée vers lui pour le regarder dans les yeux. Elle aimait beaucoup Scorpius mais tout ça c'était des conneries. Bien sûr qu'il avait envie d'intégrer le Bureau, il en rêvait depuis des lustres, ça l'avait dévasté lorsqu'on l'avait rejeté, sans compter qu'il ferait un bien meilleur Auror que ceux qui sévissaient actuellement dans le Département. Kirshein, Marrow et le reste – heureusement que Wenworth avait disparu dans la nature – avaient besoin d'un peu de sang neuf.
— Raconte pas n'importe quoi. T'as juste la trouille.
— Je n'ai pas...
La voix de Rose se fit légèrement plus douce – seulement légèrement – parce qu'elle tenait quand même à ce qu'il intègre ce qu'elle essayait de lui dire.
— T'as peur d'échouer une seconde fois. Et je comprends. Moi aussi j'aurais peur à ta place. Mais tu ne peux pas savoir si tu n'essaies pas.
Elle sourit.
— Si Kirshein te recale encore, sois sûr que j'irais en personne lui casser la gueule dans son bureau.
— Le retour du dragon, souffla Scorpius.
— Exactement. Mais j'ai confiance en toi, tu vas tout défoncer, je le sais. Tu seras parfait en Auror et pour moi, avoir un ami du côté des forces de l'ordre sera bien utile.
— Tu comptes faire beaucoup de trucs illégaux ?
— Comme pénétrer par effraction dans des sociétés, tu veux dire ? Bien sûr. J'ai appris du meilleur.
Scorpius lui asséna un léger coup de coude, plus amusé que réellement agacé.
— Merci, souffla-t-il. Pour avoir confiance en moi et pour... tout le reste.
Prise de court, Rose ne répondit pas immédiatement.
— Ne dis pas de bêtise...
C'était plutôt à elle de le remercier pour...
— Hé, ce ne serait pas Lily ?
Lily Potter. Qui se dirigeait droit vers eux. Elle était toujours aussi mince dans sa longue robe verte, ses cheveux roux flottant dans son dos. Elle les regardait avec un mélange de peur et de défi et Rose sentit son estomac se contracter douloureusement.
— Salut.
oOoOo
Scorpius s'était écarté pour lui laisser une place. Il n'avait pas revu Lily Potter depuis le jour du drame, où il avait débarqué dans sa chambre d'hôpital dans l'espoir d'y trouver son père et qu'elle n'avait eu la force que de murmurer qu'un seul mot, Amaterasu. Lily avait avoué avoir agressé Jacob Dawson sous la menace d'Amaterasu, qui lui avait clairement annoncé qu'elle tuerait Jason McKlein dans sa prison si elle ne s'exécutait pas. McKlein était un dealer et son complice depuis des années. Il utilisait sa musique comme couverture auprès du public mais sous diverses identités, effectuait sans vergogne le sale boulot.
C'était Jason qui avait présenté la jeune femme à Amaterasu. Il l'avait appelée digne de confiance, d'après ce qu'il avait appris. Ce qui mettait Scorpius dans une profonde colère. Il avait profité d'une Lily déjà fragilisée en la fragilisant plus encore, lui proposant la blue pour mieux faire face à son vécu, l'isolant toujours plus de ses proches et de ceux qui l'aimaient mais qui, répétait-il sans doute, ne la comprenaient pas.
D'après ce que Rose lui avait raconté, Lily parlait à sa mère mais refusait toujours de voir son père. Il était compliqué pour elle de faire face à sa famille – ce que lui-même comprenait parfaitement, n'ayant pas encore rendu visite à Drago Malefoy – et la voir là, au mariage d'Albus, au sein de cette famille justement, constituait un immense pas en avant.
— Je voulais juste vous dire...
Sa voix – à peine un souffle – se perdit dans le vent artificiel qui faisait voler les flocons de neige. Lily fixait les veines de sa main, puis son poignet encore frêle sur lequel dansait la petite araignée bleue que Scorpius était incapable de voir.
— Je suis désolée...
Ce fut comme si les mots éclataient en mille morceaux dans un sanglot à peine audible.
— C'est moi qui suis désolée, souffla Rose. J'aurais dû être là pour toi...
— Tu l'as été. Au moins après...
Les mains de Lily tremblaient. Elle replia ses genoux contre son torse et y enfouit son visage.
— Je ne voulais pas qu'on m'aide. J'avais trop honte pour qu'on m'aide... Alexander...
Le cœur de Scorpius manqua un battement en entendant ce nom.
— Il a menti, pas vrai ?
Lily hocha doucement la tête.
— Je ne lui ai jamais fait du chantage pour que... C'est lui qui décidait de...
Silence. Elle reprenait difficilement sa respiration.
— Il a dit ça pour se dédouaner, j'imagine. Pour que ce soit ma faute. Et ça l'était aussi, c'était ma putain de faute, j'avais envie qu'il me regarde, j'avais envie qu'il m'aime...
— Quel salaud.
— Une fois qu'on a été découvert, tout ce qu'il voulait, c'était conserver son job. Il en avait pas grand chose à faire, du reste. Il s'est servi de moi parce que... parce que c'était facile.
Scorpius aurait bien voulu répéter encore une fois l'exclamation de Rose : quel salaud.
— Tu sais que ce n'était pas ta faute, n'est-ce pas ?
Elle haussa les épaules.
— Pourquoi as-tu répété sa version ? demanda doucement Rose.
Lily mit un moment à réussir à lui répondre.
— J'avais pas envie d'être une victime, pas juste une victime. Les gens vous regardent autrement quand ils pensent que vous êtes la plus grande salope de l'univers que quand...
Elle ne termina pas sa phrase.
— Une fois qu'on a fait le premier pas, les gens arrêtent d'avoir pitié de vous et c'est plus facile. Enfin, sauf les gens qui vous connaissent.
Sauf ses parents, devina Scorpius. Harry Potter avait donné une promotion à Marrow pour l'éloigner de Poudlard, provoquant un immense scandale sur lequel tout le monde avait un avis. Au fond, tout le reste, la rencontre avec McKlein, les pages people de Sorcière Hebdo, les provocations constantes pour garder la face, tout cela n'était que la suite logique.
Rose saisit la main de sa cousine.
— Tu as essayé de parler à Harry ?
Lily secoua la tête.
— Je ne peux pas. Pas après ce que je lui ai fait subir. Il doit probablement me haïr...
— Je suis sûre que non.
— Qu'est-ce que t'en sais ? Je lui ai probablement provoqué plus de crises cardiaques que James et Albus réunis.
— Je le sais... parce que je le sais.
Lily ne pleurait pas. Un léger sourire apparut dans ses yeux voilés par la tristesse.
— Je peux venir avec toi.
Elle détailla un instant Rose du regard.
— Tu ferais ça ?
— Bien sûr.
Lily grimaça.
— Je ne sais pas.
— On peut essayer, proposa Rose. Si ce n'est pas maintenant, ce sera un autre jour. On a tout notre temps, Lily.
Elle aida sa cousine à se relever.
— On se voit tout à l'heure, Scorpius ?
Il hocha la tête.
— Bon courage...
Il était bien placé pour savoir que parler à son père était parmi les pires épreuves offertes par l'existence. Lily lui adressa un dernier sourire avant de disparaître dans la foule en compagnie de Rose. Il se leva à son tour – il devait être un peu ridicule, tout seul sur son banc immaculé –, puis saisit une nouvelle coupe de champagne qui flottait dans les airs.
Au fond, il ne savait pas très bien pourquoi il était venu. A part Rose, il ne connaissait personne. Le chapiteau était envahi par la famille Weasley et leurs amis proches, dont il ne pouvait être plus éloigné. La mariée discutait avec animation avec ses demoiselles d'honneur et...
Dimitri Oberlyn était là, lui aussi. Occupé à charmer une jeune française, de toute évidence impressionnée par la mèche de cheveux rouges qui balayait son front. Scorpius laissa entrevoir un sourire. Il chercha Leslie du regard et finit par la trouver en pleine conversation avec Albus lui-même devant une montagne de petits fours.
Comme si elle avait senti son regard dans son dos, Leslie tourna la tête vers lui. Elle lui fit un rapide signe de la main et asséna à Albus un coup de coude.
Scorpius se rappela alors la raison exacte de sa présence au mariage. Rose n'était plus là pour lui en donner le courage mais c'était de toute façon déjà trop tard. Albus se dirigeait vers lui d'un pas moins assuré que d'habitude. Scorpius se sentit presque agressé par ce nœud papillon absurde que son ancien ami portait si bien. Il le laissa franchir la distance qui les séparait, vidant peu à peu sa coupe de champagne pourtant pleine.
— Tu es venu, constata Albus.
— Oui.
Il n'avait pas su quoi répondre d'autre. Oui, contre toute attente, il était venu.
— J'ai repensé à notre conversation...
— Ah oui ?
Encore une fois, les onomatopées étaient tout ce qui semblait sortir de sa bouche. Ils marchèrent quelques secondes à travers la fausse neige. Puis Albus s'arrêta pour le regarder.
— Je suis désolé d'être parti.
Il fut clair, après une longue minute de silence pendant laquelle il ne firent rien d'autre que se détailler du regard, qu'Albus n'ajouterait rien de plus.
Il était désolé.
Scorpius s'étonna de ne plus ressentir la même colère. Il devait en rester une pointe quelque part au creux de son ventre. Il n'était pas encore débarrassé de l'essentiel. Mais ces trois mots ne firent pas aussi mal que ce à quoi il s'était attendu.
— Je te pardonne, dit-il en soutenant son regard.
C'était la seule façon qu'il ait trouvée de le laisser partir. Pardonner. Arrêter d'espérer qu'il finirait par lui revenir, qu'à genoux devant lui, il lui dirait qu'il l'aimait encore. Il savait qu'il existait encore entre eux un lien, le reste de quelque chose, mais Albus entamait sa vie avec quelqu'un d'autre que lui et lorsqu'il lui en voulait, ce n'était pas Albus que cela faisait souffrir.
Le jeune marié parut surpris.
— Tu veux dire que... On pourrait redevenir amis ?
Amis.
Albus avait été là pour lui. Le meilleur ami qui soit. Puis il avait disparu.
— Je ne sais pas, lui offrit-il après quelques secondes.
C'était toujours mieux que le non qui, comme un réflexe, avait chatouillé ses lèvres.
— Comme tu veux, souffla Albus.
— J'espère que vous serez heureux, tous les deux. Et qui sait ? Peut-être qu'on se recroisera.
— Peut-être...
C'était comme si un poids s'était ôté de ses épaules. Albus l'observait avec une tristesse contenue, mais ce n'était pas de la tristesse que Scorpius ressentait, c'était du soulagement.
« Comme tu veux. »
Qu'est-ce qu'il voulait exactement ?
Le salon au milieu de nulle part, selon l'appellation de Rose, avait changé les choses. Il avait eu le temps de réfléchir à ce qui s'était passé. Il avait eu le temps, tout doucement, de songer à l'avenir.
Scorpius avait longuement pesé le pour et le contre d'un retour chez les Aurors. Cette idée remuait en lui des angoisses innommables et Rose avait entièrement raison, il avait la trouille. Il savait aussi qu'il ne pourrait pas y échapper. C'était cela aussi, d'avoir la Gryffondor pour amie, elle l'y traînerait par la peau du cou s'il le fallait. Mais il avait grandi, lui aussi. Frôler la mort lui avait appris qu'il n'avait pas la moindre envie de sauter le pas, il n'avait plus envie de s'enterrer, de se cacher quelque part à l'abri et d'attendre.
A Albus, il esquissa un sourire. Ce n'était pas entièrement sa faute, s'il l'avait tellement attendu, c'était la solution de facilité, une solution pratique pour ne pas avancer. Il aurait pu haïr sa jolie fiancée, la fausse neige qui tombait sur la piste de danse, la joie lisible dans ses yeux.
Il n'en avait plus envie.
En voyant son ancien ami aussi confus devant lui, Scorpius esquissa un sourire. Piqué par une adrénaline étrange et nouvelle, il lui tendit sa coupe de champagne comme s'il eut été un serveur. Albus lui avait dit « comme tu veux ». L'idée de suivre ce conseil, pour la première fois peut-être, faisait pulser dans ses veines une excitation à la fois puissante et légère. Vivante.
Il ne savait pas ce qu'il voulait précisément. Il savait juste qu'il ne voulait plus de la vie qu'il avait menée.
Mieux, ce qu'il voulait, il se sentait prêt à le découvrir.
oOoOo
Rose s'éloigna sous le chapiteau. Elle avait laissé Lily et son père à leurs silences, les laissant seuls trouver les mots pour se dire ce qui était évident, juste en les regardant.
Scorpius était introuvable. Il avait dû quitter la fête. Elle-même n'était pas complètement à l'aise au milieu la joie des invités. Rose fit quelques pas hors du chapiteau, retrouvant le froid de l'extérieur, vent glacial et nuages de plus en plus sombres. Il ne tarderait pas à pleuvoir ou peut-être à neiger.
Rose déambula sur les chemins qui bordaient la propriété des Potter. Elle marcha longuement, s'abîmant les orteils dans des chaussures qu'elle n'avait que peu portées, évitant du mieux qu'elle pouvait les flaques de boue.
Puis elle s'arrêta.
Lorsqu'elle rouvrit les yeux, Rose se trouvait dans une rue familière. Saleté, fissure ou passant, elle en connaissait chaque détail par cœur et y posa à peine son regard en se portant ses pas vers le vieil immeuble du Quartier Général.
Devant la porte de l'appartement, elle ne parvint pas à frapper, se contentant d'en actionner la poignée pour l'ouvrir, comme un vieux réflexe.
— Ziegler ?
Une odeur de café régnait dans le salon minuscule. Comme toujours. Rose trouva cette donnée rassurante. Elle attendit qu'il sorte de la cuisine, une tasse à la main, moins surpris de la voir là qu'elle ne l'aurait cru, mais Robin avait toujours su dissimuler ses émotions avec talent.
— J'ai fait trop de café, tu en veux ?
Rose hocha la tête. Elle s'assit sur le canapé, silencieuse, parvenant à peine à le regarder dans les yeux. Robin s'absenta quelques secondes. Lorsqu'il revint, il lui tendit une tasse fumante et s'assit à côté d'elle.
Elle en profita pour le regarder un peu mieux. Elle le trouva fatigué, les traits tirés. Elle n'avait pas discuté avec lui depuis longtemps et pourtant, elle se sentait étrangement calme devant lui, le calme qu'offre la certitude.
— Tu avais raison, tu sais.
— Raison ?
Il la regardait, incrédule.
— Quand tu disais que j'avais trop peur d'échouer seule.
— Rose...
— Enfin, pour être plus précise, je n'ai pas envie d'échouer sans toi.
Robin reposa sa tasse. Elle sentit sa gorge se serrer soudain.
— Ne serait-ce parce que lorsque j'échoue sans toi, les conséquences sont autrement plus graves.
— C'est l'une des choses les plus stupides que je ne t'ai jamais dites, finit-il par articuler d'une voix rauque.
La main tremblante qu'il ramena sur sa cuisse contrastait avec la dureté contenue dans sa voix. Rose pouvait lire la culpabilité dans son regard et comprit que c'était sa façon à lui de s'excuser d'être parti.
Un étrange soulagement l'envahit.
— Je n'aurais jamais dû...
— On fait tous des erreurs, murmura-t-elle.
Même lui, et cette pensée avait quelque chose de rassurant.
Il la regardait avec intensité. Rose inspira profondément pour réduire la boule qui grandissait encore dans son ventre – en vain.
— Tu sais...
Elle se réussit qu'à se mordre la lèvre. A côté d'elle, Robin se taisait toujours.
— Il n'y a pas que ça, si je suis totalement honnête. Malgré ta tendance à me repousser, je me sens bien, avec toi.
Le silence paraissait ouvrir un abîme dans lequel elle aurait se serait noyée, si elle avait pu. Un silence qui possédait quelque chose d'acéré et brutal, qu'elle refusait de rompre à nouveau, de peur de se couper au passage.
— Moi aussi.
Elle ne fut pas certaine d'avoir bien entendu. Robin ne la regardait pas. Elle lut pourtant une forme de soulagement sur son visage, alors qu'il avait repris son café pour en boire une gorgée, les mains crispées sur sa tasse, aussi à l'aise qu'elle.
Rose n'était pas du genre à se contenter d'un doute. Elle avait besoin de savoir.
— Toi aussi, tu...
— Moi aussi, dit-il en levant les yeux vers elle, je préfère échouer avec toi.
oOoOo
Une forme noire et rapide se faufila derrière lui. Une lumière bleue accrocha son regard.
Scorpius sursauta.
Strugatsky s'effondra devant ses yeux. Il entendit le cri de Riley. Il vit devant lui le petit flacon bleu qui le narguait encore dans ses cauchemars. Rien ne le terrifiait autant que le retrouver un jour posé sur sa propre table. Une ombre, la baguette pointée devant lui. Bois. Si elle revenait se venger. Ou plutôt, quand elle reviendrait.
Scorpius prit une profonde inspiration pour rappeler à son cœur battant qu'il ne craignait rien. Il n'était pas chez lui. Il n'était pas non plus seul.
Sur le comptoir du bar, il n'y avait que des verres et des chopes de bières à moitié vide.
— T'en as mis du temps !
Dans un coin, à moitié dissimulée par une plante, Rose esquissait un sourire dans sa direction, faussement impatiente. Il déposa sa bière devant ses yeux et s'assit à son tour.
— J'ai juste cru voir...
Scorpius ne termina pas sa phrase ; c'était inutile. Il lut dans son regard que la peur était partagée. Il le savait pour la retrouver parfois dans son visage soudain fermé, comme physiquement frappé par les souvenirs, ceux qu'elle gardait et ceux qu'on lui avait volés.
— Oublie ça, souffla-t-il.
Son cœur finit par ralentir sa course. Il savait que la peur mettrait un moment à disparaître, elle aussi, si seulement elle disparaissait un jour.
— En tout cas, mon grand, si ça peut te distraire, sache qu'il y a un beau brun à bâbord !
— Où ça ?
— Près du bar.
— Hum, pas mon genre.
— Pas ton genre ? répéta Rose, incrédule.
Il secoua la tête.
— J'en ai fini avec les bruns. On ne peut pas leur faire confiance. Je suis à la recherche d'un roux.
Elle éclata de rire sous la surprise.
— De toute façon, on n'est pas là pour ça, si ? poursuivit-il. Il me semble que tu as des trucs à me raconter...
Les oreilles de Rose prirent une jolie couleur pivoine. Elle porta fièrement sa bière jusqu'à ses lèvres.
— Je ne vois pas de quoi tu parles. Tu n'as pas faim ? J'ai très faim. On pourrait commander un plateau de fromage !
— N'essaie pas de détourner la conversation. En plus, tu sais très bien que je n'aime pas le fromage.
— Je n'oserais pas. Tu as mauvais goût, mais je sais que tu es un garçon déterminé.
Rose ne mentait pas. Déterminé, il l'était. Scorpius repensa au flacon bleu imaginaire qui occupait le premier plan de ses cauchemars, à ce nom qui n'était plus qu'un morceau d'amertume à ses oreilles. Amaterasu. Il la traquerait, pensa-t-il. Il deviendrait un Auror et si son Plan à elle était de l'atteindre, Rose ou lui, il la capturerait en premier. Il n'avait pas l'intention de se laisser faire.
La peur n'était pas toujours une mauvaise chose. Elle prévenait souvent des actes les plus stupides. Scorpius jeta un œil amusé du côté de Rose qui avait entrepris de vider au goulot sa bouteille de bière.
Au fond, il fallait simplement ne pas la laisser nous paralyser.
Scorpius saisit son verre à son tour. Ce serait difficile, il n'avait pas de doute à ce sujet. Mais il avait beau être de retour au fond de la salle miteuse des Assois Fées, il ne s'était jamais senti aussi bien. En portant la boisson à ses lèvres, Scorpius ne put s'empêcher de sourire en songeant à cette certitude nouvelle.
Quoi qu'il aurait à affronter, quelle que soit la peur qui viendrait l'étreindre, il ne serait plus jamais seul.
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(Fin)
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Dernière note d'auteur
(que j'ai essayée de rendre la plus courte possible)
(spoiler : c'est raté)
C'est toujours très étrange de finir... Je sais pas trop quoi dire, sinon un dernier merci à Pamphile sans qui je ne sais pas si j'aurais publié cette histoire, parce que j'étais bien incapable toute seule de savoir si elle avait du sens. Merci de me soutenir et d'accepter de me lire à chaque fois. J'ai commencé la publication en septembre, cette histoire m'a suivie toute cette année scolaire et c'était une jolie aventure. Aucun regret de l'avoir fait. Je remercie sincèrement toutes celles et ceux qui m'ont l'ont rendue agréable à vivre, qui ont pris un peu de leur temps pour me faire savoir qu'ils lisaient et partager quelque chose à leur tour. Merci à Scamille2, Guest, CAPINGHEMOIS, malilite, jane9699, pupperfect, Aselye et Baccarat V, pour vos mots qui m'ont beaucoup touchée et enfin à Sun Dae V, pour avoir été ma toute première revieweuse (et quelle revieweuse !), pour tes remarques toujours pertinentes et pour avoir eu la patience de m'envoyer des beuglantes jusqu'au bout :p
Chaque petit (ou grand) message, sachez-le, éclaire encore mes journées.
Je reviendrai sur cette histoire pour retravailler certains points, parfois qui ont été soulevés dans les reviews (c'est ma première incursion dans le genre, et même si je suis fière de ce que j'en ai fait et de l'avoir terminée, elle est loin d'être parfaite), mais il n'y aura pas de suite à Avant la fin du monde. Je me suis beaucoup attachée à Scorpius et Rose mais j'ai la sensation de les avoir amenés où je voulais les amener et il est temps de leur dire adieu. Néanmoins, je me suis aussi attachée très fort à cette génération et je réutiliserai certainement l'univers d'ALFDM, avec des temporalités et des personnages différents, même s'il est possible que je me fasse le petit plaisir d'un caméo de l'un ou l'autre. Si ça vous intéresse, mes projets futurs s'attachent à Teddy (une petite histoire sur lui devrait sortir bientôt, à la rentrée de septembre peut-être), James, Louis, peut-être Roxane ou d'autres, avec des ambitions différentes et sans grande garantie d'aboutir, mais qui sait ?
Je suis sur les routes pratiquement tout cet été, je ne suis pas sûre d'avoir le temps d'écrire et publier, mais de tous temps, n'hésitez pas à laisser un petit mot si vous passez par là, je suis très curieuse de connaître vos impressions sur cet épilogue, et plus largement, comment vous avez vécu la lecture cette histoire. N'hésitez pas d'ailleurs à juste dire que vous l'avez lue jusqu'au bout, c'est très chouette de le savoir :)
Bisous, prenez soin de vous !
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