Si vous croyez qu'un titre pareil laisser présager une histoire terriblement déprimante, vous avez parfaitement raison. Sur cette belle entrée en matière, place au…
… trigger warning
Cette fic sera très sombre. Si vous n'êtes pas d'humeur, je vous recommande de cliquer sur Précédente et d'aller lire des histoires de Noël en buvant du chocolat chaud. Quoi qu'il en soit, j'ai aussi un cœur de Poufsouffle, alors tout ce gros drame se terminera magiquement sur un (semi) happy ending.
Mais vraiment, j'insiste : si vous avez le moral à plat, lisez autre chose.
Baratin sans intérêt
J'ai fini par comprendre que j'avais le choix entre deux vitesses d'écriture : l'imparfait et le jamais. J'ai choisi la première. Plusieurs coquilles et incongruités sont donc à prévoir dans cette fic, mais je ne m'en désole pas vraiment, car mieux vaut être nonchalant qu'absent.
Disclaimer
JKR, pas à moi, pas d'argent, bla bla bla.
Bonne lecture!
Chapitre 1. Expiation
- Assoyez-vous.
À ce ton sec comme une feuille morte, Hermione devina que ces deux mots ne relevaient ni de la courtoisie, ni même de la politesse. Elle prit place sur la chaise de bois bien droite qu'on lui désignait et attendit, son cœur pulsant déjà trop fort contre sa cage thoracique.
Ils étaient cinq. Déjà installés là devant elle, les visages hermétiques, à la fixer en silence.
Ce n'était pas réellement une rencontre de travail, et d'ailleurs le contre-maître quasi invisible qui lui servait de patron n'était même pas là. Seulement cinq purs inconnus.
Ce n'était pas une rencontre de travail, non, c'était la mise en scène d'un procès.
Le souffle d'Hermione s'accéléra, mais elle se força à respirer par le nez. Paniquer ne servirait à rien. Elle lissa son pantalon sur ses cuisses, les mains moites.
- Bonjour, hasarda-t-elle.
Personne ne lui répondit.
Quelqu'un s'éclaircit la gorge, et Hermione tourna les yeux pour observer une sorcière grisonnante, assise droite comme la justice tout au bout de la longue table.
- 5 novembre 2002, se mit-elle à réciter d'une voix monocorde, alors que d'autres membres du petit groupe se mettaient à retranscrire ses paroles. Rencontre de recadrement d'Hermione Granger.
De recadrement?
- Qu'est-ce que…
- N'interrompez pas la séance, l'arrêta l'homme assis au centre de la table. D'autres personnes attendent leur tour.
C'était un sorcier d'une soixantaine d'année, le cheveu rare, les lunettes rondes glissant au bout de son nez.
- Mais…
Il continua sans tenir compte de l'intervention :
- Hermione Granger, ici présente, a été retirée de son emploi de préposée au tri du courrier en raison de…
- Pardon? s'indigna-t-elle.
- … en raison d'un manque de loyauté envers le Ministère de la Magie.
Hermione sentit la moutarde lui monter au nez. Elle occupait déjà un emploi misérable, sa place dans la communauté sorcière était tout au bas de l'échelle. Allait-on lui retirer son gagne-pain aussi?
- J'ai seulement signalé une irrégularité! Tout le courrier qui parvient au ministre doit être inscrit dans le registre des…
L'homme poussa un soupir, comme si répondre à ses récriminations lui demandait trop d'efforts, et ce fut la femme à sa droite qui prit la parole. Elle avait une dizaine d'années de plus qu'Hermione et portait un tailleur en soie turquoise qui laissait deviner un emploi grassement rémunéré.
- Vous ne signalez pas une irrégularité, dit la sorcière, vous critiquez le Ministère. C'est très différent.
- Mais je…
- Vous faisiez partie de la bande d'Albus Dumbledore. Ça en dit long sur votre sens moral.
Hermione ne put s'empêcher d'argumenter. Le sujet la sortait chaque fois de ses gonds.
- C'est Dumbledore qui a permis de vaincre Voldemort!
La femme en tailleur roula des yeux.
- Dumbledore n'en faisait qu'à sa tête, répliqua-t-elle. Le Ministère n'avait pas besoin d'un allié qui faisait comme bon lui semblait, en secret.
Hermione se mordit les lèvres pour s'empêcher de répondre. Elle ne faisait qu'empirer son cas.
- Miss Granger, reprit l'homme âgé, d'un ton las. Vous devriez vous estimer chanceuse d'avoir un emploi…
- Je n'en ai plus.
- … et de pouvoir encore en obtenir un nouveau, malgré votre éthique de travail douteuse.
- Mais…
- Vous êtes attendue demain à neuf heures, à Garverdel.
Ces mots assommèrent Hermione.
- Quoi?
- Vous ferez partie des responsables aux travaux particuliers, compléta l'homme.
À Garverdel?
Non. C'était une blague, ça ne pouvait être que ça.
- Je n'ai même pas de formation scientifique!
Les longues études qu'elle prévoyait, adolescente, avaient échoué au cimetière des rêves brisés. La guerre et le changement radical de gouvernement avaient disposé de son avenir autrement.
- Vous avez obtenu des mentions optimales en Arithmancie et Potions lors de vos études de premier cycle. Ce sera amplement suffisant pour le type de travail qu'on attend de vous.
- Mais vous…
- Vous pouvez disposer.
- Vous n'avez pas le droit de faire ça.
La femme en tailleur de soie joignit les mains avec le calme placide d'une reine.
- Miss Granger, acceptez-vous ce travail de bonne grâce, ou devons-nous disposer de votre baguette magique?
Ces paroles planèrent dans le silence alors qu'Hermione la dévisageait, le cœur en miettes.
Devait-elle renoncer et retourner vivre chez les Moldus? Elle était pourtant une sorcière, la magie coulait dans ses veines, à elle aussi. Seulement, son monde ne voulait pas d'elle. Elle était une indésirable. Elle n'avait pratiquement plus personne – ses parents et ses amis étaient morts, la plupart des alliés qu'elle avait connus croupissaient à Azkaban, dans les mêmes cellules que les criminels et les mangemorts.
Pourquoi Hermione était-elle seulement encore en vie?
Pourquoi le destin ne l'avait-il pas sacrifiée elle aussi, comme cette multitude d'âmes parties trop tôt, dans toutes les guerres de l'humanité moldue et sorcière?
Tout aurait été tellement plus simple.
Hermione ravala tant bien que mal son chagrin et quitta l'endroit sans ajouter un mot.
Sa patrie, ce n'était plus ici.
Elle n'avait plus de maison.
Oui-oui, un (semi) happy ending, je vous jure.
Joyeux Noël!
