Bonjour à tous !
Je suis contente de vous présenter mon nouveau projet, sur lequel je travaille depuis loooongtemps. Il est encore en cours d'écriture, mais j'ai un peu d'avance donc il ne devrait pas y avoir d'incident de publication. J'ai prévu 9 chapitres et un épilogue. J'espère sincèrement que ce nouveau texte vous plaira !
Je tiens dès maintenant à vous prévenir, il ne s'agira que d'un friendship, pas de slash entre Severus et Regulus. Désolée pour les amateur de ce pairing :)
Sans plus attendre, je vous laisse découvrir le premier chapitre !
Le silence dans la salle commune de Serpentard était inhabituel. Seul le feu qui craquait dans la cheminée et le bruit des pages qu'on tournait régulièrement apportaient un peu d'animation. Loin de la foule qui peuplait habituellement cet endroit, un élève était penché et lisait un livre attentivement. Ses cheveux longs et d'un noir profond cachaient son visage maigre et pâle. Seul un nez proéminent dépassait de ce rideau à l'aspect graisseux. Les vacances de Noël étaient pour lui l'occasion de profiter de la pièce sans être gêné par le raffut habituel. Tous ses condisciples étaient rentrés chez leurs parents pour passer les fêtes, s'ils n'étaient pas partis vers des destinations exotiques. Ses parents n'avaient pas les moyens de faire de tels projets, et il n'avait aucune envie de les revoir. Les quelques lettres qu'il échangeait avec sa mère étaient suffisantes pour maintenir ce lien factice qu'il avait tissé avec ses géniteurs.
Le château dans son ensemble avait quasiment été déserté, et il ne restait plus qu'une poignée d'élèves dans ses murs, surveillés par quelques professeurs malchanceux. Le directeur cherchait à instaurer une atmosphère joyeuse et détendue pour rendre la séparation moins difficile pour les plus jeunes, mais Severus ne voulait pas se mêler à cette mascarade. Les quelques jours de solitude qui lui étaient offertes étaient pour lui l'occasion de ne plus avoir à supporter ses camarades.
En plus des disputes incessantes et de plus en plus violentes avec les Maraudeurs, ses condisciples n'étaient pas d'un grand soutien pour lui. Si en dehors des cachots, ils faisaient bloc avec lui contre les autres maisons, le jeune homme n'en était pas intégré malgré tout. Les Serpentard ne lui avaient jamais pardonné d'être ce qu'il était. Son amitié avec la Sang de Bourbe qui avait duré bien trop longtemps, ses conflits avec les Gryffondor qui faisaient perdre des points en pagaille à toute sa maison et par-dessus tout, ses origines peu reluisantes.
Comment un fils d'ouvrier miséreux et fils de moldu avait-il pu arriver parmi eux ? Seuls ses résultats scolaires spectaculaires lui assurant une relative tranquillité. Il parvenait la plupart du temps à compenser les points perdus à cause des Maraudeurs avec les points reçus en cours. Cependant, tout cela aurait pu lui être pardonné si seulement il avait eu une personnalité plus avenante. Il ne faisait aucun effort pour s'intégrer et repoussait systématiquement quiconque s'approchait de lui. Si quelqu'un s'avisait de lui parler, il ne répondait que par monosyllabe ou par un grognement inintelligible. Son nez crochu toujours plongé dans un livre, il avait une patience très limité et les gens qui l'avaient déjà vu se battre ne cherchaient jamais à la tester.
Malgré quelques efforts qui avaient été fait lors de son arrivée, les élèves de Serpentard avaient pris l'habitude d'ignorer Severus Snape et de ne lui adresser la parole qu'en cas d'extrême nécessité. Il ne s'en plaignait pas, au contraire, et sa solitude pendant ces vacances était une bénédiction à ses yeux. Dès que le parchemin demandant aux étudiants d'indiquer leur volonté de rester au château avait été affiché dans la salle commune, il s'y était inscrit, comme tous les ans.
S'il s'y était intéressé, il aurait réalisé qu'il n'était pas le seul Serpentard à être resté pendant la trêve des confiseurs au château. Un autre nom y avait été inscrit quelques jours plus tard. Un élève âgé d'un an de moins que lui et qui restait pour la première fois. Ce cinquième année n'avait pas du tout le même profil que Snape. Héritier de l'une de plus ancienne famille de sang-purs de la communauté sorcière britannique, talentueux et populaire attrapeur de l'équipe de Quidditch des verts et argent, Regulus Black était ce qui se rapprochait de l'antithèse de Severus Snape.
Depuis que les autres étudiants étaient partis, il n'avait jamais eu l'occasion de croiser son ainé. Lorsque l'un était dans la Salle Commune, l'autre était à la bibliothèque. Lorsque Regulus était sur le terrain de Quidditch pour s'entrainer, Severus était dans une salle rendue incartable pour faire quelques expériences. En quatre jours de cohabitation, ils n'avaient jamais été au même endroit au même moment.
C'est le quatrième soir que le bruit de pas fit lever la tête de Severus. Il avait entendu le chuintement discret du tableau qui s'ouvrait et n'y avait pas pris garde. Mais c'est l'un des élèves les plus populaire de sa maison qui était actuellement en train de se réchauffer devant la cheminée. La table où il se trouvait étant dans un coin plongé dans l'ombre, l'autre ne l'avait peut-être pas vu.
"Bonsoir Snape." Autant pour la discrétion, il avait été repéré. "Je me demandais quand je finirais par te voir.
- Tu me veux quelque chose de particulier ? Et puis, que fais-tu là ?" Cracha Severus du ton le plus acide qu'il pouvait.
L'autre le fixa quelques seconde, comme pour le jauger, puis répondit d'une voix égale :
"La même chose que toi, je suis en vacances. Je savais que tu étais là, mais tu sais être discret quand tu le veux.
- Pourquoi n'es-tu pas rentré chez toi comme tout le monde, dans ta famille parfaite ? Je pensais être le seul à rester.
- Je n'en avais pas envie, et ce qu'il se passe dans ma famille ne te concerne pas. Je ne te permets pas de me parler ainsi."
Ravalant la remarque acerbe qui lui brûlait la langue, Severus plissa les lèvres mais garda le silence. Même s'il était plus jeune, Regulus était préfet, et d'un statut social bien supérieur au sien. Severus savait qu'il n'avait rien à gagner d'une confrontation avec lui, mais beaucoup à perdre.
" J'ai beaucoup entendu parler de toi. On dit que tu es un excellent élève, peut être le meilleur de ta promotion, mais que ta langue trop bien pendue t'attire souvent des ennuis. Je remarque que les rumeurs sont fondées.
- Je n'ai pas eu la chance de naitre avec une cuillère en argent dans la bouche, je dois donc être le meilleur pour m'imposer. Je ne peux pas compter sur mon nom, comme d'autres.
- Que veux-tu dire ?
- Etre le descendant de la très noble et très ancienne maison Black t'ouvre de nombreuses portes. Il te suffit d'émettre un désir pour qu'il se réalise. Ta famille a des relations partout, tout le monde le sait.
- Arrête, tu ne sais pas de quoi tu parles. Ce nom m'offre de nombreux droits, mais aussi des devoirs dont tu n'as pas idée.
- Tu as des devoirs ? Lesquels ? Aller à la prochaine Garden party du ministère ? Ou peut être le prochain bal rassemblant tout le gratin de la société ?
- Si ce n'était que cela, ça ne serait pas trop contraignant. Tu parles de choses que tu ignores. C'est normal, tu n'as jamais vécu dans ce monde-là." Lâchant la dernière phrase du ton dédaigneux qui le faisait tant ressembler à sa cousine Narcissa, il tourna les talons et se dirigea vers les dortoirs.
Retournant à son travail, Severus fulminait. En lui disant cela, Regulus avait appuyé précisément là où ça faisait mal. Oui, Severus n'avait jamais vécu dans ce milieu aristocratique, oui il ne connaissait pas la vie dans ce monde et non, il n'en connaissait pas ses codes. Mais il avait fait ses recherches, et savait qu'il descendait d'une famille encore plus ancienne que les Black. Dernier descendant de la famille Prince, il aurait dû être intégré dès son plus jeune âge à cette aristocratie qui aujourd'hui le dédaignait.
Aucun de ses camarades ne connaissait le nom de sa mère, et pour eux, ils n'étaient qu'un sang mêlé insignifiant. Après son reniement, sa mère avait été totalement exclue du monde sorcier, et n'avait pas donné à son fils la moindre éducation dans ce sens. Malgré l'amour inconditionnel qu'il lui portait, il lui en voulait de ne pas lui avoir donné les armes nécessaires pour se battre et s'imposer dans l'antre Serpentard.
L'altercation avec Severus avait laissé Regulus agacé. Il était occupé à ranger ses affaires avant d'aller se laver. Il n'avait pas prévu de tomber sur ce sixième année bizarre et vindicatif. Comme il lui avait dit, il savait qu'il n'était pas le seul dans les cachots pour les vacances, mais il ne s'attendait pas à le voir si agressif lors de leur première discussion. Il ne lui avait jamais adressé la parole auparavant et il n'avait aucune raison particulière de lui en vouloir. Mais les remarques sur sa famille soi-disant parfaite et sur la facilité de sa vie l'avaient énervé. Comment ce garçon se permettait-il de le juger alors qu'il ne le connaissait pas ?
Au cours des années précédentes, Sirius avait parlé de lui en terme peu élogieux, et il savait qu'ils se menaient une guerre farouche, mais Snape semblait avoir une dent particulière contre lui.
L'eau chaude de la douche lui faisait du bien. Le rude hiver écossais l'avait frigorifié et l'entrainement qu'il s'était imposé l'avait laissé endolori. Les bourrasques contre lesquelles il avait dû lutter pendant plusieurs heures étaient parfois mêlées de neige rendaient la visibilité quasiment nulle.
Lorsqu'il avait été promu au poste d'Attrapeur de l'équipe de Serpentard, de nombreuses langues avaient critiqué le passe-droit dont il avait bénéficié. Il s'était entrainé pendant des jours et parfois des nuits pour être à la hauteur et faire taire les rumeurs. Ses premiers résultats avaient été positifs, mais il savait qu'il remettait son poste en jeu lors de chaque match. A la moindre erreur, les critiques reviendraient, plus vives que jamais.
Depuis sa plus tendre enfance, il avait appris à toujours être le meilleur. Le moindre de ses geste serait scruté, la moindre faiblesse serait commentée et aucune erreur ne serait pardonnée. C'était la règle du jeu, il la connaissait et faisait en sorte de la respecter. Chaque enfant né dans une famille aristocratique devait faire de même, et cela depuis des siècles. C'est ce qui faisait la force de cette frange de la population, et c'est pour cette raison qu'elle parvenait à conserver le pouvoir. Les mots de Snape le lui avaient rappelé une fois de plus.
Comme si c'était nécessaire.
§§§
Ils ne se croisèrent plus pendant plusieurs jours. Chacun vaquait à ses occupations, tout en faisant en sorte d'éviter l'autre. Les choses auraient pu continuer de cette manière jusqu'à la rentrée si le Directeur n'avait pas, comme chaque année, décidé d'organiser un réveillon pour Noël. Tous les habitants qui restaient dans le château pour cette fête devaient partager le repas du soir dans la Grande Salle, réorganisée pour l'occasion.
Ils étaient les deux seuls Serpentard restés pour les vacances et c'est naturellement qu'ils se retrouvent côte à côte. Lorsque Regulus était arrivé, la table unique qui trônait au milieu de la Grande Salle était pleine, à l'exception d'une place à côté de Severus. Il s'y assit donc en lui faisant un simple geste de la tête. Mais plus le repas s'éternisait, plus Regulus s'ennuyait. Ce repas lui rappelait trop les interminables réceptions de son enfance, et malheureusement, Sirius n'était plus là pour le distraire. Severus n'était clairement pas heureux d'être là et il n'attendait qu'une occasion pour pouvoir s'échapper. Mais un départ alors que le repas n'était pas terminé aurait été trop remarqué.
Soudain, la voix de Regulus parvint aux oreilles de Severus. Il avait parlé suffisamment doucement pour que personne à part lui ne puisse l'entendre.
"Tu ne trouves pas que le nez de Conway est tellement gros qu'il semble avoir reçu un sort ?"
Severus lui lança un regard surpris, mais en voyant que Regulus avait une étincelle moqueuse dans le regard, il se retourna et regarda le jeune Serdaigle situé quelques places plus loin. Il était vrai que la nature ne l'avait pas gâté, mais il répliqua :
"Ça doit être le même sort qui a touché la tête de Potter et qui l'a gonflée."
Ils ricanèrent discrètement, l'antipathie de Severus pour les Maraudeurs n'était un secret pour personne. Ils poursuivirent le repas ainsi en se moquant plus ou moins méchamment de leurs camarades. Le Directeur leur jeta un regard étonné lorsqu'ils se mirent à rire un peu trop fort. Grace à ce stratagème, la fin du repas arriva bien plus vite que ne le craignait Severus.
Lorsqu'ils furent enfin autorisés à retourner dans les cachots, ils firent le trajet ensemble. Aucun d'eux ne fit allusion à l'altercation qu'ils avaient eue quelques jours plus tôt et Severus se surprit à envisager que Regulus n'était peut-être pas celui qu'il imaginait. Au-delà de son image de descendant d'une noble famille aristocratique, Regulus avait un solide sens de l'humour et qu'il n'avait pas sa langue dans sa poche. Il faisait preuve d'une lucidité tout à fait surprenante concernant les personnes qui l'entourait.
Les derniers jours des vacances se déroulèrent bien différemment des premiers. Severus avait eu le temps de réfléchir et réaliser qu'il avait jugé un peu hâtivement son camarade. Mais ce n'est que deux jours plus tard qu'il se décida à lui adresser la parole de son propre chef. Sans réellement s'excuser, il lui fit comprendre que son attitude précédente était une erreur. A sa grande surprise, Regulus appréciait Severus. Malgré son caractère peu amène, il était honnête et ne s'embarrassait pas de faux-semblants. C'était étonnant mais si nouveau pour lui.
Une conversation après l'autre, ils finirent par s'apprivoiser mutuellement et même si certaines de leurs réactions mutuelles pouvaient les surprendre, ils parvinrent à s'entendre. Une franche poignée de main vint finalement sceller leur nouvelle amitié si étrange.
§§§
La fin des vacances avait finalement sonné et la routine de la vie au château reprit son cours. Une effervescence bienvenue après le trop grand calme des vacances avait suivie l'arrivée des élèves. Le Poudlard Express était arrivé en fin de journée, déversant ses flots d'élèves surexcités par la perspective de retrouver leurs camarades. Naturellement, Severus n'attendait personne mais le silence écrasant qui régnait dans les couloirs commençait à l'agacer lui aussi.
Ainsi, il ne put s'empêcher de tendre l'oreille lorsqu'il entendit un groupe de Serpentard de quatrième année entrer bruyamment dans la salle commune. Il fronça les sourcils en les entendant bavarder mais lorsqu'il entendit le nom de Black, il cessa de totalement de lire et écouta. Une adolescente blonde parlait avec empressement, racontant à ses amies l'évènement majeur qui avait eu lieu pendant les vacances. Selon elle, Sirius aurait été renié par ses parents après une ultime frasque. Il aurait disparu pendant plus d'une semaine sans donner le moindre signe de vie.
Dans l'esprit de Severus, les idées se bousculèrent, si Sirius avait disparu, alors les Maraudeurs allaient le laisser tranquille, ce qui était une excellente nouvelle. Sirius disparu, de quel plus beau cadeau de Noel pouvait-il rêver ? Et puis, peut-être qu'avec un peu de chance, Lily pourrait peut-être quitter l'emprise de ces salauds... Enfin, il était préférable de ne pas trop rêver, elle ne lui pardonnerait pas si facilement.
Il chercha des yeux Regulus pour savoir comment il réagissait à la nouvelle, mais il ne le vit nul part. Il était peut être déjà parti se coucher ou encore à la bibliothèque. Il le croiserait bien à un moment ou à un autre.
Ce fut finalement le lendemain matin, lors du petit déjeuner qu'il eut la réponse à ces deux questions. Le brouhaha habituel s'élevait à nouveau dans la Grande Salle, en particulier depuis la table des Rouges et Ors. Jetant un regard courroucé, Severus failli lâcher le livre qu'il tenait dans la main lorsqu'il aperçut Sirius qui faisait encore le pitre. Les informations du groupe de filles étaient-elles donc erronées ? Pourtant, elle semblait sûre d'elle et avait donné suffisamment de détails pour que l'histoire soit crédible.
La déception clairement visible sur le visage, il se tourna alors vers la table des Serpentard et la scanna des yeux. Il aperçut alors Regulus qui y était déjà attablé. Il était avec d'autres garçons de cinquième année mais une place libre à côté de lui fit penser qu'il était attendu. Il se dirigea alors vers le jeune homme malgré le regard surpris de ses camarades. Alors qu'il prenait soin habituellement de manger le plus loin possible de ses condisciples, son comportement en interpella plus d'un. D'un hochement de tête, il salua Regulus qui le lui retourna. Cependant, Severus remarqua rapidement qu'il n'avait pas l'air bien et surtout qu'il était bien plus silencieux que d'habitude. A mi-voix, il commença à l'interroger.
"Je n'ai rien, tout va bien. Je t'assure.
- Regulus, ne me mens pas. Je sens bien que quelque chose ne va pas. C'est à propos de Sirius ?"
Au regard assassin que Regulus lui jeta, il sut qu'il avait frappé juste Il fallait savoir de quoi il s'agissait, sa curiosité avait été piquée. Son nouvel ami siffla alors dans un murmure :
"Pas ici. Je t'expliquerai plus tard. Rejoins-moi dans les cachots lors de la récréation de la matinée. Je ne veux pas qu'ils le sachent." Termina-t-il en désignant ses camarades d'un signe de tête.
Satisfait, Severus cessa de l'interroger et reprit son repas. Il regardait vaguement vers la table des Gryffondor et soupira lorsqu'il vit Lily éclater de rire après que James lui ait glissé quelques mots à l'oreille. Il fulminait intérieurement, mais faisait tout son possible pour se contrôler. Il ne voulait pas que quiconque remarque son agacement.
Deux heures plus tard, Severus fut obligé de presser le pas pour arriver dans les cachots après son double cours de botanique dans les serres. Il avait le bout des doigts gourd, mais Regulus ne lui laissa pas le temps de se réchauffer avant de commencer :
"Je suppose que tu as entendu parler des rumeurs ?
- Lesquelles ? Il en circule tellement.
- Ne fais pas l'idiot. Celles qui concernent mon frère. Sirius !
- Ah ! J'ai entendu dire qu'il avait été renié puis qu'il avait disparu, mais je l'ai vu ce matin donc c'est n'importe quoi. Je n'ai rien entendu d'autre à son sujet récemment.
- Une partie de ces ragots est vraie. Ma mère m'a envoyé un hibou hier pour me prévenir que dorénavant, je suis fils unique.
- Que veux-tu dire ?
- Ils ont fait les démarches auprès des gobelins, Sirius ne fait désormais plus partie de la famille Black.
- Que s'est-il passé ?
- Mon père voulait lui faire rencontrer des gens haut placés, Sirius a refusé et la situation s'est envenimée, ma mère n'a pas donné de détails sur ce qu'il s'est passé. Sirius est parti de la maison et mes parents ne l'ont plus revu depuis. Je pense qu'il est parti chez Potter, mais personne ne peut le confirmer.
- Mais... tes parents ont réagis sous le coup de la colère, ils le réintégreront quand il se sera calmé, non ?
- Tu ne connais pas ma famille, c'est évident. Si un enfant est renié, il ne revient jamais. C'est déjà arrivé dans le passé et ils ont toujours dû rester à l'écart.
- Et il y a des conséquences pour toi ?
- Tu ne comprends pas ? Je vais devoir hériter de la fortune et du titre. Sirius parti, je deviens le nouvel héritier.
- Pourquoi es-tu aussi démoralisé ? C'est une bonne nouvelle, non ?
- Pas vraiment, non. Jusqu'à présent, je bénéficiais d'une certaine liberté, mais ça ne sera plus jamais le cas. Je vais avoir un nombre de devoirs écrasant mais je n'en veux pas. Etre Lord Black représente un nombre de responsabilités dont tu n'as pas idée.
- Mais ce n'est pas pour tout de suite, tu es encore à Poudlard. Et puis, ton père n'est pas mort, c'est lui qui gère pour le moment.
- Si, je vais quand même avoir des obligations. Je vais sûrement devoir me marier avec une fille de bonne famille dès ma sortie de Poudlard. Il faudra que j'aie un héritier à mon tour. Mon père devra m'initier à la gestion de la fortune, mais je n'en ai aucune envie."
Les derniers mots étaient sortis dans un souffle. Même dans la pénombre des cachots, Severus vit bien le visage désespéré de son ami. Il se sentait bien démuni, comment pouvait-il lui remonter le moral ? Pour lui, malgré ses appréhensions, le destin qui s'offrait à Regulus était parfaitement enviable. Il n'aurait aucun problème, disposerait de ressources quasiment illimitées d'argent et pourrait faire ce que bon lui semblait. Pourquoi se plaignait-il ainsi ? Il aurait volontiers échangé son destin avec le sien.
La cloche annonçant la fin de la recréation résonna dans tout le château, obligeant Severus à laisser son ami derrière lui pour monter au quatrième étage pour son cours de métamorphose. Il allait devoir supporter les insupportables Gryffondor mais pour une fois, cela le chagrinait un peu moins. Peut-être parviendrait-il à glaner quelques informations supplémentaires sur ce qu'il s'était passé pendant les vacances. Avec leur discrétion habituelle, ils allaient sûrement laisser filtrer des informations intéressantes.
Mais à son grand désespoir, les deux heures qui s'écoulèrent leur laissèrent largement la possibilité de s'exprimer mais aucune de ces paroles n'était digne d'intérêt. Severus avait naturellement été la cible de certaines de leurs blagues, mais il avait pris soin de ne pas riposter. Il aurait été idiot de se faire expulser du cours et de manquer ce qu'ils disaient. Tous ces efforts de contrôle sur lui-même avaient été vains, rien n'avait filtré.
Le reste de la journée puis de la semaine furent dans le même esprit. Les quatre Gryffondor agissaient comme si rien, absolument rien, ne s'était passé. Ils avaient un comportement normal et même Regulus ne parvenait pas à en savoir plus.
Le samedi matin, une effervescence inhabituelle régnait dans la Grande Salle. Alors que la plupart des élèves profitaient du week-end pour dormir plus tard, presque toutes les tables étaient bondées dès huit heures. C'est en voyant que certains élèves portaient leur équipement de Quidditch que Severus se souvint qu'il y avait un match dans la matinée. Observant attentivement les tables, il en déduisit que c'était Serpentard contre Gryffondor. Une rencontre qui se déroulerait encore sous haute tension et où tous les coups seraient permis. Pour la première fois depuis son intégration dans l'équipe des verts et argents, Regulus allait affronter James Potter et Severus se mit à espérer de tout son cœur qu'il parviendrait à le battre.
Lui qui ne s'intéressait absolument jamais à ce sport brutal, il décida d'abandonner sa chère bibliothèque pour assister au match. Toutes les maisons allaient encore être pour les Gryffondor, un peu de soutien ne serait pas malvenu. Et puis, il était curieux de voir ce que valait Regulus sur un balai.
Dès dix heures, il suivit le flot des élèves vers le terrain et chercha une place en tribune. Il ne tenait pas du tout à être au milieu de ses camarades, mais il comprit rapidement qu'il n'avait pas le choix. Bousculé et chahuté de partout, il commençait à regretter d'être venu lorsqu'il vit les quatorze joueurs s'élancer dans les airs pour faire un premier tour d'honneur. Severus les observa attentivement. Il ignorait que certains d'entre eux qu'il connaissait faisaient partie de l'équipe de Quidditch. Il s'y intéressait tellement peu que même certaines règles étaient encore floues pour lui. Il dévisagea Regulus lorsqu'il passa devant lui, son regard était impassible, rien ne laissait paraitre qu'il était stressé ou qu'une catastrophe avait bouleversé son destin moins d'une semaine avant. Il était totalement concentré, le vent faisant voler les pans de sa robe verte telles les ailes d'une chauve-souris. Quand les Gryffondor passèrent, Severus nota une différence sensible d'attitude. James était souriant, passait en narguant la maison de ses adversaires.
Après les formalités d'usage, les balles furent lâchées et le ballet des joueurs commença. Ils volaient à des vitesses incroyables, Severus avait même parfois du mal à suivre les actions tant le Souaffle passait de joueurs en joueurs au cours d'actions toujours plus spectaculaires. Les poursuiveurs slalomaient entre leurs adversaires, faisaient des écarts pour éviter les cognards que leurs envoyaient les batteurs adverses. La foule hurlait à chaque fois que la grosse balle en cuir s'approchait des buts. Quelques arrêts exceptionnels du gardien Gryffondor déclenchèrent les huées des tribunes vertes. A son poste de poursuiveur, James se distinguait à chaque action. Contrairement à son crétin de meilleur ami, James était intelligent et était capable de mettre en veille son image de playboy pour atteindre ses objectifs. Il en avait la volonté et c'était cela qui faisait de lui un ennemi aussi redoutable.
Les Serpentard avaient pris l'avantage à la faveur d'une action particulièrement réussie de la part des poursuiveurs, mais Severus ne put s'empêcher de grimacer lorsqu'un batteur rouge envoya un cognard en direction de leur gardien. C'était totalement interdit et le bruit mat de la balle le heurtant dans le torse résonna dans tout le stade. Le gardien chuta de son balai jusqu'à s'écraser sur la pelouse, plusieurs mètres en contrebas.
Suite à cet incident, un penalty fit tirer permettant aux Serpentard de creuser l'avantage mais le pauvre gardien ne put remonter sur son balai, obligeant l'un des batteurs à prendre sa place. La rencontre était donc clairement déséquilibrée et Gryffondor ne tarda pas à marquer plusieurs buts pour reprendre l'avantage. Alors que la rencontre était plutôt bien partie, elle devenait à chaque seconde plus catastrophique.
Severus leva alors les yeux vers les attrapeurs qui volaient au-dessus du stade en tentant de repérer le vif d'or. Comme plus tôt, Regulus était concentré et observait avec méthode l'intégralité du terrain tout en faisant des cercles. A l'autre bout, l'autre attrapeur avait lui aussi adopté cette stratégie. Il était lui aussi sérieux, et avait perdu cette attitude arrogante qu'il avait plus tôt. Il voulait gagner et mettait tout en œuvre pour cela.
Soudain, Severus vit du coin de l'œil Regulus faire une pointe de vitesse sur son balai, attirant l'attention de l'autre poursuiveur et de l'ensemble du stade. Malheureusement, il n'avait fait cela que pour éviter un cognard qui l'avait pris pour cible. Aussitôt, les poursuiveurs redevinrent le centre de l'attention générale, mais pour quelques secondes seulement. C'est Jones qui cette fois-ci se mit à voler à toute allure vers le camp des Gryffondor. Regulus se mit à le poursuivre et il fallut toute la ruse Serpentard pour ralentir l'attrapeur rouge et or. Un poursuiveur Serpentard qui tenait le Souaffle au moment où Jones passait sous lui s'en servit de cognard. La grosse balle rouge atteint son adversaire au visage, lui faisant perdre quelques précieuses secondes. Regulus faisait à présent la course en tête et parvint à se saisir de la petite balle dorée.
Une bronca résonna dans le stade lorsqu'il leva un point victorieux en direction de sa tribune et que le coup de sifflet final retentissait. La côte des Serpentard était déjà basse, mais cette victoire sportive n'allait sûrement pas la faire remonter, surtout en voyant la façon dont Regulus avait repris la tête de la poursuite.
Mais peu importait, les verts et argents avaient fait un pas décisif vers la victoire finale et cela seul comptait. Pour une fois, Severus se laissa entrainer dans l'euphorie générale et participa aux célébrations qui eurent lieu dans la salle commune. Il avait vu le regard furieux de Potter et cela lui avait fait chaud au cœur.
C'était exactement ce dont il rêvait depuis des années, et enfin ce jour béni était arrivé.
Nous allons laisser les Serpentard terminer de fêter cette victoire dignement !
J'espère que ce chapitre vous a plu. Ils devraient tous faire cette longueur (un peu plus que ce que je fais habituellement). N'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de ce début, j'adore discuter avec vous, c'est très enrichissant pour moi et qui sait ? Peut-être que vos remarques pourront influencer la suite de l'histoire qui est toujours en cours d'écriture.
La suite viendra dans deux semaines, le 27 septembre !
A bientôt
