Chapitre 12 : Où débutent les festivités.

Autant résumé la première réunion comme étant désastreuse. Entre les œillades insistantes du commandant, les regards en coin d'une Cassandra réprobatrice, il ne restait d'agréables souvenirs que la présence de Joséphine et Léliana. Même Eline n'avait pas été d'un grand secours pour le coup. À singer dans son dos en lui lançant des piques vis-à-vis de Cullen, elle avait eu une terrible envie de la baffer durant toute la réunion. À la sortie, elle avait traversé la chanterie au pas de courses, faisant courir Eline derrière elle. « C'est toujours comme ça, les réunions ? » s'enquit la brunette devenue un semblant raisonnable grâce à l'absence de Blackwall. Poussant la porte de ses deux mains, Mathilde retrouva l'air vraiment très frais de Darse et continua d'avancer. « Oui… long, chiant… la seule différence c'est que d'ordinaire, Cassandra n'a pas envie de me tuer ! »

Elle descendit les escaliers tout en cherchant du regard le reste de l'armée des gogoles. Ils avaient du boulot et ils allaient s'y mettre tout de suite. Plus vite, ils auraient terminé avec les quêtes secondaires de Darse, plus vite ils s'en iraient tous joyeusement crapahuter dans les marches solitaires. Et ça promettait d'être vraiment très… particulier. Autant ne pas leur dire tout de suite d'ailleurs, qu'ils allaient devoir mettre leurs courts entraînements à profit. « Et on fait quoi maintenant, madame ? » demanda Eline qui galopait toujours derrière la messagère, qui elle n'avait pas l'intention de s'arrêter tant qu'elle n'aurait pas récupérer sa bande de bras cassés. « On retrouve les autres et on va s'amuser à récupérer les trucs pour tout le monde. Tu sais bien… Les papiers pour le chimiste, les métaux et la source de bois pour le forgeron et cette satanée responsable des réquisitions. » Un large soupir vient accueillir les paroles de la rousse, lui faisant hausser les yeux vers le ciel, s'attendant aux pleurnicheries de la voleuse brune. « Oui, mais… on n'a pas besoin de tous y aller… » Mathilde s'arrêta pour contrecarrer directe les paroles d'Eline, qui allait sans aucun doute tenter d'échapper à la balade dans la neige. « On va se séparer, on ira deux fois plus vite. Surtout que je dois encore aller parler avec Solas, pour m'assurer son amitié. Alors, tu préfères aller faire mumuse dans la neige ou venir parler avec moi et Solas ? » Au regard de panique de la brune, la rousse reprit son chemin en déclarant : « C'est bien ce qu'il me semblait. Bon, ils sont où bordel ?!»

« Messagère, vous cherchez quelqu'un ? » demanda alors la voix de Varric qui se tenait près du feu, comme à son habitude dans le jeu. « Si vous cherchez vos amis, ils se sont regroupés à la taverne. Vous auriez deux minutes à m'accorder seul à seul ? » Acquiesçant aux paroles du nain, elle se tourna alors vers Eline. « Je vous rejoins. » Elle regarda s'éloigner la voleuse avant de s'approcher du feu avec le nain et de lui faire face. « Bon… maintenant que Cassandra n'est plus dans les parages pour essayer de vous tuer… comment vous vous sentez ? » Mathilde haussa simplement les épaules, sans vraiment savoir ce qu'elle allait répondre à ça. Ni bien, ni mal dans le fond. « Parce qu'il n'y a pas si longtemps, tout le monde voulait votre mort et maintenant, on vous porterait presque aux nues. D'autres auraient tenter d'étaler ça sur plusieurs semaines au moins. » continua le nain sur le ton de la dérision, mais en étant tout de même très sérieux. Dans la tête de la mage, cela raisonnait comme un triste écho. Non seulement, elle venait effectivement de passer du noir au blanc en quelques jours, mais elle était passé d'une vie bien rangée dans son réel à celle tumultueuse de son personnage de jeux vidéo.

Autant dire que malgré les semaines déjà passées ici, elle n'était pas encore totalement en phase avec ça. « Je vous avoue que je n'y comprends vraiment rien. Je suis complètement perdue et je me demande encore si tout ça est bien réel… » fini par confier la rousse en soupirant d'un air las. Ses yeux bleus se posèrent sur le feu qui crépitait près d'eux, se perdant dans les méandres des flammes. « Ouais… Si c'est une blague que nous fait le Créateur… la chute a intérêt à être bonne. Il a un drôle d'humour en ce moment. » soupira également le nain en regardant pareillement les flammes. « Enfin, essayez de ne pas vous tuer à la tâche, voulez-vous. Ce qu'il nous faut c'est un putain de miracle, même si on ne manque pas de héros dans le coin, je le sais bien. Mais ça… »

« Oui, ça dépasse un peu tous les héros réunit… Varric, je ne suis ni un héros, ni un miracle, je le crains. Toutefois, je ferai ce que je peux et en tenant compte du conseil de ne pas me tuer avant l'heure. » lança finalement la rousse en tapotant amicalement l'épaule du conteur, qui lui envoya un sourire aimable. « Au moins vous avez les pieds sur terre, Messagère. Ah et encore une chose… Votre amie, la naine, elle aime les bonnes histoires vous pensez ? » Mathilde s'arrêta dans son élan pour aller retrouver les autres gogoles et se retourna lentement vers Varric, les yeux écarquillés. 'Noooooon…mais juste non quoi…' se plaignit-elle en elle-même pour qu'un scandale n'éclate pas. Qu'allait-elle répondre à ça ? Il était hors de question que Christelle commence à se faire des idées et tente-t-elle aussi des percées héroïquement connes pour s'approcher de Varric. « Euh… je pense que oui… mais ce qu'elle aime surtout ce sont les rouges-à-lèvres. » Et merde, pourquoi elle avait dit ça ? C'était sorti absolument tout seul sans qu'elle ait vraiment réfléchit à ce qu'elle allait dire. « Je vous laisse, Varric. Je repasserais plus tard, j'ai quelques questions à vous poser concernant ce fameux lyrium rouge. »

« Pas de problème, bien que ce ne soit pas mon sujet préférer, mais… je comprends que ça vous intéresse. À plus tard. » conclu le nain en retournant sous sa tente près du feu. Ce qui étonna Mathilde, mais elle n'allait pas chercher midi à quatorze heures, elle avait des gens à aller voir et une mission à confier aux gogoles.

En entrant dans la taverne, la messagère d'Andrasté se trouva face à une scène des plus cocaces. Ils étaient tous assis à la même table, sirotant un verre de diverses boissons, mais c'était surtout la disposition à table qui valait la peine. À l'une des extrémité, Christelle était assise sur une chaise, rehaussée de plusieurs livres sous ses fesses. En face d'elle, Allison qui ne cessait de lui jeter des regards noirs de mécontentement. Elle était retenue au niveau d'un avant-bras par François à sa gauche et Charlotte à sa droite. Christelle était, quant à elle, protégée et surveillée par Gabriele et Nora. Eline se trouvait assise entre les deux groupes et en face d'elle restait la seule place encore vide. C'est à cette place que la mage se mit en silence. Ils se regardèrent tous en chien de faïence, attendant quelque chose… Une parole ou un signe. Finalement, au bout de longues secondes, François rompit ce silence devenu franchement très lourd. « On fait quoi maintenant, ma sœur ? » Tout le monde était désormais pendu aux lèvres de la nouvellement nommée messagère d'Andrasté. « On va s'occuper des quêtes secondaires du début… »

« Mais elles sont justement secondaires, Mathilde ! Elles ne servent à rien. » clama alors Eline, totalement contre l'idée de perdre son temps. Le regard noir que lança ensuite la rousse, qui venait d'être grossièrement interrompue, fût tel que même la gogole suprême se recroquevilla sur sa chaise. « D'accord, on ne les fait pas. Donc on ne fournit pas d'armes fonctionnelles aux soldats de l'inquisition. On ne donne pas de recette miracle à l'alchimiste pour nous aider non plus. Tu es sûre de vouloir vivre l'aventure ici avec des gens mal armés, qui ne vont donc pas servir à grande chose pour te tenir en vie ? Ou sans potions de soins valable pour te soigner ? Tu me le dis tout de suite, si tu veux mourir prématurément. » Lança la mage sur un ton aussi calme, que froid en regardant toujours fixement son amie en face d'elle. « Personnellement, j'ai quelques réticences à cette idée et je n'ai pas vraiment envie d'essayé de mourir, pour voir si je vais ressusciter ensuite ! Tu as encore des objections ? » Eline ne dit rien, se contentant de regarder la table devant elle en faisant la tête, marmonnant sans bruit le fameux gnia gnia, mais n'osa à aucun moment contre-dire la logique de Mathilde.

D'ailleurs personnes n'osa dire un mot pour donner suite à ça, ce qui surpris grandement la messagère d'Andrasté qui se serait attendue à un peu plus de vie. Mais soit, puisqu'il en était ainsi. « Vous allez vous scinder en deux groupes. François, tu prends Gabriele et Allison avec toi. Je vous confie la tâche d'aller chercher du métal et la source de bois pour le forgeron. Eline, tu prends Nora et Christelle. Vous irez chercher la fameuse recette qu'il faut à Adan, l'alchimiste. Et Charlotte… » la susnommée se recroquevilla sur sa chaise, comme si elle allait se faire frapper. « Tu viens avec moi. Je vais aller parler à Solas. Mais tu as interdiction d'être à moins de deux mètres et tu ne dis rien. Tu as compris ? RIEN. » Puis, levant la main impérieusement pour faire taire ceux qui allaient protester d'ici peu. « Deux mètres, parce qu'elle est avec moi. Dès qu'elle sera seule ce sera de nouveau trois mètres ! Et si, vous faites ce que j'ai dit sans râler, vous aurez tous droit au même traitement avec vos 'âmes-sœurs'. Alors, encore là ? » À peine eût-elle fini ces mots, que tout le monde quitta sa place à grande vitesse, pour se ruer dehors. Mathilde regarda alors Charlotte, seule restée à sa place, qui la regardait avec des yeux pétillants de lumière. « Merci, Dieu… ». La mage secoua sa tête et vida les lieux suivie de Charlotte.

C'est ainsi qu'une bande de six gogoles, chargés de mission devenue capitale à leurs yeux, sortit des remparts de Darse. L'air assuré et tous habillé de leur armure pistache, ils avançaient en ligne. Les uns à côté des autres, comme un mur humain et cheveux aux vents. Il ne manquait que les lunettes de soleil et on se serait imaginé dans un épisode des experts, si on y ajoutait aussi la musique. Autant dire que si Mathilde avait été dans les parages, elle se serait taper le front du plat de sa main. Au bout de quelques mètres, Allison s'arrêta en pointant quelques choses du doigts et hurla : « METAL ! » Aussitôt, François et Gabriele armé de leur pioche se jetèrent sur le minerait pour l'extraire. Eline, Nora et Christelle secouèrent leur tête consternée, avant de reprendre leur marche. « Bon. On y va nous. On va être sympa, comme ça ne va pas nous prendre beaucoup de temps, on va vous trouver le bois. » lança Nora en suivant Eline qui savait parfaitement où elle se rendait.

Pendant ce temps, Charlotte trottinait d'impatience derrière Mathilde qui se rendait auprès de Solas pour le grand moment de discussion. « Charlotte arrête ! » persiffla Mathilde en lui jetant un regard des plus noir. « Je vais voir mon Solas… Mon magnifique Solas… tu ne peux pas comprendre ça. » chantonna Charlotte en sautillant presque sur place. La mage soupira en ayant une furieuse envie de se taper le crâne contre un mur. « Non, en effet. Je ne peux pas comprendre comme tu es tombée amoureuse d'un elfe chauve, désagréable, casse-couille et qui est en plus un traitre à la fin du jeu ! » Lança-t-elle à voix basse pour que personne ne l'entende. Sinon bonjour les dégâts, on la prendrait pour une dingue, ce qu'elle n'était pas loin d'être. « Moi seule comprends. » trancha Charlotte en lançant un regard noir à son amie. « Je comprends sa sensualité mystérieuse et la noirceur de son érotisme. » Elle leva la tête et gravit les marches pour aller se poster à deux mètres de Solas, comme le lui avait expressément ordonné Mathilde.

Cette dernière resta muette de surprise, se demandant qui était cette personne et qui lui avait volé Charlotte. Retrouvant enfin ses esprits, elle gravit les marches à son tour pour aller trouver Solas qui semblait l'attendre. « Messagère d'Andrasté… venue pour assurer notre salut à tous. » commença-t-il sans cacher l'ironie de sa voix. Ironie que Mathilde ne s'empêcha pas d'accentuer. « Ouais… il ne me manque plus qu'un splendide destrier mythique et le tableau est complet. » Elle se posa à moitié détendue contre le muret de pierre face à son interlocuteur, qui lui sembla moins désagréable que dans le jeu. « Un griffon serait parfait, mais hélas, ils sont éteints. Plus sérieusement, je me demande quel genre de héros vous serez et quelles décisions vous prendrez à l'avenir. »

Et voilà… ça devenait le moment critique de la discussion, parce qu'elle n'avait pas les solutions sous la main. Ce serait plus difficile que prévu… « Je dirais le genre qui a la tête sur les épaules, une bonne dose d'humilité et qui sait entendre les conseils d'autrui pour rester en vie et faire ce qu'il faut. J'ai besoin d'apprendre des gens qui m'entoure et puis, l'objectif premier n'est-il pas de fermer cette brêche ? J'aurais bien besoin de votre aide, si c'est ce que vous voulez savoir. » Peut-être quand le caressant dans le sens du poil absent, cela l'aiderait. « Des paroles pleines de sagesse, il convient de le souligner. Dans ce cas, je vais rester. Du moins pour un temps… » À ces mots, Charlotte ravala un cri de stupeur autant que de crainte, qui fit tourner la tête des deux autres protagonistes. « On dirait que cela réjouit votre amie. À moins que ce ne soit votre sœur, j'ai du mal à suivre. » confia-t-il sur le ton de la taquinerie. Solas taquin, si on lui avait dit qu'elle verrait ça un jour.

« Ne vous en faites pas, Varric prépare un volume détaillé sur ma famille et mes filiations amicales diverses pour Cassandra. Je demanderai qu'il vous fasse une copie. Je suis ravie que vous restiez Solas. Je ne sais pas où vous comptiez aller avec ce bordel, mais il est forcé de constater qu'au moins ici, nous sommes si pas à l'abris au moins utile. Et si vous vous tracassiez de ce que Cassandra aurait fini par vous faire, ne vous tracassez pas. Je pense qu'elle s'adoucit à force de temps, sinon je serais déjà morte. Cela vous dérange si… enfin, si je viens bavasser avec vous de chose et d'autres de temps en temps ? Je pense que vous avez beaucoup à m'apprendre sur l'immatériel. » Un sourire énigmatique, mais non moins chaleureux se dessina sur les lèvres de l'elfe chauve et Mathilde sû qu'elle venait de monter son approbation. « Avec plaisir, Messagère. » conclu-t-il. Celle-ci se leva de sa place et passa à côté de lui pour récupérer Charlotte par le bras. « Et je m'appelle Mathilde, pas Messagère. Je vous saurai gré de m'appeler ainsi, s'il vous plait. Vous ne croyez pas plus que moi à cette histoire d'envoyée du Créateur. » « Il est vrai… Mathilde. » termina-t-il avant de les regarder s'éloignée.

Continuant à marcher en tirant Charlotte derrière elle, Mathilde s'arrêta près de la Chanterie et secoua l'elfe qui marmonnait : « Ah mon Solas… Il a un rire si beau, un visage si parfait… Et ce crâne ! » « Charlotte, ça suffit ! Ne m'oblige pas à te frapper bon sang ! » Mais l'elfe restait dans son monde et Mathilde dû mettre sa menace à exécution et foutre une claque à Charlotte. Celle-ci revient alors sur Thédas et la regarda outrée. « C'est bon, tu as fini ? Bien ! Maintenant, tu files me chercher Gabriele et tu me l'envoie ici. Allez oust, ou je ne t'amène plus jamais avec moi voir Solas ! » L'elfe ne protesta pas, elle avait bien trop peur que la messagère ne la prive effectivement de son précieux Solas. Elle détala au pas de course pour tenter de rejoindre les autres gogoles.

Soupirant après le départ de Charlotte, Mathilde se dirigea alors vers la tente où se trouvait Léliana, en train de prier le Créateur. Il était temps de commencer à opérer un changement chez elle. Elle s'approcha en silence de Sœur Rossignole en prière et attendit qu'elle ait fini. Lorsque la rousse encapuchonnée se releva, elle l'attaqua d'emblée : « Vous parlez au nom d'Andrasté, n'est-ce pas ? Alors, qu'est-ce que sa messagère pense de tout cela ? » « Que la vie est injuste et le monde complètement fou. Je ne sais pas si cette réponse vous convient. Toujours est-il que je n'ai pas été envoyé par Andrasté, donc je ne parle pas pour Elle. » Cela, elle était bien placée pour le savoir. Si quelqu'un l'avait envoyé ici, c'était sa télévision ! Ou sa tour d'ordinateur, au choix. Mais certainement pas Andrasté. Nonobstant, elle se voyait mal dire ça à Léliana, mais elle savait parfaitement qui était à l'origine de la survie de son personnage. « Mais je comprends votre peine. Je connais les enseignements de la Chanterie et je sais que Justinia était sa plus fidèle servante. Je sais aussi que c'était une personne juste et tournée vers les autres. Je comprends que sa mort vous paraisse injuste, qu'elle vous affecte à ce point et je vous présente mes plus sincères condoléances. Elle ne méritait pas cela. » Léliana sembla un instant déstabilisé d'être ainsi percée à jour, mais la mage n'avait pas de temps à perdre avec ses bondieuseries. « Elle n'affecte pas que moi, elle nous affecte tous. J'ai l'impression que tout ce que j'ai fait à son service n'a mené à rien. » « Je ne dirai pas cela. Avec Cassandra, vous avez lancé l'Inquisition. Une inquisition que la divine elle-même voulait. Ce n'est pas rien. C'est un autre but qui se dessine dans votre vie et dans celle de tous ses partisans. » À cet instant, Gabriele arriva essoufflé par sa course, les mains sur les genoux et la bave aux lèvres. Mathilde secoua sa tête et retient un soupire, il fallait continuer sa tournée des personnages. « Merci. » dit simplement Léliana avant de retourner à son bureau de fortune. « Remettons-nous au travail. Nous parlerons plus tard. »

Quittant Léliana sans se faire prier, Mathilde embarqua le nain pour retourner dans la Chanterie. Sur le chemin, elle s'adressa à lui : « Comme pour Charlotte. Deux mètres et pas un mot. Même si l'approbation de Joséphine ne m'importe pas, tout est décisif ici. » Le nain, toujours pas remit de sa course, acquiesça sans protester. Ouvrant la porte qui menait au bureau de Joséphine. Elle tomba sans surprise sur cette dernière en pleine discussion avec le Marquis Durelion. « L'inquisition ne peut pas rester Ambassadrice ! » clama ce dernier d'un ton pathétiquement menaçant. Avisant le nain qui retroussait ses manches, Mathilde l'attrapa par le col de son armure pour le retenir d'intervenir. « Nous n'avons pas d'autre choix, Marquis. En attendant, laissez-moi vous présenter à l'âme charitable qui s'est démener pour fermer la brèche. Dame Trevelyan, voici le Marquis Durelion, grand partisan de feu la Divine Justinia. » « Et le propriétaire légitime de Darse. » jugea bon de préciser l'impudent en s'adressant directement à la messagère. Celle-ci tenait toujours le nain qui souhaitait en découdre avec lui, pour avoir osé manquer de respect à sa belle Joséphine.

« Voici Gabriele Cadash. Maintenant que les présentations sont faites, non, on ne bougera pas. » claqua la voix de la Messagère dans le silence qui se faisait. « Nous n'avons nulle part où aller, sans compter que nous avons énormément de blessés, qui faisait tous partie des pélerins. Que pensez-vous que la divine aurait penser de vous, si vous nous chassez ? Cette inquisition est le dernier souhait de Justinia, sa dernière pierre à son grand édifice et vous voulez nous envoyez au diable comme de vulgaire mal apprit ? » Joséphine autant que le Marquis furent surprises des paroles de la mage. Ce dernier balbutia quelques mots avant de finir par s'exprimer clairement. « Euh… oui. Je vois. L'inquisition peut rester en attendant. Ambassadrice. Messagère. Maitre Nain. » Puis, il vida les lieux faisant soupirer Mathilde qui relâcha enfin le nain calmé. « Ah les bureaucrates… L'inquisition a de la chance de vous avoir pour négocier avec des gens pareils, Dame Montilyet. » Joséphine se mit à rougir, les yeux maintenant river sur Gabriele, qui regardait l'antivane avec des yeux amoureux. Il était temps de passer à autre chose, sinon ça allait mal se finir. « Bon, je vous laisse. » Et elle tira le nain derrière elle, en claquant la porte. Une fois dans la grande salle, elle poussa le nain devant elle. « Va me chercher, Christelle. Et au pas de course, si tu ne veux pas finir avec 6 mètres de distance. » Le nain détala et la mage soupira. 'J'en ai marre, mais j'en ai marre…' Elle vida les lieux et passa par la taverne pour aller chercher un verre d'eau. Elle avala ce dernier à petite gorgée, laissant ainsi le temps à la naine d'arrivée sur place.

Lorsque son verre fut vide, elle quitta la taverne pour retrouver Christelle à bout de souffle qui semblait l'attendre en bas des escaliers. « Bon… tu viens ? ». La naine ne se fit pas prier et en un éclair, elle se retrouva à côté de la mage. « Deux mètres et pas un mot. » Sans la laisser répondre, elle s'éloigna en direction de Varric. Un peu apeurée, Christelle se planqua derrière la messagère en observant le nain qui leur tournait le dos. « Je reviens à vous, cher Varric. J'ai cru comprendre que le lyrium rouge trouver dans le temple vous avait contrarié. » Le nain se retourna vers la messagère et fût surpris d'apercevoir Christelle. Un état d'hébétude se lu sur son visage, qui ressemblait un peu trop à l'état de gagatitude des gogoles amoureux. Tout mais pas ça, bordel de Créateur. « Oui… je me disais que… enfin, si sur notre chemin on en trouvait… » Varric qui ne trouvait pas ses mots, alors ça c'était assez inhabituel. Mathilde croisa les bras sur son torse et regarda le nain avec insistance, bon sang ça risquait d'être long.

« Oui, si c'est aussi dangereux que vous le laissez sous-entendre, nous ferons en sorte de le détruire. Mais qu'est-ce que c'est au juste ? Une nouvelle sorte de lyrium ? » tenta-t-elle de poursuivre afin de voir à quel point le nain était mordu de sa naine de copine. Un silence se fit avant que le marchéens ne finissent pas la regarder. « Le lyrium rouge est au lyrium, ce que le dragon est au lézard. Ce n'est vraiment pas comparable. Et je vous remercie de prendre cette affaire au sérieux. » Mathilde acquiesça et recula lentement vers l'arrière sans lâcher le nain du regard et tout en tirant Christelle derrière elle. « Bonne journée Varric. » Puis, elle fit volte-face et entraina la naine dans son sillage pour sortir de Darse. Voilà bien quelque chose qui l'avait perturbée. Varric, le nain qui jurait mordicus qu'il n'aimait que Bianca et elle ne parlait pas ici de l'arbalète, était réellement fou de Christelle. Elle qui pensait qu'il avait dit ça en riant en voyant la tête de la dite naine en sortant des cachots. Mais non ! Encore un couple de maudit dans les deux sens.

Alors qu'elle était toujours dans ses réflexions, elle entendit le groupe de gogoles revenir. « Eh oh, Eh oh, on rentre du boulot. » chantaient les gogoles en cœur, se faisant dévisager par les gens alentours. Dans la tête de la rousse ces mots raisonnaient : 'je vais les tuer…'. La troupe au complet arriva près de la mage et de la mini-guerrière. Ils déposèrent alors leurs chargements et c'est Nora qui prit la parole : « Et maintenant, on met ça où ? » demanda-t-elle en croisant les bras. La messagère tendit son bras vers l'arrière en montrant la forge. « Le métal et le bois chez Harrit. Les papiers chez Adan près de Solas. Non, Charlotte. Toi, tu vas porter les trucs chez Harrit avec Gabriele et Christelle. Nora et Allison iront chez l'alchimiste. François, tu viens avec moi voir Cassandra. Eline, tu m'attends j'aurai besoin de toi aussi. On se retrouve à la taverne quand vous avez fini. »

François suivit alors sa sœur en direction du coin d'entrainement de Cassandra. Elle lui fit les mêmes recommandations qu'aux autres. S'approchant de la chercheuse qui martyrisait un pantin de bois, celle-ci grogna en voyant arrivé la mage et le voleur à cornes. « On devrait peut-être vous en trouver de plus solide ? » demanda la mage en regardant la chercheuse, la présence rassurante de François dans dos. Cassandra balança son épée par terre et se lança dans un monologue sur la légitimité de l'inquisition. « Est-ce que j'ai fait le bon choix ? Est-ce que l'histoire se souviendra de moi comme une visionnaire ou une traitresse. » Ah les questions existentielles de la chercheuse. C'était le moment qu'elle détestait le plus, mais c'était aussi le moment décisif pour éviter que la chercheuse ne devienne sa pire ennemie. « Vous deviez le faire. Vous vous êtes peut-être trompée, Cassandra, mais vous aviez de bonne raison de vous méfiez de moi. Et de mes amis par extension d'ailleurs. Je ne vous en veux pas. » La chercheuse fût d'abord surprise, mais elle s'adoucit pratiquement automatiquement. « Merci… c'est plus réconfortant que je ne l'aurai cru. Je suis curieuse. Vous dites que vous ne croyez pas que le Créateur vous a envoyé. Mais croyez-vous-en lui ? »

Alors ça, c'était la question à deux sous cinquante. Elle n'avait jamais cru en Dieu, mais elle savait également que dire qu'elle ne croyait à rien diminuerait l'approbation de la jeune femme. « Oui. » Elle entendit François derrière elle qui étouffait un rire. Ce qui assombrit le regard de Cassandra. « C'est rassurant. Cependant, votre ami ne semble pas de cet avis. D'ailleurs, puis-je savoir ce qu'il a à me regarder de la sorte. » Mathilde secoua sa tête, puis se tourna vers François. Celui-ci regardait la grande brune avec son air ahuri d'amoureux. Alors, la mage poussa son frère vers la forge. « Rien, rien. Je pense qu'il est juste fatigué et qu'il pense aux excellents plats qu'il va faire prochainement. Je vous laisse chercheuse, c'était un plaisir. » Une fois hors de portée de la Chercheuse, elle lâcha le Qunari et regarda la gogole qui souriait bêtement. Elle tapota l'épaule du frère de Mathilde pour le consoler des nouvelles difficultés avec Cassandra. « Elle finira par s'y faire. C'est toujours difficile au début avec elle tu sais. » Lui assura alors la gogole. François fit un triste sourire avant de s'en aller, sans doute rejoindre la taverne avec les autres gogoles. « Elle est terrible. Dire qu'il n'y pas si longtemps, c'est elle qui voulait que je… laisse tomber. Allez ramène toi ! » lança la mage avant de partir au pas de cours à l'autre bout du camps d'entraînement. « Et on va où ? » s'enquit la voleuse qui suivit en marchant vite, mais sans courir. « À ton avis, il n'en reste qu'un ! »

Au moment où, elle arrivait en vue du Commandant pour terminer sa tournée des clampins, la messagère d'Andrasté fût bousculé par un soldat maladroit. Son pied se prit dans une pierre cachée par la neige et se tordit la cheville. Déséquilibrée, elle tomba en arrière et sa tête percuta un coffre en bois bardé de fer qui se trouvait non loin. Eline mit ses deux mains sur sa bouche, soudainement pétrifiée de ce qui venait de se produire. De son côté, le Commandant accouru auprès de la mage étendue inconsciente en hurlant : « Messagère ! ». Il s'agenouilla dans la neige en la secouant doucement. « Mais faites quelque chose, Cullen ! » Ce dernier leva ses yeux d'ambre vers la sœur de la rousse, un air perdu sur le visage, ne sachant que faire.

« Mais soulevez là et portez la dans votre lit. Vous voyez bien qu'elle est inconsciente, elle va se congeler ici ! » « Oui…euh… oui, vous avez raison… non, dans son lit c'est mieux. » Il la souleva comme fétu de paille et prit la direction des portes de Darse, qui étaient encore ouverte. Derrière lui, Eline le suivait en pestant. « Mais votre lit était plus prêt ! Vous allez lui faire du mal ! Est-ce que vous m'écoutez quand je vous parle, Cullen ? » Une fois à l'intérieur des remparts, le commandant prit à sa gauche et entra dans la petite maison, où la messagère avait vécu sa première convalescence. Il posa l'évanouie sur le lit en prenant soin de poser sa tête sur le coussin. « Et maintenant ? Il faut que je prévienne Adan. » commença par dire le grand blond, avant d'être arrêté par Eline. « Non, vous ne pouvez pas la laisser comme ça. Poser vos mains au niveau de sa poitrine et vous les massez comme ça. » Elle décrivit des petits cercles avec ses deux mains. Son vis-à-vis la regarda avec des yeux éberlués et regarda ensuite la mage aux yeux clos.

« Vous êtes sûr ? » demanda-t-il incertain. Eline lui prit les mains et les apposa sur la poitrine de son amie. « Je sais ce que je dis ! Je suis infirmière, moi, commandant ! Puis, vous posez vos lèvres sur les siennes et vous les remuer un peu. » Le rouge monta aux joues du féreldien, toujours pas sûr de lui et surtout très gêné de la situation, mais il faisait ce que l'infirmière lui disait. « Mais, je ne dois pas insuffler de l'air ? » « Surtout pas ! Sinon, elle ne se réveillera pas ! Vous allez la tuer en soufflant. » Après une courte hésitation, l'homme s'exécuta et Eline le regarda faire avec un petit sourire triomphant ! C'était sa vengeance. Mathilde avait autorisé tout le monde à s'approcher de leurs amis, mais elle n'avait pas son Blackwall, elle.

Dans son dos, une voix s'éleva mécontente : « Elle va te tuer… » dit platement Gabriele qui fusillait Eline du regard. François sembla rire de la situation avant de rejoindre le nain. « Te déchiqueter, oui. » « C'est du génie ! » applaudit alors Charlotte discrètement. Quant à Nora, Christelle et Allison, elle était partagée entre rire et pleurer. Sans doute par pitié pour Cullen qui allait salement morfler sous peu.