Titre : Renoncer et hésiter
Chapitre : Comprendre
Fandom: Fullmetal Alchemist
Disclaimer : l'oeuvre et les personnages appartiennent à Arakawa
Timeline : avant le début du manga. Se passe lorsque toute l'équipe est stationnée dans l'Est.
Avant d'y aller : Merci à Musing-and-Musing, Hawkeye59, Shirenai, et Nuradone pour vos reviews ! Je suis contente d'avoir pu vous embêter jusqu'à la fin ! Petit bonus : le point de vue de Franck qui a été au coeur de l'intrigue mais dont on a pas eu la version ! J'espère que ça vous plaira :)
Comprendre
Franck n'est pas stupide.
Passé la surprise et la joie, il a bien vu la tristesse et le regret dans les yeux de Riza. Il a bien compris que cette réponse qui tarde à venir ne sera sans doute pas positive. Il devine bien plus que ce qu'elle ne pense mais à ce moment précis, il donnerait cher pour comprendre pourquoi.
Riza représente la femme parfaite à ses yeux. Belle, forte, aussi bien physiquement que mentalement, drôle et intelligente. Elle sait qui elle est et où elle va, et elle n'a pas besoin de lui dans sa vie. C'est ce qui fait tout son charme. Riza se suffit à elle-même, elle n'a besoin de personne mais elle lui a fait une place dans sa vie et Franck aime à penser qu'il lui apporte cette touche de fantaisie, de folie qu'elle n'aurait peut-être pas sinon.
Bien sûr, elle ne lui dit pas tout. Franck a bien compris que ses parents constituaient un sujet sensible et malgré ce qu'elle peut croire, il sait aussi qu'elle ne lui a pas dit toute la vérité au sujet de ce tatouage sur son dos. Celui-ci représente sûrement plus que ce qu'il imagine. Un hommage à un de ses parents ? un ancien amant ? Mais quelle importance, au fond ?
Les opérations de l'armée restent également confidentielles et ce qui se passe entre les murs du Quartier Général reste entre les murs du QG. A l'exception de quelques bribes, Riza ne lui livre aucune information concernant ses coéquipiers, mais Franck s'est fait à l'idée. Il accepte qu'elle garde cette partie pour lui, qu'elle conserve ses secrets et ses mystères car malgré tout, elle est toute à lui et lui tout à elle. Du moins, c'est ce qui lui semblait.
Franck était convaincu que leur relation se déroulait aussi bien que possible, qu'ils étaient heureux ensemble et qu'ils envisageaient tous les deux un futur commun, sans quoi il ne lui aurait pas fait sa demande. Mais depuis, Riza est distante, fuyante et lorsqu'elle disparaît le soir du réveillon sous prétexte d'un dossier urgent, Franck n'est même pas surpris.
Même s'il est blessé, il n'est pas en colère contre Riza parce qu'elle hésite. Le mariage n'est pas une décision qu'elle peut prendre à la légère et il comprend. Mais il aimerait savoir pourquoi elle a peur, pourquoi elle doute car alors il pourrait lui parler, essayer de la rassurer, de lui apporter des réponses. Mais ce n'est pas la façon dont fonctionne Riza Hawkeye et Franck sait que la bataille se jouera sans lui. C'est ce qui le rend le plus amer.
Comme un lion en cage, il débarrasse le repas, à peine entamé, fait la vaisselle et nettoie la cuisine pour tromper son impatience. Il s'est tellement fait à l'idée de ne pas revoir son amie avant le lever du jour, que lorsque le téléphone sonne, il lui faut un moment avant de comprendre d'où vient le son.
Et l'instant d'après, le sol bascule sous ses pieds.
Aussi vite qu'il le peut, Franck fonce à l'hôpital. Malgré toutes ses hésitations et réticences, Riza l'a renseigné comme contact d'urgence et une partie de son cœur se réchauffe à cette idée. Cela doit bien signifier quelque chose, non ? Mais tout son corps est tendu par l'angoisse : un accident de voiture. Elizabeth Hawkeye est pour l'instant examinée par les médecins. Peut-il venir ce soir ? Le plus vite possible ?
Les urgences sont presque désertes lorsqu'il arrive et les infirmières ne tardent pas à lui indiquer la direction de la salle d'attente. Et à sa grande surprise, Franck constate qu'il n'est pas la seule personne à attendre Riza.
"Bonsoir.
- Monsieur, salue Franck d'une voix tendue.
- Nous nous sommes déjà rencontrés, je suis…
- Son supérieur, je sais. Vous nous avez interrompu en plein dîner, je me souviens.
- Désolé, s'excuse Mustang avec une grimace, à laquelle Franck ne répond que par un haussement d'épaule."
Pour une raison qu'il a dû mal à comprendre, Franck s'agace de le voir à l'hôpital. Que fait-il ici ? Pourquoi est-il là ? Sa voix est plus sèche qu'il ne l'aurait voulue.
Le soldat semble comprendre son interrogation ou peut-être se sent-il obligé de se justifier ? Il ajoute : "J'étais d'astreinte ce soir-là, j'ai entendu l'alerte sur la radio."
Cette explication rassure un peu Franck qui finit par s'asseoir sur un de ces horribles sièges en plastique. Mais l'agitation dont sont prises ses mains ne se calme pas. Il pianote sur le siège à côté de lui, sans pouvoir s'en empêcher.
"Est-ce que vous savez que ce qui s'est passé ?"
Le militaire hésite une fraction de seconde.
"Le lieutenant Hawkeye est revenue au bureau pour traiter un dossier urgent…
- Elle était vraiment obligée de le faire ce soir ? Cela ne pouvait pas attendre ?
- Elle n'est pas revenue suite à ma demande", répond calmement Mustang et cette précision lui fait l'effet d'un coup dans le ventre.
Riza n'avait aucune obligation. Elle est partie car elle ne supportait pas l'idée de rester avec lui.
Mustang continue d'une voix calme : "Nous avons discuté un instant… à propos de ce dossier, puis Hawkeye a décidé de rentrer chez elle. Après cela, j'ai entendu l'alerte sur la radio et je suis venu ici aussi vite que possible, mais je n'ai pas plus de détails que vous."
Franck hoche la tête. Ils vont devoir attendre que les médecins reviennent et il n'a, pour lui tenir compagnie, que cette horrible angoisse lui tord le ventre, la certitude que Riza a fui leur dîner et son agacement irrationnel envers l'autre homme.
Mais elle l'a renseigné comme son contact d'urgence. Cela doit bien signifier quelque chose, non ?
Franck se raccroche comme il peut à ce qui pourrait le rassurer. Il y a l'angoisse due à cet accident mais aussi la distance dont son amie fait preuve et les deux sont difficiles à dissocier. Une partie de lui ne peut pas s'empêcher de se demander : Riza aurait-elle même souhaité sa présence à l'hôpital ?
"Est-ce que vous avez eu l'occasion de discuter, avant qu'elle ne reparte ? demanda-t-il brusquement."
Sa tentative est pathétique et il le sait. Mais tout plutôt que le silence. Tout plutôt que d'essayer de deviner en vain ce qui se passe dans la tête de Riza.
"Du dossier, acquiesce l'officier.
- De rien d'autre ?"
Le militaire secoue la tête.
"Vous êtes formés à la conduite, non ? Comment est-ce que…"
Franck a déjà vu Riza conduire. Même en cas de bouchons, d'accidents, naviguer entre les voitures semble d'une facilité déconcertante pour elle et il sait qu'elle a déjà fait face à bien pire. Comment a-t-elle pu avoir un accident alors que les routes sont presque désertes ? Sa demande aurait-elle pu la distraire à ce point ?
"Nous sommes formés, mais cela ne signifie pas que nous sommes infaillibles. Peut-être que la fatigue…"
Franck se prend la tête entre les mains. La fatigue ou autre chose.
Mustang s'interrompt en voyant son expression et son air impassible n'en irrite Franck que davantage, sans qu'il ne sache pourquoi. Peut-être à cause de la demande, de ce dîner avorté, peut-être à cause du refus imminent, mais Franck ne supporte pas de le voir ici dans la salle d'attente avec lui.
Riza lui a parlé de Mustang. De ce bel officier qui fait tourner la tête de toutes les femmes qu'il croise. Même si elle lui en a parlé avec détachement, comme si elle n'était pas affectée, Franck n'a pas pu s'empêcher de ressentir un pincement de jalousie. Surtout après l'avoir brièvement rencontré lors de ce dîner interrompu. Mustang est un beau, charismatique et même maintenant alors qu'il s'inquiète par sa subordonnée, son profil reste élégant, presque touchant. Mais Franck ne comprend pas ce qu'il fait là et la pensée qu'il n'est pas le seul homme à tenir à Riza lui tord les boyaux.
Il devrait se réjouir de voir que les collègues de son amie tiennent à elle, font attention à elle. Mais il n'y arrive pas. Parce que Riza ne l'épousera pas. Parce qu'elle ne l'aime pas suffisamment. Parce qu'il n'est pas l'homme de sa vie. Et face à Mustang, dans cette salle d'attente, Franck ne peut s'empêcher de se demander à quel point il compte pour elle et à quel point il est insignifiant face à d'autres hommes comme Mustang.
C'est peut-être de la paranoïa, l'inquiétude qui le fait délirer mais face à son silence, Franck ne peut que supposer. Et en l'occurrence, il suppose le pire.
Il coule un regard vers Mustang qui reste silencieux et impassible dans son coin, bras et jambes croisés. Et Franck ne peut s'empêcher de noter l'inquiétude sur son visage. Se soucie-t-il ainsi de tous ses subordonnés ? Ou bien uniquement de Riza ? Tant de questions auxquelles il n'aura probablement jamais la réponse. Et lentement, les secondes qui s'égrènent.
Après ce qui semble être une éternité, un médecin apparaît finalement.
"Pour le lieutenant Hawkeye ?
- Je suis son contact d'urgence, répond Franck en se levant d'un bond."
Mustang a la courtoisie de rester assis et secoue la tête : "Je suis son officier supérieur. Monsieur passe en premier, je peux attendre ici.
- Il serait préférable que vous lui rendiez visite ensemble. Les blessures liées à l'accident ne sont pas graves. Le lieutenant Hawkeye est réveillée mais nous la gardons en observation pour la nuit. Vous pouvez la voir quinze minutes, pas plus, et après elle devra se reposer."
Franck sent l'hésitation de Mustang et hausse les épaules. Le soulagement de savoir que Riza va bien le submerge et peu importe que cet autre vienne avec lui. Il veut juste la prendre dans ses bras un instant avant qu'elle ne s'endorme. Il sera de toute façon, de retour à l'hôpital à la première heure le lendemain.
Alors, Mustang sur ses talons, il suit le médecin qui lui débite des termes médicaux auxquels il ne comprend rien et lorsqu'il la voit, Franck se remet alors à respirer, sans avoir souvenir d'avoir un moment retenu sa respiration.
Riza est dans ses propres vêtements, assise sur un lit. Franck remarque quelques coupures au visage et ses cheveux, plus en bataille qu'ils ne l'étaient à son départ de la maison, mais hormis ces détails, rien n'indique qu'elle a été impliquée dans un accident de voiture.
En deux enjambées, Franck est à ses côtés et la serre aussi doucement qu'il le peut dans ses bras.
"Je vais bien, lui souffle-t-elle à l'oreille. Un accrochage, rien de grave.
- J'ai eu tellement peur.
- Je sais, mais je vais bien."
Franck recule pour mieux examiner son visage qu'il tient entre ses mains. Ce n'est pas les coupures qui l'inquiètent mais son regard. Ses grands yeux tristes qu'il veut fouiller. Peut-être qu'avec l'accident, les choses auront changé. Peut-être que le choc aura effacé sa peur, son hésitation, mais il n'en est rien. Et par-dessus tout cela, Franck lit la gêne et l'inconfort lié à sa présence. Avec un sourire amer, il recule et lâche son visage.
Il le sait et elle le sait. Sa décision est prise.
Dans son dos, Mustang s'est arrêté à l'encadrement de la porte. Il suffit d'un regard qu'il saisit au vol, d'une fraction de seconde pendant laquelle les yeux de Riza cherchent ceux de Mustang, pour qu'il comprenne.
Franck n'est pas stupide. Il a compris que la réponse qui tarde tant à venir vient de lui être donnée. Et il comprend maintenant qu'il n'a jamais été rien d'autre qu'insignifiant face à Mustang.
Fin
Alors ? Qui se sent coupable d'avoir détesté Franck alors que le pauvre n'a rien fait de mal et s'est contenté de tomber amoureux de Riza (chose qu'on peut comprendre quand même) ?
Cette scène à l'hôpital est très cliché (j'admets tout) mais quelque part, ça me semblait être le dénouement le plus approprié. Je voulais d'une scène où Franck remarque l'inquiétude de Roy et l'échange de regard entre les deux... et je n'ai pas réussi à trouver un autre élément perturbateur (et je n'allais pas jeter Riza au milieu d'une nouvelle scène de bagarre rien que pour ce bonus x)). Mais voilà qui clôt définitivement le recueil. J'espère que vous aurez aimé :)
