Bonjour à tous !
Et oui c'est moi, je suis toujours en vie ! Mais même si je n'ai absolument plus de vie cette année, ça ne m'a pas empêché de participer comme tous les ans au Secret Santa du Collectif Noname ! Et cette année, j'ai écrit pour... AurelPatte ! Est publiée aujourd'hui la première partie sur les quatre que comportera cette histoire, avec à priori une publication toutes les deux semaines. Je reprend ici l'UA de la maladie d'Hanahaki. Pour ceux ne connaissant pas, ce sera expliqué plus bas dans le chapitre. Au programme slash, romance et drama, j'espère vraiment avoir misé juste et que cette histoire te plaira Aurèle !
Disclaimer : L'univers de Star Wars ne m'appartient pas, je ne fait qu'en utiliser les personnages !
Bonne lecture !
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PARTIE I : Fleur de souvenir
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Obi-Wan se souvenait parfaitement du jour où il avait craché son premier pétale. De façon excessivement prévisible, ce souvenir s'était inscrit de façon indélébile dans son esprit et sa mémoire.
Presque neuf ans après être devenu son padawan, Anakin fêtait ce jour-là son dix-huitième anniversaire, atteignant enfin la majorité et devenant ainsi un adulte. Malheureusement, ils n'étaient pas sur Coruscant en ce jour si particulier, mais sur Jelucan. Les deux clans à la tête du gouvernement de cette petite planète rocheuse s'affrontaient depuis plusieurs années pour le monopole de leurs exploitations minières. Leurs dirigeants pourtant parvenus à un compromis et à une trêve provisoire, avant de demander l'aide du Sénat galactique pour faire cesser définitivement cette situation de crise. Obi-Wan et son padawan avaient donc été envoyés par le conseil afin de présider aux échanges et d'aider à établir un traité de paix officiel tout à fait le genre de mission diplomatique soi-disant ennuyeuse qu'abhorrait Anakin.
Toute la journée, Obi-Wan avait sciemment feint d'ignorer la date stellaire du jour pour s'impliquer pleinement dans les débats, devant par ailleurs s'interposer à plusieurs reprises entre les différents membres de cette commission de paix, membres qui n'avaient de diplomates que le titre. Anakin l'avait admirablement secondé, désamorçant de lui-même plusieurs discussions qui n'auraient pas manqué de virer au règlement de compte s'il n'était pas intervenu. Pour autant, à mesure que les heures s'écoulaient, Obi-Wan avait senti la frustration envahir peu à peu leur lien mental, avant d'être lentement effacée par un abattement peu coutumier chez son padawan. Obi-Wan en avait été attristé, mais était résolu à garder le silence encore un temps. Cette majorité était un événement trop important pour être balayé d'un simple « Bon anniversaire » lancé négligemment entre deux conversations et aussitôt oublié il tenait à faire les choses correctement pour lui.
La soirée était bien avancée lorsqu'ils avaient enfin pu regagner les appartements mis à leur disposition. Ou, pour être tout à fait exact, Obi-Wan regagnait leurs appartements tandis qu'il envoyait Anakin faire une quelconque commission à l'autre bout du bâtiment. Rien d'excessivement long, juste le temps qu'il lui fallait pour dresser la table, faire réchauffer leur repas et sortir gâteau et paquet. Il finissait tout juste de disposer les couverts lorsque la porte s'était ouverte sur son padawan.
Le sourire d'Anakin… Même si l'avait voulu, Obi-Wan aurait été incapable d'oublier le sourire radieux que lui avait alors adressé Anakin en découvrant leur salon métamorphosé. Un sourire brillant et lumineux, tandis que ses yeux mouillés brillaient d'un éclat singulier, trahissant malgré lui toute son émotion. Pour la première fois depuis bien trop longtemps, la conversation n'avait pas eu pour sujet une mission quelconque – pas même celle qu'ils menaient actuellement – ou l'entrainement d'Anakin, mais le partage de souvenirs communs ayant marqué ces neuf dernières années, entre anecdotes tantôt cocasses, tantôt émouvantes. C'était une parenthèse bienvenue dans cette vie mouvementée qui était la leur, et l'occasion de renforcer encore le lien si particulier qu'ils entretenaient.
Mais tout bascula lorsqu'Obi-Wan lui offrit son paquet. Les jedis se devaient de n'avoir que peu de possessions, et les présents étaient de fait assez rares. Mais au vu de la joie manifeste d'Anakin en découvrant son cadeau, cette légère entorse au règlement en valait la peine. Toutefois, cela n'avait pas préparé Obi-Wan à l'étreinte de son padawan, qui se jeta pour ainsi dire dans ses bras. Troublé, le maitre jedi ne manqua pourtant pas de refermer ses bras sur lui, profitant égoïstement de ce moment de complicité entre eux. Moment qui fut tragiquement rompu par une brève quinte de toux de sa part, rompant brutalement leur étreinte. Obi-Wan balaya toute trace d'inquiétude chez son padawan et lui réitéra ses vœux de bonne fortune et ses compliments avant de l'envoyer se coucher, lui assurant qu'il rangerait le maigre désordre qu'ils avaient mis. Après tout, la journée avait été longue, et celle du lendemain le serait tout autant.
Ce n'est qu'une fois bien certain d'être seul qu'il laissa glisser son masque assuré, révélant enfin toute sa panique. Au sol, un mince pétale violet semblait le narguer, étalant aux yeux de tous sa faiblesse et ses manquements. Comment Anakin avait-il pu ne pas le remarquer, alors que le pétale s'était échappé de sa bouche pour venir s'échouer au sol, il ne se l'expliquait pas mais il en remerciait la Force.
Avec horreur, Obi-Wan réalisait lentement que ce qu'il s'était efforcé de considérer comme un désir honteux et une affection grandissante pour son padawan allait en vérité bien au-delà de tout ce qu'il avait pu imaginer.
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Ça avait commencé près de deux ans plus tôt. Anakin n'avait alors que seize ans, tandis que lui-même en avait presque le double. Après des débuts difficiles – tous deux portant le deuil de Qui-Gon, de ce maitre qu'il avait été pour l'un et aurait pu être pour l'autre – ils avaient peu à peu réussit à trouver leur équilibre, jusqu'à établir un lien et une relation complice et hautement fusionnelle, en surprenant plus d'un au Temple. Peut-être était-ce dû à ce deuil commun, ou à ces épreuves qu'ils avaient traversées ensemble, sur Naboo et Tatooine. Peut-être était-ce dû à la grande proximité de leur âge. Après tout, les jedis attendaient généralement plusieurs années après leur adoubement avant de prendre un apprenti, et lui-même était devenu chevalier assez jeune, à tout juste vingt-cinq ans, adoptant Anakin comme padawan dans la foulée.
Toujours est-il que la force de leur lien n'était plus à démontrer, de même que la profonde affection qui les liait. Il savait que les maitres du Conseil les tenaient à l'œil, mais il n'était pas rare – et même relativement courant, plus qu'ils ne voulaient bien l'admettre – qu'un lien fort se tisse entre un maitre et son padawan. Comment auraient-ils pu travailler en si parfaite harmonie autrement ? Aussi Obi-Wan ne se préoccupait guère des rumeurs, piques mesquines et autres racontars sur leur grande proximité, savourant sans gêne ni honte ce lien si fort et puissant entre eux, et pourtant si différent de celui qu'il avait entretenu avec Qui-Gon.
C'était un jour ordinaire au temple. Anakin et lui n'avaient aucune mission de prévue dans les prochains jours, aussi avait-il décidé de profiter de ce temps pour poursuivre l'entrainement de son padawan au combat au corps à corps, qu'il n'avait que trop délaissé ces derniers temps au profit du maniement du sabre. Mais comme son apprenti semblait déterminé à perdre et oublier son arme aussi souvent que faire se peut, lui apprendre à se débrouiller sans ne pouvait pas être une mauvaise idée.
Ils avaient donc investi très tôt dans la journée l'une de salles d'entrainement du temple, et ne l'avait quitté que très brièvement pour pouvoir se restaurer lors de la pause méridienne. A présent, la journée touchait à sa fin, ainsi que l'entrainement. Mais pour l'heure, Anakin s'était donné pour mission de réussir la dernière prise que lui avait enseigné son maitre, et ce dernier savait que son padawan refuserait tout bonnement de quitter la salle tant qu'il n'y serait pas parvenu.
Ils enchainaient les passes depuis de longues minutes déjà quand Anakin tenta pour la énième fois cette fameuse botte secrète. Était-ce la fatigue qui engourdissait ses membres, l'entêtement et la persévérance d'Anakin qui payait, une distraction de sa part alors que son regard s'attardait une seconde de trop sur le visage concentré de son apprenti, éclairé par la lumière du soleil couchant ? Sans doute un mélange de toute cela, et de bien plus encore. Obi-Wan para l'attaque une seconde trop tard et se retrouva mis au tapis, Anakin lui saisissant les poignets et l'immobilisant de tout son corps.
Ainsi bloqué au sol, Obi-Wan avait une conscience accrue de tout ce qu'il se passait autour de lui, son monde se réduisant brutalement à un seul nom : Anakin. Leurs respirations haletantes, et le souffle haché d'Anakin qui venait s'échouer dans son cou. Leurs peaux moites de sueurs, et leurs torses pressés l'un contre l'autre, ayant tous deux laissé tomber depuis longtemps les tuniques qui entravaient leurs mouvements. Les doigts d'Anakin refermés sur ses poignets, qu'il venait machinalement effleurer d'une douce caresse. Les yeux enfin, les yeux de son padawan rivés aux siens, tandis qu'une langue timide venait humifier ses lèvres desséchées par la chaleur et l'effort.
Mais avec cela, Obi-Wan avait également parfaitement conscience du poids d'Anakin assis sur son aine, et des frottements insistants qu'il générait sans même s'en rendre compte, à la recherche d'une position plus confortable.
Ils étaient deux hommes, dont l'un en plein puberté, vivant ensemble vingt-quatre heure sur vingt-quatre depuis sept ans maintenant. Ce n'était pas la première fois que ce genre « d'incident » survenait alors qu'ils étaient en présence de l'autre, à fortiori lors des sessions d'entrainement. Lui-même avait eu le droit à ce genre de scène particulièrement gênante, à l'époque où il était encore le padawan de Qui-Gon. Toutefois, c'était la première fois qu'il ressentait… quelque chose. Un sentiment, une émotion que son esprit troublé ne parvenait pas clairement à identifier, et qui n'était pas dû – pas entièrement du moins – à cette banale réaction physique.
Tout à coup affreusement conscient de cette dernière, il se racla la gorge, espérant qu'Anakin attribuerait la rougeur de son visage à l'exercice et à la chaleur plutôt qu'à la gêne. Fort heureusement, son padawan semblait bien plus gêné que lui-même ne l'était, quand bien même il ne s'agisse pas de la première fois, et probablement pas de la dernière non plus. Obi-Wan préféra donc clôturer la séance d'entrainement pour qu'ils regagnent leur appartement pour un repas et un repos bien mérité, oblitérant soigneusement l'événement pour se plonger dans une longue conversation.
Mais une fois seul dans sa chambre, Obi-Wan n'était pas allé se coucher, préférant au sommeil une séance de méditation. Ses sens étaient encore troublés, et il ne parvenait pas à identifier la source de pareille perturbation. Pourquoi un incident aussi banal que celui survenu un peu plus tôt s'attardait ainsi dans son esprit ?
Il y pensa pendant des jours entiers. Qu'importe combien il souhait l'ignorer et faire table rase de ce passé embarrassant, ce souvenir venait immanquablement le hanter. Les pensées fugitives qui avaient traversé son esprit sur l'instant se bousculaient dans sa tête, accompagnées de ces sentiments qu'il ne comprenait pas.
Les jours devinrent semaines. Ensemble, Anakin et lui allaient en mission, s'entrainaient au Temple, ou simplement voyageaient à travers la galaxie afin de parfaire l'éducation de son padawan. Et le souvenir était toujours là. Mais pire encore, il vit progressivement d'autres s'y ajouter. Et si Anakin était encore un adolescent, lui n'avait plus depuis longtemps l'excuse bien facile d'être contrôlé par ses hormones. Toute la maitrise soigneusement acquise au cours des années semblait voler en éclats.
Cependant, hormis ces instants d'une intimité rare qui faisaient frémir sa peau bien malgré lui, rien n'avait changé entre eux. On ne pouvait d'ailleurs pas véritablement parler de changement, ces moments avaient pour ainsi dire toujours existé, et ce n'était que très récemment qu'il avait réellement pris conscience de leur nombre, de leur effet, et des émotions infiniment volatiles et dangereuse qu'ils suscitaient en lui. Émotions qu'il s'efforçait d'enfouir profondément en lui, leur déniant le droit même d'exister. D'un seul coup, il comprenait mieux la méfiance des maitres, et leur suspicion vis-à-vis de leur trop grande proximité. Lui-même ne pouvait plus la récuser.
Pour autant, il était tout simplement incapable de s'éloigner d'Anakin comme il l'aurait dû. Anakin était plus que son padawan et son élève, il était sa famille. La seule famille qui lui restait depuis la mort de Qui-Gon. Oserait-il le dire ? Il était la personne la plus importante de sa vie, sans nul doute possible. S'il était véritablement l'Élu comme l'avait cru son maitre, alors c'était la Force elle-même qui avait mis le jeune Skywalker sur son chemin. De là, qu'y avait-il d'autre à ajouter ?
Mais tout cela n'était que des excuses. Excuses bien trouvées certes, mais des excuses quand même. La Force, le destin, l'Élu… Tout cela n'était qu'un prétexte pour ne pas s'attarder sur ce qu'il ressentait réellement, un prétexte dont il se satisfaisait autant que faire se peut.
Obi-Wan aurait sans doute pu continuer longtemps ainsi, partagé entre cette affection grandissante et le déni de quelque chose de plus… s'il n'y avait pas eu le dix-huitième anniversaire d'Anakin et ce maudit pétale.
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Obi-Wan n'avait pas dormi de la nuit. Mais la fatigue accumulée ces derniers jours ou les maux de tête causés par les débats n'étaient rien face au tumulte qui régnait dans son esprit, et que même la méditation ne parvenait à apaiser.
Un pétale. Un foutu pétale.
Il n'était pas idiot, il savait pertinemment ce que cela signifiait. Hanahaki, maudite Hanahaki. Cette maladie naissait à cause d'un amour à sens unique, forçant celui qui en était victime à cracher et à tousser des pétales et des fleurs. Forçant Obi-Wan à admettre les sentiments qu'il avait si soigneusement refoulé pendant près de deux ans. Mais comment nier plus longtemps l'évidence ? Ces pétales violets étaient la preuve de sa faiblesse, et de sa mort prochaine. Car si elle n'était pas soignée, Hanahaki était une maladie mortelle.
Combien de temps lui restait-il à vivre ? Quelques mois, quelques années peut-être, mais guère plus. Après tout, il n'y avait que deux solutions pour venir à bout de la maladie, la première étant de faire de ces sentiments à sens unique un amour réciproque. Mais l'Ordre Jedi réprouvait l'attachement, et tous les liens affectifs et émotionnels qu'il pouvait entrainer. Alors leur démontrer ainsi tous ses manquements, et par la même occasion entrainer Anakin dans sa chute ? Il s'y refusait.
L'autre alternative était une intervention chirurgicale complexe, venant retirer les fleurs mais aussi et surtout les sentiments qui étaient la cause de ceux-ci. Et si Obi-Wan venait seulement de prendre conscience de ceux-ci, il se refusait égoïstement à les sacrifier sur l'autel de la raison, quand bien même il s'agisse de la seule chose logique à faire. Ne lui laissant voir qu'une unique issue.
Il allait se taire. Échanger le déni qu'il avait porté si longtemps, sans même s'en rendre compte, contre le mensonge. Aborder en public le même visage serein et impassible qu'on lui avait toujours connu. Ne jamais trahir le trouble et les sentiments qui l'animaient à quiconque, son padawan moins qu'aucun autre. Il allait mentir par son silence, sa fausse indifférence et ses sourires.
Mais pour cette nuit, cette unique nuit, Obi-Wan s'autorisa à laisser couler ses larmes – joie ou peine, il n'aurait su le dire en toute franchise – une main serrée sur sa poitrine.
Voilà, j'espère que ce début te plait Aurèle (ainsi que tout lecteur passant par là !) et te donnera envie de lire la suite. A dans deux semaines !
