Stiles est plutôt heureux dans sa vie, en général. Il a un père génial. Des amis géniaux. Un amant fantastique avec qui il prend son pied parfois plusieurs fois par jours. Doué dans ses études, Berkeley lui tend les bras. Il a absolument tout ce dont un adolescent peut rêver.
Et puis, il y a aussi des matins où, dès qu'il ouvre les yeux, il sent les larmes affluer. Ces matins où l'avenir ne semble plus aussi lumineux et où le présent a des relents de cendres et de goudron. Dans ces moments là, il se contente de rouler sur le coté et d'enfoncer le nez dans les draps, pour se donner l'illusion que, non, Derek n'est pas parti pendant la nuit. Qu'il est seulement en bas, en train de lui préparer un bon café et qu'il remontera dans un instant.
Il serre les paupières mais les larmes débordent, alors il se laisse simplement aller, bercé par l'odeur musquée imprégnant ses draps et le souvenir du souffle de Derek au creux de son oreille.
Souvent, il finit par se lever au bout de quelques minutes. Il prend une douche et change les draps, parce que c'est ce que Derek lui a dit de faire. Selon lui, si Scott arrivait à l'improviste et découvrait l'objet du délit -il avait utilisé ces mots, l'objet du délit- il aurait immédiatement su. Et Derek ne veut pas que cela se sache, hein ? Alors Stiles fait une lessive par jour, et tant pi pour la planète.
Ces jours là, il part au lycée sans manger, parce que rien que l'idée d'avaler un verre de jus lui donne la nausée. Ces jours là, il sourit à ses professeurs, plaisante avec Scott, flirte avec les Freshman qui ont un faible pour lui, tente de se convaincre qu'il est aussi heureux qu'il en a l'air. Et il y arrive. Il est devenu très doué pour se mentir à lui même.
Mais il suffit qu'il rentre chez lui, qu'il retrouve la maison vide, le mot de son père sur le frigo l'informant de ne pas l'attendre pour diner, le texto de Scott qui passe l'après midi avec Kira à "réviser", pour que le mensonge s'effondre. La vérité s'impose alors à lui, presque tendrement. Tu es seul, lui dit-elle. Regarde comme tu es seul.
Alors il s'assied devant la télévision, un paquet de chips entre les mains et tente de faire taire la petite voix doucereuse. Il n'est pas seul. Il a un père, et des amis, et...
Il songe souvent à se prendre un chat. Il rêve de se planter dans un refuge, tendre les bras et ramener chez lui une boule de poil qui lui tiendrait compagnie. Tant qu'il le nourrira et lui grattera les oreilles, l'animal restera à ses cotés. Il ne fuira pas par la fenêtre pendant la nuit. Non, il s'installera contre lui lorsqu'il sera devant la télé, lui miaulera des symphonies lorsqu'il rentrera à la maison.
Puis Stiles se rappelle qu'on n'adopte pas un animal sur un coup de tête et que son père est allergique. Alors il soupire, change de chaine, songe à s'avancer sur ses devoirs de la semaine sans pourtant trouver le courage de se lever.
Il traverse l'après-midi dans un brouillard léthargique, tentant de songer à tout sauf à Derek, ce à quoi il échoue lamentablement. Il se repasse leur rencontre de la veille, le sexe frénétique, puis les draps froids quand le brun est parti sans se retourner.
"On ne reste pas la nuit". C'était une des conditions que Derek avait posé quand Stiles et lui avaient commencé à... se fréquenter. Il ne dort pas chez Stiles, et Stiles ne dort pas chez lui. Toujours envoyer un texto avant de débarquer chez l'autre, pour savoir s'il n'est pas occupé. Garder le secret. (Stiles a également instauré le "pas de sexe au travail", après que Derek l'ai fait renvoyer de son job parce que son patron les avait surpris dans la réserve.)
Cependant, même s'il a été plus que satisfait de l'arrangement les premiers mois, Stiles sait que la situation ne pourra plus persister bien longtemps. Il ne peut plus supporter d'être à la fois si proche et si loin de Derek. Il ne sait dire exactement pourquoi, mais la distance que le brun impose entre eux le tue. Il ne peut pas venir, prendre de Stiles ce qu'il veut puis partir comme un voleur, indéfiniment.
Parce qu'il y avait quelque chose en Derek qui le faisait réagir de façon unique, quelque chose qu'il n'y avait ni en Lydia ni en quiconque qui ait jamais attiré le regard de Stiles. Peut être était-ce simplement physique. Les yeux clairs, pourtant si intense, le corps plus que désirable, la force brute qui s'en émanait...
Non. Stiles le savait, ça allait plus loin. Si c'était simplement physique, il n'aurait pas l'impression d'être poignardé dans le dos à chaque fois que Derek le laissait seul, il ne déprimerait pas en pensant à lui, il ne ressentirait pas cette joie incrédule à chaque fois que Derek répondait à ses baisers.
Sans aller jusqu'à parler d'amour (parce que Stiles savait quel goût avait l'amour, et ce n'était surement pas celui là), il était certain d'éprouver des sentiments pour Derek.
Des sentiments que de toute évidence, Derek ne partageait pas.
Ce n'est pas qu'il était spécialement froid avec Stiles. Ce dernier pouvait même dire qu'en public, leur relation semblait presque amicale. Scott le lui avait fait remarquer quelque temps plus tôt. Il s'était étonné que Stiles ne cherche plus à provoquer Derek sans arrêt, et que le loup cesse de l'envoyer contre le premier mur venu.
Stiles avait simplement répondu qu'ils grandissaient, que ces attitudes de gosses étaient derrière eux et qu'en vérité, Derek l'adorait. Le ton qu'il avait employé devant Scott avait beau être désinvolte, au moment où il avait prononcé ces mots, une lueur d'espoir l'avait traversé. Lueur qui avait aujourd'hui disparue.
Stiles savait ce qu'il en était. Derek lui avait parfaitement fait comprendre qu'il n'avait pas apprécié la plaisanterie et que si jamais Scott apprenait la nature de leur relation, Stiles le regretterait. L'humain avait bien compris que pour Derek, il n'y avait que du sexe, et rien d'autre. Parfois, il se demandait même si Derek n'allait pas voire ailleurs quand Stiles était occupé. Après tout, aucun d'eux n'avait jamais exigé la fidélité.
Toutes ces petites choses, ajoutées au manque de conversation entre Derek et lui le confortait dans l'idée qu'il était bien le seul à ressentir quoi que ce soit.
Mais alors pourquoi Derek revenait-il sans cesse ? Tout aurait été plus simple s'il n'était jamais revenu. Si cela ne s'était résumé qu'a une fois. Ou s'il se contentait de le baiser.
Mais parfois Derek passait sa fenêtre, s'allongeait simplement contre lui, posait sa tête contre son cœur. Il restait là, à le serrer contre lui, à écouter le battement régulier dans sa poitrine comme si c'était la plus belle des mélodies. Et Stiles, si faible, se contentait de sourire et de lui masser le crâne.
Il chérissait ces moments paisibles et silencieux autant qu'il les détestait. Parce que cela faisait miroiter devant ses yeux la possibilité d'une nuit entre ses bras, d'un réveil doux et tendre et d'un avenir ensemble; ce qu'il savait inaccessible. Parce que le poids de Derek sur sa poitrine et ses cheveux sous ses doigts étaient presque meilleurs que tout le sexe qu'il avaient pu avoir ensemble. Parce qu'il se sentait mourir quand ce dernier s'éloignait.
