Ce recueil a été écrit pour l'event du 08 mars du forum francophone de MHA. Il se concentre donc sur les personnages féminins. J'ai prévu quatre chapitres, un pour chaque défi qui a été proposé ce jour-là. Voici donc le premier OS.
Contrainte : écrire un texte en s'inspirant d'une citation.
Citation choisie : « Si vos rêves ne vous font pas peur, c'est qu'ils ne sont pas assez grands. » d'Ellen Johnson Sirleaf
Attention, ce OS contient des spoils jusqu'au chapitre 236 !
Je vous souhaite une bonne lecture
Au féminin
Chapitre 1 : Hana Shimura
Hana avait l'habitude de se cacher derrière son beau sourire. C'était facile pour elle. Elle avait beau être jeune, elle avait déjà compris que c'était sa meilleure arme contre les sautes d'humeur de son père. Ça et les mensonges, bien sûr. Depuis qu'elle était toute petite, Hana avait pris le pli de cacher ses véritables émotions. Dès que son père fronçait les sourcils, elle affichait un doux sourire et il se calmait aussitôt. Les mensonges, quant à eux, se glissaient facilement sur sa langue, bien plus que la vérité. Parce que c'était facile de mentir. C'était facile de sourire. Elle n'avait jamais eu aucun mal à regarder son père dans les yeux et à lui dire ce qu'il voulait entendre. C'était comme jouer un rôle. Elle savait le faire. Elle avait toujours su le faire.
Elle s'était, depuis longtemps, convaincue que c'était pour un mieux. Ça rendait son père heureux. Et si son père était heureux, au moins, il n'y avait plus de tension à la maison. Elle ne voulait pas affronter sa colère en lui révélant ses véritables pensées. Elle connaissait les règles, après tout. Elle savait qu'il était interdit de parler des héros. Donc, elle n'en parlait jamais. Elle faisait si bien semblant que même elle commençait à se convaincre que ce n'était pas si important que ça. Que ses pensées finiraient par partir. Après tout, elles étaient enfouies si profondément en elle que c'était comme si elles n'étaient pas réelles, non ?
Alors, quand on lui demandait quels étaient ses rêves pour l'avenir, elle souriait et elle mentait. Elle s'était inventé une histoire et la récitait, sans peine, dès qu'elle le devait. Elle racontait donc, à quiconque voulait l'entendre, qu'elle rêvait de se marier avec son prince charmant. Hana se fichait des garçons, tout comme elle se fichait de trouver l'amour, mais c'était ce que son père semblait attendre d'elle, alors elle jouait le jeu.
Elle aurait pu continuer longtemps comme ça, à faire semblant, à tromper tout le monde, à se tromper elle-même. Mais l'illusion finit par vaciller lorsqu'un jour, tout bêtement, Hana entra dans le bureau de son père pour lui parler. Cette fois-là, elle oublia de frapper à la porte – comme souvent, à vrai dire – et vit alors son père cacher précipitamment quelque chose derrière son dos. Son regard semblait même brillant lorsqu'il se tourna vers elle. Elle ouvrit la bouche pour lui demander ce qui se passait, mais son père la chassa aussitôt, avec colère. Hana s'enfuit alors dans sa chambre, sans demander son reste. Son cœur battait très vite. Son père lui faisait toujours peur quand il se mettait dans cet état-là.
Mais, dans le fond, ce n'était qu'une scène banale. Et pourtant, elle bouscula son quotidien. Parce que Hana ne pouvait pas oublier ce qu'elle avait vu... Elle avait tellement besoin de comprendre son père qu'il ne lui en fallait pas plus. Sa curiosité mal placée la poussa donc à retourner dans le bureau à la première occasion. C'était mal, elle le savait, mais c'était plus fort qu'elle. Et puis, ce défi remettait des couleurs dans son quotidien si sombre, rempli de fausses histoires.
Hana s'amusait toute seule avec cette mission tout juste inventée. Alors, chaque jour, elle se rendait dans cette pièce et avançait dans son exploration. Ce n'était qu'un jeu un peu dangereux. Elle ne pensait pas réellement trouver quelque chose... Jusqu'au moment où elle tomba sur une photo et plusieurs lettres.
Surprise, elle observa longuement les deux personnes présentes sur la photo. Une femme enlaçait un enfant, qui lui paraissait familier. Elle était jolie. Hana aimait particulièrement son sourire. Intriguée, elle lut ensuite les lettres et elle comprit alors que cette femme était non seulement une héroïne, mais aussi la maman de son père... sa grand-mère... Cette révélation la choqua. Elle lui fallut un moment pour la digérer. À partir de ce moment-là, sa vision du monde se mit à changer. Ce rêve, presque honteux, qu'elle taisait au fond d'elle-même, se mit à vivre. Ce n'était pas qu'un simple cliché... c'était, au contraire, une photo pleine de promesse, pour elle. Les émotions se bousculaient dans son cœur. Elle ne voulait pas s'en passer... de cet espoir... de ce sentiment qui paraissait enfin si réel...
Dans les semaines qui suivirent, elle retourna donc dans le bureau dès qu'elle le pouvait. Elle observait, à chaque fois, la photo pendant de longues minutes. Elle aimait regarder les traits de cette femme, avant de fermer les yeux. Dans le noir, elle essayait de la visualiser. Son coeur battait rapidement. À chaque fois qu'elle faisait ça, Hana savait. Elle avait la certitude que son rêve était bel et bien de devenir comme cette femme puissante : une héroïne.
Au fil des jours, son rêve prit de l'ampleur. Elle y pensait sans cesse. Et plus le temps passait, plus elle s'enfonçait dans ses mensonges, plus elle se cachait derrière ses sourires. Son père était, heureusement, facile à tromper. Il l'avait toujours été. Mais Hana commençait à se noyer dans ses ambitions. Depuis qu'elle avait l'impression de pouvoir toucher ce rêve du doigt – tout comme elle avait simplement touché la photo – elle sentait naitre en elle un autre besoin : celui d'en parler. Si seulement, elle pouvait partager ses émotions. Quelquefois, les mensonges et les sourires lui pesaient. Elle aurait tant voulu que cette femme – sa grand-mère ! – puisse se matérialiser. À elle, Hana aurait sans doute pu se confier et cesser, enfin, toute cette comédie. Mais c'était impossible. Sa grand-mère n'était plus de leur monde, Hana l'avait compris à la lecture des lettres qu'elle avait trouvées... Alors, elle devait juste faire avec...
Mais ça devenait difficile. D'autant plus que l'ambiance à la maison se dégradait. Son petit frère, Tenko, était tout le contraire d'elle. Il ne savait pas sourire quand il le fallait et il savait encore moins mentir. Il attirait sans cesse les foudres de leur père. Mais, quelque part, Hana l'enviait. Elle enviait cette facilité qu'il avait à être lui-même. Et puis, ça voulait dire que Tenko partageait peut-être le même rêve qu'elle. Elle se plaisait à y croire. Parce qu'il n'y avait bien qu'avec lui qu'elle se sentait moins seule. Quand elle lui attrapait la main, quand elle lui souriait, elle savait que, pour une fois, elle était sincère.
Hana hésita, mais elle finit par se confier à lui. Parce qu'elle avait le cœur trop lourd. Et parce qu'il était le seul à pouvoir la comprendre. Plus que tout, elle ne voulait plus se sentir seule. Alors, elle partagea avec lui son secret. Elle lui montra la photo. Elle l'encouragea à continuer à y croire. Leur connexion fut plus forte que jamais. Hana sentit une douce chaleur se répandre dans son corps. C'était si bon de pouvoir enfin se confier... À deux, ils étaient plus forts. Hana aurait aimé que rien ne puisse les arrêter. Que leur rêve soit plus fort que tout le reste. Elle voulait juste qu'il suive son exemple. Qu'il se mette à sourire sur commande et à mentir, lui aussi. Mais Tenko ne serait jamais comme elle...
Alors qu'elle continuait à faire semblant, Tenko, lui, n'y arrivait pas. Son père criait de plus en plus souvent sur lui et l'obligeait à rester dans leur cour extérieure, même lorsque que l'heure était tardive. À chaque fois que Hana voyait Tenko pleurer, elle ne pouvait s'empêcher de détourner les yeux. Cette vision était trop difficile à supporter pour elle. Elle ne pouvait que s'éloigner, au lieu de le réconforter. Elle savait qu'aucun sourire, qu'aucun mensonge ne pourrait calmer la fureur de son père, dans ces moments-là... Elle ne pouvait que fuir. Et cette fuite, cette crainte qui paralysait ses véritables envies, la faisait terriblement douter. À présent, elle doutait de son rêve, elle doutait d'elle-même. Au plus ses pensées devenaient concrètes, au plus elles lui faisaient peur. Elle se rendait compte que si elle voulait réellement être une héroïne, elle devrait bien faire face à son père, un jour ou l'autre. Mais ça, elle savait qu'elle ne pouvait pas. Pas quand il se mettait dans des états pareils alors même que Tenko n'avait rien fait...
Ses doutes devenaient si forts qu'elle se faufilait, plusieurs fois par jour, dans le bureau de son père. Elle regardait alors la photo de sa grand-mère, passait ses doigts lentement sur les traits photographiés, en espérant trouver du réconfort. Mais ça ne marchait pas. Au contraire, elle se sentait de plus en plus mal. Une héroïne ne laisserait pas tomber son frère de la sorte. Une héroïne n'aurait pas peur de ses rêves. Alors peut-être que... peut-être que ce n'était pas fait pour elle. Peut-être que c'était trop grand, trop ambitieux, trop... tout. C'était juste hors d'atteinte. Elle ne savait plus ce qu'elle devait faire. Elle était incapable de savoir jusqu'à quel point elle devait se battre. Personne ne le lui avait jamais appris. Personne ne le ferait jamais.
Parfois, Hana se demandait si sa grand-mère la regardait, de là-haut... de quelque part... Si c'était le cas, elle ne devait pas être très fière d'elle. Hana aurait aimé qu'elle lui envoie un signe, n'importe quoi. Elle était tellement désespérée. Mais aucun signe ne vint jamais...
Elle se sentait de plus en plus perdue. Et pourtant, personne ne s'en doutait, dans sa famille. Parce qu'elle continuait de se cacher derrière son sourire et ses mensonges. Elle donnait le change. Tout allait bien. Tout allait toujours bien. Elle aurait pu faire semblant pendant encore un long moment. Seulement, un soir, alors qu'elle retournait voir la photo de sa grand-mère pour la énième fois, son père la surprit. Et là, son monde se brisa.
Elle regarda son père, elle sentit toute sa colère et elle se figea. Elle savait qu'elle devait s'expliquer. Elle devait défendre ses convictions, mais, tout d'un coup, cette photo, qu'elle tenait toujours dans les mains, sembla lui brûler les doigts. Son souffle se coupa. Et elle se sentit engloutie. Engloutie par la vérité. Engloutie par ce rêve trop grand pour elle.
Elle entendit son père crier, mais elle ne comprit aucun mot. Les larmes lui montèrent aux yeux. Elle n'arrivera pas à se cacher derrière un sourire. Pas cette fois-ci. Mais ce n'était pas sa seule arme. Sans même qu'elle ne puisse y réfléchir, les mots quittèrent sa bouche. Elle accusa Tenko. Elle accusa Tenko de tout. Elle pleura de plus en plus fort. La peur l'aspira. Les phrases trébuchèrent sur sa langue. Elle n'avait qu'un seul souhait. Que son père la croit, qu'il éloigne sa colère d'elle. Et, heureusement, il le fit.
Sa fureur se tourna vers Tenko. Et Hana ne put que pleurer. Elle pleura, tout en continuant de mentir. Elle laissa Tenko se faire frapper. Parce que c'était tout ce qu'elle pouvait faire. Etre lâche et mentir. Elle devait se sauver elle-même... elle devait sauver la vérité pour préserver ce rêve qui, pourtant, s'effritait de toutes parts. Aucun mot sincère ne quitta ses lèvres, alors même que son père ne retenait pas sa force.
Tenko finit seul dans la cour extérieure. La tension était palpable dans la maison. Hana partit s'enfermer dans sa chambre, refusant de rester près de son père. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. Ses larmes chaudes lui brûlaient les joues. Elle s'effondra sur le lit, le corps tremblant. Mais qu'est-ce qu'elle avait fait ? Alors que les minutes s'écoulaient, l'horreur de la scène qu'elle venait de vivre s'infiltra dans ses veines. Elle avait été horrible... Elle avait échoué, une nouvelle fois... incapable d'être honnête... incapable d'être elle-même...
Bouleversée, elle mit un long moment à se calmer. Et quand, enfin, les larmes ne s'écoulèrent plus de ses yeux, elle se sentit épuisée. Épuisée et toujours aussi mal. Elle savait qu'elle avait trahi Tenko, qu'elle l'avait laissé tomber. Elle avait paniqué, mais ce n'était pas une excuse. Elle inspira profondément. Elle devait faire quelque chose pour son frère. Elle s'en voulait tellement. Elle prit alors son courage à deux mains et finit par sortir de la maison. Elle essayait de se rassurer. Aujourd'hui était une mauvaise journée, mais demain ira mieux, non ? Quand Tenko lui aurait pardonné, ils pourraient à nouveau rêver tous les deux. S'ils restaient discrets, c'était possible, non ?
Elle était tellement fatiguée de tout ça... de son propre comportement... Elle ne voulait pas revivre ça. Elle ne voulait plus mentir et regarder son frère se faire frapper. Plus jamais. Il fallait qu'elle en parle à Tenko. Si elle pouvait être entièrement sincère avec lui, peut-être qu'ils trouveraient une solution ensemble. Peut-être qu'à eux deux, ils seraient assez forts pour porter le poids de ce rêve.
Lorsqu'elle le rejoignit dans le jardin, elle n'avait donc que de bonnes intentions. Elle voulait s'excuser. Elle voulait que tout redevienne comme avant. Elle souhaitait juste lui tenir la main et lui sourire. Mais, alors qu'elle s'approcha de lui et commença à lui parler d'une voix hésitante, elle se rendit vite compte que Tenko était bizarre. Elle marqua une pause... Non, cette fois-ci, elle ne le laisserait pas seul. Elle s'approcha de lui, à grandes enjambées, pour l'aider, avant de voir... de voir... quoi... ? Elle ne comprit pas... comment ? Ce n'était pas...
Elle ne savait plus. Son esprit se vida en un coup. Ses résolutions s'envolèrent. Elle cria et fit, aussitôt, demi-tour. La peur refroidit son sang. Elle ne pensait plus à son rêve, elle ne pensait plus à rien. Elle voulait juste s'échapper, à nouveau. Comme elle l'avait toujours fait. Mais cette fois-ci, aucun sourire, aucun mensonge, aucune fuite ne put la sauver. Les mains de son frère s'agrippèrent à ses vêtements. Son coeur rata un battement. Elle tomba, avant même de s'en rendre compte. Elle eut l'impression de fondre et puis... juste...
Plus de sourire...
Plus de mensonge...
Plus de rêve...
Juste... du noir...
Merci de m'avoir lue !
