chapitre
Chapitre 1: Sansa
Sansa était penchée sur une liasse de papiers et tentait de comprendre comment elle devait se débrouiller pour administrer le Nord en l'absence de John parti avec Daenerys et toute leur armée pour prendre port-Real à Cersei Lannister. Quelques années auparavant, Sansa aurait trouvé que devoir s'ocuper de choses comme l'allimentation des habitants du Nord, les conséquences financières de la guerre et la politique d'apaisement qu'il fallait élaborer à présent, étaient des activités inintéressantes, et ennuyeuses. Cela pouvait en effet être harassant mais à sa propre surprise, elle se rendait compte qu'elle aimait cette occupation avec des problèmes à résoudre, des décisions à prendre, des stratégies à mener, des gens à aider.
Certes c'était sans doute moins excitant que d'être au coeur des combats comme John ou Arya, mais cela lui convenait mieux. Alors qu'elle tournait une nouvelle page après y avoir gribouillé quelques notes, la porte de sa chambre s'ouvrit brusquement pour laisser entrer Brienne de Tarthe.
-Lady Sansa, j'ai besoin de votre aide déclara le chevalier, essoufflée, Sansa se redressa vivement, il n'était pas dans les habitudes de Brienne de se comporter ainsi, ordinairement, malgré l'affection qu'elle portait certainement aux enfants Stark, elle ne sortait pas de son rôle de garde pour requérir de l'aide. Cette aide pourtant, après tout ce que Brienne avait fait pour sa famille, elle était prête à la donner.
-C'est à propos de J...Ser Jaime Lannister se reprit-elle, et ce ne fut qu'à ce moment-là que Sansa se rendit compte de l'état dans lequel Brienne se trouvait. Son visage était ravagé par les larmes.
-Il voulait retourner à Port-Real, pour Cersei, quand Brown l'a prévenu qu'elle avait mis sa tête à prix précisa le chevalier.
-Je le craignais fit Sansa dépitée.
-Je suis certaine que ce n'était pas son intention depuis le début, c'est juste quand il a entendu son nom...il n'a pas pu s'en empêcher.
-Depuis combien de temps est-il parti? demanda Sansa doucement pour tenter d'évaluer si quelque chose pouvait être fait.
-Il n'est pas parti marmonna Brienne.
-Vous l'avez convaincu ? interrogea Sansa agréablement surprise.
-Je l'ai... venez s'il vous plaît.
Silencieuse, elle suivit le chevalier hors de la pièce, le long des couloirs glacés du château, jusqu'à une chambre à la porte ouverte. Sur le sol était étendu Jaime Lannister, portant son armure et apparemment endormi.
-Que s'est -il passé?
-Quand j'ai compris qu'il allait partir, je lui ai donné un coup sur la tête avec le pommeau de mon épée et cela l'a assommé, ensuite je l'ai emmené ici déclara Brienne, l'expression de nouveau indéchiffrable
-Et vous vous êtes dis qu'il se sentirez mieux sur le sol plutôt que sur le lit interrogea Sansa un demi-sourire aux lèvres.
-Il allait rompre son serment, constata Brienne, puis se reprenant avec quelque inquiétude dans le regard. Ne le jugez pas trop hâtivement Lady Sansa, son passé est... complexe.
-Nous verrons quand il se rév... commença Sansa, mais deux yeux verts venaient de s'ouvrir sur une expression confuse. Sansa regarda Brienne avoir un premier mouvement de soulagement se précipitant vers lui, puis se rappelant sans doute la situation elle se recula rapidement les bras croisés sur la poitrine l'air perdu entre la colère et la tristesse. L'homme se redressa, sans un mot, son visage se teintant de honte et de panique à mesure que la réalité lui revenait.
-Tu m'as assommé fit-il à l'adresse de Brienne, ses mots contenaient tant de choses, du choc, de l'accusation et aussi étrange que cela puisse paraître à Sansa, de la gratitude, du soulagement et de l'admiration.
-Les Stark ne méritaient pas d'être trahis à nouveau répondit sèchement la jeune femme.
-Tu ne méritais pas cela murmura-t-il je ne voulais pas te dire tout cela Brienne. Mais quand j'ai entendu que, qu'elle me cherchait...
-C'est auprès de Lady Stark que vous devriez vous excuser Ser Jaime rétorqua Brienne, le visage fermé.
Sansa revint à elle-même, elle observait l'échange qui avait lieu entre les deux chevaliers avec curiosité. Mais quand Jaime l'ignora pour continuer sa discussion avec Brienne elle crut bon d'intervenir:
-Évidemment, je ne vous laisserez pas retourner à Port-Réal pour aider Cersei à garder le trône. Vous savez que c'est vain.
-C'est ma jumelle, je lui ai promis que nous quitterions ce monde comme nous y étions entrés, ensemble.
-Comme c'est romantique commenta Sansa ironiquement, sauf que justement c'est votre soeur, pas votre femme, ser. Vous pouvez encore nous être utile cependant.
-Lady Stark, je ne souhaite pas m'opposer à votre famille, mais il me faut protéger la mienne, annonça Jaime le ton décidé. Sansa devait admettre que le chevalier était charismatique, comme ceux des chansons qu'elle aimait tant plus jeune, et pourtant, il avait tué un roi, poussé son petit frère du haut d'une toure et avait eu trois enfants avec sa soeur. Pour Bran Stark le grimpeur, le petit frère agaçant et joyeux qui se mêlait de tout ce qui ne le regardait pas, Sansa ne pouvait pas lui pardonner. Pour Brienne, en revanche, pour cette étrange lien qui les unissait tout les deux, et dont elle devinait à peine qu'il impliquait plus que de la camaraderie, pour avoir fait d'elle le chevalier qu'elle était, la jeune fille le tolérait et acceptait de le considérer comme un allié.
Cela était si loin de la binarité de son monde d'avant, avec d'un côté les gentils et de l'autre les méchants! Sansa se trouvait dans une impasse. Des bruits se firent entendre dans le couloir, Bran et Podrick firent leur entrée. Les deux jeunes gens, songea Sansa, offraient un contraste saisissant, Podrick qui était pourtant bien plus âgé que Bran était prompt à exprimer des émotions, et bien qu'il ne soit pas le plus fin stratège de Westeros, en tant qu'écuyer de Ser Brienne il aurait tout fait pour défendre son chevalier et les Stark à qui elle avait prêté serment.
Bran quant à lui, était généralement silencieux, depuis que Sansa l'avait retrouvé quelques mois auparavant elle ne cessait de s'étonner de la distance et de la solennité de son petit frère. Bien sûr, elle était heureuse qu'il soit toujours en vie, qu'il ait gagné ses pouvoirs si particuliers et qu'il soit au prêt d'eux, mais parfois elle ne pouvait s'empêcher d'être attristé par ce Bran qui ne semblait plus vraiment se soucier de choses aussi humaines que le bien-être d'un ami ou d'un membre de sa famille.
-Nous devons partir pour Port-Réal, ils ont besoin de nous là-bas annonça Bran à sa soeur.
-Pourquoi, nous ne pouvons pas nous battre, aussi bien toi que moi, et je dois garder Winterfell en attendant le retour de John.
-La mère des dragons risque de sombrer définitivement poursuivit Bran, comme si on ne l'avait pas interrompu, elle pourrait détruire la ville. Si nous n'agissons pas John devra faire un choix qui le détruira.
Sansa avait passé des semaines à se rationaliser à propos de Daenerys, à se dire qu'il fallait qu'elle se débarrasse de cette méfiance instinctive qu'elle éprouvait à son égard, qu'elle n'avait pas de réelles justifications de son mauvais pressentiment et maintenant Bran dont les pouvoirs de vision à distance étaient prouvés par de multiples faits la mettait en garde contre l'instabilité de Daenerys.
-Que ferions-nous là-bas? -
-Je ne sais pas exactement,simplement nous devons nous y trouver, Winterfell ne sera pas attaqué, nous le laisserons sous la surveillance de banneraies loyaux ajouta le jeune garçon, toujours distant.
-Désolé de vous contredire, fit Brienne à l'adresse de Bran,mais votre soeur et vous êtes en sécurité ici, Port-Réal est en guerre, j'ai promis à votre mère...
-Mon autre soeur et mon frère sont là-bas et nous devons les aider assura Bran. Et ce fut ce qui commença de convaincre sa grande soeur, elle sentit une petite boule de chaleur se former quelque part à l'intérieur d'elle, de part la joie d'entendre son frère exprimer son appartenance et son soutien à leur famille.
-Nous ne les rattraperons jamais à temps s'affola Podrick sincèrement concerné par les chances de réussites de ce qu'il considérait sans doute comme une nouvelle quête chevaleresque à accomplir.
Sansa se demandait s'il était sage de laisser les nordiens croire que les Stark s'intéressaient plus aux problèmes de la capitale qu'aux leurs, d'un autre côté, si elle n'agissait pas quand on avait besoin d'elle, elle perdrait leur confiance qu'elle avait travaillé à construire depuis son retour.
La confiance des nordiens comptait pour elle, dans les deux sens, leur confiance en elle, la confiance qu'elle avait rétabli avec certains lui avait permis de se reconstruire après son atroce mariage avec Ramsay Bolton. Plus que tout, depuis les tentatives de scission du clan Stark de Littlefinger, elle faisait confiance à ses frères et soeur et si Bran lui disait d'aller se jeter au coeur des combats, hé bien certes elle avait mesuré la situation avant parce qu'elle savait que mêmes des visions magiques n'étaient pas infaillibles, mais au final son cerveau et son coeur lui dictaient tout deux de le croire et de partir pour port-réal.
-Nous allons partir rapidement, aujourd'hui et très peu nombreux, une armée aussi importante met du temps à se déplacer, nous avons nos chances, annonça-t-elle.
-Ser Jaime devrait rester ici avec vos bannerais conseilla Brienne, il aidera aussi bien ici.
-Non, je vais à Port-Réal avec vous lança le chevalier, cela pourra vous sembler étrange, mais mes proches seront au milieu de tout cela aussi.
-Votre soeur devra être jugée par un tribunal tenta d'apaiser Sansa, aucun de nous ne peut rien faire pour elle, même si je vous accorde que le résultat final, sera sans doute sa mort puisqu'elle n'abdiquera pas.
-Je suis peut-être le moins intelligent des Lannister, mais je suis conscient de cette... possibilité répondit le régicide bien qu'admettre ce fait semblait presque physiquement le blesser. Cersei S'est rendue coupable de crimes atroces, mais je me dois d'être à ses côtés pour assumer la conséquence de nos actes.
-Pendant des années, peut-être jusqu'à présent, vous avez vécu sous la domination de Cersei, vous vous êtes volontairement privé de responsabilités décréta Bran, quand vous réfléchissez à votre vie, la seule chose qui vous empêche d'être consumé par la haine de vous-même c'est de vous dire que c'était pour Cersei. Il n'est plus temps de cela, régicide, vous ne ferez plus rien pour Cersei.
Tout le monde resta décontenancé par les mots de Bran, comme toujours, et Jaime resta un long moment silencieux avant de reprendre la parole.
-Ce que vous dites est vrai admit-il, cela fait plusieurs années que je n'éprouve plus un véritable amour pour Cersei si cela a jamais était le cas, c'est une intoxication, un poison auquel je n'arrive pas à résister. Mais mon petit frère Tyrion sera là-bas et c'est la main de Daenerys, cela le met forcément en danger, et de plus si vous y aller j'ai également fait une promesse à votre mère, et j'irai où Brienne ira.
Sansa était abasourdie par toutes ces révélations et elle ne se sentait pas véritablement à sa place, elle n'était certainement pas supposée en entendre autant. Cela représentait un véritable traumatisme, aussi bien pour Jaime que pour Brienne. Elle se força à reprendre la parole pour essayer d'assurer son rôle jusqu'au bout:
-Et s'il change de camp en chemin et s'en prend à nous?
-Il ne le fera pas assura calmement Bran, son regard allant de Jaime à Brienne.
Celle-ci semblait troublée, luttant pour garder une contenance.
-Brienne, crois-tu vraiment que je tuerais l'un de ces enfants? Alors que je t'ai armé pour retrouver les filles Stark? Crois-tu que j'irai tuer le chevalier que j'ai moi-même adoubé? termina-t-il avec un sourire.
-Non... je ne crois pas marmonna Brienne, et Sansa remarqua qu'elle observait le régicide avec un mélange de crainte et de détermination dans ses yeux bleus.
-Nous devrions aller nous préparer interrompit Podrick toujours concentré sur le côté pratique des éléments.
-Oui affirma Sansa, combien d'hommes pensez-vous qu'il faille emmener? demanda-t-elle à personne en particulier.
-Le moins possible assura Bran, nous devons être discrets et il n'y aura sans doute pas beaucoup de danger sur la route en plein hiver, avec tous les paysans terrés chez eux à cause de la guerre et les troupes armées en marche vers Port Réal.
C'est ainsi qu'une heure plus tard, Sansa se trouva sur un cheval, accompagnée par Bran, Podrick, Brienne, Jaime Lannister et trois nordiens qui s'étaient précipités pour les suivre vers le sud. La jeune fille lança sa jument au trot, sur l'épaisse couche de neige recouvrant le sol, des habitants des alentours lui firent des signes respectueux alors qu'elle passait. Son estomac se noua à l'idée de quitter Winterfell, la dernière fois qu'elle l'avait fait, ses parents, Robb, Rickon et Théon étaient toujours en vie, et malgré la devise de la famille elle n'avait pas compris que l'hiver venait. La nouvelle de leur départ s'était déjà répandu, mais cela n'avait pas d'importance pensa-t-elle, car ces pauvres gens étaient loyaux à leur famille malgré les pertes causées par les marcheurs blancs et il n'avaient de toute façon aucun moyen de contacter Daenerys Cersei ou qui que se soit de dangereux.
Devant elle, étaient deux des chevaliers nordiens, qui s'étaient porté volontaire pour les accompagner, Bran était à côté d'elle assez silencieux, mais dans son dos elle pouvait entendre Ser Jaime discourir presque sans réponse de la part de Brienne sans discontinuer. Quand celle-ci se résolvait à laisser
échapper quelques mots, c'était d'un ton de commisération dans lequel on pouvait reconnaître si on était une idiote sentimentale, comme Sansa un brin de tendresse. La jeune fille sourit, elle savait désormais ce qu'il en était de tout cela, et pourtant pour Brienne, elle ne pouvais s'empêcher de souhaiter que pour cette fois il en irait autrement.
Sansa Stark soupira, elle avait l'impression que le voyage serait très long si elle devait endurer les tentatives maladroites de Ser Jaime Lannister pour faire comprendre à Lady Brienne qu'il était reconnaissant d'avoir été assomé.
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