Dans la salle d'accouchement numéro cinq de l'hôpital public de Namimori, la sage-femme en chef s'essuya le front tout en continuant de surveiller la femme allongée sur la table. Plus de neuf heures que le travail avait commencé et toujours aucun changement visible, cela commençait à devenir préoccupant. Elle jeta un petit coup d'oeil au médecin à ses côtés qui hocha doucement le tête en réponse. Encore quelques minutes et ils seraient obligés d'effectuer une césarienne pour s'assurer de la survie des enfants et de la jeune mère.

Dans la pièce attenante à cette salle d'accouchement, un grand homme blond aux yeux bleus vif faisait les cent pas avec un air inquiet gravé sur le visage. Il s'était déjà évanoui plus de trois fois et lorsque les infirmières en avait eu marre, elles l'avaient gentiment mais fermement poussé vers la porte, tout en lui ordonnant de ne revenir que lorsque les bébés seraient nés.

Tout à coup le cri d'un enfant retentit.

Immédiatement la porte de la salle d'accouchement s'ouvrît et l'homme blond accourut auprès de sa femme. La sage-femme poussa un soupir exaspéré. Malgré tout le spectacle attendrissant du mari serrant contre lui le bébé au duvet blond qui venait de naître la dérida un instant avant qu'elle ne reprenne son air sérieux. Il lui restait encore du travail.

Quelques secondes plus tard, une petite tête rouge passa la dernière barrière qui la retenait dans le ventre de sa mère et atterrit tout droit dans les bras de la sage-femme qui la nettoya sommairement dans l'intention évidente de montrer l'enfant au deux époux. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle vit que l'homme n'avait même pas détourné le regard de son premier-né pour la naissance de son deuxième enfant, mais qu'en plus il osa lui demander à mi-voix de donner la jumelle à sa mère afin de ne pas déranger son "petit ange" dixit ses mots.

Après neuf heures de travail intensif sans un instant de repos, ce n'était certainement pas la chose à dire à la sage-femme en chef d'un des plus grands hôpitaux de la région. Après une beuglante sur la responsabilité parentale et la douleur que pouvait provoquer un accouchement, elle l'obligea à sortir et s'occupa avec l'aide d'une infirmière des deux enfants qui venaient juste de naître, ainsi que de la jeune mère qui s'était évanouie de fatigue juste après la deuxième naissance.

Une fois les bébés lavés, nourris, couchés, dans de beaux berceaux blancs parfaitement désinfectés, elle permit enfin à l'époux indigne de venir dans la chambre où elle avait transféré sa femme et ses enfants. Après une tentative de réprimande de l'homme en question qui fut avortée par un regard sévère, amusant secrètement le médecin étant entré en même temps - ce n'était pas tous les jours qu'un voyait un grand échalas d'environ 1m90 plier face à une petite brune d'à peine 1m50-, elle put enfin remplir les actes de naissance des jumeaux ; c'est ainsi qu'un petit Ieyasu et une petite Tsunayuki furent rentrés dans le dossier des nouvelles naissances, le 14 Mars 2000 à 22h53.

Le blond déposa un baiser sur le front de son fils et de sa femme et se tourna vers le médecin pour prévoir une visite de contrôle le lendemain matin aux alentours de 10h afin de s'enquérir de l'état de sa "petite femme chérie" et de son "petit ange adoré d'amour". La sage-femme s'apprêtait à repartir dans une beuglante mais un regard navré du médecin l'arrêta. Elle regarda donc partir en serrant les dents un père irresponsable qui allait faire du mal à son enfant. Peut-être que si elle avait ouvert la bouche à ce moment, ce que je vais vous raconter n'aurait jamais eu lieu, mais après tout, qui sommes-nous pour décider du destin ?


Quelques heures plus tard, alors qu'elle était assise à son bureau avec un verre de scotch à la main, elle prit réellement compte de ce qui s'était passé dans cette chambre d'hôpital. L'homme n'avait pas jeté un regard à sa fille, il ne l'avait même pas touchée. Son prénom avait été lâché du bout des lèvres, comme s'il craignait de se salir en le prononçant.

Avec un long soupir, elle s'enfonça dans son fauteuil en cuir, privilège des chefs de services, et se sentit triste pour l'enfant qui venait de naître. Lorsque les femmes donnaient naissance à des jumeaux, il n'était pas rare que le deuxième-né soit ignoré, et encore plus si c'était une fille. La faute au système d'héritier mâle qui existait encore partout dans le monde et qui présentait les filles comme des simplettes tout juste bonnes à être offertes en mariage afin de consolider des alliances. La vie n'allait pas être facile pour cet enfant qui venait de naître dans une famille visiblement traditionaliste.

Alors, la sage-femme en chef de l'hôpital de Namimori fit quelque chose qu'elle n'avait pas fait depuis qu'elle s'était enfuie du domicile familial afin de faire des études de médecines. Elle joignit fermement ses mains et murmura une prière, seul cadeau qu'elle pouvait faire à cet enfant qui allait avoir une vie remplie de souffrances.

- Ô dieux, vous qui nous regardez depuis vos trônes d'or et d'argent, j'en appelle à votre miséricorde. Bénissez cette enfant et offrez-lui l'amour qu'elle mérite comme toute âme marchant sur votre Terre...


Cette prière offerte du fond du coeur, n'alla pas jusqu'au ciel. On peut même dire que le contraire se produisit puisque son écho s'enfonça dans la Terre jusqu'à atteindre les royaumes souterrains. Les enfers, l'Hadès, la pègre, nous pouvons supposer tout le monde connaît les qualificatifs donnés au pays des morts, l'endroit ou toutes les âmes se retrouvent après leur mort physique. Dans ce royaume, il existe un endroit où les âmes possédant un lien avec la réalité restent emprisonnées. On appelle cet endroit "Les Limbes".

La prière de la sage-femme n'avait pas suffisamment de puissance pour monter jusqu'aux dieux, qui finalement ont bien peu d'intérêt pour les hommes, mais elle en avait assez pour atteindre Les Limbes et une certaine personne possédant un lien de sang avec l'objet de la prière.

Ainsi, un homme blond aux magnifiques yeux bleus sursauta brusquement au milieu d'une partie de carte enflammée, tandis que la prière de la sage-femme venait à ses oreilles. C'était la première fois depuis qu'il était mort qu'un de ses descendants possédait des flammes suffisamment fortes pour attirer des éléments dès sa naissance. Où plutôt une descendantes. Malheureusement, il semblerait que son Hyper-Intuition soit d'accord avec la sage-femme : il devrait intervenir.

Il soupira en posant machinalement ses cartes et regarda le ciel sans étoile avec mélancolie. Ses amis se regardèrent, surpris par son attitude inhabituelle. Seul un homme aux cheveux d'une couleur rougeâtre et aux yeux de la même couleur osa prendre la parole

- Giotto ? Que se passe-t-il ?

- Il semblerait que nous devions à nouveau agir pour cette génération, G. L'héritière de mon sang... Mon héritière, la seule que j'accepterais vient de naître.

Il se tourna vers les six silhouettes proche de lui avec un air mortellement sérieux sur le visage.

- Et mon Hyper-Intuition indique qu'elle aura besoin de mon aide.


Et voilà, que pensez-vous de ce prologue ?

Pour ceux qui ont déjà lus les quelques chapitres que j'ai posté, sachez que je vais tous les ré-écrire tout en essayant de profiter du confinement pour en poster d'autres. J'attends vos commentaires avec impatience !