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Edward, Bella et tous les autres appartiennent à S. Meyer
A Crack In The Door* a été écrite par jane-with-a-y
Merci à elle de nous avoir donné l'autorisation de traduire
Rien ne nous appartient sauf la traduction
s/8874295/1/A-Crack-in-the-Door
Complète en 20 chapitres
CHAPITRE 1
SUFFERING BASTARD*
Je l'ai vue la première fois quand je suis sorti précipitamment pour acheter des cerises au marasquin pour le bar.
J'avais commandé les cerises la semaine dernière et elles étaient arrivées le mercredi comme d'habitude. Mais déjà le dimanche il n'y en avait plus, victimes de trois enterrements de vie de jeunes filles où des filles de toutes formes, de toutes tailles et de tous âges avaient consommé plus de quatre-vingt-dix cosmopolitans en l'espace de deux heures.
Tout le blâme en revient à cette merde de Cosmo à cause de cette connerie de Sex and the City dont toutes les filles étaient folles il y a quelques années.
Honnêtement cette fichue boisson a été la cause de plus de ruptures, d'accrochages et de coups de pied au cours des dix dernières années que je ne peux les compter. Parce que, avouons-le, ce n'est que de l'alcool pur avec juste un trait de jus de canneberge pour le rendre joli. Et ça c'est la recette si vous voulez bien le faire. Et croyez-moi… je sais parfaitement comment il faut les faire. J'ai été barman depuis que mon vieux est mort et m'a laissé cet endroit. C'est ce que je fais et je le fais bien mais c'était son rêve, pas le mien.
Mais ça c'est une autre histoire.
Et pour celle-là bon, elle commence samedi soir dernier.
J'étais derrière le bar en train de préparer une autre tournée de ces fichus Cosmos quand j'entendis la porte d'entrée s'ouvrir avec un grand bruit. Je levai les yeux, surpris, pour voir un jeune homme avec un col roulé et des yeux inquiets, se précipiter à l'intérieur. Il semblait paniqué. Je le vis marmonner quelque chose à Mike, notre videur, qui me lança un regard.
Je suivis son regard vers un groupe de filles qui célébraient le mariage imminent de leur sœur de sororité… Phi Gamma Drama Lama ou un truc du genre. Je ne me souviens pas du nom mais je sus à la façon dont mon cou picotait qu'elles auraient des ennuis dès qu'elles étaient entrées dans le bar.
Un bon barman sait toujours quand il y aura des problèmes grâce à cette sensation dérangeante qui commence dans le cou et gagne le corps tout entier comme un virus. Normalement cette sensation ne s'en va qu'après le premier coup de poing ou l'arrivée de la police.
J'essayai de l'ignorer parce que j'étais occupé pour m'y attarder et que ces filles dépensaient de l'argent et laissaient de bons pourboires. Mais je reconnais les ennuis quand j'en vois, même quand ils sont déguisés dans une robe rose et verte de marque Lily. Le fait même que je connaisse cette marque est une triste vérité à mon sujet. Je suppose que ça vient du fait que je vis à Cape Cod.
Quoi qu'il en soit, je remis la nouvelle tournée de Cosmo à Angela avec plusieurs Dirty Martini puis je poussai un petit soupir. Ce genre de choses n'était pas rare les samedis soirs du mois de juin. Putains de tracas et de drames avant le mariage… en général ce n'était pas très grave mais je gardai mon téléphone à portée demain au cas où.
Je tendis l'oreille pour voir ce qu'il se passait et j'entendis le futur marié paniqué expliquer à Mike qu'il avait reçu un texto bouleversé de la future demoiselle d'honneur l'informant qu'il fallait qu'il rapplique vite fait. Il bafouilla en soufflant que ses copains étaient super énervés qu'il doive s'en aller. Pauvre type qui n'avait même pas pu profiter du premier toast de la soirée… me dis-je.
Mike lui désigna un groupe de filles et il se dirigea vers elles avec prudence.
Je tendis l'oreille un peu plus et je pus les entendre geindre.
'Lauren ! Oh mon dieu ! Tu vas bien ? Oh merde… regarde Pookie, elle est par terre. De nouveau !'
Je laissai échapper un gémissement et claquai le shaker sur le bar avec un bruit sourd, la nuit allait être longue. J'enlevai mon tablier et me dirigeai nonchalamment vers la foule de filles et jetai un œil au-dessus de leurs têtes. Mesurer un mètre quatre-vingt-neuf a des avantages, je suppose, même si avoir une vue plongeante sur cette scène n'en faisait pas partie.
Sur le sol, la fiancée gisait face contre terre, dans un désordre de vomi couleur canneberge. Un voile de fortune bon marché (qui ressemblait au résultat de ce qu'aurait pu faire un pistolet à colle qui se serait déchaîné sur un chèque cadeau de vingt-cinq dollars de chez Michael′s) enroulé autour de son corps. L'image était grotesque mais fascinante.
La voir étalée sur le sol, entourée par le voile me fit penser à cette nouvelle que j'avais dû lire quand j'étais à l'école. Comment s'appelait-elle ? Une Rose pour … eh quelqu'un. Je n'arrive pas à me souvenir du titre mais c'était Faulkner qui l'avait écrite, ça je m'en souvenais.
Je vis la fiancée accrocher mon regard et lui me lança un regard pénétrant. Je sortis mon téléphone et levai un sourcil interrogateur. Seigneur j'espérai ne pas à avoir à appeler les urgences. Il secoua un peu la tête et je soupirai de soulagement. Je n'étais pas d'humeur pour un procès coûteux, merci bien.
"Excusez-moi…je dois filer !'
Je faillis tomber sur le cul quand une grande asperge à tête rousse me bouscula en se précipitant vers les toilettes, une main sur sa bouche.
"Attends Bitsy*… je vais te tenir les cheveux !" cria une petite blonde qui courait après elle.
Bitsy tu parles… ! Cette nana mesurait au moins un mètre quatre-vingt. Ses parents devaient être à la fois incroyablement optimistes ou extrêmement ironiques. Ils étaient plus probablement prétentieux, me dis-je sarcastiquement. Toutes ces nanas avaient l'air d'être nées dans un manoir. Si seulement papa et maman pouvaient les voir maintenant.
"Bunny… je dois y aller aussi !' cria une fille légèrement plus grande, la seule dans cette foule avec de la chair sur elle. Ses cuisses étaient massives et hurlaient pratiquement : Je suis capitaine de l'équipe de hockey sur gazon ici… maintenant dégage de mon chemin avant que je te prenne pour le palet !
Oh bon sang ces filles avaient dû arriver ici déjà à moitié soûles, je n'avais rempli leurs verres qu'une fois. Je soupirai une fois de plus en me souvenant qu'elles avaient toutes commandé le Cosmo prérequis. Merde à ce stupide Sex & the City d'avoir lancé cette tendance. Je veux dire, ces filles n'étaient rien d'autre qu'un tas de cornichons maigres, en shorts courts, des poids légers pour la plupart - l'exception étant la joueuse de hockey que j'avais surnommé la Broyeuse-d'os. Elles auraient dû s'en tenir aux cocktails à base de vin et d'eau pétillante ou à des limonades légèrement alcoolisées.
Je secouai la tête de dégoût et me demandai pour la énième fois pourquoi c'était ces filles qui faisaient attention à leur ligne. Je comprenais qu'elles ne veuillent pas être grosses mais pourquoi voudraient-elles ressembler à un squelette avec de la peau tendue dessus ?
Aucune de ces filles ne commandait de nourriture, jamais… à moins que ce ne soit une salade avec du vinaigre balsamique alors oui elles passeraient commande.
'Seulement si vous mettez de l'huile d'olive légère mais à côté. Oh et gardez les croûtons.'
Quand cette ridicule nourriture pour lapin arrivait, elles triaient ça et ça et faisaient comme si on les obligeait à manger de la merde. Seigneur ça leur ferait du bien de manger un hamburger ou une centaine, à mon avis.
"Bleh" fit la future mariée malheureuse et je la vis avec horreur rejeter un autre flot de vomi rose sur le sol.
Et merde, je vais encore devoir rester tard à frotter le sol à quatre pattes, me souvins-je avoir pensé.
"Tu es sûr de savoir dans quoi tu t'embarques, mec ?" demandai-je à son fiancé quand il releva la future mariée de la piste de danse détrempée. Elle laissa échapper un grand hoquet et se mit à sangloter. Il la blottit contre son épaule et me regarda.
Ma remarque était censée être plaisante mais le ton semblait moqueur même à mes oreilles. J'essayai d'adoucir cette amertume en lui faisant un sourire et un petit clin d'œil.
Ça semblait sûrement aussi faux que ça paraissait.
Il me regarda avec un sourire chagriné. Elle se tortilla contre lui et je regardai avec dégoût sa bouche dégouliner d'un flot de bile rose à l'odeur aigre sur sa belle chemise bleue.
Connard BCBG, me dis-je. Seigneur, il a même un pull avec le logo du joueur de polo, cette ville en regorge. Chaque été Cape Cod devient leur petit terrain de jeu personnel et ils ont tous l'air de sortir d'une publicité de Ralph Lauren ou d'un catalogue de Brooks Brothers. Honnêtement j'aimerai les étrangler avec leurs bretelles Joseph A. Banks et tous les livrer à leur maman gentiment et joliment attachés avec un petit nœud papillon guilleret de Vineyard Vines. Vous savez ce dont je parle… ils ont des nœuds papillons avec des homards rouges miniatures ou des labradors noirs imprimés partout.
Rot !
Je l'entendis roter une fois et hoqueter, encore.
'Je sais que tu m'as sauvée. Tu es mon héros mon très grand et très beau héros. Je t'aime vraiment, vraiment Tripp."
Tripp
Ah ces putains de gens ! Il avait probablement un père riche qui s'appelait Skip et même un grand-père encore plus riche prénommé Biff. Trois générations d'abrutis prétentieux. Quel héritage.
Je l'entendis rigoler alors qu'il la bougeait entre ses bras et lui tapotait le dos pour la calmer.
"Tu me tiens Tripper ?" marmonna-t-elle dans son cou et elle ferma les yeux. Sa main tomba à ses côtés et je remarquais le diamant qui scintillait à son doigt gauche. Il était gros, carré et tellement brillant qu'un arc-en-ciel se reflétait sur les verres dans le bar. Un putain de souvenir instantané s'il y en avait un. Je me demandais si je devais prendre une photo de ce moment avant le mariage et l'envoyer au magazine Town & Country pour leur rubrique jet set.
Je laissai échapper un petit ricanement puis m'arrêtai.
Je le vis et la façon dont il la regardait. Je vis ses yeux devenir très tendres et doux. Je remarquai la façon dont sa grande main bien soignée s'étalait de manière protectrice sur son dos et le petit sourire qui traversa son visage alors qu'il touchait ses cheveux. Ma gorge se serra pendant une seconde alors que j'attrapais la façon presque respectueuse dont ses lèvres se posaient sur sa tempe quand il murmura 'Je te tiens baby.'
Ils étaient presque sortis quand il s'arrêta soudain et se retourna. Ses yeux attirèrent mon regard et il me fixa.
"Je sais exactement dans quoi je m'engage, mec," dit-il d'une voix calme. Il me fit un sourire qui ressemblait beaucoup à de la pitié alors qu'il sortait à grands pas avec sa fiancée en toute sécurité dans ses bras. Je le regardai poser doucement ses lèvres contre sa nuque alors que la porte se refermait lentement sur eux, m'excluant efficacement.
Je ressentis alors quelque chose, une sensation de brûlure dans ma poitrine qui faisait que mon cœur battait mal. Je me retournai vers le bar et atteignis le comptoir pour les comprimés que je conservais là au cas où la nourriture de Mme Cope toucherait mon estomac.
La femme était une merveilleuse cuisinière expérimentale. Elle avait travaillé pour moi de diverses manières depuis la mort de Pop. Mais parfois ces expériences culinaires devenaient un peu incontrôlables surtout quand elles impliquaient du cayenne et des beignets de piments.
Je pris quelques comprimés et commençai à les mâcher furieusement dans l'espoir d'arrêter cette sensation d′estomac barbouillé. Mais c'était inutile car après quelques minutes ma tête commença à prendre le dessus et c'est alors que je réalisai finalement que la bile qui se formait dans ma gorge n'avait rien à voir avec ce que j'avais mangé pour le souper. J'arrêtai ce que je faisais et me regardai attentivement dans le miroir du bar. C'était écrit sur mon visage.
Jalousie…
J'étais jaloux.
Oh ne vous méprenez pas, pas parce que je m'intéressais à cette fille… il pouvait avoir la partie rose- vomi-jusqu'à-la-mort tous les jours de la semaine et deux fois le dimanche. Non il ne s'agissait pas d'elle.
C'était ce qu'il avait.
Je fermai brièvement les yeux et pensai à l'apparence de sa main alors qu'elle reposait sur son dos. Quand je les rouvris, je regardais mes mains, elles semblaient grandes et paraissaient vides. Je déglutis difficilement et passai les mains dans ma tignasse et haussai les épaules.
D'accord je ne suis pas stupide. Je sais ce que je ressens. Pas besoin d'un putain de psychiatre pour me le dire. Je comprends ça tout seul.
Solitaire.
Putain ouais, je me sens seul.
Je suis seul et alors quoi ? Tout le monde est seul parfois.
Je me forçai à regarder dans le miroir encore et passai mes doigts dans mes cheveux. J'avais vraiment besoin d'une coupe. Je remarquai que j'avais les yeux fatigués et qu'il y avait quelques rides dans les coins. Mais bon sang… Mercredi dernier j'avais eu vingt-neuf ans. Je n'étais plus un enfant.
D'accord j'avais presque trente ans et je n'avais pas eu de petite-amie stable depuis le lycée. Ouais je sais. Mais je n'avais pas le temps pour cette merde. D'ailleurs j'étais marié au bar et c'est une salope égoïste qui me fait cavaler jour et nuit, laissez-moi vous le dire.
Pas que je n'ai pas l'occasion de rencontrer des filles. Les Minnies maigres viennent toujours flirter avec moi au bar, me glisser leur numéro de téléphone avec de petites notes me disant de les appeler, le tout gribouillé sur des serviettes à cocktail et des pochettes d'allumettes.
Je les jette à la poubelle tous les soirs avec les pailles en plastique et les tiges des cerises sans jamais y réfléchir. Ne vous trompez pas je ne suis pas un saint.
J'ai bien partagé avec quelques-unes dans les premières années qui ont suivi la mort de Pop mais rien de sérieux.
Je dois faire attention avec cette merde puisque je vis au-dessus du bar et tout. En plus je… je ne suis pas le genre de gars à baiser et à esquiver.
Je travaille dans un bar et j'ai entendu trop d'histoires tristes au fil des ans. Je ne veux pas être comme ces salauds qui donnent aux filles l'impression d'être de la merde et qui les forcent à raconter toute leur vie à un barman entre larmes et bières.
J'avais senti la solitude s'installer et pour la première fois je m'étais demandé pourquoi je n'avais jamais envisagé de poursuivre l'une de ces femmes. Certaines d'entre elles étaient de gentilles filles. Je n′avais pas de réponse, alors je mis de côté cette idée pour la nuit, tout comme le cocktail au jus de canneberge et lait de coco.
En tout cas, c'était samedi soir dernier. Comme prévu, j'avais passé les petites heures du dimanche matin à nettoyer le sol et ramasser les restes de l'enterrement de vie de jeune fille qui avait mal fini.
J'avais nourri Jenks, notre chat de bar, qui était censé être un bon chasseur de souris mais qui était la créature la plus paresseuse que Dieu n'ait jamais créé. Jenks ne bougerait son cul pour personne, et encore moins pour une souris, en fait elles le terrifiaient.
Mme Cope me disait que Jenks était peut-être paresseux mais qu'il ferait n'importe quoi pour moi, et si une souris montait à l'étage, 'Jenks l'attraperait'. Personnellement, j'avais des doutes mais j'espérai qu'elle ait raison… étant moi-même terrifié par les souris.
Après avoir cajolé Jenks pendant un petit moment - Quoi ? Il est peut-être paresseux mais il est tout ce que j'ai. En plus, selon Mme Cope, "Toutes les créatures méritent d'être aimées, Teddy, même le pauvre M. Jenks" - je montai à l'étage et m'écroulai jusqu'à quatre heures de l'après-midi, j'étais épuisé.
Nous ne fermions pas normalement le dimanche mais j'avais pris la décision de le faire la semaine dernière parce que je devais donner un bon coup de balai au bar et passer en revue la comptabilité avant de rencontrer le responsable des prêts le lendemain matin.
Quand je m'étais enfin réveillé, j'avais mangé un plat de spaghettis que Mme Cope m'avait préparé il y a quelques jours et avais pris une longue douche chaude. Puis j'avais fait des trucs sur l'ordinateur, payé quelques factures et étais descendu à contrecœur pour préparer le bar pour lundi après-midi.
Et c'était là que je m'étais aperçu que nous n'avions plus de cerises.
Je sortis du bar et me dirigeai vers le marché de Souza pour acheter les pots poussiéreux et hors de prix des cerises au marasquin que la vieille Souza gardait probablement sur son étagère depuis les années soixante-dix-sept.
Je laissai échapper un rire parce que c'était un sacré personnage.
Elle parle à peine anglais, bien qu'elle ait quitté le Portugal juste après la Seconde Guerre mondiale. Seigneur, elle devait avoir quatre-vingt-dix ans maintenant. Son petit-fils, Emmett, était mon meilleur ami depuis l'école. Nous ne nous étions pas vus depuis au moins un an. Il s'était marié dès la fin de ses études de droit et avait déménagé avec son épouse à Greenwich dans le Connecticut. Il ne venait pas très souvent au Cap.
"Juste ce dont le monde a besoin, un autre trou du cul BCBG," murmurai-je. Puis je me sentis mal parce qu′Em avait toujours été un bon gars et ne méritait pas mon mépris. Ce n'était pas sa faute si Pop avait cassé sa pipe quelques semaines avant la rentrée scolaire.
Emmett et moi devions aller à l'université de Yale et prendre une chambre ensemble. Après cela, notre projet était d'aller à la prestigieuse école de droit de Yale et d'ouvrir un cabinet ensemble à Boston ou peut-être New York.
Nous en parlions depuis que nous étions en CM2 et que nous devions faire un projet sur ′Les lois fédérales contre les lois des États′. Que puis-je dire ? Nous étions devenus accros à cette merde et notre projet est toujours utilisé comme exemple d'excellence dans la vitrine de l'école élémentaire Seaconch.
Le père d'Emmett, un Irlandais du nom de McCarty, avait été tué pendant la guerre du Golfe quand Em était petit. Il avait été élevé par sa mère et ses parents mais ses grands-pères des deux côtés avaient travaillé dur pour économiser l'argent nécessaire à l'inscription d'Emmett à l'université.
Tout le clan Souza-McCarty avait éclaté de fierté lorsqu'il avait été accepté dans une école de l'Ivy League* avec une bourse d'études.
Mon père par contre… c'était une toute autre histoire. Sa réaction avait été moins enthousiaste lorsqu'il avait appris la nouvelle que j'avais également été admis à Yale grâce à une bourse intégrale.
'Mais qui dirigera le bar après mon départ si tu deviens avocat, petit ?' avait-il demandé, en posant ma lettre d'acceptation sur le comptoir en bois rutilant.
Cette question s'était résolue quelques semaines plus tard lorsque Pop était tombé raide mort sur le sol du bar en changeant les fûts de bière. Sa disparition soudaine m'avait laissé propriétaire et exploitant du Swan Dive : Accueillant les voyageurs assoiffés depuis 1982. Mon rêve de devenir un avocat branché était mort ce jour-là aussi.
The Swan Dive ... un nom de fou, je sais. Ma mère avait été danseuse étoile au Boston Ballet avant d'abandonner ses ballerines pour épouser Pop. Elle avait suggéré le nom de Swan Song, comme un clin d'œil à sa nouvelle situation dans la vie. Pop répondit avec le nom de Swan Dive et fit l'enseigne avant que l'encre ne soit sèche sur leur certificat de mariage.
Ma mère était une toute petite chose à en juger par ses photos mais d'après mon père, elle était aussi… têtue et fougueuse comme l'enfer. Elle avait rencontré mon père alors qu'elle passait l'été avec ses parents au Cap et l'avait épousé cet automne-là, malgré les protestations de ses parents.
Lorsqu'ils avaient appris qu'elle était enceinte de votre serviteur, ils lui avaient coupé les vivres et elle n'avait jamais regardé en arrière. Elle était morte d'une hémorragie cérébrale quand j'avais cinq ans et je me souvenais à peine d'elle. Parfois, j'ai un pincement au cœur en passant devant la chambre principale qu'elle et mon père partageaient autrefois.
Il y a une odeur florale qui flotte encore dans l'air et tente de réveiller une sorte de souvenir mais je ne lui ai jamais permis d'aller plus loin que mon nez. Je veux dire, à quoi cela servirait-il ?
De toute façon, mon père avait refusé de dormir dans cette chambre après sa mort en disant : "Ça sent encore comme elle... Je ne peux pas ...″
Après quelques mois de déambulation comme un zombie, il s'était mis à dormir dans la chambre d'amis. Mais le parfum de ma mère décédée avait continué à flotter entre nous. Son parfum me berçait nuit après nuit.
Mais le pauvre vieux Pop n'en pouvait plus et il avait fini par déménager de notre appartement et s'était installé dans celui d'à côté. Il m'avait laissé dans l'ancien parce que toutes mes "merdes" étaient là-dedans. En outre, il pensait dans sa tête que ce serait trop "d'ajustement", ce serait admettre que ma mère était morte et tout.
Je suppose que c'était un arrangement bizarre pour un enfant mais nous n'y étions presque jamais de toute façon, sauf pour dormir. En outre, nous avions eu Mme Cope pour s'occuper de nous pendant plusieurs de ces années et parfois Esmée et Carlisle venaient également nous voir.
Un soir où elle pensait que je dormais j'avais entendu Esmée dire à mon père "Ce n'est pas bien de laisser un enfant dormir tout seul. J'aimerais que tu nous laisses Carlisle et moi le prendre, au moins pour l'été. Elizabeth ne voudrait pas que son fils soit seul, Ed. "
Je suppose que le silence de Pop l'avait fait taire ce soir-là parce qu'elle n'avait plus jamais demandé, pour autant que je sache. C'est dommage car j'aurais aimé vivre à Boston, même si leur maison était, et est toujours, située dans cette partie prétentieuse où vivait l'élite connue sous le nom de Chestnut Hill, genre snob-ville.
Après la mort de papa, j'avais dû demander à Mme Cope de m'aider à gérer les choses. Je n'avais que dix-huit ans et je n'étais même pas assez âgé pour boire de l'alcool, sans parler de gérer un bar. Mme Cope avait été géniale, elle avait su galvaniser les gens et bientôt nous avions eu une équipe de locaux et parfois quelques étudiants qui venaient travailler au Cap pendant l'été.
Le Swan Dive était déjà un endroit populaire auprès des autochtones et des touristes depuis un certain temps, donc l'endroit s'est à peu près maintenu. J'avais toujours eu la tête pour les chiffres et j'avais pu prendre en charge la comptabilité en quelques mois. Puis nous avions engagé Mike et peu après, Tyler, qui m'avait appris à tenir un bar et qui était devenu mon meilleur ami.
Merde. Je ne voulais pas non plus penser à Tyler et à sa triste petite histoire, alors je la mis de côté pour la nuit aussi.
Je me souvins d'avoir secoué la tête pour la libérer du souvenir de mon père et de Tyler, et de tous nos rêves perdus quand j'étais passé devant le bar et avais tourné au coin de la rue. C'était une nuit froide pour un mois de juin mais ce n'était pas inhabituel au Cap. Je pris le paquet de cigarettes dans ma poche mais ce n'était qu'une habitude vraiment, parce que j'avais arrêté il y a deux ans. Mais ça me manquait encore.
Je m'arrêtai quelques minutes et regardai la lune s'assombrir au-dessus du canal quand un nuage passait au-dessus d'elle. Le brouillard se formait et un frisson inattendu s'empara de ma colonne vertébrale.
Je me souvins d'avoir pensé aux chats et aux tombes.
Mon dos se tendit encore plus lorsque j'entendis un bruit venant du bar et je faillis sortir de mon corps en entendant la porte se fermer. Quelqu'un était sur la terrasse entre les deux appartements au-dessus du bar.
C'est quoi ce bordel ?
Je soupirai de soulagement en me souvenant que Mme Cope m'avait dit la semaine dernière qu'un nouveau locataire était arrivé jeudi. C'était mon seul jour de congé et je l'avais passé à Boston avec Esmée et Carlisle.
Carlisle était le petit frère de ma mère et était maintenant le seul membre survivant de sa famille.
Même si ses parents l'avaient reniée, Carlisle était réapparu dès qu'il avait eu l'âge de venir au Cap. Nous ne le voyions pas souvent quand j'étais petit parce qu'il était toujours à l'école. Il était devenu médecin et s'était spécialisé dans les maladies du sang. Il est sacrément riche mais c'est un type bien et sa femme, Esmée, avait toujours été gentille avec moi. Ils essayaient constamment de me donner de l'argent pour m'aider avec le bar et tout ça mais Pop n'aurait pas du tout voulu cela, alors je les remerciais toujours en secouant la tête négativement. Le bar se débrouillait bien tout seul, salope avide qu'elle est.
De plus, après dix ans de travail acharné pour avoir un enfant, ils en avaient finalement eu un. Alice a maintenant quatre ans. L'année dernière, on lui a diagnostiqué une forme d'autisme. Elle parle rarement mais quand elle parle, c'est bizarre. Comme si elle tournait pour la millionième fois et que soudain elle s'arrêtait au milieu d'un tourbillon en disant quelque chose de vraiment aléatoire.
"Tu as des yeux verts comme la lune. Je vais t'appeler Lune. Tu ressembles à une lune. Tu as une… grosse tête et tu as les yeux verts. Ceux des farfadets sont verts aussi".
Et puis elle continuera à virevolter. Le week-end dernier, elle était assise par terre et jouait avec un haut en le regardant tourner pendant ce qui semblait être des heures. Puis brusquement elle s'était arrêtée et m'avait regardé droit dans les yeux et dit très clairement :" Tu vas te marier l'année prochaine. Les prêtres et les religieuses ne se marient pas mais Edward le fera."
Esmée l'avait entendue et avait gloussé dans la cuisine. Esmée riait de tout ce que disait Alice, elle est tellement détendue autour d'elle, c'est incroyable. On aurait pu penser que ça lui briserait le cœur d'essayer toutes ces années pour se retrouver avec un enfant avec des besoins particuliers mais elle n'était ni bouleversée ni déçue et Carlisle non plus.
Ils adorent Alice tous les deux et me disent tout le temps à quel point elle est intelligente et quel privilège c'est de pouvoir appréhender le monde d'une perspective aussi différente. Je ne sais pas, peut-être qu'ils ont raison.
Alice est sans aucun doute l'une des plus belles petites filles que j'aie jamais vues et elle est certainement bien organisée : ses poupées sont toutes alignées contre le mur dans l'ordre de la couleur et de la longueur des cheveux. Elle a soixante-dix-huit poupées d'après son registre. Oui, à quatre ans, elle sait déjà lire et écrire.
Elle peut aussi faire des maths dans sa tête et si vous lui donnez une date, elle peut vous dire quel jour de la semaine cela correspond. Je suis né un vendredi, il parait. C'est vraiment très impressionnant. Je pourrais utiliser ses compétences organisationnelles et mathématiques au bar.
En plus de tout ça, je l'aime à la folie. Je suis le seul qu'elle laisse l'étreindre, comme vraiment l'embrasser, et longtemps. C'est la seule fois où j'ai vu Esmée s'émouvoir des manières d'Alice.
Nous avions passé une très bonne journée ensemble, nous avions mangé à Faneuil Hall et, plus tard, après que la maman d'Esmée soit venue chercher Alice, nous avions terminé la soirée en buvant quelques verres à l'Union Oyster Company. Je m'étais couché sur leur canapé pendant quelques heures pour me reposer et je n'étais pas rentré au Cap avant les premières heures vendredi matin.
Merde. J'avais complètement oublié que l'ancien appartement de Pop était enfin loué après toutes ces années. Je n'avais pas eu le temps d'organiser des entretiens et j'avais laissé Mme Cope s'occuper de tout. Je ne connaissais même pas le nom du locataire, le seul truc que je savais était que c'était une jeune femme et qu'elle avait payé les trois premiers mois de loyer en liquide.
Honnêtement, j'étais trop occupé et épuisé pour m'en soucier. Si Shelly Cope avait donné son approbation alors ça me convenait. Mme Cope était la seule constante dans ma vie depuis que Pop avait encaissé ses derniers jetons et je lui faisais explicitement confiance. Enfer... Je l'aimais. Elle était folle comme une merde la moitié du temps mais elle est aussi rusée qu'un renard aussi.
La semaine dernière, elle m'avait regardé quand j'essuyais le bar et avais dit : "Prépare-toi, Teddy ; il y a une nouvelle lune qui arrive. Le changement est dans l'air…" Elle disait toujours des conneries de ce genre et d'habitude je lui souriais avec indulgence en ouvrant le registre ou en préparant les dépôts pour aller à la banque.
Je recommençai à marcher en repensant à la nouvelle locataire. Je me demandais si je devais monter et me présenter à mon retour du marché. Ça ne m'intéressait pas vraiment de la connaître mais je ne voulais pas non plus être impoli. En fait il était inévitable que nos chemins se croisent.
Je laissai échapper un grognement et haussai les épaules en signe de résignation ; je n'étais pas vraiment un mec sociable une fois sorti de derrière le bar et me faire des amis n'était pas en haut de ma liste. J'espérais qu'elle ne s'attendait pas à ce que je sois sympa tout le temps et que je passe prendre un café ou autre chose. Enfin, oui, j'étais suis peut-être un peu seul mais je ne voulais pas me mêler aux voisins.
Dong-dong-dong-dong-dong-dong-dong-dong-dong-dong-dong.
Je m'arrêtai une minute pour entendre les cloches de Sainte Marie de la mer annoncer aux bonnes gens de Seaconch qu'il était neuf heures. Je commençai à marcher plus vite, en espérant que la vieille Souza me laisserait entrer quand elle verrait que c'était moi, car je savais qu'elle fermait à neuf heures. Si elle avait déjà fermé la caisse, je pourrais passer avec l'argent demain soir. Mais il fallait que le bar soit prêt tôt parce que j'avais rendez-vous demain avec la banque pour discuter d'un prêt afin que nous puissions ajouter des toilettes supplémentaires et agrandir la cuisine. Mme Cope me harcelait depuis deux ans pour faire les deux.
Je tournai et commençai à traverser la rue, lorsque ce sanglot bouleversant retentit dans la nuit. Le cri était si fort et si pathétique qu'il me fit m'arrêter net, j'étais comme enraciné sur place. Mon cœur sortit pratiquement de la poitrine lorsque je levai les yeux vers le toit, à la recherche de sa provenance.
"Est-ce que ça va ?" demandai-je. J'entendis un halètement, suivi d'un flash de ce qui semblait être des cheveux sombres comme elle regagnait l'intérieur de l'appartement.
Et c'est ainsi que je l'ai vue.
Pour la première fois.
OOO
Ces recettes sont réservées aux personnes majeures. A consommer avec modération !
Sincèrement, Edward A Masen, propriétaire du Swan Dive.
Suffering Bastard Cocktail
*3 cl de bourbon
*1 trait de gin
*1 cl de jus de citron
*soda au gingembre
Dans un shaker déposer les alcools et le jus de citron. Secouer énergiquement pendant 30 secondes puis verser dans un verre haut. Allonger au soda au gingembre frais, ajouter de la glace si besoin, une feuille de menthe ou une tranche d'orange et déguster.
*A crack in the door : littéralement une fissure dans la porte. J'aurai traduit ça par une porte entrouverte
*Le Cocktail de profil, c'est le nom d'un cocktail Inventé au bar du Sheapherd Hotel du Caire par Joe Scialom, ce cocktail était censé être un remède à sa difficile gueule de bois des lendemains de gros service. Le nom original était le Suffering Bar Steward, comme quoi un lendemain de cuite la prononciation peut dévier.
*Bitsy - petite
*Ivy League -est un groupe de huit universités privées du Nord-Est des États-Unis. Elles sont parmi les universités les plus anciennes (sept ont été fondées par les Britanniques avant l'indépendance) et les plus prestigieuses du pays. Le terme ′Ivy League′ a des connotations d'excellence universitaire, de grande sélectivité des admissions ainsi que d'élitisme social. ″Ivy″ (lierre en français) fait référence au lierre qui pousse sur les murs des bâtiments de ces universités, ce qui symbolise leur ancienneté. Les universités d′Ivy League sont : Harvard - Yale – Pennsylvanie - Princeton Columbia – Brown - Dartmouth College - Cornell.
