Prologue
« Merci, Merlin. »
Le jeune sorcier regardait la barque glisser sur le lac d'Avalon.
Arthur était mort.
Merlin avait dévoué sa vie entière à le protéger, à faire de lui le roi qu'il était devenu. Chaque journée, chaque minute, chaque seconde, chaque respiration de sa vie avait été pour lui, pour le servir.
Et tout ça pour quoi ?
Tout ça pour rien. Tout ça pour qu'il meure. Tout ça pour voir son corps sans vie dériver sur les eaux.
Tout ça pour une prophétie.
Il avait échoué. Il avait lamentablement, pitoyablement échoué. Son ami était mort.
« Merci, Merlin. »
Ces paroles, les dernières prononcées par son Roi, ne cessaient de le hanter. Toute sa vie, il avait été son serviteur dévoué. Toute sa vie, il avait attendu ses remerciements, sa reconnaissante. Toute sa vie, il avait rêvé d'entendre un simple « Merci ». Et il avait fini par l'avoir.
Alors qu'il sentait la vie le quitter, le roi lui avait brusquement saisi le bras. Ses yeux bleus s'étaient plongés dans les siens. C'était une de ces rares fois où il n'y avait ni colère, ni mépris, ni dépit dans son regard. Il n'y avait rien. Son regard était vide, il perdait peu à peu sa lueur. Et alors il lui avait murmuré ces mots, ces simples mots qui avaient transpercé le cœur du sorcier. Merlin n'avait pas pu répondre. Il s'était contenté de fixer Arthur, de retenir ses larmes, de cacher la douleur qui l'habitait.
Puis Arthur avait posé sa tête sur le sol, et poussé son dernier soupir.
Ses remerciements, il les avait eus au seul et unique moment où il ne s'en sentait pas digne, au seul et unique moment où il avait failli à son devoir.
Merlin pleurait. Oui, lui, le grand sorcier dont personne ne connaissait les exploits, pleurait toutes les larmes de son corps. Ses yeux le brûlaient, sa gorge lui faisait mal, et il sentait peser sur ses épaules tout le poids de sa culpabilité pour la mort de son roi.
Je ne mérite pas vos remerciements, Arthur.
Il essuya rageusement ses larmes.
Pardonnez-moi Arthur, je vous en supplie, pardonnez-moi.
Merlin était coupable. Coupable d'avoir failli à son devoir.
Et maintenant ? Que faire ?
Il ne pouvait pas retourner à Camelot. Il n'avait pas la force d'affronter le regard éploré de Guenièvre, de devoir retourner au château, de passer devant son trône, désormais vide. Il n'avait pas la force de devoir servir quelqu'un d'autre qu'Arthur.
Toute la scène tournait encore et encore dans sa tête. Il revoyait l'épée de Mordred transpercer Arthur de part en part, il revoyait la lueur de vengeance qui habitait le jeune druide, et la douleur de la trahison dans les yeux d'Arthur. Mais le roi n'en avait pas voulu à son chevalier. Arthur, sur le moment, avait juste semblé reconnaître qu'il avait fait une erreur. Qu'il avait mal placé sa confiance, une fois de trop.
Merlin se mit à marcher. Il voulait fuir cet endroit. Les larmes lui brouillaient la vue, et pourtant il avançait. Toutes ces images, toutes ces horreurs allaient lui faire perdre l'esprit. La bataille de Camlan, tous ces innocents morts, tous ces corps jonchant le sol, et puis Morgane. La grande prêtresse, la sorcière, la traîtresse. Morgane, celle qui avait jadis été son amie, et qui avait fini par causer leur perte.
Morgane, celle qu'il n'aurait jamais dû épargner.
Tout cela à cause de la prophétie.
Tout cela à cause de leur destin, contre lequel il ne pouvait pas lutter. Tout cela à cause d'une histoire qui avait été écrite depuis la nuit des temps, le jour même de la naissance de la magie. Dans ce monde, le destin ne leur laissait pas d'autre de choix que de souffrir, ou mourir.
Sa tristesse fit alors place à la colère. Merlin en avait assez. Assez de se plier aux règles, assez de devoir suivre un destin qui était tracé pour lui, assez de devoir faire ce qu'on lui disait sans être maître de son avenir.
Cela n'aurait jamais dû se terminer ainsi.
Il marcha pendant des heures. Le sorcier, de plus en plus animé par une sourde rage, avait envie de justice. Il ne voulait pas d'une fin pareille, il ne voulait pas qu'Arthur ne meures avant même d'avoir accompli ce pourquoi il était né.
Le sorcier savait parfaitement où il se rendait. Il allait à l'antre de cristal. Il avait besoin de réponses. Il avait besoin de savoir pourquoi il avait fait tout cela. Est-ce que tous ces sacrifices, est-ce que tous ces morts avaient servi à quelque chose ? Avait-il réussi à donner un futur meilleur à Camelot ?
Cela en valait-il la peine ?
Au fond de lui, il connaissait la réponse : certainement pas.
