Après avoir relu ma précédente fanfiction, Sourire d'ange, je me suis dit que Kathy me manquait et que j'avais envie de continuer à faire vivre ce personnage. Donc la revoilà, un peu grandie. Je n'ai pas la moindre idée de comment va évoluer cette histoire, ni si j'arriverai à la terminer, mais j'ai quand même décidé de poster ce premier chapitre. En espérant qu'il vous plaise !
Kathy était étendue sur le canapé d'une grande pièce abandonnée, la tête en arrière, savourant les sons mélodieux de la symphonie n° 7 de Beethoven, que jouait un vieux tourne-disque qu'elle avait un jour réussi à dénicher elle ne savait plus où, tout en jouant avec le chapeau haut-de-forme qu'elle tenait entre ses mains. Tout son être était entièrement dirigé vers la musique, elle sentait son corps vibrer, onduler, virevolter aux sons des notes, sans qu'elle n'ait à faire aucun geste. Son corps l'avait quitté, il s'était levé pour aller danser dans le halo de lumière que faisait la lune depuis une fenêtre fracassée, la laissant immobile sur le canapé. Elle se regardait avec un petit sourire, ses yeux remontant lentement des jambes longues et fines cachées derrière un pantalon à carreaux noirs et blancs aux hanches prononcées, la taille fine, puis à la poitrine relativement généreuse, moulées par un justaucorps noir, en passant par le cou frêle et délicat surmonté d'un ras-le-cou. Ils vinrent ensuite scruter le visage fin et blême, aux longs cheveux d'un blond clair et terne ondulant au rythme de ses mouvements, au nez fin et aux grands yeux bleus entourés de rectangles noirs, pour s'arrêter sur la bouche, une grande bouche étirée artificiellement par deux grandes cicatrices et cachée derrière un lourd maquillage rouge. Son long manteau vert balançait de tous côtés, n'arrivant pas à suivre les gestes désincarnés qu'elle exécutait. Le haut-de-forme tenait sur sa tête par on ne sait quel miracle, rajoutant quelque centimètre à la taille peu imposante de la jeune fille. Puis la musique se termina, Kathy abaissa ses bras, dont l'un se terminait par une mitaine couleur de nuit, laissant apparaitre des doigts verts foncés, et leva la tête en direction du ciel, bénissant intérieurement Beethoven pour ses magnifiques créations. Elle resta ainsi immobile un long moment, debout au milieu de la grande pièce, avant qu'un bruit ne la fasse se retourner. Un grande forme sombre se tenait devant l'unique porte et se rapprochait lentement d'elle, d'une démarche souple et gracieuse.
- Alors, Ace, tu as réussi à identifier où ils étaient cachés ? demanda intérieurement la jeune fille.
- Comme on ne pouvait pas du tout s'y attendre, ils sont installés dans une planque aux Narrows, au bord des quais.
La voix de la créature était grave, elle raisonnait étrangement dans la grande salle, une sorte de deuxième voix aiguë accompagnant la première. Kathy sourit au tigre blanc qui arrivait maintenant à sa hauteur. La bête, aux yeux verts brillants, était hérissée de quelques ronces, collées à son corps, qui semblaient sortir d'elle à quelques endroits. L'une des pattes arrières semblait entièrement constituée de branchages et de feuilles, mais exécutait pourtant les mêmes mouvements que si elle avait été faite de chairs. Kathy sourit en caressant le poil doux de la créature, se laissant replonger dans le souvenir de leur rencontre.
Elle avait environ douze ans. Son père l'avait foutu à la porte, une fois de plus, vexé de voir que les images de la télé étaient surtout dirigées sur elle. En attendant de pouvoir retourner avec lui, elle s'était trouvé un petit appartement abandonné, non loin du zoo. Elle y allait tous les jours, le bas du visage caché derrière un grand foulard pour ne pas se faire reconnaitre, ne supportant pas l'écrasante solitude qui pesait sur elle. Elle avait trouvé un coin reculé du zoo, près de la cage des tigres blancs, où personne ne venait jamais. C'est là qu'elle passait la plus claire partie de son temps, observant les félins qui se mouvaient avec une grâce dangereuse. L'un deux, en particulièrement, attira son attention. Il était toujours isolé des autres et était d'une maigreur maladive. Il lui manquait une patte et de nombreuses griffures lacéraient son corps. C'était le reclus, celui dont personne ne voulait. Au bout de quelques temps, il s'habitua à la présence de la jeune humaine, et prit l'habitude d'aller se poser près d'elle, la regardant avec autant de curiosité qu'elle le regardait. Cela pouvait durer des heures. Un jour, alors qu'ils étaient occupés à s'observer mutuellement, elle entendit une voix grave venir de lui.
- Et bah alors, gamine, ton clown t'a encore foutu dehors ? Ca valait bien la peine de retourner le voir…
La petite resta interloquée quelques instants, ne parvenant pas à croire qu'elle venait bien d'entendre cette voix, qui avait disparu depuis de nombreux mois. Le souvenir d'une peluche brûlée vint se former en elle et elle sentit deux petites larmes perler au coin de ses yeux.
- Ace ? Pensa-t-elle doucement. Ace, c'est toi ?
- Pourquoi, t'as souvent d'autres voix qui viennent te parler comme ça, toi ? Ca va me rendre jaloux, tu sais…
La petite se mit à rire. Elle avait pensé le tigre mort, perdu à jamais le soir où on lui avait tiré dessus et qu'elle était tombé d'un immeuble d'une dizaine d'étages. Persuadée qu'il avait décidé d'être la seule victime ce soir là et qu'il l'avait protégé au prix de son existence à lui. Mais il était revenu, sous la forme d'un tigre maltraité.
- Ça fait bizarre de te revoir sous la forme d'une grosse victime !
- Comment ça, une grosse victime ? La victime, c'est celle qui se laisse souffrir psychologiquement quand d'autres lui font du mal. Moi, j'en ai absolument rien à faire, ce genre d'attaques ne m'atteint absolument pas !
Ils restèrent là, à parler pendant longtemps. Les visites de Kathy se firent plus longues, jusqu'à s'étendre sur la totalité de ses journée, oubliant tout le reste des jeux qu'elle avait habituellement. Cela dura un certain temps… Jusqu'à ce fameux jour.
Kathy pour une fois, était arrivée le soir, ayant passé la journée à s'amuser dans les magasins, pillant les rayons qui l'intéressaient, tuant quelques personnes au hasard, le tigre lui ayant dit la veille qu'elle allait s'user si elle ne reprenait pas ses anciennes activités de temps à autre. Quand elle vint le retrouver, il était étendu au même endroit que d'habitude, le souffle bruyant et saccadé, sans chasser les mouches qui venaient se poser sur lui. La petite blonde, soudainement grave, s'approcha tout près de la cage. Au regard de la bête, elle comprit qu'elle était en train d'agoniser. C'était pour ça qu'Ace l'avait éloigné ? Pour qu'elle ne le voit pas mourir une deuxième fois ? La petite était partagée entre les larmes et le rire. Ace, le grand Ace qu'elle admirait, était en train de mourir, sans que personne ici ne l'ait remarqué, sans qu'on ne vienne lui porter le moindre secours. Elle ne savait même pas ce qui avait bien pu arriver au tigre. Était-ce une blessure qui s'était trop infectée ? Une maladie ? Les autres qui l'empêchaient de se nourrir ? La douleur d'être ainsi mis à l'écart ? Peut-être simplement la vieillesse ? Elle ne pourrait jamais le savoir…
Son corps la quitta. Elle vint s'asseoir tout près du tigre, passant les doigts sur son pelage, sentant les côtes de l'animal s'élever et s'abaisser de manière irrégulière. Elle prit sa grosse tête, la posa sur ses genoux, le caressant doucement. Les autres tigres passait de temps en temps non loin d'eux, totalement indifférent au sort de leur congénère. Des larmes tombèrent sur la tête de la bête. Kathy ne voulait pas le perdre… Elle resta longtemps, très longtemps ainsi. Brusquement, elle se rendit compte qu'il faisait nuit, qu'on avait fermé le zoo depuis un certain temps déjà. Personne ne les avait remarqués, comme si quelque chose les isolait du reste du monde. Bien, se dit-elle soudain, puisque personne n'était décidé à sauver ce pauvre tigre, c'est elle qui le ferait…
Elle escalada les barrières de l'enclos, s'égratignant au passage contre les barbelés et sauta lestement de l'autre côté. Le tigre eut une sorte de sursaut quand elle s'approcha de lui, mais ne bougea pas. Elle s'agenouilla devant le corps immobile, s'excusant en pensées.
- Tu vas devoir mourir, je suis désolée. Mais je t'offrirai une seconde vie, tiens-bon.
Des ronces, près d'eux, se mirent à pousser à une vitesse fulgurante. Elles s'enroulèrent autour de l'animal, lui faisant pousser un petit gémissement et, par un mouvement sur le côté, le relevèrent. Elles vinrent se terminer à l'endroit de la patte manquante, lui offrant un support pour se tenir debout. Kathy se redressa, et s'approcha de l'animal, qui la regardait, une expression indéchiffrable dans le regard. Elle sortit un couteau de la poche de son manteau, un couteau à cran d'arrêt, au manche noir sur lequel étaient écrits de nombreux Ha ha ! en rouge et blanc. Religieusement, elle approcha la lame du cou de la bête. Elle savait exactement où frapper pour qu'il souffre le moins longtemps possible. Elle le regarda une dernière fois dans les yeux, essayant de comprendre l'expression de son regard. Puis elle eut une geste vif et le sang se mit à couler.
Les autres tigres, plus loin, allèrent se terrer dans un coin. Ils semblaient avoir compris qu'il n'était pas bon de s'approcher de la dangereuse fillette. Les plantes, quand à elles, semblèrent frémir un instant, puis certaines pénétrèrent dans la blessure béante. Kathy maintenait toute son attention sur les végétaux. C'était la première fois qu'elle faisait ça, elle ne savait pas du tout si ça pouvait marcher. Mais elle se souvenait avoir vu son amie, l'Empoisonneuse, prendre le contrôle de cadavre grâce à ce pouvoir qu'elle lui avait léguée. Si elle avait pu le faire, il n'y avait pas de raison pour que sa successeur n'y arrive pas. Elle dirigea les plantes à l'endroit du cerveau. C'était de là qu'elle pourrait tout commander. Pendant un long moment, elle resta devant l'animal, apprenant à contrôler ses mouvements. C'était assez intuitif, elle avait l'impression de déjà savoir tout ce qu'il fallait faire. Au bout d'un moment, la voix d'Ace, grave, raisonnante, un peu mécanique, s'éleva.
- Jolie coup, gamine, la cinglée t'as donnée des pouvoirs plutôt pratiques.
Kathy sourit. Elle avait réussi à sauver Ace d'une seconde mort. Elle avait retrouvé une bonne fois pour toute son ancien compagnon. Elle se jeta au cou du fauve, l'étreignant malgré la douleur que lui causaient les épines de ronces. Puis elle se retourna vers les autres tigres qui les observaient, parqués dans leur coin, un sourire mauvais sur le visage.
Kathy et Ace étaient tout près de la planque indiquée par le tigre. Totalement silencieux, ils se rapprochaient des deux hommes à l'entrée qui observaient les alentours, à l'aide de leurs lampes de poches. Le meilleur moyen pour ses deux imbéciles d'avoir un minimum de visibilité, se dit Kathy en souriant pendant qu'elle se cachait derrière une caisse.
- Tu attaques celui de gauche, moi je m'occupe de celui de droite, intima-t-elle mentalement à son ami.
Celui-ci acquiesça et, d'un même mouvement, ils foncèrent sur les deux hommes. Ceux-ci n'eurent pas le temps de réagir que l'un se faisait poignarder en plein cœur pendant que l'autre était égorgé par les dents du fauve. Les bruits d'agonie qu'ils firent ameutèrent plusieurs hommes, prêts à décharger leurs armes sur les inconnus qui étaient là. Voyant le haut-de-forme et le long manteau caractéristiques, ainsi que le tigre prêt à bondir, ils eurent un instant d'hésitation, que la jeune tueuse exploita. Voltigeant d'homme en homme, elle exécutait des mouvements précis avec son couteau, abattant froidement et rapidement chacun des individus. Certains essayaient de tirer au hasard dans sa direction, mais ils étaient très vite mis hors d'état de nuire par le grand félin. Dans l'action, les deux criminels entrèrent dans le hangar, tombant sur deux ou trois dizaines d'autres hommes, eux aussi prêts à les accueillir de leurs balles. Kathy et Ace s'arrêtèrent un instant, jaugeant leurs ennemis, lorsqu'une voix s'éleva.
- La fille du chaos en personne vient nous voir ! Que pouvez-vous vouloir à une simple petite bande de malfrats ?
La criminelle leva les yeux sur un homme tranquillement installé sur une plate-forme, visiblement le chef de la bande. Elle ne mit pas longtemps à comprendre que, sous ses airs qu'il voulait assurés, il était en réalité extrêmement tendu, les phéromones qu'elle pouvait sentir criant tout ce qu'il tentait de cacher. Elle eut un petit sourire en s'approchant légèrement de son perchoir.
- Il y a quelques jours, vous avez cambriolé la banque que nous avions prévu d'attaquer, expliqua posément la voix de Ace.
- Nous ne pouvions pas savoir que vous aviez prévu d'y faire un tour, rétorqua un peu trop précipitamment le chef. Si vous voulez… On peut s'accorder pour partager l'argent.
Le rire frénétique de Kathy fut aussitôt accompagné d'un frisson de peur de tous les brigands. C'était un rire dérangeant, qui semblait totalement privé de joie, et dont la tonalité montait et s'abaissait de manière totalement anarchique.
- On n'en a rien à faire, du fric que vous avez volé. Le problème, c'est que vous avez bousillé notre terrain de jeu avant qu'on ait pu en profiter.
Cette fois-ci, le petit chef ne parvint pas à dissimuler le malaise dans sa voix.
- É… Écoutez, on peut s'arranger… Je ne sais pas ce qu'il vous faut, mais on peut sûrement trouver quelque chose pour réparer cette regrettable erreur…
Il fut interrompu par un bruit de grelots, venant de l'extérieur. Ne parvenant à retenir un hoquet de peur, il tira de sa poche un pistolet, qu'il pointa en direction de l'entrée. Cinq tigres blancs, parés de différents végétaux, qui semblaient totalement fusionnés à leur corps, apparurent dans l'embrasure de la grande porte, arrachant des cris inquiets de la part des hommes les plus proches. Leurs yeux verts brillaient dans la pièce mal éclairée. Cette fois, le chef paniqua tout à fait.
- On… on est désolé ! Demandez-nous ce que vous voulez, on fera ce qu'on peut pour l'obtenir, mais pitié, ne nous faites pas de mal !
Il n'eut pour toute réponse qu'un ricanement moqueur de la part de la jeune fille, pendant qu'un des tigres sautait sur l'un de ses hommes de mains, lui arrachant la tête avec violence. Les autres malfrats, perdant leur sang-froid, se mirent à tirer sur les fauves en poussant de grands cris. Le chef, éperdu, entreprit de s'attaquer à la jeune fille qui, par quelques sauts incroyablement agiles, arrivait déjà sur lui.
