Une nouvelle histoire, plus courte, déjà écrite que je me décide à partager, en espérant qu'elle puisse vous plaire. Tous les personnages appartiennent évidemment à J.K. Rowling.

On prend les mêmes et on recommence: Post-Poudlard, la guerre est enfin finie et son déroulement a pratiquement suivi celui des livres, mis à part la Bataille de Poudlard.

Merci pour votre lecture,


Chapitre I : Mondanités (1 sur 2)

L'encre sur le parchemin ne brille plus sèche enfin. Hermione Granger tient pourtant encore sa plume entre ses doigts. La déposer signifierait émerger de ses pensées, elle n'y est pas prête : dans ses songes, il lui semble parfois découvrir à nouveau Poudlard. Les hautes tours sous les étoiles scintillantes dans les yeux de ses condisciples, les chandelles qui surplombent les tables de la grande salle le rouleau sec qui lui fait face, posé sur son bureau encombré. Le mesurer ne la rassérénera pas davantage, voilà longtemps que ce critère ne compte plus quant à l'évaluation de son travail. Pour le reste, elle s'avère désormais capable de réciter la moindre tournure de phrase employée au sein de cet épineux dossier maintes fois réécrit pour en paraître meilleur. Non pas les mémoires de guerre que les plus célèbres maisons d'éditions sorcière achèteraient à prix d'or mais un simple texte de loi que sa supérieure, Lady Sinclair, à la tête du département Justice au Ministère, refusera une fois de plus. Et la jeune femme de le corriger encore quand bien même elle ne puisse douter de la qualité de sa rédaction tout cela parce qu'elle s'appelle Hermione Granger et qu'elle ne renonce jamais, nonobstant la réponse similaire rétorquée :

« C'est trop tôt, ils ne sont pas encore prêts, nous ne sommes pas encore prêts. »

« Pas prêts » Les mot tournent en boucle dans l'esprit d'Hermione, s'insinuant au fond de son échine, ils s'accordent tant à sa propre personne. Elle n'a jamais été prête, juste habile à dissimuler cette faiblesse au point de créer une illusion parfaite. Attraper les évènements les uns après les autres, les classer et réagir en conséquence agir sans réfléchir, suivre le fleuve de la Raison et s'y abreuver jusqu'à l'écœurement. Elle n'était pas prête à courir à la recherche des Horcruxes. S'effacer de la mémoire dans ses parents n'était qu'une action logique pour affronter l'horreur enfin dévoilée. Aurait-elle été un jour prête à les abandonner ? L'irrémédiable de la séparation finale ne prépare pas les enfants au deuil. Hermione aurait aimé pouvoir s'y préparer davantage, quelques minutes supplémentaires, seulement, afin de se résoudre à l'adieu.

Elle a cessé ses allers et retours en Australie, incapable de supporter les conséquences de son choix et de se contenter d'être la gentille voisine du couple heureux de présenter leur petite fille nouvellement adoptée. La ressemblance entre eux aurait fini par faire jaser sans que les ex-Granger y comprennent quoique ce soit sordide séquelle d'un sortilège d'oubliette que nul ne sait inverser.

Jamais prête la petite Hermione ! Un lent désespoir qui s'accroche peu à peu à ses épaules au point de ne plus lui arracher de sarcasmes à la perspective que la société magique tout entière semble partager son état. Du moins selon les propos susurrés par sa chef et reflétant sans difficulté ceux du Ministre de la Magie, le vieux Boniface Crawley agissant de son mieux bien qu'à son âge, on ne puisse plus lui reprocher d'avoir ignoré les prémices de la guerre contre Voldemort, tout comme son déroulement ainsi que sa conclusion. Au moins, il était resté en vie et ses mains tremblotantes tiennent la barre d'un vaisseau abimé au calfatage précaire. Difficile de suivre un cap lorsqu'on n'en finit pas de briquer le pont pour effacer le sang toujours frais qui s'insinue entre les planches. Hermione aurait pu en rire, si seulement ses yeux ne relisaient pas en boucle le titre calligraphié avec le plus grand soin.

« De l'unité du monde sorcier de par l'égalité établie entre toutes les espèces magiques »

Maigre ersatz du monde nouveau qui aurait dû surgir à la mort du Seigneur des Ténèbres, mille espérances concentrées vers un Ministère neuf qui tel un phare surgissant dans la nuit aurait su guider la population entière vers des temps meilleurs. Si les récifs abordés n'avaient pas été aussi cruels, avalant autant les capitaines que les marins, alors Kingsley aurait été à même de respecter les vœux de Dumbledore comptant sur l'aide de Lupin, de Tonks, de…. Hermione cesse son décompte mortel, il est inutile ces deuils-là, il lui reste tout le temps nécessaire pour les accepter un jour. Il lui faut juste être prête. Et comprendre Harry. Cette étape parait si aisée tout à coup, découvrant pleinement la stupidité de ses vains efforts chaque jour répétés. Il n'est personne pour lire l'avenir, cheminer à petits pas reste la solution la plus évidente, accepter les contradictions et se bercer de résignation jusqu'à lever la tête et fixer la robe accrochée au porte-manteau sur la porte de l'armoire, masquant en partie ce faisant le miroir adossé.

Hermione défie enfin l'ennemi avec grand courage, décomposant la qualité de la soie, la justesse de la coupe et la légèreté aérienne des broderies argentées : une œuvre d'art, signée d'un grand couturier et laissant encore résonner dans ses oreilles la voix de Ron.

« Je te dis même pas le prix ! Une petite fortune ! Tu seras superbe M'ione ! La plus belle pour fêter les trois ans de la victoire ! »

De cela, elle n'en doute guère, non pas tant l'expression d'un narcissisme que l'application bête et méchante du sur-mesure en couture. S'en réjouir serait plus simple, s'y opposer lui ressemblerait plus sauf que cela revient à affronter Ron sur l'épineux sujet des « justes rétributions par rapport aux actions méritantes accomplies durant la guerre ». L'Ordre de Merlin passe encore, Première Classe, évidemment, elle ne peut nier l'immense fierté approuvée en sentant le poids de la breloque sur sa poitrine. Quant au reste du paquetage, elle n'arrive pas à reprocher à Ron de s'y vautrer. Il lui faudrait être intègre pour cela et porter son regard sur les rayonnages s'étalant sur toute la longueur de leur loft londonien la ramène à ses propres bassesses. Se rappeler qu'il ne s'agit que des cadeaux offerts par des anonymes ne suffit plus à dissimuler son malaise. Elle avait été heureuse de se ranger à la version de Ron lui stipulant que ce serait insulter les donateurs que de confier les livres reçus à une bibliothèque. Son rêve de petite fille réalisé lui amène autant de satisfaction qu'une bêtise dissimulée. Dès lors, peu importe son peu d'accointance vis-à-vis des soirées mondaines organisées par les nouveaux riches profitant de la disparition des riches familles Sang-pur, le prix à payer demeure piètre. Pavaner en robe haute-couture quand les cadavres exposés se décomposent toujours sur la place principale du chemin de traverse : tous en rêveraient ! Hermione s'écœure elle-même, se lève et s'éloigne en toute hâte de son bureau. Elle sait très bien que racheter sa culpabilité en s'accrochant à un projet de loi inopportun dans la belle société d'après-guerre s'apparente à un mensonge des plus pitoyables.

Le soir venu, ni sa main droite resserrée sur la fine tige de sa flute de champagne ni l'autre piochant avec régularité parmi les petits fours proposés par les serveurs ne parviennent à combler son malaise persistant. La faute au verre qu'elle se garde bien de vider sans doute, l'érigeant en une barrière dérisoire alors que les autres convives cèdent peu à peu aux douceurs offertes depuis que les discours ordinaires ont été prononcés. Hermione a abandonné Ron au milieu d'un groupe animé, une minorité de vétérans et une majorité de profiteurs réapparus aussitôt le cadavre de Voldemort brûlé. Le prétexte invoqué du buffet manque de crédibilité mais lancé dans un récit épique, le garçon n'y a attaché aucune importance. La bienséance voudrait qu'elle demeure à ses côtés, l'encourageant et acquiesçant en dépit des détails gênants révélés ou de l'exagération manifeste. Ressasser n'aide pas au deuil, certes, en vérité, elle supporte de moins en moins les démonstrations, un brin ridicule, de son amant. Ce jugement de valeur l'excède, de quel droit s'estime-t-elle au-dessus des autres ? Ils ont traversé les mêmes épreuves qu'elle. Enfin, pas tous, mais il lui est impossible d'imaginer que ce seul fait explique ses ressentiments. Peu importe les circonstances, il lui faut concéder n'avoir jamais été à l'aise dans ce genre de manifestation du faux-semblant. Que le panel tiré sur le volet des vieilles familles ait été remplacé par ces nouveaux riches n'y change rien : les discussions sont semblables et l'orgie les accompagne. Un entrelacs de serpents qui ondule sans fin pour mieux hypnotiser et ensuite mordre. Elle ne sait pas les imiter, voilà tout.