Narcissa accéléra le pas, son masque d'impassibilité plaqué sur le visage. Coppy venait de l'avertir que son mari était rentré et elle savait d'où il venait, bien qu'il ne lui ai pas dit. La nouvelle était dans le journal. Harry Potter avait remporté le tournoi des trois sorciers et prétendait que le Seigneur des Ténèbres était de retour. L'article disait que le jeune sorcier perdait la boule, Narcissa n'y croyait pas. Elle arriva devant le bureau de son mari, le bureau dans lequel elle ne pouvait rentrer seule sous aucun prétexte. Discrètement, elle inspira un coup, ressentant l'air passer dans ses poumons et frappa.
-Entrez, retentit la voix de son mari que Narcissa trouva un peu tremblante.
Elle ouvrit la porte et entra dans la pièce. Lucius était assis derrière son bureau, un verre d'alcool posé devant lui. Il avait les cheveux un peu emmêlés, les yeux grands ouverts et la mâchoire contractée.
-Narcissa.
-J'ai vu le journal, lui répondit-elle.
-Oui.
Restant droite, face à lui, elle attendit qu'il explicite. Elle savait qu'il détestait les questions inutiles et les discours pour ne rien dire lorsque ce n'était pas nécessaire et elle avait appris à le gérer.
-Il est de retour, déclara-t-il finalement après une éternité.
Elle s'empêcha de réagir mais son cerveau carburait.
-Où était-il ?
-Par-ci, par-là, en Albanie, à Poudlard..., répondit le blond en buvant une grande lampée de liquide couleur ambre. Nous devons son retour à un simple rat...
Un rat ? Se demanda Narcissa en attendant la suite de l'histoire qui tardait à venir. Lucius semblait perdu dans ses pensées agaçantes.
-Un rat ? Demanda-t-elle finalement en cachant son propre agacement.
Les informations n'arrivaient pas assez vite.
-Peter Pettigrew, répondit-il. Un animagus rat.
Oh, Narcissa connaissait très bien Pettigrew. Son cousin avait été envoyé en prison pour le meurtre de ce sorcier et pour celui d'une dizaine de moldus. Elle ignorait qu'il était un animagus mais peu importait au fond.
-Sommes-nous en mauvaise posture ?
-Non, il nous a pardonné, murmura Lucius en regardant sa femme droit dans les yeux depuis le début de la conversation. Dans un an, il réclamera Draco.
-Vraiment ? Répondit Narcissa sur un ton qui n'était pas du tout interrogatif. Quelle aubaine.
-Oui, ça l'est.
Les deux restèrent silencieux un moment, ne voulant, ni l'un ni l'autre, communiquer plus. Le tic-tac de l'horloge résonnait. Une faille.
-Je vais y aller. Je ne dois pas manquer mon rendez-vous avec Agatha Zabini.
Il acquiesça et termina son verre. Elle sortit de la pièce sans un regard en arrière, fermant la porte derrière elle et se dirigeant vers ses appartements.
Narcissa était une Malfoy. Avant d'être une Malfoy, c'était une Black. Autrement dit, elle faisait parti de l'élite sorcière depuis sa naissance. Cela voulait dire, en termes clairs, que les personnes plus basses qu'elle dans la société se devaient de répondre à ses exigences. Lorsqu'elle était toute jeune, à peine rentrée à Poudlard, et qu'elle était déjà la princesse des Serpentards, elle avait réalisé quelques chose pour la première fois. Le monde changeait, les lois changeaient et des personnes qui n'avaient pas un sang aussi pur que le sien commençaient à entrevoir la possibilité d'accéder à des postes clés du monde sorcier. Quelle infamie ! C'était aussi absurde qu'un adolesent premier ministre. Comme si la communauté sorcière, constituée de lignées pures, fières de leur sang, de leurs origines et de leurs magies, pouvait être dirigée par des gens qui n'y connaissaient rien, qui essayaient de leur imposer une culture du secret et de la honte. C'était intolérable. Permettre tout ceci, c'était l'insulter elle et tous les autres sang-purs, leur cracher au visage, marcher sur leurs traditions et leurs valeurs.
Alors, tel un sauveur, il était apparut. Lord Voldemort. Descendant de la noble famille des Serpentard, famille qui, à en croire les rumeurs, tenait aux même valeurs qu'elle. La pureté, les traditions, la puissance. Si un homme tel que lui prenait le pouvoir, il les sauverait tous. Elle en parlait avec espoir dans la salle commune, entourée de ses amis et de Lucius Malfoy, son fiancé, un sang-pur dont la famille venait de France, qui la regardait avec approbation. Et cela la remplissait de fiertée et de bien-être.
Puis, il y avait eu les premières morts. Elles étaient passées presque inaperçues. Trois cadavres, Nora Warden, Alexander Warden et leur fille de sept ans, Amelia Warden, ont été retrouvés chez eux il y a deux jours, victimes du sortilège de la mort... Une famille entière vivant à Little Garden a été retrouvée morte ce samedi, elle comptait deux adultes et quatre enfants... Tous des né-moldus, avaient déclaré les aurors alors que la situation empirait. Aucune revendication pour l'instant.
Mais Narcissa avait compris. Et ce n'était pas ce qu'elle imaginait. Parce que Lord Voldemort ne visait pas qu'une carrière politique. Il voulait aussi une extermination et sa logique et son éthique à elle la démangeait.
Elle n'était pas cruelle, elle ne tuait pas les gens. Du moment où les êtres inférieurs reconnaissaient sa supériorité de par sa lignée et sa magie, tout était pour le mieux. Quel sens cela faisait-il de se séparer d'eux alors que c'était ces petites gens qui permettaient le train de vie des familles comme la sienne. A quoi bon naître dans la famille de la royauté sorcière si elle n'avait plus aucun sujet à gouverner.
Narcissa réfléchissait à tout ceci dans sa maison de famille, bien à l'abris, du moins dans ses pensées, de l'actualité inquiétante. Puis à table, Bellatrix, qui était à sa gauche, avait sous-entendu qu'elle avait rencontré celui qui se faisait appelé Lord Voldemort. Elle en parlait avec des étoiles dans les yeux et Narcissa savait ce que cela voulait dire. Bellatrix était hors d'atteinte. A sa droite, Andromeda ne disait rien, étonnemment silencieuse.
Bellatrix fut mariée la première, dès sa sortie de Poudlard, à Rodolphus Lestrange. Narcissa avait espéré pendant quelques semaines que se marier permettrait à sa soeur aînée d'oublier le Seigneur des Ténèbres. Elle avait vite été détrompée. Bellatrix n'avait aucun respect pour son époux et celui-ci avait sur l'avant-bras gauche une marque équivoque. Trois ans plus tard, Andromeda quitta Poudlard. Elle quitta la maison quelques semaines plus tard après une dispute acharnée contre le reste de la famille. Elle était déshéritée et allait épouser un moldu. Enfin, un né-moldu mais c'était du pareil au même...
Dire que sa soeur préférée, la forte, maternelle et puissante Andromeda s'était abaissée ainsi, sacrifiant son rang, sa famille et son lien privilégié avec la magie pour ça... Ses deux soeurs étaient dans la démesure. Pourquoi ne pouvaient-elles pas voir ce qui était sous leur nez ? Elle pleura.
Un an plus tard, ce fut au tour de Narcissa. Elle fut diplômée et mariée. Elle devint Narcissa Malfoy et bien que son union avec Lucius ne fut pas célébrée sous l'auspice de l'amour indéfectible, elle était au moins bénie d'un profond respect et c'était le plus important.
Elle avait entendu des rumeurs: Andromeda était enceinte. Peu importait.
Pendant un an et malgré la situation politique, elle fut heureuse. Elle apprit à aimer son mari et sa vie était agréable au manoir. Puis un soir, Lucius était rentré avec une étincelle dans les yeux qui l'avait dérangée. Elle l'avait vu tenir son avant-bras gauche et elle avait compris. Maintenant, quand les Lestrange venaient pour prendre le thé, ils disparaissaient au bout d'un moment dans le bureau de Lucius pour de longues conversations. Bellatrix aussi.
Narcissa était jalouse. Terriblement jalouse. Elle avait l'impression qu'on lui volait son bonheur. Alors un soir, alors que Lucius et elle lisaient dans la même pièce, elle lui demanda comment se passait ses réunions avec le Seigneur des Ténèbres et si ils seraient bientôt débarassés des moldus. Il l'avait regardé, lui avait sourit et lui avait raconté sa journée.
Un an plus tard, son cousin Sirius fut déshérité. Ce n'était pas une surprise. Il était à Gryffondor, était ami avec des sang-de-bourbes et des créatures dangereuses... Elle fut nostalgique mais elle ne pleura pas. Elle n'en avait pas le droit.
Trois ans plus tard, son cousin Regulus disparut. La rumeur disait qu'il avait essayé de se rebeller contre le Seigneur des Ténèbres. Narcissa pleura. Elle était proche de son cousin. Lucius, lui, semblait furieux. Si les rumeurs étaient vraies, cela faisait déjà trois déceptions du côté de la famille Black. Peu après, sa tante Walburga mourrut de chagrin.
Un an plus tard, son oncle Orion suivit. La branche principale de la famille Black était morte. La branche secondaire ne vivait plus qu'à travers son père à elle, Cygnus Black, et il n'avait eu que des filles, sa femme était même morte en couche à la naissance de Narcissa. C'était bel et bien la fin de la famille Black. Narcissa porta les habits de deuil pendant un long moment. Accablée, elle buvait en cachette, se demandant comment sa famille si stable, si solide, si puissante en était arrivée là. Elle ne voyait qu'un coupable. Le Seigneur des Ténèbres. Et puisque c'était une pensée dangereuse pour elle et son mari, elle apprit l'occlumencie afin de pouvoir cacher n'importe laquelle de ses pensées traîtresses.
Elle venait de finir son deuil lorsqu'elle tomba enceinte à l'âge de vingt-cinq ans. Lucius était extatique et elle aussi. Finalement, l'espoir renaissait, tout n'était pas perdu. Elle aimait déjà tellement cet enfant. Elle ferait tout pour le protéger et pour lui inculquer sa vision de la magie, sa vision de la famille, ses principes. Elle l'éleverait du mieux qu'elle le pouvait. Elle y consacrerait sa vie.
Dès qu'elle le tint pour la première fois dans ses bras, elle sût. Elle donnerait absolument tout pour lui. Elle sacrifierait tout pour lui. Son petit dragon. Elle n'avait pas pû s'en empêcher... De lui donner un nom d'étoile. C'était une tradition qu'elle avait toujours voulu continuer et même si la famille Black était morte, elle y avait tenu. Lucius avait finalement accepté, abandonnant son premier choix de prénom. Abraxas, comme son père à lui.
Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1980, Lucius la réveilla dans ses appartements. Le Seigneur des Ténèbres avait disparu, lui expliqua-t-il dans un souffle, le visage pâle et la voix tremblante. Il s'était rendu chez les Potter pour les tuer mais n'avait pas réussi à achever l'enfant. Il était mort par on ne savait quel procédé magique. C'était la fin.
Narcissa l'avait consolé, lui chuchotant à l'oreille que tout irait bien en passant sa main dans ses longs cheveux blonds qu'elle aimait tant. Il s'était endormi. Puis, elle avait enlacé Draco qui dormait paisiblement et avait pleuré de joie et de soulagemment. Quelques jours plus tard et de manière simultanée, son cousin Sirius et les Lestranges avaient été arrêtés respectivement pour meurtre et torture. Sirius était apparement un mangemort, l'information passait dans la gazette du sorcier. Cela l'avait étonnée. Lui qui semblait si impliqué dans son amitié avec des sang-de-bourbes... Mais finalement, le Seigneur des Ténèbres avait été capable de convaincre nombre de fidèles. Un de plus, un de moins. Si elle l'avait sû avant... Quant-à sa soeur, cela faisait bien longtemps que Bellatrix n'était plus sa Bellatrix.
Narcissa vécu dix ans de bonheur à élever son fils, la lumière de sa vie, sans remarquer que son couple ne tenait en réalité plus que grâce à lui. Ce fait lui sauta aux yeux lorsque Draco entra à Poudlard (dans la même promotion que Harry Potter dont il lui parlait dans ses lettres et pour qui il semblait nourrir une certaine obsession) et que la maison lui sembla soudainement affreusement vide. Lucius et elle ne partageaient plus aucun moment d'intimité depuis très très longtemps. En fait, même le respect, la confiance et la chaleur humaine avaient disparus de leur relation. Quand elle y pensait trop, elle envoyait à son fils un gros paquet de bonbons à partager avec ses amis de Serpentard, comme pour exorciser son malheur à elle.
Et parce qu'un malheur n'arrivait jamais seul, son père, Cygnus, mourrut cette année-là. Draco n'en fut pas très affecté, il n'en était pas très proche. Elle par contre fut anéantie. Son masque était désormais en permanence fixé sur son visage. Trop d'émotions l'avaient détruite en trop peu de temps, elle ne voulait plus les ressentir ni qu'on la voit les ressentir.
Et voilà que maintenant, alors qu'elle ne pensait pas pouvoir tomber plus bas, le Seigneur des Ténèbres était de retour...
Ses yeux se firent meurtriers et calculateurs.
Au nom de Narcissa Adhara Black, et par le pouvoir de toute sa lignée, elle le promettait devant la lune, la terre et les étoiles, Lord Voldemort ne réclamerait pas son fils.
