Volume 1

Bonjour ! Je reviens après L'appel de l'équilibre pour une nouvelle Reylo, dans un style très... différent ^^ J'espère que malgré (voire grâce à) mes extravagances vous allez appréciez mon histoire :) En tout cas, n'hésitez surtout pas à me dire ce que vous en avez pensé, n'hésitez pas à distribué les mauvais points, vraiment j'espère beaucoup de vos retours :D

Il y aura 10 chapitres, 2 volumes avec 5 chapitres chacun.

Bonne lecture ;)

Lundi 24 janvier 2016

8 :47

Madame Lucy Barcriff était la réceptionniste au poste de shérif, au secteur 19.4 de Coruscant (ou « Doobie », comme les habitants appelaient eux-mêmes les lieux). Comme tous les membres du service, Miss Barcriff avait le droit à un jour de congé hebdomadaire (qu'elle prenait très souvent le dimanche), mais lors des six autres jours elle était systématiquement celle qui ouvrait les portes du poste. Miss Barcriff arrivait chaque matinée de travail vers huit heures cinq dans son petit driver, elle sortait son trousseau de clé et elle ouvrait la porte centrale du bâtiment. Après être allé jusque dans la salle de conférence elle préparait le café pour tout le monde (les autres se chargeaient d'apporter les viennoiseries) et tous ses collègues arrivaient entre 8 huit heures dix et huit heures quarante-cinq.

Le shérif Hux, lui, arrivait toujours quelque part entre les deux horaires.

Lorsque Miss Barcirff revenait de sa journée de congé (comme c'était le cas ce jour-ci) elle se dépêchait de rattraper ses affaires en retard. Tout de toute façon était déjà empilé sur son bureau, mais Armitage Hux ajoutait toujours un post-it jaune la veille au soir, pour qu'avant même que le shérif n'arrive le lendemain matin, Lucy soit déjà au courant de tout et qu'il puisse lancer des ordres sans avoir à s'expliquer.

Ce matin, après qu'il est franchi la porte d'entrée encombré d'une boîte de quatre donuts entre les mains, le bonjour entre Armitage Hux et Lucy Barcriff se résuma à ses mots :

- Bonjour Lucy.

- Bonjour Shérif Hux.

- (Hux se léchait un doigt – la boîte à donuts nappés de sucre coloré était déjà ouverte) Hum… Lucy, le FBI va sûrement appeler ce matin, alors passez-les moi dès que l'on sera en liaison !

- Entendu !

La discussion était vaguement amicale, principalement courtoise.

Ce matin, comme il arrivait quelque fois, Miss Barcriff n'avait pas eut besoin du mémo de Hux : la télévision s'était chargée de diffuser le tragique évènement qui avait eut lieu hier dans leur secteur. Miss Barcriff l'avait découvert en prenant son souper hier.

Le téléphone retentit deux fois avant neuf heures, la deuxième fois fut la bonne.

Lucy Barcriff cria à travers le poste :

- Shérif ! Le FBI vous demande !

- Humpf (encore un bruit de bouche, ce coup-ci en provenance de la salle de réunion, Armitage n'avait pas encore fini son petit déjeuner) très bien Lucy, envoyez-les !

Dans la salle de réunion en ce moment se trouvait Hux et ses deux adjoints, tous les trois tenant un café noir et chaud dans une main (saupoudré d'un nuage de lait pour l'un des adjoints) et un donut (loin d'être leurs premiers) plus ou moins entamé dans l'autre.

Ce qui n'avait pas été consommé et le reste des emballages reposaient sur la grande table en bois de réunion, où recalé dans un coin se trouvait également un combiné téléphonique. Celui-ci retentit, et Hux demanda à l'un de ses adjoints de le tirer vers lui. Armitage posa café et donut devant lui et décrocha le combiné :

- Allo, FBI ? dit-il d'une voix concernée. Ici le shérif Hux du secteur 19.4.

- Shérif, débuta une voix jeune et expéditive à l'autre bout du téléphone, ici agent spécial Poe Dameron. Je dirige la section d'infiltration, et je vous informe que nous allons prendre en main l'affaire ****. Nous vous appellerons en cas de coup dur ou pour renseignement. Compris ?

- Compris, fit Hux alors que ses adjoints buvaient encore leur café. Vous savez, c'est une tragédie ici, nous connaissions les **** et leur fils depuis des ann…

- Oui j'en suis sûr, coupa immédiatement l'agent Dameron. Alors vous m'excuserez de raccrocher, je dois briefer mes agents le plus vite possible !

- Oui bien sûr je comprends, fit Hux d'un air dominé alors que de l'autre côté on coupait la communication. Allo ? Agent Dameron je ne vous entends plus ! Alors je vais raccrocher !

Et le téléphone reposé, Hux reprit la fin de son donut.

8 :51

L'équipe de l'agent spécial Dameron ne comptait pas le Sherlock Holmes de Sir Arthur Conan Doyle parmi ses membres. Pourtant, il y avait tout de même à l'entrée de l'agence une jeune femme qui avait passé beaucoup de temps de sa vie à mener des enquêtes, qui avait essayé la drogue (puis arrêté pour se mettre du côté de ceux qui mettaient les trafiquants sous les verrous) et qui depuis très longtemps fumais avec une pipe qui ressemblait beaucoup à celle du héros de ces romans.

La jeune femme avait 26 ans et s'appelait Rey Nowhere, que pas mal de monde connaissait dans l'agence juste pour s'être donnée ce nom elle-même (ce qui était plutôt proche de la vérité) mais dont – alors que c'était beaucoup plus grave tout de même – tout le monde ignorait qu'elle souffrait d'endométriose (parce que l'être humain aime le superficiel, et qu'il est dans la nature des êtres vivants de cacher ses faiblesses, et de ne pas vouloir susciter l'empathie).

Tous les matins, Rey sortait fumer, après avoir salué par pure politesse toutes les personnes qu'elle avait croisées, et elle attendait que son ami Finn ne vienne la rejoindre.

En général, il ouvrait tranquillement la porte et prenait le temps de se retrouver côte à côte avec elle pour lui souhaiter le bonjour. Mais parfois, comme aujourd'hui, il arrivait plus précipitamment, et Rey n'avait pas besoin de plus pour comprendre ce qu'il allait de toute façon et systématiquement enchaîner :

- Dameron nous convoque immédiatement. Réunion.

Et en entendant cela ce matin, Rey se retourna comme d'habitude en lâchant un cercle de fumée :

- Bonjour Finn (étant donné son ton, elle n'était pas tout à fait réveillée)

- Oui, bonjour Rey.

Finn se dépêcha de sortir son propre paquet de cigarette et se précipita d'en allumer deux. Puis la sienne au bec, il tendit la main vers la bouche de Rey avec un air exaspéré :

- Combien de fois je t'ai dis d'arrêter ça !

Et il lui enlevait sa pipe de la bouche :

- Je sais que tu mets bien plus de saloperies encore là-dedans que là-dedans !

Et il lui présenta la secondement nommée « là-dedans » (la seconde cigarette qu'il avait allumé) et la lui tendit. Rey s'en empara, récupéra sa pipe et la remit bien en évidence dans sa poche, et elle recommença à fumer sans mot dire.

Finn, qui n'avait qu'à peine entamé qu'un quart de la sienne, se retourna et s'en débarrassa dans le cendrier à gauche de la porte, avant d'enclencher celle-ci.

Il prit une pause d'une seconde pour regarder Rey, tandis qu'il tenait la porte grande ouverte :

- Tu vas être en retard, dit-il alors qu'elle continuait à fumer sa cigarette. Encore…

Et Finn retourna à l'intérieur, laissant Rey terminer.

Evidemment, la jeune femme arriva en retard, et Poe Dameron était en train de briefer tout le groupe lorsqu'elle fit irruption :

- Mademoiselle Nowhere, s'interrompit l'agent spécial de son habituel ton autoritaire, merci de faire acte de présence.

Même lorsqu'il ne donnait pas un ordre, il donnait le sentiment d'en donner un. Quand il réprimandait quelqu'un, ou quand il résumait une affaire à ses agents :

- Donc, reprit-il tandis que Rey s'asseyait et prenait le dossier de briefing à son intention, nous avons…

Et instantanément le son se coupa.

Rey, qui s'était assise juste à côté de Finn, Rey qui avait attiré l'attention mais la sympathie de personne en arrivant et avec du retard, cette Rey-là était en train d'éplucher le dossier dans ses moindres détails. Comme l'écrivain vous l'avait précisé, il y avait un côté Sherlock Holmes chez cette fille. Un côté que le FBI n'ignorait pas – sinon personne n'endurerait son irascible autre côté, dilettante et asocial. C'est pour cela que Finn était son seul ami, et que Poe ne l'avait toujours pas mis aux arrêts. Parce que lorsqu'il finissait de débriefer, après quatre ou cinq « Agent Nowhere est-ce que vous pourriez me répondre ? Agent Nowhere ? », il y avait toujours une réponse pertinente qui l'attendait :

- Agent Nowhere ?

- Oui, répondit Rey en gardant encore quelques instants les yeux baissés vers le dossier, j'ai entendu !

Et la jeune femme relevait les yeux, regardait son supérieur droit dans les yeux et récitaient ses conclusions :

- Personne ne l'a traqué mais c'est écrit qu'il habite dans les beaux quartiers depuis sa naissance, qu'il a un super boulot et… la dernière chose que ferait un mec aussi intelligent qui tuerait ses parents serait de s'enfuir et de se rendre impossible à défendre devant un jury ! Par contre vu l'ampleur du massacre il doit être capable de se procurer des armes de lourds calibres, et il y aura des chances pour que de telles armes soient entreposées chez lui. Alors je pense qu'il faudrait opérer une sortie là-bas, du même gabarit que pour les sortis chez des trafiquants.

Poe Dameron l'écoutait, ne reprenait jamais ses plans mots pour mots car il fallait qu'il reste le chef de ses hommes – mais malgré ses compétences il n'y avait que la droiture du premier pour justifier qu'il soit plus haut gradé que cette femme à pipe. Après avoir distribué les rôles de chacun, l'agent spécial Dameron invitait tout le monde à repartir dans ses quartiers pour se préparer, car le FBI devait toujours intervenir rapidement.

Rey se relevait en même temps que tous les autres, accompagné par Finn qui ne faisait aucune remarque sur son comportement – oh il en avait déjà sorti, des « Rey, tu as eu chaud ! » ou « Il faudrait que tu arrêtes de provoquer le chef. » mais puisqu'elle s'en sortait à chaque fois, inutile de revenir là-dessus…

9 :26

Il y avait bien d'autres personnes au FBI que l'équipe de l'agent spécial Dameron. Et alors que les membres de celle-ci justement se préparaient, deux des plus anciens membres de l'agence, Jared Cole et Torsten Brigs, étaient comme à leur habitude à leur bureau situé près de l'entrée, en train de discuter de choses et d'autres. Le plus souvent, leurs discussions étaient découpées par thèmes, qu'ils choisissaient en fonction des moments de la semaine et des pauses qu'ils s'octroyaient. Comme tous les lundis, avant leur première pause café (qu'ils s'autorisaient vers dix heures, mais qui ne les empêchaient jamais d'avoir en toute occasion une bouteille de scotch sur le bureau de Cole) la discussion tournaient autour des matchs de baseball de la veille, entrecoupée d'un seul aparté assez récurrent : « Tiens, voilà la p'tite Nowhere encore en retard ! ».

Et tandis qu'ils conversaient, ils gardaient sur leur bureau un verre pour accueillir le scotch qu'ils ne buvaient qu'à des moments qu'ils considéraient comme singuliers, et Cole fumait cigarette sur cigarette, et Brigs jouait du bilboquet. Brigs était le champion de l'agence à ce jeu, et c'était à peu près toute sa gloire au FBI. S'il y avait un championnat à organiser réunissant toutes les agences fédérales, nulles doute que le secteur 19 de Coruscant l'emporterait grâce à lui.

Et ce matin, justement, alors que la discussion était tout à fait banal (et que les hommes de Dameron était en train de se préparer) la boule du bilboquet, au lieu de rentrer parfaitement dans la tige après un énième lancer de Brigs, ricocha contre la tige et se mit soudain à pendre pitoyablement.

Cole en arrêta sur le champ de fumer :

- … Tu l'as manqué ?

Ses vieux yeux avaient bien vu ce qu'il y avait à voir.

- Eh bah ! s'exclama Cole. Torsten Brigs qui manque un lancé c'est quelque chose ! Un truc fameux ! Tiens, tu me dois un verre pour cela !

Et Brigs, n'ayant eut aucune réaction à son lancé manqué, se leva de son siège et alla servir un verre entier de scotch à Cole. Celui-ci le descendit cul sec et après avoir méchamment toussé, la gorge en feu (le temps aussi que Brigs revienne à son siège) il déclara :

- Eh bah ça, mon vieux, c'est un jour fameux pour l'agence !

Pourquoi laissait-on des croulants comme Brigs et Cole au FBI sans qu'ils ne soient suspendus ? Parce qu'ils étaient vieux, et qu'il était même possible que tout le monde les aient oubliés. En tout cas, lorsque deux heures plus tard ils se levèrent pour prendre leur pause déjeuner et qu'ils croisèrent l'équipe de Poe ayant fini de se préparer, personne ne se dit autre chose que « Tiens nous avons croisés les deux vieux de l'agence ! »

A vrai dire, moi-même je n'ai aucune idée de l'âge qu'ils pouvaient avoir – en quelque sorte, ils avaient leur propre monde à l'écart du mien.

11 :56

Un peu après dix heures, Rey Nowhere , Finn Number et sept autres agents avaient embarqués à l'arrière d'un fourgon blindé, transportant sur eux des kilos d'équipements. Après plus d'une heure et demi de route, ils furent ravis d'entendre le moteur du fourgon s'arrêter, et les vibrations générées par la vitesse et l'inconfort du véhicule s'estomper.

Ils ne le savaient pas mais ils venaient d'arriver au poste du shérif Hux. Poe Dameron était descendu du blindé pour régler les derniers problèmes légaux avant l'opération, et assurer qu'il y ait du monde à contacter en cas de problèmes (à cette heure, Hux allait remplacer les donuts sur la table de réunion par des burgers).

Les agents n'avaient pas besoin de savoir tout cela. Mais comme ils avaient entendu que la porte à l'avant droite du fourgon s'était ouverte, ils réalisaient avoir tout à coup quelques minutes pour faire tout le boucan qu'ils voulaient.

Dès que les discussions commencèrent à aller bon train, Finn lâcha à Rey ce qu'il avait envie de lui dire depuis tout à l'heure :

- Rey, tu as encore une trace sous l'œil.

En effet, un bleu qui avait tourné au jaune était largement visible en haut de sa joue gauche, et la jeune femme semblait avoir sensiblement plus de mal à refermer cet œil là :

- Rey, conclut Finn avec un ton légèrement inquiet, t'es-tu encore battu ?

- Ne dit pas n'importe quoi, Finn.

- Tu ne dois pas voir grand-chose de l'œil gauche, tu es sûre que tu pourras tirer si ça dégénère ?

La jeune femme, sans répondre, sorti alors de l'une des multiples poches de sa tenue d'assaut des lunettes aux verres bleutés et les colla contre son nez. C'était ses lunettes spéciales pour tirer.

Finn abdiqua et se contenta de bruyamment soupirer. Le jeune homme reporta alors son attention sur les autres conversations.

Et justement, Daemes, un homme particulièrement costaud, du genre à avoir pû faire du combat professionnel durant sa vie, pris la parole de son ton bourru pour s'adresser à tous à ce moment-là :

- J'ai écouté la radio hier soir ils disaient qu'il allait peut-être pleuvoir dans les prochains jours ! Vous imaginez si c'est vrai ? renchérit-il pendant que les autres étaient soudain parfaitement attentifs et remplis d'un soudain espoir. Des flaques d'eau dans lesquelles marcher ! Eh, Rey ! la prit-il à part. Tu pourrais peut-être en profiter pour dessécher ce qui te sert de cœur ! On pourrait prendre une douche sous les nuages ensemble, qu'est-ce que t'en dis ?

Il y eut un gros moment de silence, pendant laquelle Rey ne fit que tourner la tête vers le bourru, puis il y eut un éclat de rire presque général. Alors la jeune femme se permit de sourire (pas un rire moqueur ou un air supérieur, un vrai sourire) pour répliquer :

- Il faudra déjà que tu dessèches ce que tu as entre les jambes.

Et alors que tout le monde commençait à se payer la tête de Daemes, la porte arrière du fourgon s'ouvrit et Poe Dameron apparu dans l'entrebâillement, l'air aussi impliqué et concentré que d'habitude :

- Les gars, ordonna-t-il, vérifiez bien à fond votre équipement, surtout le casque et le gilet par balle. Ça risque de saigner là-bas.

- On a l'adresse ? lança tout de même l'un des gars.

- Les conducteurs sont déjà au courant, contentez-vous d'être belles et distinguées quand vous descendrez, le jury risque de ne pas être tendre !

Alors les neufs agents commencèrent à vérifier une nouvelle fois leur matériel. Il y avait de quoi être paranoïaque à s'assurer encore et encore que ce qu'on était sûr de ne pas avoir oublié n'était pas… oublié. Mais heureusement, le FBI n'autorisait pas les paranos.

Tandis que Rey était en train de reboucler les ceintures de son équipement, Dameron posa une main ferme sur son épaule. L'agent spécial venait en effet de donner les consignes de trajets à Metton, le pilote de l'escouade qui à chaque trajet installait le fanion de l'équipe de baseball du District 19 sur le rétroviseur latéral du fourgon :

- Dans quelques mois, dit l'agent spécial à Nowhere, Metton sera à la quille. J'ai parlé aux dirigeants, tu pourras avoir la place de conducteur.

Cette fois, Rey fut sincèrement prise d'une émotion forte. Elle avait toujours adoré conduire, c'était même l'une des rares choses qu'elle faisait juste par plaisir absolu, et non parce que c'était soit un travail soit un défouloir (les combats illégaux faisant partis de la deuxième catégorie) :

- Merci, chef.

Deux mots de sa part, mais prononcé avec une profonde sincérité. Poe Dameron lui sourit et referma les portes sur cela. Au fond, il aimait ses hommes.

Lorsque le fourgon redémarra, Finn qui avait tout entendu sourit aussi à cette bonne nouvelle.

Puis comme le chef était de nouveau capable de tout entendre, les discussions moururent à nouveau, et alors que le fourgon progressait à travers des routes qui devinrent de moins en moins carrossables, de plus en plus sinueuses, et bientôt accostés non pas part des habitations mais par des arbres morts, vestiges d'une ancienne époque, il n'y eut plus comme bruit ambiant que l'ébranlement du lourd véhicule lancé sur la route.

12 :37

- Monsieur, s'impatientait Hux le téléphone collé à son oreille et son hamburger pas encore terminée dans une main, pour la dernière fois : ce speeder était mal garé. Je n'annulerais pas la contravention…

Il marqua une pause le temps de recevoir la réponse :

- Et je vous déconseille, répondit-il, de porter plainte pour quelque chose d'aussi ridicule sauf si vous aimez beaucoup dépenser vos crédits républicains en frais judiciaires. Allez, bonne journée !

Et il raccrocha, comme souvent en poussant un profond soupir.

Contrairement à la vie des agents du FBI, qui se résumait à de l'entraînement et à des briefings lorsqu'ils n'étaient pas en mission, le quotidien de Hux était essentiellement fait de contraventions mineures. Lorsqu'on l'avait appelé pour l'affaire ****, il avait su dès le départ que l'affaire serait transférée à la police des polices.

En fait, Hux avait quand même le droit à quelques interventions à main armés des échauffourées ou des règlements de comptes pouvaient se produire à Doobie, mais comme les buts de superstars au football, ce n'était là que la partie remarquable du travail.

La majorité du boulot pour le bureau du shérif était de la paperasse à régler, des contraventions dont se chargeaient les policiers qui l'adjoignaient, et répondre à l'un des multiples téléphones de l'agence dont Miss Barcliff transmettait les appels.

Ce n'était pas le plus passionnant des travails, c'était un travail alors disons que c'était passionnant uniquement si c'était votre passion, comme presque tous les métiers.

Ce jour-là pourtant, Hux était quand même légèrement plus tendu que d'habitude, ce qui était compréhensible car ce n'était pas tous les jours qu'un meurtrier comme **** se manifestait dans votre secteur, et que le FBI envoyait des agents ici. Et comme ils savaient que l'opération était en cours pour aller perquisitionner la demeure de **** et peut-être l'arrêter (si par chance il se trouvait toujours là-bas, ce que Hux au contraire de Nowhere pensait être peu probable), le shérif était à cran, guettant à travers chaque coup de fil un appel du FBI.

Et justement…

DRRIIIIIINNGGG

- Shérif Hux, j'écoute ?

Mais non, ce n'était pas exactement eux.

- Donna, chérie, pourquoi est-ce que tu m'appelles ? rougissait soudain Hux en parlant à voix basse et en se mettant par réflexe dos à la porte de son bureau. Achetez du lait bleu ? entendit-il sa femme lui demander. Mais tu sais que je dois rester au post… Bon d'accord, d'accord chérie, temporisait-il, mais cela ne peut pas attendre demain ?… Non… Humpf… Bon d'accord. Moi aussi je t'aime, chérie. A ce soir.

Et Armitage Hux raccrochait. Curieusement, il n'était plus très enthousiaste à l'idée de répondre aux prochains appels…

13 :46

Le long trajet en fourgon était sur le point de prendre fin, et l'équipe du FBI pouvait enfin par le pare-brise avant observer les lieux de l'imminente intervention.

La maison de **** était magnifique, mais à l'écart de tout. Une grande bâtisse en bois peint en blanc sur les murs de façades, de deux étages et orné d'un balcon qui faisait toute la façade frontale de l'étage supérieur.

Autrefois, avant l'Explosion, cette maison avait dû être un chalet de montagne entouré d'une verte et drue forêt, mais les évènements survenus il y a dix ans avaient transformés le paysage entourant la maison de ****. Les arbres étaient blancs et nus comme des os, et tout ce qui les avaient entourés de vivants (buissons, herbes, groseilliers…) avaient disparus.

Pour que le lecteur puisse comprendre les raisons d'un tel paysage, et aussi pour comprendre certains enjeux psychologiques des personnages – comme l'espoir des agents sur le fait que la pluie puisse dans les prochains jours tomber et d'autres enjeux qui seront révélés plus tard dans le récit - je suis obligé de faire un aparté et de vous expliquez nettement ce qu'à été l'Explosion.

Depuis des décennies, les habitants de cette planète utilisent les énergies électrique et magnétique comme sources d'énergie principales. Dix ans plus tôt, le 23 décembre 2006, les réacteurs de la plus grosse usine de production magnétique de Coruscant ont cédés les uns après les autres, libérant une énergie colossale, qui en plus de détruire une bonne partie du centre de la ville et de faire des centaines de milliers de morts, a modifié considérablement l'environnement de la planète, faisant disparaître en un instant quarante pour cent de l'eau présente sur la planète. Privés de leur ressource vitale, beaucoup d'êtres humains mais aussi d'êtres vivants en tout genre moururent, non sans avoir essayés de survivre en se battant pour les ressources naturelles dans ce qui était très rapidement devenu une guerre civile.

Les victimes s'accumulèrent, des remèdes furent trouvés pour optimiser l'eau, les autres grandes villes qui avaient été épargnés sur la planète vinrent à leur secours, mais des gens continuèrent à mourir car cela était insuffisant, alors d'autres solutions durent être trouvés pour palier tous les drames que causait la mort rapide de l'écosystème (absence de nourriture végétales et animales, baisse de la qualité de l'air…) et après que quelques dizaines ou centaines de milliers de personnes soient mortes, après plusieurs mois, les choses avaient enfin pu recommencer à partir de l'avant.

Mais voilà, c'était dans cette atmosphère étrange, quelques années après une catastrophe majeure, alors que tout le monde devait faire semblant de croire que la vie était redevenue ordinaire comme une personne qui retourna au travail une semaine après la mort d'un proche, que se trouvait le monde entier.

13 :49

L'escouade d'élite était sortie en rang du fourgon et Dameron distribuait ses ordres à toute son équipe.

Vu de l'extérieur, tout paraissait calme dans la maison de **** mais chaque membre de l'équipe avait tout se même son fusil chargé et enclenché.

Poe Dameron ne savait pas si l'intuition de Rey avait été bonne ou non, mais à ce stade il supposait encore que **** était toujours chez lui et il voulait d'abord essayer de le convaincre de se rendre.

Après avoir demandé au conducteur du fourgon de brancher le haut parleur, il s'était mis à s'exclamer à qui voulait bien l'entendre :

- ****, FBI ! Vous êtes cerné, rendez-vous et vous aurez le droit à une cellule, un procès équitable et au droit de garder le silence ! Rendez-vous ! Vous n'avez aucune chance de vous enfuir !

Mais il n'y eut aucune réponse.

Dans un cas cela voulait dire que **** c'était effectivement enfuis et qu'il était quelque part en liberté. Si cela était vrai, Dameron serait obligé d'avertir Hux et son propre supérieur hiérarchique et ils devraient lancer un avis de recherche à travers tout Coruscant. Dans l'autre hypothèse, **** était bel et bien là, et il les attendait quelque part dans la maison avec des armes de gros calibres. En ce cas, et même si **** avait une grosse carence physique, la mission s'annonçait périlleuse.

Après trois tentatives d'appels à se rendre infructueuses, l'agent spécial Dameron fut obligé de préparer une entrée dans la maison. Il demanda à trois de ses hommes de faire le tour des lieux pour empêcher une éventuelle sortie, à son conducteur de rester avec lui pour surveiller l'entrée et coordonner l'opération, et aux quatre autres (dont Rey) de rentrer à l'intérieur :

- Allez-y deux par deux, dit-il à l'adresse des quatre. Je refuse que l'un de vous soit isolé.

Rey alla donc avec l'homme dont elle avait conseillée de dessécher son entrejambe (Finn était de ceux qui faisaient le tour de la maison) et leur binôme fut le premier à pénétrer dans la maison et à enfoncer la porte.

L'entrée donnait directement sur une grande salle qui faisait la hauteur des deux étages, avec un lustre suspendu tout en haut, un deuxième étage qui commençait par un balcon intérieur accessible par un escalier latéral et en colimaçon, et qui donnait sur diverses portes. Le tout était fait en bois encore parfaitement brillant, preuve que quelqu'un habitait bel et bien ici. L'éclairage n'était pas optimal, puisque les accès de luminosité se résumaient à quatre immenses fenêtres dont les rideaux étaient tirés.

Le mobilier, entre tout ce qui avait déjà été exposé, et la table sur laquelle reposait un grand panier à fruit, et le petit salon que formait trois chaises et une petite table d'apéritif, était tout ce qu'il y avait de plus luxueux et ancien.

L'escouade n'en avait cependant que faire, concentrés qu'était les quatre hommes sur leur mission :

- Ted, Jerry, vous fouillez en bas, commanda Rey à voix basse à l'autre binôme, nous deux on monte. Vérifiez bien votre radio.

- Roger, répondirent les trois autres sur le même ton.

Rey monta la première les escaliers, le plus silencieusement possible comme on le lui avait appris (ce qui n'était pas facile dans cette situation vu que les marches étaient en bois légèrement grinçants et qu'en plus de ses 65 kilos – poids déjà très correct pour une femme – elle devait porter des kilos de tenues et d'équipements qui l'a rendait aussi lourde qu'un grand athlète). Arrivée en haut (en menant toujours la file) elle s'arrêta juste avant la première porte qui se présentait à elle et fit signe à son collègue d'avancer. Daemes dépassa la jeune femme et explosa la porte, et tandis que Rey repassait devant lui elle l'entendait chuchoter « L'endroit est vide. ».

La pièce était un bureau aussi élégant que ce que la jeune femme avait pu en observer à l'étage en dessous.

Elle et son collègue prolongèrent leur investigation sur les pièces adjacentes mais la maison se révélait une fois à l'intérieur plus grande encore que ce que l'on pouvait imaginer, car même à l'étage il y avait plusieurs salles dans la largeur de la maison.

La jeune femme essayait de rester en contact avec l'équipe qui explorait le rez-de-chaussée, pour s'assurer que tout se passait bien, mais en réalité Rey était la seule à être en difficulté et pour une raison inconnue elle refusait de le signaler à Daemes : l'agent Nowhere avait la tête qui lui tournait de plus en plus.

« J'espères que ce n'est pas un traumatisme crânien » se disait-elle. Elle se rappelait son dernier combat de la veille… Finn avait raison, l'autre gars ne l'avait pas manqué ! Mais elle avait déjà reçu des coups beaucoup plus forts, elle s'y connaissait assez en blessure, elle savait donc que ce n'était pas cela. Elle se sentait également assez lucide pour tirer en cas de danger. Mais en fait… C'est comme si quelqu'un l'obligeait à ne rien dire, et même carrément était Rey à sa place !

Brusquement, la jeune femme entendu un bruit sourd en provenance de l'extérieur, comme si quelque chose de lourd était tombé du sol.

Rey se brancha sur la fréquence de l'agent Number :

- Finn, appela-t-elle, tu me reçois ? C'était quoi ce bruit ?

Pas de réponse.

- Finn ?

La peur se mit tout à coup à glacer l'échine de la jeune femme, avant que la partie consciente de son cerveau ne l'a fasse réaliser :

« Ce n'est pas lui qui ne me répond pas. Ma radio est HS ! »

Alors que brusquement elle s'était remise à contrôler son corps, la jeune femme se retourna pour en avertir son collègue. Mais celui-ci avait disparu :

- Daemes ?

Et brusquement le mal de tête reprit la jeune femme, encore plus fort que tout à l'heure. Cette fois sa vue était profondément troublée, et maintenant même l'attitude glaciale de la jeune femme s'était évaporée :

« Bordel ! Bordel mais qu'est-ce qu'il m'arrive ? Je ne peux pas rester là !.. **** va me descendre !.. »

Mais Rey Nowhere ne se contrôlait plus elle-même, et alors que toute sa conscience lui hurlait de s'enfuir, la seule directive qui dominait ses prochains gestes était « La mission, faire le tour des lieux et localiser le suspect ! ».

Rey s'enfonça alors plus profondément dans la maison. Et même lorsqu'elle rebroussait chemin, elle avait l'impression de continuer dans la même direction que si elle était partie dans l'autre sens. Elle ne prenait même plus garde à respecter les procédures, elle avançait en titubant, complètement apeurée.

L'agent Nowhere finit par s'arrêter dans une pièce très différente des autres. Le mobilier était toujours charmant et d'un style renaissance, mais celui-ci était présent en quantité bien plus modeste, et complètement peint en or. De plus, les murs par ailleurs si discrets étaient ici d'un rouge pétant, un rouge sang.

La vue de Rey était à présent complètement corrompue.

La jeune femme voyait soudain devant elle une forme humanoïde mais complètement uniforme, vaporeuse et grise, comme si elle se trouvait devant la dense fumée d'un feu à peine éteint. Sauf que la fumée en question avait un corps de plus de deux mètres qui se finissait en une forme clairement associable à une tête, et que celle-ci tendait une espèce de main devant la jeune femme. Une main qui semblait contenir un objet aussi gris et vaporeux, qui lui paraissait être une clé énorme, comme celle qui ouvrait les anciens bâtiments.

« C'est sûrement une clé de la maison » fut la dernière chose que pensa Rey Nowhere avant de perdre connaissance.

Car quelque chose provenant de derrière elle venait de l'assommer.