Ceci est une suite possible à mon OS "En progression". J'aime bien la fin ouverte de ce dernier et comme je tiens à la conserver, cette suite n'est en vérité qu'une des nombreuses possibilités de développement que j'ai pu imaginer pour lui et, surtout, celle qui m'aura le plus amusé (Et donc donné envie de l'écrire). :)


— Laissez-moi vous dire une bonne chose !

Angeal sursaute et se détourne vivement, comme Genesis sort des douches pour les rejoindre dans le vestiaire. Sur le visage de ce dernier, une expression réprobatrice. Et à ses lobes, les trous en cicatrisation de feu ses oreilles percées.

Du côté de la rangée de casiers voisins, Sephiroth termine de boutonner son pantalon. Debout face à son propre casier, Angeal en a ouvert la porte et… c'est à peu près tout. Son regard attiré malgré lui en direction de son compagnon – de son dos nu, de ses épaules larges et de ses jambes musclées… – il a négligé de s'occuper de lui-même et se trouve encore avec une serviette nouée autour de la taille pour tout vêtement.

Gêné, il se racle la gorge et, tout en priant pour que ses amis n'aient pas remarqué son étourderie, tend la main vers ses sous-vêtements. Il entreprend de les passer quand Genesis poursuit :

— Le drame de la gent masculine, c'est son désamour affiché pour les questions de son apparence. La plupart se contentent du strict minimum et gâchent ainsi leurs plus belles années, celles où ils auraient pu atteindre leur plein potentiel.

Angeal soupire. En ce qui le concerne, il préférerait que son ami soit un peu moins conscient de son physique. Ça lui éviterait de parader fièrement au milieu des vestiaires, nu comme au jour de sa naissance. Pas parce qu'il est familier du spectacle qu'il ne s'en passerait pas.

Toujours torse nu, Sephiroth referme la porte de son casier; son haut d'uniforme à l'épaule. Déjà désintéressé du manège de Genesis, il entreprend d'essorer une ultime fois ses cheveux.

— Ici même, par exemple, poursuit Genesis qui, comme à son habitude se soucie peu de savoir si son public est réceptif. J'ai deux spécimens parfaits pour illustrer mon propos !

— Va t'habiller, 'Gen, grogne Angeal.

Il va bientôt être vingt-trois heures et ils viennent de terminer un entraînement de plus d'une heure dans la salle de simulation. Autant dire qu'il a d'autres priorités dans l'immédiat que d'écouter les délires de son compatriote.

Genesis l'ignore toutefois; préfère se tourner vers Sephiroth qu'il pointe du doigt.

— Toi, Sephiroth ! Tu pourrais te targuer d'être presque aussi beau que moi si seulement tu daignais y mettre un peu du tien. Mais non !

Un soupir lui échappe et il écarte les mains.

— Monsieur se contente de l'uniforme militaire par tout temps et en toutes occasions. Même Lazard te l'a reproché ! Et vu le genre de costumes qu'affectionne notre cher directeur, à ta place, je serais plutôt vexé de recevoir ce genre de remarques de sa part.

— Je passe mon temps en mission, réplique Sephiroth en enfilant son haut. Et je peux être appelé n'importe quand : c'est donc plus pratique comme ça.

— Mais quand le président nous invite à une soirée privée en compagnie de toutes les grosses pontes de la Shinra, la moindre des choses c'est de soigner son apparence !

Son interlocuteur hausse les épaules et entreprend de libérer ses cheveux de sous son haut. Angeal, lui, termine tout juste de passer son pantalon et lève les yeux au ciel.

À croire qu'il ne cessera jamais de leur ressortir cette histoire ! Même le président, à son avis, l'a oubliée depuis longtemps.

Et à la réflexion, 'Gen est le seul à avoir manqué la syncope quand il a vu Sephiroth débarquer avec son uniforme.

Bon… peut-être que celui-ci aurait effectivement dû éviter d'arriver juste après un entraînement plutôt corsé, ce sans même se donner la peine de prendre une douche ou de soigner correctement les égratignures récoltées, mais… de toute façon, cette réception, leur ami s'en serait bien passé et n'avait au final accepté de s'y rendre que parce que Lazard – secondé de Genesis – avait très lourdement insisté.

De leur faute. Après tout, Seph' les avait prévenus qu'il était du genre chargé ce jour-là.

Et comme son sens de la ponctualité tend à friser avec la maniaquerie…

— Avec des cheveux comme les tiens, poursuit inépuisablement Genesis, c'est presque un crime de ne pas les mettre davantage en valeur. Je sais que tu en prends soin, mais quand ta seule fantaisie les concernant se résume à ton shampoing, ça s'appelle tout de même de la négligence.

— On ne touche pas à mes cheveux, réplique Sephiroth d'une voix glaciale, nouant à présent ses chaussures assis sur le banc derrière lui.

— Même sans attaquer la longueur, je t'assure qu'il existe tout un tas de possibilités pour les…

— Continue comme ça et je me charge personnellement de te repercer les oreilles.

Dans un geste de défense, Genesis vient saisir entre deux doigts ses lobes.

Comme ses amis l'avaient prédit, le première classe chargé de son instruction n'avait pas vraiment apprécié de voir son élève revenir avec cette nouvelle fantaisie. Genesis en avait donc eu pour plusieurs jours de corvées, en plus d'un arrachage vigoureux de ses précieuses boucles.

C'était toutefois mal connaître le Banoran que de croire qu'il en resterait là et Angeal était prêt à parier que, d'ici peu, il se présenterait à nouveau à la Shinra avec les oreilles percées.

— Je vois qu'il n'y a définitivement rien à tirer de monsieur le héros, réplique Genesis avec une mine dégoûtée. Un dernier conseil tout de même : si le déodorant existe, c'est pour s'en servir. Personne n'a envie de sentir l'odeur de ta sueur !

— Ça dépend qui, grommelle Angeal.

Toutefois si bas qu'aucun de ses amis ne prête heureusement attention à lui.

Comme il referme sèchement son casier, son haut en main, son regard retourne se perdre du côté de Sephiroth.

Finalement, il semblerait qu'il ait fait fausse route la dernière fois. Car à sa grande déception, non seulement Sephiroth n'était pas revenu vers lui, mais quand lui-même – impatienté et anxieux – avait voulu tâter le terrain, la conversation s'est révélée incroyablement décevante…


nerveux, mais s'efforçant de le dissimuler, Angeal s'approche de Sephiroth. Il a l'impression que les regards des SOLDATs présents dans la pièce convergent tous dans sa direction. Comme s'ils savaient déjà pourquoi il se trouve ici. Comme s'ils se délectaient du spectacle à venir. Il secoue la tête, conscient que ce ne sont que des bêtises, que le produit du stress montant en lui et jouant délicieusement avec sa paranoïa.

D'un raclement de gorge, il attire l'attention de son ami jusque là occupé à superviser l'entraînement de troisièmes classes. Les bras croisés, il s'enquiert d'une voix rauque :

Alors comme ça, elles te plaisent ?

Dans un premier temps, Sephiroth se contente de le fixer. Avec expression parfaitement neutre qu'il trouve, en cet instant, intimidante.

Elles me plaisent, répond-il finalement, avant d'arquer un sourcil et de questionner : elles te plaisent également, n'est-ce pas ?

Et à Angeal, troublé, de bafouiller :

Heu… oui… oui, en effet.

Sephiroth opine du chef. Son expression, toutefois, ne s'est pas modifiée d'un iota et Angeal ne sait décidément pas comment il doit l'interpréter.

D'accord, lui dit-il. Je suis content qu'elles te plaisent.


… suite à quoi son ami s'en était retourné à son entraînement sans faire plus attention à lui.

Sur le moment, il s'était consolé en se disant qu'après tout, comme ils se trouvaient en compagnie d'autres membres du SOLDAT, Sephiroth avait sans doute préféré se montrer discret. Oui, s'il y réfléchissait bien, ça pouvait ressembler à un tâtement de terrain de sa part également, et donc d'une confirmation qu'il ne le laissait pas indifférent, mais…

Après ça, on n'en a plus reparlé. Puis il est parti en mission et…

Et rentré depuis la veille au soir, son ami aurait eu pas mal d'occasions de se retrouver seul avec lui. Non, en vérité, ils s'étaient plusieurs fois retrouvés seul à seul. Et malgré ça…

À aucun moment il ne s'est comporté différemment de d'habitude.

Ce qui ne lui laisse sans doute pas d'autre choix que d'enterrer ses derniers espoirs.

D'ailleurs, et pour tout dire, il se sent actuellement plutôt stupide, autant que malheureux. Car même s'il ne voit pas bien ce que son ami compte faire de cette paire de boucles d'oreilles, il savait bien qu'il ne devait pas se faire trop d'illusions quant à toute cette histoire. Qu'il ne s'agissait certainement que d'une bizarrerie de Sephiroth, une de plus, et rien d'autre.

N'empêche que ça reste dur à encaisser.

Et en cet instant, il serait bien mieux au lit, à panser ses blessures de cœur, qu'à devoir supporter Genesis.

Pour ne rien arranger, voilà que celui-ci se tourne maintenant dans sa direction et le pointe à son tour du doigt.

— Quant à toi, Angeal, tu n'es pas plus moche qu'un autre. Et parce que tu es un ami d'enfance, je t'avouerai que si tu prenais un peu plus soin de toi, tu pourrais faire tourner pas mal de têtes. Surtout avec une carrure comme la tienne ! Mais est-ce que tu m'as déjà écouté ne serait-ce qu'une seule fois ? Non ! Tout comme notre héros négligé, il faut que tu t'obstines à jouer les rustres. Alors que tu pourrais faire quelque chose pour tes cheveux, bon sang ! Et ne parlons pas de ces trois poils que tu te laisses pousser au menton, ou de tes goûts vestimentaires, ou bien de…

— Et moi, je vais te dire une bonne chose, 'Gen, le coupe Angeal, déjà à bout de patience. La beauté d'un homme, c'est ici qu'elle se trouve !

Et disant cela, il vient frapper de son poing l'emplacement de son cœur. En retour, Genesis lève les yeux au plafond, l'air profondément dépité.

— Qu'est-ce que tu peux être vieux jeu, 'Geal !

— Non, je suis d'accord, fait Sephiroth, qui se redresse et ajuste sa ceinture. C'est bien là qu'est la beauté d'un homme, mais…

Et à ce moment précis, Angeal le jurerait, c'est dans sa direction que son ami jette un rapide coup d'œil, avant de conclure :

— Si l'enveloppe est mise en valeur, c'est toujours un plus appréciable.

Malgré lui, Angeal se sent rougir jusqu'à la racine de ses cheveux. Genesis, lui, fond sur Sephiroth, alors que celui-ci va pour quitter le vestiaire.

— Tiens donc ! Est-ce que par hasard monsieur mystère s'intéresserait aux hommes ?

— Ça ne te regarde pas.

— Avoue-le, insiste Genesis en lui passant un bras en travers des épaules. En vrai, on est dans le même bateau tous les deux. Homme, femme. Quelle importance du moment que l'on s'amuse ! Je te soupçonnais bien d'en être, mais…

— Je te l'ai déjà dit : ne me colle pas sans porter au moins un caleçon !

— Allez, je suis sûr que ça te plaît !

Dans leur dos, Angeal ne réagit plus du tout. À l'impression que son cerveau a complètement freezé. Refusera à jamais de lui répondre. Puis, sans crier gare, tout se remet en marche. Commence à tourner à plein régime, jusqu'à risquer de le faire surchauffer. Au bord de l'hyperventilation, il se plaque une main contre la bouche et porte l'autre en maintien contre son casier.

Calme-toi, Angeal. Calme-toi ! Tu vas encore te faire des films, sinon !

Oui… oui ! Il n'est même pas certain que ce regard lui était destiné. Pas certain du tout non plus que Genesis ait tapé juste. Et… et…

Et pourtant, le lendemain, c'est sur un coup de tête qu'il attrape Genesis au détour d'un couloir et le traîne à travers les boutiques de la ville, avec pour objectif de se constituer enfin une garde-robe digne de ce nom.


Et donc fin du premier chapitre ! \o/ En tout, il y en aura trois, ainsi qu'une ou deux scènes bonus.

Niveau update, tout ça... le chapitre 2 est déjà écrit et ne devrait donc pas trop tarder. Par contre, pour le reste, ça se fera... quand il sera prêt. Autrement dit, c'est un projet détente avec lequel je n'ai pas envie de me mettre la pression. x)

Sur ce, merci pour votre lecture et à la prochaine. :)