Disclaimer : Je ne possède pas Harry Potter.
Warning : Cette fiction est un slash avec scènes de sexe explicites et parfois assez dures alors si vous êtes trop jeunes ou que vous n'aimez pas les relations entre hommes, cette histoire n'est pas pour vous.
De retour pour la suite de Cambiare Podentes. J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira.
Merci beaucoup à Lamourloi pour son travail de relecture qui a permis d'améliorer la traduction de ce chapitre et merci à toutes celles et ceux qui m'ont laissée des reviews. A bientôt !
Lundi 8 juin 1998, 17h35
« Harry, qu'est-ce qui ne va pas chez toi ? » demanda Hermione alors qu'ils quittaient le cours de Métamorphose pour la toute dernière fois. « Je ne pense pas que tu aies été attentif cinq minutes d'affilée aujourd'hui, pas une seule fois, dans aucun de nos cours ! »
« Oh, laisse-le tranquille, Hermione, » dit Ron qui les accompagnait. « Honnêtement, qu'est-ce que ça peut faire qu'il soit attentif ? On a déjà passé nos ASPIC ! »
« Je ne m'inquiète pas pour son éducation, Ronald, je m'inquiète pour lui ! » Elle lança un regard noir à Ron, puis se tourna à nouveau vers Harry. « Tu as besoin de parler de... euh, quelque chose ? »
Oui et non. En tout cas, la référence voilée à sa vie sexuelle lui fournit une excuse à servir à Ron, qui avait lui-même plus d'une fois ce jour-là demandé à Harry s'il allait bien. Ron n'avait pas cru quand Harry avait dit qu'il n'y avait rien, et comme il n'avait vraiment pas envie d'essuyer d'autres questions - ou de se battre s'il pouvait l'éviter, il se lança et soupira : « Oh, eh bien... Je suppose que je pourrais aussi bien dire la vérité. Je voyais cette fille, Ron. Je préfère ne pas dire qui, ça n'a plus d'importance maintenant, de toute façon. Mais oui... et elle a rompu hier soir. Ouais, elle m'a largué... » Harry détourna le regard, essayant de ne pas se sentir coupable d'avoir menti à Ron. La référence de Rogue à la malhonnêteté de Harry l'avait un peu blessé.
« Oh, mon pote, je suis désolé, » souffla Ron, l'air si morose que la culpabilité de Harry se multiplia par cinq. « Ça doit être pour ça que tu es rentré si tard, hein ? Dis, tu sais... il y a une jolie petite sorcière qui ne vit pas très loin du Terrier, elle a à peu près notre âge, son père moldu ne voulait pas qu'elle vienne à Poudlard, mais bon, je lui ai un peu parlé de toi et elle a très envie de te rencontrer et... » Harry secouait la tête avec véhémence. Ron, bien sûr, avait mal compris.
« Oh, elle ne veut pas te rencontrer parce que tu es toi, je te le jure. Je n'ai jamais mentionné ton nom. Je lui ai juste dit, tu sais, grand, brun, capitaine de Quidditch, bon sens de l'humour... »
« Je ne suis pas grand ! »
« Eh bien, tu l'es comparé à elle. Oh, allez, Harry ! Tu es grand par rapport à la plupart des filles, tu es assez grand... »
« Non merci, » dit Harry, un peu désespéré à ce moment-là.
Heureusement, Hermione était là pour l'aider. « Tu veux vraiment que Harry sorte avec cette sorcière par défaut ? » demande-t-elle, un peu acide. « Harry lui brisera le cœur s'il n'est pas prêt à sortir à nouveau avec quelqu'un, tu sais ! »
« Oh, » dit Ron, la syllabe étirée. « Je... oui, je suppose. Tu as peut-être besoin d'un peu de temps, j'imagine. »
« Oui, je pourrais avoir besoin d'un peu de temps, » répéta Harry. Il souhaitait pouvoir rencontrer la jolie petite sorcière, mais quand il pensait à l'apparence qu'elle pouvait avoir, tout ce qu'il pouvait visualiser était une chute de cheveux noirs et fins. Jusqu'aux épaules. Des yeux si sombres qu'on pourrait s'y perdre... Secouant la tête pour s'éclaircir les idées, Harry se rendit compte que ses deux amis le fixaient.
« Tu recommences, » dit Ron, sa voix amicale et inquiète. « Tu as ce regard distant... »
Harry avait envie de se frapper lui-même. Pourquoi ne pouvait-il pas s'empêcher de penser à Rogue ? C'était ridicule. « Je suis juste déprimé, » tenta-t-il d'expliquer, même si le mot ne correspondait pas vraiment à son état d'esprit.
« Tu veux qu'elle revienne, n'est-ce pas ? » dit Hermione d'une voix qui respirait la sympathie.
« Quoi ? Euh, non, non... » Harry essaya de lancer un regard perçant à Hermione, pour qu'elle arrête de parler de cette façon. Elle savait qu'il n'avait pas de petite amie ; elle savait que son problème, quel qu'il soit, devait être lié à Rogue...
Hermione ne se taisait pas pour autant. « Pourquoi tu ne viens pas dehors avec moi Harry ? » continua-t-elle allègrement. « On va parler de la façon dont on peut arranger les choses. Est-ce qu'elle est du genre à se parfumer tous les jours ? Parce que dans ce cas, je te recommande de lui envoyer des fleurs à floraison continue. » Elle le prit par le bras et commença à le tirer vers le hall. « Maintenant, si elle a une personnalité plus cérébrale, comme moi, ce que tu pourrais faire c'est... » Hermione éleva la voix pour rappeler : « Oh, Ron, tu es le bienvenu pour te joindre à nous et apporter tes propres idées. »
Ron leur fit signe. « Non, c'est bon. »
Harry soupira, mais décida que le plus simple était de laisser Hermione l'entraîner.
Lundi 8 juin 1998, 17h48
La cour par un après-midi d'été était un endroit comme un autre pour parler, supposa Harry. Au moins, elle était déserte pour le moment. Hermione choisit un joli coin de pelouse à l'écart du château, mais d'où ils pouvaient voir assez loin dans chaque direction, et les entoura de charmes de silence avant de s'asseoir et d'allonger les jambes, croisant les chevilles de manière élégante.
Après un moment, Harry décida de s'asseoir lui aussi. Comme il ne savait pas vraiment quoi dire à Hermione, il se contenta de rester assis en profitant de la brise de l'après-midi. C'était aussi bien, car après son dix-septième anniversaire, il ne savait pas combien de temps il allait devoir attendre avant de sortir.
« Tu as été d'une humeur étrange toute la journée, » commença Hermione d'une voix aussi hésitante que celle qu'il avait entendue jusqu'alors. « Et... eh bien, je suis vraiment désolée si je t'ai donné un mauvais conseil, Harry. La façon dont tu as décrit ce qui se passait entre toi et Rogue, je ne pensais pas qu'il tenterait quelque chose qui pourrait mal tourner... »
Le sourcil de Harry se fronça alors qu'il essayait de comprendre ce qu'elle voulait dire. Puis il se souvint que la dernière fois qu'ils avaient parlé de Rogue, Harry s'était inquiété pour les doigts. Et Hermione lui avait conseillé d'aller de l'avant et de laisser Rogue...
C'est drôle, il lui semblait qu'une éternité s'était écoulée depuis qu'il s'était assis au bord du lac avec Hermione pour discuter de ce sujet.
« Oh non, non, on n'en est pas encore là, » dit Harry d'un ton pressé.
« Alors quoi ? » insista Hermione. « Toute la journée, tu n'as cessé d'avoir ce regard, Harry, comme si tu redoutais quelque chose, et tu n'as pratiquement pas voulu me parler, alors qu'est-ce que je pouvais bien penser, sinon que mes conseils avaient terriblement mal tourné ? »
« Je n'ai pas beaucoup parlé aux autres aujourd'hui non plus, n'est-ce pas ? » Harry haussa les épaules.
« Mais qu'est-ce qui t'a tant contrarié ? »
« Je ne suis pas sûr que contrarié soit vraiment le bon mot. » Soupirant, Harry s'appuya sur ses mains en s'asseyant les jambes croisées. « Je me sens juste très... distrait. Je n'arrive pas à me concentrer aujourd'hui. Et si j'avais l'air de redouter quelque chose... eh bien, je ne sais pas. C'est peut-être juste que... » Décidant d'employer la méthode qui avait si bien fonctionné le samedi, Harry prit une grande, grande inspiration, et parla sans réfléchir en expirant. « J'ai fait l'amour avec Severus. »
Hermione plaqua une main sur sa bouche, ses yeux s'écarquillèrent pendant un instant.
« Oui, je sais. » Les doigts de Harry s'enroulèrent dans l'herbe, s'enfonçant dans le sol. « Il faudra que je le fasse après l'invocation de toute façon, mais je n'aurais vraiment pas dû... »
« Pourquoi pas ? »
Harry ferma les yeux. « Parce que... Parce que c'est mal, voilà pourquoi ! »
Hermione émit un petit bruit de compréhension. « Oh, Harry, non. Deux hommes ensemble, ce n'est pas mal... »
« Eh bien, merci d'avoir exposé cette foutue évidence ! » éclata Harry, serrant ses doigts si fort dans la terre qu'un ongle se brisa en raclant une pierre.
Hermione se mordit la lèvre. « Désolée. »
À peine apaisé, Harry lui lança un regard noir. « Désolée, ouais. De me prendre pour un bigot, et après tout ce qu'on a vécu ensemble... » Soupirant, il essaya d'oublier l'horrible sensation de tension dans sa poitrine. « Je ne voulais pas dire ça, d'accord ? Je voulais dire que c'est mal pour moi, c'est tout. »
« Mais en quoi c'est mal pour toi ? »
« Pourquoi poses-tu la question ? Je ne suis même pas attiré par les hommes, et j'ai fini par... oh, mon Dieu. » Harry se frotta les tempes. « Il a joui sur moi, et à ce moment-là, j'avais l'impression que... je n'étais pas en mesure de m'y opposer. Je venais de jouir sur lui. C'était normal qu'il le fasse aussi, et puis... Je voulais qu'il jouisse. Je le sentais se rapprocher de plus en plus et... »
Harry s'arrêta soudain de parler. « Ce n'est pas ce que tu veux entendre, j'en suis sûr. »
« Si c'est ce que tu veux dire, alors oui, » rétorqua Hermione. « Est-ce que je dois invoquer un dictionnaire et te laisser chercher la signification de n'importe quoi ? »
Harry rit, sa tension s'apaisant quelque peu. Ça aidait de parler. Il avait de la chance d'avoir Hermione, car il ne pouvait certainement pas s'imaginer dire des choses comme ça à Rogue. « Le problème, c'est que je n'arrive pas à comprendre comment ça s'est passé ! C'est ça le pire. Je veux dire, j'étais là, mais une chose en entraînant une autre, puis une autre, jusqu'à... »
« Ça a l'air chaud, » dit Hermione en gardant son sérieux, puis, devant l'étonnement de Harry, elle haussa les épaules. « Tu sais, le bon sexe, ça l'est, Harry. »
« C'était chaud, » admit Harry à contrecœur. « Mais en fait, je pense que ça devait avoir un rapport avec la Joie du Dragon, parce que je ne pouvais pas m'empêcher de toucher ses cheveux, et ce sentiment est revenu quand il m'a demandé si je voulais les brosser et... » Harry se coucha sur le dos. « C'est arrivé comme ça, je le jure ! »
Il entendit un bruissement, puis Hermione fut juste à côté de lui, son corps lui cachant le soleil. Elle lui tapota l'épaule d'un coup sec, les sourcils froncés. « Le professeur Rogue t'a donné la Joie du Dragon et ensuite il a fait l'amour avec toi ? Oublie l'excitation, c'est pratiquement un viol, Harry ! Et avec une telle drogue dans ton organisme, pas étonnant que tu n'arrives pas à comprendre comment c'est arrivé... »
« Non, non, Hermione ! » cria Harry, se remettant en position assise. « Ce n'était pas comme ça ! »
Elle lui lança un regard mi-douteux, mi-compatissant. « Tu as bien dit qu'il aimait prendre les choses en main au lit, Harry. »
« Eh bien, je pense que oui, mais... »
Avant qu'il n'ait pu lui parler de son nouveau plan de prise en charge par Harry, Hermione poursuivit. « Écoute Harry, tu n'as pas à te sentir coupable. Je ne sais pas ce que Rogue pense faire, mais tu dois en parler à Dumbledore. Ce précis disait que tout devait être consensuel, tu te souviens ? Et de toute façon, je me fiche de savoir quel genre d'engagement est ce Cambiare Podentes, Rogue ne peut pas être autorisé à te traiter de cette façon, il ne peut pas ! »
« Il me traite vraiment bien, » s'entendit dire Harry pour défendre Rogue. « Vraiment Hermione. Il m'a donné un peignoir éponge de la bonne taille... »
« Quoi ? »
Harry faillit jurer. « Je n'explique pas très bien les choses. Écoute, d'accord ? Il m'a donné la Joie du Dragon pour tester mes allergies, c'est tout. C'est dans la potion que je dois boire à l'invocation. Et ça m'a rendu un peu obnubilé par ses cheveux... » Plus il en parlait, plus il se souvenait. « Et il m'a dit de me contrôler, oui. Il n'en a pas profité, honnêtement. »
« Eh bien, on dirait bien qu'il l'a fait plus tard ! »
« Non, ça ne s'est pas passé comme ça, » répéta Harry. « En fait, c'est très compliqué. Le temps que nous fassions... euh, l'amour, la Joie du Dragon avait disparu. Severus m'a fait dormir. Et puis j'ai passé un moment à lire le dossier scolaire de mon père, ce qui prouve bien que j'avais évacué la Joie du Dragon, parce que je ne pouvais pas lire quand j'étais... euh, défoncé. Quoi qu'il en soit... »
« Pourquoi aurais-tu lu le dossier scolaire de ton père ? »
« Oh. Eh bien, j'avais aussi celui de ma mère, en fait. Severus les a déterrés au cas où il y aurait eu des informations sur les allergies dans ma famille, et il m'a laissé les lire. Tu sais, je ne sais pas grand-chose sur mes parents. »
« Tu as remarqué que tu l'appelles Severus ? »
« Eh bien, il n'aime pas monsieur ou professeur. »
Hermione brossa ses cheveux en arrière de son visage. « Non, tu l'appelles comme ça maintenant quand tu parles avec moi. »
Harry cligna des yeux. « Vraiment ? »
Hermione acquiesça et lui adressa un sourire timide. « Vraiment. »
« Oh... » Harry n'était pas sûr de ce qu'il en pensait. Cela signifiait probablement qu'il était plus à l'aise avec certaines choses... même si lorsqu'il pensait au corps nu de Rogue glissant d'avant en arrière sur le sien, il se sentait vraiment... il n'était pas sûr. Mais quoi que ce soit, détendu ne correspondait pas.
« Très bien, donc il t'a donné la Joie du Dragon pour une bonne raison, pas pour... euh, te séduire. Je suppose que je devrais arrêter de sauter aux conclusions. Mais Harry, ça m'a paru vraiment... louche. »
Harry réussit à rire. Enfin, un peu. « J'en suis sûr. Si tu m'avais dit qu'un type t'avait drogué et que tu t'étais retrouvé au lit sans vraiment savoir comment ça s'était passé, je lui aurais jeté des sorts pendant toute une semaine. Alors oui, je peux comprendre. »
Le bout de ses doigts dansant sur un genou plié, Hermione demanda doucement : « Mais comment peux-tu ne pas savoir comment ça s'est passé ? Je veux dire... » Elle s'éclaircit la gorge. « S'il t'avait fait tomber à la renverse, alors tout aurait été logique, mais là, je ne vois pas pourquoi tu as eu l'air si malheureux toute la journée. »
« Parce que je ne suis pas attiré par les hommes, Hermione, et j'ai fini par... enfin, tu sais. Et c'était... » Harry déglutit. « Oh, mon Dieu. Je ne peux même pas décrire à quel point c'était bon. Je... J'ai cru que j'allais m'évanouir pendant une seconde. » Il aurait voulu en dire plus... en fait il en avait envie ; il avait cette envie brûlante de parler et de parler et de parler de ce qu'il avait ressenti et de ce qu'il avait pensé et à quel point Rogue avait été fort et dur sur lui et de la douceur des cheveux de l'homme quand ils effleuraient son épaule alors qu'ils se déplaçaient ensemble dans ce rythme parfait...
« Comment le sais-tu ? »
Harry la dévisagea. « Que j'ai cru que j'allais m'évanouir ? Eh bien, la pièce a commencé à basculer très vite... »
Hermione souffla une bouffée d'air qui fit voler une mèche de cheveux vers le haut. « Non, je voulais dire comment sais-tu que tu n'es pas attiré par les hommes ? »
Là, Harry avait vraiment le regard fixe. « Eh bien, parce que je ne le suis pas ! » s'exclama-t-il. « Je pense que je saurais reconnaître une chose pareille ! »
« En fait, il faut un certain temps à certaines personnes pour... hum, s'installer dans leurs sentiments. Ce ne serait pas du tout inhabituel que tu sois encore en train de les découvrir à dix-huit ans, Harry. Et puis, regarde ce que tu as vécu ces dernières années ! Ce n'est pas étonnant que tu n'aies pas eu le temps pour des histoires d'amour... »
« Il y a eu Cho, » interrompit Harry, se sentant un peu offensé.
« Exact, et quand ça n'a pas marché... Harry, c'était il y a des années. »
« Ce n'est pas parce que j'ai été trop occupé à combattre les sorciers du mal pour sortir avec quelqu'un, Hermione, que je suis... Je suis... » Il ne put même pas prononcer le mot.
« Bien sûr que non ! » s'exclama Hermione. « Écoute Harry, jusqu'à présent, je n'y ai jamais pensé dans un sens ou dans l'autre. Personne à ta place n'aurait voulu sortir avec quelqu'un, surtout après ce qui est arrivé à Sirius. Ce n'était pas prudent pour toi de t'intéresser à quelqu'un de cette façon, alors tu ne l'as pas fait. Et je te respecte pour ça, plus que tu ne peux l'imaginer. Tout ce que je dis, c'est que si tu es attiré par les hommes, je ne pense pas que tu t'en rendrais nécessairement compte. »
« Eh bien, je ne le suis pas, » s'obstina Harry. « En fait, je pense vraiment que les choses ont dégénéré uniquement parce que j'ai passé toute la journée à être en colère. J'ai ressenti le besoin de jeter des trucs la moitié du temps où j'étais là-bas samedi, et j'ai tout refoulé. Et puis il a tout retourné contre moi, et je ne m'y attendais pas, alors bien sûr, j'étais un peu perdu ! »
Hermione leva une main. « Pourquoi étais-tu si en colère ? »
Harry se remit sur le dos. « Parce que Severus... Oh merde, tu as raison. Enfin, de toute façon, c'est un putain de menteur. »
Il était content qu'Hermione ne lui ait pas fait remarquer qu'ils le savaient, ou pire, qu'elle le lui avait dit.
« Sur quoi a-t-il menti ? »
« Ça n'a pas d'importance, » soupira Harry. « Enfin, c'est vraiment embarrassant. »
Quand elle expira, Harry ne put s'empêcher de reconnaître qu'il s'agissait de son soupir je-vais-aller-au-bout-de-tout-ça. « Eh bien, si tu veux mettre ce qui s'est passé au lit sur le compte du fait que tu t'es senti en colère toute la journée, je pense que ça compte. Et je ne vois vraiment pas comment tu peux être embarrassé maintenant, Harry. Je sais déjà que tu as fait l'amour avec Rogue et... que tu as aimé ça. »
« Oui, j'ai aimé, » grogna Harry, souhaitant que ça n'ait pas été le cas. « Bon, d'accord. Il m'a laissé croire tout du long qu'il ne m'aimait pas, d'accord ? Sexuellement, je veux dire. Evidemment que c'est de sexuellement dont je veux parler. Ce n'est pas comme s'il allait m'aimer d'une autre façon ! Mais bref, j'ai découvert hier qu'il utilisait en fait une potion d'impuissance ! Et quand il ne l'utilise pas, il... euh... »
Harry essaya à nouveau la méthode du cracher le morceau. « Il bande rien qu'en me regardant ! »
« C'est vrai, et tu aurais dû le savoir depuis le début. » Hermione acquiesça sagement.
« Hermione... » Harry réessaya. « Tu ne comprends pas ? Il... me veut ! Comme ça ! »
« Eh bien, cela permet d'éclaircir avec certitude la raison pour laquelle il t'a appelé son amant, je pense. » Hermione sourit, mais l'expression faiblit après un moment. « Ça te contrarie ? »
« Eh bien, oui ! » cria pratiquement Harry.
« Laisse-moi voir si je comprends bien, » dit Hermione en lui jetant un léger regard par en-dessous alors qu'elle était assise les jambes croisées dans l'herbe. « Tu vas être avec cet homme pour le reste de ta vie. Tu vas devoir coucher avec lui. Et tu viens de le faire pour la première fois et tu as découvert qu'il est vraiment très... euh, charmant, ainsi. Et tu es contrarié parce qu'il est physiquement attiré par toi ? »
Harry se redressa sur ses mains et resta ainsi, s'appuyant sur elles, les jambes étendues devant lui. « Oui, c'est ça. » Il hocha la tête, soulagé qu'elle semble enfin comprendre.
Seulement, elle ne comprenait pas.
« Mais ce n'est pas une raison pour se fâcher ! » Hermione le regardait bizarrement, à ce moment-là. « Harry, est-ce que tu voulais être obligé de coucher avec quelqu'un qui ne t'aimait pas de cette façon ? Qui se forçait à te toucher ? »
« Eh bien, ça pourrait être mieux que... »
« Non, ça ne le serait pas ! Tu es un jeune homme attirant et tu mérites que quelqu'un apprécie ce fait ! »
« Mais ça veut dire qu'il va vouloir faire l'amour tout le temps, Hermione ! »
« Mais tu as dit que le sexe avec lui était fantastique, Harry ! » rétorqua-t-elle en imitant son ton.
Harry ferma les yeux. Oui, fantastique. C'est bien ce que j'ai dit. Fantastique du début à la fin. Mais il ne l'avait jamais dit. « J'ai dit que c'était bien. Mais au final peu importe à quel point c'était bien, je n'ai peut-être pas envie de faire l'amour tout le temps de toute façon ! »
Hermione sourit alors, comme si elle pensait qu'il était stupide. Ou peut-être, comme s'il argumentait juste pour le plaisir de le faire. « Pourquoi pas ? »
« Parce que c'est Rogue ? »
Voilà, pensa Harry. Je ne l'appelle pas Severus.
« Harry... écoute, je comprends qui il est et ce que vous ressentez l'un pour l'autre depuis ce tout premier jour de cours, mais si tu vas au lit avec lui et que tu aimes ça, ça doit être moins dur pour toi qu'avant. Je pense que tu luttes de toutes tes forces contre l'idée que tu aimes ça, ou qu'il t'aime, parce que c'est Rogue. Mais c'est un peu immature, tu ne crois pas ? Est-ce que tu veux qu'il te traite autrement juste parce que tu es Harry Potter ? »
« Non, » reconnut Harry.
« Non, bien sûr que non. Alors peut-être que tu devrais faire preuve d'un peu plus de maturité - en fait, je suis sûr que c'est toi qui es le plus mature - et commencer à faire abstraction de toute cette histoire. Pense à lui comme à un nouvel homme que tu viens de rencontrer. Un avec qui tu as eu une première nuit... torride. Et vois où cela vous mène. »
Son commentaire sur la maturité remplit Harry d'impulsions contradictoires. Il avait envie de lui dire que Rogue se débrouillait plutôt bien pour le considérer comme simplement Harry, ces derniers temps. Il avait aussi étrangement envie d'affirmer que Rogue était définitivement la personne la plus mature... du moins d'une certaine façon. Mais pourquoi avait-il envie de partager des détails sur le corps de Rogue... ça le dépassait.
« Rien ne peut en découler, » répondit Harry, déprimé. « Ce n'est pas quelqu'un que je viens de rencontrer. C'est quelqu'un avec qui je dois être, que je le veuille ou non. »
La main d'Hermione recouvrit la sienne, douce et chaude. « Je sais. Harry, je sais que c'est difficile pour toi, tout ça, et le fait que tu n'aies jamais eu la chance de découvrir par toi-même quel genre de personnes t'attirent... ça ne peut qu'empirer les choses. Mais même si ça te dérange, tu as apprécié ce que vous avez fait avec Rogue la dernière fois que tu l'as vu. Donc je pense que tu dois saisir tout le bonheur que tu peux. Il n'y a aucune raison d'essayer d'être malheureux juste parce que Rogue n'aurait pas été ton premier choix si les choses avaient été différentes. »
« Je n'essaie pas d'être malheureux, » dit Harry.
Vraiment ? dit une petite voix intérieure. N'est-ce pas pour ça que tu redoutes de retourner chez lui ce soir, parce que tu préfères être malheureux et que tu sais à quel point ça va être difficile ? N'as-tu pas peur de la façon dont il t'a promis de te laisser décider, peur qu'il tienne sa parole et recommence ? Parce que comment peux-tu être désespérément malheureux de coucher avec lui alors que c'est toi qui décides de le faire ?
« J'espère que non, » dit Hermione. « Et on ne dirait pas non plus que Rogue essaie de te rendre malheureux. Tu as dit toi-même qu'il te traitait bien, et qu'il était allé jusqu'à te laisser lire les dossiers de tes parents. Donc... tu ne l'aurais pas choisi, non. Mais peut-être que ça peut s'arranger d'une manière ou d'une autre. Le sexe est un bon signe, j'aime à le penser. Je veux dire, puisque c'était si agréable pour toi. »
« Et c'est la femme qui a créé la S.A.L.E qui dit ça, » grogna Harry. « Je n'aurais jamais pensé que tu puisses prétendre que l'esclavage allait marcher. »
« Eh bien, contrairement aux elfes, on ne peut rien y faire. » Hermione serra sa main un peu plus fort. « Je n'aime pas ça Harry. Je déteste ça, plus que tu ne peux l'imaginer. Mais à ce stade, ça n'a pas d'importance. Tu vas invoquer ce sort et tu vas être son esclave, je l'ai accepté. Et toi aussi. Ça ne veut pas dire que tu dois être une victime. Si le sexe est agréable, c'est une bonne chose. Tu ne dois pas hésiter à en profiter. Ou de Rogue. »
« Profiter. De Rogue. » répéta lentement Harry. « Tu es folle ? »
Hermione sourit doucement. « Mais il t'a déjà plu, Harry. Je ne vois pas l'intérêt que tu t'efforces de te convaincre du contraire. »
Harry hésita, puis admit : « Je pensais que tu trouverais ça... hum, plutôt horrible, en fait. »
« Parce que c'est Rogue ? » Hermione secoua la tête. « Je t'aime, Harry. Je veux vraiment que tu sois heureux. Si le sexe est bon, il y a au moins un point de départ, c'est ce que je pense. Tant que tu es sûr que c'est consensuel, bien sûr. »
« C'est le cas... »
« Alors laisse-toi aller. Découvre à quel point ça peut être bon. Et peut-être qu'au moment d'invoquer, tu ne seras plus aussi nerveux à l'idée de vivre avec lui. Parce que Harry... une fois qu'on est adulte, le sexe est vraiment une grande partie de la vie. »
Harry se demanda pourquoi elle pensait ça. Si elle et Ron... oh, peut-être que c'était juste le fait qu'Hermione pouvait parler de ce genre de choses. Il avait l'impression que ses parents étaient plutôt ouverts d'esprit.
« Allez, on va dîner, » dit-elle en se levant et en brossant ses robes. « A moins qu'il y ait autre chose à discuter ? »
« J'ai besoin de réfléchir à certaines choses, » dit Harry en lui faisant signe de partir. « Des projets. »
Hermione ramena ses cheveux derrière ses oreilles. « Qu'est-ce que tu prévois ? »
« Je ne suis pas encore sûr, » répondit Harry. « Mais c'est entre Severus et moi, de toute façon. Il me laisse en quelque sorte faire certaines choses, ces derniers temps. Et j'évite de prendre des décisions. Mais tu as raison. Ce qui est, est, et me sentir mal à ce sujet ne me fait pas du bien. Je devrais probablement juste aller de l'avant et... me faire plaisir. »
Ses yeux devinrent grands. « Il te laisse décider de ce genre de choses ? »
« J'ai dit qu'il ne m'avait pas forcé, non ? » répondit Harry. Et puis, « Désolé. Je suis un peu nerveux. Mais j'ai vraiment envie de réfléchir à ce que je vais lui dire plus tard, d'accord ? Alors tu vas aller dîner. » Il fronça les sourcils. « Dis à Ron que je suis trop bouleversé pour manger. »
« Tu l'es ? »
« Non, pas vraiment maintenant. Je n'ai pas faim, c'est tout. » Hermione hocha la tête et laissa Harry à ses pensées.
Lundi 8 juin 1998, 18h55
Severus fronça les sourcils en regardant dans son miroir. Il avait enlevé sa lotion protectrice comme d'habitude en rentrant du dîner dans la Grande Salle, mais il trouvait que ses cheveux avaient encore l'air un peu... gras... par endroits. Il lança à nouveau le sort d'élimination, enfonçant sa baguette dans ses cheveux ici et là, et se renfrogna lorsque le miroir se moqua de ses efforts.
« C'est propre comme un sou neuf, mon cher. Pourquoi ne pas t'occuper de ces pointes fourchues si tu veux être au mieux pour ton jeune amant ? »
« Silence ou je dis aux elfes de te laisser ternir, » grogna Severus en pointant sa baguette pour souligner la menace.
En y réfléchissant, le miroir avait peut-être raison, pensa Severus en attrapant quelques mèches de cheveux et en examinant les extrémités. Quelques sorts de Cortus plus tard... Voilà, c'était mieux.
« Chérie, » commença le miroir.
« Ternir ! »
Le miroir soupira, mais céda.
Il était 7 heures passées, Severus se précipita dans son salon et s'installa dans un fauteuil pour attendre Harry. D'habitude, Harry s'asseyait sur le canapé et Severus préférait être plus proche de son jeune amant. Peut-être que ce satané miroir n'était pas si inutile après tout. C'était un joli surnom.
Donc, le canapé, oui. Severus se leva pour bouger.
Mais il avait oublié le vin. Une demi-bouteille ce soir, peut-être, pour éviter que Harry ne consomme trop. Il commanda un délicieux rouge français, riche et robuste, plein de saveurs, avant de se rappeler que Harry semblait préférer les vins à dessert à tout autre chose. Bannissant son premier choix, il demanda aux cuisines un Château d'Yquem d'une douceur maladive. Lorsque les verres à liqueur apparurent, il fut un peu irrité. Les elfes avaient probablement pensé que les petits verres allaient bien avec la petite bouteille, ce qui montrait ce qu'ils savaient de la gastronomie. Il les renvoya et demanda de vrais verres à madère avant de se dire que puisque Harry en savait probablement moins que les elfes, cela n'avait pas vraiment d'importance.
Mais quand même, Severus voulait que tout soit parfait ce soir-là.
S'installant à nouveau, cette fois sur le canapé, Severus croisa une jambe sur l'autre et prit un journal de Potions pour le lire. Hmm. Harry n'était pas très porté sur les potions, n'est-ce pas ? Ce ne serait peut-être pas une bonne façon de commencer leur soirée que d'arriver par Cheminette et de voir Severus plongé dans son journal. Non pas que Severus ait été absorbé. Il ne pensait qu'à Harry.
A la façon dont Harry l'avait regardé samedi alors qu'il s'était tordu sous lui, cambrant son dos, criant, jouissant. Comment il avait doucement haleté à la fin, et s'était accroché à Severus, et avait gémi...
Se levant d'un bond, Severus posa le journal de Potions sur la bibliothèque la plus proche et prit autre chose à lire. Origines des Arts Sombres ? Un peu sinistre. La Guerre des Gobelins au début du Moyen-âge avec une attention particulière aux aléas du temps et du climat ? Non, Harry avait eu un score épouvantable à son examen d'histoire, après tout.
Severus ne voudrait pas raviver de mauvais souvenirs, n'est-ce pas ?
Ah, Les 1001 nuits du sorcier. Ça pourrait le faire. Et vraiment, ce n'était pas comme si Harry allait être choqué de trouver Severus en train de lire des livres érotiques. Sans doute Harry ne se rendrait-il même pas compte que c'était de l'érotisme. Severus s'installa une troisième fois, le livre à la main, se disant que cela pourrait lui donner des idées créatives pour ce qu'il pourrait faire avec Harry plus tard dans la soirée.
Mais il se rendit compte qu'il n'allait pas pouvoir en réaliser une seule. Ce qu'ils feraient ou ne feraient pas dépendrait de Harry. Peut-être que ces idées seraient utiles à un moment donné dans le futur, se disait Severus. Quant à ce que Harry pourrait leur faire faire... il avait du mal à contenir son impatience. Bien sûr, le jeune homme était forcément nerveux, mais ce n'était pas comme si Severus s'attendait à ce qu'il se passe beaucoup de choses. Mais le fait que ce soit Harry qui mène le jeu, c'était déjà très excitant en soi.
Enfin, Severus n'aurait plus l'impression d'entraîner son amant dans son sillage, d'en demander trop, trop tôt...
Mais où était Harry ? Quand Severus lança Tempus, il réalisa qu'il était plus de sept heures et quart. Quelque chose avait dû le retarder. Encore un match de Quidditch à la dernière minute ? Peut-être que Harry arriverait en sueur et que Severus pourrait lui proposer de prendre une douche et qu'ils pourraient se laver plus que le dos l'un à l'autre cette fois-ci...
Non, Severus se fustigea mentalement. Non, non, non.
Il n'allait pas prendre l'initiative ; il allait laisser Harry décider de la façon dont ils allaient passer la soirée, et il allait faire mieux qu'il ne l'avait fait samedi. Vraiment, se déplacer sur le jeune homme - son jeune homme, se disait-il gaiement - et se frotter contre lui dans ce rythme lent et progressif... Eh bien, ça avait été délicieux, bien sûr. Mais peut-être aussi un peu présomptueux.
C'est pour ça que Harry était si en retard ? Parce qu'il pensait que Severus n'avait pas tenu sa promesse de laisser Harry diriger ?
Mais Harry n'avait pas eu l'air de s'y opposer samedi soir. Il n'avait pas dit non, ni arrêté leurs ébats ; il ne s'était même pas plaint après coup. Il avait juste été... maladroit, un peu gêné, un peu trop préoccupé par ce qu'ils devaient faire ensuite, comme s'il y avait une sorte de script qu'ils devaient suivre.
C'était peut-être pour ça qu'il était sept heures vingt passées et que Harry n'avait toujours pas pris la Cheminette. Il semblait avoir un niveau d'anxiété assez élevé à propos de ce qui était normal, et compte tenu de son inexpérience, il n'était pas en mesure de savoir ce qui l'était et ce qui ne l'était pas. Peut-être ne voulait-il pas diriger ? Mais non, il semblait assez satisfait de cela quand il partit le samedi. Et vraiment, il avait merveilleusement bien réagi au changement de dynamique entre eux.
Mais l'avait-il vraiment fait ? Severus n'avait pas oublié qu'il n'avait pas laissé Harry diriger, pas à la fin, quand ils avaient commencé ce magnifique frottage. Ce n'était pas l'idée de Harry.
Mais s'il ne le voulait pas, pourquoi n'avait-il pas protesté ? Après tout, Severus avait été très clair sur le fait que Harry pouvait...
Sept heures vingt-cinq, et ses pensées tournaient en rond, Severus s'en rendit compte. Il était normalement beaucoup plus incisif, alors toute cette indécision et cette remise en question ne pouvaient signifier qu'une chose.
Son jeune amant le troublait un peu plus que ce qui était probablement recommandé.
Et où était-il ?
Peut-être, se disait Severus, qu'il s'était trompé et que Harry avait décidé de ne pas venir du tout. Severus avait dit qu'il pouvait faire ce qu'il voulait. Peut-être que ce que Harry aimait n'était pas une soirée avec Severus, mais du temps passé avec ses amis à jouer à la Bataille Explosive ou aux Bavboules ou d'autres bêtises. Peut-être qu'une partie de Harry n'avait pas saisi l'urgence de la nécessité de s'entraîner.
Peut-être qu'après la façon dont les choses se sont déroulées samedi, il pense que nous n'avons pas besoin de nous entraîner, pensa Severus avec consternation. Mais non, ils s'étaient mis d'accord pour qu'il redescende lundi, alors ça ne pouvait pas être ça, n'est-ce pas ?
Quand 19h30 arriva, Severus en eut assez. Il ne savait pas si l'absence de Harry était due à la gêne, la naïveté, l'excès de confiance ou l'entêtement, mais il allait y mettre fin. Il entra dans la cheminée, jeta une pincée de poudre et cria en direction du bureau de Dumbledore.
Mais avant que les flammes ne l'engloutissent et ne le fassent tournoyer, quelque chose de solide le projeta hors de la cheminée, puis atterrit sur lui en crachant un nuage de cendres.
Il fallut un moment à Severus pour réaliser que les protections de sa cheminée n'avaient pas échoué. Qu'en fait, ce quelque chose de solide n'était autre qu'un très tardif - et couvert de cendres - Harry Potter.
Il rangea précipitamment la baguette qu'il avait automatiquement dégainée, un peu secoué d'avoir pu si facilement jeter un sort au jeune homme.
Son jeune homme.
Alors que Harry se déplaçait sur le côté, toussant toujours, Severus se leva et tendit la main à Harry.
« Vous allez bien ? »
Harry ne répondit pas vraiment, bien qu'au milieu des crachats, Severus ait entendu les mots : « ... déteste les voyages par Cheminette... »
Severus fronça les sourcils, car cela avait plus d'un rapport avec les plans sur lesquels il avait travaillé si dur ces dernières semaines. « Vraiment ? »
« Oui. » Saisissant l'eau que Severus avait fait apparaître sur le champ, Harry la but, puis s'essuya le visage couvert de suie. « Peut-être que c'est plutôt la Cheminette qui me déteste. Tous les autres semblent s'en sortir. Je finis toujours par être couvert de cendres ou par en tomber sur le cul. » Ses yeux verts se rétrécirent pour devenir des fentes.
« Bien que ce soit la première fois que j'entre en collision avec quelqu'un. Vous alliez quelque part ? »
« Je vous cherchais. »
Les yeux de Harry s'élargirent. « Me chercher ? »
« Oui, » répondit Severus, réfléchissant rapidement quand il lui vint à l'esprit qu'il ne pouvait pas vraiment piétiner la tour Gryffondor et exiger que son Harry en sorte. « Ou plutôt, demander à Albus de vous convoquer. Parce que vraiment, Harry, je ne pense pas que nous soyons totalement prêts pour l'invocation. Le croyez-vous ? »
« Non, bien sûr que non... »
« Alors pourquoi m'avez-vous fait attendre si longtemps ? » rugit Severus.
« Pourquoi, quelle heure est-il ? » Harry sortit sa baguette et lança un Tempus rapide. « Oh, désolé. J'ai perdu le fil, je crois. »
« Vous croyez ? »
« Severus... » Quand Harry leva les yeux, une lueur de compréhension sembla passer dans son regard. « Pourquoi avez-vous cru que je n'allais pas venir ? »
« Parce que je vous ai laissé le choix de ne pas venir. » Soupirant, Severus alla s'asseoir sur le canapé, les bras croisés devant lui.
Harry retira sa robe chargée de cendres et l'accrocha, puis s'assit à côté de lui. Juste à côté de lui.
C'était de bon augure...
« Techniquement, j'ai le choix de ne pas invoquer du tout, vous savez, » lui rappela tranquillement Harry. « Mais je ne suis pas si bête, alors je ne vois pas pourquoi vous pensez que je ferais quelque chose qui mettrait en danger l'invocation. »
« Alors pourquoi êtes-vous si en retard ? »
« Je réfléchissais, » dit Harry. « Vous m'avez pris par surprise samedi, vous savez, et après cela, j'avais beaucoup de choses en tête. »
« A tel point que vous avez négligé de venir dîner. » Severus réprima une envie de se renfrogner. « Et où avez-vous réfléchi, dans un champ quelque part ? » Il souleva la main de Harry pour mieux voir le doigt à l'ongle cassé au niveau de la cuticule, fronçant les sourcils devant la saleté incrustée dans la plaie.
Harry haussa les épaules. « Oui, c'est un peu douloureux. Je suppose que vous n'avez pas de potion pour faire repousser les ongles à portée de main ? »
« Un moment. »
Quand Severus revint avec, Harry secouait la tête. « Je plaisantais, Severus. Je ne croyais pas que vous en aviez vraiment une. »
Severus nettoya délicatement d'un sort le doigt de Harry, puis laissa tomber une goutte de potion à l'endroit où se trouvait l'ongle. Harry grimaça, se mordant la lèvre jusqu'à ce que la magie ait fini de faire son œuvre. « C'est un peu mou, » dit-il en tripotant avec précaution l'ongle qui venait de pousser.
« Il va durcir." Severus regarda Harry d'un œil critique. « Vous vous êtes encore battu avec Malfoy ? »
« Il reste loin de moi, maintenant. Depuis que Mme Pomfrey a dû le racler du mur. »
« Alors avec qui vous êtes-vous battu ? »
Harry s'adossa au canapé et ferma les yeux. « Je ne sais pas pourquoi vous êtes si convaincu que je me suis battu. Je me suis fait ça en parlant avec Hermione. »
Severus attendit, mais Harry ne dit rien de plus. « Peut-être pourriez-vous expliquer ? »
« Oh. Eh bien, je me suis un peu agité à un moment donné et j'ai en quelque sorte griffé la terre de mes doigts alors que je l'écoutais. »
« Qu'a-t-elle pu dire pour vous agiter à ce point ? » La réponse de Harry semblait évasive, pensait Severus.
« Hum, je ne me souviens pas exactement. Peut-être après que j'ai mentionné la Joie du Dragon. Parce que ça lui a fait penser que vous aviez... euh, pris votre pied avec moi... euh, contre ma volonté. »
Severus se déplaça sur le canapé jusqu'à se retrouver à moitié face à Harry, puis tendit une main et serra l'épaule du jeune homme. « La Joie du Dragon n'a joué aucun rôle dans ce qui s'est passé après notre bain. Vous vous en rendez compte ? »
Harry ouvrit les yeux. « Oui. Ne vous inquiétez pas, je ne me fais pas d'illusions. Je sais que tout était consensuel. Je le lui ai même dit. » Il détourna le regard comme s'il considérait quelque chose, puis reporta son regard sur Severus. « Um, vous savez... Je me sentais un peu mal à l'aise à propos de ce qu'on a fait ensemble, vous savez, le truc du frottement ? »
« Frottage, » dit doucement Severus, ses doigts descendant de l'épaule de Harry pour se poser sur l'avant-bras du jeune homme.
« C'est comme ça que ça s'appelle ? » Le rougissement de Harry s'accentua, ce qui amena Severus à se demander si le mot sonnait aussi séduisant pour Harry que pour lui. « Ouais. Frottage, très bien. Donc comme je l'ai dit, je me sentais un peu... euh, eh bien, c'était bien sur le moment, mais après, c'était juste embarrassant de penser que j'ai fait ça avec quelqu'un, mais Hermione m'a aidé à surmonter ça, je crois. »
Severus toussa en lâchant le bras de Harry. « Vous ne semblez pas avoir beaucoup de secrets pour Mlle Granger. »
« Vous devriez vous en réjouir, » admit Harry en détournant à nouveau le regard. « Vu qu'elle m'a dit que si le sexe était agréable, je devais juste... euh, profiter de vous. »
La pièce semblait soudainement beaucoup trop chaude pour Severus. « Ah. Et quel est votre point de vue là-dessus ? »
Harry haussa les épaules. « Eh bien, elle a dit que j'essayais de me rendre malheureux. Je ne pensais pas faire ça, mais avec le recul... ouais, peut-être un peu. Bref, je me suis dit que j'allais essayer de ne plus le faire. Je suis encore un peu nerveux. Même si en réalité, je ne pense pas que vous allez vous moquer de moi. Je veux dire, vous n'avez pas encore ri, et j'ai toujours pensé que vous le feriez, vous savez, tôt ou tard. »
« Vous pensiez que je me moquerais de vous ? » s'interrogea Severus, confus. « Pourquoi le ferais-je ? »
« Parce que je ne sais rien. Même pas comment s'appelle ce frottage, ou ce que j'aurais dû dire après, ou... »
« Je crois vous avoir déjà dit que je trouve votre innocence... plaisante, » assura Severus au jeune homme. « Je n'aurais jamais dû dire que ce serait un fardeau pour moi. De penser... non, de savoir que je serai le seul à vous toucher de cette façon... » Il se racla de nouveau la gorge, ne sachant pas comment poursuivre cette ligne de pensée. Il n'avait jamais été possessif envers ses amants auparavant.
Mais encore une fois, comment aurait-il pu l'être ?
Il n'avait jamais, jamais eu un amant comme Harry, quelqu'un qui était à lui et à lui seul. Ce sentiment que le jeune homme était un cadeau précieux semblait à nouveau monter en lui, et Severus souhaita soudainement avoir un whisky pur Feu pour étouffer ce sentiment.
Harry le regardait fixement. « Vous n'aimiez pas ça au début, mais maintenant vous pensez que c'est... sexy que je sois vierge, n'est-ce pas ? »
« Ce n'est pas le mot que j'aurais choisi », murmura Severus. « Mais fondamentalement exact. »
Harry semblait réticent à continuer, mais il puisa dans ses réserves de courage de Gryffondor pour poursuivre. « Alors... hum, je ne sais pas vraiment comment faire, mais je voulais vérifier... est-ce que je suis toujours à la place du conducteur ? Vous savez, quand on en vient au... hum, sexe ? »
Il fallut un moment à Severus pour donner un sens à la référence moldue. « Oui, oui. C'est ce que je voulais dire. J'aurais dû commencer il y a des semaines... »
Il fut plus que surpris lorsque Harry posa un doigt sur ses lèvres pour le faire taire. « Pas de j'aurais dû, » corrigea le jeune homme. « Je ne pense pas qu'ils nous aident. »
« Et... qu'est-ce qui pourrait nous aider ? » demanda Severus d'une voix rauque, l'attente le tuant presque alors qu'il trépignait d'entendre ce que Harry voulait. Embrassez mes doigts, embrassez mon cou, embrassez-moi... ou après tout le temps passé à réfléchir, serait-il un peu plus audacieux que ça, et demanderait-il quelque chose de beaucoup plus intime ?
« Pour commencer, je me sens sale, je vais me laver le visage, » dit Harry en se levant. « Ce voyage par Cheminette était pire que d'habitude. Je crois qu'il va falloir trouver un système pour éviter que nous nous percutions à nouveau. Mais ça peut attendre. Hum... Vous voudriez bien me trouver quelque chose à manger, Severus ? Je n'avais pas faim tout à l'heure mais maintenant je suis affamé. »
Un peu abasourdi par le passage rapide du sensuel au banal, Severus ne put que demander : « Vous avez envie de quelque chose en particulier ? »
Harry haussa les épaules. « Oh, ça m'est égal. Choisissez quelque chose que vous pensez que j'aimerai. »
Sur ce, il partit se laver, et Severus se demanda si la requête de nourriture n'était pas en fait une sorte de test. La question était de savoir ce qui plairait à Harry.
A suivre
