DISCLAIMER : Attention, ce chapitre contient un passage se rapportant au harcèlement sexuel et moral qui peut réveiller des traumatismes si vous y êtes sensibles.

Ma fanfic a pour projet d'aborder ce genre de sujets sensibles mais JE N'APPROUVE AUCUN DE CES COMPORTEMENTS qui sont de véritables fléaux dans notre société et dans le monde en général. Je ne les utilise ici que pour une situation précise à un moment précis mais en aucun cas je ne cautionne de tels propos ou actions à l'encontre de qui que ce soit.

Respectez-vous les uns les autres, dans la vie, sur internet, n'importe où et n'importe quand, c'est le simple message que je veux faire passer.


Suite aux évènements de l'attaque du Canonnier, tout Paris était devenu plus silencieux. Comme plongé dans une profonde tristesse et une morosité qui gagnait toujours plus de terrain, la ville avait perdu son cœur battant. Le choc avait laissé place à l'inquiétude, au désespoir puis à la colère. Dès le lendemain de l'attaque, des parisiens hors de contrôle avaient demandé la mort de la victime du Papillon, que Chat Noir et Ladybug avaient retrouvés et mis en sécurité, lui demandant de rester cloitré chez lui en attendant que le vent tourne.

Toujours aussi dépité, l'héroïne avait tenté de faire bonne figure auprès du guide du musée, plongé dans une profonde dépression, se sentant responsable de la mort des victimes de l'attaque. Le lendemain des évènements, comme convenue, s'était tenue la large réunion d'informations organisée par le maire de Paris, André Bourgeois.

Ce dernier avait fait parvenir à Ladybug par les médias une invitation spéciale à venir y assister et Chat Noir, fidèle à sa promesse faite à sa partenaire, avait également fait le déplacement.

Pendant de longues heures, le maire, ses conseillers, les organisateurs de la cellule de crise et les deux héros avaient répondus aux questions et aux inquiétudes des journalistes et des parisiens qui s'étaient rassemblés en masse devant la mairie. Tous cherchaient des explications à la situation mais demandaient surtout la prise de mesures fortes en réponse à cette attaque, ce que le maire s'était empressé de faire.

Dès le lundi de la semaine suivante, il fit installer dans toute la capitale des haut-parleurs qui serviraient à diffuser une sirène afin de prévenir la population le plus vite possible, déclenchable individuellement pour chaque arrondissement de Paris. Des protocoles de sécurité avaient par ailleurs été mis en place, les forces de l'ordre ayant reçues de nouvelles instructions sur l'organisation de leurs interventions lors des attaques. Ces dernières avaient été supervisées avec Ladybug et Chat Noir, demandant de privilégier l'aide aux civils afin qu'ils puissent se concentrer sur leurs missions sans avoir à se soucier de la sécurité individuelle des parisiens.

De nouvelles alarmes ainsi que de nouveaux plans d'évacuations avaient été également prévus dans les établissements scolaires, et notamment au groupe scolaire Françoise-Dupont qui avait été particulièrement touché lors de l'attaque du Canonnier.

Ladybug avait été quelque peu rassurée de voir que les citoyens, bien que toujours profondément choqués et endeuillés, avaient su faire preuve de compréhension face à ses nouvelles mesures, saluant par ailleurs les efforts du maire qui souhaitait que tout soit en place avant la prochaine attaque.

Cependant, la jeune fille n'avait pas complètement regagné son entrain, et cela, Chat Noir l'avait bien remarqué. Malgré les efforts qu'il fournissait pour tenter de lui redonner espoir ou lui faire penser à autre chose, le sourire qu'elle lui adressait ne restait jamais bien longtemps sur ses lèvres.

Ses yeux ne brillaient plus de la même façon, ses traits étaient souvent tirés et elle semblait toujours pâle malgré son masque écarlate.

L'ambiance au lycée ne s'était d'ailleurs pas vraiment améliorée non plus. Après quelques jours, les cours avaient finalement repris comme si de rien n'était, mais personne n'avait manqué de remarquer l'écrasante absence de leurs camarades disparus pendant l'attaque, ni celle du professeur qui avait également perdu la vie.

M. Damoclès avait tenu à adresser un hommage le lundi après-midi suivant, deux jours après l'attaque, affirmant qu'il mettrait tout en œuvre pour respecter les nouvelles décisions du maire et que, si personne n'oublierait jamais ce qu'il s'était passé, il s'engageait à ce qu'une telle chose ne se reproduise plus jamais.

Les photos des six personnes disparues dans les décombres du lycée avaient été exposées sur un autel placé au centre de la cour, autour duquel s'était amassé bouquets de fleurs, présents et petits mots. Après la minute de silence général, demandé par le maire à la mémoire des 126 victimes du Papillon, Jehan avait été désigné pour interpréter un morceau de flûte afin de souligner cet hommage, requête immédiatement acceptée par le jeune homme.

Durant les deux semaines qui venaient de s'écouler, Félix avait pu remarquer de nombreux changements au sein de sa classe. Bien évidemment, le plus gros changement était la nouvelle nature de la relation qui unissait maintenant Jehan et Andréa, qui avait été source de nombreuses conversations parmi ses camarades, permettant une pause dans les discours tristes qui ne cessaient dans la capitale.

Roxane, Myriam et Lila avaient énormément questionné Andréa, sous les regards amusés de Johana et Alizée, tandis que Kilian avait pendant longtemps taquiné Jehan à coup de « je te l'avais dit ! », « qui qui c'est qui avait raison ?! », tandis que les autres s'étaient contentés de mots de félicitations et de meilleurs vœux. Quant à lui, même si Félix était véritablement heureux pour eux, il n'avait pas souhaité se répandre en commentaire : leur nouvelle vie de couple ne le concernait pas et, de toute façon, ne l'intéressait pas plus que cela, par pure pudeur.

Il avait également remarqué que les liens qui s'étaient tissés entre tous les élèves de sa classe, et globalement du lycée, s'étaient retrouvé resserrés après cette violente akumatisation. Les réunions inter-élèves étaient plus fréquentes et de nombreux ateliers de discussions et de soutien psychologique avait été ouvert, pour ceux qui avaient besoin de parler.

Cependant, à travers tout cela, c'était surtout le changement de comportement de Bridgette qui avait le plus titillé l'attention du jeune homme. L'adolescente avait elle aussi perdu son entrain habituel, sa vivacité, et la joyeuseté qui l'animait habituellement. Elle restait silencieuse la plupart du temps, souriante mais sans grande conviction. Et elle avait beau assurer à tout le monde qu'elle se sentait bien, Félix avait clairement remarqué ce changement qui n'avait échappé à personne non plus.

Mais c'est également en s'approchant personnellement d'elle qu'il avait notifié la chose la plus étrange : Bridgette semblait nerveuse avec lui. Elle bafouillait, cherchait ses mots, n'osait plus le regarder dans les yeux, ce qui l'intriguait beaucoup. L'avait-il blessée sans le vouloir ? Avait-il fait quelque chose qui l'avait amené à avoir ce comportement ? Il avait beau tourner et retourner la question dans tous les sens, il ne parvenait pas à trouver d'explication. Cela l'intriguait… et l'inquiétait.

Il avait pensé à en parler à Jehan afin qu'il lui apporte des précisions sur l'état de pensée de leur amie mais l'avait ensuite rapidement abandonnée, craignant d'attirer sur lui des regards ou des insinuations qu'il n'avait pas du tout envie de subir. Le jeune homme avait donc décidé de ne pas trop s'inquiéter, se disant qu'il finirait par comprendre le fin mot de l'histoire, tôt ou tard.

Si la vie civile du jeune homme n'avait donc pas tant changé, ayant conservé le droit de continuer à se rendre au lycée après une longue discussion avec son père, sa vie héroïque, elle, avait connu un grand bouleversement.

Jusque-là, le costume de Chat Noir ne lui avait jamais servi que pendant ses missions, indispensable pour combattre les akumatisés de Papillon. Mais depuis quelques temps, Ladybug et lui avaient pris l'habitude de se rejoindre le soir, afin de se balader sur les toits de Paris, discutant de tout et de rien.

La première excuse de tels rendez-vous était l'organisation de patrouille dans toute la ville, autant pour établir un réseau de surveillance que pour tenter de rassurer les parisiens par leur simple présence, se contentant de salut de main ou de discussions rapides avec eux.

Mais rapidement, les deux héros n'avaient plus eu besoin d'excuse pour se voir en dehors de leurs missions, se retrouvant presque tous les soirs, sans même à avoir à le prévoir. Discutant d'abord exclusivement de l'élaboration de nouveaux plans d'attaque et d'enquête pour trouver la véritable identité du Papillon, les bavardages des deux jeunes gens avaient finis par dévier sur d'autres sujets, plus légers. Et s'ils mettaient un point d'honneur à protéger leurs identités secrètes, ils s'ouvraient doucement l'un à l'autre.

Ils leur arrivaient de plus en plus souvent de s'assoir pour discuter de tout et de rien, s'inventer des jeux aussi futiles les uns que les autres, rien que pour le plaisir de passer du temps ensemble. Félix répugnait ce genre d'activités en temps normal, refusant de perdre son temps, mais avec elle, c'était différent.

Chat Noir n'avait pas encore identifié ce drôle de sentiment qui battait dans sa poitrine quand il s'asseyait à côté d'elle, quand elle le regardait, quand elle posait sa main sur son épaule pour attirer son attention, quand elle riait, décidant de le mettre de côté pour le moment.

Mais ce qu'il avait toutefois clairement repéré était cette infime barrière qui, malgré tous ses efforts, semblaient toujours les séparer. Ils étaient amis, elle lui avait assuré plusieurs fois, mais au-delà de ça, Chat Noir ne pouvait se défaire de la sensation qu'un mur invisible entravait en permanence sa route. Ils étaient proches, plus proches qu'ils ne l'avaient jamais été, mais une frontière inconnue empêchait clairement le jeune homme de progresser vers elle. Était-ce cette histoire d'identité secrète ? Le fait qu'il ne devait pas se dévoiler l'un à l'autre ? Ou le fait que, même si elle le voyait, elle semblait toujours avoir les yeux rivés sur autre chose ?

Le garçon s'en désespérait quelque peu mais que pouvait-il demander de plus au final ? Ils passaient du temps ensemble alors que cela était potentiellement dangereux pour eux, le risque de laisser échapper une information capitale sur leur identité secrète n'étant jamais exclu, que pouvait-il attendre d'autre ?

Passant outre ce pincement au cœur qu'il ressentait à chaque fois qu'elle détournait les yeux, une sorte de routine s'était installée au fil des jours, resserrant leurs liens et parvenant peu à peu à redonner espoir à Ladybug.

Deux semaines et demie s'étaient maintenant écoulées depuis l'attaque du Canonnier et le quotidien de Félix était redevenu plus ou moins normal. Réveillé par l'alarme de son téléphone portable, le garçon avait regardé la date du jour avec dédain avant de se lever pour faire un brin de toilettes, secouant au passage Plagg qui avait pris l'habitude de dormir sur l'autre oreiller de son lit.

Après une douche rapide, le jeune homme avait coiffé ses cheveux et s'était habillé de ses teintes de gris qui ne le quittaient plus depuis longtemps. Les sourcils froncés devant le grand miroir de sa salle de bain, il réajusta le nœud de sa cravate avant de soupirer.

Plagg, posé sur le lavabo, le regarda, intrigué, inclinant légèrement la tête, tentant de déchiffrer son expression. Il était habitué à entendre son porteur soupirer, mais pas si tôt le matin.

-« Bon… murmura le jeune homme sans cesser de regarder dans le miroir. C'est mon anniversaire. »

Il tourna ensuite la tête vers Plagg qui écarquillait les yeux de surprise, un sourire amer sur le visage.

-« Tu chantes ? » argua-t-il d'un ton ironique.

Sans attendre la réponse de son petit compagnon, le jeune homme quitta la salle d'eau avant de sortir dans le couloir, en direction de la grande salle à manger où il prenait habituellement son petit déjeuner. En entrant, tout était désert.

« Evidemment » pensa-t-il. Serrant les poings, il s'assit à sa place habituelle, la mâchoire crispée. Il avait espéré que son père, après lui avoir promis de faire des efforts à l'avenir pour être plus présent, aurait fait le déplacement et, à défaut de déjeuner avec lui, manifester sa présence d'une façon ou d'une autre. Mais non. Comme à son habitude, Félix était seul.

La porte menant vers le couloir des cuisines s'ouvrit soudain, faisant sursauter Félix, révélant le visage souriant de Rosa qui lui apportait un plateau.

-« Bon anniversaire monsieur ! rit-elle en posant l'argenterie devant lui. Pardonnez mon enthousiasme, mais 18 ans, c'est tout un évènement ! Vous avez tellement grandi, je me souviens encore de vous bébé. J'ai l'impression que c'était hier… »

Félix se força à lui faire le sourire le plus sincère possible : Rosa était bien la seule à lui démontrer une certaine affection quotidienne dans la maison. Remarquant le visage peiné du jeune homme, elle osa poser sa main sur son épaule avant de lui adresser un sourire compatissant.

-« Je sais que la situation est très difficile pour vous. Mais si je peux me permettre, je suis sûre que votre mère aurait été très fière de vous. Vous avez affronté les difficultés de ces dernières années la tête haute et vous êtes devenu un beau jeune homme. » acquiesça-t-elle.

Le garçon la regarda, surpris, la bouche légèrement entrouverte. Même avant le départ de sa mère, Rosa avait toujours été très maternelle avec lui, bien qu'elle avait toujours mis un point d'honneur à respecter la bienséance que lui imposait la différence de leurs statuts. Plusieurs fois, Félix lui avait demander d'arrêter de l'appeler « monsieur » ou de le vouvoyer, mais elle n'avait jamais accepté. Peut-être voulait-elle conserver elle aussi cette distance qui les séparait : il n'était pas son fils après tout.

Il baissa les yeux avant de hocher doucement la tête. Rosa lui fit un sourire d'encouragement avant de plonger ses mains dans la grande poche qui ornait l'avant du tablier qu'elle portait autour des hanches.

-« Tenez, ça c'est de ma part. Ils sont frais, je les ai faits ce matin ! dit-elle en lui tendant une boite. Ce n'est rien du tout, mais je me suis dit que ça pourrait peut-être vous remonter le moral. »

Félix la regarda avec des yeux ronds avant de soulever doucement le couvercle de la boîte pour y découvrir une dizaine de biscuits au chocolat. Le garçon se souvenait bien qu'elle lui en préparait souvent lorsqu'il était plus jeune, pour le goûter. Il releva le regard vers elle, ne sachant quoi dire.

-« J'aimerais beaucoup pouvoir faire plus pour vous monsieur. Mais vous savez que je ne suis jamais loin si vous avez besoin de moi. »

-« Merci beaucoup Rosa, murmura Félix en posant ses mains sur celles de la gouvernante. Je… J'aurais voulu… »

-« Je sais, souffla-t-elle, les yeux humides. Ne vous inquiétez pas. Il faut que je vous laisse, j'ai encore du travail. Passez une bonne journée. »

-« Merci, vous aussi. » répondit le jeune homme en la regardant s'éloigner puis disparaître derrière la porte.

Il resta immobile quelques instants, serrant la boîte de gâteaux dans ses mains, avant de déjeuner sans conviction puis de quitter les lieux. Il était réellement touché par cette attention de la part de Rosa mais la colère qu'il sentait gronder en lui commençait peu à peu à prendre le pas sur son sentiment de réconfort.

Son père n'avait même pas daigné se déplacer. Il ne demandait pas grand-chose, seulement un peu de considération. Que devait-il faire pour attirer son attention ? Comment avaient-ils pu en arriver là ? Les lèvres de Félix se tordirent en un rictus amer. Le pire de tout, c'est qu'il arrivait tout de même à être déçu, même après tout ce temps.

Arrivant dans sa chambre, il claqua la porte, faisant sursauter Plagg qui somnolait. Le kwami ouvrit la bouche pour s'indigner de ce manque de discrétion mais devant le visage fermé de son porteur, il préféra se taire. Il le regarda poser la boite de gâteaux sur son bureau, que le kwami scruta attention, passant sa tête à travers le carton pour voir ce qu'il contenait avant de rejoindre Félix pour se poser sur son épaule.

-« Tout va bien ? » demanda-t-il.

Félix ne répondit pas, se contentant d'attraper la brosse à dent posée sur le bord du lavabo dans la salle de bain. Plagg le regarda faire, ne sachant quoi dire pour tenter de désamorcer la tension qu'il sentait grandir de minute en minute.

-« C'est Rosa qui a fait les gâteaux c'est ça ? Elle sait faire beaucoup de choses à ce que je vois. »

Le jeune homme lui adressa un regard courroucé dans le reflet du miroir, lui faisant silencieusement comprendre qu'il n'avait pas envie de discuter pour le moment. Le kwami se contenta alors de hausser les épaules avant de partir virevolter dans la chambre, se posant à côté du sac de son porteur, l'air désabusé.

« Ça va pas être de ma faute quand même ? Qu'est-ce que j'y peux moi ? » ronchonna Plagg en s'étendant sur le canapé, le visage crispé.

Une dizaine de minutes plus tard, Félix était dans le hall de la maison, chaussés, son manteau sur le dos et son sac sur l'épaule, Plagg soigneusement caché dans sa poche intérieure. Il était en avance et attendait que son chauffeur n'arrive. Au fond de lui, il savait qu'il attendait plus que cela, mais il ne voulait pas trop espérer, en sachant qu'il serait forcément déçu.

Une porte s'ouvrit, dévoilant son chauffeur. L'homme le toisa, un éclair de surprise dans ses yeux, avant de reprendre son air impassible. Il le salua silencieusement, lui faisant un petit signe de tête auquel le jeune homme répondit avant de le suivre dans la cour. Il regarda une dernière fois derrière lui, espérant pour une fois voir apparaître Nathalie ou son père, mais rien.

Frustré, il ferma la porte derrière lui, la main crispée sur la poignée.


En pénétrant dans la cour du lycée, Félix se sentit soudain tendu. Sa colère vibrante ne l'avait pas quitté mais le jeune homme prit soudain conscience d'un détail : il n'avait dit à personne que son anniversaire tombait aujourd'hui. Pourquoi l'aurait-il fait de toute façon ?

Mais il savait que ses camarades avaient, malgré lui, plusieurs moyens de se renseigner sur sa vie personnelle et que sa date d'anniversaire ne devait pas être une information difficile à trouver. Aussi, quand il vit Jehan s'approcher de lui, un large sourire sur le visage, il sentit son stress monter d'un coup.

-« Yo ! Ça va ? salua-t-il avec un mouvement de main. Tu es tout pâle, t'es malade ? »

-« Non non, tout va bien je te remercie. » répliqua Félix avec un léger sourire.

Jehan le toisa quelques instants, suspicieux, mais son attention fut rapidement attirée par Andréa qui venait d'arriver à son tour. Elle salua Félix avant de s'approcher de Jehan avec un sourire plus large. Le grand métis y répondit avant de poser ses lèvres sur les siennes, comme ils avaient pris l'habitude de le faire depuis quelques temps, faisant détourner les yeux de Félix.

S'il ne voyait aucun problème à ce que ses camarades se démontrent leur affection dans la limite que la décence imposait, il ne tenait pas à assister à ce genre de spectacle qui le mettait profondément mal à l'aise.

Tournant la tête vers l'entrée du lycée, il put remarquer Bridgette, aux côtés de Lila et David, discutant joyeusement avec eux. Lorsque leurs regards se croisèrent, elle lui adressa un petit signe de main avant de poursuivre sa route. Félix fronça légèrement les sourcils. Quelques temps en arrière, elle serait venue tout de suite vers eux, les aurait salués avec un sourire qui aurait dévoilé toutes ses dents.

Mais non, elle avait adressé le même signe à Andréa et Jehan mais ne s'était pas approchée, ce qui crispait davantage Félix.

Pourquoi tout lui semblait-il hors de contrôle ? Et pourquoi cela l'énervait autant ?

Fermant les yeux quelques instants pour repousser cette colère qui grondait en lui, il put apercevoir Camille, dans un coin de la cour, accompagnée de Sarah, qui le fixait depuis maintenant quelques secondes. Il soutint son regard avant de se diriger à son tour vers sa salle de classe.

Le jeune homme avait bien conscience que la peste savait pourquoi aujourd'hui était un jour spécial, et il priait de tout cœur qu'elle n'intente pas quelque chose contre lui, du moins pas devant les autres.


Assis à leur place en classe, les jeunes gens attendaient patiemment que n'arrive Mlle Bustier pour commencer les cours de la journée, continuant de discuter tranquillement. Au premier rang aux côtés de Jehan comme à son habitude, Félix avait croisé ses bras et ses jambes. Quand il avait appris la nouvelle de leur récente union, le jeune homme avait proposé à Andréa d'échanger sa place avec la sienne, afin qu'elle puisse être placée à côté de son compagnon pendant les cours.

Mais l'adolescente avait gentiment décliné en lui répondant que ni l'un ni l'autre ne souhaitait que leur couple n'interfère dans leur relation avec leurs amis, et qu'ils tenaient à ce que tout reste comme avant, réservant leurs moments complices pour leur intimité. Et même si Jehan se tournait plus souvent vers le rang arrière qu'auparavant, rien n'avait effectivement changé dans leurs relations, ce qui avait étrangement rassuré Félix, tout comme Bridgette d'ailleurs.

Mlle Bustier arriva au moment où la cloche retentit pour annoncer le début du cours, saluant ses élèves en allumant son ordinateur qu'elle venait de poser sur son bureau.

-« Bonjour tout le monde, je suis contente de vous retrouver ce matin. Je vais faire l'appel, sortez vos livres s'il vous plait, nous avons un programme chargé aujourd'hui ! » annonça la professeure avec un sourire.

Les jeunes gens s'exécutèrent et alors que Félix ouvrait son livre à la page de la leçon du jour, il put voir Mlle Bustier se tourner vers lui, un plus large sourire éclairant son visage. En une fraction de seconde, le jeune homme comprit ce qu'il venait de se passer. Le logiciel sur lequel leur professeure remplissait la fiche d'appel était relié aux dossiers des élèves, répertoriant de manière automatique leur présence, leurs retards et leurs absences. Et si Mlle Bustier avait accès à l'entièreté de leur dossier en un clic, alors…

-« Je vois que c'est un jour spécial pour l'un d'entre nous aujourd'hui, affirma-t-elle en faisant le tour de son bureau. Bon anniversaire Félix ! Dix-huit ans, ça mérite une fête n'est-ce pas ? »

Félix resta figé de stupéfaction. Il put voir un sourire mauvais se dessiner sur les lèvres de Camille tandis que la totalité des autres élèves se tournaient vers lui, surpris. Il aperçut les yeux ronds de Jehan, et il put deviner que Bridgette et Andréa devaient être dans le même état que lui.

Remarquant le trouble de ses élèves, Mlle Bustier se figea à son tour avant de se tourner vers Félix.

-« Aurais-je fait une bêtise ? »

-« Non non… soupira Félix en essayant de prendre un air détaché. Merci mademoiselle. »

Mlle Bustier garda le silence encore quelques instants avant qu'un léger sourire amusé ne se dessine sur ses lèvres en voyant la moue renfrognée qui se dessinait sur les lèvres de son élève. Elle frappa ensuite dans ses mains pour ramener l'attention sur elle.

Alors que la leçon commençait, Félix se tassa un peu plus sur son banc, tentant d'ignorer le regard circonspect de Jehan qui le fixait, laissant échapper un petit soupir.


-« J'arrive pas à croire que tu nous aies caché ça ! C'est pas cool quand même, dix-huit ans, c'est important ! » s'exclama Jehan avant de mette sa fourchette dans sa bouche.

-« C'est une date comme une autre. » répliqua Félix avec un léger haussement d'épaules.

-« C'est important pour toi non ? Ça doit quand même compter un petit peu ? » demanda Andréa.

-« Vous savez, j'ai passé dix ans de ma vie sans que cet évènement n'ait la moindre conséquence sur ma vie, alors je ne vois pas vraiment pourquoi ça commencerait aujourd'hui. » cingla le grand blond en serrant les poings.

Voyant que sa colère reprenait le dessus, il prit une profonde inspiration. Au fond de lui, ils savaient que ses amis n'avaient pas tort : il avait du mal à l'admettre mais si son anniversaire n'avait pas du tout compté pour lui, il ne serait pas dans cet état. Il ne ressentirait pas toute cette colère envers son père, il ne serait pas autant blessé dans ses sentiments et il n'éprouverait pas cette profonde tristesse qu'il tentait de réprimer par tous les moyens possibles.

-« Pardonnez-moi, je suis un peu fatigué en ce moment, murmura-t-il en se pinçant l'arête du nez. Je n'aurais pas dû hausser le ton. En tout cas, ne vous en faites pas pour moi, je vais très bien. »

-« C'est triste quand même… » murmura Bridgette en posant ses yeux sur son camarade.

Son regard et celui de Félix se croisèrent. Elle sentit alors ce léger picotement dans sa nuque quand il plongea ses yeux dans les siens, lui faisant aussitôt tourner la tête avant que ses joues ne deviennent d'un rouge gênant à dissimuler. Elle s'en voulait de réagir comme ça, mais elle n'y pouvait rien. De plus en plus souvent, elle pensait à Félix, et surtout lorsque son esprit n'était pas occupé à autre chose. Elle ignorait pourquoi elle s'accrochait à cette idée qu'elle pourrait être plus qu'une simple amie pour lui.

Elle savait qu'il était impossible qu'il puisse un jour la voir autrement. Et elle voulait se convaincre que ce n'était pas grave, et que leur complicité lui suffirait amplement. Mais non, elle souhaitait plus. Elle souhaitait pouvoir lui prendre la main, passer plus de temps avec lui, l'entendre parler de ses envies, de ses rêves, de ses pensées.

Mais elle savait que c'était impossible. Elle n'avait même pas besoin de lui avouer ses sentiments pour connaître sa réponse, elle la connaissait déjà. Mais elle ne pouvait pas s'en empêcher.

-« Hmm... On pourrait quand même faire un petit truc non ? hésita Jehan. Une petite sortie tous les quatre, demain. Ça serait cool pas vrai ? Qu'est-ce que vous en dites. Ils annoncent du beau temps en plus ! »

Un petit silence se fit de nouveau avant que Félix ne hausse une énième fois les épaules. Même s'il ne comprenait pas vraiment l'obstination de ses camarades à vouloir faire quelque chose pour lui, ce n'était pas une sensation désagréable, comme quand Rosa était venue le voir ce matin.

-« Si ça peut vous faire plaisir, je n'y vois pas d'inconvénients. Mais pas de gâteaux, de cadeaux, ni rien d'accord ? Je ne veux pas que ce soit une charge pour vous, s'il vous plait. »

Ses trois camarades se regardèrent avant de hocher doucement la tête. Ils ne tenaient pas à le mettre mal à l'aise. Alors s'il ne souhaitait que se balader avec eux, c'était déjà une grande victoire.


Lorsque la cloche annonçant la fin de la journée de cours retentit, Félix se sentait las. Il était fatigué et toujours incroyablement frustré. S'il avait essayé de faire bonne figure, sa mauvaise humeur avait fini par se faire remarquer, soulevant quelques réflexions de la part de Jehan et des questions pour les autres.

Pour le moment, il n'avait qu'une seule envie : s'enfermer dans sa chambre, sûrement prendre son violon pour penser à autre chose. La colère qui ne disparaissait pas le consumait de l'intérieur, brûlant tout ce qu'il lui restait comme énergie, réduisant en cendre le plus petits de ses nerfs. Alors que le jeune homme rassemblait ses affaires dans son sac, Mme Mendeleïev se tourna vers lui depuis son bureau alors que Camille passait devant elle, posant un tas de feuilles et de cahiers sur le meuble.

-« Félix, Camille, emportez ça en salle des professeurs s'il vous plaît. Et tout de suite, je vais en avoir besoin tout à l'heure, mais je ne vais pas pouvoir tout emporter toute seule. Vous êtes jeunes, ça vous fera bouger un peu ! »

Alors que le grand blond s'attendait à voir Camille répliquer qu'elle ne s'abaisserait jamais à faire une chose pareille, que ce n'était pas son rôle, et à envoyer Sarah à sa place, un petit sourire se dessina sur ses lèvres. Elle tendit machinalement son sac à Sarah qui s'empressa de le récupérer avant d'attraper la pile de feuilles puis se tourna vers Félix. Elle l'attendait, cela ne faisait aucun doute. Le jeune homme laissa échapper un soupir avant de se résigner : il n'avait pas le choix. Il contourna son banc, passa devant Camille sans la regarder avant d'attraper la pile de cahier et de se diriger vers la sortie, la peste sur ses talons.

Jehan, Andréa et Bridgette les regardèrent faire. Cette dernière avait tout de suite senti la tension monter et remarquer l'inconfort de Félix. Elle avait voulu intervenir, arguant qu'elle allait prendre sa place pour lui éviter de se confronter à la jeune Bourgeois. Elle avait hésité, une seconde, et avant de pouvoir ouvrir la bouche, Félix était déjà parti.

« Lâche ! » avait-elle pensé en baissant les yeux.

Montant vers l'étage de l'administration, le jeune homme pouvait sentir le regard de Camille lui brûler la nuque. Plus il essayait de la distancer, plus elle réduisait l'écart entre eux. À moins d'un mètre l'un de l'autre, Félix tentait le plus dignement possible de contenir sa colère. Il savait qu'elle devait avoir quelque chose en tête, et il ne voulait pas du tout savoir ce que c'était.

Ils arrivèrent enfin à la salle des professeurs, accueilli par l'un des enseignants qui leur indiqua où déposer leurs charges. Ayant déposé la pile de cahiers, Félix salua avant de tourner les talons le plus vite possible. Il voulait s'éloigner, disparaître rapidement : s'il se laissait rattraper, il ne pourrait plus lui échapper. Il devait redescendre, il fallait qu'il s'en aille, plus vite !

Mais à peine avait-il atteint le bas de l'escalier, un étage le séparant encore de la salle de classe où il avait abandonné ses affaires, que Camille lui attrapa le bras, l'obligeant à s'arrêter.

-« Pourquoi est-ce que tu me fuis mon petit Félix ? » demanda-t-elle simplement, sans menace pour une fois.

-« Ma petite Camille, en temps normal j'aurais pris le temps de te dire d'aller te faire cuire un œuf. Mais là, je serai moins poli, je vais t'ignorer tout simplement. »

Camille laissa échapper un petit rire mais ne lâcha pour autant pas le bras du garçon. Il fronça les sourcils en la voyant se rapprocher de lui. Mais au moment où il allait lui demander de se reculer, elle attrapa le nœud de sa cravate pour l'entraîner de force à sa suite, dans un couloir perpendiculaire à la plateforme où ils s'étaient arrêtés. Félix, surpris, ne put se défaire de sa poigne que lorsqu'elle le lâcha, reculant violemment contre le mur derrière lui.

-« Ça va pas non ?! Tu aurais pu m'étrangler ! »

-« Ce n'est pas arrivé, détends-toi. » susurra Camille avec un petit sourire.

En voyant le regard qu'elle venait de poser sur lui, Félix eut un frisson qui vint remonter le long de sa colonne vertébrale. Elle le mettait plus que mal à l'aise, et il voulait partir à tout prix. Il eut un mouvement de recul, tentant de longer le mur pour lui échapper, mais elle lui barra une nouvelle fois le chemin. Le garçon savait que s'il usait de la force contre elle, Camille se servirait de leur altercation pour lui faire du tort. Il était piégé.

-« Qu'est-ce que tu veux à la fin ? » s'énerva Félix en reculant alors qu'elle s'avançait vers lui.

-« Tu sais ce que je veux Félix, je te l'ai déjà dit. » murmura-t-elle d'une voix douce et étonnamment apaisante.

Elle tendit une main vers lui, lui effleura la joue, tandis que ses autres doigts venaient de se poser sur la hanche du garçon, qui se mit à hyperventiler. Il avait envie de hurler mais le contact physique de Camille sur lui venait de le pétrifier. Une force au fond de son être lui ordonnait de bouger, de la repousser et de partir. Mais il n'y arrivait pas, comme si ses pieds avaient soudain été collés au sol. La seule chose qu'il pouvait faire, c'était écarquiller les yeux de stupeur.

Voyant que le jeune homme n'avait aucune réaction, l'adolescente continua ses gestes, passant sa main dans ses cheveux avant de descendre dans sa nuque.

-« Tu sais que je peux te rendre heureux, pourquoi refuses-tu de l'entendre ? » poursuivit-elle en s'approchant toujours plus de lui.

Le garçon sentait sa tête lui tourner. Le toucher de Camille sur son corps lui semblait être des éclaboussures d'huile bouillante, le brûlant de la manière la plus désagréable et douloureuse possible.

-« C'est à cause des autres, ils t'ont dit que j'étais mauvaise. Mais toi et moi, on sait… Nous nous connaissons depuis longtemps… Il n'y a que moi qui te connait vraiment Félix. »

Sa respiration se coupa quand elle se pressa contre lui, se mettant sur la pointe des pieds pour venir à sa hauteur. Il bouillonnait de rage, contre elle, contre le monde entier et surtout contre lui-même. Il ne comprenait pas pourquoi il n'arrivait pas à bouger, complètement tétanisé. Était-ce la peur ? Le dégoût ? La colère ?

-« Si tu viens avec moi maintenant, je te ferai découvrir des choses dont tu n'as même pas idée. Je te ferai tout oublier, tu verras, ta colère et ta tristesse. Il n'y a que moi qui t'aime vraiment Félix, tu le sais. Ne te laisse pas influencer par les autres. »

Un voile noir passa devant ses yeux quand il sentit les lèvres de Camille se poser sur le coin de sa bouche. Comme sortit de son propre corps, il ne voyait ni n'entendait plus rien. La seule chose qu'il pouvait sentir, c'était le mur derrière lui et les mains de Camille qui se baladaient toujours sur lui, laissant derrière elles des brûlures intenables.

« BOUGE ! » lui hurla la voix dans son esprit, mais son corps refusait d'obéir.

Camille, voyant que sa victime ne bougeait toujours pas, s'avança une nouvelle fois vers lui avec un petit sourire de satisfaction. Mais alors qu'elle allait poser ses lèvres sur les siennes, une voix provenant de la plateforme les fit sursauter tous les deux.

-« Félix ! Tu es là ? Mme Mendeleïev te cherche pour fermer la cla- ! »

Bridgette apparu alors au bout du corridor, bouche bée devant le spectacle qui se jouait devant elle. Camille, toujours penchée sur Félix, s'était arrêtée au dernier moment, lui adressant un regard noir, presqu'effrayant. La jeune fille leva les yeux vers Félix qui tourna lentement la tête vers elle. Au moment où leurs regards se croisèrent, le garçon eut un sursaut qui lui donna la nausée. Attrapant Camille par les épaules, il la repoussa violemment contre le mur derrière elle dans un bruit sourd avant de s'échapper en courant, manquant de peu de bousculer Bridgette au passage.

Cette dernière resta figée quelques instants, ne comprenant rien à ce qu'il venait de se passer. Elle se tourna un instant vers Camille qui s'avançait, menaçante, dans sa direction. Malgré elle, la jeune fille prit peur et à son tour, elle s'élança dans les escaliers pour rejoindre Andréa et Jehan qui l'attendaient devant leur salle.

Le couple s'écarta dans le sillage de Félix qui avait récupéré en vitesse ses affaires avant de continuer sa route, descendant la seconde rafale d'escaliers jusqu'à atteindre la cour qu'il traversa en courant. En entendant des pas derrière lui, Jehan fit volte-face, juste à temps pour que Bridgette puisse se jeter dans ses bras.

-« Wow ! Ils vous arrivent quoi à tous ? rit Jehan en posant ses mains sur les épaules de l'adolescente. D'abord c'est Félix qui manque de nous renverser et mainte- »

-« Je veux partir, tout de suite. » coupa-t-elle en relevant les yeux vers lui.

Jehan s'arrêta, surpris, avant de tendre ses affaires à Bridgette qui s'empressa de les récupérer puis de descendre les escaliers. Andréa et Jehan la regardèrent faire, les sourcils froncer, avant d'apercevoir Camille sur la plateforme au-dessus d'eux, un air meurtrier sur le visage.

-« Oh… Je crois que j'ai compris, murmura Jehan en attrapant la main d'Andréa. Viens, allons-nous-en avant d'avoir à affronter ce monstre enragé. »


De retour chez lui, Félix n'avait de cesse de tourner en rond dans sa chambre. Il avait commencé par prendre une douche complète, se lavant la moindre parcelle de son corps, ainsi que plusieurs fois les dents, avant de reprendre encore une douche. Il avait l'impression d'empester le parfum de Camille, ce qui lui avait valu de violents haut-le-cœur.

Ne sachant quoi faire, Plagg s'était contenté de rester près de lui, sans oser parler mais pour lui signifier silencieusement sa présence. Le garçon ne lui avait pas adressé une seule fois la parole mais n'avait pas bronché quand le petit être était venu se percher sur son épaule gauche.

Complètement perdu, il ne savait même plus quoi penser. Il avait envie de hurler, de tout casser, de pleurer, d'étrangler Camille, de se faire du mal lui-même. Il s'en voulait de ne pas l'avoir repoussé, de ne pas avoir su lui dire « stop » au moment où il aurait fallu le faire. Et ce qui le révoltait le plus, c'est qu'il ignorait ce qu'il se serait passé si Bridgette n'était pas apparue au dernier moment.

Il s'arrêta en repensant à sa camarade. Quelle était cette expression qui s'était dessinée sur son visage quand elle les avait surpris ? C'était comme… de l'effroi, de la colère et de la tristesse en même temps, une mimique qu'il n'avait pas su déchiffrer.

Il s'assit sur son canapé, la tête entre les mains, frissonnant de tous ses membres. Complètement rincé, il n'avait même plus la tête à réfléchir. Ne lui restait de cette journée que cette colère noire qui grandissait encore et encore dans sa poitrine.

Gabriel n'était toujours pas venu le voir pour lui souhaiter son anniversaire mais le jeune homme ne lui en voulait plus simplement que pour ça : il lui en voulait de ne pas être là pour lui, de ne jamais pouvoir lui dire ce qu'il se passait dans sa tête, ses ressentiments, ses peurs, son dégoût, sa colère. Quel genre de parents abandonnait-il leurs enfants à leur sort ?

Alors que des larmes de frustration se mettaient à couler sur ses joues, les dents serrées, Félix entendit son téléphone, posé sur son bureau, émettre un faible tintement, puis un deuxième quelques secondes plus tard.

Le jeune homme prit un moment avant de se relever. Il savait que si le message provenait de Camille, l'appareil ne manquerait pas de faire un vol plané à travers toute la pièce. Il hésita un instant avant de prendre le téléphone, les mains tremblantes. Ses yeux s'écarquillèrent quand il remarqua que c'était le nom de Bridgette qui venait de s'afficher sur l'interface.

- (Bridgette Dupain-Cheng) : Je pense que je suis la dernière personne à qui tu as envie de parler mais je n'arrive pas à oublier ce qu'il s'est passé tout à l'heure. C'est très grave ce que Camille a fait, et si tu as besoin de quelqu'un pour en parler ou faire quelque chose, n'importe quoi, je suis là.

Pardon de ne pas être intervenue tout à l'heure, j'aurais dû faire quelque chose pour toi. Je m'en veux beaucoup, j'espère que tu pourras me pardonner.

Le garçon resta figé de stupéfaction avant de serrer son téléphone contre sa poitrine. Il était maintenant habitué à ce que Camille lui fasse du mal, et ce depuis longtemps. Mais le fait qu'elle puisse étendre son poison aux autres, sur ses amis et surtout sur Bridgette, il ne pouvait le tolérer. Cette fois-ci, il n'allait pas la laisser s'en tirer aussi facilement.


Hey ! Je suis contente d'enfin vous retrouver après un mois de silence sur la trame principale :D J'espère que ça vous a plu malgré le fait que je vous reviens avec un chapitre pas des plus facile à lire (et qui n'a pas été particulièrement plaisant à écrire non plus).

Je pense savoir dans quel état d'esprit vous êtes à ce moment précis. Sachez simplement que mon histoire n'a absolument pas pour vocation de vous mettre mal à l'aise ou vous rappeler de mauvais souvenirs. J'avais simplement besoin de faire cette scène pour pouvoir poursuivre la construction du personnage de Félix. Comme je l'ai dit dans le disclaimer, je n'encourage évidemment pas ce genre de comportement, je ne l'ai utilisé que pour un moment et un personnage précis de mon histoire.

Sachez par ailleurs que si vous avez été confronté(e)s à ce genre de comportement, ou que vous l'êtes encore aujourd'hui, vous n'êtes pas seul(e)s et vous pouvez vous faire aider.

Je vous glisse les numéros que vous pouvez contacter si vous avez besoin d'aide :

- 3020 : gratuit, anonyme et confidentiel, numéro national d'aide contre le harcèlement à l'école

- 3018 : gratuit, anonyme et confidentiel, numéro national d'aide contre le cyberharcèlement

- 112 (secours - SAMU et pompiers) ou 17 (police) en cas d'urgence, ou le numéro du commissariat ou brigade de gendarmerie la plus proche de chez vous

Quant à moi, je vous dis à la semaine prochaine pour la suite ! Restez connectés...