Le lendemain matin, Félix n'avait pas réussi à décolérer. Toujours meut de cette fureur qui battait dans sa poitrine, le jeune homme avait accompli sa routine matinale sans dire un seul mot. Plagg lui avait fait remarquer que de tels ressentiments devaient être rapidement apaisés s'il ne voulait pas risquer d'être pris pour cible par Papillon. Le garçon le savait et en avait bien conscience, mais cela était plus fort que lui.

Pourtant, de l'extérieur, rien ne semblait refléter sa colère : son visage était impassible, et sa mauvaise humeur était simplement trahie par le léger tremblement de ses mains et la réduction drastique de sa patience. La scène de la veille avec Camille n'avait de cesse de tourner en boucle dans son esprit, dès qu'il s'arrêtait, dès qu'il s'accordait la moindre pause dans ses mouvements ou dans ses pensées, il revoyait le visage de la peste beaucoup trop proche du sien.

En passant son sac sur son épaule, le garçon eut un frisson, la bandoulière le long de son cou lui rappelant le toucher froid de ses doigts. Il inspira profondément avant d'essayer de faire le vide dans son esprit : s'il ne voulait pas faire quelque chose de stupide, comme exploser de colère, il fallait qu'il parvienne à calmer quelque peu cette tempête qui déferlait dans sa poitrine.

À l'heure habituelle, Félix descendit dans le hall pour rejoindre la cour, là où devait déjà l'attendre son chauffeur. Mais alors qu'il allait attraper la poignée de la porte, Nathalie apparue à son tour, en haut des escaliers. Il la toisa du regard mais décida de ne pas s'arrêter.

-« Bonjour Félix, tonna-t-elle. Votre père m'a chargé de vous transmettre un message. »

-« Vous avez vingt-quatre heures de retard ! » s'enquit-il en ouvrant la porte.

-« M. Agreste s'absente aujourd'hui pour son travail, un contrat qui ne peut pas attendre. Il tenait à ce que vous soyez au courant. »

Le garçon se figea avant de se tourner vers Nathalie.

-« … Et ? » fulmina-t-il.

L'assistante se contenta de hausser les sourcils de surprise, ne sachant quoi répondre. En la voyant faire, le sang du jeune homme ne fit qu'un tour. Il la regarda droit dans les yeux avant de franchir la porte pour la claquer bruyamment derrière lui.

Sans écouter Nathalie qui venait d'arriver sur le perron, il entra dans la voiture et demanda aussitôt à son chauffeur de démarrer, ce qu'il fit, non sans un regard à sa collègue. Respirant fortement, Félix attacha sa ceinture de sécurité, rabattant le pan de son manteau contre lui quand il vit Plagg sortir la tête de sa cachette pour lui adresser un regard circonspect.


Bridgette venait d'arriver dans la cour du lycée, se rapprochant d'Andréa et Jehan qui étaient déjà là, les mains sur les hanses de son sac à dos. Elle était stressée : Félix n'avait pas répondu à son message de la veille et elle craignait d'avoir attisé sa fureur ou son mal-être en lui ayant envoyé ces quelques mots. Par ailleurs, elle avait fui Camille si précipitamment qu'elle craignait de la voir surgir de n'importe où. De toute évidence, l'interruption d'hier après-midi ne lui avait pas plu du tout et Bridgette ne savait pas à quoi s'attendre.

Tikki avait eu beau lui répéter que tout irait bien et qu'elle n'avait rien à se reprocher, l'adolescente n'arrivait pas à s'en convaincre totalement. Elle poussa un profond soupir avant d'atteindre ses deux camarades qui lui firent un grand sourire lorsque leurs regards se croisèrent.

-« Hey salut toi ! » salua Jehan en posant sa main sur la tête de Bridgette

-« Tu as une petite mine, tout va bien ? » questionna sa compagne.

-« Oh oui oui, tout va bien. Je n'ai pas très bien dormi c'est tout. »

-« Encore des cauchemars ? » demanda le grand métis avec un air plus sérieux.

Durant les nuits qui avaient suivis les évènements du Canonnier, Bridgette avait enchaîné cauchemars sur cauchemars, des terreurs nocturnes les plus effrayantes qu'elle n'avait jamais faites. Elle s'était vue agoniser plusieurs fois, avait observé d'un œil impuissant tous ceux qu'elle aimait disparaître les uns après les autres. Plusieurs fois, elle s'était réveillée en criant, des torrents de larmes ruisselant sur ses joues, jusqu'à parfois réveiller ses parents qui étaient montés dans sa chambre pour la rassurer.

Sabine avait même fini par s'assoupir dans la chambre de sa fille, allongée à ses côtés, en la tenant contre elle pour lui caresser la tête jusqu'à ce que l'adolescente se rendorme. Bridgette secoua négativement la tête. Si sa peur n'avait pas totalement disparue, les mauvais rêves se faisaient plus rares, pour le plus grand bien de sa santé mentale et physique.

-« Non ne t'inquiète pas. C'est juste… Tu sais… »

Jehan hocha doucement la tête avant de relever les yeux vers l'entrée de la cour, d'où Félix venait de surgir. Il l'observa quelques instants avant que le grand blond ne vienne vers eux d'un pas décidé. Le jeune homme écarquilla les yeux en voyant son camarade s'approcher à une telle allure.

-« Oh… Si quelqu'un a quelque chose à se reprocher, vous avez intérêt à avoir de solides mots d'excuses… murmura le grand métis alors que les filles tournaient leur regard dans la même direction que le sien. Il a pas l'air content du tout ! »

Bridgette se raidit aussitôt. Elle repensa aussitôt au mot qu'elle lui avait envoyé la veille. Il était en colère, elle en était sûre désormais. Il était en colère et il allait le lui faire savoir. Alors que Félix se rapprochait de plus en plus d'eux, la jeune fille rentrait sa tête entre ses épaules. Elle aurait voulu disparaître dans le sol tant elle craignait ce que son ami allait lui dire. Il allait sûrement s'emporter, lui rétorquer qu'elle n'avait pas à se mêler de ses affaires, qu'il pouvait très bien se débrouiller tout seul, qu'il n'avait pas besoin d'elle, qu-

-« Bonjour, déclara Félix en arrivant à leur hauteur. Vous allez bien ? »

Ses trois amis échangèrent un regard surpris, ne sachant pas quelle attitude adopter. Le garçon n'avait pas l'air de leur être hostile mais gardait ce drôle éclat dans les yeux, comme si le moindre mot de travers allait le faire exploser.

-« Hmm… Oui et toi… ? » hasarda Jehan avec un sourire serré.

-« Ça va merci. »

-« … Tu es sûr… ? » insista Andréa d'une petite voix.

-« Pourquoi ? » questionna l'arriviste en se tournant vers elle.

-« Tu as l'air… Euh… Comment dire ça… Tendu… ? » répondit le grand métis avec le même sourire.

-« Non non, ce n'est rien. Un petit accrochage ce matin, rien de grave. » contra Félix avec un hochement négatif de tête.

Si le garçon se voulait rassurant, Bridgette n'était pas dupe. Félix fulminait de rage. Elle avait lu dans son regard ce mélange de fureur et de détermination, elle pouvait voir le léger tremblant de ses mains et celui de sa voix lorsqu'il s'exprimait, le faible froncement de ses sourcils. Et surtout ce sourire, ce petit rictus serré et ironique qui ne quittait pas ses lèvres et qui était pourtant très inhabituel chez lui, son visage d'ordinaire toujours impassible.

Elle put le voir se tourner vers elle. Quand leurs regards se croisèrent, elle pouvait toujours voir cette rage mais également une drôle de lueur, comme une once de bienveillance dans la tempête. Alors qu'il ouvrait la bouche, des pas dans leur dos lui fit tourner les yeux. Camille arrivait à son tour droit sur eux, les poings et les dents serrés. Elle regardait Bridgette avec un regard meurtrier, sûrement bien décidée à lui dire sa façon de penser vis-à-vis des évènements de la veille. L'adolescente n'avait pas peur de la peste et elle se savait prête à lui faire face. Mais ce regard lui faisait couler une sueur froide dans le dos. Elle craignait que Camille, au-delà de la disputer, ne lui saute dessus avant de la rouer de coups.

Sans le vouloir, elle recula d'un pas. Elle cherchait dans son esprit ce qu'elle allait bien pouvoir dire pour tenter de désamorcer la situation mais alors que Jehan se plaçait sur la trajectoire de Camille pour l'empêcher d'avancer, Félix attrapa sa main pour l'entraîner à sa suite alors qu'il se dirigeait vers leur salle de classe.

-« F-Félix ? bredouilla Bridgette en se laissant entraîner. Qu'est-ce que tu fais ? »

-« Ne t'inquiètes pas, tout va bien. » somma le jeune homme sans se retourner.

La poigne de Félix était ferme et si elle n'était pas suffisante pour lui faire mal, une chose était certaine : il ne comptait pas la lâcher. Bridgette regarda par-dessus son épaule pour voir Camille accélérer le pas avant de se heurter à Jehan sur qui elle commença à cracher son venin, rassemblant les autres membres de leur classe autour d'eux. Elle sentit la pression grimper quand Camille la pointa du doigt en relevant les yeux vers elle tandis qu'elle grimpait les escaliers, toujours main dans la main avec Félix.

Le garçon ne prêtait aucune attention à la scène qui se déroulait dans la cour, les sourcils froncés, marchant à une allure que Bridgette peinait à suivre. Le rythme cardiaque de l'adolescente augmenta quand elle l'entendit ruminer de rage, serrant un peu plus ses phalanges sur les siennes. Elle ne savait pas ce qui allait se passer : l'entraînait-il pour la soustraire à la menace de Camille ou pour la prendre à part afin de la disputer ? Elle ignorait ce qui était arrivé entre Camille et Félix après la scène à laquelle elle avait assisté la veille et après le message qu'elle avait envoyé.

Peut-être avaient-ils trouvé un arrangement ? Peut-être Félix s'était-il finalement rangé de son côté ? S'il décidait de s'en prendre à elle, que pourrait-elle faire contre lui ? La peur lui serrant le ventre, la jeune fille se mit à ralentir le rythme en traînant des pieds, tentant de récupérer sa main.

-« Je suis désolée ! » déclara-t-elle d'une voix tremblante, les larmes aux yeux.

Félix se stoppa net avant de faire volte-face vers elle. Cette fois, toute sa colère semblait avoir disparue, et ne restait que son étonnement. Les yeux légèrement écarquillés, il dévisageait sa camarade avec surprise. Elle avala difficilement sa salive avant de se reprendre, peinant à maîtriser ses lèvres tremblantes.

-« J-Je n'aurais pas dû t'envoyer ce message hier, je ne sais pas ce qui m'a pris. Je ne dirai rien je te le promets, alors… ! »

Elle ne put poursuivre, la voix coupée par l'émotion. Félix écarquilla de plus belle les yeux avant de prendre brusquement conscience d'une chose : quel était ce regard qu'elle lui adressait ? Quel était cet air qui vacillait dans ses yeux ? On aurait dit… de la peur ?

Bridgette avait peur de lui ?

Il lui lâcha soudainement la main avant d'entrouvrir la bouche de surprise. Bien sûr qu'il lui faisait peur. Depuis qu'il était arrivé, il agissait de manière étrange, même lui en avait conscience.

-« Excuse-moi… Je… soupira le jeune homme. J'ai craint qu'elle s'en prenne à toi, je te prie de me pardonner si je t'ai fait peur, ce n'était pas mon attention. »

Un silence se posa sur les jeunes gens avant que Félix ne reprenne la parole.

-« Tu n'as rien à te reprocher, je ne t'en veux pas pour le message d'hier. C'était même rassurant… de savoir que quelqu'un nous soutien dans les moments difficiles… »

-« … … Est-ce que ça va ? » murmura Bridgette en dévisageant son camarade.

Félix écarquilla une nouvelle fois les yeux en se tournant vers elle.

-« Oui, pourquoi ? »

-« Tu as l'air… différent… Je ne sais pas si c'est moi mais on dirait que tu vas te mettre à pleurer… ou exploser de rage. »

Les deux adolescents se regardèrent dans les yeux avant que Bridgette ne baisse le regard, le rouge aux joues. Elle était rassurée que Félix n'ait pas d'intentions belliqueuses mais elle craignit soudain d'être allée trop loin.

-« Excuse-moi… Je ne voulais pa- »

-« Non, tu as raison. C'est moi. Pardon. Je… Enfin… »

-« … Ne te force pas. Mais je suis là si tu as besoin. » acquiesça Bridgette avec un léger sourire.

Félix la dévisagea avant d'acquiescer puis de tourner les talons en direction de leur salle de classe. Il serra les poings, enfonçant ses ongles dans ses paumes. N'était-il pas capable de faire mieux ? Que lui arrivait-il ? Pourquoi perdait-il le contrôle comme cela dès que le sujet la concernait de près ou de loin ?

Au fond de lui, le garçon en avait maintenant une vague idée. Mais il refusait d'y faire face. Non. Impossible. C'était… trop nouveau.

Et trop douloureux.


Après la classe de ce mercredi matin-là, la sonnerie clôturant la journée de cours, Jehan, Andréa et Bridgette s'étaient tous les trois levés pour discuter de la suite des évènements tandis que Félix rassemblait ses affaires. M. Flantier passa devant eux pour leur souhaiter un bon après-midi et dès que les pas du professeur se furent éloignés sur la plateforme, Camille vint s'arrêter devant le grand blond, toujours la même colère dans ses yeux.

-« Nous n'avons pas terminé notre discussion d'hier. » somma-t-elle, se faisant retourner les trois camarades de l'adolescent dans son dos.

-« Si, justement. Je n'ai rien à te dire. »

-« Pendant combien de temps vas-tu encore faire semblant ? »

-« J'ai dit : je n'ai rien à te dire. »

-« Et moi j- »

Le mouvement brusque de Félix la coupa dans sa phrase, le jeune homme l'attrapant par le col de sa veste, les dents serrées.

-« Écoute-moi bien : je ne veux plus jamais que tu t'approches de moi. Tu crois pouvoir faire de moi ce que tu veux mais voilà comment les choses vont fonctionner à partir de maintenant : si je te vois tourner autour de moi ou de qui que ce soit d'autre dans cette classe, je te le ferai amèrement regretter. Et tant pis pour ce qu'il se passera ensuite. »

Choquée, Camille entrouvrit légèrement la bouche. L'altercation avait fait cesser tout mouvement dans la classe : personne ne parlait, et c'est à peine si on respirait encore. Mais alors que Camille allait répondre à ce mouvement d'humeur, son visage se faisant plus sombre, Jehan fit un pas en avant pour poser sa main sur l'épaule de son camarade.

-« Félix, cool. Ne te mets pas dans les ennuis à cause d'elle, ça n'en vaut pas la peine. Lâche-la, on s'en va. »

Un silence se fit avant que le jeune homme ne relâche l'adolescente. Jehan fit un mouvement de menton à Andréa et Bridgette pour leur demander silencieusement de les suivre alors qu'il intimait à Félix de se diriger vers la sortie. Andréa attrapa la main de son amie quand les deux jeunes filles passèrent devant Camille, sans un regard pour cette dernière.

Les quatre amis descendirent les escaliers de la plateforme et une fois dans la cour, un nouveau silence se fit. Ni Jehan, Andréa ou Bridgette n'osaient intervenir sur ce qu'il venait de se passer, craignant d'attiser la colère de leur camarade. Félix avait serré les poings, regardant légèrement vers le sol avant de prendre une profonde inspiration.

Il n'avait aucune envie de rentrer chez lui pour le moment : pour quoi faire de toute façon ? Personne ne l'attendait là-bas. Mais il ne voulait pas non plus rester ici, au risque de se retrouver de nouveau face à la peste blonde. Il prit quelques secondes pour réfléchir avant de se tourner vers ses trois amis.

-« Avez-vous prévu quelque chose pour le déjeuner ? Ça me ferait plaisir de vous inviter à manger à l'extérieur. »

-« Q-Quoi ? » bredouilla Andréa, surprise.

-« Tu es sûr ? Enfin… Ça serait avec plaisir, mais on veut pas te causer d'ennui… » répliqua Jehan.

-« Vous ne me causerez pas d'ennui puisque c'est moi qui vous le propose. Qu'en dites-vous ? »

Bridgette, Jehan et Andréa échangèrent un regard consterné avant de hausser doucement les épaules. Ils n'étaient pas certains des motivations de leur camarade mais après tout, s'il était sûr de lui, pourquoi refuser ?

-« Perso je n'ai rien de prévu… » murmura Bridgette en entrecroisant ses doigts.

-« Parfait, alors allons-y. » intima Félix en se dirigeant vers le fond de la cour, à l'opposé de la porte principale.

-« Euh… La sortie c'est par-là... » contra Jehan en haussant un sourcil tout en montrant la grande porte.

-« Je le sais, mais je ne veux pas risquer de croiser mon chauffeur s'il est déjà là, poursuivit Félix sans se retourner. On va passer par la sortie de secours si ça ne vous dérange pas. »

Les trois amis échangèrent un énième regard étonné après avoir regardé leur camarade s'éloigner d'eux. Jehan finit par hausser les épaules. Il passa son bras autour des hanches d'Andréa avant d'attraper la main de Bridgette pour les entraîner à la suite de Félix avec un léger sourire amusé sur le visage.


Après que Félix ait assuré à ses amis que tout allait bien pour lui et que les inviter à déjeuner serait une façon de « marquer le coup » de son anniversaire de la veille, rétorquant qu'il pouvait tout à fait offrir au lieu de recevoir pour un tel évènement, les quatre amis avaient finis par pousser la porte d'un restaurant asiatique, s'asseyant au fond de la salle.

Félix avait passé un long moment à étudier la carte, expliquant qu'il n'avait encore jamais mangé dans un établissement comme celui-ci. La surprise passée, Bridgette assise à sa gauche, avait détaillé tous les menus, prenant me temps de lui expliquer tous les plats, aidé par Jehan qui guidait également Andréa, peu accoutumée non plus à cette gastronomie.

Les adolescents, au bout d'un quart d'heure, avaient fini par choisir et tous avaient attaqué leur repas avec enthousiasme. Discutant vivement, ils avaient éclaté de rire lorsque Jehan avait assuré à Félix la qualité gustative de la « drôle de substance verte » posée dans un coin de son assiette. Toussant fortement en répliquant à Jehan qu'il lui paierait ce coup bas, les quatre adolescents avaient poursuivis leur déjeuner avec de joyeuses conversations. Du coin de l'œil, Bridgette continuait de surveiller son camarade.

Même si sa colère de tout à l'heure semblait s'être apaisée et que le garçon avait l'air plus détendu, elle ne pouvait s'empêcher de penser que Félix n'était pas dans son état normal. Quelle était cette fureur qu'elle avait senti vibrer en lui ? Était-ce à cause d'elle, de Camille ?

L'adolescente se souvint soudain de ce que son camarade lui avait raconter lors du dîner de Noël. Son père avait-il pu oublier son anniversaire, la veille ? Cette simple idée lui serra le cœur alors qu'elle levait les yeux vers son ami. Elle le savait fort, supportant le poids de choses qu'il n'aurait pas dû avoir à porter à son âge. Mais Félix restait un jeune homme, plus totalement un enfant, mais pas encore tout à fait un homme. Et elle ne pouvait supporter l'idée que personne ou presque ne semblait lui apporter l'amour qu'il méritait.

Bridgette s'empourpra lorsque Félix tourna les yeux vers elle alors que cette pensée traversait son esprit. Elle détourna aussitôt le regard pour se reconcentrer sur son assiette. La jeune fille sentit l'interrogation de Félix posée sur elle quelques secondes avant qu'il ne se tourne vers Jehan qui lui parlait avec entrain.

L'adolescente laissa échapper un petit soupir en posant sa main sur sa poitrine. Il était maintenant difficile d'ignorer l'affolement de son cœur dès que son camarade regardait dans sa direction. Et c'était à la fois euphorisant et très douloureux, car qu'elle était persuadée de savoir ce qui l'attendait si elle venait à faire part de ses sentiments à son ami.


Lorsqu'une heure plus tard, les quatre jeunes gens sortirent du restaurant, Félix ayant insisté très fortement pour régler la note malgré la protestation des trois autres, ils prirent la décision d'aller se promener dans le Jardin du Luxembourg qui se trouvait non loin de leur position.

Félix avait assuré à ses amis qu'ils ne devaient pas s'inquiéter pour lui, que même s'il rentrait tard chez lui, ce n'était pas un problème. Une fois de plus, Bridgette remarqua la colère dans sa voix mais n'osa rien dire, de peur de retourner ses foudres contre elle.

Elle faisait donc profil bas, tentant de dissimuler ses interrogations et ses regards insistants. Elle ne pouvait pas s'empêcher de s'en faire pour lui. L'adolescente savait que quelque chose n'allait pas et ne pas pouvoir mettre un nom sur ce qui stressait et frustrait son camarade avait les mêmes conséquences pour elle.

Malgré la température plutôt froide, le temps était clément, le soleil quelques fois caché derrière les nuages sans pour autant disparaître bien longtemps. Le quatuor progressait dans les allées du parc, discutant de tout et de rien, simplement heureux d'être ensemble.

Mais quand ils passèrent au large d'un kiosque, l'agitation qui se faisait autour de la petite structure attira l'attention des jeunes gens.

-« Qu'est-ce qu'il se passe là-bas ? » demanda Bridgette en sautillant pour tenter d'apercevoir quelque chose.

-« On dirait qu'il y a une représentation, j'entends quelqu'un parler. » souligna Félix en haussant un sourcil.

-« Venez, on va voir ! » affirma Jehan en attrapant la main d'Andréa.

Les adolescents s'approchèrent du kiosque, suffisamment près pour comprendre ce qui était en train de se passer sans se mêler à la foule. Bridgette monta debout sur un banc pour avoir une vue dégagée par-dessus les curieux autour de la structure tandis que Félix faisait remarquer un panneau posé non loin d'eux.

-« « Fantastique représentation de magie et d'hypnose en plein air : venez rencontrer les forces qui vous dépassent » ? » lu Andréa, intriguée.

-« Ah ouais d'accord, je vois le délire, railla Jehan. C'est ce genre de spectacle complètement truqué. Ça sert à rien de rester là, venez. »

-« Non attends ! Moi je veux voir ! » insista Bridgette en descendant de son banc pour s'approcher du kiosque.

-« Mais je te dis, tout est truqué ! Ces gens-là ils seraient capables de te dire qu'ils ont inventé l'eau chaude ! »

-« Bah moi je veux voir quand même ! » insista la jeune fille en tirant la langue au grand métis avant de jouer des coudes pour passer outre la foule.

Jehan laissa échapper un petit soupir en la regardant disparaître tandis qu'Andréa émettait un petit rire. Félix se contenta de passer ses mains dans les poches de son manteau avant de s'avancer à son tour. Se glissant habilement entre les personnes déjà présente, les trois adolescents rejoignirent leur amie qui se tenait sur la pointe des pieds pour tenter d'apercevoir ce qu'il se passait sur la scène.

En la voyant faire, Félix esquissa un petit sourire amusé. Si Bridgette se distinguait déjà par son fort caractère et sa gentillesse extrême, sa petite taille était également notable. Selon ses dires, elle pouvait autant s'habiller au rayon adulte qu'enfant, ce qui était bien pratique pour « enrichir sa collection ». Cependant, cela ne semblait pas la déranger, mentionnant souvent sa petite taille comme un avantage et non comme un défaut. Félix fronça soudain les sourcils lorsque l'image de Ladybug passa devant ses yeux.

Le garçon avait aussi remarqué la petite taille de sa partenaire, ce qui ne l'empêchait pas d'être dégourdie, vive et alerte. Il secoua soudain la tête, effaçant cette image de sa tête.

Bridgette et Ladybug n'étaient pas les seules à être petites. Il releva tout de suite les yeux pour se concentrer sur ce qu'il se passait sur scène, tentant de faire disparaître le trouble qui venait de le traverser.

Sur la scène, progressait une femme relativement jeune, déambulant sur le kiosque, un chapeau et une baguette à la main. Un drôle de bandeau recouvrait son œil gauche, caché sous une mèche de cheveux qui cascadaient sur ses épaules. Elle faisait apparaître et disparaître de petits objets, des foulards, des pièces et des verres. Le garçon n'avait jamais été très passionné par ce genre de spectacle mais il devait reconnaître que cela demandait énormément de travail pour être crédible, ce qu'il ne pouvait que saluer.

Du coin de l'œil, il vit Jehan taquiner gentiment Andréa, peu intéressé par ce qu'il se passait face à lui, passant ses bras autour des hanches de la jeune fille qui faisait semblant de l'ignorer. Le spectacle se déroulait tranquillement, la magicienne applaudie à chacun de ses tours, Bridgette frappant doucement dans ses mains avec enthousiasme, les yeux écarquillés.

Mais lorsque la jeune femme déclara qu'elle allait maintenant prouver ses talents d'hypnose, demandant aux personnes de son public de se porter volontaire pour participer à l'expérience, Jehan ne put s'empêcher de laisser échapper un petit rire amer.

-« C'est ça. On va pouvoir voir où se cachent ses complices. »

-« Bah lève la main, elle va peut-être te choisir, comme ça on saura que ce n'est pas truqué. » répliqua Bridgette en se tournant vers lui.

-« Oh mais j'ai pas envie de lui donner du crédit moi. On devrait même pas être là je rappelle. »

-« Ah ouaaaais… Tu as peur en fait, c'est ça ? » ricana Andréa.

Jehan haussa les sourcils de surprise avant de lui adresser un petit sourire serré et insolent. Sans rien ajouter, le garçon leva aussitôt la main alors que la magicienne faisait un tour sur elle-même pour étudier les volontaires. Elle posa son regard sur lui avant de se détourner pour choisir un homme et une femme, de l'autre côté.

-« Ah tu vois ? Elle m'a regardé mais elle ne m'a pas choisi. »

-« Ce n'est pas parce qu'elle ne t'a pas choisi que c'est truqué. » protesta Bridgette en haussant les épaules.

-« Mais comment aurait-elle pu résister à mes charmes autrement ? s'indigna théâtralement Jehan en posant sa main sur son front. C'est impossible ! Elle m'aurait forcément choisi si elle n'avait pas eu à désigner ses complices ! »

Bridgette le regarda quelques instants avant de se tourner vers Andréa, qui se contenta de rouler ses yeux, exaspérée, un petit sourire désabusé sur le visage. Elle croisa le regard de Félix qui eut la même réaction avant de se reporter son attention sur le kiosque.

La représentatrice avait fait assoir ses deux volontaires sur des chaises et annonçait maintenant la suite du programme, indiquant qu'elle allait les plonger en état de transe grâce à son pendule. Jehan bailla bruyamment et Andréa s'empressa de lui donner un petit coup de coude dans les côtes, lui intimant silencieusement de se taire. La magicienne continua sa représentation comme si de rien n'était après avoir demandé le silence dans l'assistance, agitant son pendule devant les yeux de ses deux victimes.

Après quelques instants, elle claqua des doigts et les deux personnes basculèrent soudain leur tête en avant, comme si elles s'étaient tout à coup évanouies.

Bridgette, surexcitée, trépignait doucement tandis que Félix fronçait davantage les sourcils, sceptique quant à la suite des évènements. La magicienne laissa planer le suspense quelques secondes avant de reprendre la parole.

-« Maintenant, monsieur, levez-vous et faites un tour sur vous-même, allez ! » ordonna-t-elle en claquant des doigts.

L'homme, docile et le regard hagard, obéit en se levant puis en faisant un tour sur lui-même. Il se tenait droit, les yeux perdus dans le vide tandis que la magicienne se tournait vers l'autre personne sur l'estrade pour lui demander d'effectuer autre chose.

Jehan, qui avait essayé de se contenir le long de la représentation, éclata soudain de rire, faisant se retourner vers lui l'assistance qui était jusque-là plongée dans le spectacle. Andréa lui intima de se reprendre mais le jeune homme était en plein fou rire, tentant vainement de d'étouffer ses rires de sa main.

-« J-J'arrive pas à c… croire que… que vous… ! » bredouilla le garçon avant d'éclater une nouvelle fois de rire.

La représentatrice se tourna vers lui, lui adressant un regard sévère avant de reprendre son spectacle en l'ignorant. Mais beaucoup de personnes de l'assistance étaient maintenant tournés vers le groupe des quatre adolescents, certains contrariés et d'autres amusés. Voyant de plus en plus de regards tournés vers eux, Andréa fit volte-face vers Jehan pour le sermonner à voix basse.

-« Jehan ! Tu nous fous la honte, tais-toi ! Va faire un tour si tu ne peux pas t'empêcher de te moquer ! »

-« Oh je t'en prie, tu ne vas pas me faire croire que tu y crois une seule seconde ! rétorqua l'adolescent en écrasant une larme au coin de son œil. Je peux faire la même ! »

-« C'est pas la question ! Arrête de faire l'imbécile, t- »

Mais elle n'eut pas le temps de faire ou dire quoi que ce soit que Jehan la faisait basculer sur son bras droit avec un petit rire forcé. Il fit ensuite un petit signe de son autre main, imitant la magicienne en prenant un ton ironique.

-« Par toutes les puissances de l'univers, tu es désormais sous mon contrôle petite mortelle ! Je suis ton maître, et tu m'obéis ! Maintenant, lève-toi et marche ma glorieuse créature ! » ricana le garçon en se penchant au-dessus de sa compagne.

Il la fit soudain se redresser avant de lui faire faire une petite pirouette sur elle-même, passant son bras au-dessus de sa tête. Bridgette fut choquée du comportement de son meilleur ami mais surtout de celui de Félix qui éclata d'un rire franc, frappant dans ses mains pour acclamer son camarade, comme de nombreuses autres personnes dans l'assistance. La jeune fille le regarda quelques instants avant de froncer les sourcils, en colère. Andréa l'imita, éloignant violemment sa main de celle de Jehan, embarrassée et énervée.

De plus, vue l'hilarité générale qui s'était répandue dans presque toute l'assistance, la magicienne avait stoppé sa représentation, le visage rouge de colère.

-« Je ne vous dérange pas trop ?! s'emporta-t-elle en s'adressant à Jehan. Vous avez quelque chose à dire peut-être ? »

-« Oh non si ce n'est qu'aucune personne normalement constituée ne peut croire à vos « activités » ! Je me suis dit qu'un petit peu d'humour aiderait tout le monde à se réveiller. Mais je vous en prie, poursuivez ! »

Il put voir la rage passer dans les yeux de la représentatrice tandis que l'assistance éclatait de rire. Bridgette regarda rire Félix avant de croiser son regard. Aussitôt, le jeune homme se stoppa, observant son amie hocher négativement la tête avant de rejoindre Andréa qui venait de lui faire un signe en s'écartant de Jehan.

-« T'es vraiment un con parfois, tu me soûles ! s'énerva la jeune fille en attrapant la main de Bridgette. Nous on s'en va, vous faites ce que vous voulez mais je veux plus vous voir ! »

-« Moi non plus ! » appuya Bridgette en passant devant Jehan sans le regarder.

Félix fit quelques pas en avant pour se placer aux côtés de Jehan qui regardait les deux filles s'éloigner avant de hausser les épaules.

-« Tu sais, je les comprends pas toujours mais je les aime beaucoup quand même. » rit le grand métis.

Il passa ensuite son bras autour des épaules de son camarade pour l'inciter à suivre la route de leurs amies afin de ne pas les perdre de vue. Il se tourna vers la magicienne sur l'estrade pour lui faire un petit signe de main insolent avant d'échapper un petit rire sardonique.

Elle le regarda faire en serrant les poings et attendit que les garçons se soient écartés pour reprendre la parole.

-« Bien ! Maintenant nous allo- »

-« Nan mais vous croyez vraiment qu'on va continuer à vous regarder faire des ronds de jambe ? demanda un homme dans l'assistance. Vos hypnotisés, on les a vu relever la tête et même rire ! »

La représentatrice se retourna vers ses complices qui lui firent un sourire serré, comprenant qu'ils étaient démasqués et inutile de faire semblant. Elle grinça des dents en leur adressant un regard noir, serrant sa baguette dans son poing.

-« Heureusement que c'était un spectacle gratuit, sinon j'aurais demandé à être remboursé ! » argua une femme avant de s'éloigner.

-« Carrément ! Allez va faire tes cabrioles ailleurs ! » déclara la jeune femme qui l'accompagnait.

-« On aurait dû laisser le garçon de tout à l'heure monter sur scène, au moins on aurait bien ri ! » souligna un autre homme en donnant un coup de coude à son voisin de droite.

Impuissante, la jeune femme regarda ses spectateurs s'éloigner les uns après les autres malgré ses suppliques.

-« Attendez ! J'ai encore d'autres tours à vous montrer ! Je suis sûre de pouvoir vous impressionner si vous me donnez ma chance ! Revenez ! »

Mais personne n'écouta et bientôt, la magicienne se retrouva seule sur scène, même abandonnée par ses deux complices qui s'étaient éclipsés sans demander leur reste. Elle resta figée quelques instants avant de se tourner une nouvelle fois dans la direction où avaient disparus Jehan et Félix, une colère sourde faisant vibrer ses tympans.


« La fureur des artistes moqués et bafoués sera toujours la plus forte. » ricana le Papillon dans son repère.

Le super-vilain fit venir à lui un de ses akumas avant de l'ensorceler pour le laisser s'envoler.

« Va mon petit akuma, et noircis le cœur de cette magicienne frustrée ! »


Jehan et Félix, en pressant le pas, avaient finis par rattraper Andréa et Bridgette qui continuaient de progresser côte à côte, main dans la main, sans même se retourner lorsque le grand métis tentait d'attirer leur attention.

-« Oh allez ! J'ai dit que j'étais désolé ! Ça ne suffit pas ? Faites pas la tronche, on s'en fiche ! Vous voulez vraiment pas qu'on aille faire un tour sur les quais de scène ? »

-« Parle à ma main ! » répliqua Andréa sans lui adresser un regard.

Jehan éclata de rire en réduisant un peu plus la distance qui le séparait de ses deux amies sans lâcher Félix qu'il tenait toujours sous son bras. Ce dernier n'était pas inquiet : il avait déjà vu Andréa en colère, vraiment en colère, et il savait que l'irritation qui l'habitait maintenant n'était que passagère et n'aurait aucune conséquence grave. Mais au-delà de cela, c'était surtout le regard que lui avait adressé Bridgette qui ne cessait de tourner dans son esprit.

Elle l'avait regardé avec incompréhension, surprise, mais surtout avec de la déception dans ses yeux. Jamais encore le jeune homme n'avait eu à affronter ce genre de regard et cela le mettait mal à l'aise. Il était convaincu que si une tout autre personne qu'elle lui avait adressé ce regard, il n'y aurait pas prêté plus d'attention. Mais pourquoi celui de Bridgette ne lui quittait plus ? Et quel était ce sentiment de malaise qui ne cessait de grandir dans sa poitrine ?


La jeune magicienne, toujours sur la scène du kiosque, était en train de rassembler ses affaires en ruminant sa rage.

« Pour qui ils se prennent, hein ? Je sais de quoi je suis capable ! Est-ce qu'ils ont travaillé autant que moi ? Certainement pas ! Et ils se permettent de venir me critiquer ? C'est intolérable ! »

Alors qu'elle se redressait pour attraper ses derniers accessoires, la jeune femme entendit soudain un léger bruit qui se rapprochait d'elle, lui faisant faire volte-face, cherchant à en trouver l'origine. Elle eut à peine le temps de lever les yeux que l'akuma noir et blanc s'engouffra dans la baguette qu'elle tenait dans sa main droite.

« Psyché, je suis le Papillon. Tu as été bafouée lors de ta représentation ? Moi je sais de quoi tu es capable. Voilà pourquoi je t'offre le pouvoir de manipuler toutes les personnes de ton choix.

Constitue-toi une armée, ainsi tes détracteurs verront ta véritable puissance et plus personne ne se moquera jamais de toi !

En échange, je te demande de me ramener les miraculous de Ladybug et Chat Noir, sommes-nous d'accord ? »

-« Oui Papillon, tu peux compter sur moi ! » ricana la jeune magicienne en se redressant.

Les passants purent la voir se recouvrir d'une masse noirâtre avant de se mettre à courir, cherchant à alerter le plus de personne possible.


Continuant de progresser dans les rues de la capitale, Jehan ayant annoncé qu'il ne comptait pas s'arrêter de quémander l'attention des jeunes filles tant qu'il ne l'aurait pas obtenu, une sirène se mit soudain à retentir autour d'eux. Le petit groupe se figea, surpris par ce bruit soudain qu'il n'avait encore jamais entendu. Et pour cause : il s'agissait de l'alarme récemment installée par les équipes du maire Bourgeois afin de prévenir les civils qu'une attaque était en cours.

Au même moment, leurs téléphones se mirent à vibrer, recevant la notification de l'application mise en place par les forces de l'ordre qu'ils avaient installé, confirmant qu'une victime du Papillon se trouvait bien dans les parages.

-« T'es content ?! » tonna Andréa en se tournant vers Jehan.

-« Q-Quoi ?! Mais qu'est-ce qui te dis que c'est de ma faute ?! »

-« Oh je t'en prie ! Tu trouves pas ça un peu bizarre q- »

-« Hey ! Vous vous disputerez plus tard ! coupa Bridgette en faisant de grands signes de bras. Là, il faut se mettre à l'abris ! »

-« Oui, et tout de suite. » insista Félix avec un petit hochement de tête.

Les jeunes gens échangèrent un regard avant d'acquiescer. Les directives étaient simples : se replier le plus loin possible de la zone de danger et s'abriter dans un endroit sûr, comme une galerie commerciale, un restaurant ou un magasin. Alors que les quatre amis courraient vers la zone commerciale la plus proche, Félix cherchait désespérément un moyen de se soustraire à la compagnie de ses camarades. Il devait trouver une excuse crédible, et vite. De son côté, Bridgette se faisait la même réflexion : elle savait que le temps allait commencer à manquer et que si elle arrivait dans la zone commerciale sans avoir trouvé un prétexte pour disparaître, alors il serait trop tard.

Soudain, un cri sur leur côté droit leur firent tourner la tête. Une femme âgée, traînant par la main un jeune enfant, semblait complètement paniquée, jetant tout autour d'elle des regards désespérés. Avant que ses camarades n'aient pu dire quoi que ce soit, Félix sauta sur l'occasion.

-« Continuez, je vais m'occuper de cette dame. On se retrouve plus tard. »

-« Non, on vient avec toi, protesta Bridgette. Pas question que t- »

-« Ça ira, filez. Je vous rattrape tout à l'heure. » coupa Félix en s'éloignant.

Les trois jeunes gens le regardèrent s'éloigner avant que Jehan n'attrape la main d'Andréa.

-« Il a raison, inutile de se mettre en danger pour rien. Si on peut aider lors de l'attaque, il faut d'abord se mettre à l'abris. »

-« Mais tu crois que ça va aller pour lui ? » demanda Andréa d'une voix blanche.

-« C'est un grand garçon, il sait ce qu'il fait. Maintenant, venez. » insista Jehan en reprenant le chemin.

À contrecœur, Bridgette suivit ses deux camarades, toujours à la recherche d'un prétexte pour leur fausser compagnie. Soudain, en pénétrant dans la zone commerciale, elle remarqua le petit panneau qui donnait la direction des sanitaires et un petit sourire se dessina aussitôt sur ses lèvres.

-« Il faut que j'aille aux toilettes ! Je reviens ! » cria l'adolescente en changeant brusquement de direction.

-« Quoi ?! » répondit Andréa en s'arrêtant de courir.

-« Maintenant ?! T'es sérieuse ? » demanda Jehan en la regardant s'éloigner, les bras légèrement écartés pour montrer son désarroi.

-« Si on doit rester cachés pendant un long moment, je ne pourrai pas me retenir ! Je reviens tout de suite ! »

La jeune fille se dépêcha de filer, ignorant les appels de ses amis avant de prendre la direction des sanitaires. Mais lorsqu'elle fut hors de portée, elle changea une nouvelle fois de direction, se précipitant vers la sortie la plus proche. De nouveau dans la rue, elle s'empressa de trouver un endroit désert dans lequel se transformer tout en sortant son téléphone de sa sacoche sous le regard surpris de Tikki.

-« Qu'est-ce que tu fais ? » demanda-t-elle.

-« Il faut que je me crée un alibi pour Jehan et Andréa en leur disant que les gardiens m'empêchent de revenir et que je vais devoir me cacher autre part, murmura-t-elle en tapant vivement sur l'écran. J'assure mes arrières ! »

Une fois le message envoyé, Bridgette s'arrêta dans une ruelle déserte puis fit sortir sa petite compagne de sa sacoche avec un petit sourire.

-« Maintenant que tout est prêt, on peut y aller ! » affirma-t-elle avec un hochement de tête.

« Tikki ! Transforme-moi ! »


Boom, cliffhanger, mais vous êtes habitués maintenant ! Et oui, même eux peuvent être vraiment méchants de temps en temps :P Nan sérieusement, ne faites jamais ça les gens. Vous avez le droit de ne pas apprécier quelque chose, mais restez toujours respectueux.

Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Dites-moi tout ça dans les commentaires !

On se retrouve la semaine pour la suite, restez connectés...

P.S.: Après un petit échange avec l'une d'entre vous, je tiens absolument à préciser un petit point. Si vous avez des impressions de déjà-vu dans certaines scènes ou dialogues, cela peut-être normal. Il m'arrive de glisser des clins d'oeil à d'autres œuvres ou licences en incluant certains de leurs passages dans mes écrits. Ils font partis de mon imaginaire, et il était important pour moi de leur "rendre hommage" à ma façon. Si vous pensez en avoir repéré un ou si vous avez un doute, vous pouvez le dire en commentaire ou m'écrire en mp. J'étais persuadée d'avoir déjà précisé tout cela, mais apparemment ce n'était pas le cas !

P.P.S. : Je rappelle également que je ne souhaite avoir aucun spoiler dans mes commentaires ou en mp concernant la saison 4 de Miraculous qui sort en ce moment. Je sais que certains épisodes sont sortis à l'étranger mais sachez que je ne regarde qu'en version française, donc je suis l'ordre des sorties de FRANCE et SUISSE (j'ai par exemple vu Pirkel ce matin, diffusé sur TF1). Les autres épisodes parus dans d'autres langues, je ne les regarde pas, donc pas de spoiler s'il vous plait. Si vous voulez absolument en discuter avec moi (ce que je serais ravie de faire) demandez moi D'ABORD si j'ai vu l'épisode en question.

Peace :D