Le lendemain, Félix passa la porte principale du lycée pour rejoindre ses camarades, rassemblés dans la cour. Il salua d'abord Roxane et Johana qui passèrent près de lui avant de s'avancer vers Jehan, Andréa, Alizée, David et Bridgette qui discutaient ensemble.
En arrivant à leur hauteur, il put tout de suite voir cette dernière tourner les yeux vers lui. Elle lui adressa un grand sourire avec un petit signe de main avant de répondre à Andréa qui venait de l'interpeller. Le jeune homme fut surpris par ce salut, si bien qu'il n'avait pu y répondre que vaguement.
Ces derniers temps, son amie avait été d'une morosité particulièrement marquée : elle ne riait plus autant, était moins souriante qu'à son habitude, semblait plus lasse. Bien évidemment, les évènements de l'akumatisation du Canonnier était encore dans toutes les mémoires et le garçon désespérait de revoir un jour son amie sourire pleinement.
Mais à cet instant, il l'avait vu comme il ne l'avait plus vu depuis trop longtemps : joyeuse. Elle lui avait adressé un si grand sourire qu'il n'avait pas pu s'empêcher de ressentir comme une sorte de pincement au cœur, tellement il avait été surpris.
À quoi était due cette soudaine bonne humeur ? Lui était-il arrivé quelque chose de particulier ou était-ce simplement son invitation qui la mettait dans un tel état ?
Le garçon pâlit soudain. Avait-elle bien compris ses intentions ? Il avait pourtant été clair, n'est-ce pas ? Comme Jehan le lui avait conseillé, il lui avait précisé que c'était pour la remercier, et n'avait à aucun moment mentionné le fait que cela pourrait être un rendez-vous amoureux.
C'était absurde de toute façon, pourquoi lui aurait-il proposé une chose pareille ? Pourquoi souhaiterait-elle dans tous les cas qu'une telle chose arrive ? Ce n'était pas comme si elle était amoureuse de lui. Elle avait une profonde affection à son égard, tout comme lui d'ailleurs, cela ne pouvait en être autrement.
C'était impossible.
Perdu dans ses pensées, Félix n'entendit même pas la sonnerie annonçant le début des cours ni les trois appels de Jehan qui finit par s'approcher de lui pour poser sa main sur son épaule.
-« Yo Félix ! Tu dors encore ou quoi ? Ça a sonné ! »
-« O-Oui, excuse-moi. Je… Je réfléchissais à quelque chose… »
Un petit sourire narquois se dessina sur les lèvres du grand métis qui se plaça à ses côtés quand les deux jeunes gens se mirent en route pour rejoindre leur salle de classe, suivant de loin leurs autres camarades.
-« Alors… ? Tu as fait ta proposition à Bridgette ? » souffla Jehan en se penchant vers lui.
-« Hmm… ? Oh ! Oui oui, je lui ai proposé après que vous soyez parti hier. »
-« Et… ? Qu'est-ce qu'elle t'a dit ? » poursuivit l'adolescent en fronçant les sourcils.
-« Eh bien elle a dit qu'elle acceptait « avec plaisir ». » répondit Félix avec un léger haussement d'épaules alors qu'il gravissait les premières marches de l'escalier.
Il aperçut soudain Jehan s'arrêter, le pied gauche sur la marche suivante sans pour autant monter dessus. Le garçon se tourna vers lui, cherchant dans le regard qu'il posa sur lui la raison de cet arrêt soudain.
-« Un problème ? »
-« Non… C'est juste que… »
-« … Que ? »
-« Elle ne m'en a pas parlé, alors que c'est typiquement quelque chose qu'elle ne me cacherait pas d'habitude. »
-« Oh… Tu étais avec Andréa hier soir non ? Elle n'a peut-être pas voulu te déranger. »
Le grand métis prit soudain un air plus sombre. Il était réellement surpris que Bridgette lui ait caché une telle chose. Devait-il s'en inquiéter ? Il était persuadé qu'en temps normal, sa meilleure amie se serait empressée de tout lui raconter, trop nerveuse pour contenir sa propre excitation. Les mots de la jeune fille prononcés la veille lui revinrent soudain en tête
« E-En fait… J'ai besoin de te parler de quelque chose, si tu veux bien… »
Il eut soudain un mauvais pressentiment, sans pouvoir en expliquer la cause. Il passa ses mains dans les poches de son pantalon, reprenant son sourire habituel en poursuivant son chemin aux côtés de son camarade.
-« Je me fais sûrement des idées, déclara le jeune homme. Et puis, peut-être qu'elle voulait juste t'avoir pour elle, qui sait ? » ricana-t-il en donnant un petit coup de coude à son camarade.
-« Hmm… Peut-être. Penses-tu que ce soit mauvais signe ? »
-« Non… Mais fais attention, d'accord ? » déclara Jehan en se tournant vers Félix, plongeant son regard ambré dans le sien.
-« C'est un conseil ou un avertissement ? » questionna l'adolescent avec un sourire serré.
-« Un peu des deux ! » ricana le grand métis en reprenant sa route.
Félix regarda son ami gravir les dernières marches, s'arrêtant quelques instants pour réfléchir. Il est impossible que Bridgette se fasse des idées, n'est-ce pas ? Elle n'avait pas arrêté de le répéter elle-même ! Ils étaient amis, c'est tout. Devait-il le repréciser ?
À cette idée, il sentit son cœur se serrer avant que l'image du visage de Ladybug n'apparaisse dans son esprit. De nouveau, il se sentait mzl, navigant à l'aveugle dans ce qui lui semblait être une mer d'épais nuages.
En passant la porte de la classe, le jeune homme put surprendre le regard inquisiteur de Camille sans qu'il n'y prête plus d'attention mais surtout le sourire en coin de Bridgette alors qu'il s'asseyait à sa place.
Manifestement, quelque chose n'allait pas.
-« Bien ! annonça Mlle Bustier quelques temps plus tard, durant son cours. J'aimerais que nous abordions un nouveau thème dans ce cours et c'est parfait car la date d'aujourd'hui s'y prête parfaitement. Je souhaiterais que vous me parliez de l'amour dans la littérature et le théâtre. Qui commence ? Toutes les formes d'amour ! Nous allons étudier une œuvre en particulier, vous allez peut-être la trouver ! … Alors ? Maxence ? »
-« Eh bien je dirais que l'œuvre la plus classique quand on parle d'amour au théâtre est Roméo et Juliette ? »
-« C'est vrai que c'est une œuvre très communément étudiée. Pourrais-tu me donner la catégorie littéraire exacte de cette œuvre ? »
-« Amour tragique ? »
-« Exact ! » acquiesça Mlle Bustier.
-« Oh non ! C'est tellement triste les histoires d'amour qui se finissent mal ! gémit soudain Roxane en posant ses mains sur ses joues. C'est mieux les classiques comme Blanche Neige avec des histoires de sorcière et d'enchantement, là où seul un véritable baiser d'amour peut briser le sortilège ! »
-« Je vois que nous en avons une qui connait bien ses contes. » déclara Mlle Bustier.
-« Moi je préfère les belles histoires d'amour, le « ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants » vous voyez ? » poursuivit Roxane.
-« Aha, quelle œuvre peux-tu nous citer dans ce cas ? » questionna la professeure en se tournant vers elle.
-« Hmm… Je pense que mon classique préféré est La petite sirène ! »
Félix ne put retenir une mimique amusée en entendant parler Roxane, ce que ne manqua pas de remarquer Mlle Bustier.
-« Félix ? Quelque chose à commenter sur ce que vient de dire Roxane ? » demanda-t-elle avec un petit sourire en coin.
-« Non, pas vraiment, si ce n'est que ce n'est pas le meilleure exemple d'histoire d'amour. »
-« Quoi ! s'offusqua sa camarade en croisant les bras. Ariel et Eric ! Ils tombent amoureux et ils se marient à la fin avec la bénédiction du père d'Ariel, y'a pas mieux comme fin ! »
-« Tu n'as pas lu le livre d'Andersen, le conte original, je me trompe ? » questionna Félix en se tournant vers sa camarade.
Roxane se contenta de hocher négativement la tête. En la voyant faire, le jeune homme passa sa main dans sa nuque avec un petit rire nerveux.
-« Alors je crains que la véritable histoire de la petite sirène ne te plaise pas tant que ça… »
-« Pourquoi ?! »
-« Félix, aurais-tu l'amabilité de nous raconter l'histoire, s'il te plait ? » quémanda Mlle Bustier en voyant l'hésitation de son élève à poursuivre la conversation.
-« … Eh bien, pour faire court, la sirène sauve bien le prince de la noyade et après avoir appris par sa grand-mère que les Hommes auraient, selon la légende, une vie éternelle après la mort grâce à leur âme, elle s'en va voir la sirène de la mer pour lui en demander une. La sorcière lui dit que la seule façon pour elle d'en obtenir une serait de se faire aimer d'un homme. Elle lui offre des jambes en échange de sa langue et lui annonce que si le prince venait à aimer une autre femme, elle mourrait à l'aube de son mariage avec sa nouvelle promise. Une fois sur la plage après avoir trouvé le prince, la sirène se rend compte que chaque pas la fait atrocement souffrir. »
Félix lança un regard en coin à Roxane dont le visage était en train de se décomposer avant de se râcler la gorge pour poursuivre.
-« L'histoire est plus longue que cela mais en résumé, le prince finit… par épouser une autre femme. Les sœurs de la sirène lui apprennent que si elle l'assassine, elle n'aura pas à mourir à l'aube mais la sirène n'en a pas le courage et meurt donc au matin, transformée en écume. »
-« Y'a pas à dire, ils savaient faire des bouquins pour enfant à l'époque… » ricana Jehan en passant sa main sur son visage tandis qu'Andréa et Bridgette se regardaient, consternées.
-« QUOI ?! s'égosilla Roxane après s'être tue quelques instants. C'est vrai ?! Tu n'inventes rien hein ?! »
-« Procures-toi le livre d'Andersen si tu ne veux pas me croire. » répondit Félix avec un haussement d'épaules et un petit sourire compatissant.
-« Je suis pas trop branchée histoire à l'eau de rose mais j'avoue que là, ça fait quand même un peu mal… » souffla Alizée en posant son menton sur sa paume tandis que Johana passait sa main dans le dos de Roxane.
-« Vous connaissiez la vraie histoire Mlle Bustier ? » demanda Sullivan.
-« Oui, et je ravie de voir que certains connaissent leurs classiques de littérature. Je te félicite Félix. » acquiesça la professeure avec un sourire à son élève.
Jehan donna un petit coup de coude à son voisin de table avant que Mlle Bustier ne reprenne.
-« Mais navrée de vous décevoir, ou de vous rassurer, je ne sais plus, ce n'est pas la petite sirène que nous allons étudier ! C'est un texte de théâtre, qui pourrait rentrer dans la catégorique d'amour tragique, ajouta-t-elle en regardant Maxence. Une idée ? »
-« Le Cid… ? » hasarda David d'une petite voix.
-« Plus récent ! »
-« Antigone ? » proposa Andréa.
-« Bien ! Mais non, rit la professeure. Plus vieux. »
-« Cyrano de Bergerac ! » s'écria Bridgette en levant la main.
-« Exactement ! C'est un texte classique qui nous permettra d'étudier plusieurs styles différents. En plus, il plait souvent aux élèves et bien que les scènes soient en vers, ce n'est pas très difficile à comprendre. »
-« Je me souviens avoir déjà fait la scène du balcon au club de théâtre. » souffla Myriam avec un petit sourire à son compagnon.
-« Eh bien, peut-être que vous nous ferez l'honneur de réciter quelques vers, déclara Mlle Bustier en se tournant vers son bureau pour récupérer un paquet de feuilles. Il nous faudrait un Cyrano, quelqu'un capable de faire de grandes déclarations sérieuses sans perdre son humour et sa verve. »
Tous les yeux se tournèrent alors vers Jehan qui sentit les regards de ses camarades se poser sur lui les uns après les autres.
-« Ah ouais d'accord… ! rit Jehan. Je sais pas si je dois être flatté ou… » souffla-t-il avant de passer sa main sur son visage devant le regard moqueur de Mlle Bustier.
Tous les autres y allèrent de leur petit commentaire avant que la professeure se mette à distribuer les textes qu'elle comptait étudier avec ses élèves.
Quatre heures plus tard, la sonnerie annonçant la pause déjeuner se mit à retentir dans tous l'établissement. Le professeur de science quitta la classe tandis que les élèves rassemblaient tranquillement leurs affaires, discutant de tout et de rien. Kilian était cependant le plus pressé d'entre tous. D'un large mouvement de bras, il récupéra toutes les affaires qui se trouvaient sur son bureau, manquant d'embarquer au passage le cahier ainsi que la trousse de Maxence.
Le garçon marmonna quelques mots d'excuse avant de passer son sac sur son dos et de se précipiter vers la sortie de la salle. Il passa juste devant Jehan qui tenta de l'interpeller mais le garçon ne l'entendit même pas.
Le grand métis le regarda s'éloigner sur la plateforme, à l'extérieur, jusqu'à disparaître dans les escaliers qui menaient à la cour. Il passa sa main à l'arrière de sa tête, interloqué par ce comportement étrange, avant de revenir vers ses camarades encore dans la classe.
-« Bah où est-ce qu'il court comme ça ? » interrogea le jeune homme en haussant les épaules.
-« Il a peut-être oublié quelque chose chez lui ? » proposa Roxane en imitant le geste de son ami.
-« Moi je pense plutôt qu'il court retrouver son rendez-vous du jour, si vous voyez de ce que je veux dire… » ricana Alizée en replaçant sa casquette sur sa tête après l'avoir enlevé pour les cours de la matinée.
-« C'est fort probable, Ondine, qui est la jeune fille pour qui Kilian a acheté le badge que j'aie évoqué hier, sort de ses cours de la matinée en même temps que nous, expliqua Maxence en regardant son petit carnet. Elle doit se diriger vers la piscine après son déjeuner. Elle y a cours cet après-midi. Kilian a dû s'y rendre pour ne pas la rater. »
-« Tu es bien renseigné dis-moi… » releva Andréa avec un petit sourire.
-« Kilian m'a demandé de prendre des notes, alors j'ai pris des notes. » murmurale jeune homme en retirant ses lunettes d'un air désinvolte.
Un petit silence se fit dans la salle avant qu'Alizée ne reprenne la parole.
-« Ouais bah j'espère qu'elle sait ce qu'elle fait cette nana si jamais elle lui dit oui… C'est qu'il est pas très facile à vivre le Kilian… »
-« Hey ! Ça c'est pas très gentil ! » argua Bridgette en fronçant les sourcils.
-« Elle a raison, ne lui attire pas de mauvais karma, protesta gentiment Myriam avec un sourire à son amie. Le pauvre… »
-« Oh mais moi j'ai rien dit ! Je dis juste qu'il n'y a pas grand-chose qui l'intéresse à part ses défis à la con, ses compétitions de sport et son nombril. »
-« Il a quand même pris le temps de se procurer un badge assez rare pour elle, contra Lila avec un petit sourire. C'est bien qu'il fait attention à elle, s'il savait quoi lui acheter pour lui faire plaisir. »
-« Je confirme, acquiesça Maxence en refermant son sac à dos. Il a mis plus de deux semaines à se procurer ce badge. Il était vraiment excité en le recevant. »
Toujours dans sa volonté de ne pas s'immiscer dans la vie privée de ses camarades, sans savoir si cela était de la pudeur ou du désintérêt, Félix écoutait distraitement la conversation se poursuivre depuis le couloir, appuyé contre le mur extérieur de sa classe.
Attendant ses amis pour aller déjeuner, il ne put empêcher ses pensées de vagabonder. Dans ses temps libres, ces dernières se tournaient de plus en plus vers Ladybug sans que le jeune homme ne puisse y faire quoi que ce soit.
Les deux héros s'étaient jurés de respecter leurs identités secrètes, pour leur sécurité et celle de leur proche, mais de plus en plus souvent, le garçon se surprenait à se demander ce que sa coéquipière pouvait bien faire de ses journées. Allait-elle en cours comme lui ? À quel niveau d'étude pouvait-elle bien être ? Il lui semblait avoir tous deux le même âge mais cela était-il exact ? Peut-être était-elle déjà dans la vie active ?
Il l'imaginait dans toute sorte de carrière, lui inventant différents styles de vie, essayant toujours d'imaginer ce à quoi pouvait ressembler sa chère partenaire sans ce masque rouge à poids noirs. Dans ces moments les plus sombres, il l'imaginait au bras d'un autre, avec des enfants peut-être ? Aurait-il pu rivaliser avec cela ? Certainement pas.
Et bien que le jeune homme se giflait mentalement, se rappelant qu'il s'était juré de ne plus jamais se questionner sur la vie privée de Ladybug, malgré lui, il y revenait toujours, sans jamais le vouloir, mais sans jamais rien pouvoir y faire.
Par ailleurs, que faisait-elle aujourd'hui ? Même si la Saint-Valentin n'avait aucune valeur à ses yeux, avait-elle un rendez-vous de son côté ? Peut-être s'était-elle vue invitée par un ou une camarade ? Si tel était le cas, avait-elle accepté ? Pourquoi ne l'aurait-elle pas fait ? Elle n'avait aucune raison apparente de refuser si elle n'était pas déjà en couple, n'est-ce pas ? Avait-il le droit de la contacter pour lui poser la question ? Non… Non c'était absolument absurde comme idée…
-« Moi je lui souhaite tout le bonheur du monde, déclara soudain Andréa, sortant sans le savoir le grand blond de ses réflexions. Il n'est peut-être pas le plus tendre, mais il mérite d'être heureux, comme tout le monde. »
-« C'est vrai, et puis il faut beaucoup de courage pour avouer ses sentiments à quelqu'un, murmura Roxane en entrecroisant ses doigts. Ce n'est pas du tout quelque chose d'évident. »
-« Je suis sûre que ça va bien se passer, acquiesça Myriam en attrapant la main de Sullivan. S'il est vraiment sincère, ça ira. »
Alors que tout le monde adhérait à ces dernières paroles, Bridgette se tourna silencieusement vers le couloir où Félix avait disparu et, sans qu'elle ne le sache, se trouvait encore. Seule Tikki était au courant de ce qui risquait de se passer ce soir, pour elle et pour lui.
Devait-elle en parler à quelqu'un d'autre ? L'envie de partager ses craintes et ses attentes avec Jehan la démangeait mais d'un autre côté, elle souhaitait conserver tout cela pour elle, de peur de se retrouver confronter aux opinions et à certains avis qu'elle n'avait pas du tout envie d'écouter.
Sans savoir exactement quoi faire, elle attendait comme elle redoutait ce rendez-vous avec Félix.
Chez lui.
Tous les deux.
Seuls.
Kilian filait à toute vitesse dans les rues de Paris. Il remonta une longue avenue sans cesser de courir, serrant contre lui son sac à dos qui contenait le précieux cadeau qu'il comptait offrir à sa camarade. Le garçon avait le cœur battant, et pas seulement à cause de la course.
Cela faisait plusieurs semaines qu'il pensait à ce rendez-vous, du moins à cette « rencontre inopinée » comme l'avait dit Maxence. Il avait passé plusieurs heures à se torturer l'esprit, à chercher le cadeau parfait à lui offrir avant de retourner la situation dans tous les sens, ne sachant pas comment présenter les choses.
Le jeune homme savait ses sentiments, il en était persuadé.
Lui et Ondine s'étaient rencontrés à son cours de natation du mercredi. Elle avait été là de manière exceptionnelle, passant un rattrapage de plongée quand lui et elle s'étaient croisés, au fond du bassin. Très vite, une petite rivalité était née entre les deux adolescents, se lançant régulièrement des défis, aussi idiots qu'innocents.
Kilian avait été ravi de trouver une nouvelle rivale avec qui se mesurer, et le fait qu'une fille arrivait à lui tenir tête l'encourageait à toujours se surpasser, autant pour se prouver sa supériorité que pour l'amuser et l'impressionner.
Mais très vite également, le garçon avait senti un changement qui ne lui était encore jamais arrivé : il cherchait sa présence, se surprenait à lui envoyer régulièrement des messages pour prendre de ses nouvelles, d'abord pour lui demander quand ils pourraient se revoir à la piscine, puis pour échanger des banalités. Quand il tapait ses messages ou discutait avec elle au téléphone, il pouvait l'imaginer sourire, serrant l'appareil dans ses mains, un sourire dessiné sur ses lèvres, ses grands yeux couleur émeraude à demi-fermés, ses longs cheveux roux cascadant sur ses épaules.
Si Kilian avait en premier lieu refuser de le voir, par timidité ou par fierté, il avait bien fini par l'admettre : Ondine était jolie, vraiment jolie. S'il avait déjà croisé bon nombre de filles au cours de sa vie, à l'école ou pendant ses compétitions sportives, elle était celle qui l'avait le plus marqué. Quand ses amis parlaient de romance, c'était tout de suite vers elle que se dirigeaient ses pensées.
Craignant les railleries de ses camarades de classe, Kilian avait commencé par en parler seulement à Maxence, ne sachant pas vers qui se tourner pour partager ce qu'il se passait dans son cœur. Le petit métis avait d'abord été surpris, lui posant plusieurs questions pour s'assurer de la véracité des sentiments de son ami. Mais une fois ces incertitudes écartées, le jeune homme s'était montré d'un grand soutien, aidant Kilian à organiser la confession qu'il s'apprêtait à faire.
Enfin, après dix minutes de course, Kilian arriva devant la piscine où s'exerçait Ondine, dans un centre sportif caché sous des arcades en pierres beiges. Il lissa le mur de sa main avant de regarder l'écran de sa montre à son poignet gauche. Il était en avance. Ondine n'avait pas encore dû rentrer pour prendre son cours.
Avec un petit soupir de soulagement et un léger sourire, le jeune sportif se laissa glisser le long de la paroi, s'asseyant près de l'entrée pour attendre celle qui occupait ses pensées.
Une quarantaine de minutes plus tard, le petit groupe de la classe de Félix et Bridgette venait de sortir de la cantine. Comme à leur habitude, David, Alizée, Roxane et Johana partirent se regrouper dans un coin pour discuter tandis que Lila s'improvisait substitut de Kilian afin que Maxence ne reste pas seul.
Sullivan et Myriam s'étaient dirigés vers la salle qui servait de quartier général au club de théâtre tandis que Jehan et Andréa, restant habituellement avec Félix et Bridgette, étaient partis s'isoler un peu plus loin, en tête à tête. Assis sur un banc, Jehan avait passé ses bras autour des cuisses d'Andréa debout devant lui tandis que la jeune fille caressait ses joues avec un sourire, penchée en avant, ses cheveux cascadant sur le visage du jeune homme.
Bridgette les observait de loin, le cœur battant. Plus le temps passait plus elle se demandait comment ses deux camarades avaient pu réprimer leurs sentiments respectifs aussi longtemps. Tout semblait évident, fluide et tellement naturel entre eux, comme s'ils avaient été ensemble depuis toujours.
Sans vraiment l'avouer, elle était un peu envieuse de leur relation, mais elle était surtout très heureuse pour eux. Rassurée de voir que Jehan avait tenu sa promesse en ne la mettant pas de côté, continuant de discuter et de traîner au moins tous les deux comme ils l'avaient toujours fait depuis qu'ils se connaissaient, ne la faisant jamais passer au second plan, elle ne pouvait que se réjouir pour eux.
Les yeux vers ses camarades, son regard perdu dans le vide, elle ne remarquait pas que c'était elle que Félix, placé à ses côtés, regardait intensément. Depuis le début de la journée, les jeunes gens n'avaient pas eu l'occasion de discuter. Assis l'un derrière l'autre en classe et séparément au déjeuner, le jeune homme avait eu rarement l'occasion de poser ses yeux sur son amie.
Mais maintenant qu'il pouvait le faire librement, il remarqua quelque chose qui fit dresser les cheveux de sa nuque. Bridgette avait étonnamment bien soigné sa tenue. Elle était parée d'une veste rose qu'il n'avait jamais vu, coiffée de ses deux couettes habituelles mais parfaitement bien séparée en deux parties au centre de sa tête. Elle était maquillée, comme toujours, mais ses lèvres étaient légèrement colorées et maintenant qu'il se tenait à côté d'elle, il pouvait sentir qu'elle s'était délicatement parfumée, du moins plus que d'habitude.
Bridgette n'était pas coutumière de ce genre d'apparat. Il faut dire qu'elle n'en avait pas besoin pour…
Félix interrompit ses pensées avec un léger mouvement de tête. Ce n'était pas le moment de penser à cela.
Le jeune homme s'interrogeait juste sur la raison d'une telle préparation. En définitive, elle pouvait bien faire ce qui lui plaisait : elle pouvait se faire belle pour elle et pour personne d'autre. Mais le garçon ne pouvait cesser de s'interroger. Devait-il voir un lien entre cela et leur rendez-vous du soir ? S'était-elle mise sur son trente-et-un pour cela ou était-ce pour tout autre chose ?
-« Félix ! appela Bridgette en lui attrapant le bras. Tu dors debout ? Ça fait deux fois que je t'appelle ! »
-« Pardon, je réfléchissais à quelque chose. Qu'est-ce que tu as dit ? »
-« Je te demandais si tu ne voulais pas m'accompagner au CDI, je dois rendre un livre, histoire que tu ne restes pas tout seul. Mais tu peux dire non, c'était juste une proposition ! »
-« Oh euh… Si tu veux… Pourquoi pas. » répondit le garçon en haussant les épaules.
Bridgette lui adressa un petit sourire avant de diriger ses pas vers le bâtiment de l'autre côté de la cour. Le jeune homme l'observa quelques instants avant de lui emboîter le pas, passant sa main dans sa nuque. Il commençait à avoir un mauvais pressentiment.
Kilian, toujours assis sur le sol, regarda une nouvelle fois sa montre. L'heure approchait à grand pas et plus les secondes défilaient et plus le garçon sentait son stress grandir. Il n'avait de cesse de répéter ce qu'il allait lui dire dans sa tête, imaginait différentes réactions, ce qu'il allait pouvoir répondre à ses éventuelles questions. Il était préparé à tout, du moins c'est ce qu'il pensait.
Soudain, un mouvement sur sa gauche lui fit relever les yeux. Au bout de l'avenue, s'engageant sous les arcades où il attendait depuis presqu'une heure, il vit s'avancer Ondine, son sac de piscine décoré de multiples badges dont certains reflétaient les éclats du soleil sous le bras, ses cheveux regroupés en queue de cheval basse. Elle discutait avec deux autres camarades qui marchaient à ses côtés, un grand sourire sur le visage.
Kilian se tourna dans sa direction, les mains serrées sur son manteau. Dans quelques secondes, Ondine allait le remarquer et il n'allait plus être possible de faire demi-tour. Il respirait fortement, sentant sa gorge se nouer de plus en plus fortement. Elle se rapprochait encore et alors qu'elle levait la main pour attraper la poignée de la porte transparente qui menait à l'intérieur du complexe sportif, son regard émeraude croisa le sien.
Sa première réaction fut d'écarquiller les yeux, manifestement surprise de le voir ici, avant de lui adresser un sourire. Il le lui rendit de la manière la plus naturelle possible. Comprenant silencieusement qu'il souhaitait lui parler en tête à tête, Ondine se retourna vers ses deux amies avec un signe de main.
-« Allez-y les filles, je vous rejoins. » déclara-t-elle avant de s'avancer dans sa direction.
Kilian retint sa respiration alors qu'elle s'approchait de lui, replaçant une de ses mèches échappées de sa queue de cheval derrière son oreille. Son sourire s'élargit alors qu'elle arrivait à sa hauteur.
-« Bah alors ! Qu'est-ce que tu fais là ? C'est pas le jour de ton entraînement aujourd'hui. »
-« O-Oui, je sais… Je… En fait je passais dans le coin et je me suis dit que… Enfin que j'allais venir te voir, tu vois. »
-« … Hm hmm… fit-elle d'un air suspicieux mais amusé. T'es sûr que ça va ? Tu es tout rouge. »
-« Q-Quoi ?! C'est vrai ? » s'écria Kilian en posant sa main sur sa joue en détournant le regard.
-« Eh bien c'était une blague mais maintenant c'est vraiment vrai ! » rit Ondine en le voyant s'empourprer jusqu'à la base de son cou.
Kilian, la bouche mi ouverte, la regarda rire avant de la rejoindre dans son hilarité. La voir plaisanter avec lui sans se moquer le fit se détendre. Après quelques secondes, le jeune homme passa sa main dans ses cheveux, sous le regard attentif d'Ondine.
-« Bon, tu me dis ce que tu fais là ou quoi ? » argua-t-elle avec un petit air de défi dans les yeux.
Kilian prit encore quelques secondes, gardant le silence, réfléchissant à comment introduire le sujet avant de se racler la gorge.
-« B-Bon d'accord… J'suis pas ici par hasard. Je suis venu pour te voir… toi. Et euh… En fait ça fait presqu'une heure que je t'attends. »
-« Et pourquoi est-ce que tu ne m'as pas appelé, idiot ? On aurait déjeuné ensemble ! »
-« Non… Non, enfin… Je voulais pas te déranger, je voulais juste te parler. »
Ondine perdit l'envie de se moquer de son camarade en remarquant son air étonnamment sérieux. D'habitude, Kilian ne pensait qu'aux défis qu'ils se lançaient mutuellement ou encore à se comparer l'un à l'autre, toujours sur un fond de rivalité. Mais à cet instant, le garçon semblait bien loin de cela, ce qui ne lui ressemblait pas du tout.
Un petit silence se fit avant que l'adolescent n'ouvre son sac pour en sortir un petit paquet emballé qu'il lui tendit sans oser la regarder. Interloquée, elle resta immobile quelques instants avant de remonter son sac sur son épaule pour attraper la boite.
-« C-C'est pour toi… J'espère que ça te plaira… » murmura-t-il alors qu'elle défaisait le ruban.
Après un dernier regard à Kilian, Ondine souleva doucement le couvercle de la boite pour y découvrir un badge rond à l'effigie d'un dessin animé que la jeune fille avait regardé toute son enfance. Elle n'ignorait pas le fait que le merchandising de cette licence, en plus d'être rare, était en général extrêmement cher. Ses yeux s'écarquillèrent alors que sa mâchoire se décrochait.
Incapable de dire quoi que ce soit pendant quelques instants, elle releva les yeux vers son camarade, choquée.
-« Mais… ?! Où est-ce que tu as trouvé ça ? C'est incroyable ! »
-« Ça te plait ? demanda Kilian avec un sourire. J'ai mis longtemps à le trouver mais je l'ai fait ! Aha, je… Je savais que ça te plairait… ! » déclara-t-il en essayant de se montrer confiant.
-« Mais… Pourquoi ? Je ne comprends pas… » murmura Ondine en regardant une nouvelle fois le badge.
Kilian prit une profonde inspiration avant d'attraper la main d'Ondine dans la sienne, la serrant fort pour se donner un peu plus de contenance.
-« Je… J'ai beaucoup hésité avant de te le dire. Mais… Bon écoutes… bégaya Kilian avant de relever les yeux vers Ondine. Je sais que je passe souvent pour la brute de service, pour le gros lourd sans cœur, mais c'est pas vrai ! Je… Je t'aime beaucoup. Et comme j'avais peur que tu ne me croies pas, ça, murmura-t-il en désignant le badge de son index, c'est un peu une façon de te prouver à quel point je suis sérieux. Alors… S'il te plait, sors avec moi. » conclu-t-il en serrant davantage la main de la jeune fille dans la sienne.
La mâchoire d'Ondine se décrocha une nouvelle fois. Elle semblait très choquée, presqu'effarée. Sa bouche s'ouvrait et se refermait, comme l'aurait fait un poisson, cherchant manifestement ses mots.
-« Oh Kilian… je… »
-« Yo Ondine, qu'est-ce que tu fous ? » tonna soudain une voix dans son dos.
Les deux jeunes gens sursautèrent en même temps, tournant leur attention vers la voix qui venait de s'élever. Un grand garçon brun que Kilian connaissait de vue et n'appréciait pas plus que ça venait de surgir dans le dos de sa camarade, un grand sourire sur le visage.
-« Ah tiens salut ! salua l'arriviste en remarquant Kilian, passant son bras autour des épaules d'Ondine. C'est pas ton jour, qu'est-ce que tu fais là ? Tu viens mater ? » ricana-t-il.
-« Boris, c'est vraiment pas le moment-là… » souffla Ondine en le repoussant.
-« Vous parlez de quoi ? Hey ! C'est quoi ça ? » demanda-t-il en subtilisant des mains de l'adolescente la boite qui contenait le badge.
En le voyant faire, Kilian sentit son sang ne faire qu'un tour. Le silence d'Ondine et l'arrivée inopinée de ce gêneur avaient particulièrement énervé le garçon. En une fraction de seconde, il récupéra la boite, la cachant à la vue de Boris, le visage tordu de fureur.
-« C'est pas pour toi ! Maintenant dégage ! Tu vois pas que tu déranges ?! »
-« Hey oh, cool. Ça va pas ou quoi ? T'es malade de hurler comme ça sur moi ? »
-« Boris, s'il te plait, va-t'en. » demanda Ondine, légèrement agacée.
-« Non mais y'a pas moyen que je te laisse avec ce con, j'ai pas envie de te retrouver découpée en petits morceaux. »
-« Putain, casse-toi ! Bouge, dégage de là ! » ordonna Kilian en venant se poster devant Boris.
Un petit silence se fit. Boris analysa les deux jeunes gens avant qu'une petite lumière ne s'allume dans ses yeux. Il regarda une dernière fois Kilian puis la petite boite qu'il tenait toujours contre lui avant d'éclater de rire.
-« Ah oui d'accord ! Je vois, tu lui as déclaré ta flamme ! rit-il en posant sa main sur poitrine. Comme c'est mignon. Mais c'est impossible qu'Ondine accepte de sortir avec un mec comme toi, désolé mon pote. » insista-t-il de nouveau en passant son bras autour des épaules d'Ondine.
-« Boris, je t'ai dit de partir ! Laisse-nous ! » répéta la nageuse.
-« C'est vraiment pathétique, ricana Boris en la serrant davantage contre lui. Parce qu'en fait, ce que tu sais pas, c'est qu'elle est complètement fan de moi, tu vois. Du coup tu peux remballer ton petit badge. Sérieux c'est quoi ce cadeau en plus ? »
Kilian se sentit alors envahir par une énorme chaleur, comme s'il brûlait de l'intérieur. Mais cette chaleur n'avait rien à voir avec celle qu'il ressentait lorsqu'il parlait à Ondine ou qu'elle regardait dans sa direction. Non, cette chaleur-ci était destructrice, lui donnant envie de sauter au visage de Boris pour le faire taire et faire disparaître pour de bon ce sourire suffisant qu'il arborait.
Mais si le garçon n'avait pas peur de se battre avec lui, il pensa soudain à Ondine, prenant conscience des conséquences que pourraient avoir une bagarre devant l'établissement où elle prenait ses cours. Cela risquerait de lui causer des soucis avec son école, ou pire encore. Et c'est tout ce qu'il ne voulait pas.
Cependant, Kilian, étouffant presque à cause de la colère qui continuait de l'envahir, décida qu'il ne pouvait plus rester ici. Les yeux humides et les poings serrés, déformant la boite qui contenait le badge d'Ondine, il regarda sa camarade une dernière fois avant de tourner les talons pour partir en courant. Il ne pouvait pas donner satisfaction à Boris de le voir exploser de colère devant lui mais il ne pouvait pas non plus rester là, afin de ne pas prendre le risque de déraper.
Serrant la boite offerte à Ondine dans sa main, il se mit à remonter la rue sans se retourner. Le voyant faire, Ondine tenta de le retenir, se dégageant virulemment de la poigne de Boris.
-« Kilian ! Attends ! »
-« Laisse-le, c'est un con, murmura Boris en passant le dos de sa main sur la joue d'Ondine après avoir fait un pas en avant. Viens, on v- »
Le garçon s'interrompit, sonné par un coup de poing que la jeune fille venait de lui administrer. L'adolescent tituba avant de tomber en arrière, pressant sa main sur son visage, un mince filet de sang s'échappant de son nez.
-« Espèce de- ! Tu m'as explosé le nez ! »
-« Tu me touches plus, c'est compris ?! Et tu ne parles plus jamais comme ça à Kilian ! T'es vraiment un sale con ! » s'écria Ondine avant de s'élancer derrière son ami pour tenter de le rattraper.
La regardant s'éloigner, Boris se releva tandis que des passants curieux s'approchaient de lui pour le questionner sur ce qu'il venait de se passer. Trop fier, il passa simplement le dos de sa main sous son nez pour s'essuyer le visage avant de se recoiffer.
-« Tu perds rien pour attendre, c'est moi qui te le dis ! » hurla-t-il d'un ton sombre alors qu'Ondine disparaissait au coin de la rue.
« Ah la Saint-Valentin, le jour de l'amour et celui des cœurs brisés, des illusions perdues entraînant son lot de déception. Mes chers akumas, un véritable festin vous attend… » murmura Papillon dans son repère.
Le super vilain fit venir à lui l'un de ses messages qu'il ensorcela avant de le laisser s'échapper vers la grande fenêtre face à lui.
« Envole-toi maléfique akuma, et noircis son cœur ! »
Kilian avait stoppé sa course dans une petite ruelle, à quelques minutes de là où il avait laissé Ondine. Le jeune homme tournait en rond, comme un lion en cage, ruminant sa rage sans parvenir à se calmer.
-« Mais quel con ! QUEL CON ! Comment est-ce que j'ai pu croire une seule seconde que ça allait fonctionner ?! Je le savais, mais quel abruti ! »
Le garçon donna alors un grand coup de pied dans un carton qui était posé là, renversant son contenu avec un cri de rage.
-« Et dire que j'ai dépensé tout mon fric de ce mois-ci pour ça ! s'écria-t-il en regardant le badge, toujours dans sa boite. J'arrive pas à y croire ! Je n'aurais jamais dû faire ça, je suis vraiment trop con ! » hurla-t-il en levant son bras.
Les dents serrées, il s'apprêtait à lancer la boîte à travers la ruelle, désireux de s'en débarrasser pour laisser cet embarrassant épisode derrière lui. Mais pour une raison inconnue, il ne put achever son geste. Le bras toujours au-dessus de sa tête, le visage d'Ondine lui revint soudain. Elle avait eu l'air tellement surprise.
Mais après tout, elle ne lui avait pas répondu clairement. Sans l'intervention de Boris, qu'aurait-elle pu lui dire ? Aurait-elle accepté sa demande ? Elle n'avait eu ni l'air contre, ni l'air pour. Kilian soupira avant de redescendre son bras avec un profond soupir. Il regarda une énième fois le cadeau avant de sortir le badge de sa boite, jetant cette dernière dans une benne près de lui. Elle était maintenant trop abîmée pour servir d'écrin à son présent.
-« Qu'est-ce que je vais faire maintenant ? » murmura-t-il, les larmes aux yeux, observant le badge qui brillait dans ses mains.
Plongé dans ses pensées, le jeune homme ne remarqua pas que le silence de la ruelle était maintenant brisé par un son, un petit bruit qui se rapprochait de plus en plus de lui. Et sans rien faire pour tenter de l'en empêcher, Kilian regarda l'akuma noir et violet s'engouffrer dans le badge qu'il tenait entre ses mains.
« Dislocœur, je suis le Papillon. Je t'offre le pouvoir de lancer tes flèches pour briser les amours ainsi que les amitiés. Tu as été victime de la plus grande des injustices, voici l'occasion de te venger. En échange, je te demande de me rapporter les miraculous de Ladybug et Chat Noir. »
-« Tu peux compter sur moi Papillon, ricana Kilian en se redressant. Aucune histoire d'amour ou d'amitié n'échappera à ma fureur, plus personne n'aimera jamais ! »
Il accrocha ensuite le badge à son pull, au niveau de sa poitrine, alors qu'une masse noirâtre se mit à recouvrir l'entièreté de son corps.
Assis sur un des bancs de la cour de récréation, Maxence regardait sa montre avec angoisse. L'heure de la pause déjeuner était presque terminée, la sonnerie de reprise des cours allait se mettre à sonner à tout instant, et Kilian n'était toujours pas revenu. Le voyant faire, Lila posa sa main sur son épaule.
-« Ne t'inquiète pas, je suis sûre qu'il va bien. »
-« J'espère juste que ce retard n'est pas dû à… autre chose. » murmura Maxence en jetant un nouveau regard à sa montre.
-« Moi je suis persuadé qu'on a pas à s'en faire, déclara Jehan en posant gentiment sa main sur la tête de Maxence, debout derrière lui. On sait tous que Kilian ne manque jamais une occasion de sécher les cours. Là, il a une « bonne » excuse. »
-« Mais oui ! renchérit Alizée. Imaginez un peu : Ondine et Kilian qui s'avouent leur amour, et qui sèchent tous les deux les cours de l'après-midi, préférant braver l'interdit plutôt qu'être séparés pour la fin de cette journée où ils se sont enfin dévoilés l'un à l'autre… ! »
-« Aww… Comme c'est romantique… » souffla Roxane en joignant ses mains ensemble, posant sa tête contre le bras de Johana à sa droite.
-« Donc arrêtez de vous prendre la tête, poursuivit Alizée avec un petit sourire. Si ça se trouve, cette absence est une très bonne nouvelle. » acheva-t-elle avec un haussement d'épaules.
Soudain, une alarme se mit à retentir tout autour des jeunes gens. Cette dernière n'avait pas été utilisée souvent, n'avait pas encore fréquemment résonnée dans les couloirs de l'établissement et pourtant, toutes les personnes présentes n'eurent pas de mal à la reconnaître : c'était le son qui indiquait qu'un akumatisé venait d'apparaître et sévissait dans les parages.
-« Ok… Peut-être que ce n'était pas une si bonne nouvelle que ça finalement. » corrigea Alizée avec un petit rire nerveux.
-« Tu crois que ça pourrait être… ?! » commença Lila avant de cacher sa bouche.
-« Ça serait trop horrible ! » gémit Roxane.
-« Je savais que j'aurais dû aller avec lui… » soupira Maxence en passant ses mains sur son visage.
-« Mais on ne sait même pas si c'est vraiment lui ! » corrigea Myriam en s'approchant de lui.
-« Hey, tout le monde, on se calme ! tonna soudain Jehan en se plaçant au milieu du groupe. Pour l'instant on se fiche de savoir si l'akumatisé est Kilian, ce qu'il faut c'est se mettre à l'abris. Alors hop ! » ordonna le garçon en pointant du doigt le bâtiment de l'autre côté de la cour, là où avait été établi le point de rassemblement de leur classe dans le nouveau plan de secours.
Ses camarades s'empressèrent d'acquiescer. L'un à côté de l'autre après leur retour du lycée, Félix et Bridgette échangèrent un regard, sans savoir qu'ils avaient tous les deux la même préoccupation en tête : trouver une excuse pour disparaître sans être suspects afin de pouvoir se transformer.
Alors que la jeune fille ouvrait la bouche pour tenter de dire quelque chose en commençant à reculer dans une direction opposée à celle que prenait ses camarades de classe, Jehan l'attrapa par la main pour l'entraîner à sa suite.
-« Allez viens toi ! Il faut se dépêcher ! »
Mais au moment où Bridgette allait répliquer tandis que Félix s'écartait aussi discrètement que possible, un cri aigu se fit entendre dans leur dos. Une de leur camarade, élève dans l'établissement, venait de hurler, l'index dirigé vers le ciel. Avec appréhension, Bridgette, Félix, Jehan, Andréa ainsi que toutes les personnes encore présentes dans la cour levèrent les yeux vers la menace désignée.
Un jeune homme habillé de noir et rouge, armé d'un arc et d'un carquois rempli de flèche à la pointe noir était soutenu dans les airs, juste au-dessus de la cour, par deux puissantes ailes aux mêmes couleurs que son costume qui ne cessaient de battre dans son dos.
Les deux héros de Paris, encore vulnérables dans leur tenue civile, eurent un mouvement de recul lorsque le vilain banda son arc, armant l'une de ses flèches dans leur direction.
Dislocœur était là, et il était déjà prêt à répandre sa haine dans tout Paris.
Je sens qu'il y en a qui sont hype dans l'assistance xD Comment trouvez-vous mon adaptation du Dislocœur ? J'ai beaucoup réfléchi à comment faire pour pouvoir le conserver sans pour autant qu'il soit exactement le même. Et oui, je sais, Ondine est un personnage de la saison 2 alors que je suis censée adaptée la saison 1 mais hey ! Je fais ce que je veux :p
La suite la semaine prochaine, restez connectés...
